Anaphore
Anaphore
Monsieur Granger s’attaqua aux questions qui apparaissaient sans réponses satisfaisantes pour Abigaelle et Herman après qu'ils eurent pris connaissance du cahier de Clotaire.
- C’est une longue histoire que renferment ces cahiers. Rien de scientifique toutefois, mais du travail de terrain mené par des observateurs curieux et silencieux. Lorsqu’ils ont choisi d’enfin partager l’objet de leurs recherches, toutes ces quêtes se retrouvaient pêle-mêle, un véritable salmigondis, parfois notées au dos de feuilles de calendrier. Le risque que tout disparaisse était présent. De là vient l'idée du cahier. Le grand manitou de cette affaire, c’est monsieur Saint-Pierre, le concierge de l’école primaire. Un jour, il y a de ça certainement plus de vingt ans, il m’a demandé si je me rappelais le nom du propriétaire d’un terrain situé dans le rang où habite le maire actuel. Vous vous doutez bien que tout ce qui touche, de près ou de loin, à la question des terrains, eh bien, ça capte immédiatement mon attention. C’est à ce moment qu’il m’a parlé de leur club, celui que j’ai surnommé « les historiens amateurs ». Clotaire, Cloutier, l’employé de la municipalité, et lui cherchaient à comprendre pourquoi il y avait autant de trous dans le cadastre des Saint-Innocents, cela remontant à quelques décennies déjà. De fil en aiguille, ils ont colligé des renseignements sur les différents propriétaires, un peu comme s’ils se donnaient pour défi de monter l’arbre généalogique de la municipalité. J’ai proposé de mettre de l’ordre dans leur paperasse, de classifier et codifier tout ce qu’ils avaient recueilli. Une fois en possession des billets, déchiffrant certains qui remontent à plus de quarante ans, je me suis rapidement aperçu que leur ouvrage surpassait, et de beaucoup, la simple liste des propriétaires de terrains ; ça devenait une collection d’événements s’étant déroulés ici et dans le canton. Ils se sont fiés et le font encore à la mémoire prodigieuse de madame Brodeur, témoin ou ayant entendu parler d'une foule de ces situations. Vous le constaterez lors d’une rencontre avec elle. Elle vous nommera celui-ci comme étant « Alexis, le gars de Emmanuel et Gertrude qui vivaient dans le rang de l’école », celle-là, « oui, oui, vous parlez de la grande Jeanne, celle qui avait un défaut de langue et qui est restée vieille fille ». Ça devenait, à mes yeux du moins, un journal dans lequel, aussi incroyable que cela puisse paraître, beaucoup était consigné, mais de manière échevelée. Parmi les trois membres de ce petit groupe, que je qualifierais volontiers de journalistes, d’historiens, de collectionneurs ou de fouineurs, je ne sais trop quel titre convient le mieux, monsieur Cloutier est certainement celui qui possède l'information la plus crédible. En effet, à l’époque et encore aujourd’hui, il est l’homme à tout faire de la municipalité, un peu le bras droit du maire, celui à qui on demande d'agir tout en demeurant muet comme une tombe. Pour sa part, Clotaire, avant de prendre sa retraite, a été un agriculteur parmi les plus prospères de la région. Il aime bien, aujourd’hui, s’enorgueillir du titre de responsable du transport à la commission scolaire, mais, dans les faits, il est chauffeur du seul bus que nous avons à notre disposition. Monsieur Saint-Pierre a longtemps partagé son temps entre l’entretien de l’école de rang et sa ferme. Combien de fois l’ai-je entendu dire qu’il n’était pas fait pour prendre soin des vaches, plus intéressé à rafistoler tout ce qui brise ? Avant l’ouverture de notre bureau de poste, il a remplacé le mari de madame Brodeur qui circulait en calèche dans tout le canton pour livrer le courrier, la « malle » comme on le disait à l'époque. Un des premiers à s’engager dans l’armée canadienne lors de la Deuxième Guerre mondiale, un des derniers à revenir dans un cercueil. Voilà pour nos trois bonshommes, je traiterai de la participation de madame Brodeur un peu plus tard. Il m’apparaît important