mercredi 22 avril 2026

les remparts de Varsovie

 



                           
LES REMPARTS DE VARSOVIE

* Il faut que le jour soit achevé
  Pour qu’il soit possible de dire
   Combien de temps avons-nous perdu
     À quel point la paresse mène la barque 
                                        
Il fallait que je t’invite à Vienne
  Ce petit hôtel au fond de la rue
   T’invite pour y mourir avec moi
     Après une valse des valses de Vienne 
                                        
Il faudra que je vérifie attentivement
  Les loups aiment le son du violoncelle
   M’as-tu dit et tant de fois répété
    Qu’encore maintenant je n’en doute plus
                                        
Que là, il faille reprendre le métro de Prague
  De ce côté-ci de la rame puisque toi tu sais
   Que ce côté-ci de la rame c’est le bon
    Celui qui mène directement à Varsovie 
                                        
Il fallut se pincer le bras, deux fois plutôt qu’une
  Afin de s’assurer que Varsovie n’était pas Cracovie
   Que le bus pour Auschwitz ne fût pas rempli
    Et que tu n’oublies pas ton mouchoir rouge
                                        
 
            *        Tu me dis que chaque jour est un autre 
                          Différent de celui qui vient de passer   
                          Inquiet pour celui qui s’en vient    
   
                          Chamboulée par les camps de la mort
                         Tu me disais, me le répétais tant et tant 
                          La mort se fait silencieuse  
                         À tous ceux à toutes celles     
                        Qui l’attendent derrière les barbelés       
     
                        Tu m’as dit cesse de chercher les odeurs 
                        Elles ont disparu avec nos souvenirs   
                                    La honte les a remplacées       
                                                 Hurlée par des chiens bergers                          
*

                             
*       Et nous étions dans ce bus rempli
            Revenant de la visite aux martyrs   
            Qui encore et peut-être toujours                   
            S’accrochent à de faux espoirs brûlés 

                 
*       Ce plus de silence cruel nous ramenait
            Dans ce bus bourré d’anonymes silences   
            Une mouche glissant sur la vitre de la fenêtre       
            Patinait une valse...celle aux notes inachevées

    
* Les connais-tu ces mots à rebours

    Tous ceux dont le sens fut exterminé   

    Même si comme toi et le bus à l’unisson      

    Dans un élémentaire yiddish nous les répétions  


« nous sommes les passeports périmés d'un voyage inachevé »



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lundi 20 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (45)

 


Vous vous êtes sans aucun doute posé cette question un jour ou l'autre : pourquoi ne retrouve-t-on pas à l'intérieur d'un ascenseur de tout immeuble ayant plus de dix ou quinze étages, un bouton sur lequel est indiqué le « treizième plancher » ? On a répondu à cette interrogation en pointant le nombre 13, lui attribuant tous les attributs d'une superstition, de la triskaïdékaphobie. Cette réponse n'est pas universelle, puisqu'en Asie, on peut peser sur le bouton annonçant le 13e étage.

Alors ? 
À la peur du 13, s'ajoute la peur des hauteurs : l' acrophobie
Les espaces clos : la claustrophobie.

Imaginons que vous entriez dans l'ascenseur, un chat noir roupille dans un coin tout juste sous le panneau sur lequel vous liriez entre le 12 et le 14, le détestable 13... Je n'ose même pas penser au vertige qui vous assaillirait si déjà y monter fut un acte de courage inouï.

