samedi 2 mai 2026

SI NATHAN AVAIT SU... (Partie 3) - 1 -

 

Abigaelle



L’été 1976 démarra plutôt mal dans le village des Saints-Innocents. Monsieur le maire vécut la rebuffade du conseil municipal comme un affront personnel lorsque les conseillers refusèrent de le suivre afin de participer au projet du ministère de l’Agriculture, un programme invitant les gens de la ville à rencontrer les gens des champs. Ce projet avait d’ailleurs reçu l’appui inconditionnel de l’Union des producteurs agricoles du Québec. La fin de non-recevoir s'appuyait sur le fait que cela n’allait pas émouvoir grand monde et qu’on n’était pas assuré de la collaboration des agriculteurs autour du village. En catimini, on entendait dire que les ambitions politiques du magistrat le motivaient davantage que de s’en tenir aux responsabilités, à ses devoirs envers ses commettants.
 
Cet été-là, celui de la présentation des Jeux olympiques à Montréal, voyageait entre canicule et pluies abondantes. On le souhaitait calme dans le village des Saints-Innocents après les événements survenus durant l’hiver et au printemps. 

La visite du père de Abigaelle, le docteur Thompson, fut sans aucun doute la rencontre estivale la plus curieuse. En effet, les villageois n’ont pas l'habitude de voir courir tous les jours un monsieur d’un certain âge, traversant la rue Principale pour s’engouffrer dans tel ou tel rang, puis revenir par la même rue pour se rendre à la maison Champigny louée par sa fille. Il va sans dire qu’un homme de plus de six pieds, une calotte fluo sur la tête rappelant les exploits du coureur maskoutain Gérard Côté, le grand champion du marathon de Boston, c’est loin d’être coutumier. Le père de l’institutrice, qui aura à mettre sur pied la classe multiniveau - préscolaire et première année - a fait grande impression. Ceux qui l’ont salué, furent amusés par son accent australien alors qu’il tentait de se débrouiller en français, mais auront principalement retenu de lui son amabilité. Ceux qui l’ont croisé dans le supermarché Steinberg l’ont décrit comme étant modeste, tandis que ceux qui le voyaient chaque matin traverser le village l’ont qualifié de véritable gentleman. Une paire d’écouteurs semblait diffuser de la musique qui lui procurait parfois un sourire espiègle. Certains firent remarquer qu’il n’avait pas l’air d’un médecin, surtout pas d’un spécialiste de renom. En effet, ils ont comparé sa présence quotidienne dans le village à celle du médecin qui se présente à la clinique seulement si un rendez-vous l'attend et qu'il n'a pu le déplacer un autre jour. Qu’il soit le père de Abigaelle, la nouvelle se répandit comme un nuage de fumée. Les dames du village cherchaient à leur trouver des ressemblances, d’autres s’interrogeaient sur le fait qu’il soit venu seul : est-il veuf, marié ou séparé ? Qu'un étranger s'installe momentanément chez eux ne semble pas avoir causé autant d'émoi que l'arrivée de l'enseignante un an auparavant.
 
Le président de la commission scolaire, monsieur Granger, percevant qu’une rencontre réunissant madame Saint-Gelais et Abigaelle afin de discuter de l’organisation de la nouvelle classe n’allait pas être de tout repos pour chacune d’elles, il décida de l’animer lui-même. Vers la fin du mois de juillet, au retour des vacances de la directrice de l’école primaire et au départ de monsieur Thompson venu au Canada pour assister aux Jeux olympiques débutant le 21 juillet, les trois personnages se rencontrèrent pour une première fois au siège social de la commission scolaire. Il leur apparut  nécessaire de se rendre directement à l’école afin d’examiner sur place les aménagements que cela exigerait. La diplomatie redoutable de monsieur Granger permit de conclure les réunions sur un accord à double volet. L’aspect pédagogique sera géré par Abigaelle, tandis que la logistique et l’évaluation de l’expérience à partager avec d’autres commissions scolaires seront prises en charge par madame Saint-Gelais. Elle avait tout de même précisé que cette classe devait demeurer un projet spécial répondant à un problème ponctuel. Monsieur Granger déclara que la démographie s’avère parfois erratique et fermer définitivement la porte à une solution du même genre risquerait de placer la commission scolaire dans une mauvaise position, si, justement, la démographie lui jouait des tours. Finalement, ils se sont entendus sur l'agrandissement du local actuel de première année, et ont décidé de laisser celui de la classe préscolaire aux élèves de la cohorte 1976-1977.
 