de signaler deux retombées que leur démarche a provoquées. D’abord, aucun maire des Saints-Innocents ne s’est intéressé un tant soit peu à leur travail, le jugeant parfaitement inutile et sans aucun avantage à en tirer. Deuxièmement, monsieur le curé-chanoine qui nous a quittés cet hiver, a tout fait, usant même de menace, pour qu’ils cessent de troubler la mémoire des paroissiens avec autre chose que des éléments religieux et liturgiques. Je crois que s’il en avait eu le pouvoir, c’est l’excommunication qu’il leur aurait brandie en pleine figure. Selon lui, l’histoire se trouve dans le cimetière. Pas besoin d’écrire la biographie de chacun ; c’est l’hagiographie qui doit primer sur tout. Un détail personnel est intéressant à relever qui indique toute la férocité qu’il a déployée pour que cessent leurs recherches. Comme il a été le premier curé de la paroisse, c’est à sa suggestion qu'elle fut nommée, les Saints-Innocents. Il donnait l’exemple d’ailleurs, puisque tous les jours, les fidèles le voyaient déambuler dans le cimetière, lisant son bréviaire. Qu’il y soit retrouvé mort est apparu comme évident chez la plupart des gens. Mais ces deux oppositions n’ont jamais ralenti l’enthousiasme de nos chevaliers de l’histoire. Je me souviens qu’un jour, à l'époque du deuxième maire, vous savez que dans la région, on note le temps à partir du mandat d’un magistrat, le journal NOTRE RÉGION s’est intéressé à eux, à la recherche d’informations pertinentes sur ce qui, ne vous surprenez pas, avait un lien avec l’histoire d’une supposée secte ayant pignon sur rue dans les environs des Saints-Innocents. Première fois que j’entendais parler de cette affaire qui ramena à mon esprit les propos tenus par mon ami Gilles Bibeau, l’anthropologue, avançant que certains événements pas très innocents se seraient déroulés dans la région. Comme le journaliste est reparti bredouille, personne en autorité lui ayant mentionné l’existence de nos trois fureteurs, l’affaire est morte de sa belle mort. Ici encore, madame Brodeur, celle qui sait tout, aura été d’une aide précieuse en leur demandant de me mettre au courant des premières données qui allaient permettre au couvercle qu’on voulait placer dessus, de ne pas être scellé. Elle a toujours été émerveillée par les gens qui « ont fait des études », dit-elle souvent. Je vous le répète, cette femme est une encyclopédie vivante. Vous en conviendrez après avoir pris connaissance des cahiers qui précèdent celui-ci, mais ne vous laissez pas distraire par ce qui parfois ressemble à des potins, car il y en a énormément dans ces pages. Ceci m’amène à préciser les raisons pour lesquelles, d’abord, j’ai contacté Herman et par la suite, vous, mademoiselle Thompson. Lorsque j’ai appris, c’est ta mère qui m’a révélé la nouvelle sous le couvert du secret, que tu songeais sérieusement à quitter le département des sciences pour te réorienter vers la géographie, immédiatement, il m’est apparu utile de t’intégrer à mon projet d’éclaircir la question de la « zone ». Les connaissances que tu acquerrais ne pouvaient qu'être utiles pour mieux explorer cet espace de la forêt, étrangement différent de tout ce qui l’entoure. Je te remercie encore de m’avoir accompagné sur les lieux, deux fois plutôt qu’une, et surtout d’y avoir jeté un œil moins extravagant que le mien, plus scientifique. Les interrogations qui te sont venues en tête me permettent d’avoir un regard plus distant par rapport aux premières impressions qui ont agité mon esprit. L’approche scientifique donne beaucoup plus de crédibilité aux objets d’analyse que la simple croyance basée sur des qu’en-dira-t-on impossibles à vérifier. Maintenant, pourquoi suis-je convaincu que la participation de mademoiselle Thompson est nécessaire pour faire avancer ce projet ? Vous n’avez aucune racine plongeant dans le sol de la région des Saints-Innocents. Les vents du passé ne peuvent pas vous atteindre, et donc ils ne pourront pas altérer votre perception de la