mardi 5 mai 2026

GO HABS GO

 




    Ce logo est visible partout : sur les vêtements de je ne sais combien de partisans, considérés comme les plus fanatiques et les plus fidèles dans le monde du sport professionnel ; sur la patinoire du Centre Bell, lieu sacré du hockey sur glace à Montréal ; sur les murs de la ville, dans les vitrines des magasins ; mais surtout dans le cœur des générations québécoises depuis plus de 100 ans. Logo héréditaire.

À l’origine de cette équipe devenue mythique, il y avait un combat opposant francophones et anglophones. À ce moment, personne n’aurait pu prédire tous les records qu’elle établirait, le nombre de coupes Stanley qu’elle remporterait et encore moins combien de joueurs s’y illustreraient. Les nommer est une tâche impossible et risque de s'avérer incomplète. Un nom jaillit de ce florilège : 

Maurice RICHARD.  


Il serait présomptueux de ma part d'essayer de tout dire à son sujet, une seule phrase toutefois le résume parfaitement bien : « Maurice RICHARD, l'idole d'un peuple. »

Depuis sa retraite (1960), année étrangement symbolique marquant le début de la Révolution tranquille qui transformerait le Québec, l’équipe des Canadiens n’a cessé d’être ce qu’elle est toujours : l’âme d’un peuple. Il ne faut pas se surprendre que maintenant, en 2026, le CH remue les passions au point de nous faire oublier que le printemps tarde à venir, parce que le printemps, c'est les séries éliminatoires de la Ligue Nationale de Hockey et qu'en 2026, le CH y est, solidement accroché, solidement appuyé par des millions de Québécois. 

Le Go Habs Go est l’expression la plus anglophone qui soit, mais le gouvernement du Québec est intervenu auprès de l’Office de la langue française pour qu’elle soit considérée comme un québécisme directement relié à notre culture et à notre identité. Une preuve que cette équipe est davantage qu'une équipe sportive, elle est une institution nationale.

Le hockey, sport national d'hiver canadien, a changé, beaucoup même. Tout comme la crosse, sport national d'été canadien, a également changé. Mais son essence, je dirais même son ADN, demeure vivace et se manifeste à l’occasion des séries éliminatoires printanières. On croirait même que plus rien d'autre n'existe que le hockey. Même ceux qui n'y portent qu'un léger intérêt sont contaminés par la fièvre, ne peuvent l'éviter, puisque toute la vie tourne autour de cette pandémie sportive. 

Il a changé, tout comme ses idoles. Pourtant, la ferveur demeure et se manifeste bruyamment. On parle hockey davantage que l'on parle politique, géopolitique, économie, même des impôts qui, subrepticement, doivent être réglés à la fin du mois d'avril.

Que ce soit un joueur provenant de Russie, un ou deux Américains, deux Slovaques, une couple de Finlandais, tous, revêtus du jersey symbolique aux couleurs du CH, tous debout fièrement aux côtés du CAPITAINE canadien des Canadiens, tous font vibrer la foule en prononçant deux mots en Français : « Merci beaucoup ! » 



                      


Que signifie vraiment cet engouement pour le club de hockey LES CANADIENS de Montréal ? Engouement généralisé à travers le Québec, le Canada et dans plusieurs pays du monde. Comment une équipe de jeunes athlètes pourrait-elle ne pas être inspirée, vivant au cœur de cette atmosphère unique, digne des plus grandes célébrations sportives du monde ? Le chandail qu’ils portent est glorieux, tout comme le flambeau traditionnel qu’ils ont reçu.


                                                    


Nous vivons le GO HABS GO, nous le vivons intensément alors qu'un étendard flotte tout près nous invitant à plus de convivialité qu'à l'habitude. Des contacts de grande qualité. Des « high-five » entre voisins, amis et parents. Tout cela ne peut qu'être bon pour le moral, servir de modèle pour d'autres rapprochements que la vie nous propose.

Est-ce que la genèse de l'équipe - un combat à finir entre francos et anglos - résiste au temps ? Je ne le crois pas. Mes voisins tunisiens qui vivent dans le même immeuble que moi ne connaissent presque rien au hockey, le foot étant leur religion. Ils ne peuvent que constater qu’il existe encore des points communs chez les humains, l’exaltation.

GO HABS GO



lundi 4 mai 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (47)

 

Fansipan

                                        l’obscur mariage

  

... la route file vers le soleil couchant,

inconfortablement installée

dans ce bus bringuebalant

une dame dévisage l’horizon jaune...    

elle semble inquiète, du moins peu empressée de quitter ce bus aussi vieillissant que la ville qu’elle épie à travers la vitre salie du véhicule vert ne cessant de tripoter un ticket de passage. La dame sans âge trimbale un panier duquel les feuilles d’un quelconque végétal soubresaute au même rythme que le paquebot urbain qui la transporte. Parfois, elle en replace le contenu, puis reporte son regard à l’extérieur. Il ne pleuvra pas ; hier, le déluge a inondé la ville, y versant, par trombes incessantes, ses eaux tièdes.  La pluie ne la dérange plus... elle la ramène à son lugubre chagrin. Le trajet, la dame saurait le faire les yeux fermés, mais les yeux fermés elle ne verrait pas tous ces gens qui déambulent telles des marionnettes sans fils, dans ce lieu qui, par défaut, est le sien, devenu un refuge obligé : sa famille lui ayant fait comprendre qu’un enfant sans père n’a pas à naître dans ce village adossé au pied du Fansipan... Du Nord lointain, la voici dans ce Sud incertain. Enfreindre les règles d’une micro société c’est en être chassée, vulgairement expulsée. Difficile à oublier l’atmosphère qui régnait lorsqu’on lui indiqua la route à suivre pour ne plus demeurer ici ; elle dit là, maintenant.