Abigaelle s’était entendu avec son père arrivé au Canada par Toronto afin de saluer son ami Morgantaler, qu’elle l’accueillerait dans sa maison aux Saints-Innocents et le reverrait avant son départ pour Camberra, le 3 août. À cette date, elle achèverait la troisième session estivale en lien avec son programme doctoral, cette dernière serait dirigée par le psychologue Raphaël Létourneau qui l’avait surprise en lui annonçant cela lors de leur courte rencontre à la fin des classes afin d’examiner des pistes de collaboration.
 
Créé sur le modèle d’une clinique communautaire dans la région de Montréal, en 1968, le CLSC revêt sa forme actuelle en 1971. Son expansion précéda même l’arrivée de la Régie de l’assurance-maladie. Autour du café pris au casse-croûte sur la rue Principale, Raphaël Létourneau avait expliqué à Abigaelle l’étendue du territoire qu’il devait parcourir, de même que ses différentes responsabilités reliées surtout à la protection de l’enfance. Cela ne l’empêchait nullement de s’impliquer dans les programmes universitaires de son alma mater, l’Université d’Ottawa, à titre de professeur associé. Durant l’été, il donnait des formations portant sur l’apport de la psychologie dans le domaine de l’éducation, mais principalement sur l’importance d’associer les parents dans le cursus scolaire en leur fournissant des outils. Les étudiants à cette formation sont presque exclusivement des enseignants et des enseignantes du primaire ainsi que des étudiants à la maîtrise en éducation. Ils quittèrent le café sur deux objectifs : l’enseignante participerait à la formation de Létourneau et celui-ci accepterait de l’accompagner auprès des élèves de l’école primaire des Saints-Innocents. Il précisa connaître fort bien la directrice Saint-Gelais, pour qui un psychologue doit porter son attention sur les « fous » et non les gens normaux, alors on indiquerait que ses interventions viseront à la soutenir dans la rédaction de sa thèse.

Lors de la formation qui se tenait la veille du départ de son père, Abigaelle avait loué une chambre à Montréal, tout près de l’École normale Jacques-Cartier située à côté du Parc Lafontaine et face à l’Hôpital Notre-Dame. C’est lors de ce séminaire qu’elle apprit que le psychologue Létourneau vivait à Montréal malgré le fait que son territoire CLSC soit situé en -dehors de la métropole. Il adorait rouler dans sa Volswagen Beetle, le modèle 1973, celui avec le châssis bombé et au chauffage grandement amélioré. Volkswagen jaune orangé.
 
Monsieur Thompson, légèrement insatisfait de la performance des athlètes australiens aux Jeux olympiques - ils ne remportèrent aucune médaille d'or - réserva une table au restaurant L’Auberge Saint-Gabriel, situé dans le Vieux-Montréal. Dans ce décor du XVIIIe siècle, le père et la fille eurent une conversation que monsieur Thompson qualifia « d’adulte ».

