| Tonino BENACQUISTA |
Travail?...
C’est bien ce qu’on dit des parturientes prêtes à expulser la vie? C’est ce truc qui passe avant même la famille et la patrie? C’est bien ce machin qui rend libre, selon les nazis? C’est bien ça, le travail? Et c’est toi, petit homme, qui vas me faire tout un catéchisme sur le principe de réalité? Rien qu’en deux syllabes?
Le travail? Quand, dès l’enfance, les cours de lettres contredisent les cours de mathématiques. Quand le rêve n’est pas une science exacte. Quand on ne sait plus comment aimer la vie quand on va au cinéma. Quand il ne reste plus qu’à attendre les petits matins plutôt que les grands soirs.
Tonino BENACQUISTA
Il me semble bien qu’Hamlet en personne évoquait la question, déjà. Le doute le plus célèbre du monde. Est-il noble de se lever le matin en sachant déjà tous les emmerdements qui vont suivre. Est-il lâche d’aller se coucher, de dormir jusqu’à en crever, et dire au revoir à tout ce qui nous bouffe l’existence? C’est là la question.
Tonino BENACQUISTA
. À quoi bon accomplir quand exister suffit ?
Tonino BENACQUISTA
. Certains personnages de fiction, comme dans le réel, ne sont pas à la hauteur de leurs ambitions. Ceux qui osent se présenter comme « le mal absolu » s’acharnent à le prouver en commettant des atrocités, mais encore faut-il, pour prétendre au titre, apporter la preuve de son inventivité en la matière. Trop de candidats se disqualifient en montrant un reste d’humanité, tel ce tyran poursuivi par sa conscience, ou ce tueur psychopathe ayant lui-même été martyrisé durant l’enfance. Souvent les charlatans le disputent aux plagiaires, et le spectacle qu’ils donnent de leur monstruosité provoque l’ennui. Au troisième millénaire, qui incarne le mal absolu ? L’homme que Dieu redoute et que le Diable admire ?
Tonino BENACQUISTA
. Il se décrit comme faible de naissance. Il a été le gosse qu’on martyrise à l’école, le soupirant qui fait pouffer les filles, le collègue qu’on charrie. Quand on naît avec cette infirmité-là, aucun remède connu. « Apprends à te défendre ! » Certes, mais où s’inscrit-on ? On apprend quoi ? On guérit quand ? Dans le grand manuel des petites persécutions, aucun article prévu. Il y a des forts et des faibles, voyez, c’est comme ça depuis toujours, débrouille-toi. Ravale ta honte, subis en silence et rase les murs, petit Adrian tout petit.
Tonino BENACQUISTA
. C’était écrit. Comment ne pas céder à la tentation de voir dans ce qui nous a meurtris non un inacceptable accident mais un dessein supérieur, indéchiffrable aujourd’hui mais dont l’évidence s’imposera une fois l’épreuve surmontée. Car que nous reste-t-il dans l’arsenal de la raison pour repousser l’épouvantable spectre du mauvais hasard sinon l’idée de destin ? Et pourquoi ne pas saisir l’opportunité de s’interroger justement sur celui qui a écrit ? Pourquoi ne pas crier : « L’auteur ! L’auteur ! » comme jadis dans les théâtres, pour l’applaudir ou le siffler ?
Tonino BENACQUISTA