| Thyléson ORÉLIEN |
| Thyléson ORÉLIEN |
( la mer a remis sa redingote verte )
il démesure la distance entre l’univers
et l’envers des distances
avec, pour seul outil, ses pieds
patients comme Ulysse
tendus comme Achille
( la mer et sa redingote turquoise )
pourlèche sournoisement
du marcheur les illusions
rêves songes et deuils
agglutinés à bout de pied
comme des coquillages étourdis
( et l’émeraude de la mer )
une vague mourante devient bave de crapaud…
23 janvier 2008
LES CENDRES
cendres à la mer jetées
par elle avalées
celles qui avaient broyé
ta souffrance esseulée
les crabes boitent sur une musique de Bach
cendres enfermées au sablier
tapissent le grand hunier
à l’horizon près du voilier
courant pour s’évader
les oiseaux de mer planent sur un quatuor de Bartok
cendres aux poussières emmêlées
au fond de l’océan s’en sont allées
aux coraux, enroulées
comme un serpent d’océan égaré
les grands poissons jazzent sur un air de Berlioz
cendres asséchées
se balançant au cœur des marées
le ressac les a bousculées
puis sur la grève jetées
les coquillages vides transportent des échos de Borodin
cendres piétinées
par un marcheurs égaré
jamais ne se sont arrêtés
au matin ensoleillé
les vagues blanches léchouillent une symphonie de Brahms
les cendres jetées
éternellement enterrées
ainsi que de Bruckner, l’inachevée,
sur une île désertée…
24 octobre 2008
Il est facile de s’imaginer tout le brouhaha agitant le village des Saints-Innocents alors que les spécialistes en incendies de la Police provinciale s’affairent autour des lieux maintenant enrubannés afin d'en interdire l'accès ; que les assureurs munis de caméra polaroïd flashent l’endroit sous tous ses angles ; que monsieur le maire tient une sérieuse conversation avec le président de la commission scolaire ; que les trois membres du club des historiens colligent dans leur cahier le maximum d’informations obtenues parfois difficilement et souvent farfelues - on reconnaît bien ici le caractère, la mentalité des gens du village ; et ces quelques curieux qui ne cessent de hocher la tête devant la scène, manifestement incrédules.
Tous l’auraient souhaitée hier, mais ce n’est que ce matin que la pluie se présente. Quelques endroits de l'ancienne école dégagent encore des vapeurs de fumée.
- La secrétaire de l’école, Henriette, m’a confirmé qu’elle avait passé la journée de lundi à son bureau. De son côté, monsieur Saint-Pierre, notre concierge, afin que son travail avance, « a fermé quelques classes ». Aucune nouvelle de madame Saint-Gelais, pas même un appel pour annoncer son absence.
Monsieur Granger partageait ces informations avec le caporal de la Police provinciale, celui-là même qui s’était présenté à la salle municipale lors des événements de janvier dernier - l’affaire de l’ours - lui rappelant qui était madame Saint-Gelais. Il sembla réagir au prononcé de ce nom de famille, sans élaborer davantage.
- Je dois également ajouter sans trop savoir si cela est pertinent que nous avons connu des problèmes avec le système de chauffage de l’école durant une bonne partie de l'hiver. À ce sujet, notre concierge saura mieux que moi vous en dire davantage. Il la connaît comme le fond de sa poche, cette école, y travaillant depuis son ouverture officielle.
Alors que Daniel, accompagné de Don, descendait de son camion, que le caporal notait, monsieur le maire s’excusa auprès de ce dernier, prétextant qu’il devait absolument discuter avec le propriétaire des terrains dont une bonne partie a été ravagée.
Monsieur le maire s’intéressait particulièrement à cette annonce, réalisant que son réseau de relations n’est pas aussi étendu que celui du président de la commission scolaire et du garde-chasse autochtone.
Monsieur le maire lui tendit la main, une main qui semblait sincère aux yeux de Don, et retourna vers le poste de commandement des opérations où le caporal achevait de discuter avec un de ses policiers. À l'approche du maire, il lui demanda à s’entretenir en privé avec le concierge.
Monsieur Saint-Pierre défila tout ce qu’il savait à ce sujet avec force détails, mais le caporal lui demanda d’en préciser un, à savoir s’il était habituel de remplir le réservoir de mazout à cette période de l’année.
La pluie se fait de plus en plus forte. Le caporal exigea qu’on installe une bâche au-dessus de la charpente squelettique et chancelante à l’entrée de la bâtisse dégoulinante.
Fréchette/Milliard/Ghazal/Saint-Pierre Plamondon/Duhaime
APOSTILLE :
Le résultat des élections partielles qui ont lieu demain - lundi 31 août -principalement celle qui se tient dans le comté fédéral de Chicoutimi-Le Fjord, pourrait s'avérer un nouvel indice sur les intentions de vote des Québécois. Deux partis seront principalement attentifs : le PQ, advenant une défaite du Bloc québécois - rappelons-nous ce qui est arrivé à Terrebonne - et le PCQ, puisqu'il s'agit bien d'une circonscription « bleue » c'est-à-dire conservatrice.
Le vélo accroché à une clôture trouée
immobile dans sa tenue grise
regarde la rivière
peut-être attend-il
on l’aura oublié sans doute
Il attend
Un vélo qui ne roule pas
n’est plus un vélo
c’est l’attente
pneus crevés et selle disparue
Le vent du matin traverse sa solitude
Il est toujours là
prostré languide
humide d’une furieuse pluie nocturne
Tout comme hier y sera-t-il demain
à ne plus chercher
à attendre
qu’une clef libératrice le décadenasse
On ne sait trop ce qu’il attend ce vélo
prisonnier solitaire d’une clôture d’acier
aussi insensible que le métal
On attend lorsqu’on ne bouge plus
le regard porté devant et près de soi
à courte distance une ombre attachée
Lui, on et nous attendons
qu'un oiseau noir se perche
nous attendons immobiles
Nous attendons
Accrochés à nos austères habitudes
ignorant toujours d’où elles viennent
on attend comme un vélo immobile
Et l’attente nous emprisonne
dans une immobilité convenue
tel un vélo attaché à la clôture
On ne fait qu’attendre
on attend
comme si nous attendions
que l’attente nous renseigne
sur notre attente
dans l’immense vide
de l’immobilité
Thyléson ORÉLIEN Ouf ! On ne sort pas de ce livre - C’ÉTAIT ÇA OU MOURIR — sans ecchymoses : pas tout à fait indemne, mais profondément t...