situation, car certains prérequis auxquels on s'accroche sans jamais en dévier brouillent notre vision. La culture québécoise s’ajoute à votre culture australienne, ce qui, il me semble, vous garde à une certaine distance de nos us et coutumes ; j'irai plus loin, même de notre langage. Non seulement la langue, mais la manière d'approcher les faits et les gens, la manière dont nous nous prenons pour définir une problématique, comment nous la plaçons dans un contexte plus large. Pour cela, le fait que vous soyez actuellement en démarche doctorale nous guidera vers plus d'objectivité encore. Les liens que j’entretiens avec certains amis philosophes m’ouvrent l’esprit qui, je l’avoue bien humblement, sera demeuré lourdaud bien longtemps. On m’a dit qu’accepter de diminuer nos facultés pour ne pas trop paraitre pédant aux yeux de ceux avec qui nous partageons l’environnement est parfois nécessaire pour mieux s’adapter à notre milieu. Je me souviens, mademoiselle Thompson, lors de notre première rencontre ici, vous avez corroboré mon idée voulant que ce ne soit pas nécessairement à l’école primaire des Saints-Innocents que vous aurez l’occasion de partager des discussions, à la limite, des conversations sur des thèmes pédagogiques. Je ne voulais surtout pas insinuer que vous devriez abaisser vos exigences intellectuelles pour mieux vous intégrer au groupe d’enseignantes, non, simplement vous éviter d'être déçue.
La journée fut douce, la soirée, alors que le soleil déclinait au bout de la rivière, allait en être de même.
Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, une succession d'odeurs étonnantes qui, en fin de parcours, se métamorphosent en poèmes. Je reviendrai, un jour, sur la nuance entre « poésie » et « poème ».
Chez LE CRAPAUD, quelques phases précises sont apparues à certains moments le poussant à explorer différents thèmes : la marionnette, l'espace, les ruelles, entre autres.
Les deux poèmes que je vous offre aujourd'hui participent de la thématique du « fantôme ». Ils remontent à 2007, c'est-à-dire avant le Vietnam alors que là-bas surgit, en 2020, une structure romanesque s'y référant : l'inachevé « Marcher à l'ombre des fantômes. »
Aucun lien entre ces poèmes et le roman, strictement l'intention de comprendre pourquoi, lorsqu'on évoque un fantôme, immédiatement quelques images nous viennent à l'esprit : un drap blanc troué au niveau des yeux, un épais brouillard pour oxygène, un messager de la peur ou des remords ? Il doit pourtant y avoir quelque chose qui se cache derrière cela que je n'arrive toujours pas à saisir. Il faut toutefois reconnaître à cette carapace beaucoup plus de résistance que la translucidité gracile des images qu'elle inspire.
Allons-y !
l’ombre d’un fantôme…
21 août 2007
l'anxieuse solitude impatiente
je suis à l'hiver de l'écriture
5 octobre 2007
La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa douceur vers l’heure du souper, la fraîcheur de la bière et un silence presque intemporel : voilà ce qui règne sur la terrasse derrière le chalet de monsieur Granger. Un friselis sur les eaux de la rivière Croche fait miroiter des capsules liquides jusqu’à l’extrême limite où le regard peut virevousser. Un calme de fin du monde, quand tout est redevenu à son état naturel, qu’aucune parole ne sait dire ce qu’on voudrait dire pour une dernière fois. Ce qui fut perdu, c’est cette tangible certitude d'avoir été bousculés puis dérangés pour, à la fin, revenir à ce sentiment fou, intouchable et incompréhensible, celui d’avoir couru à perdre haleine vers ce qui échappait à notre recherche de sens dans un monde chamboulé. Se retrouver formidablement déçu de tout ce temps qu’on y a consacré. Et si cette volonté de savoir afin de mieux comprendre, répercutée à partir d’un miroir géant placé face au soleil, n'avait pour résultat qu'un engloutissement de la noirceur, des ténèbres abandonnant tout à la lumière. Ce furieux besoin de lumière souvent écrasé sous le fardeau de l'indiscutable