LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON
lundi 30 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 6)
jeudi 26 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerrre ! (suite 5)
| « Les guerres salissent tout, mais elles lavent la mémoire. » |
Il a sûrement lu l'ILLIADE, relu peut-être. Que veut-il dire par « salissent tout » et « laver » la mémoire ? L'intérêt se situe sur la deuxième partie de son affirmation. Si la guerre salit et qu'il faille laver la mémoire, cela signifie-t-il que la mémoire a besoin d'être nettoyée pour ensuite être à nouveau salie ?
L'expression connue : « La mémoire est une faculté qui oublie. » Ne devrait-on pas plutôt dire : « L'oubli est une faculté qui a de la mémoire. » ?
Comme il serait intéressant de confronter les deux romanciers (impossible, Ruiz étant décédé) devant le texte d'Homère.
Retournons à notre valeureux Italien.
mardi 24 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 4)
| Alessandro Baricco |
C'est la Chine qui a créé le Vietnam, mot qui signifie peuple du sud. Alors qu'en France on limogeait pour punir, c'est-à-dire qu'on déplaçait les gens sur Limoges, les chinois, de leur côté, punissaient en transférant les coupables vers le sud, c'est-à-dire au Vietnam.
Par après, le Japon durant la Seconde guerre mondiale a cherché à s'emparer du pays. L'Angleterre prit la relève pour ensuite passer la « patate chaude » aux Français qui connurent l'humiliante défaite de Dien Bien Phu, en 1954. Arrivèrent par la suite, les USA... jusqu'à ce que les troupes du Vietnam du Nord les fassent capituler et disparaître, en avril 1975.
dimanche 22 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 3)
« Le courage nous est alloué en quantité limitée, comme un héritage, et en étant économe et en le thésaurisant afin qu’il produise des intérêts, on pouvait augmenter son propre capital moral en vue du jour où il serait nécessaire d’y faire une ponction. »
« Une histoire de guerre véridique n’est jamais morale. Elle n’est pas instructive, elle n’encourage pas à la vertu, elle ne suggère pas de comportement humaniste idéal, elle n’empêche pas les hommes de continuer à faire ce que les hommes ont toujours fait. Si une histoire vous paraît morale, n’y croyez pas. Si, à la fin d’une histoire de guerre, vous vous sentez ragaillardi, ou si vous avez l’impression qu’une parcelle de rectitude a été sauvée d’un immense gaspillage, c‘est que vous êtes la victime d’un très vieux et horrible mensonge. La rectitude n’existe pas. La vertu non plus. La première règle, me semble-t-il, est qu’on peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.
Vous pouvez dire qu’une histoire de guerre est véridique si elle vous met mal à l’aise. Si vous n’appréciez pas les obscénités, vous n’appréciez pas la vérité; si vous n’appréciez pas la vérité, faites attention comment vous votez. Si vous envoyez des gars à la guerre, ils reviendront chez eux en disant de gros mots.
Dans n’importe quelle histoire de guerre, mais spécialement dans une histoire véridique, il est difficile de séparer ce qui est arrivé de ce qui a semblé arriver. Ce qui semble arriver devient presque un événement en soi et doit être raconté comme tel. Les angles de vue sont déformés.
Dans la plupart des cas, il ne faut pas croire un récit de guerre véridique. Si vous y croyez, soyez sceptique. C’est une question de crédibilité. Souvent, ce qui paraît fou est vrai, et ce qui paraît normal ne l’est pas, car les trucs normaux sont nécessaires pour faire croire à des folies réellement incroyables.
Vous pouvez reconnaître une histoire de guerre véridique au fait qu’elle semble jamais se terminer.
Dans une histoire de guerre véridique, s’il doit y avoir une morale, c’est comme le fil d’un tissu. On ne peut le retirer sans perdre le tissu lui-même. On ne peut pas extraire la signification d’une histoire sans découvrir une signification plus profonde. Et à la fin, en fait, il n’y a pas grand-chose à répondre à une histoire de guerre véridique sauf, peut-être : AH ! BON ?
