- Il faut combien de temps à un chat pour qu’il reconnaisse son nom, demanda Herman tout en appréciant cet espace que Abigaelle avait su rendre si intime, si chaleureux à l’étage de sa maison.
- Aucune idée, mais là je dois lui donner un coup de main pour monter, toute seule elle n’y arrivera pas, mais je me console en disant qu’elle a sept vies pour apprendre, espérant que celle-ci ne soit pas la dernière.
Les fenêtres à l’intérieur de sa mezzanine, situées à l’est et à l’ouest, laissent circuler un vent qui charrie avec lui des odeurs d’herbe mêlées à toutes sortes de plantes dont Abigaelle apprécie l’odeur sans nécessairement connaître leurs noms. Le tout se fusionne à l’ambiance d’eucalyptus qui enveloppe la maison.
- C’est magnifique ! Tu as bien organisé cette grande pièce. WoW, toute une collection de disques ! Quelle console ! La musique doit être sublime.
- Aucune idée, mais là je dois lui donner un coup de main pour monter, toute seule elle n’y arrivera pas, mais je me console en disant qu’elle a sept vies pour apprendre, espérant que celle-ci ne soit pas la dernière.
Les fenêtres à l’intérieur de sa mezzanine, situées à l’est et à l’ouest, laissent circuler un vent qui charrie avec lui des odeurs d’herbe mêlées à toutes sortes de plantes dont Abigaelle apprécie l’odeur sans nécessairement connaître leurs noms. Le tout se fusionne à l’ambiance d’eucalyptus qui enveloppe la maison.
- C’est magnifique ! Tu as bien organisé cette grande pièce. WoW, toute une collection de disques ! Quelle console ! La musique doit être sublime.
- Je te fais écouter quelque chose ?
- Des interprètes québécois ?
- Suis en amour avec Pauline Julien qui, je me doute t’amènera à m'interroger sur la crise d'octobre ‘70. Un épisode de ma vie dont tu ne cesseras pas de me parler tant que je n’aurai pas éclairci l’histoire.
- Je te fais remarquer que c’est vous Madame Thompson qui lancez le sujet.
- Tu as raison, mais on devrait peut-être manger un peu avant. Du café ça ne nourrit pas complètement. Je fais jouer Pauline Julien, avec le son élevé on pourra l’entendre en bas. Allez Zoé, on redescend.
La chatte réagit à la parole de sa nouvelle maîtresse, mais s’attend à ce qu’on la fasse voyager en première classe vers la cuisine, dans les bras de l'hôtesse.
- Des interprètes québécois ?
- Suis en amour avec Pauline Julien qui, je me doute t’amènera à m'interroger sur la crise d'octobre ‘70. Un épisode de ma vie dont tu ne cesseras pas de me parler tant que je n’aurai pas éclairci l’histoire.
- Je te fais remarquer que c’est vous Madame Thompson qui lancez le sujet.
- Tu as raison, mais on devrait peut-être manger un peu avant. Du café ça ne nourrit pas complètement. Je fais jouer Pauline Julien, avec le son élevé on pourra l’entendre en bas. Allez Zoé, on redescend.
La chatte réagit à la parole de sa nouvelle maîtresse, mais s’attend à ce qu’on la fasse voyager en première classe vers la cuisine, dans les bras de l'hôtesse.
Les lèvres de Abigaelle ainsi que celles de Herman attendaient, une fois le frugal repas achevé, la cigarette qui favoriserait la conversation, celle qu’attendait le grand jeune homme, en lien avec les activités felquistes de l’enseignante.
- Je me rappelle parfaitement bien de toi à l’université de Montréal lorsque tu t’es présenté à la réunion d’accueil offerte aux étudiants soucieux de s’informer sur la situation prévalant à l’automne 1970, surtout ce qui se déroulait autour du FLQ. Les médias racontaient tout à leur manière, du n'importe quoi, ce qui les intéressait surtout c'était de tomber sur un communiqué qui s'avérerait un scoop. Je ne te ferai pas la genèse de l’affaire, seulement te raconter le rôle que j’y ai tenu. Ça faisait l’affaire de bien des membres du FLQ qu’une australienne au nom anglophone s’intègre à leur groupe, assurés qu’ils étaient que jamais on allait m’interpeller quoi qu’il arrive. Sans expérience dans les tactiques révolutionnaires ou la guérilla urbaine, un peu naïve même, je suis rapidement devenue la candidate idéale pour relier les cellules actives à ce moment-là. Alors qu’à l’université on vous instruisait sur les grands concepts de la révolution, de l'Algérie, Cuba et du Vietnam, je me suis retrouvée sur la ligne de front. Au début il y avait quatre cellules, deux actives, les deux autres se sont effritées rapidement devant l’ampleur des événements. On m’a chargé de transmettre les messages à Jacques Lanctôt de la cellule Libération et à celle qui s’est occupé de kidnapper le ministre Laporte, installée sur la rue Armstrong à Longueuil, la cellule de financement Chénier que dirigeait Paul Rose. Lui, je l'avais rencontré à Gaspé durant l'été 1969, à «la maison du pêcheur». J'avais à manœuvrer entre les deux, apportant les informations nécessaires à la poursuite de l’opération, rapportant les décisions de l’une chez l’autre. Rapidement des divergences sont apparues à l’intérieur même de chaque cellule. D’une part, comme une crise de leadership, de l’autre, j’appellerais ça une crise de nerfs. L’étau se resserrait, l’armée et la police progressaient dans leurs recherches, la paranoïa s’installait et moi je variais les routes pour me rendre aux deux endroits jusqu’au moment où l'otage britannique a été libéré et que la loi sur les mesures de guerre a été promulguée. Le plus difficile aura été de convaincre le docteur Ferron de m’accompagner à la maison de la rue Amstrong où Pierre Laporte mourait au bout de son sang. Arrivés, Ferron a pris les commandes de l'opération. Tu connais la suite.
