samedi 9 mai 2026

Entre nostalgie et fantaisie... (48)

 

 SI                                                                          


Si j’étais empereur du Japon, invité par le roi de la Thaïlande - courbettes et mains jointes - nous discuterions ( par interprètes interposés )  et du Japon et de la Thaïlande suivant un ordre du jour nébuleux, sous un soleil levant marine, deux drapeaux flotteraient, ils seraient neufs ces étendards jamais utilisés, jamais servis          si j’étais empereur du Japon je regarderais leurs couleurs vives du haut de ma modestie et le roi inclinerait sa tête alors qu’au loin, sur le Chao Praya, de mon point de vue kamikaze, j’apercevrais les restes du Bouddha conservés dans le temple Wat Saket, la figure émue pour la galerie de presse ( un empereur du Japon ému ne peut faire que de belles photos ! ) nous serions l’un près de l’autre par ordre chronologique saluant d’une main gantée la foule anonyme passant incognito dans les rues de Bangkok décorées pour la circonstance

 

Si empereur du Japon j’étais, m’adressant au roi thaï je dirais   « la Thaïlande est bien loin du Japon, mais nos deux pays restent soudés depuis que nos pères et leurs pères ont officialisé nos diplomatiques relations bilatérales, convergentes et immuables »  et le roi thaï répondrait par un sourire combien asiatique que j’en perdrais la voix - mieux vaut se taire que n’être point ouï - m’assurerait de notre inaliénable amitié indéfectible avant de nous diriger - à bâtons rompus et baguettes dorées - vers les tables garnies d’un banquet conjointement offert, alors l’empereur que je serais et le roi s’y engageront dans un silence convenu, suivant le protocolaire brouhaha inintelligible toutes langues présentes confondues mêlées aux pas de nos savates circonstancielles

 

Si j’étais empereur du Japon, inconfortablement assis à la gauche du trône royal rembourré pour la circonstance d’un coussin taffetas violet - nous sommes tout de même samedi -  me placerais en position lotus d’attente afin que le roi thaï prononce les mots solennels déclenchant un interminable cliquetis général dans ce salon surchauffé ( on ne climatise pas un roi ) mots qu’à titre d’empereur du Japon je ne saurais comprendre sans la simultanéité d’une traduction télé-soufflée alors qu’au même moment inattendu les goûteurs officiels ( ils font du temps supplémentaire non rémunéré ) risquant la mort au risque de leur vie, autorisent en tapinois l’hôte et l’autre à étirer leurs mains baguées pour dépouiller la table, venue directement du nord thaïlandais, des spécialités gastronomiques nippo-thaïes alliant modernité d’une cuisine sans sushi  à celle des ancestraux Pad Thaï, Tom Yum, Som Tam et currys


Si empereur du Japon j’étais, l’espace d’un banquet clôturant une cérémonie officielle aussi longue qu’ennuyeuse, j’aviserais le roi de la Thaïlande que la cérémonie officielle aussi longue qu’ennuyeuse doit s’achever afin que les grandes limousines noires américaines nous conduisent dans ces territoires vierges encore pour l’empereur du Japon qui ne les pas foulés, territoires isolés pour le commun des mortels toujours vivants, quelque part dans le triangle d’or avec vue panoramique sur la Thaïlande, le Laos et la Birmanie, mais majoritairement thaï comme il se doit  et comme il faisait beau, beau comme ces journées que l’on qualifie de bien belles journées et qu’il faut partir parce que justement il fait beau


                      


Si  j’étais empereur du Japon descendant direct d’autres empereurs avant moi, maintenant descendant de la grande limousine noire américaine qui aura réussi à rejoindre le point culminant, là où déjà le roi de la Thaïlande nous y attend afin que nos regards scrutent intimement ces beautés immobiles devant nos yeux éblouis qui n’en finissent plus de regarder ces beautés immobiles et il me dirait quoi le roi de la Thaïlande, il me dirait, le roi de la Thaïlande, regardez l’espace devant nous, un empire de beautés immobiles mais combien belles depuis toujours, belles dans leur immobilité et l’empereur du Japon ne pourrait qu’apprécier le langage diplomatique du roi de la Thaïlande

 

Mais 

ne suis pas l’empereur du Japon ayant moult accointances avec le roi de la Thaïlande qui d’ailleurs n’a aucune idée que j’existe quelque part, ailleurs qu’en Thaïlande, qu’au Japon et qui, du triangle d’or Thaïlande, Birmanie, Laos n’en possède qu’une carte postale reçue à la suite d’une erreur                      inconnu à cette adresse était écrit sur le courrier qui devait, peut-être, je ne peux ni le jurer ni le prouver, qui devait s’adresser à celui qui n’est pas le roi de Thaïlande  







Entre nostalgie et fantaisie... (48)

    SI                                                                                              Si j’étais empereur du Japon, invité par...