... deux initiales tracées au cœur du roc

qu’encadre une volée d’hirondelles,

seules invitées à cette alliance inattendue

une noce sur la montagne...

on en voit partout de ces éraflures couteleés, inscrites sur la pierre ; de fougueux sculpteurs y ont gravé, tout à côté du leur, le prénom de l’amourachée, espérant que plus tard, dans quelques années peut-être, y revenant, ils retrouveront le roc, puis, souriront malicieusement à la vue de l’épigraphe tailladée dans un élan de passion, comme le signe d’un éternel amour, fiché à demeure. Le signe a souvent la vie plus longue...

 ...cette ruelle mène à une mistoufle

la dame seule s’y aventure

un ticket mâchouillé

entre les dents...

l’enfant massacré, devenu un jeune homme aux yeux bridés, davantage si comparés à ceux de sa mère, étendu au sol d’une masure immonde, aura chassé les rats qui le guettaient, attendant un faux mouvement de sa part pour attaquer ses orteils difformes, lui arrachant un cri rauque. Il s’amuse de morceaux de bois, jouets dont lui seul connaît la vertu. Il fait obscur ici, et le jour et la nuit... on ne vit pas aux confins de ces venelles sans souffrir d’une vie urbaine étrangère aux couleurs de la montagne, ses brouillards du matin, aux pluies froides alimentant des torrents furibonds. Il est là dans la paralysie de ses mouvements atones, attendant une femme porteuse d’un sac rempli de légumes en feuilles...

...la montagne domine l’horizontal marin

ses cheveux verts ballottent

au mouvement synchrone d’un vent tiède   

charriant de fragiles oiseaux ...

s’y prépare une alliance quotidiennement renouvelé, celle de la mer à la montage qui n’a rien à voir avec le Fansipan ; une colline, dirait-on dans le Nord qui connaît peu la mer, cette étendue sans fin cherchant à concilier l’éternité à la brièveté des marées. Le vent chante des psaumes tristes comme les sentiers menant à son sommet. Les hirondelles bleues et noires voltigent gracieusement avant de piquer, tête baissée, vers ces rocs stratifiés que des calligraphies difformes retiennent sur leur peau de liais impossibles à délaver. On prépare une alliance par contumace.

... et s’il fallait le redire encore

sous trop de poids gerce le froid calcaire

qui enfonce ses regards étonnés

sur la velléité du temps...

les pas de la femme frappent le vide d’une ruelle salie par l’humidité des saisons ; le bitume n’a pas été refait depuis tout ce temps qui vit passer on ne sait trop combien d’entre elles revenant du marché, un sac en rotin pendu à l’épaule écorchée, les yeux plissés de fatigue et des combats les confrontant au soleil. Il sera là, dans son impassible immobilité, certain de rien, de personne ; que trois gouttes de clarté imprévue. Ni sourire ni mots, quelques clins d’oeil provisoirement échangés, puis, la futilité du néant. Elle ne sait plus que faire de cet infirme aux yeux inconnus, aux mouvements répétitifs. Lui donne quelques légumes qu’il dévore goulûment avant de retourner à la froideur des murs suintants... sa demeure immuablement fixe. Elle ne l’aime pas, ne le déteste pas... il a trop vieilli pour cela. Enfant, elle le plaignait ; adolescent, elle le craignait ; jeune homme, elle ne sait plus que faire... qu’en faire. Longtemps, trop peut-être, elle lui souhaitait mort et délivrance.

... le vent parle à la mer

la montagne-colline répond

par des invitations paralysées

d’incompréhensibles borborygmes... 

au pied du Fansipan, la reine-montagne du Nord, point de macadam, que des parcelles d’étocs dévalés, puis écrasés là et ici encore, attendant d’être ensevelis sous d’autres rochers issus de son ventre. Sisyphe y perdrait patience. La colline, surplombant la mer, chasse à coups de varappes les hirondelles voyageuses ; elle servira de lieu pour cette noce célébrant une alliance bizarre. Les rarissimes promeneurs honorent sa virginité vieille de mille ans, celle de l’âge innombrable des passages du jour à la nuit. Jamais pénétrée sa pureté pisolithe ! La mer étale crache des ressacs qui lèchent les graviers de la plage bientôt foulée par ces silencieux cueilleurs d’escargots de mer qu’ils glisseront dans des paniers en osier, puis s’en iront... au bout de cette route sablonneuse.

