Ce poème revêt une importance particulière pour moi.
Il date du début de l'année 2016, il y a maintenant 10 ans. Dix ans, mais qu'est-ce c'est dix années pour une amitié de 1000 ans ?
Un grain de sable sur la plage de Vung Tau.
Une goutte de pluie durant la saison froide à Saïgon.
Une feuille que le vent de mer de Da Nang pousse dans les corridors de la ville qu'un pont-dragon traverse.
Un impérissable souvenir.
Je viens de le revisiter, lui apportant ce vernis poétique qui permet au poème de continuer d'être, de continuer à être.
À le relire mon coeur bat de cette intensité qui jamais ne s'arrêtera parce que ce coeur bat non par habitude, il bat pour retenir le sens véritable que révèle cette maison, la transcendance qui fixa le temps quelque part au-delà du visible, lieu où seuls se rejoignent ceux dont le destin est celui de se rejoindre, ce quelque part, dans l'âme, là où est gravée l'empreinte rouge de l'éternité.
Y ai ajouté un mot nouveau.
Un mot d'une beauté transactionnelle que l'ami Jean Choquette a créé, lui ce grand créateur de mots qui embaument sujet ou objet, les rend davantage transparents, leur donnent des ailes.
Ce mot c'est «vieillance».
Il chasse de notre esprit le mot «vieillesse» qui charrie avec lui l'idée de passives attentes pour y substituer le concept d'action, d'une action à la fois calme, détendue, l'image d'une berçante installée à la fenêtre d'une maison parfois imaginaire, mais, toujours, soutenant le regard autant sur ce qui fut, ce qui est... ce qui sera.
Merci Choquette de m'avoir autorisé à l'utiliser et peut-être ainsi le voir se répandre.
cette maison…
- pour mon amie de 1000 ans, Monique Racine-Brouillette -
À lire tout en écoutant
LES SCÈNES DE LA FORÊT - Schumann
cette maison n’existe pas, n’a jamais existé
ni dans les rêves ni dans les mains d’une vieille dame
- à qui longtemps on fit croire que si
pourtant, les nuits, cette maison agace ses rêves
sans la reconnaître elle sait qu’il s’agit bien d’elle
- toujours elle l’a entretenue
les rideaux verts, disparus, carreau souillé des fenêtres,
ça n'est pas chez elle, pourtant ça revient sans cesse
- comme une obsession ambigüe
à l’intérieur, de froides couleurs, irréelles à l'extérieur
des abeilles grafignent la dentelle écrue de sa mémoire
- s’activant au-dessus d’une ruche vide
les fleurs sur tronc d’arbre cachent aux regards fixes
cette maison n’existe pas, n’a jamais existé
ni dans les rêves ni dans les mains d’une vieille dame
- à qui longtemps on fit croire que si
pourtant, les nuits, cette maison agace ses rêves
sans la reconnaître elle sait qu’il s’agit bien d’elle
- toujours elle l’a entretenue
les rideaux verts, disparus, carreau souillé des fenêtres,
ça n'est pas chez elle, pourtant ça revient sans cesse
- comme une obsession ambigüe
à l’intérieur, de froides couleurs, irréelles à l'extérieur
des abeilles grafignent la dentelle écrue de sa mémoire
- s’activant au-dessus d’une ruche vide
les fleurs sur tronc d’arbre cachent aux regards fixes
un chat que dore le soleil; il avale des mirages
- visions et cauchemars étendus sur un balcon branlant
la vieille dame, celle de la maison pas à elle
ressuscite des mémentos périmés
- créateurs de la mesure du temps
on aura transporté cette maison près de l’appontement,
- visions et cauchemars étendus sur un balcon branlant
la vieille dame, celle de la maison pas à elle
ressuscite des mémentos périmés
- créateurs de la mesure du temps
on aura transporté cette maison près de l’appontement,
lancé madriers, poutres et chevrons loin de ses yeux
- ses rêves engourdis, évanouis au matin citron
elle a fait comme on le lui a dit, enseigné, répété
mais tout glissera sur le radeau fragile qu’elle imaginait
- une maison plus vieille qu’elle, grêle
ainsi iront rêves, chimères appâtées, réalités sibyllines,
tout voguera tels des galères ancêtres, un jour
- dans la vase des jours… la vase des jours
sans doute ne rêvera-t-elle plus,
sans doute n’aura-t-elle pu que rêver
- rêve-t-on lorsque nos pieds éloignent tout
elle partira par de grands chemins, inconnus
oubliera maison, nuit, rêves, frissons glacés, cauchemars
- accompagnée d’une volée de coquecigrues
dans le labyrinthe des forêts,
elle n’entendra plus râler les séismes noctambules
- libérée de cette voix aiguë
celle qui sort des rêves trompeurs, captieux et cauteleux