- Il m’est facile de voir à quel point tu te sens bien dans ce pays. La langue française que tu maîtrises m’éblouit.
- À vivre dans un milieu francophone, l’université, le village des Saints-Innocents, je ne peux qu’améliorer cette langue que j’affectionne vraiment.
- Ta mère serait heureuse d’apprendre cela. Elle, la francophile.
- Évitons ce sujet délicat.
- Dis-moi, où en es-tu dans ce doctorat ?
- Je suis particulièrement bien accompagnée, autant par ma directrice de thèse, madame Lapointe, qui me fournit régulièrement des mises à jour sur tout ce qui se passe ici au Québec et ailleurs dans le monde ; ma commission scolaire qui avance dans le sens des changements que le système d’éducation veut installer ; le psychologue du CLSC qui accepte de s’engager auprès des élèves en difficulté de mon école ; et Zoé, ma chatte, qui m’encourage par ses miaulements opportuns. Si tout va comme je le souhaite, je pourrais déposer ma thèse à la fin de l’année 1977.
- Bravo Abigaelle.
- Et de ton côté ? Es-tu satisfait de ton séjour au Canada ?
- Retrouver Morgantaler qui ne cesse de se battre pour la légalisation de l’avortement. Réentendre tout son courage et sa détermination ne me culpabilise plus comme il y a quelques années. Son combat, je peux te l’assurer, un peu comme tous les grands changements advenus dans nos sociétés, ne peut qu’être victorieux. Il en va de la santé des femmes. De leur corps, leur vie. Il est encouragé depuis l'adoption de la loi Veil, en France, au mois de janvier 1975. 
- Je te rejoins là-dessus. J’ai une question que je n’ai pas osé aborder lors de ton séjour à la maison, elle touche le président de ma commission scolaire, monsieur Granger. Il m’a dit t’avoir adressé une lettre afin d’obtenir un avis sur la situation qu’il a vécue lors de l’accouchement ayant résulté au décès de son épouse et de sa fille.
- Tout à fait, je me souviens de sa lettre, fort bien écrite dans un Anglais que je pourrais qualifier de châtié.
- Il est né aux États-Unis, puis sa famille s’est installée au village des Saints-Innocents il y a déjà un bon moment.
- Voilà qui explique tout. Je lui ai répondu aussitôt, surtout lorsqu’il me précise la nature de la situation qu’il occupe par rapport à toi et, il me le dit explicitement, la cordialité de votre relation. En fait, je lui ai parlé, en introduction, du combat de Morgantaler, mais au-delà de cette question fondamentale, j’ai abordé les nécessaires dispositions à installer dans nos salles d’accouchement ainsi que ce qui devrait être fait dans tout le processus d’accompagnement lors de la grossesse, surtout auprès des primipares. Il aurait été préférable, dans le cas de cette famille, qu’elle fût dirigée vers une sage-femme d’expérience, mais on ne peut revenir sur le passé. J’ai admiré cet homme qui, malgré les souffrances, a choisi de ne pas lancer de représailles contre l’accoucheur et l’hôpital, même si cela fut justifiable, sachant que cela s'étendrait sur des années et ne ferait qu’attiser les braises de son malheur. Parfois, quittez, reculez, ce n’est pas un acte de lâcheté, mais une attitude favorisant le lâcher-prise.
- Je vois. Est-ce qu’il t’a relancé à la suite de ta réponse ?
- Oui. J’en suis toujours ému.




mardi 28 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (46)

                                             


guitare et martini
 
 
tout près, repose sur une chaise vide
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde au loin
 
… partant de la maison, il y laissa une femme, une fille s’endormant dans les bras de sa mère…
… il avait revêtu son costume de scène… scénario quotidien depuis qu’il a accepté le contrat… guitariste dans un bar tenu par un tenancier anglais. Quinze minutes de musique puis place à celle enregistrée, un enchaînement arrangé de quelques titres populaires entrecoupés de morceaux plus classiques. Le patron exige que ces derniers soient courts afin de ne pas effaroucher la clientèle…
 
musique espagnole
dans ce bar anglais
prend des airs d’ailleurs
 
 … arrivé dans l’enceinte de ce lieu enfumé, il songe au répertoire qu’il proposera…
… ne remarque ni le nombre ni la qualité de la clientèle assise aux tables…
… n’a pas aperçu cette femme
qui fume des cigarettes françaises

                

cliquetant sa bague sur le zinc humide
accrochant ses yeux au miroir
dans lequel la fumée grimace des volutes
elle ajuste une mèche rebelle
une jambe croisée sur l’autre
son pied pilonnant le comptoir
une olive piquée au bout d’un cure-dents nage dans le cristal du verre
elle hoche délicatement la tête
à son cou, quelques rides sauvages,
son visage étouffant des élans de nostalgie
 