 ... la dame s’est assise,

courbée dans un silence de cadavre,

retrouvant la régularité du temps

dont elle ne peut se soustraire...

le jeune homme ne sait pas comment être triste. Il copie l’exactitude de ses gestes paralysés au grand cahier de sa permanence, transcrit les mêmes concetti, ceux de la veille, ceux des autres années : des balbutiements syllabiques, parfois des grognements qui auront mué avec le temps, devenus une épître dont il ne saisit pas le sens. Sa vie n’en a guère plus... qu’une ombre arrachée à son sempiternel encadrement uniforme : une femme part puis revient... des morceaux de bois sans vibrations, de petits quadrupèdes malicieux cherchant à le dévorer, des ombres qui grafignent la mouillure des murs... Il n’a pas de nom, n’en aura pas, jamais... ne sera qu’une inerte statue clouée à la mémoire d’une femme qui fut si belle dans le Nord, devenue si laide dans le Sud. On ne donne pas de nom à celui qui n’aurait pas dû être. Il n’est que l’avoir détestable de celle qui offrit son corps, croyant célébrer une noce.

... deux embrasures de vent se rejoignent

celle de la colline, l’autre, de la mer

alors qu’y surfent des hirondelles

autour d’êtres humains en marche...

elle, la dame-mère de celui qui la regarde croquant le légume qu’elle lui a remis, n’aura que trop peu pleuré. De joie lorsque celui qui l’engrossa promit un anneau, un voile avant de noyer ses espoirs. Il devait faire aussi beau que le geste d’amour qu’ils partagèrent. Quelques instants à peine, l’espace entre frissons et soupirs retenus... Leurs mains abandonnées l’une dans l’autre... puis reprirent sans mot dire leurs contorsions de pantomimes... quittèrent, titubant d’exaltations vers la réalité qui bientôt les flagellerait du diktat populaire... elle se retira vers l’exil devenu son châtiment  

...elle le regarde comme on observe

à partir d’un hublot submergé

se bousculer rudement

des ombres fantomatiques...

la candeur de ses hanches fut déchiquetée par des heurts répétés, des paroles fades, des espoirs embrouillés ; elle ne voyait, la dame-mère qui fut une jeune fille puérile, incrédule, ne voyait qu’à travers le rose de ses espérances, devenir une marchandise bon marché que l’on jette aux rebuts une fois utilisée. La route fut longue entre son désespoir et les chemins qu’elle vadrouilla pour arriver vers sa prison. Son ventre enfla, sa foi s’éclipsait au même moment. Arrivée, reçue par personne, le pont devint sa première demeure. Les souffrances qu’elle taisait, s’amplifiaient de jours en semaines, en mois. Naquit cet être difforme, aussi infirme qu’elle le devenait. Ses larmes se transformèrent en indigence, en détresse. Elle oublia le Fansipan pour mieux installer ses tribulations au cœur de sa vie. Le nourrir, devait-elle éviter de le faire afin de catapulter loin d’elle cet  horrible poupon... C’était sans tenir compte de la pugnacité de la vie qui la berçait froidement. Et il grandit comme le font les rocs des montagnes, les petites hirondelles en attente de becquée, comme les gouttes d’eau que la mer éclaboussent sur la grève...  

...ces inconnus, de leurs pas chuintants,

marchent vers un sommet 

les hirondelles ne les frôlent pas

le vent qui ne les chasse pas

elle choisira un jour sans soleil, sans pluie, sans rien d’autre que les résonances d’une marche, celle de deux êtres unis par l’âme, deux silences s’acharnant à se taire pour étouffer le sacrifice d’une rédemption qui jamais ne viendra. Elle le tiendra par la main comme on soutient un être en déséquilibre, une créature sans existence, une ombre de sa propre ombre. Ils iront là où ils doivent se rendre, procession sépulcrale de deux fantômes. Les pas du jeune traînent lâchement tout à côté de celle qui mène un cortège désordonné. Et la lumière éclatera sur une obscure alliance... un mariage étrange... puis, le temps d’une chute, celle d’un jeune homme, provoquée...

...la mer avale un corps

la montage se tait

dans un silence de granit

les oiseaux planent...

la violence des vagues cherche à rejoindre l’abrupte montagne où les choristes d’un obscur mariage, ces oiseaux aux ailes écorchées d’avoir trop lisser des rocs, les matraquent sans crier gare, leurs bouches avidement ouvertes, muettes de cris assourdissant...

Une jeune femme sans âge redescend à pas funéraires et sans teintes, en marche vers le soleil couchant dans un horizon jaune…

 
24 octobre 2020
Saïgon





samedi 2 mai 2026

SI NATHAN AVAIT SU... (Partie 3) - 1 -

 

Abigaelle



L’été 1976 démarra plutôt mal dans le village des Saints-Innocents. Monsieur le maire vécut la rebuffade du conseil municipal comme un affront personnel lorsque les conseillers refusèrent de le suivre afin de participer au projet du ministère de l’Agriculture, un programme invitant les gens de la ville à rencontrer les gens des champs. Ce projet avait d’ailleurs reçu l’appui inconditionnel de l’Union des producteurs agricoles du Québec. La fin de non-recevoir s'appuyait sur le fait que cela n’allait pas émouvoir grand monde et qu’on n’était pas assuré de la collaboration des agriculteurs autour du village. En catimini, on entendait dire que les ambitions politiques du magistrat le motivaient davantage que de s’en tenir aux responsabilités, à ses devoirs envers ses commettants.
 