certitude à n’être vivant seulement lorsqu’on voit tout clairement ! Ce fardeau de l'angoisse se faufile portant des mystères que la lumière ne peut instruire, alors que dans l’épaisseur de la nuit, si nous nous y arrêtons, certains éléments se révèlent : tous ces versos des choses ; toutes ces opiniâtres ignorances ; tous les non-dits vêtus de silences ; les brumeuses inquiétudes. Et si, plus vif que l’éclair, on appuyait sur le bouton faisant disparaître instantanément la nuit, que verrions-nous ? Serions-nous aveuglés par l’éclat du soleil flashant violemment sur notre esprit encore subjugué par la lune ? Préférerions-nous, alors, revenir à l’obscurité, incapables de supporter ce qui jaillirait à nos yeux sidérés ? La lumière flanquant sa dure réalité sur tous les éléments disparates de la vérité, la foudroyant de manière telle que rien n'y échappe, aimerions-nous toujours cette lumière ? Ce serait comme si le Jugement Dernier, agissant tel un grand purificateur, déposait à côté de chacun d'entre nous, tous les mensonges, conscients ou inconscients, toutes ces tromperies auxquelles nous avons cru ou que nous avons répandues, tout cela barbotant dans un déluge de vide. Un long sacrifice qui épure et expurge, auquel chacun de nous serait soumis, celui de se voir entièrement dépossédés, nus.
Dans le village des Saints-Innocents, on cultive toujours la nuit. Chacun s’y complaît alors que d’autres appellent l’aube. Que verra-t-on lorsque la lumière éclaboussera la nuit ? Deviendra-t-on aveuglé à un point tel que la vérité apparaîtra fausse ? Cela réveillera-t-il les disparus ? Modifiera-t-elle le regard que l’un porte sur l’autre ? Et si cette explosion de lumière ne faisait que neutraliser une manière de vivre, une façon d’aborder les gens, révéler ce qui depuis des générations se transmet telle une lignée grégaire. La force créatrice de la lumière enchâssée à la vérité, dans son état le plus inaltéré, crèvera-t-elle l’opacité de la nuit, les ténèbres ?
Monsieur Granger, rompant la béatitude du moment, annonça qu’il allait préparer le barbecue, refusant l’aide que lui offrit Abigaelle.
- Pourquoi ne jetez-vous pas un coup d’œil sur le document de Clotaire pendant que je m’affaire au souper ? Herman, allez le récupérer et prenez-en connaissance, cela pourrait nous avancer dans l’élaboration d’une stratégie pour notre projet. Je ne me trompe pas en disant qu’il s’agit bien de notre projet ?
- Nous nous sommes engagés, Abigaelle et moi, on ne reculera pas maintenant que ça se définit un peu mieux.
Herman détala vers son vélo et revint aussi vite, le cahier en main.
Les événements identifiés le sont à partir de codes qui les classent. L’affaire de l’ours, le décès du curé-chanoine et la flèche qui aurait été la cause du décès de l’ours noir : même code. Suit le démantèlement de la famille ojibwée auquel s’ajoutaient les changements que le Ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche apportaient au « rôle du garde-chasse ». Une autre série que Abigaelle reconnut facilement, soit l’affaire des odeurs dans la maison Champigny en lien avec le plomb un peu partout dans le village. Une note accompagnait la page précisant que l’employé de la ville, monsieur Cloutier, ne participerait plus à leurs activités tout en demeurant disponible si on avait besoin de lui. Quelques lignes avaient été rayées, mais le code semblait toujours valide. Le décès de monsieur Delage, consigné avec l’arrivée du nouveau curé, l’abbé Langevin, ainsi que la présence de madame Champigny aux funérailles du père d’Herman. Une note sur la naissance des enfants des habitants des rangs sans entretien. Le cahier s’achevait sur la réunion tenue à l’école primaire au cours de laquelle madame Brodeur s’y est présentée. Le code Brodeur semble renvoyer à un autre cahier, différent de celui-ci.
- Ça ne nous avance pas beaucoup, dit Herman, il n’y a rien au sujet de la « zone ».
- Tu as raison. Quelques questions me trottent dans la tête.
- Lesquelles ?