- As-tu senti à un moment donné que ta vie pouvait être en danger ?
- Tous les jours après la loi des mesures de guerre. Peut-être que mon allure innocente m’aura protégée ainsi qu'une personne en haut lieu.
- Je peux savoir qui?
- Entre les années 1970 et aujourd’hui, la province de Québec a connu six ministres de l’Éducation. L’actuel, Monsieur Bienvenue, a joué un rôle important dans ma nomination à l’école des Saints-Innocents. Monsieur Granger, le président de la commission scolaire est en relation étroite avec lui. Quand Jérôme Choquette s’est retrouvé au ministère de la Justice, il a agi un peu comme MacCarthy l’avait fait aux États-Unis avec sa chasse aux communistes, ce ministre de la province de Québec qui portait une arme chargée sur lui, entreprit une campagne semblable, la chasse aux felquistes. Sans l’intervention de Monsieur Bienvenue mon nom aurait circulé m'occasionnant de sérieux problèmes car on l'aurait certainement relié à celui de mon père impliqué auprès du Docteur Morgantaler qui subissait l'offensive de la justice dont je ne crois pas avoir besoin de te faire un dessin quant aux incidences juridiques qui le suivent toujours. Choquette a de l’appétit pour la délation, pour lui c'est un devoir civique. Il fouillait partout. Monsieur Bienvenue avait entendu parler de moi par son fils qui a été, lui aussi, membre du FLQ. Il a étouffé tout ce qui aurait pu me faire prendre.
- Quelle une affaire !
- Tu comprends maintenant que cette époque doit disparaître de ma mémoire au plus vite. Le seul fait d'en parler me ramène à de bien mauvais souvenirs.
- Tu comprends maintenant que cette époque doit disparaître de ma mémoire au plus vite. Le seul fait d'en parler me ramène à de bien mauvais souvenirs.
Un long silence s’installa dans la pièce au point qu’il aurait été possible d’entendre ronronner Zoé qui se prélassait au soleil confortablement installée sur le rebord de la fenêtre donnant sur l’école primaire.
- Je te ressers un autre café ?
- Oui, merci. Ça sera maintenant à moi de prendre la parole et te donner les informations que je possède sur la fameuse secte dont Monsieur Granger t’a glissé un mot.
Herman allait prendre la parole quand son regard s’immobilisa sur l’étrange personnage debout devant lui. Croisée quelques mois après son entrée à l’université, cette jeune femme, déjà, lui était apparue comme atypique. Australienne, étudiante en sciences de l’éducation dans un pays où elle n'avait fréquenté que de façon parcellaire le système scolaire, celle-ci l’avait subjugué par son aisance à communiquer dans une langue qui n’est pas la sienne, une langue dont elle maîtrise parfaitement bien la syntaxe et possède un vocabulaire aussi abondant que précis. Lui qui arrivait de la campagne, peu dégourdi pour cette époque d’après mai ‘68, chez qui socialiser n’était pas la plus grande habileté, ne pouvait qu’admirer cette fille aux cheveux tirant sur le roux qu’elle replaçait en utilisant les doigts de sa main comme peigne, achevant l'opération en secouant la tête. Il avait espéré la retrouver au comité dont le but était de démêler la situation politique au Québec, en fait un comité de recrutement du FLQ, mais elle se situait déjà à un autre niveau, celui qu’on surnommait le «professionnel». Il s’était inquiété deux fois à son sujet. La première, lorsqu’elle disparut de l’université en octobre 1970, en pleine crise et la seconde lorsqu’elle annonça que sa maîtrise terminée à Montréal elle partirait pour Québec compléter ses études menant au doctorat, toujours dans le domaine des sciences de l’éducation. Autour de lui on fut éminemment surpris d’apprendre ce changement d’université, mais cette fille il ne fallait pas tenter de lui faire changer autant les idées que le cheminement menant à leur activation. Elle sait où elle va, trouve le bon chemin tout comme elle le faisait en 1970 alors qu'elle louvoyait entre le nord-est de Montréal et Longueuil. Avant que le hasard, selon Herman, ne replace Abigaelle sur sa route, ici aux Saints-Innocents, devant la façade du surpermarché Steinberg de son père, il ne l'avait revue que lors de la grande manifestation soulignant la fin de la guerre du Vietnam, l'an passé, sachant qu’elle avait été parmi les principaux organisateurs du comité facilitant la venue au Canada d’étudiants américains s'y réfugiant pour éviter l’enrôlement militaire et un éventuel départ vers Saïgon.
Aujourd’hui, en ce dimanche de juin, elle était là, versant le café dans une tasse qu’elle allait déposer devant lui. Il la trouva belle. Attirante.
- Voilà, je t’écoute.
Pauline Julien, à l'étage, chantait «L'âme à la tendresse.»