Cet été-là, celui de la présentation des Jeux olympiques à Montréal, voyageait entre canicule et pluies abondantes. On le souhaitait calme dans le village des Saints-Innocents après les événements survenus durant l’hiver et au printemps. 

La visite du père de Abigaelle, le docteur Thompson, fut sans aucun doute la rencontre estivale la plus curieuse. En effet, les villageois n’ont pas l'habitude de voir courir tous les jours un monsieur d’un certain âge, traversant la rue Principale pour s’engouffrer dans tel ou tel rang, puis revenir par la même rue pour se rendre à la maison Champigny louée par sa fille. Il va sans dire qu’un homme de plus de six pieds, une calotte fluo sur la tête rappelant les exploits du coureur maskoutain Gérard Côté, le grand champion du marathon de Boston, c’est loin d’être coutumier. Le père de l’institutrice, qui aura à mettre sur pied la classe multiniveau - préscolaire et première année - a fait grande impression. Ceux qui l’ont salué, furent amusés par son accent australien alors qu’il tentait de se débrouiller en français, mais auront principalement retenu de lui son amabilité. Ceux qui l’ont croisé dans le supermarché Steinberg l’ont décrit comme étant modeste, tandis que ceux qui le voyaient chaque matin traverser le village l’ont qualifié de véritable gentleman. Une paire d’écouteurs semblait diffuser de la musique qui lui procurait parfois un sourire espiègle. Certains firent remarquer qu’il n’avait pas l’air d’un médecin, surtout pas d’un spécialiste de renom. En effet, ils ont comparé sa présence quotidienne dans le village à celle du médecin qui se présente à la clinique seulement si un rendez-vous l'attend et qu'il n'a pu le déplacer un autre jour. Qu’il soit le père de Abigaelle, la nouvelle se répandit comme un nuage de fumée. Les dames du village cherchaient à leur trouver des ressemblances, d’autres s’interrogeaient sur le fait qu’il soit venu seul : est-il veuf, marié ou séparé ? Qu'un étranger s'installe momentanément chez eux ne semble pas avoir causé autant d'émoi que l'arrivée de l'enseignante un an auparavant.
 
Le président de la commission scolaire, monsieur Granger, percevant qu’une rencontre réunissant madame Saint-Gelais et Abigaelle afin de discuter de l’organisation de la nouvelle classe n’allait pas être de tout repos pour chacune d’elles, il décida de l’animer lui-même. Vers la fin du mois de juillet, au retour des vacances de la directrice de l’école primaire et au départ de monsieur Thompson venu au Canada pour assister aux Jeux olympiques débutant le 21 juillet, les trois personnages se rencontrèrent pour une première fois au siège social de la commission scolaire. Il leur apparut  nécessaire de se rendre directement à l’école afin d’examiner sur place les aménagements que cela exigerait. La diplomatie redoutable de monsieur Granger permit de conclure les réunions sur un accord à double volet. L’aspect pédagogique sera géré par Abigaelle, tandis que la logistique et l’évaluation de l’expérience à partager avec d’autres commissions scolaires seront prises en charge par madame Saint-Gelais. Elle avait tout de même précisé que cette classe devait demeurer un projet spécial répondant à un problème ponctuel. Monsieur Granger déclara que la démographie s’avère parfois erratique et fermer définitivement la porte à une solution du même genre risquerait de placer la commission scolaire dans une mauvaise position, si, justement, la démographie lui jouait des tours. Finalement, ils se sont entendus sur l'agrandissement du local actuel de première année, et ont décidé de laisser celui de la classe préscolaire aux élèves de la cohorte 1976-1977.
 
Abigaelle s’était entendu avec son père arrivé au Canada par Toronto afin de saluer son ami Morgantaler, qu’elle l’accueillerait dans sa maison aux Saints-Innocents et le reverrait avant son départ pour Camberra, le 3 août. À cette date, elle achèverait la troisième session estivale en lien avec son programme doctoral, cette dernière serait dirigée par le psychologue Raphaël Létourneau qui l’avait surprise en lui annonçant cela lors de leur courte rencontre à la fin des classes afin d’examiner des pistes de collaboration.
 
Créé sur le modèle d’une clinique communautaire dans la région de Montréal, en 1968, le CLSC revêt sa forme actuelle en 1971. Son expansion précéda même l’arrivée de la Régie de l’assurance-maladie. Autour du café pris au casse-croûte sur la rue Principale, Raphaël Létourneau avait expliqué à Abigaelle l’étendue du territoire qu’il devait parcourir, de même que ses différentes responsabilités reliées surtout à la protection de l’enfance. Cela ne l’empêchait nullement de s’impliquer dans les programmes universitaires de son alma mater, l’Université d’Ottawa, à titre de professeur associé. Durant l’été, il donnait des formations portant sur l’apport de la psychologie dans le domaine de l’éducation, mais principalement sur l’importance d’associer les parents dans le cursus scolaire en leur fournissant des outils. Les étudiants à cette formation sont presque exclusivement des enseignants et des enseignantes du primaire ainsi que des étudiants à la maîtrise en éducation. Ils quittèrent le café sur deux objectifs : l’enseignante participerait à la formation de Létourneau et celui-ci accepterait de l’accompagner auprès des élèves de l’école primaire des Saints-Innocents. Il précisa connaître fort bien la directrice Saint-Gelais, pour qui un psychologue doit porter son attention sur les « fous » et non les gens normaux, alors on indiquerait que ses interventions viseront à la soutenir dans la rédaction de sa thèse.