Consolons-nous, un ascenseur qui possède un bouton pour avertir que l’on est arrivé au 13e étage est un cadeau. C'est qu'il y a de fortes chances que vous partagiez l'espace de quelques doux instants la présence d'une femme dont le parfum embaumera le maléfique cubicule.
 


                       dans l’ascenseur… une femme
 
odeur de femme en espace clos
des mains de pluie agitant un ruban noir
qui glisse, frôle des jambes teintées de sable
caressées par une mer verticale
 
les algues dans ses cheveux noirs
se meuvent ainsi que des vagues
une broche moirée les retient
 
une huître calcaire aux yeux fermés
elle parle au miroir qui la multiplie 
 
 
odeur de femme en espace clos
un homme, vieux, l’aspire pianissimo
 
il la regarde ne pas le regarder
le silence les porte au milieu du vide
prisonniers en un cube fermé
 
leurs mains ne se touchent pas
les digitales pressent un bouton
qui s’illumine par fractions
un millénaire après l’autre

 
 
odeur de femme en espace clos
emmêlée à la sueur d’un homme
immobile qui éternise ces instants
tel un stérile frangipanier gris blanc
 
des taches brunes dorment sur sa peau vieille
il les cache aux yeux de la femme
l’espace clos devient moite
la femme à la robe aranéide
bouge au tintement de la porte
 

moments fugaces parfumés de vanille
le vieil homme les aura imprimés
 
à même une mémoire fragile
aux autres parfums longtemps oubliés
alors que grimpe, mécanique, l’ascenseur
 
il monte, seul maintenant, ce prisonnier
à l’âme confuse, au cœur éternel
celui pour qui un parfum de femme
souffle, encore, un vent de jeunesse

22 juin 2017 

                                                          


                   

il arrive à la vie de devoir se mesurer au temps
combat irrégulier
pluie contre gazon mouillé
soleil affrontant un jour froid
lune contre une nuit décharnée

 
le temps, pubère vie artificielle,
arrache tout sur son passage
les veines bleuies à nos poignets
suivent des routes sans azimut
qu’un inconnu s’amuse à brouiller
 
le temps et la vie ne sont donnés
qu’à ceux qui savent accepter la mort
aux autres, ce ne sera qu’angoisses
ces rongeurs infatigables
qui effilochent notre continuité
 
il arrive à la vie de devoir se mesurer au temps
combat irrégulier
pluie contre gazon mouillé
soleil affrontant un jour froid
lune contre une nuit décharnée 

26 septembre 2017

 

Ceci est un « cadavre exquis » mais provenant d'une seule personne.

 

Le Dictionnaire abrégé du surréalisme donne du cadavre exquis la définition suivante :

« Jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. »

jeudi 16 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

 



Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient soit inintéressant ou redondant. Qu'il s'agisse du réalisme en littérature - je n'ai absolument rien contre Balzac, Flaubert ou Zola, mais comme c'est ennuyant ! - ou en peinture - il m'est difficile de vous citer quelques représentants de cette école - on ne s'en tient qu'au réel et ses manifestations vérifiables.

D'autre part, le surréalisme s'est davantage ancré à la poésie. Nous arrivent et accompagnent André Breton, les Lautréamont, Gérard de Nerval, Mallarmé que l'ailleurs nous déstabilise, nous amenant là où le réel devient maléable sous le regard du poète.

Je m'amuse actuellement à traverser en lecture une anthologie de la poésie québécoise ( celle de Guy Sylvestre publiée en 1966 ) pour me rendre compte à quel point je suis ignare. Le nom des poètes, je les connais, mais leur oeuvre : néant. Qu'il s'agisse de Octave Crémazie, Pamphile Lemay, Fréchette, Nérée Beauchemin, je ne les avais survolés que de très haut, par snobisme peut-être. Mon attention s'arrêtant plutôt chez Alain Grandbois, Nelligan, Saint-Denys-Garneau, Charles Gill, Anne Hébert et, pour sûr, Gaston Miron, Roland Giguère et Gatien Lapointe.

J'en arrive à me dire, parcourant ces pages, que la poésie canadienne-française devenue la poésie québécoise n'a pas reçu tout le mérite dont elle est en droit d'être affublée. Je compte bien, dans un prochain billet, vous présenter de vieux poèmes qui méritent qu'on s'y arrête.

