Le court poème « Inscription au crayon sur un charriot de plomb » de Dan Pangis est gravé sur le monument à la mémoire des victimes du camp d'extermination nazi de Belzec, en Pologne.
On ne peut aborder le thème de la guerre sans écarter d'un revers de la main, la Shoah, « la catastrophe, l'anéantissement ». Je le ferai qu'en citant le poème de Pangis qui dit tout sans directement en parler. Plusieurs analyses ont été proposées de ces quelques vers, mais toutes celles que j'ai consultées, d'abord, posent le sujet : une mère, elle s'appelle Ève, son fils Abel dans ses bras, écrit à un autre fils, Caïn, qui ne les accompagne pas dans ce train les menant à Belzec.
On ne peut aborder le thème de la guerre sans écarter d'un revers de la main, la Shoah, « la catastrophe, l'anéantissement ». Je le ferai qu'en citant le poème de Pangis qui dit tout sans directement en parler. Plusieurs analyses ont été proposées de ces quelques vers, mais toutes celles que j'ai consultées, d'abord, posent le sujet : une mère, elle s'appelle Ève, son fils Abel dans ses bras, écrit à un autre fils, Caïn, qui ne les accompagne pas dans ce train les menant à Belzec.
Elles y vont de commentaires qui se rejoignent les uns les autres : le thème de la mère première devenue la dernière, d'un fils innocent, de l'autre, absent - qui ne lira pas ces quelques mots puisqu'il pourrait être un simulacre, celui des nazis qui reçoivent, parfois au son des violons, des flûtes, ceux et celles descendus des wagons plombés.
Pour le chemin que j'ai choisi d'emprunter afin de fouiller d'autres aspects de la guerre, ces quelques mots suffisent, alors je ne parlerai plus des nazis. Ni des Juifs. Ni des camps de concentration. Je laisse à la mémoire de chacun le soin de s'y attarder. Un dernier mot, toutefois. Une question plutôt. Posée par Yishaï Sarid dans son roman LE MONSTRE DE LA MÉMOIRE, placée dans la bouche d'un guide israélien fort érudit qui reçoit des groupes de tout acabit et leur fait découvrir les camps d'extermination de Pologne. La voici : « Que serait le monde actuel si les alliés avaient perdu la guerre ? » Non, ne répondez pas en disant que cette hypothèse est irréaliste en raison de ceci, de celà. Non, ne faites que répondre à la question. Au premier degré.
Pour le chemin que j'ai choisi d'emprunter afin de fouiller d'autres aspects de la guerre, ces quelques mots suffisent, alors je ne parlerai plus des nazis. Ni des Juifs. Ni des camps de concentration. Je laisse à la mémoire de chacun le soin de s'y attarder. Un dernier mot, toutefois. Une question plutôt. Posée par Yishaï Sarid dans son roman LE MONSTRE DE LA MÉMOIRE, placée dans la bouche d'un guide israélien fort érudit qui reçoit des groupes de tout acabit et leur fait découvrir les camps d'extermination de Pologne. La voici : « Que serait le monde actuel si les alliés avaient perdu la guerre ? » Non, ne répondez pas en disant que cette hypothèse est irréaliste en raison de ceci, de celà. Non, ne faites que répondre à la question. Au premier degré.
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Je rejoins maintenant le britannique Graham Greene, sans doute confortablement installé sur la terrasse de l'hôtel Continental à Saïgon, de retour ou en attente d'un voyage en hélicoptère vers un champ de bataille sur lequel l'armée américaine aurait gagné du terrain.
« À la guerre, on passe tellement d’heures assis à ne rien faire en attendant quelqu’un! En cette absence de certitude sur le laps de temps dont on dispose encore, on a le sentiment que rien ne vaut la peine d’être mis en train, pas même un enchaînement d’idées. »
| Graham Greene |
C'est le journaliste Thomas Fowler couvrant la guerre en Indochine, en 1955, un an après Dien Bien Phu. Et nous voici entrés dans UN AMÉRICAIN BIEN TRANQUILLE en même temps que les USA s'engagent dans une guerre qu'ils coloreront à leur manière.
Nous le connaissons tous ce conflit, il a marqué le XXième siècle de manière indélébile, en raison, peut-être, du fait que les chaînes de télévision américaines y ont consacré quotidiennement de nombreuses heures.
L'intérêt du roman - sur fond de guerre tiraillée par la théorie des dominos que promeut le président Eisenhower et la théorie de la Troisième force - tourne autour du triangle amoureux : Fowler, le journaliste, Pyle, l'idéaliste au service de la CIA et Phuong, maîtresse du journaliste qui accepte de rester près de lui, question de sécurité.
« Peut-être le civil est-il, aux yeux du soldat, l’homme qui l’emploie pour tuer, qui glisse le poids du meurtre dans l’enveloppe de sa solde, pour se débarrasser de toute responsabilité ? »
« Aimer, c’est se voir comme un autre être vous voit, c’est être amoureux de sa propre image déformée et sublimée. En amour, nous sommes incapables d’honneur, l’acte de bravoure n’est jamais qu’un rôle joué devant un public de deux personnes. Peut-être n’étais-je plus amoureux, mais je me rappelais. »
Est-il possible pour un amour, en zone de guerre, de s'épanouir, à la limite même, d'exister ! Le triangle amoureux de Greene est manifestement teinté de l'atmosphère humide de Saïgon.