Lors de la formation qui se tenait la veille du départ de son père, Abigaelle avait loué une chambre à Montréal, tout près de l’École normale Jacques-Cartier située à côté du Parc Lafontaine et face à l’Hôpital Notre-Dame. C’est lors de ce séminaire qu’elle apprit que le psychologue Létourneau vivait à Montréal malgré le fait que son territoire CLSC soit situé en -dehors de la métropole. Il adorait rouler dans sa Volswagen Beetle, le modèle 1973, celui avec le châssis bombé et au chauffage grandement amélioré. Volkswagen jaune orangé.
 
Monsieur Thompson, légèrement insatisfait de la performance des athlètes australiens aux Jeux olympiques - ils ne remportèrent aucune médaille d'or - réserva une table au restaurant L’Auberge Saint-Gabriel, situé dans le Vieux-Montréal. Dans ce décor du XVIIIe siècle, le père et la fille eurent une conversation que monsieur Thompson qualifia « d’adulte ».

- Il m’est facile de voir à quel point tu te sens bien dans ce pays. La langue française que tu maîtrises m’éblouit.
- À vivre dans un milieu francophone, l’université, le village des Saints-Innocents, je ne peux qu’améliorer cette langue que j’affectionne vraiment.
- Ta mère serait heureuse d’apprendre cela. Elle, la francophile.
- Évitons ce sujet délicat.
- Dis-moi, où en es-tu dans ce doctorat ?
- Je suis particulièrement bien accompagnée, autant par ma directrice de thèse, madame Lapointe, qui me fournit régulièrement des mises à jour sur tout ce qui se passe ici au Québec et ailleurs dans le monde ; ma commission scolaire qui avance dans le sens des changements que le système d’éducation veut installer ; le psychologue du CLSC qui accepte de s’engager auprès des élèves en difficulté de mon école ; et Zoé, ma chatte, qui m’encourage par ses miaulements opportuns. Si tout va comme je le souhaite, je pourrais déposer ma thèse à la fin de l’année 1977.
- Bravo Abigaelle.
- Et de ton côté ? Es-tu satisfait de ton séjour au Canada ?
- Retrouver Morgantaler qui ne cesse de se battre pour la légalisation de l’avortement. Réentendre tout son courage et sa détermination ne me culpabilise plus comme il y a quelques années. Son combat, je peux te l’assurer, un peu comme tous les grands changements advenus dans nos sociétés, ne peut qu’être victorieux. Il en va de la santé des femmes. De leur corps, leur vie. Il est encouragé depuis l'adoption de la loi Veil, en France, au mois de janvier 1975. 
- Je te rejoins là-dessus. J’ai une question que je n’ai pas osé aborder lors de ton séjour à la maison, elle touche le président de ma commission scolaire, monsieur Granger. Il m’a dit t’avoir adressé une lettre afin d’obtenir un avis sur la situation qu’il a vécue lors de l’accouchement ayant résulté au décès de son épouse et de sa fille.
- Tout à fait, je me souviens de sa lettre, fort bien écrite dans un Anglais que je pourrais qualifier de châtié.
- Il est né aux États-Unis, puis sa famille s’est installée au village des Saints-Innocents il y a déjà un bon moment.
- Voilà qui explique tout. Je lui ai répondu aussitôt, surtout lorsqu’il me précise la nature de la situation qu’il occupe par rapport à toi et, il me le dit explicitement, la cordialité de votre relation. En fait, je lui ai parlé, en introduction, du combat de Morgantaler, mais au-delà de cette question fondamentale, j’ai abordé les nécessaires dispositions à installer dans nos salles d’accouchement ainsi que ce qui devrait être fait dans tout le processus d’accompagnement lors de la grossesse, surtout auprès des primipares. Il aurait été préférable, dans le cas de cette famille, qu’elle fût dirigée vers une sage-femme d’expérience, mais on ne peut revenir sur le passé. J’ai admiré cet homme qui, malgré les souffrances, a choisi de ne pas lancer de représailles contre l’accoucheur et l’hôpital, même si cela fut justifiable, sachant que cela s'étendrait sur des années et ne ferait qu’attiser les braises de son malheur. Parfois, quittez, reculez, ce n’est pas un acte de lâcheté, mais une attitude favorisant le lâcher-prise.
- Je vois. Est-ce qu’il t’a relancé à la suite de ta réponse ?
- Oui. J’en suis toujours ému.




mardi 28 avril 2026

Entre nostalgie et fantaisie ... (46)

                                             


guitare et martini
 
 
tout près, repose sur une chaise vide
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde au loin
 
… partant de la maison, il y laissa une femme, une fille s’endormant dans les bras de sa mère…
… il avait revêtu son costume de scène… scénario quotidien depuis qu’il a accepté le contrat… guitariste dans un bar tenu par un tenancier anglais. Quinze minutes de musique puis place à celle enregistrée, un enchaînement arrangé de quelques titres populaires entrecoupés de morceaux plus classiques. Le patron exige que ces derniers soient courts afin de ne pas effaroucher la clientèle…
 
musique espagnole
dans ce bar anglais
prend des airs d’ailleurs
 
 … arrivé dans l’enceinte de ce lieu enfumé, il songe au répertoire qu’il proposera…
… ne remarque ni le nombre ni la qualité de la clientèle assise aux tables…
… n’a pas aperçu cette femme
qui fume des cigarettes françaises