- ses rêves engourdis, évanouis au matin citron
elle a fait comme on le lui a dit, enseigné, répété
mais tout glissera sur le radeau fragile qu’elle imaginait
- une maison plus vieille qu’elle, grêle
ainsi iront rêves, chimères appâtées, réalités sibyllines,
tout voguera tels des galères ancêtres, un jour
- dans la vase des jours… la vase des jours
sans doute ne rêvera-t-elle plus,
sans doute n’aura-t-elle pu que rêver
- rêve-t-on lorsque nos pieds éloignent tout
elle partira par de grands chemins, inconnus
oubliera maison, nuit, rêves, frissons glacés, cauchemars
- accompagnée d’une volée de coquecigrues
dans le labyrinthe des forêts,
elle n’entendra plus râler les séismes noctambules
- libérée de cette voix aiguë
celle qui sort des rêves trompeurs, captieux et cauteleux
des terres anonymes qui charroient la liberté
- en blanc et bleu et blond et blanc et bleu
la vieille, pied léger, talon ferme et jambe raide
c’est la Bérézina… moins les canons, moins la retenue
- tête haute sous la feuillée
ses yeux qui endormaient des rêves éveillés
ses yeux chinés et complices crèveront le vent
- alors qu’enfin elle voit
elle voit dans un ruisseau aux couleurs arc-en-ciel
ce que les autres voyaient d’elle, qu’elle ne voyait pas
- les yeux des autres sont des orages refoulés
la vieille dame marche, des traces la suivent
s’émiettent, se coagulent à vitesse vertigineuse
- personne n’en percera les ombres
elle croisera dans ses détours impromptus
des images palpables, au bout de ses doigts tourmentés
- un grand florilège sur papier couleur sépia
son cœur, celui qui, à tout rompre, battait la chamade
que lui arrivera-t-il alors qu'elle se recommence
- renaissance et cri primal
la vieille dame, nue d’avant et nue d’après
couverte des rides de la fatigue, de l’imaginaire
- ne gémira pas, elle ne gémira plus
plus jamais ne pleurera, ses larmes d’autrefois
n’auront plus de sens devant l’envers de ce chemin
- elle inverse le monde…
peur, crainte, angoisse, son pain quotidien, rassis
elle l’aura mangé, bouche camouflée par sa main
- les dents noires d’Ordalie la ridiculisaient
repue tel un enfant nourri la veille d’une mort annoncée
la vieille dame de la vieille maison s’immobilise, fragilisée
- parfois, souvent même, la léthargie est geste premier
les mots qu’elle cherche sont inactifs dans sa mémoire
si par mégarde elle les retrouvait, n’auraient aucun sens
- la grammaire du silence ne se devine pas
- en blanc et bleu et blond et blanc et bleu
la vieille, pied léger, talon ferme et jambe raide
c’est la Bérézina… moins les canons, moins la retenue
- tête haute sous la feuillée
ses yeux qui endormaient des rêves éveillés
ses yeux chinés et complices crèveront le vent
- alors qu’enfin elle voit
elle voit dans un ruisseau aux couleurs arc-en-ciel
ce que les autres voyaient d’elle, qu’elle ne voyait pas
- les yeux des autres sont des orages refoulés
la vieille dame marche, des traces la suivent
s’émiettent, se coagulent à vitesse vertigineuse
- personne n’en percera les ombres
elle croisera dans ses détours impromptus
des images palpables, au bout de ses doigts tourmentés
- un grand florilège sur papier couleur sépia
son cœur, celui qui, à tout rompre, battait la chamade
que lui arrivera-t-il alors qu'elle se recommence
- renaissance et cri primal
la vieille dame, nue d’avant et nue d’après
couverte des rides de la fatigue, de l’imaginaire
- ne gémira pas, elle ne gémira plus
plus jamais ne pleurera, ses larmes d’autrefois
n’auront plus de sens devant l’envers de ce chemin
- elle inverse le monde…
peur, crainte, angoisse, son pain quotidien, rassis
elle l’aura mangé, bouche camouflée par sa main
- les dents noires d’Ordalie la ridiculisaient
repue tel un enfant nourri la veille d’une mort annoncée
la vieille dame de la vieille maison s’immobilise, fragilisée
- parfois, souvent même, la léthargie est geste premier
les mots qu’elle cherche sont inactifs dans sa mémoire
si par mégarde elle les retrouvait, n’auraient aucun sens
- la grammaire du silence ne se devine pas
au bout du sentier,
des feuilles vertes et salies,
une vieille maison,
une vieille maison,
vieille de vieillance
somnambule aspirée par de pugnaces odeurs
et
tout au bout de ce sentier
rien
27 janvier 2016
et
tout au bout de ce sentier
rien
27 janvier 2016