vendredi 23 octobre 2026

Entre nostalgie et fantaisie... ( 59 )

 

Non, non, il ne s'agit aucunement d'une publicité pour cette chaîne de restauration rapide qui se qualifie d'être la plus répandue dans le monde et la plus populaire, il s'agit plutôt d'un poème-portrait.

Je m'explique.

Au cours des sept ( 7 ) années passées dans la merveilleuse ville de Montréal, celle qui fut, longtemps, considérée comme la métropole canadienne pour finalement être reléguée au rang de métropole du Québec, l'activité principale meublant mes journées, et cela en toute saison, aura été de marcher les rues et ruelles de cette ville insulaire, cachottière et surprenante.

Je les ai marchées de jour, de nuit, en toute saison,  découvrant - un jour, je me suis mis à calculer le montant des sous récupérés par terre partout dans la ville, pour en arriver à une moyenne de près de trente ( 30 ) dollars annuellement - tout comme Réjean Ducharme le fit ( rappelons-nous son livre TROPHOUX publié sous le pseudonyme Roch Plante, dans lequel on retrouve des œuvres fabriquées à partir d'objets hétéroclites trouvés lors de ses promenades dans Montréal ), mais également et sans doute principalement, des gens. De toute condition. 

Une nuit, quelques minutes avant de sauter dans le dernier métro en partance pour la station PIE-IX, c'est l'hiver, je passe devant la vitrine d'un MacDonald's ; cela donne ce poème.



le mec chez MacDonald’s


le mec chez MacDonald’s
entoure sa tête d’un capuchon noir
poète du plastique
il écrit au crayon de plomb 
sur des sacs blancs et rouges,
tambourinant sur des ustensiles immaculés,
il écrit un poème entre deux coups de dents 
dans une boulette de viande


le mec chez MacDonald’s
dévisage sa silhouette noire
écrasée dans l’immense fenêtre salie
sur laquelle une neige éclabousse
des millions de graviers blancs


le mec chez MacDonald’s
au fond de la banquette râpée et usée
fixe impertinemment le miroir
dans lequel un mec vêtu d’un capuchon noir
fixe l’horloge indiquant cinq heures
alors qu’il est minuit, que la rue est vide
que le dernier métro 
n’est pas celui qui partira dans six minutes


les mains du mec chez MacDonald’s
rougies par le froid
écrivent le mot sang
au bas d’une serviette en papier recyclé

au verso
indéchiffrable
un dessin hectique

 

1 août 2008


Le second, la date le souligne, provient d'une ruelle sous canicule. 


 
                                    NUDITÉ D'OISEAU
 
la nudité de l’oiseau
sur l’asphalte des rues
dévisage le ciel à rebours des arbres 
 
un oiseau nu
une plume à la patte
marque sa dissidence 
 
et le lit mourait de chaleur
la canicule comme draps
l’oiseau pour messager
 
la nudité de l’oiseau
sur l’asphalte des rues
habille de cliquetis les feuilles immobiles
 
un oiseau nu
un jonc rond de pigeon à la patte
voyage sur les mensonges de la lune
 
et le lit mouillé
sur lui-même se retourne
comme un serpent prisonnier
 
pendant que la tête nue de l’oiseau atténue le vent

 
10 septembre 2008


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