                

cliquetant sa bague sur le zinc humide
accrochant ses yeux au miroir
dans lequel la fumée grimace des volutes
elle ajuste une mèche rebelle
une jambe croisée sur l’autre
son pied pilonnant le comptoir
une olive piquée au bout d’un cure-dents nage dans le cristal du verre
elle hoche délicatement la tête
à son cou, quelques rides sauvages,
son visage étouffant des élans de nostalgie
 

… la jeune femme adore les martinis, les savoure lentement, puis, lorsque l’olive verte fixe ses élans de va-et-vient autour de la paroi du ballon, s’immobilisant, elle les boit cul sec…
elle fume des cigarettes françaises, uniquement, le tabac noir lui pique la langue que l’alcool ravigote…  

le bar, chargé de lampes multicolores
diffuse des ombres noires
le musicien reprend sa guitare
la dépose sur ses genoux
 
d’un trait, elle vide un second martini
 
cesse la musique, reprend la guitare
 
deux silhouettes, telles des marionnettes incolores
s’enlacent sur le plancher
 
du miroir givré derrière le comptoir
la femme dévisage le musicien absorbé par un triste air espagnol
 
les doigts du soliste aux yeux capsulés grattent les cordes…
vibre la distance entre son banc de travail et les rondeurs de la mer…
les grincements de ses mains, des virevousses à son cœur…
… comme cette femme est belle !
... il disait cela lorsqu’il rencontra la mère de sa fille… 
il disait cela… aussi…
 
étrange d’entendre ce boléro
qu’écoute la femme intrigante
soudainement attentive
sa main trifouillant une oreille percée d’un faux diamant

faux diamants offerts un soir… une nuit… par cet homme à l’allure grecque qui la quitta au matin, les lui laissant dans un écrin rouge encerclé de roses jaunes
les pétales, déjà, culbutent sur les draps de satin
jaunes eux aussi…
de faux diamants pour lettre d’adieu

des doigts caressant quelques notes andalouses
s’enfuient vers la spumosité du cœur
une musique enfiévrée vogue, vague que vague…
 
la femme-martini greffe des mots sur cette musique

courir derrière lui,
le rejoindre, ne plus le reconnaître
tant la distance éloigne
tant les traces se défilent
 
nager dans la mer
la marée chassant au loin les vagues
qui se dorent au soleil assourdissant
 
la ligne de sueur dans son dos coagule 
 
l’homme à l’allure grecque lui avait proposé un martini en échange d’une cigarette française… elle l’accepta… il ferma les yeux, savourant l’âcreté du tabac…   cet homme la dévisageait, troublé par tant de beauté… corps élancé… mains comme des nuages… ces yeux, des perles… regard mélancoliquement langoureux… une voix à peine audible dans le tohu-bohu du bar…
et les sons de la guitare s’étouffant aux quatre coins… 
il l’invita
ils quittèrent le cabaret
 
les amoureux le deviennent l’espace d’un martini
le temps que durent quatre notes de guitare
un nuage les enveloppe telle une couche tutélaire
une nuée de parfums occultes ainsi que de la ouate
les rendent secrets
mystères qu’eux seuls enregistrent dans leurs corps intemporels
 
les pas de l’homme et de la femme, dans leur foulée incertaine, ne vont nulle part ailleurs que là... s’y déposeront... passeront la nuit, davantage peut-être, mais ce n’est pas encore ce à quoi ils aspirent... les corps auront à se connaître... les odeurs à se combiner
 
prends-moi, jusqu’à demain garde-moi
jusqu’à l’usure de mes sens
enflamme-moi, électrocute-moi
viens et reviens encore
je veux hurler mes jambes accrochées à ton cou
mes seins t’appellent, t’attendent, te redemandent
sois la pluie qui arrose mon jardin
que perle en moi tes jets furieux
je ne veux revenir à moi que par toi 
 
ils s’aimèrent toute la nuit...

le guitariste remarqua leur départ, une fausse note à sa guitare le lui rappelant...
il allait reprendre la route vers la maison de cette femme endormie, une fille agrafée à sa poitrine dénudée, les seins vides du lait que téta l’enfant... il entra à pas feutrés, vis les soubresauts de deux êtres rattachés l’un à l’autre... enleva son habit de scène, le cintra au crochet de bambou... il regardait celle à qui il disait « je t’aime… »  celle qui depuis la naissance de l’enfant s’éloigne de lui... prisonnière dans son rôle de mère, insensible aux mains de son mari... il la confondait à une autre femme, celle des cigarettes françaises, des martinis, curieuse des boléros espagnols dans un espace enfumé... celle qui partit sans jamais se retourner, un bras harponné à celui d’un homme à l’allure grecque
 
les draps emmêlés à leurs pieds
chevillés corps à corps
et l’un et l’autre soupirent à l’odeur des phéromones
que leurs bouillonnants ébats éclaboussèrent
dans cette chambre sans rideaux
hors du temps
désorientés tels des chevaux en course
la bave glairée dans l’espace
 