- Une page, un code. Un code puis quelques numéros pour les classer et pas nécessairement de manière chronologique. Les cahiers précédents ont-ils la même structure ?
- Pas de dates, sauf au début du cahier.
- À quand remonte le premier ? Monsieur Granger saura y répondre. Est-ce que tous les événements qui se déroulent dans le village sont notés ? Pourrons-nous avoir accès à celui ou ceux qui concernent madame Brodeur ?
- Finalement, ce cahier n'est rien d'autre qu'un commencement.
Le fumet provenant de l’intérieur du chalet mit fin à leur exploration, les laissant sur leur appétit. Monsieur Granger ouvrit la porte, portant un grand plateau sur lequel se trouvaient les viandes grillées. Il le déposa sur la table, puis retourna chercher les légumes ainsi qu'une bouteille de vin rouge.
- Désolé, mademoiselle Thompson, je ne peux vous offrir qu’un Bordeaux. Les vins australiens me sont entièrement inconnus.
- Laissez-moi ouvrir la bouteille, proposa Herman, pendant que vous faites le service.
- C’est vraiment très aimable de votre part de nous recevoir ainsi, ajouta Abigaelle, qui replaçait les chaises autour de la table.
Le repas fut on ne peut plus délicieux. L'hôte précisa qu’il pouvait cuire les viandes en mode barbecue sur une cuisinière qu’il venait tout juste de se procurer, précisant qu’ainsi ce type de cuisson lui était possible en toute saison et n’exigeait pas l’utilisation de charbon de bois.
- Alors, vous avez mangé de la viande de chevreuil, ce n’est pas moi qui l’ai tué, mais notre ami Don, le garde-chasse. Lors de ses surveillances pour contrer le braconnage, il lui arrive de devoir récupérer des bêtes qui ont été abattues illégalement. Il m’en propose toujours, dont ce chevreuil, ainsi que quelques morceaux de porc-épic. Ce sont les plus petits dans votre assiette. Je ne connaissais pas cette viande d’animal, mais la recette que la femme de Don m’a fournie s’avère délicieuse. Ces gens sont tellement gentils. Vous vous souvenez, mademoiselle Thompson, de son intervention lors de la réunion du mois de juin, elle aura permis à bien des gens de la municipalité d’apprécier son intelligence et reconnaître ses efforts d'intégration dans notre milieu.
- D’accord avec vous, monsieur Granger, autant sur la qualité des viandes que vous nous offrez que sur l’opinion au sujet de la famille ojibwée. Est-ce que vous êtes au courant…
- … tout à fait. Pas besoin d’en dire plus. Vous pouvez être assurée que la commission scolaire tiendra compte de cela lorsque la petite Gabrielle sera inscrite à l’école. Nous ne sommes pas à l’avant-garde quant aux services à offrir aux enfants ayant des besoins particuliers, mais nous y verrons. Pour le moment, j’ai proposé à Don de faire appel au « service à l’enfance ». Le psychologue Létourneau est hautement qualifié pour bien les informer et suivre la petite si elle en a besoin.
- Je reconnais là votre vision, monsieur Granger, celle d’un système scolaire qui ne doit pas offrir qu’une seule voie vers la réussite, mais adaptée à tous. C’est tout à votre honneur. D’ailleurs, il doit se pencher sur un autre cas.
- Vous vous doutez bien que madame Saint-Gelais m’a mis au courant.
La bouteille de Bordeaux s’achevait lorsque la discussion autour de la « zone » reprit.
Soyez sans crainte, il y a des chaises pour tout le monde. Dominique a tout prévu, mais, m'a-t-elle dit « Tu sais, CRAPAUD, elles sont dépareillées. »
Philippe Labro
… la réalité est toujours plus simple qu’on ne pense, et toujours plus décevante que ce qu’on a en tête.