« ... nous enfermons l’air dans une cage percée d’ouvertures,... et l’homme enferme sa religion dans une cage à peu près semblable... avec des doutes qui laissent entrer le beau et le mauvais temps, et des croyances qui s’ouvrent sur d’innombrables interprétations. »
En fond de scène, la géopolitique, la théorie de la Troisième force, possiblement la critique la plus féroce de l'intervention américaine au Vietnam, propose une autre voie. Un regard nouveau sur ce que devrait être « les affaires étrangères » des USA. Nous sommes quand même dans la période pré-Kessinger. Est-il temps de réfléchir, à la limte d'envisager des modifications à cette politique étrangère quelque échevelée de la Maison blanche et du Pentagone ?
« ... ce sont souvent les bons administrateurs qui rendent difficiles de réformer un mauvais système. »
« Je crois que le fait que nous fussions assis là à bavarder encouragea les deux soldats: peut-être pensaient-ils que le son de nos voix blanches (car les voix ont, elles aussi, une couleur: les voix jaunes chantent et les voix noires gloutonnent, tandis que les nôtres parlent, tout simplement)... »
Graham Greene connaît bien l'Indochine. Son regard de journaliste, sans trop qu'on s'en aperçoive, propose subrepticement une autre vision du grand conflit qu'il deviendra pour s'achever 20 ans plus tard. Tout comme son personnage, marié et souhaitant le divorce -rappelons que Greene est un catholique convaincu, on l'a comparé à François Mauriac sur cet aspect de sa personnalité - Fowler se questionne autant sur les gestes à poser - Pyle ne meurt pas pour rien au début du livre - que sur cet amour en temps de guerre. Cela fera vivre aux personnges des questions existentielle, fondamentales, continuellement fardées par l'imprévisibilité de la guerre.
« C’était comme si nous nous étions acheminés vers le danger au lieu de le fuir, de même que je marchais parce que cela faisait moins de bruit que de courir, mais mon corps aurait voulu courir. »
« Ce qui rendait ma jalousie plus absurde et plus humiliante, c’était qu’elle n’avait pour s’exprimer que le plus faible des chuchotements et la jalousie se plaît aux tirades théâtrales. »
« Ce qui rendait ma jalousie plus absurde et plus humiliante, c’était qu’elle n’avait pour s’exprimer que le plus faible des chuchotements et la jalousie se plaît aux tirades théâtrales. »
« ... il n’est pas honnête de solliciter le genre de promesse que personne ne peut tenir. »
« Quand nous souffrons, nous cherchons à blesser. »
« Le mal qu’on s’inflige est dans l’acte de possession: nous sommes trop petits, de corps et d’esprit, pour posséder un autre être sans en ressentir de l’orgueil, ou lui appartenir sans humiliation. »
« ... tant que nous ne nous étions pas menti ouvertement je pouvais avoir l’illusion que nous n’avions pas changé l’un envers l’autre... »
« Comme si j’avais été trahi... mais l’on ne saurait être trahi par un ennemi. »
« C’est comme ça que les choses se passent. On quitte des gens et puis la chance tourne. Cela me fait croire à la justice. »
« Peut-être y a-t-il un prophète à côté du juge dans ces tribunaux ou se promènent nos vraies décisions. »
« C’est toujours la même chose: si l’on se réfugie dans le désert, le silence vous crie aux oreilles. »
« Il est impossible que vous existiez si vous n’avez pas le pouvoir de modifier l’avenir. »
« Le mal qu’on s’inflige est dans l’acte de possession: nous sommes trop petits, de corps et d’esprit, pour posséder un autre être sans en ressentir de l’orgueil, ou lui appartenir sans humiliation. »
« ... tant que nous ne nous étions pas menti ouvertement je pouvais avoir l’illusion que nous n’avions pas changé l’un envers l’autre... »
« Comme si j’avais été trahi... mais l’on ne saurait être trahi par un ennemi. »
« C’est comme ça que les choses se passent. On quitte des gens et puis la chance tourne. Cela me fait croire à la justice. »
« Peut-être y a-t-il un prophète à côté du juge dans ces tribunaux ou se promènent nos vraies décisions. »
« C’est toujours la même chose: si l’on se réfugie dans le désert, le silence vous crie aux oreilles. »
« Il est impossible que vous existiez si vous n’avez pas le pouvoir de modifier l’avenir. »
Il est impossible de déambuler sur la rue Catinat devenue aujourd'hui rue Dong Khoi, jeter un coup d'oeil sur l'hôtel Continental sans que l'atmosphère créée par Greene nous saute à la gorge.
J'ai souvenir d'une dame à laquelle je n'ai jamais réussi à donner un âge, sourde et muette, vendeuse de livres qui, pour plusieurs, ont été photocopiés car interdits par le régime. Un jour, elle me proposa UN AMÉRICAIN BIEN TRANQUILLE. Comme je l'avais déjà en ma possession, elle me fit comprendre que ce roman figurait en tête de liste de ceux qu'elle vendait le plus.
À suivre