… la jeune femme adore les martinis, les savoure lentement, puis, lorsque l’olive verte fixe ses élans de va-et-vient autour de la paroi du ballon, s’immobilisant, elle les boit cul sec…
elle fume des cigarettes françaises, uniquement, le tabac noir lui pique la langue que l’alcool ravigote…  

le bar, chargé de lampes multicolores
diffuse des ombres noires
le musicien reprend sa guitare
la dépose sur ses genoux
 
d’un trait, elle vide un second martini
 
cesse la musique, reprend la guitare
 
deux silhouettes, telles des marionnettes incolores
s’enlacent sur le plancher
 
du miroir givré derrière le comptoir
la femme dévisage le musicien absorbé par un triste air espagnol
 
les doigts du soliste aux yeux capsulés grattent les cordes…
vibre la distance entre son banc de travail et les rondeurs de la mer…
les grincements de ses mains, des virevousses à son cœur…
… comme cette femme est belle !
... il disait cela lorsqu’il rencontra la mère de sa fille… 
il disait cela… aussi…
 
étrange d’entendre ce boléro
qu’écoute la femme intrigante
soudainement attentive
sa main trifouillant une oreille percée d’un faux diamant

faux diamants offerts un soir… une nuit… par cet homme à l’allure grecque qui la quitta au matin, les lui laissant dans un écrin rouge encerclé de roses jaunes
les pétales, déjà, culbutent sur les draps de satin
jaunes eux aussi…
de faux diamants pour lettre d’adieu

des doigts caressant quelques notes andalouses
s’enfuient vers la spumosité du cœur
une musique enfiévrée vogue, vague que vague…
 
la femme-martini greffe des mots sur cette musique

courir derrière lui,
le rejoindre, ne plus le reconnaître
tant la distance éloigne
tant les traces se défilent
 
nager dans la mer
la marée chassant au loin les vagues
qui se dorent au soleil assourdissant
 
la ligne de sueur dans son dos coagule 
 
l’homme à l’allure grecque lui avait proposé un martini en échange d’une cigarette française… elle l’accepta… il ferma les yeux, savourant l’âcreté du tabac…   cet homme la dévisageait, troublé par tant de beauté… corps élancé… mains comme des nuages… ces yeux, des perles… regard mélancoliquement langoureux… une voix à peine audible dans le tohu-bohu du bar…
et les sons de la guitare s’étouffant aux quatre coins… 
il l’invita
ils quittèrent le cabaret
 
les amoureux le deviennent l’espace d’un martini
le temps que durent quatre notes de guitare
un nuage les enveloppe telle une couche tutélaire
une nuée de parfums occultes ainsi que de la ouate
les rendent secrets
mystères qu’eux seuls enregistrent dans leurs corps intemporels
 
les pas de l’homme et de la femme, dans leur foulée incertaine, ne vont nulle part ailleurs que là... s’y déposeront... passeront la nuit, davantage peut-être, mais ce n’est pas encore ce à quoi ils aspirent... les corps auront à se connaître... les odeurs à se combiner
 
prends-moi, jusqu’à demain garde-moi
jusqu’à l’usure de mes sens
enflamme-moi, électrocute-moi
viens et reviens encore
je veux hurler mes jambes accrochées à ton cou
mes seins t’appellent, t’attendent, te redemandent
sois la pluie qui arrose mon jardin
que perle en moi tes jets furieux
je ne veux revenir à moi que par toi 
 
ils s’aimèrent toute la nuit...

le guitariste remarqua leur départ, une fausse note à sa guitare le lui rappelant...
il allait reprendre la route vers la maison de cette femme endormie, une fille agrafée à sa poitrine dénudée, les seins vides du lait que téta l’enfant... il entra à pas feutrés, vis les soubresauts de deux êtres rattachés l’un à l’autre... enleva son habit de scène, le cintra au crochet de bambou... il regardait celle à qui il disait « je t’aime… »  celle qui depuis la naissance de l’enfant s’éloigne de lui... prisonnière dans son rôle de mère, insensible aux mains de son mari... il la confondait à une autre femme, celle des cigarettes françaises, des martinis, curieuse des boléros espagnols dans un espace enfumé... celle qui partit sans jamais se retourner, un bras harponné à celui d’un homme à l’allure grecque
 
les draps emmêlés à leurs pieds
chevillés corps à corps
et l’un et l’autre soupirent à l’odeur des phéromones
que leurs bouillonnants ébats éclaboussèrent
dans cette chambre sans rideaux
hors du temps
désorientés tels des chevaux en course
la bave glairée dans l’espace
 
