jeudi 23 juillet 2026

Tirez-vous une chaise !

 


Soyez sans crainte, il y a des chaises pour tout le monde. Dominique a tout prévu, mais, m'a-t-elle dit « Tu sais, CRAPAUD, elles sont dépareillées. » 

   

                              



Une chaise ajoute - principalement lors de la lecture - une trace de la personne l'ayant utilisée avant soi, participant à cet arrêt dans le temps et l'espace. Qu'il s'agisse d'un long texte, d’une phrase sur laquelle on a besoin de méditer encore, d'un poème que l’on vient tout juste de retrouver dans sa bibliothèque, celui qui nous rend plus conscients de l'arrêt qu'on se permet, assis sur une chaise, ajoutant à la douceur du moment.




Dominique fournit la chaise alors que je vous lance quelques bribes de textes qui, au fil des ans, m'auront permis d'apprécier et le confort d'une chaise et celui d'entrer en communication avec des êtres humains ayant dit par écrit, au bénéfice des autres, ces mots porteurs de sens.




    La vitesse de propagation d’une rumeur dépend habituellement du poids de son contenu.

Philippe Labro

 

    … la réalité est toujours plus simple qu’on ne pense, et toujours plus décevante que ce qu’on a en tête.

Tonino Benacquista

 

    Serre-toi tout contre moi, le froid s’évanouira.
    Serre-toi tout contre moi, la solitude s’adoucira.
    Serre-toi là contre moi, la beauté régnera.
    Serre-toi bien contre moi, la mort ne m’effrayera.
    Serre-toi fort contre moi, et je trahirai tout.

Jon Kalman Stefanson

 

    J’ai lu quelque part que les enfants de douze à quatorze ans, c’est-à-dire dans la période de transition de l’adolescence, étaient particulièrement enclins à allumer un incendie ou même à commettre un meurtre. Au souvenir de ma propre adolescence et surtout de l’état d’esprit où je me trouvais en ce jour fatal pour moi, j’admets parfaitement la possibilité du crime le plus odieux, sans but, sans désir de nuire, mais COMME ÇA, par curiosité, par besoin inconscient d’action. Il y a des minutes où l’avenir se présente à un homme sous des couleurs si sombres qu’il craint d’arrêter sur lui le regard de son esprit, qu’il interrompt toute activité cérébrale et s’efforce de se convaincre qu’il n’aura pas d’avenir et qu’il n’eut pas de passé. Dans ces minutes où la pensée n’examine pas à l’avance chacune des décisions de la volonté et où les seuls mobiles qui demeurent sont les instincts charnels, je comprends qu’un enfant inexpérimenté particulièrement  porté à cet état, sans la moindre hésitation ni le moindre effroi, avec un sourire de curiosité, allume et attise un incendie dans sa propre maison, où dorment ses frères, son père, sa mère, qu’il aime tendrement. Sous l’influence de cette même éclipse temporaire de la pensée, d’une sorte de distraction, un jeune paysan de dix-sept ans, examinant le tranchant d’une hache récemment affûtée à côté de la banquette où  son vieux père dort, le visage tourné vers le sol, brandit soudain la hache et, avec une curiosité hébétée, regarde comment le sang jaillissant du cou tranché coule sous la banquette ; sous l’influence de cette même éclipse de la pensée et d’une curiosité instinctive, un homme trouve une espèce de jouissance à s’arrêter à l’extrême bord d’un abîme et à se dire : “Et si je m’y jetais ?” ou bien à appliquer sur son front un pistolet chargé et à se demander : “Et si je pressais la détente? “ ou à regarder quelque important personnage pour qui toute la société ressent une révérence servile et à se dire : “Et si le m’approchais, le prenais par le nez, et lui disais : “Alors, mon ami, on s’en va ?”

Léon Tolstoï

 

    On croit que l’on possède, et l’on est possédé.

André Gide


    La confiance est une forme d’inconscience.

Éric Fottorino

 

    Personne n’aime se savoir traiter comme s’il n’existe pas.

Boualem Sassal

 

    La seule chose qu’il ne veuille pas, c’est être séparé des autres. Il préfère être assiégé avec tous que prisonnier tout seul.

Albert Camus

 

    Mon seul espoir, en entamant ce plongeon, est que l’écriture ravive la mémoire. La littérature se souvient de ce que nous avons oublié : écrire c’est lire en soi.

Frédéric Beigbeder

 

    Le soir, il y a les cris angoissés des merles dans les jardins. Ils volent de plante en plante, à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Mais peut-être que ce n’est pas cela qui les inquiète. C’est la nuit qui vient, l’ombre qui grandit, le soleil qui s’éteint derrière la terre. Ils sentent le froid de l’espace, ils voient la lumière bleue de la lune, ou bien quelque chose se déchire en eux, leur fait mal.

J.M.G. Le Clézio

 

    Parfois, quand je suis insouciant, je crois que survivre est facile : il n’y a qu’à continuer à avancer avec ce qu’on a, ou ce qu’il reste de ce qu’on vous a donné, jusqu’à ce que quelque chose change - ou jusqu’à prendre conscience, enfin, qu’il est possible de changer sans disparaître, qu’il suffisait d’attendre que la tempête passe sur vous pour découvrir - eh bien oui - que votre nom est toujours rattaché à une chose vivante.

Parfois, quand je suis insouciant, je crois que la blessure est aussi le lieu des retrouvailles de la peau avec elle-même, qui demande à chaque bout : où étais-tu ?                

Ocean Vuong

 

    Un homme n’est vraiment mort que lorsque les vivants l’ont oublié.

Boucar Diouf


                                              


N'oubliez pas de ranger la chaise que Dominique vous a gentiment prêtée.
Elle nous laisse ces si belles images, afin que ce moment d'arrêt nous soit toujours accessible.  

Merci, Dominique.

Tirez-vous une chaise !

  Soyez sans crainte, il y a des chaises pour tout le monde. Dominique a tout prévu, mais, m'a-t-elle dit « Tu sais, CRAPAUD, elles sont...