Tonino Benacquista
Jon Kalman Stefanson
J’ai lu quelque part que les enfants de douze à quatorze ans, c’est-à-dire dans la période de transition de l’adolescence, étaient particulièrement enclins à allumer un incendie ou même à commettre un meurtre. Au souvenir de ma propre adolescence et surtout de l’état d’esprit où je me trouvais en ce jour fatal pour moi, j’admets parfaitement la possibilité du crime le plus odieux, sans but, sans désir de nuire, mais COMME ÇA, par curiosité, par besoin inconscient d’action. Il y a des minutes où l’avenir se présente à un homme sous des couleurs si sombres qu’il craint d’arrêter sur lui le regard de son esprit, qu’il interrompt toute activité cérébrale et s’efforce de se convaincre qu’il n’aura pas d’avenir et qu’il n’eut pas de passé. Dans ces minutes où la pensée n’examine pas à l’avance chacune des décisions de la volonté et où les seuls mobiles qui demeurent sont les instincts charnels, je comprends qu’un enfant inexpérimenté particulièrement porté à cet état, sans la moindre hésitation ni le moindre effroi, avec un sourire de curiosité, allume et attise un incendie dans sa propre maison, où dorment ses frères, son père, sa mère, qu’il aime tendrement. Sous l’influence de cette même éclipse temporaire de la pensée, d’une sorte de distraction, un jeune paysan de dix-sept ans, examinant le tranchant d’une hache récemment affûtée à côté de la banquette où son vieux père dort, le visage tourné vers le sol, brandit soudain la hache et, avec une curiosité hébétée, regarde comment le sang jaillissant du cou tranché coule sous la banquette ; sous l’influence de cette même éclipse de la pensée et d’une curiosité instinctive, un homme trouve une espèce de jouissance à s’arrêter à l’extrême bord d’un abîme et à se dire : “Et si je m’y jetais ?” ou bien à appliquer sur son front un pistolet chargé et à se demander : “Et si je pressais la détente? “ ou à regarder quelque important personnage pour qui toute la société ressent une révérence servile et à se dire : “Et si le m’approchais, le prenais par le nez, et lui disais : “Alors, mon ami, on s’en va ?”
Léon Tolstoï
On croit que l’on possède, et l’on est possédé.
André Gide
La confiance est une forme d’inconscience.
Éric Fottorino
Personne n’aime se savoir traiter comme s’il n’existe pas.
Boualem Sassal
La seule chose qu’il ne veuille pas, c’est être séparé des autres. Il préfère être assiégé avec tous que prisonnier tout seul.
Albert Camus
Mon seul espoir, en entamant ce plongeon, est que l’écriture ravive la mémoire. La littérature se souvient de ce que nous avons oublié : écrire c’est lire en soi.
Frédéric Beigbeder
Le soir, il y a les cris angoissés des merles dans les jardins. Ils volent de plante en plante, à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Mais peut-être que ce n’est pas cela qui les inquiète. C’est la nuit qui vient, l’ombre qui grandit, le soleil qui s’éteint derrière la terre. Ils sentent le froid de l’espace, ils voient la lumière bleue de la lune, ou bien quelque chose se déchire en eux, leur fait mal.
J.M.G. Le Clézio
Parfois, quand je suis insouciant, je crois que survivre est facile : il n’y a qu’à continuer à avancer avec ce qu’on a, ou ce qu’il reste de ce qu’on vous a donné, jusqu’à ce que quelque chose change - ou jusqu’à prendre conscience, enfin, qu’il est possible de changer sans disparaître, qu’il suffisait d’attendre que la tempête passe sur vous pour découvrir - eh bien oui - que votre nom est toujours rattaché à une chose vivante.
Parfois, quand je suis insouciant, je crois que la blessure est aussi le lieu des retrouvailles de la peau avec elle-même, qui demande à chaque bout : où étais-tu ?
Ocean Vuong
Un homme n’est vraiment mort que lorsque les vivants l’ont oublié.
Boucar Diouf
| École secondaire Ozias-Leduc Mont-Saint-Hilaire |
1998, 25ième année de la fondation de la Polyvalente Ozias-Leduc devenue, depuis, l'École secondaire Ozias-Leduc, située à Mont-Saint-Hilaire.
Pour souligner l'événement, un comité fut mis sur pied afin de rendre cette année inoubliable. Travail ardu et résultat spectaculaire.