Le guitariste glissa son doigt sur le pied blanc de la femme-statue... elle réagit par un friselis, celui du cerf-volant grimpant le ciel à pas de libellules, piqué entre des nuages roses... les doigts maternels pressent le corps de l’enfant comme pour éviter qu’il ne s’enfuit, ne se perde dans l’azur... dans le cérulé des vagues de la mer qui choquaient leurs corps, lui et elle... soutenant son ventre, ventre engrossé, ventre qui éloignait le guitariste et maintenant le repousse... il les regarde, ces êtres siamois qui doucement l’infléchissent... ils défrichent d’autres parages qui lui sont inconnus et le resteront... elles sont parties vers l’insoupçonné, le laissant à son abandon...
 
j’ai aimé une femme comme on aime une femme
pour elle
j’ai labouré en elle comme on laboure une femme
pour son étendue
j’ai joué de la guitare pour une femme comme on joue de la guitare
pour son cœur, pour son âme
j’ai écouté son ventre comme on écoute une symphonie
celle du ventre qui se remplit
j’ai entendu les remous liquides qui l’habitaient
elle faisait un enfant
un enfant qu’elle m’épargnera par la suite
ses seins ne m’appartiendront plus
ils nourriront d’autres espoirs
 
un ventre devenu sanctuaire dont l’accès lui est fermé... femme-moniacale revêtue d’une bure rigide, maintenant sensible qu’aux tétées de l’enfant issu dans la douleur et le sang... son corps jadis si ouvert à tous les bondissements, aux élans fantaisistes, leurs caramboles de jour et de nuit, maintenant sépulture aride et stérile...
 
tout près, repose en une maison blême
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde la sécheresse s’installer
la mer devenir désert
les roses, des cactus emprisonnés dans leur sable de ciment
 
les jambes graciles de la femme-martini se frottent à celles de l’homme à l’allure grecque... ils fument à tour de rôle la même cigarette française... les arabesques de la fumée taquinent le plafond... la femme s’est levée, poussa délicatement la fenêtre, laissant entrer l’odeur de la nuit... un léger frisson fit redresser ses seins... revint à l’homme qui ne l’avait pas laissée des yeux, la désirait à nouveau... elle prit sa main, lui fit fouiner sur tout son corps de naïade avide d’eau... ils iront rejoindre l’espace entre l’air et l’onde, entre le cri et le silence cherchant à éviter l'asphyxie, deux bouches voraces se dévorant
 
il partira
comme tous les autres il partira
laissant ma peau
laissant mon corps nu et sec tel un ballon de martini
un cendrier vide de Gitanes
 
il partira en fumée
me laissant que l’acreté à la bouche
avalant péniblement mon amertume
il partira comme tous les autres,
il est déjà parti
 
elle avait bien vu les faux diamants, on n’abuse pas une telle femme, on la séduit, l’embobine   on lui prend la chair comme on dévore un fruit de la passion     on l’enroule contre soi   on l’aspire, la boit à même la coupe lubrique qu’impétueusement elle offre 
elle avait bien vu les faux diamants, les roses jaunes 
n’est pas dupe des leurres de l’amour 
en sait les jouissances partagées    la petite mort
elle se laissera abandonner        
retournera comme chaque soir au même banc de ce bar
commandera un martini, puis un autre
fumera ses cigarettes françaises
jettera un œil au miroir en face d’elle
écoutera le guitariste
puis, un autre viendra, 
lui proposera un martini en échange d’une cigarette
ils partiront vers cet ailleurs, toujours le même
à nouveau, après la commotion des sens, 
l’inconnu s’enfuira
un parfum de femme fiché à son épiderme...
 
je suis une femme-martini grisée de tabac noir
mes seins,
un sémaphore dans le brouillard des nuits de ces hommes insatiables
mon corps,
une sirène trompeuse étourdissant ces hommes au cœur de cuir
 
je suis un tendron 
que l’on s’arrache à coups de dents et de bijoux
ma peau soyeuse comme un rêve chimérique éclaboussant les yeux
mes mains magiciennes, sachant repérer, 
découvrir le lieu de l’intense volupté
 
je suis une femme-fumée
ascension vers la volupté
sybarite insiatiable
au cœur stérile
 
la femme-martini referma l’écrin 
dans lequel les faux diamants nichaient 
ces artifices épinglés aux oreilles, 
elle quitta la chambre, titubant encore
s’en alla, laissant son refuge sens dessus dessous
 
le guitariste s’allongea près de la banquise endormie
il avait mal aux doigts
 
demain sera un autre jour...
 