Le guitariste glissa son doigt sur le pied blanc de la femme-statue... elle réagit par un friselis, celui du cerf-volant grimpant le ciel à pas de libellules, piqué entre des nuages roses... les doigts maternels pressent le corps de l’enfant comme pour éviter qu’il ne s’enfuit, ne se perde dans l’azur... dans le cérulé des vagues de la mer qui choquaient leurs corps, lui et elle... soutenant son ventre, ventre engrossé, ventre qui éloignait le guitariste et maintenant le repousse... il les regarde, ces êtres siamois qui doucement l’infléchissent... ils défrichent d’autres parages qui lui sont inconnus et le resteront... elles sont parties vers l’insoupçonné, le laissant à son abandon...
 
j’ai aimé une femme comme on aime une femme
pour elle
j’ai labouré en elle comme on laboure une femme
pour son étendue
j’ai joué de la guitare pour une femme comme on joue de la guitare
pour son cœur, pour son âme
j’ai écouté son ventre comme on écoute une symphonie
celle du ventre qui se remplit
j’ai entendu les remous liquides qui l’habitaient
elle faisait un enfant
un enfant qu’elle m’épargnera par la suite
ses seins ne m’appartiendront plus
ils nourriront d’autres espoirs
 
un ventre devenu sanctuaire dont l’accès lui est fermé... femme-moniacale revêtue d’une bure rigide, maintenant sensible qu’aux tétées de l’enfant issu dans la douleur et le sang... son corps jadis si ouvert à tous les bondissements, aux élans fantaisistes, leurs caramboles de jour et de nuit, maintenant sépulture aride et stérile...
 
tout près, repose en une maison blême
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde la sécheresse s’installer
la mer devenir désert
les roses, des cactus emprisonnés dans leur sable de ciment
 
les jambes graciles de la femme-martini se frottent à celles de l’homme à l’allure grecque... ils fument à tour de rôle la même cigarette française... les arabesques de la fumée taquinent le plafond... la femme s’est levée, poussa délicatement la fenêtre, laissant entrer l’odeur de la nuit... un léger frisson fit redresser ses seins... revint à l’homme qui ne l’avait pas laissée des yeux, la désirait à nouveau... elle prit sa main, lui fit fouiner sur tout son corps de naïade avide d’eau... ils iront rejoindre l’espace entre l’air et l’onde, entre le cri et le silence cherchant à éviter l'asphyxie, deux bouches voraces se dévorant
 
il partira
comme tous les autres il partira
laissant ma peau
laissant mon corps nu et sec tel un ballon de martini
un cendrier vide de Gitanes
 
il partira en fumée
me laissant que l’acreté à la bouche
avalant péniblement mon amertume
il partira comme tous les autres,
il est déjà parti
 
elle avait bien vu les faux diamants, on n’abuse pas une telle femme, on la séduit, l’embobine   on lui prend la chair comme on dévore un fruit de la passion     on l’enroule contre soi   on l’aspire, la boit à même la coupe lubrique qu’impétueusement elle offre 
elle avait bien vu les faux diamants, les roses jaunes 
n’est pas dupe des leurres de l’amour 
en sait les jouissances partagées    la petite mort
elle se laissera abandonner        
retournera comme chaque soir au même banc de ce bar
commandera un martini, puis un autre
fumera ses cigarettes françaises
jettera un œil au miroir en face d’elle
écoutera le guitariste
puis, un autre viendra, 
lui proposera un martini en échange d’une cigarette
ils partiront vers cet ailleurs, toujours le même
à nouveau, après la commotion des sens, 
l’inconnu s’enfuira
un parfum de femme fiché à son épiderme...
 
je suis une femme-martini grisée de tabac noir
mes seins,
un sémaphore dans le brouillard des nuits de ces hommes insatiables
mon corps,
une sirène trompeuse étourdissant ces hommes au cœur de cuir
 
je suis un tendron 
que l’on s’arrache à coups de dents et de bijoux
ma peau soyeuse comme un rêve chimérique éclaboussant les yeux
mes mains magiciennes, sachant repérer, 
découvrir le lieu de l’intense volupté
 
je suis une femme-fumée
ascension vers la volupté
sybarite insiatiable
au cœur stérile
 
la femme-martini referma l’écrin 
dans lequel les faux diamants nichaient 
ces artifices épinglés aux oreilles, 
elle quitta la chambre, titubant encore
s’en alla, laissant son refuge sens dessus dessous
 
le guitariste s’allongea près de la banquise endormie
il avait mal aux doigts
 
demain sera un autre jour...
 
 
Novembre 2018
Saïgon









lundi 27 avril 2026

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - PROLOGUE -


Chelle
                                      
                                                                       
Benjamin


                                                        
Abigaelle
     

                                        Si Nathan avait su...
                                                            Partie 3 - Prologue


La porte s’ouvre délicatement sur la troisième partie de « SI NATHAN AVAIT SU… »

Que nous réserve-t-elle ? 
Autour de quelles intrigues pivotera-t-elle ? 
Serons-nous encore durant l’année 1976 ? 
Y aura-t-il de nouveaux personnages ? 
Des décès ? 
Des disparitions ? 
Des alliances ou des relations entre certains personnages ?
 