Les histoires de guerre véridique ne portent pas à la généralisation. Elles ne se prêtent pas à l’abstraction ou à l’analyse. Par exemple : la guerre c’est l’enfer. En tant que déclaration morale, ce vieux truisme semble parfaitement correct, mais, cependant, du fait de son abstraction, du fait de sa généralisation, je ne peux y croire avec mes tripes. Il ne se passe rien à l’intérieur.
Tout est question d’instinct viscéral. Une histoire de guerre véridique, si elle est bien racontée, doit vous faire croire avec vos tripes.
Vous pouvez reconnaître une histoire de guerre véridique aux questions que vous posez.
À la fin, bien sûr, une histoire de guerre véridique ne parle même plus de la guerre. »
vendredi 20 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 2)
On ne peut aborder le thème de la guerre sans écarter d'un revers de la main, la Shoah, « la catastrophe, l'anéantissement ». Je le ferai qu'en citant le poème de Pangis qui dit tout sans directement en parler. Plusieurs analyses ont été proposées de ces quelques vers, mais toutes celles que j'ai consultées, d'abord, posent le sujet : une mère, elle s'appelle Ève, son fils Abel dans ses bras, écrit à un autre fils, Caïn, qui ne les accompagne pas dans ce train les menant à Belzec.
Pour le chemin que j'ai choisi d'emprunter afin de fouiller d'autres aspects de la guerre, ces quelques mots suffisent, alors je ne parlerai plus des nazis. Ni des Juifs. Ni des camps de concentration. Je laisse à la mémoire de chacun le soin de s'y attarder. Un dernier mot, toutefois. Une question plutôt. Posée par Yishaï Sarid dans son roman LE MONSTRE DE LA MÉMOIRE, placée dans la bouche d'un guide israélien fort érudit qui reçoit des groupes de tout acabit et leur fait découvrir les camps d'extermination de Pologne. La voici : « Que serait le monde actuel si les alliés avaient perdu la guerre ? » Non, ne répondez pas en disant que cette hypothèse est irréaliste en raison de ceci, de celà. Non, ne faites que répondre à la question. Au premier degré.
| Graham Greene |
« Peut-être le civil est-il, aux yeux du soldat, l’homme qui l’emploie pour tuer, qui glisse le poids du meurtre dans l’enveloppe de sa solde, pour se débarrasser de toute responsabilité ? »
« Ce qui rendait ma jalousie plus absurde et plus humiliante, c’était qu’elle n’avait pour s’exprimer que le plus faible des chuchotements et la jalousie se plaît aux tirades théâtrales. »
« ... il n’est pas honnête de solliciter le genre de promesse que personne ne peut tenir. »
« Le mal qu’on s’inflige est dans l’acte de possession: nous sommes trop petits, de corps et d’esprit, pour posséder un autre être sans en ressentir de l’orgueil, ou lui appartenir sans humiliation. »
« ... tant que nous ne nous étions pas menti ouvertement je pouvais avoir l’illusion que nous n’avions pas changé l’un envers l’autre... »
« Comme si j’avais été trahi... mais l’on ne saurait être trahi par un ennemi. »
« C’est comme ça que les choses se passent. On quitte des gens et puis la chance tourne. Cela me fait croire à la justice. »
« Peut-être y a-t-il un prophète à côté du juge dans ces tribunaux ou se promènent nos vraies décisions. »
« C’est toujours la même chose: si l’on se réfugie dans le désert, le silence vous crie aux oreilles. »
« Il est impossible que vous existiez si vous n’avez pas le pouvoir de modifier l’avenir. »
lundi 16 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 1)
Phan Thị Kim Phúc, mieux connue sous le nom de « la petite fille au napalm » aura réussi à ce que la guerre du Vietnam bascule, subitement. Elle seule.
Bao Ninh dirait:
Ninh ne va pas tout à fait dans ce sens.