)( Aujourd'hui, je vous offre deux poèmes qui frôlent le surréalisme...


alors que…

alors que
la grisaille brouille les nuages et l’humidité écrase le jour
un cactus assoiffé meurt dans l’aquarium en feu
sur les rues filandreuses murmurent des anges
ils auront beaucoup à accomplir ici et ailleurs
 
alors qu’
un papillon gondole entre le toit et les murs
raccourcit l’espace, rétrécit les intervalles
il tronque les écarts entre un cœur saigne
et les distances qui épuisent le cœur du temps
 
alors que
les heures s’enfuient sous la pluie polychrome
une hirondelle dérive vers le soleil couchant
et au-dessus de la ville bruyante
le vent multicolore étend un parasol
 
alors qu’
une libellule guerrière s’amuse à faire la paix
au poème qui puise creux au fond de l’âme
y cherchant des mots, y relevant des couleurs
pour dire, plus vrai encore, l’échec du réel
 
alors que
quelques fines vagues épuisées s’écrasent
puis meurent sur le quai vermoulu
une araignée immobile, pendue au fil de soie,
au bout de ses yeux frétille lentement la rivière
 
26 octobre 2016










Variation
 
Je suis de hasard, égaré dans un univers clos
que plus personne ne parcourt
 
Je suis d’hier encore, évadé depuis si longtemps
sans guide au bout des pieds
 
Je suis d’avenir incertain, fugace brouillard du matin
qu’effiloche la  brise
 
Je suis de peu de mots par la peur étouffé
au milieu d’une casuelle fragilité
                                  
   **************************************** 
 
Je le suis… ce hasard qui mène ailleurs
là où je n’étais plus
 
Je les suis…  ces fades hiers confinés nulle part
là où le temps s’émousse
 
Je les suis … ces incertains, ces vagues jours indécis
comme nuits sans lune
 
Je les suis … ces mots oubliés, les prend par la main
les porte vers mes égarements
 
  ****************************************
 
Sommes-nous celui qui nous échappe
l’éternel suivant qui nous accompagne

mardi 14 avril 2026

Un tout petit clin d'oeil...

 


Vous le savez, LE CRAPAUD ne s'aventure que très rarement dans les étangs politiques. À l'occasion des scrutins fédéral et provincial, il coasse, y allant de prédictions qui, la majorité du temps, ne se réalisent pas.


C’est évident, mais pourquoi ? Lorsqu'on interroge les gens sur tel ou tel sujet, le réflexe premier est de se tourner vers soi, de tenter de mesurer les avantages qu'on peut personnellement en tirer et les désavantages que cela peut occasionner... aux autres.


Ce matin, au lendemain des élections dans trois (3) comtés fédéraux - 2 en Ontario et 1 au Québec - le gouvernement du premier ministre Mark Carney devient majoritaire, ce qui n'est pas rien. C'est ouvrir les portes à leur pleine grandeur au Parti libéral du Canada que l'on croyait relégué plus loin encore que les bancs de l'opposition officielle, presque dans les limbes. 


LE CRAPAUD se permet de dire que nous l'avons échappé belle lors des élections générales du 28 avril 2025, à savoir que nous nous sommes éloignés de Pierre Poilièvre et du Parti conservateur qui, lors de la campagne électorale menant à l'élection, bénéficiait d'une confortable avance, mais, en fin de compte, nous aura donné un gouvernement minoritaire dirigé par Mark Carney.


Donc, hier, les trois élus sont des libéraux. On s'y attendait pour ceux de la région de Toronto, alors que la surprise aura été grande dans le comté de Terrebonne qui fut à une époque un château fort du Bloc Québécois.


Que faut-il conclure de ces résultats ? D’abord, M. Carney vient de recevoir un potentiel candidat au cabinet : madame Martin, anglophone, mais qui s’exprime parfaitement bien en français. Il peut aussi s'enorgueillir d'avoir clos le bec aux souverainistes membres et du Bloc et du PQ.