 
Novembre 2018
Saïgon









lundi 27 avril 2026

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - PROLOGUE -


Chelle
                                      
                                                                       
Benjamin


                                                        
Abigaelle
     

                                        Si Nathan avait su...
                                                            Partie 3 - Prologue


La porte s’ouvre délicatement sur la troisième partie de « SI NATHAN AVAIT SU… »

Que nous réserve-t-elle ? 
Autour de quelles intrigues pivotera-t-elle ? 
Serons-nous encore durant l’année 1976 ? 
Y aura-t-il de nouveaux personnages ? 
Des décès ? 
Des disparitions ? 
Des alliances ou des relations entre certains personnages ?
 
Voici, en vrac, ce vers quoi cette partie se dirigera, toujours au rythme d’un ou deux billets chaque semaine :
 
*  La nouvelle fille - Gabrielle - dans la famille de Don et Aanzhanie;
 
*  Qui a-t-il dans le tiroir du bureau de la directrice de l’école primaire des Saints-Innocents ?
 
* L’histoire des pensionnats, selon Gord;
  
* Connaît-t-on vraiment tous les dessous du conflit qui opposa deux directrices, obligeant monsieur Granger à nommer madame Saint-Gelais ? Sans doute, cela nous permettra de mieux circonscrire le tempérament de cette Germaine Saint-Gelais, tout en jetant un éclairage sur son passé.
 
* Qu’en est-il exactement de Benoît, le frère de la directrice ?
 
* Madame Champigny est revenue de Floride plus tôt que prévu. Y a-t-il une raison ?
 
* En quoi consiste l’entente signée entre Granger et Daniel concernant les terrains derrière l’école primaire ?
 
* L’affaire de l’ours risque-t-elle de rebondir ? Sous la forme d’une légende, peut-être...
 
* L’école de rang a été évoquée par madame Saint-Gelais, avec une certaine ironie. Y a-t-il anguille sous roche ?
 
* Don doit rencontrer son patron du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. On devrait en avoir des échos.
 
* La zone, est-ce un biais cognitif chez monsieur Granger ? On sait que Abigaelle et Herman Delage ont convenu de faire équipe dans ce dossier.

La porte s’ouvre délicatement sur la troisième partie de « SI NATHAN AVAIT SU… »


Que nous réserve-t-elle ? 

Autour de quelles intrigues pivotera-t-elle ? 

Serons-nous encore durant l’année 1976 ? 

Y aura-t-il de nouveaux personnages ? 

Des décès ? 

Des disparitions ? 

Des alliances ou des relations entre certains personnages ?


Voici, en vrac, ce vers quoi cette partie se dirigera, toujours au rythme d’un ou deux billets chaque semaine :


*  La nouvelle fille - Gabrielle - dans la famille de Don et Aanzhanie;


*  Qui a-t-il dans le tiroir du bureau de la directrice de l’école primaire des Saints-Innocents ?


* L’histoire des pensionnats, selon Gord;


Connaît-t-on vraiment tous les dessous du conflit qui opposa deux directrices, obligeant monsieur Granger à nommer madame Saint-Gelais ? Sans doute, cela nous permettra de mieux circonscrire le tempérament de cette Germaine Saint-Gelais, tout en jetant un éclairage sur son passé.


* Qu’en est-il exactement de Benoît, le frère de la directrice ?


* Madame Champigny est revenue de Floride plus tôt que prévu. Y a-t-il une raison ?


* En quoi consiste l’entente signée entre Granger et Daniel concernant les terrains derrière l’école primaire ?


* L’affaire de l’ours risque-t-elle de rebondir ? Sous la forme d’une légende, peut-être...


