dimanche 22 février 2026

Entre nostalgie et fantaisie... (42)

        


Un regard binaire veut que la réalité possède deux faces qui s'opposent -  jour/nuit - ; une figure de style, l'oxymoron, va à peu près dans le même sens, exemple clair/obscur. 
Ce poème cherche à se situer entre la guerre et la paix, évitant, si possible, de les ramener à une facile adversité. La guerre est la soeur de la paix, mais non sa jumelle. Les deux s'affrontent depuis des lustres, continueront à le faire tant et aussi longtemps que l'une cherchera à l'emporter sur l'autre. 
L'une crée invariablement l'autre. En temps de paix on prépare la guerre... en temps de guerre on recherche la paix. 
Deux soeurs marchant côte à côte ; elles marcheront ainsi éternellement. Aucun pessimisme dans cette affirmation, seulement admettre qu'un double gène a su se développer à travers le long cheminement de l'évolution humaine jusqu'à ce sapiens que nous sommes devenus. 


                                                          

sans guerre sans  paix sans armes

ni prières ni frontières




faire la paix à la guerre
ni la transporter ni  l'imposer
serions-nous sans armes sans prières
dans l'étroit enclos de nos frontières?
tantôt elle se dit sainte
la guerre... parfois citoyenne...
saignant ceux qui en souffrent
des innocents cloués aux galères
hier encore près d'un mausolée
les militaires médaillés
exposant leurs blessures
sous des insignes d'acier
abhorrent la guerre 
mille ruines innocentes
en marche sur des routes pavées de dollars
rides aux mains toiles d'araignées
les déserts thésaurisant des sécheresses
ces printemps accumulant des océans
les ciels évaporés en leurs nuages
toujours frémissant aux heures plastiques 
les enfants des camps sans fortune
jouent à talonner leurs parents
derrière la déliquescence des sols
ratissés par des monstres d'acier
on aura amputé les âmes de leur foi
pour y glisser une implacable haine
rongeuse jusqu'à la moelle
les naïves images des icônes
naguère à l'heure des glaives des épées
des chevaux pilonnant l'histoire
à coups de sabots tels des bottes
  leurs secousses résonnent encore 
couronnes et tiares dont se coiffent
les faux artisans de paix
jamais n'abdiqueront leurs droits
acquis au fil de croisades millénaires
de la guerre la paix n'est pas l'opposite
elle tranche la nuit pour faire le jour
s'appuie sur des cœurs éternels
un bâton du pèlerin la soutient
revêtue de sa tunique opalescente
la paix n'a ni armes ni prières
ignore les frontières postiches
que protègent des vents infects
elle va boiteuse et chancelante
traverse les siècles millénaires
qui lui arrachent à coup de griffes
les espoirs dont elle est porteuse
la paix et la guerre à la même table festoient
féminines tout à la fois yin et yang 
tatouées aux seins des femmes qui les portent
leur nomment le temps et l'espace sidéral
les hommes auront beaucoup parlé d'elles
dans des balbutiements inaudibles
ne sachant trop pour laquelle exactement
éructaient les mots de leurs gueules 
la paix et la guerre, opiniâtres sœurs jumelles
depuis des lustres ne repéreront les lieux irrécusables
pour y déposer armes prières et frontières
trop subjuguées encore à tenter d'exister
sans armes ni prières ni frontières

                                                                                                                           30 mai 2016

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