Mais ça va plus loin que cela. L’élection de la candidate libérale dans Terrebonne, madame Auguste, d’origine haïtienne, est un sérieux avertissement au chef du PQ, monsieur Paul Saint-Pierre-Plamondon. Celui-ci semble en effet tenir pour acquis que les élections générales au Québec d’octobre prochain le mèneront vers un gouvernement qu’il sera appelé à diriger. i


L'aura de monsieur Carney commence à peine à luire auprès de la population québécoise. Son parti - il faut rappeler que plus de 50% des électeurs se sont présenté aux urnes hier, ce qui est loin d'être coutumier pour une élection partielle - va maintenant tabler sur cette très importante... défaite du Bloc, l'assimilant à la défaite des souverainistes, les grands perdants de cette élection.


De 1993 à 2025, la circonscription fédérale de Terrebonne a élu des députés du Bloc Québécois. C'est 32 ans de domination des souverainistes qui s'est écroulée hier soir. Un examen approfondi de la situation doit être fait, plus loin que l'excuse qu'on nous servira, à savoir le nouveau découpage du comté.


Un peu de prospective : 

1) le Bloc Québécois compte 22 députés et, selon LE CRAPAUD, il a maintenant atteint le maximum ;

2) le PQ connaitra une baisse dans les sondages qui sera assez importante pour que l’effet Carney favorise le Parti libéral du Québec ;

3) la nouvelle cheffe de l'ADQ ne peut demeurer insensible à cet essor des libéraux et devra donner un grand coup de barre pour d'abord faire oublier Legault et, ensuite, se lancer à la conquête de ceux qui votent libéral à Ottawa... sans être un libéral.


Les mois qui nous mèneront aux élections québécoises d'octobre prochain nous réservent d'étonnantes surprises. LE CRAPAUD suit ça de près.


*****



LE CRAPAUD s'est déjà prononcé sur la personnalité du pape Léon XIV, signalant qu'il lui apparaît comme un homme de notre siècle, aligné comme le fut Léon XIII sur l'aspect social de son rôle.

Il vient d'être insulté par le «p»étatsunien, personne non grata sur mon blogue. De manière  provocatrice - son allusion à la captivité de pape à Avignon - suggère-t-elle qu'il veuille envahir le Cité du Vatican ?

Je préfère, et de loin, la réponse de Léon XIV :
 
« J'invite ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres à recourir à la paix. »

samedi 11 avril 2026

En attendant NA T H AN...

 



Message adressé à ceux et celles qui suivent 
SI       AVAIT SU...                                          



 subit  actuellement
                                           l'opération                                                                                                   révision/correction.


Tout avance correctement et d'ici quelques jours - deux semaines tout au plus - nous pourrons entrer dans la 3e partie.


Pour les curieux, voici comment, déjà, retourner à la partie 2 revue et corrigée.

 )(                         
Vous n'aurez qu'à rechercher sur le blogue 
SI NATHAN AVAIT SU... (Partie 2) - 1 - revu et corrigé.


30 billets revus et corrigés s'y retrouvent actuellement.








jeudi 9 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie... (43)

 


Certaines études, semble-t-il qu'elles soient sérieuses, vont dans le sens que la musique - en plus d'adoucir les mœurs - serait un complément indispensable à une bonne santé mentale, à un équilibre psychologique permettant à l'être humain de retrouver le bien-être. 

Pour sûr, la musique s'habille de plusieurs façons, aussi différentes les unes que les autres, s'accommode du temps présent, mais permet à son auditeur de voyager, de s'arrêter ici pour mieux apprécier cela, et surtout de nettoyer l'âme. 

Peut-on imaginer Mozart discutant musique avec André Gagnon ? Oui, puisque tout est possible à se matériau sensible à tout. 

Elle s'associe aux mots et nous voilà ailleurs, le son des premiers déjà porteurs de sens et le sens que l'on donne aux sons de la musique. 

