Abigaelle achevait d’inscrire à son agenda tout ce qu’elle a à faire d’ici la fin des classes ainsi qu'une bonne partie de l'été qui ne sera pas uniquement des vacances. Elle n’en revenait pas d’être autant sinon plus occupée qu’en plein cœur de ses activités scolaires et universitaires réunies.
Dans la colonne «fait», on y lit :
vapeurs méphistiques dans sa maison;
la commission scolaire a décidé que les élèves du préscolaire de cette année demeureront à l’école des Saints-Innocents jumelés aux nouveaux inscrits;
achevé le plan final de la thèse de doctorat, approuvé par Madame Jeanne Lapointe, sa directrice.
Dans la colonne «à faire», on y trouve:
entrevue à passer avant que la commission scolaire lui attribue officiellement le groupe mixte;
organiser la rencontre avec le psychologue travaillant au service de l’enfance pour discuter du cas de son élève Patrick, le fils de Monsieur le maire, et possiblement installer les bases d’une collaboration plus régulière;
choisir trois rencontres qui se tiendront à Québec dans le cadre de son programme de doctorat et régler les frais d'inscription;
donner suite à la conversation avec Monsieur Granger :
1) se rendre chez Madame Brodeur, l'écouter lui parler de ce qu'elle retient de l'histoire locale du village des Saints-Innocents et en profiter pour mieux comprendre ce qui l’avait incitée à se présenter lors de la réunion de parents provoquant une esclandre malaisante;
2- clarifier sa relation avec Herman Delage, mais surtout en apprendre un peu plus sur cette histoire de secte ayant eu pignon sur rue autour des Saints-Innocents.
Abigaelle n’allait pas chômer. Comme son père lui a annoncé qu’il serait à Montréal afin d'assister aux Jeux Olympiques d’été, elle lui proposera de s’installer chez elle pour la durée de son séjour, prévoyant tout de même qu’il profiterait de sa présence en terre canadienne pour rencontrer son vieil ami Morganteler, l’encourager dans les épreuves que ses nombreux procès lui occasionnent.
Au boulot!
Dans la colonne «fait», on y lit :
vapeurs méphistiques dans sa maison;
la commission scolaire a décidé que les élèves du préscolaire de cette année demeureront à l’école des Saints-Innocents jumelés aux nouveaux inscrits;
achevé le plan final de la thèse de doctorat, approuvé par Madame Jeanne Lapointe, sa directrice.
Dans la colonne «à faire», on y trouve:
entrevue à passer avant que la commission scolaire lui attribue officiellement le groupe mixte;
organiser la rencontre avec le psychologue travaillant au service de l’enfance pour discuter du cas de son élève Patrick, le fils de Monsieur le maire, et possiblement installer les bases d’une collaboration plus régulière;
choisir trois rencontres qui se tiendront à Québec dans le cadre de son programme de doctorat et régler les frais d'inscription;
donner suite à la conversation avec Monsieur Granger :
1) se rendre chez Madame Brodeur, l'écouter lui parler de ce qu'elle retient de l'histoire locale du village des Saints-Innocents et en profiter pour mieux comprendre ce qui l’avait incitée à se présenter lors de la réunion de parents provoquant une esclandre malaisante;
2- clarifier sa relation avec Herman Delage, mais surtout en apprendre un peu plus sur cette histoire de secte ayant eu pignon sur rue autour des Saints-Innocents.
Abigaelle n’allait pas chômer. Comme son père lui a annoncé qu’il serait à Montréal afin d'assister aux Jeux Olympiques d’été, elle lui proposera de s’installer chez elle pour la durée de son séjour, prévoyant tout de même qu’il profiterait de sa présence en terre canadienne pour rencontrer son vieil ami Morganteler, l’encourager dans les épreuves que ses nombreux procès lui occasionnent.
Au boulot!
Profitant de ce samedi plutôt sombre, elle se dirige vers le supermarché Steinberg, souhaitant rencontrer Herman Delage, constater de visu comment il se débrouille dans ses nouvelles fonctions, si sa décision est prise quant à la poursuite de ses études, où en est sa mère dans le processus du deuil, aborder également avec lui la question de la secte.
Le village est calme.
