jeudi 16 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

 



Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient soit inintéressant ou redondant. Qu'il s'agisse du réalisme en littérature - je n'ai absolument rien contre Balzac, Flaubert ou Zola, mais comme c'est ennuyant ! - ou en peinture - il m'est difficile de vous citer quelques représentants de cette école - on ne s'en tient qu'au réel et ses manifestations vérifiables.

D'autre part, le surréalisme s'est davantage ancré à la poésie. Nous arrivent et accompagnent André Breton, les Lautréamont, Gérard de Nerval, Mallarmé que l'ailleurs nous déstabilise, nous amenant là où le réel devient maléable sous le regard du poète.

Je m'amuse actuellement à traverser en lecture une anthologie de la poésie québécoise ( celle de Guy Sylvestre publiée en 1966 ) pour me rendre compte à quel point je suis ignare. Le nom des poètes, je les connais, mais leur oeuvre : néant. Qu'il s'agisse de Octave Crémazie, Pamphile Lemay, Fréchette, Nérée Beauchemin, je ne les avais survolés que de très haut, par snobisme peut-être. Mon attention s'arrêtant plutôt chez Alain Grandbois, Nelligan, Saint-Denys-Garneau, Charles Gill, Anne Hébert et, pour sûr, Gaston Miron, Roland Giguère et Gatien Lapointe.

J'en arrive à me dire, parcourant ces pages, que la poésie canadienne-française devenue la poésie québécoise n'a pas reçu tout le mérite dont elle est en droit d'être affublée. Je compte bien, dans un prochain billet, vous présenter de vieux poèmes qui méritent qu'on s'y arrête.

)( Aujourd'hui, je vous offre deux poèmes qui frôlent le surréalisme...


alors que…

alors que
la grisaille brouille les nuages et l’humidité écrase le jour
un cactus assoiffé meurt dans l’aquarium en feu
sur les rues filandreuses murmurent des anges
ils auront beaucoup à accomplir ici et ailleurs
 
alors qu’
un papillon gondole entre le toit et les murs
raccourcit l’espace, rétrécit les intervalles
il tronque les écarts entre un cœur saigne
et les distances qui épuisent le cœur du temps
 
alors que
les heures s’enfuient sous la pluie polychrome
une hirondelle dérive vers le soleil couchant
et au-dessus de la ville bruyante
le vent multicolore étend un parasol
 
alors qu’
une libellule guerrière s’amuse à faire la paix
au poème qui puise creux au fond de l’âme
y cherchant des mots, y relevant des couleurs
pour dire, plus vrai encore, l’échec du réel
 
alors que
quelques fines vagues épuisées s’écrasent
puis meurent sur le quai vermoulu
une araignée immobile, pendue au fil de soie,
au bout de ses yeux frétille lentement la rivière
 
26 octobre 2016










Variation
 
Je suis de hasard, égaré dans un univers clos
que plus personne ne parcourt
 
Je suis d’hier encore, évadé depuis si longtemps
sans guide au bout des pieds
 
Je suis d’avenir incertain, fugace brouillard du matin
qu’effiloche la  brise
 
Je suis de peu de mots par la peur étouffé
au milieu d’une casuelle fragilité
                                  
   **************************************** 
 
Je le suis… ce hasard qui mène ailleurs
là où je n’étais plus
 
Je les suis…  ces fades hiers confinés nulle part
là où le temps s’émousse
 
Je les suis … ces incertains, ces vagues jours indécis
comme nuits sans lune
 
Je les suis … ces mots oubliés, les prend par la main
les porte vers mes égarements
 
  ****************************************
 
Sommes-nous celui qui nous échappe
l’éternel suivant qui nous accompagne

Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

  Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient ...