mardi 24 mars 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 4)

 

Alessandro Baricco

Et nous marchions tous les trois, O'Brien, Ninh et moi, nous marchions sans rien dire, un peu comme si tout avait été dit, comme s'il ne restait plus rien à dire. 

Moi, je marchais sur cette rue au bout de laquelle le fleuve Saigon forme un angle droit avec l'hôtel Majestic, alors qu'eux deux, je l'ai remarqué dès de départ, déambulaient sur Catanat qui à leur époque s'appelait Tu Do - Liberté - et après la guerre, Dong Khoi - Réunification.

O'Brien avait le pas vif, Ninh ne se sentait pas complètement chez lui, Hanoï lui manquait et de mon côté, je cherchais à saisir le sens du silence qu'ils entretenaient. 

Je me souviens que Tim a dit dans son anglais américain, un peu essoufflé, « Tu sais. Bao, les politiciens sont de fameux perroquets. On n'a qu'à écouter leur discours lors des armistices pour s'en convaincre. » Ninh ne répondit pas. Comme à son habitude, il jonglait. Sans doute enfoui dans ses souvenirs à fleur de peau. 

De mon côté, une question a jailli. Toujours cette habitude de questionner sans obligatoirement  attendre une réponse. Une ou plusieurs réponses. Je l'énoncerais ainsi : « Vous arrive-t-il de vouloir les interrompre, leur dire que vous connaissez la rengaine ? » Heureux qui comme Ulysse... je n'ai point reçu de réponse.


Depuis le tout premier billet, LE CRAPAUD s'est principalement et surtout attardé à la guerre au Vietnam. Selon lui, on ne doit pas parler de la guerre du Vietnam qui apparaît réducteur. Le Vietnam en a connues et de toutes sortes, et de toutes nominations. 

C'est la Chine qui a créé le Vietnam, mot qui signifie peuple du sud. Alors qu'en France on limogeait pour punir, c'est-à-dire qu'on déplaçait les gens sur Limoges, les chinois, de leur côté, punissaient en transférant les coupables vers le sud, c'est-à-dire au Vietnam.

Par après, le Japon durant la Seconde guerre mondiale a cherché à s'emparer du pays. L'Angleterre prit la relève pour ensuite passer la « patate chaude » aux Français qui connurent l'humiliante défaite de Dien Bien Phu, en 1954. Arrivèrent par la suite, les USA... jusqu'à ce que les troupes du Vietnam du Nord les fassent capituler et disparaître, en avril 1975.

Pour celui-ci et le suivant, nous allons retourner dans le temps, à l'époque de Homère, soit quelque part au VIIIe siècle avant J.C. 

Nous y retrouverons Alessandro Baricco qui eut l'idée de mettre en bouche l'ILLIADE de Homère lors d'un spectacle consacré à cette oeuvre. Il a repris une traduction, celle de Maria Grazia Ciani, l'a retouchée et cela a donné le livre HOMÈRE, ILIADE, oui Iliade qu'avec un seul « l ».

Dans ce billet, je vous donne à lire une partie du dernier chapitre qu'il a intitulé UNE AUTRE BEAUTÉ. POSTILLE SUR LA GUERRE. 

*




«      Ce ne sont pas  n'importe quelles années, les années où nous sommes, pour lire L'ILIADE. Ou pour la « réécrire », comme je me suis trouvé à le faire. Ce sont des années de guerre. Et même si le mot « guerre » continue de me paraître erroné pour définir ce qui se passe en ce moment dans le monde (un terme de commodité, disons) ce sont en tout cas des années où une certaine barbarie orgueilleuse , liée pendant des millénaires à l'expérience de la guerre, est redevenue une expérience quotidienne. Batailles, assassinats, violences, tortures, décapitations, trahisons. Actes d'héroïsme, armes, plans stratégiques, volontaires, ultimatums, proclamations. D'une profondeur que nous avions crue  mieux cadenassée, tout l'attirail atroce et lumineux qui a constitué pendant des  temps immémoriaux le bagage d'une humanité combattante est remonté à la surface. Dans un contexte de ce genre - vertigineusement  délicat et scandaleux - même les détails prennent une signification particulière. Lire l'Iliade en public est un détail, mais ce n'est pas n'importe quel détail. Pour être clair, je voudrais dire que l'Iliade est une histoire de guerre, et qu'elle l'est sans précautions ni demi-mesures : elle a été composée pour chanter une humanité combattante, et la chanter de façon inoubliable, pour durer dans l'éternité, et arriver au dernier fils des fils en chantant toujours la solennelle beauté, et l'irrrémédiable émotion, qu'a été autrefois la guerre, et qu'elle sera toujours. À l'école, peut-être, on la raconte différemment. Mais le point central est là. L'Iliade est un monument à la guerre.

           Alors vient tout naturellement cette question : quel sens cela a-t-il, dans un moment comme celui-ci, de consacrer autant de place, et d'attention, et de temps, à un monument à la guerre ? Comment, parmi toutes les histoires possibles, se retrouve-t-on précisément attiré par celle-ci, comme si elle était une lumière qui indique une voie de fuite dans les ténèbres actuelles ?

    Je crois qu'il faudrait, pour y répondre vraiment, comprendre profondément quel rapport nous avons avec toutes les histoires de guerre, et pas seulement celle-ci : comprendre l'instinct qui nous pousse à continuer d'en raconter. Mais c'est une question très complexe, qui ne peut certainement pas être résolue ici, ni par moi. Ce que je peux, pour en rester à l'Iliade, c'est noter deux choses qui, en une année de travail au contact étroit du texte, me sont venues à l'esprit : elles résument ce qui m'est apparu, dans cette histoire, avec la force et la limpidité qu'ont les vrais enseignements.

    La première.  Une des choses surprenantes avec l'ILiade, c'est la force, la compassion, même, avec laquelle sont rapportées les raisons des vaincus. L'histoire y est écrite par les vainqueurs, et pourtant, dans la mémoire, restent aussi, et peut-être surtout, les figures humaines des Troyens. Priam, Hector, Andromaque, même des personnages mineurs comme Pandaros ou Sarpédon. Cette capacité, surnaturelle, d'être la voix de l'humanité tout entière et pas seulement sa propre voix, je l'ai retrouvée en travaillant au texte et en découvrant comment les Grecs ont transmis, dans l'Iliade, entre les lignes d'un monument à la guerre, la mémoire d'un amour obstiné pour la paix. Au premier regard, tu ne le vois pas, l'éclat des armes et des héros t'aveugle. Mais dans la pénombre de la réflexion apparaît une Iliade à laquelle tu ne t'attendais pas. Je veux dire : le côté féminin de l'Iliade. Ce sont souvent les femmes qui énoncent, de façon directe, le désir de paix. Reléguées en marge du combat, elles incarnent l'hypothèse obstinée et quasi clandestine d'une civilisation autre, libérée des devoirs de la guerre. Elles sont convaincues qu'on pourrait vivre autrement, et elles le disent. Là où elles le disent le plus clairement, c'est dans le Chant VI, petit chef-d'oeuvre de géométrie des sentiments. En un temps suspendu, volé à la bataille, Hector revient dans la cité et rencontre trois femmes : et c'est comme un voyage sur l'autre face du monde. En réalité, elles prononcent toutes trois une même supplique, la paix, mais chacune dans sa propre tonalité sentimentale. Sa mère l'invite à prier. Hélène l'appelle à ses côtés, pour s'y reposer (et un peu plus, peut-être). Andromaque, enfin, lui demande d'être un père et un mari, avant d'être un héros et un combattant. C'est dans ce dernier dialogue surtout que la synthèse est d'une clarté presque didascalique : deux mondes possibles sont face à face, et chacun a ses raisons. Plus filandreuses, aveugles, celles d'Hector : modernes, et d'autant plus humaines, celles d'Andromaque. N'est-ce pas admirable qu'une civilisation machiste et guerrière comme celle des Grecs ait choisi de transmettre, à jamais, la voix des femmes et leur désir de paix ? 


À suivre...



dimanche 22 mars 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 3)

 
Tim O'Brien

« Est-ce que le fantassin peut enseigner quelque chose d'important à propos de la guerre, simplement parce qu'il y a été ? Je ne le pense pas. Il peut raconter des histoires de guerre. »


C'est vraiment ici que se situe l'intérêt du CRAPAUD pour cette lecture À PROPOS DE COURAGE de Tim O’Brien, devenu LES CHOSES QU'ILS EMPORTAIENT en 2018.

Mon postulat de départ en abordant le thème de la guerre peut se résumer ainsi. 

L'évolution des êtres humains n'est toujours pas achevée. Si homo sapiens perpétue les gestes de destruction qui l'ont amené à aujourd'hui ; si homo sapiens ne s'auto-détruit pas en même temps que son environnement, il continuera dans la même voie, celle de la guerre, cet inexorable virus qui le contamine. Il n'existe pas d'antidote à cela. D'ailleurs, homo sapiens ne cherche absolument pas à le découvrir car le trouver pourrait signifier un pas vers le suicide.

La guerre, pour homo sapiens, est l'outil qu'il privilégie afin de s'assumer complètement comme un être dont l'humanité n'est pas l'essence, mais une qualité à découvrir là où il est assuré de ne jamais la trouver, ne s'y présentant jamais. Ceux et celles qui l'ont acquise sont des faibles, des mésadaptés, des cacochymes dont il faut absolument se débarrasser puisqu'ils nuisent à la marche inexorable d'homo sapiens vers l'absurde que je pourrais ainsi définir : résistance à une interprétation rationnelle, ce qui n'a pas de sens. C'est vers cela - le non-sens - qu'il marche, tête haute et mémoire courte, entièrement absorbé par l'idée de son invincibité ordalique.

La guerre a été, est et sera. 
On n'en est pas sorti, on n'en sort pas, on n'en sortira pas. 
Alors, tout le lyrisme autour ne sert à rien. 
Les larmes sèchent si rapidement. 
Tout ce qui cherche à l'encadrer ne fonctionne pas. Sa loi, sa règle : ne pas suivre les lois et les règles, même si elles sont issues de lui.
Tout ce qui veut l'expliquer, non plus. 
C'est purement pathologique. 
« Tous, nous détestons la guerre, l'abhorons, la décrions... mais on s'y lance quand même. » 
C'est bêtement pathologique, à la porte du pathétique.

Voici donc mon postulat. Il ne reste donc, et Tim O'Brien l'a tellement bien saisi, ne reste que les histoires de guerre.

Je vous laisse avec lui.

*
 
« Ils portaient le bagage émotionnel d’hommes qui sont susceptibles de mourir. Le chagrin, la terreur, l’amour, la nostalgie – tout cela était intangible, mais ces choses intangibles avaient leur propre masse et leur gravité spécifique, elles avaient un poids tangible. Ils portaient des souvenirs honteux. Ils portaient en commun le secret d’une lâcheté à peine retenue, l’instinct de s’enfuir ou de se figer sur place ou de se cacher, et d’une certaine manière c’était le plus lourd des fardeaux, parce qu’on ne pouvait jamais le poser à terre du fait qu’il exigeait un équilibre parfait et une posture parfaite. Ils portaient leur réputation. Ils portaient la plus grande peur du soldat, qui est la peur de rougir. Ces hommes tuaient et mouraient parce qu’ils auraient été gênés de ne pas le faire. C’est ce qui les avait conduits en premier lieu à la guerre, rien de positif, pas de rêve de gloire ou d’honneur, seulement éviter la honte du déshonneur. Ils mouraient pour ne pas mourir de honte. Ils rampaient dans des tunnels, marchaient droit, avançaient sous le feu. Chaque matin, en dépit de l’inconnu, ils faisaient avancer leurs jambes. Ils résistaient. Ils continuaient à se coltiner. Ils ne se soumettaient pas à la seule autre option possible, qui était simplement de fermer les yeux et de se laisser tomber. Trop facile, vraiment. S’avachir, se laisser tomber par terre, laisser ses muscles se détendre, ne plus parler et ne plus bouger jusqu’à ce que les copains vous ramassent et vous hissent dans l’hélico qui commencerait à rugir, puis à piquer du nez, et vous emporterait vers le monde civilisé. Il aurait suffi de tomber, mais personne ne tombait jamais. Ce n’était pas du courage à proprement parler; leur but n’était l’héroïsme. Ils avaient seulement trop peur pour être des lâches. »

 
« Le courage nous est alloué en quantité limitée, comme un héritage, et en étant économe et en le thésaurisant afin qu’il produise des intérêts, on pouvait augmenter son propre capital moral en vue du jour où il serait nécessaire d’y faire une ponction. »

 
« Une histoire de guerre véridique n’est jamais morale. Elle n’est pas instructive, elle n’encourage pas à la vertu, elle ne suggère pas de comportement humaniste idéal, elle n’empêche pas les hommes de continuer à faire ce que les hommes ont toujours fait. Si une histoire vous paraît morale, n’y croyez pas. Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c‘est que vous êtes la victime d’un très vieux et horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Vous pouvez dire qu’une histoire de guerre est véridique si elle vous met mal à l’aise.  Si vous n’appréciez pas les obscénités, vous n’appréciez pas la vérité; si vous n’appréciez pas la vérité, faites attention comment vous votez. Si vous envoyez des gars à la guerre, ils reviendront chez eux en disant de gros mots.

Dans n’importe quelle histoire de guerre, mais spécialement dans une histoire véridique, il est difficile de séparer ce qui est arrivé de ce qui a semblé arriver. Ce qui semble arriver devient presque un événement en soi et doit être raconté comme tel. Les angles de vue sont déformés.

Dans la plupart des cas, il ne faut pas croire un récit de guerre véridique. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, ce qui paraît fou est vrai, et ce qui paraît normal ne l’est pas, car les trucs normaux sont nécessaires pour faire croire à des folies réellement incroyables.

Vous pouvez reconnaître une histoire de guerre véridique au fait qu’elle semble jamais se terminer.

Dans une histoire de guerre véridique, s’il doit y avoir une morale, c’est comme le fil d’un tissu. On ne peut le retirer sans perdre le tissu lui-même. On ne peut pas extraire la signification d’une histoire sans découvrir une signification plus profonde. Et à la fin, en fait, il n’y a pas grand-chose à répondre à une histoire de guerre véridique sauf, peut-être : AH ! BON ?

Les histoires de guerre véridique ne portent pas à la généralisation. Elles ne se prêtent pas à l’abstraction ou à l’analyse. Par exemple : la guerre c’est l’enfer. En tant que déclaration morale, ce vieux truisme semble parfaitement correct, mais, cependant, du fait de son abstraction, du fait de sa généralisation, je ne peux y croire avec mes tripes. Il ne se passe rien à l’intérieur.

Tout est question d’instinct viscéral. Une histoire de guerre véridique, si elle est bien racontée, doit vous faire croire avec vos tripes.

Vous pouvez reconnaître une histoire de guerre véridique aux questions que vous posez.

À la fin, bien sûr, une histoire de guerre véridique ne parle même plus de la guerre. »




vendredi 20 mars 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 2)




Le court poème « Inscription au crayon sur un charriot de plomb » de Dan Pangis est gravé sur le monument à la mémoire des victimes du camp d'extermination nazi de Belzec, en Pologne.
 
On ne peut aborder le thème de la guerre sans écarter d'un revers de la main, la Shoah, « la catastrophe, l'anéantissement ». Je le ferai qu'en citant le poème de Pangis qui dit tout sans directement en parler. Plusieurs analyses ont été proposées de ces quelques vers, mais toutes celles que j'ai consultées, d'abord, posent le sujet : une mère, elle s'appelle Ève, son fils Abel dans ses bras, écrit à un autre fils, Caïn, qui ne les accompagne pas dans ce train les menant à Belzec. 

Elles y vont de commentaires qui se rejoignent les uns les autres : le thème de la mère première devenue la dernière, d'un fils innocent, de l'autre, absent - qui ne lira pas ces quelques mots puisqu'il pourrait être un simulacre, celui des nazis qui reçoivent, parfois au son des violons, des flûtes, ceux et celles descendus des wagons plombés.
 
Pour le chemin que j'ai choisi d'emprunter afin de fouiller d'autres aspects de la guerre, ces quelques mots suffisent, alors je ne parlerai plus des nazis. Ni des Juifs. Ni des camps de concentration. Je laisse à la mémoire de chacun le soin de s'y attarder. Un dernier mot, toutefois. Une question plutôt. Posée par Yishaï Sarid dans son roman LE MONSTRE DE LA MÉMOIRE, placée dans la bouche d'un guide israélien fort érudit qui reçoit des groupes de tout acabit et leur fait découvrir les camps d'extermination de Pologne. La voici : « Que serait le monde actuel si les alliés avaient perdu la guerre ? » Non, ne répondez pas en disant que cette hypothèse est irréaliste en raison de ceci, de celà. Non, ne faites que répondre à la question. Au premier degré.


*
                                                                            

Je rejoins maintenant le britannique Graham Greene, sans doute confortablement installé sur la terrasse de l'hôtel Continental à Saïgon, de retour ou en attente d'un voyage en hélicoptère vers un champ de bataille sur lequel l'armée américaine aurait gagné du terrain. 

« À la guerre, on passe tellement d’heures assis à ne rien faire en attendant quelqu’un! En cette absence de certitude sur le laps de temps dont on dispose encore, on a le sentiment que rien ne vaut la peine d’être mis en train, pas même un enchaînement d’idées. »

Graham Greene


C'est le journaliste Thomas Fowler couvrant la guerre en Indochine, en 1955, un an après Dien Bien Phu. Et nous voici entrés dans UN AMÉRICAIN BIEN TRANQUILLE en même temps que les USA s'engagent dans une guerre qu'ils coloreront à leur manière. 

Nous le connaissons tous ce conflit, il a marqué le XXième siècle de manière indélébile, en raison, peut-être, du fait que les chaînes de télévision américaines y ont consacré quotidiennement de nombreuses heures. 

L'intérêt du roman - sur fond de guerre tiraillée par la théorie des dominos que promeut le président Eisenhower et la théorie de la Troisième force - tourne autour du triangle amoureux : Fowler, le journaliste, Pyle, l'idéaliste au service de la CIA et Phuong, maîtresse du journaliste qui accepte de rester près de lui, question de sécurité.


« Peut-être le civil est-il, aux yeux du soldat, l’homme qui l’emploie pour tuer, qui glisse le poids du meurtre dans l’enveloppe de sa solde, pour se débarrasser de toute responsabilité ? »

 « Aimer, c’est se voir comme un autre être vous voit, c’est être amoureux de sa propre image déformée et sublimée. En amour, nous sommes incapables d’honneur, l’acte de bravoure n’est jamais qu’un rôle joué devant un public de deux personnes. Peut-être n’étais-je plus amoureux, mais je me rappelais. »

Est-il possible pour un amour, en zone de guerre, de s'épanouir, à la limite même, d'exister ! Le triangle amoureux de Greene est manifestement teinté de l'atmosphère humide de Saïgon. 

« ... nous enfermons l’air dans une cage percée d’ouvertures,... et l’homme enferme sa religion dans une cage à peu près semblable... avec des doutes qui laissent entrer le beau et le mauvais temps, et des croyances qui s’ouvrent sur d’innombrables interprétations. »

En fond de scène, la géopolitique, la théorie de la Troisième force, possiblement la critique la plus féroce de l'intervention américaine au Vietnam, propose une autre voie. Un regard nouveau sur ce que devrait être « les affaires étrangères » des USA. Nous sommes quand même dans la période pré-Kessinger. Est-il temps de réfléchir, à la limte d'envisager des modifications à cette politique étrangère quelque échevelée de la Maison blanche et du Pentagone ?

« ... ce sont souvent les bons administrateurs qui rendent difficiles de réformer un mauvais système. »


« Je crois que le fait que nous fussions assis là à bavarder encouragea les deux soldats: peut-être pensaient-ils que le son de nos voix blanches (car les voix ont, elles aussi, une couleur: les voix jaunes chantent et les voix noires gloutonnent, tandis que les nôtres parlent, tout simplement)... »

 

Graham Greene connaît bien l'Indochine. Son regard de journaliste, sans trop qu'on s'en aperçoive, propose subrepticement une autre vision du grand conflit qu'il deviendra pour s'achever 20 ans plus tard. Tout comme son personnage, marié et souhaitant le divorce -rappelons que Greene est un catholique convaincu, on l'a comparé à François Mauriac sur cet aspect de sa personnalité - Fowler se questionne autant sur les gestes à poser - Pyle ne meurt pas pour rien au début du livre - que sur cet amour en temps de guerre. Cela fera vivre aux personnges des questions existentielle, fondamentales, continuellement fardées par l'imprévisibilité de la guerre.

« C’était comme si nous nous étions acheminés vers le danger au lieu de le fuir, de même que je marchais parce que cela faisait moins de bruit que de courir, mais mon corps aurait voulu courir. »
 
« Ce qui rendait ma jalousie plus absurde et plus humiliante, c’était qu’elle n’avait pour s’exprimer que le plus faible des chuchotements et la jalousie se plaît aux tirades théâtrales. »

« ... il n’est pas honnête de solliciter le genre de promesse que personne ne peut tenir. »

« Quand nous souffrons, nous cherchons à blesser. »
 
« Le mal qu’on s’inflige est dans l’acte de possession: nous sommes trop petits, de corps et d’esprit, pour posséder un autre être sans en ressentir de l’orgueil, ou lui appartenir sans humiliation. »
 
« ... tant que nous ne nous étions pas menti ouvertement je pouvais avoir l’illusion que nous n’avions pas changé l’un envers l’autre... »
 
« Comme si j’avais été trahi... mais l’on ne saurait être trahi par un ennemi. »
 
« C’est comme ça que les choses se passent. On quitte des gens et puis la chance tourne. Cela me fait croire à la justice. »
 
« Peut-être y a-t-il un prophète à côté du juge dans ces tribunaux ou se promènent nos vraies décisions. »
 
« C’est toujours la même chose: si l’on se réfugie dans le désert, le silence vous crie aux oreilles. »
 
« Il est impossible que vous existiez si vous n’avez pas le pouvoir de modifier l’avenir. »


Il est impossible de déambuler sur la rue Catinat devenue aujourd'hui rue Dong Khoi, jeter un coup d'oeil sur l'hôtel Continental sans que l'atmosphère créée par Greene nous saute à la gorge. 

J'ai souvenir d'une dame à laquelle je n'ai jamais réussi à donner un âge, sourde et muette, vendeuse de livres qui, pour plusieurs, ont été photocopiés car interdits par le régime. Un jour, elle me proposa UN AMÉRICAIN BIEN TRANQUILLE. Comme je l'avais déjà en ma possession, elle me fit comprendre que ce roman figurait en tête de liste de ceux qu'elle vendait le plus.

À suivre

lundi 16 mars 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 1)

                             


Parfois, une photo suffit. 
 
Phan Thị Kim Phúc, mieux connue sous le nom de « la petite fille au napalm » aura réussi à ce que la guerre du Vietnam bascule, subitement. Elle seule. 
Bao Ninh dirait:

« Si l’on sait capter un seul détail, même minuscule, mais significatif de la complexité qui se cache derrière l’apparence banale de toute vie, les horizons s’ouvrent aussitôt à toutes les possibilités de la création. »

 

Bao Ninh, pseudonyme de Hoàng Ấu Phương, emprunte le nom Kien dans son roman LE CHAGRIN DE LA GUERRE paru en 1991, seize ans après la chute de Saïgon, cinq ans après la proclamation de la politique du Renouveau  (đổi mới). Soldat comme tous les hommes de son époque puis écrivain férocement décrié par les vietnamiens conservateurs en raison principalement de la manière avec laquelle il aborde la guerre, mais surtout l'héroïsme. Au Vietnam, on doit - d'ailleurs ça se perpétue encore - présenter la guerre comme un ensemble de gestes menant à la liberté et l'indépendance, le pas obligatoire vers l'idéal de Ho Chi Minh. 

Ninh ne va pas tout à fait dans ce sens.

 

« C’était ainsi, les faits les plus insignifiants de la vie s’accompagnaient toujours de drames. Des drames inoubliables, mais dont on n’osait se souvenir... »

 

LE CHAGRIN DE LA GUERRE aura de manière parcimonieuse donner un droit de parole - contrôlée, parfois censurée - à ceux et celles qui, sans avoir directement vécue la guerre, l'ont ensencée. 

Ninh ne va pas dans ce sens. 
 
Sans être à contre-courant, il aborde le chagrin relié aux souvenirs de la guerre, celle que les USA ont menée contre le peuple vietnamien et à laquelle Bao Ninh a participé. Pour sûr, il est du côté de Hanoï, des communistes, mais conserve les yeux ouverts.  La guerre l'a marqué, physiquement et psychologiquement, qu'il se retrouve au nord ou au sud ou sur le 17ième parallèle, cette tranche du territoire qui aura réussi à envenimer un conflit avaleur de millions de morts. 
 
Elle est achevée la guerre du Vietnam lorsqu'on ouvre le livre, qu'on se retrouve quelques années plus tard, là où elle a eu lieu, où des cadavres ont pourri sur les champs de batailles et que le chagrin nous «pogne » aux tripes. Ninh veut l'écrire.

 

« Écrire les êtres aimés, les inconnus qui déferlent tous les jours dans les rues, témoins inconscients de leurs vies réciproques.
Écrire les coins de ciel différents, contradictoires de chaque vie, de chaque conscience.
Écrire les demeures, les nids de bonheur, la ville natale...
Écrire les destins, les drames qui palpitent dans la nuit, sous la pluie, les toits, les lampadaires aux coins des rues.
Écrire les pas qui résonnent à travers la nuit, dans les longues rues vides, écho du silence, lourd cheminement de la pensée. Un cyclo recouvert d’une bâche luisante de pluie passe sans bruit. Un couple s’embrasse dans l’abri d’un poste de gendarme. Un coq chante, incertain, au coin d’une rue. Une rue noire, muette, qui se réveille en sursaut, quand les lampes s’allument vague que vague, comme portées par des rafales de vent. Les feuilles des badamiers tombent sur le sol, craquent. Les feuilles mouillées des pancoviers se poursuivent sur les trottoirs. Kiên se sent alors marcher dans le silence d’une grande symphonie. Dans la nuit de la ville, il se sent vivre. Vivre, un besoin impérieux, pressant, peu importe que ce ne soit que la vie avide, sans mémoire, inerte, sans rêves des gens de la ville. Il faut écrire, écrire ! »

Parce que LE CHAGRIN DE LA GUERRE c'est ça : écrire. Rassembler les souvenirs, les revivre peut-être, les souffrir à nouveau, certainement. Ce qui est intéressant dans le point de vue de Bao Ninh, c'est l'après-guerre. Inévitablement les arbres brûlés auront reverdi, les cadavres, ensevelis, les horeurs racontées, sublimées même. Mais comment se retrouve-t-on après tout ça ? La vie a-t-elle vraiment gagné sur la mort ?


« Qu’est-ce qu’il faut faire comme chemin pour parvenir jusqu’à la mort ! »

« Qui peut se fuir lui-même ? »
 
« Personne, en vérité. Mais on en peut rien lui reprocher, à la mort. On peut encore moins s’en débarrasser sur le dos des autres. Je ne vais nulle part, tu n’as pas à être content de moi. » 

 

Déjà, avant le conflit, Bao Ninh voulait écrire. Ce qu'il fit d'ailleurs. Interrompu temporairement, l'écriture rejaillira par la suite, marquée par une mémoire obstruée par des images terrifiantes. Des souvenirs en ressortent. Le marquent. Et...
 
« ... aux peaux successives du ciel, le matin... »
 
« ... sans doute sommes-nous venus en ce monde pour accueillir la douleur, et c’est à cause d’elle que nous devons vivre, poursuivre le bonheur, rechercher l’amour, l’art, jouir et supporter jusqu’au bout la vie. »

 

L'existentielle question posée autant aux Juifs survivants de la Shoah qu'aux Vietnamiens d'après 1975, est la même : Arrivez-vous à détester vos agresseurs, vos assassins, les haïr même, chercher vengeance ? Ninh a un début de réponse que ma courte expérience en terre vietnamienne m'a permis de vérifier :
 
« On dit que pleurer calme la douleur. Il avait pleuré. Sangloté. Comme un imbécile. Cela n’avait servi à rien. »
 
Autant chez les jeunes vietnamiens, ceux qui n'ont de la guerre que le peu de mots des anciens, que chez ceux qui y ont particié, le même discours. Franc. Les yeux dans les yeux. Ça ne sert à rien de farfouiller dans les décombres, il faut vivre maintenant alors qu'auparavant on cherchait à survivre. Toutefois, et cela davantage chez un nombre restreint de ceux qui subirent le conflit, ces mots de Ninh transpercent leur regard :

 

« Le ravage silencieux de l’abandon. »
 
« Quand on veut enterrer quelque chose, quand on veut oublier, il faut d’abord se taire soi-même et espérer ne plus jamais en entendre parler ! »

 
Ceux-ci également :

 

« Dans la vie, il y a des choses que nous ignorons, que nous ne comprenons pas, juste au moment ou nous avons besoin de les connaître, de comprendre. Et quand nous savons, quand nous comprenons, il est trop tard. Mais tout compte fait, il vaut mieux savoir... »
 

Oui, ils savent, mais n'en parlent pas. C'est devenu l'intouchable, l'intangible, on croirait que tout cela fut déposé quelque part là où se cache les secrets nationaux. Comme s'en libérer...
 
« Si l’on sait se rendre libre, la vie vous offre maintes occasions, maintes voies pour continuer, comme le vent dans le ciel. »

 

... car 

« Le passé n’a pas de fin, le passé est jamais fidèle, à l’amitié, à la fraternité, à la camaraderie, à toutes les amours humaines. »
 
... puisque 

 

« Je ne sais pas à quel point je peux faire confiance à des mots, même s’il s’agit d’un serment. Je ne crois pas ce que je vois. Et puis, il s’agit de la vie de nos blessés. Vous et moi, nous avons un devoir, c’est de trouver un chemin vers le fleuve. Voilà tout ce que je sais ! »

Il m'aura été impossible de rencontrer personnellement Bao Ninh lors de mes années dans son pays. Non pas qu'il se cache, il se rend plutôt... indisponible. Fatigué sans aucun doute de devoir, encore une fois, dire le chagrin de sa guerre.

 

« ... il marcherait sur les routes qui menaient aux occasions perdues. »



APOSTILLE : 
J'aurai vu durant mes années vietnamiennes des musées consacrés aux vestiges des guerres qu'a connues le Vietnam ainsi qu'aux diverses invasions. Autant à Hanoï qu'à Saïgon. 

J'aurai vu sur les îles de Phu Quoc et Con Dao qui ont été des lieux que les Français et les Américains ont utilisés pour y détenir des individus que l'on considérait comme «Viet Cong». 

J'aurai vu à Hanoï, La Maison centrale (Hoa Lo) qui accueillait les opposants au régime communiste.

J'aurai vu les tunnels de Cù Chi qui s'avérait un peu comme l'ultime but de la route Ho-Chi-Minh et dans lesquels la population vivait.

J'aurai rencontré des orphelins de guerre âgés de 40 ans et plus. Des balafrés de l'agent orange. Des amputés des bras et des jambes. 

J'aurai pu jasé sommairement avec quelques soldats, surtout ceux qui furent envoyés au Cambodge pour libérer le pays voisin aux prises avec les Kmers rouges. Soldats aux yeux muets... à la parole cendreuse... aux souvenirs flous...

Encore et à chacune des fois que j'aborde mon séjour là-bas, eh bien c'est de la guerre qu'on m'entretient.

vendredi 13 mars 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre !

 


D'ici à ce que la correction de la Partie 2 - SI NATHAN AVAIT SU... - soit complétée, la réapparition des 40 billets déposés sur le blogue et cela dans leur nouvelle mouture  - Partie 2 - x - Revu et corrigé - LE CRAPAUD n'allait pas s'astreindre qu'à cet exercice, non... il part en guerre. 

Pourquoi ? 

La guerre est certainement le sujet qui depuis des millénaires habite l'être humain. Il existe différentes guerres, LE CRAPAUD en convient, mais celle qui parle avec des armes, avive des violences, se calcule en un nombre infini de morts composera son champ d'analyse. C'est usuel, presque une caractéristique propre à l'être humain que de guerroyer et sans aucun doute avez-vous raison, mais LE CRAPAUD tentera d'aborder la question d'une autre manière : regarder le cobaye loin des clichés, des poncifs et des lieux communs, partant du principe que la majorité des gens ne sont pas friands à l'idée d'y recourir pour régler les problèmes. 

Si l'histoire héroïe-comique de la Bible a laissé dans notre esprit les empreintes d'une pomme, toutefois le meurtre d'Abel aux mains de son frère Caïn interpelle davantage puisqu'il relate la première guerre.

D'autres et d'autres encore ont suivi, on n'a qu'à explorer les épisodes de l'évolution humaine jusqu'à la domination de l'espèce homo sapiens pour en dénombrer une et une autre et à l'infini. C'est à croire qu'évolution et guerre traversent le temps main dans la main. Survivre exigeant exterminer. C'est l'autre ou c'est moi, choisis !

Un texte parmi les plus célèbres en fait le centre de son contenu. Traduit du grec ancien vers une impressionnante quantité de langues, il s'agit de L'Illiade de Homère. Ceux et celles qui ont fait leurs «humanités» dans les institutions classiques du Québec ont sans doute eu à se confronter quelques fois à une version grecque de l'un des 24 chants. 

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre, mais pas seul. Il sera accompagné par quatre (4) auteurs: 
l'italien Alessandro Baricco, 
l'américain Tim O'Brien
le britannique Graham Greene 
et le vietnamien Bao Ninh

Ils me seconderont par leurs textes qui explorent, parfois dissèquent, la guerre selon des points de vue proches ou éloignés, à tout le moins différents.

Le rôle du CRAPAUD ? Colliger des citations, proposer des opinions, présenter des vues sur ce thème. Parfois le texte risque d'être assez long, mais toute guerre n'est-elle pas caractérisée par sa longueur ?

La guerre, le sujet du jour depuis... des milliers d'années, a été jumelée à la violence, souvent à la religion, plusieurs autres à la sociologie, quelques-uns à la mémoire, sans oublier toute la ribambelle de jonctions faites avec la poésie, la philosophie sans aucun doute. Il y a même un art de la guerre, un droit de la guerre. 

LE CRAPAUD vous donne à réfléchir sur les dix (10) règles de la guerre, que voici :

1) certaines armes sont interdites;
2) il est interdit de détruire des bâtiments publics sans justification;
3) il est interdit de tuer les prisonniers de guerre;
4) il est interdit de torturer les prisonniers;
5) il est interdit d'humilier les prisonniers;
6) les blessés, malades et naufragés doivent être recueillis et soignés;
7) il est interdit de tirer sur des parachutistes qui ont été forcés d'utiliser leur parachute;
8) il est obligatoire de laisser l'ennemi aider sa population;
9) il est obligatoire de créer des couloirs sûrs pour laisser partir les populations civiles;
10) la «perfidie» est interdite.



La guerre, un thème que nous pourrions qualifier de suranné, alors que dans les faits il est sempiternel. 

On la classe selon un ordre quantitatif - j'ai publié la référence dans un récent billet - les comptabilisant sans doute pour démontrer qu'un échafourrée duquel deux ou trois personnes perdent la vie, eh bien ça demeure tout de même un conflit. 

On la compare entre elles : 2 millions de morts en fait une mieux structurée que celle qui aura enseveli moins de belligérants. Elle suppose des armes, celles qu'utilisent des soldats prêts à mourir pour une cause dont ils ne saisissent pas toute la portée, toute la valeur... si valeur il y a.

Il ne faut pas oublier qu'elle est machiste, la guerre. À la limite, phallocrate. Chose certaine, une affaire d'hommes, d'ailleurs lors de la Première guerre mondiale (XXe siècle), les soldats français répondaient au surnom de «poilus». Pas une affaire de femmes, exception faite de Jeanne d'Arc. Soldate ça sonne mal aux oreilles. 

Elles deviennent plus actives lorsque les pays asiatiques les y poussent, auparavant la gent féminine se retrouve engagée dans les dispensaires, les hôpitaux rudimentaires installés sur les champs de bataille, dans les usines d'armements sur le territoire national, maintenant elles deviennent guerrières. 

On la banalise également, la guerre, dans les livres des vainqueurs, au cinéma, sournoisement introduite dans notre imaginaire collectif, davantage centrée sur la victoire des «bons» contre les «méchants», sur la glorification des généraux lourdement médaillés que sur les souffrances de ceux qui la subissent. Songeons aux multiples combats illustrés dans l'Illiade de Homère ;  aux horribles violences lors des batailles du Moyen-Âge qui ont sans doute inspiré les tortionnaires des siècles suivants ; à celles qui durèrent sept voire cent ans, devenues des faits historiques.

On fait la guerre pour des idées. Pour les défendre ou les propager ? Idem. Toutefois, on guerroie surtout pour s'approprier du territoire, d'essentiels passages vers la mer, parfois pour une femme enlevée, une religion à installer ou imposer, un style de vie à réformer, prescrire une morale qui est «toujours celle des autres» comme le dit Léo Ferré.

Une question de valeurs, diront les dirigeants politiques afin de cacher les raisons foncières qui les poussent à envahir autant l'espace physique que psychique des autres. Maître «X» l'invoque pour assaillir Maître «Y» sur son territoire puisque ses valeurs n'y sont pas respectées, et en corollaire, de ses adeptes sont martyrisés voire tués. 

Les raisons justifiant le recours à la guerre sont illimitées, auto-justifiables et entièrement modifiables selon les résultats qui proviennent du terrain ; le rythme des combats alors s'ajuste.

Évoquer les souffrances qu'inflige la guerre, c'est parler des effets collatéraux inévitables lorsqu'une bombe détruit un village, une lance transperce le bouclier d'un belligérant, une erreur de calcul d'un tir fait voler en éclats une école primaire remplie d'élèves, un hôpital, un lieu de culte. Après tout, à la guerre comme à la guerre, cessons donc de nous lamenter, ne laissons pas les sensibleries envahir notre logique. 

À suivre






samedi 7 mars 2026

2e Tiré-à-part

                                                                            


Tiré à part (2)

 


Nous voici à la fin de la deuxième partie de Si Nathan avait su… 

40 billets - certains les considèrent comme des chapitres - ont été postés suivant un rythme parfois discontinu, mais l’histoire et ses intrigues, pour leur part, n’ont eu de cesse d’évoluer.

Alors que la Partie 1 gravitait principalement autour de deux familles, celle de Benjamin et celle de Chelle, la seconde a pris de l'ampleur, débutant par le départ de Don vers l’Ontario pour y reconduire sa mère (Taïma) devenue invivable dans la maison au bout du rang sans services. Certains éléments reliés à l’ours et au coyote ont été éclaircis quand les deux frères autochtones renouent après la mise au jour de quelques secrets de famille.

Abigaelle, enseignante d’origine australienne, est la cheville ouvrière autour de laquelle la deuxième partie a pivoté. Sont survenus des affrontements de plus en plus fréquents avec la directrice de l’école primaire - celle qui se meut en fauteuil roulant, la sœur d’un certain Benoît dont les traits délinquants ressortent de plus en plus, se manifestant, parfois maladroitement et sans qu’on sache trop pourquoi, par du harcèlement sur la nouvelle-venue aux Saints-Innocents. Ses intentions se préciseront-elles en troisième partie ? Risquons-nous d’en apprendre un peu plus sur le caractère et la vie de Madame Saint-Gelais ? Elle semble «vaincue» jusqu’à maintenant dans ses disputes avec Abigaelle, mais elle doit sûrement fomenter quelque vengeance !

Certains personnages, perçus au départ comme secondaires, ont pris un peu de lustre en deuxième partie. Songeons au président de la commission scolaire, Monsieur Granger, qui a requis l'aide de Abigaelle dans une affaire abracadabrante, une zone                                                                                                             qu’il croit avoir été le terrain de passage d’une secte, il y a un quelque temps déjà. Ceci permettra un rapprochement entre l'enseignante et Herman Delage, nouvel orphelin confronté à un dilemme cornélien : poursuivre ses études universitaires en géographie ou prendre la relève du supermarché Steinberg de son père.

On a eu à régler l’affaire puante des odeurs de la maison louée par Abigaelle à Monsieur Champigny, lui qui passe une bonne partie de l’année en Floride laissant la gestion de sa maison - qui, on s’en rappelle, est sise sur un terrain ne lui appartenant pas - gestion entre les mains de Monsieur Saint-Gelais, le père de la directrice et de Benoît. Y aurait-il une hypothétique coalition Champigny/Saint-Gelais ?

                                                   

Nathan est né en avril 1976 - enfin dirons ceux qui cherchent encore à décoder le sens du titre de cette histoire. Depuis, Jésabelle, sa mère, ne semble pas se remettre de ce deuxième accouchement, alors que Aanzhini, la femme de Don, le garde-chasse devenu le grand ami de Daniel, le mari de Jésabelle, rayonne. Est-elle au courant que sa deuxième fille, Gabrielle, est atteinte du syndrome de la trisomie 21 ? De son côté Benjamin vit difficilement la situation familiale l’incitant à se rapprocher de son père. Conservera-t-il toujours son goût pour la poésie ?

                                                       

À l’école primaire des Saints-Innocents on devra innover en prévision de l'année scolaire 76-77 en raison du nombre insuffisant d’élèves passant du préscolaire à la première année. On a adopté une solution temporaire qui risque d’ajouter un élément de plus au contentieux entre Abigaelle et la directrice.

                                                    

Le nouveau curé nommé dans la paroisse, l'abbé Langevin, passe inaperçu dans le paysage alors que Monsieur le maire aurait possiblement des ambitions politiques, à tout le moins on voit qu’il cherche des appuis.

Les liens entre les deux frères ojibwés, maintenant facilités par l’arrivée du téléphone chez Don, risquent de s’affermir en raison de la responsabilité que Gord a reçue du chef de la réserve de Sault-Sainte-Marie : l’affaire ténébreuse des pensionnats autochtones. Sous l'impulsion de Don, Herman Delage aide son frère à structurer ses recherches afin de monter un dossier crédible. Herman saura enfin quel fut le rôle de Abigaelle lors de la Crise d’octobre ‘70, ce qui l'amène à découvrir chez cette femme atypique un côté fort séduisant. Son passé criminel hantera-t-il longtemps l’enseignante ? Le passé n’est jamais bien bien loin...

Il me reste deux mots à ajouter et ils concernent Madame Brodeur, celle qui manifeste une dépendance au bureau de poste, celle qui a dérangé la réunion de parents tenue à l’école primaire. Sa participation à l’histoire risque de donner un élan inattendu aux rumeurs, aux potins qui foisonnent dans le village des Saints-Innocents et, sans qu'elle le veuille précisément, amènera Abigaelle dans quelques coins obscurs et mystérieux de ce curieux de village en périphérie de la grande ville de Montréal.

Ce tiré-à-part a emprunté la règle de la mise à jour, du résumé avec pour objectif d'encadrer l'histoire, la rafraîchissant peut-être, sera suivi d’un prologue ouvrant la porte à une troisième partie. En première nous étions l'automne et l'hiver. En deuxième, printemps et été.

Je passe maintenant dans la phase correction et préparation des intrigues que nous connaîtrons bientôt.




PS : - Je lui préfère le très beau mot «APOSTILLE» pour annoncer que j'ajoute à la fin de ce texte un complément absolument inutile à la compréhension de ce que vous venez de lire, mais qui me plaît. On me reproche de ne pas décrire suffisamment l'aspect physique des personnages, ce à quoi je réponds toujours par ceci : le lecteur a le droit de créer dans son imaginaire une allure physique telle que lui/elle perçoit un personnage. Prérogative du lecteur. Mais... je dois avouer que de mon côté, je me suis permis d'interroger (Copilot) un assistant intelligent artificiellement lui demandant de tracer le portrait de Abigaelle, Madame Saint-Gelais, Herman Delage, Benoît ainsi que ceux de Benjamin et Chelle à l'âge de 5 ans puis de me les vieillir jusqu'à l'âge de 20 ans. Je vais vous les présenter dans le prologue de la Partie 3.  

À LA PROCHAINE












LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 4)

  Alessandro Baricco Et nous marchions tous les trois, O'Brien, Ninh et moi, nous marchions sans rien dire, un peu comme si tout avait é...