Le salon du barbier rempli de messieurs qu’elle ne peut distinguer à travers la fumée de cigarette qui s’évacue lentement par une fenêtre ouverte sur la rue Principale.
Du salon de coiffure, à quelques pas de là et tout à côté du snack bar, l'unique restaurant du village, fusent des conversations disparates qui, sans doute, alimentent des rumeurs, rafinent quelques potins, un lieu où s'accumulent médisances et calomnies dans un continu tintamarre ; une véritable caverne d'Alibaba.
À la porte du bureau de poste, tout comme le souhaitait Angelina, une pancarte annonce le nouvel horaire, le samedi c’est de 8 heures à midi.
L’église fermée jusqu’à dimanche, sans doute que le curé nouveau comme l’appellent les paroissiens y prépare son sermon du lendemain, l’écrivant, le réécrivant, le lisant, le relisant afin de ne pas trop bégayer lorsqu’il le déclamera, sermon qui, encore une fois, sera interminable et incompréhensible.
Abigaelle arrive au supermarché Steinberg. La première chose qu’elle remarque en entrant, c’est un babillard installé au mur. On y découvre quelques informations venues principalement des organismes paroissiaux, l’avis de convocation pour la prochaine réunion du conseil municipal, une offre de vente d'une camionnette en bon ordre, pas trop de kilométrage, sur le billet c’est écrit en milles, et finalement un tout petit papier qui attire son attention : chats à donner.
C’est la mère de Herman qui la reçoit avec la gentillesse qui la caractérise tellement bien.
- Abigaelle, comme ça me fait plaisir de te voir ! Tu sais que depuis l’événement je ne viens presque plus sur le plancher du supermarché. Incapable de m’habituer à ne plus le voir se promener dans les rangées, saluer madame qui entre ou monsieur qui sort. Sa présence me manque même si à la fin ce n’était pas facile. Une chance, il a vraiment eu un bon dieu pour lui, les médicaments naturels que lui procure Daniel Cloutier ont permis à mon mari de beaucoup moins souffrir. Et toi, comment ça va ?
- Très bien, Madame Delage. L’année scolaire achève, les vacances seront bienvenues autant pour les enfants que pour les enseignantes.
- Pauvre toi. Première année dans notre patelin et tous ces événements malheureux ou bizarres, je ne sais plus trop comment les nommer, qui nous sont tombés sur la tête. Je nous souhaite un été tranquille, de toute façon il y a beaucoup moins de gens de l’extérieur qui viennent chez nous. La pêche attire moins que la chasse.
- Je vois. Est-ce que Herman est dans les parages ?
- Herman, mon grand Herman. Il en a beaucoup sur les épaules, pauvre enfant. Tu sais comment il n’est pas gras, eh bien il a encore perdu du poids. Je l’entends la nuit ravauder dans la maison entre sa chambre et la pièce qu’on a toujours appelé le bureau.
- En effet, c’est pas évident de se retrouver subitement à la tête d’une entreprise combien essentielle pour le village et les environs. Au moins, comme j’ai pu le constater lors des funérailles, vous avez d’excellents employés.
- Loyaux. Ils se sont tous retroussé les manches dès le lendemain de la mise en terre. C’était primordial pour mon mari d’offrir le meilleur du meilleur dans tous les départements du magasin. Ça s’est transmis chez tous nos employés. Même que le bureau-chef de Steinberg a félicité Herman pour la manière avec laquelle il a pris la relève. Mais…
- Vous en doutez ?
- Non, je ne doute pas, mais je ne le sens pas heureux. Bien qu’élevé entre les caisses de cannes de bines et les cageots de pommes, le supermarché c’est pas ce qui lui va le mieux. Lui, et ça depuis toujours, Madame Saint-Gelais n’a jamais cessé de nous le répéter, lui c’est un garçon fait pour les études. Les grandes études.
- Oui, je comprends que cela occasionne de l’insomnie, mais il ne vous abandonnera pas. C’est un grand fidèle.
- Tu en parles comme si tu le connaissais depuis longtemps. Vous vous êtes fréquentés à l’université, mais pas dans le même domaine, je crois. Lorsqu’il nous a annoncé que les sciences ça n’était pas pour lui, que la géographie lui convenait mieux, moi, je n’ai pas été surprise. Pas du tout. C’est un gars d’extérieur pas de laboratoire.