* L’école de rang a été évoquée par madame Saint-Gelais, avec une certaine ironie. Y a-t-il anguille sous roche ?


* Don doit rencontrer son patron du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. On devrait en avoir des échos.


* La zone, est-ce un biais cognitif chez monsieur Granger ? On sait que Abigaelle et Herman Delage ont convenu de faire équipe dans ce dossier.


* Abigaelle rencontre le psychologue Létourneau. Serait-ce le début d’un triangle amoureux ( Abigaelle / Herman / Raphaël ) ?


On le constate, cette troisième partie ne sera pas de tout repos. Mais je ne vous dévoile pas tout ... quelques grandes lignes seulement. Lorsqu’un personnage évolue, que le narrateur le cerne un peu mieux, il réalise qu’apparaissent des ramifications. Cela le mène souvent vers des histoires parfois tues, parfois inconnues, n’oublions pas que, dans ce village des Saints-Innocents, tout ce qui a pu se passer depuis sa création ne cesse de nous surprendre.


Je l’écrivais dans le tiré à part qu'il ne m’est pas coutumier de décrire physiquement les personnages, laissant aux lecteurs et aux lectrices le soin de les imaginer. Toutefois, une certaine curiosité m’a poussé vers Copilot, avec qui je me suis amusé à demander de tracer un portrait de quelques-uns d’entre eux. Ne vous sentez pas obligés d’y adhérer, mais je vous les propose en entrée et en sortie de ce billet.


Voici donc pour le prologue. Je ne peux vous ouvrir davantage la porte sans vous inviter à recevoir un personnage qui m’est tellement sympathique, madame Brodeur. Elle a su, avec son histoire, ses souffrances, ses défaillances cognitives, elle a su m’émouvoir. La démence, qui se révélera plus tard, alors que chacun a déjà pu en percevoir les effets, pourrait s’avérer être une protection qu’elle manipule habilement, l’utilisant au besoin.


Bonne arrivée dans la troisième partie.



Daniel


                       
Jésabelle
     







      Les parents de Benjamin 
      et bientôt de Nathan.











Don

Aanzhanie




 Les parents de Chelle
et bientôt de Gabrielle.






mercredi 22 avril 2026

les remparts de Varsovie

 



                           
LES REMPARTS DE VARSOVIE

* Il faut que le jour soit achevé
  Pour qu’il soit possible de dire
   Combien de temps avons-nous perdu
     À quel point la paresse mène la barque 
                                        
Il fallait que je t’invite à Vienne
  Ce petit hôtel au fond de la rue
   T’invite pour y mourir avec moi
     Après une valse des valses de Vienne 
                                        
Il faudra que je vérifie attentivement
  Les loups aiment le son du violoncelle
   M’as-tu dit et tant de fois répété
    Qu’encore maintenant je n’en doute plus
                                        
Que là, il faille reprendre le métro de Prague
  De ce côté-ci de la rame puisque toi tu sais
   Que ce côté-ci de la rame c’est le bon
    Celui qui mène directement à Varsovie 
                                        
Il fallut se pincer le bras, deux fois plutôt qu’une
  Afin de s’assurer que Varsovie n’était pas Cracovie
   Que le bus pour Auschwitz ne fût pas rempli
    Et que tu n’oublies pas ton mouchoir rouge
                                        
 
            *        Tu me dis que chaque jour est un autre 
                          Différent de celui qui vient de passer   
                          Inquiet pour celui qui s’en vient    
   
                          Chamboulée par les camps de la mort
                         Tu me disais, me le répétais tant et tant 
                          La mort se fait silencieuse  
                         À tous ceux à toutes celles     
                        Qui l’attendent derrière les barbelés       
     
                        Tu m’as dit cesse de chercher les odeurs 
                        Elles ont disparu avec nos souvenirs   
                                    La honte les a remplacées       
                                                 Hurlée par des chiens bergers                          
*

                             
*       Et nous étions dans ce bus rempli
            Revenant de la visite aux martyrs   
            Qui encore et peut-être toujours                   
            S’accrochent à de faux espoirs brûlés 