Voici ce poème qui est un hommage à l'enjoliveur de la vie qu'est la musique .


la musique égarée

                    sur l'autre palier une musique flâne
                    il n' y a qu'elle pour polir le silence

violon
trois notes accrochées au vent
tachent l'atmosphère, nettoient l'âme      
d'ici, on entend Paganini, la Mose fantasia, 
sons graves sur une seule corde, elle saute
mouton égaré à la recherche de trois sœurs
alors que les nuages parlent au diable
en des trilles lancinantes
que reproduit l'Amati



                    sur l'autre palier une musique flâne
                    dans une sérénité ouatée de silence 

Paganini, le violoniste aux doigts allongés
et son guitariste espagnol
l'inconnu aux doigts magiques
quelles folles variations les tourmentent
d'une île où on allait les enterrer
sous la symphonie des airs de Berlioz
visite à l'enfer, on y brûle les sonates
dans une impatience polyphonique
quelques malins inventent des frissons
comme s'ils parlaient d'un insecte à trois ailes



                    sur l'autre palier une musique flâne
                    cosmopolite, bohémienne, gitane

la musique survole lestement les fleurs
papillon capricieux aux ailes de papier
s'amourachant du vibrato d'un immobile colibri
l'espace d'un instant, le temps d'un soupir,
fluide, la musique imprègne, majestueuse,
les quatre murs aérés et aquatiques
comme elle sait se faire languissante,
tiraillée entre gris ciel et bleu palier
cette musique égarée qui ensorcelle

 

29 juin 2016



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                                             ... la pluie          
 
... s'en donne à cœur joie, 
s'éclate sur un bitume surchauffé en millions de fleurs de lotus 
 
... résonne, tels des talons de femmes,
créant un fugace ruisseau qui peine à l'avaler
 
... tambourine parfois
 improvise un sournois jazz qu'écoutent les  immobiles passants
 
... étourdie par son voyage 
entre ciel et terre, entremêle sa robe grise aux papiers salis 
 
... sous des gouttières devenues gargouilles
se douchent les enfants imperméables comme des poissons
 
... la pluie, patience et rage contenue,
brouille les flaques d'eau, vagues instables au coeur de la ville
 
... brise les rideaux invisibles
des fenêtres ouvertes au piétinement du temps
 
... pluie, l'espace d'une présence
maîtresse des lieux asséchés, 
                                          lécheuse de bonne aventure
à rebours, tu repars invisible dans le vent, 
                                          retrouver l'ombre du soleil

 

18 août 2016






APOSTILLE :  J'imagine, sans parapluie - ce bouclier contre la pluie - je m'imagine déambulant sous la pluie avec, accroché aux oreilles, l'écouteur me permettant d'écouter Paganini...

vendredi 3 avril 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 7)

 

Qu'on parle de la bonté, du vent ou de l'électricité, il s'avère toujours plus facile d'en exposer les effets que  s'attarder à en trouver une définition qui fasse promptement image dans notre cerveau.

C'est peut-être la même chose pour la guerre, quelle qu'elle soit : guerre des boutons... des tuques... guerre de Troie, et j'en passe. Une illustration s'imprime dans notre tête, surgit à chacune des fois que le mot ou l'expression se présente à nous.

Alessandro Baricco terminera, dans ce billet, sa réflexion sur l'Illiade, achevant de formuler les idées qui ont germé dans son esprit après plusieurs mois de travail sur le texte de Homère. Déjà, il lançait celle de la beauté. Une autre beauté que celle  prévalant à une certaine époque et qui a perduré pendant des siècles, à savoir que la guerre méritait ses monuments, ses histoires racontées, écrites ou filmées. 

Un certain pacifisme sans fanatisme. Un pacifisme unificateur. 

Envisageable pour l'homo sapiens que nous sommes, celui qui, sur l'échelle de l'évolution, a réussi à parvenir jusqu'à maintenant en éliminant tous ceux et toutes celles qui ont osé se dresser contre lui, sans s'attarder à envisager la paix comme une hypothétique avenue à emprunter ? 

Il aura tout de même tenté d'instaurer des institutions ayant pour objectif de faire régner la paix : la Société des nations (1919) dissoute en 1946, puis l'ONU créée en 1945. Inutile de s'étendre sur chacune de ses deux tentatives qui a tenté et tente à maintenir la paix, les résultats s'équivalent en termes d'efficacité.