- Croyez-vous que je le dérangerais si je lui prenais deux minutes ?
- Non, jamais. Il t’a en grande estime. Je l’appelle.
Le va-et-vient à l’intérieur du Steinberg ne cessait pas alors que du microphone Madame Delage demanda à Herman de se présenter à la caisse ; sur sa figure était accroché un sourire que Abigaelle ne cherchait pas à décoder.
Abigaelle arrive au supermarché Steinberg. La première chose qu’elle remarque en entrant, c’est un babillard installé au mur. On y découvre quelques informations venues principalement des organismes paroissiaux, l’avis de convocation pour la prochaine réunion du conseil municipal, une offre de vente d'une camionnette en bon ordre, pas trop de kilométrage, sur le billet c’est écrit en milles, et finalement un tout petit papier qui attire son attention : chats à donner.
C’est la mère de Herman qui la reçoit avec la gentillesse qui la caractérise tellement bien.
- Abigaelle, comme ça me fait plaisir de te voir ! Tu sais que depuis l’événement je ne viens presque plus sur le plancher du supermarché. Incapable de m’habituer à ne plus le voir se promener dans les rangées, saluer madame qui entre ou monsieur qui sort. Sa présence me manque même si à la fin ce n’était pas facile. Une chance, il a vraiment eu un bon dieu pour lui, les médicaments naturels que lui procure Daniel Cloutier ont permis à mon mari de beaucoup moins souffrir. Et toi, comment ça va ?
- Très bien, Madame Delage. L’année scolaire achève, les vacances seront bienvenues autant pour les enfants que pour les enseignantes.
- Pauvre toi. Première année dans notre patelin et tous ces événements malheureux ou bizarres, je ne sais plus trop comment les nommer, qui nous sont tombés sur la tête. Je nous souhaite un été tranquille, de toute façon il y a beaucoup moins de gens de l’extérieur qui viennent chez nous. La pêche attire moins que la chasse.
- Je vois. Est-ce que Herman est dans les parages ?
- Herman, mon grand Herman. Il en a beaucoup sur les épaules, pauvre enfant. Tu sais comment il n’est pas gras, eh bien il a encore perdu du poids. Je l’entends la nuit ravauder dans la maison entre sa chambre et la pièce qu’on a toujours appelé le bureau.
- En effet, c’est pas évident de se retrouver subitement à la tête d’une entreprise combien essentielle pour le village et les environs. Au moins, comme j’ai pu le constater lors des funérailles, vous avez d’excellents employés.
- Loyaux. Ils se sont tous retroussé les manches dès le lendemain de la mise en terre. C’était primordial pour mon mari d’offrir le meilleur du meilleur dans tous les départements du magasin. Ça s’est transmis chez tous nos employés. Même que le bureau-chef de Steinberg a félicité Herman pour la manière avec laquelle il a pris la relève. Mais…
- Vous en doutez ?
- Non, je ne doute pas, mais je ne le sens pas heureux. Bien qu’élevé entre les caisses de cannes de bines et les cageots de pommes, le supermarché c’est pas ce qui lui va le mieux. Lui, et ça depuis toujours, Madame Saint-Gelais n’a jamais cessé de nous le répéter, lui c’est un garçon fait pour les études. Les grandes études.
- Oui, je comprends que cela occasionne de l’insomnie, mais il ne vous abandonnera pas. C’est un grand fidèle.
- Tu en parles comme si tu le connaissais depuis longtemps. Vous vous êtes fréquentés à l’université, mais pas dans le même domaine, je crois. Lorsqu’il nous a annoncé que les sciences ça n’était pas pour lui, que la géographie lui convenait mieux, moi, je n’ai pas été surprise. Pas du tout. C’est un gars d’extérieur pas de laboratoire.
- Croyez-vous que je le dérangerais si je lui prenais deux minutes ?
- Non, jamais. Il t’a en grande estime. Je l’appelle.
Le va-et-vient à l’intérieur du Steinberg ne cessait pas alors que du microphone Madame Delage demanda à Herman de se présenter à la caisse ; sur sa figure était accroché un sourire que Abigaelle ne cherchait pas à décoder.