                 
*       Ce plus de silence cruel nous ramenait
            Dans ce bus bourré d’anonymes silences   
            Une mouche glissant sur la vitre de la fenêtre       
            Patinait une valse...celle aux notes inachevées

    
* Les connais-tu ces mots à rebours

    Tous ceux dont le sens fut exterminé   

    Même si comme toi et le bus à l’unisson      

    Dans un élémentaire yiddish nous les répétions  


« nous sommes les passeports périmés d'un voyage inachevé »



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lundi 20 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (45)

 


Vous vous êtes sans aucun doute posé cette question un jour ou l'autre : pourquoi ne retrouve-t-on pas à l'intérieur d'un ascenseur de tout immeuble ayant plus de dix ou quinze étages, un bouton sur lequel est indiqué le « treizième plancher » ? On a répondu à cette interrogation en pointant le nombre 13, lui attribuant tous les attributs d'une superstition, de la triskaïdékaphobie. Cette réponse n'est pas universelle, puisqu'en Asie, on peut peser sur le bouton annonçant le 13e étage.

Alors ? 
À la peur du 13, s'ajoute la peur des hauteurs : l' acrophobie
Les espaces clos : la claustrophobie.

Imaginons que vous entriez dans l'ascenseur, un chat noir roupille dans un coin tout juste sous le panneau sur lequel vous liriez entre le 12 et le 14, le détestable 13... Je n'ose même pas penser au vertige qui vous assaillirait si déjà y monter fut un acte de courage inouï.

Consolons-nous, un ascenseur qui possède un bouton pour avertir que l’on est arrivé au 13e étage est un cadeau. C'est qu'il y a de fortes chances que vous partagiez l'espace de quelques doux instants la présence d'une femme dont le parfum embaumera le maléfique cubicule.
 


                       dans l’ascenseur… une femme
 
odeur de femme en espace clos
des mains de pluie agitant un ruban noir
qui glisse, frôle des jambes teintées de sable
caressées par une mer verticale
 
les algues dans ses cheveux noirs
se meuvent ainsi que des vagues
une broche moirée les retient
 
une huître calcaire aux yeux fermés
elle parle au miroir qui la multiplie 
 
 
odeur de femme en espace clos
un homme, vieux, l’aspire pianissimo
 
il la regarde ne pas le regarder
le silence les porte au milieu du vide
prisonniers en un cube fermé
 
leurs mains ne se touchent pas
les digitales pressent un bouton
qui s’illumine par fractions
un millénaire après l’autre

 
 
odeur de femme en espace clos
emmêlée à la sueur d’un homme
immobile qui éternise ces instants
tel un stérile frangipanier gris blanc
 
des taches brunes dorment sur sa peau vieille
il les cache aux yeux de la femme
l’espace clos devient moite
la femme à la robe aranéide
bouge au tintement de la porte
 

moments fugaces parfumés de vanille
le vieil homme les aura imprimés
 
à même une mémoire fragile
aux autres parfums longtemps oubliés
alors que grimpe, mécanique, l’ascenseur
 
il monte, seul maintenant, ce prisonnier
à l’âme confuse, au cœur éternel
celui pour qui un parfum de femme
souffle, encore, un vent de jeunesse

22 juin 2017 

                                                          


                   

il arrive à la vie de devoir se mesurer au temps
combat irrégulier
pluie contre gazon mouillé
soleil affrontant un jour froid
lune contre une nuit décharnée

 
le temps, pubère vie artificielle,
arrache tout sur son passage
les veines bleuies à nos poignets
suivent des routes sans azimut
qu’un inconnu s’amuse à brouiller
 
le temps et la vie ne sont donnés
qu’à ceux qui savent accepter la mort
aux autres, ce ne sera qu’angoisses
ces rongeurs infatigables
qui effilochent notre continuité
 
il arrive à la vie de devoir se mesurer au temps
combat irrégulier
pluie contre gazon mouillé
soleil affrontant un jour froid
lune contre une nuit décharnée 

26 septembre 2017

 

Ceci est un « cadavre exquis » mais provenant d'une seule personne.

 

Le Dictionnaire abrégé du surréalisme donne du cadavre exquis la définition suivante :

« Jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. »

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