« C’était ainsi, les faits les plus insignifiants de la vie s’accompagnaient toujours de drames. Des drames inoubliables, mais dont on n’osait se souvenir... »
Ninh ne va pas dans ce sens.
Sans être à contre-courant, il aborde le chagrin relié aux souvenirs de la guerre, celle que les USA ont menée contre le peuple vietnamien et à laquelle Bao Ninh a participé. Pour sûr, il est du côté de Hanoï, des communistes, mais conserve les yeux ouverts. La guerre l'a marqué, physiquement et psychologiquement, qu'il se retrouve au nord ou au sud ou sur le 17ième parallèle, cette tranche du territoire qui aura réussi à envenimer un conflit avaleur de millions de morts.
Elle est achevée la guerre du Vietnam lorsqu'on ouvre le livre, qu'on se retrouve quelques années plus tard, là où elle a eu lieu, où des cadavres ont pourri sur les champs de batailles et que le chagrin nous «pogne » aux tripes. Ninh veut l'écrire.
Écrire les coins de ciel différents, contradictoires de chaque vie, de chaque conscience.
Écrire les demeures, les nids de bonheur, la ville natale...
Écrire les destins, les drames qui palpitent dans la nuit, sous la pluie, les toits, les lampadaires aux coins des rues.
Écrire les pas qui résonnent à travers la nuit, dans les longues rues vides, écho du silence, lourd cheminement de la pensée. Un cyclo recouvert d’une bâche luisante de pluie passe sans bruit. Un couple s’embrasse dans l’abri d’un poste de gendarme. Un coq chante, incertain, au coin d’une rue. Une rue noire, muette, qui se réveille en sursaut, quand les lampes s’allument vague que vague, comme portées par des rafales de vent. Les feuilles des badamiers tombent sur le sol, craquent. Les feuilles mouillées des pancoviers se poursuivent sur les trottoirs. Kiên se sent alors marcher dans le silence d’une grande symphonie. Dans la nuit de la ville, il se sent vivre. Vivre, un besoin impérieux, pressant, peu importe que ce ne soit que la vie avide, sans mémoire, inerte, sans rêves des gens de la ville. Il faut écrire, écrire ! »
« Personne, en vérité. Mais on en peut rien lui reprocher, à la mort. On peut encore moins s’en débarrasser sur le dos des autres. Je ne vais nulle part, tu n’as pas à être content de moi. »
« ... aux peaux successives du ciel, le matin... »
« ... sans doute sommes-nous venus en ce monde pour accueillir la douleur, et c’est à cause d’elle que nous devons vivre, poursuivre le bonheur, rechercher l’amour, l’art, jouir et supporter jusqu’au bout la vie. »
« On dit que pleurer calme la douleur. Il avait pleuré. Sangloté. Comme un imbécile. Cela n’avait servi à rien. »
« Quand on veut enterrer quelque chose, quand on veut oublier, il faut d’abord se taire soi-même et espérer ne plus jamais en entendre parler ! »
Ceux-ci également :
« Je ne sais pas à quel point je peux faire confiance à des mots, même s’il s’agit d’un serment. Je ne crois pas ce que je vois. Et puis, il s’agit de la vie de nos blessés. Vous et moi, nous avons un devoir, c’est de trouver un chemin vers le fleuve. Voilà tout ce que je sais ! »
vendredi 13 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre !
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 6)
Baricco, conscient de la présence et de l'influence des dieux dans l'Illiade de Homère, il évitera de s'y attarder, s'in...
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Le Crapaud a cessé depuis des lustres de numéroter les billets qu'il dépose sur son blogue, ce qu'il faisait depuis le début en 200...
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Ce texte date du 23 décembre 2005, au tout début de la création du blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON . Les premiers billets avaient pour ...
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Le mois de mai 1976 aura été particulièrement chargé autant émotionnellement que dans ce que nous pourrions appeler une bousculade d’événe...