On m'avait demandé d'écrire un texte à déposer dans le programme des activités. Je le reproduis aujourd'hui afin de rappeler de beaux moments préparés et soutenus par les enseignant(e)s de la Polyvalente Ozias-Leduc.
Retrouvailles
REVENIR
- L'autobus scolaire ne m'attend plus
Après toutes ces années
Cette odeur - celle de la craie peut-être -
qui se glisse dans les corridors
Se répand... me rappelle
RETROUVER
- Ce professeur qui citait Napoléon
Celle qui parlait de Pythagore
La dictée hebdomadaire au local...
... je ne me souviens plus...
mais j'y retournerais les yeux fermés
RECONNAÎTRE
- La couleur des couleurs des saisons
L'endroit du premier regard
Du coeur qui flancha
Des mains se rejoignant...
Se dénouant à la porte de la classe
RAPPELER
- Les heures heureuses, les heures passées
Les travaux rapidement faits
Remis... Espérant!
Les examens cousus de nuits blanches
Les matins sous la montagne
RÉAGIR
- Vingt-cinq fois plus qu'une
À toutes ces années
qui fondaient mon adolescence
En morceaux fragiles
En taches de souvenir
RETROUVAILLES
- L'espace entre les cours - Récréations
L'espace entre les années - Vacances
L'espace entre ici et ailleurs - La vie
Je reviens
et je me retrouve
Il faisait magnifiquement beau en cet après-midi, ce qui amena Abigaelle et Herman à se rendre chez monsieur Granger à vélo. Zoé, imperturbable, se prélassait à la fenêtre qu’elle a choisie depuis son emménagement dans la maison Champigny. Elle observait les deux compagnons qui partaient à pied, en direction du futur supermarché Métro-Richelieu, pour emprunter la bicyclette de l'employée qui avait vendu la chatte Zoé à Abigaelle. « Si vous revenez après mon quart de travail, laissez le vélo ici, je le récupérerai demain. »
Le couple s’éloignant sur la rue Principale, madame Delage, une main sur la bouche, apparaissait radieuse aux yeux des employés qui ne pouvaient que le remarquer.
« Quoi ? Vous ne trouvez pas qu’ils vont bien ensemble. » Dit-elle les yeux humides.
Longeant un des deux ruisseaux qui se déversent dans la rivière Croche, ils s’échappèrent sous une rangée d’érables menant à la petite sortie qui les conduirait au chalet de monsieur le président de la commission scolaire.
- Je me doutais bien que vous seriez ponctuels. Allez, rangez vos vélos, je vous attends sur la terrasse.
Il suffit de revenir à un endroit pour que son sens de l’observation fasse abstraction du déjà vu et se concentre sur ce qu’on avait négligé de voir précédemment. Abigaelle remarqua la présence d’un puits qui, à première vue, semblait abandonné. Situé à quelques mètres du chalet, sa curiosité naturelle la poussa à s’en approcher pour y jeter un coup d’œil. À sa grande surprise, lorsqu’elle regarda à l’intérieur, se tenant à la margelle, le reflet de sa figure apparut, lui laissant une impression bizarre qui ne dura qu'une fraction de seconde, car on l’appelait :
- Mademoiselle Thompson, la bière est servie.
Le même décor l’attendait autant devant qu’autour d’elle. Un bouquet de fleurs sauvages fraîchement coupées, déposées dans un vase dont le cristal prenait des teintes dorées en ce milieu d’après-midi, reposait sur la nappe de dentelle. La rivière semblable à un lac, aussi calme que la dernière fois lorsqu’elle fut invitée à venir rencontrer le président de la commission scolaire. Il ne manquait plus que la musique japonaise. Elle allait certainement survenir quelque part dans ce qui s’annonçait comme une longue rencontre entre trois personnages réunis autour d’un seul sujet, la « zone ».
Monsieur Granger se leva, entra dans le chalet. Abigaelle s’attendait à ce que la musique japonaise démarre et qu’il revienne avec de la bière fraîche.
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| Pierre, Jean, Jacques |
Anaphore... ??? Qu'est-ce que ça mange en hiver ? Une anaphore est une figure de style, en fait il s'agit d'une répétition : ré...