Voici, en vrac, ce vers quoi cette partie se dirigera, toujours au rythme d’un ou deux billets chaque semaine :
 
*  La nouvelle fille - Gabrielle - dans la famille de Don et Aanzhanie;
 
*  Qui a-t-il dans le tiroir du bureau de la directrice de l’école primaire des Saints-Innocents ?
 
* L’histoire des pensionnats, selon Gord;
  
* Connaît-t-on vraiment tous les dessous du conflit qui opposa deux directrices, obligeant monsieur Granger à nommer madame Saint-Gelais ? Sans doute, cela nous permettra de mieux circonscrire le tempérament de cette Germaine Saint-Gelais, tout en jetant un éclairage sur son passé.
 
* Qu’en est-il exactement de Benoît, le frère de la directrice ?
 
* Madame Champigny est revenue de Floride plus tôt que prévu. Y a-t-il une raison ?
 
* En quoi consiste l’entente signée entre Granger et Daniel concernant les terrains derrière l’école primaire ?
 
* L’affaire de l’ours risque-t-elle de rebondir ? Sous la forme d’une légende, peut-être...
 
* L’école de rang a été évoquée par madame Saint-Gelais, avec une certaine ironie. Y a-t-il anguille sous roche ?
 
* Don doit rencontrer son patron du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. On devrait en avoir des échos.
 
* La zone, est-ce un biais cognitif chez monsieur Granger ? On sait que Abigaelle et Herman Delage ont convenu de faire équipe dans ce dossier.

La porte s’ouvre délicatement sur la troisième partie de « SI NATHAN AVAIT SU… »


Que nous réserve-t-elle ? 

Autour de quelles intrigues pivotera-t-elle ? 

Serons-nous encore durant l’année 1976 ? 

Y aura-t-il de nouveaux personnages ? 

Des décès ? 

Des disparitions ? 

Des alliances ou des relations entre certains personnages ?


Voici, en vrac, ce vers quoi cette partie se dirigera, toujours au rythme d’un ou deux billets chaque semaine :


*  La nouvelle fille - Gabrielle - dans la famille de Don et Aanzhanie;


*  Qui a-t-il dans le tiroir du bureau de la directrice de l’école primaire des Saints-Innocents ?


* L’histoire des pensionnats, selon Gord;


Connaît-t-on vraiment tous les dessous du conflit qui opposa deux directrices, obligeant monsieur Granger à nommer madame Saint-Gelais ? Sans doute, cela nous permettra de mieux circonscrire le tempérament de cette Germaine Saint-Gelais, tout en jetant un éclairage sur son passé.


* Qu’en est-il exactement de Benoît, le frère de la directrice ?


* Madame Champigny est revenue de Floride plus tôt que prévu. Y a-t-il une raison ?


* En quoi consiste l’entente signée entre Granger et Daniel concernant les terrains derrière l’école primaire ?


* L’affaire de l’ours risque-t-elle de rebondir ? Sous la forme d’une légende, peut-être...


* L’école de rang a été évoquée par madame Saint-Gelais, avec une certaine ironie. Y a-t-il anguille sous roche ?


* Don doit rencontrer son patron du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. On devrait en avoir des échos.


* La zone, est-ce un biais cognitif chez monsieur Granger ? On sait que Abigaelle et Herman Delage ont convenu de faire équipe dans ce dossier.


* Abigaelle rencontre le psychologue Létourneau. Serait-ce le début d’un triangle amoureux ( Abigaelle / Herman / Raphaël ) ?


On le constate, cette troisième partie ne sera pas de tout repos. Mais je ne vous dévoile pas tout ... quelques grandes lignes seulement. Lorsqu’un personnage évolue, que le narrateur le cerne un peu mieux, il réalise qu’apparaissent des ramifications. Cela le mène souvent vers des histoires parfois tues, parfois inconnues, n’oublions pas que, dans ce village des Saints-Innocents, tout ce qui a pu se passer depuis sa création ne cesse de nous surprendre.


Je l’écrivais dans le tiré à part qu'il ne m’est pas coutumier de décrire physiquement les personnages, laissant aux lecteurs et aux lectrices le soin de les imaginer. Toutefois, une certaine curiosité m’a poussé vers Copilot, avec qui je me suis amusé à demander de tracer un portrait de quelques-uns d’entre eux. Ne vous sentez pas obligés d’y adhérer, mais je vous les propose en entrée et en sortie de ce billet.


Voici donc pour le prologue. Je ne peux vous ouvrir davantage la porte sans vous inviter à recevoir un personnage qui m’est tellement sympathique, madame Brodeur. Elle a su, avec son histoire, ses souffrances, ses défaillances cognitives, elle a su m’émouvoir. La démence, qui se révélera plus tard, alors que chacun a déjà pu en percevoir les effets, pourrait s’avérer être une protection qu’elle manipule habilement, l’utilisant au besoin.


Bonne arrivée dans la troisième partie.



Daniel


                       
Jésabelle
     







      Les parents de Benjamin 
      et bientôt de Nathan.











Don

Aanzhanie




 Les parents de Chelle
et bientôt de Gabrielle.






GO HABS GO

      Ce logo est visible partout : sur les vêtements de je ne sais combien de partisans, considérés comme les plus fanatiques et les plus f...