Il m'apparaît important de signaler que la constitution des USA prévoit dans son deuxième amendement qu' « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »  Cela signifie que chaque citoyen étatsunien peut les utiliser en dehors d'un contexte de guerre, ce qui, dans les faits, nous amène à croire que des conflits internes quelle qu'en soit leur nature, pourraient devenir une occasion d'utiliser des armes et, a fortiori, organiser une guerre à petite ou moyenne échelle. Comme cela ressemble à nos ancêtres primitifs qui déambulaient munis d'armes correspondant à leur époque !



Revenons à Baricco.

«  Aujourd'hui, la paix n'est guère plus qu'une convenance politique : ce n'est certainement pas un système de pensée ni une manière de sentir vraiment répandus. On considère la guerre comme un mal à éviter, bien sûr, mais on est loin de la considérer comme un mal absolu : à la première occasion, tapissée de beaux idéaux, l'idée de partir à la bataille redevient très vite une option réalisable. On la choisit même, parfois, avec une certaine fierté. Elles continuent, les phalènes, à se jeter dans la lumière du feu. Une réelle, prophétique et courageuse ambition pour la paix, je ne la vois que dans le travail patient et caché de millions d'artisans qui travaillent quotidiennement à faire naître une autre beauté, et la clarté de lumières, limpides, qui ne tuent pas. C'est une entreprise utopique, qui suppose une confiance vertigineuse dans l'homme. Mais je me demande si nous sommes jamais allés aussi loin que nous le faisons aujourd'hui, sur un tel chemin. Et c'est pourquoi je crois que personne, dorénavant, ne pourra plus barrer ce chemin, ou en inverser le sens. Nous réussirons, un jour ou l'autre, à enlever Achille à cette guerre meurtrière. Et ce ne seront pas la peur ou l'horreur qui le ramèneront chez lui. Ce sera une certaine beauté, une beauté  différente, plus aveuglante que la sienne, et infiniment plus douce. »

*****





C'était quatre hommes... je les renomme afin qu'ils puissent continuer à inspirer, Bao Ninh, Graham Greene, Tim O'Brien, Alessandro Baricco, quatre hommes qui, chacun à sa manière, à sa façon, ont vécu la guerre activement ou l'ont relatée ou encore, y ont porté une attention à travers des textes immortels, tel l'Illiade de Homère.

Aucun de ces quatre hommes n'y a laissé sa vie, une partie intime de lui-même sans aucun doute, partie à laquelle ils sont revenus afin d'examiner, autrement,  la guerre, en-dehors des clichés, poncifs et lieux communs.

Nous nous sommes trop facilement apitoyé sur les aspects néfastes de celle-ci : 
ses millions et millions de morts inutiles ; 
ses milliards et milliards de dollars, d'euros, de yens, de marks, de francs, de roupis, de pesos, de roubles, de yuans... ; 
ses déchirures, ses impacts sur les êtres humains, sur les systèmes politiques et économiques, ses déplacements de populations, ses destructions massives d'infrastructures ;
sur l'histoire...

Dénombrer les écrits en tout genre sur le sujet, les textes romanesques, poétiques, les essais, les chants et les chansons, tout cela sempiternellement les mêmes à quelques mots près, ça relève de l'impossible.

Comment, aussi, ne pas oublier les discours larmoyants lors de commémorations de mille et une armistices, prononcés sous des drapeaux en berne... 
Les harangues fanatiques hurlées à tout vent... 
Les vibrants appels à sauver la nation... 
Tous, autant qu'ils soient, ont une haleine de sang,  appellent directement ou indirectement à la vengeance...

Il ne faut pas oublier tout cela, tout ce qui cherche inutilement à perpétuer la mémoire de la guerre tout en oubliant manifestement ceux qui l'ont subie ou la subissent encore et qui n'ont pour seul souhait : oublier. Peut-être faut-il oublier de se souvenir ?





les remparts de Varsovie

                              LES REMPARTS DE VARSOVIE * Il faut que le jour soit achevé   Pour qu’il soit possible de dire    Combien de t...