Dès que Abigaelle lève le bras, immobile quelques secondes, alors le message passe immédiatement : les huit élèves se retrouvent debout devant elle, en silence, à l’écoute.
— Les amis, je vous félicite chacun et chacune pour votre implication dans l’exécution de votre tâche. Très responsables, bravo ! Avant de passer à la dégustation du bœuf cuit à la manière australienne, c’est-à-dire sur barbecue, je remercie tous vos parents qui se sont déplacés pour partager avec nous ces derniers moments de l’année scolaire qui se termine aujourd’hui. Monsieur Saint-Pierre, notre adorable concierge, merci d’avoir été un merveilleux complice durant toute cette année et de participer à la préparation de cette fête, aidé de ses deux inséparables assistants. Vous trois qui voyez à ce que l’endroit demeure propre, cela jusqu’à la fin de l’après-midi on devra vous donner le titre d'ambassadeurs de la propreté. À nos deux barmaids, qui vous êtes parfaitement assurés que personne ne manque de jus, je lève mon verre. À mon aide-cuistot qui est très beau avec son grand tablier et sa coiffe de chef, je dis que nous venons de gagner des galons comme cuisiniers 5 étoiles. Sans oublier Herman Delage du supermarché Steinberg qui nous a fourni si gentiment la viande du repas ainsi que des légumes frais. Je vous annonce tout de suite que le gâteau qui sera servi en dessert a été gentiment préparé par Henriette, notre secrétaire d’école adorée, qui sera avec nous sur son heure de dîner. Mais là, les amis, c'est le temps d'offrir à vos parents la surprise que vous avez préparée. Ça se fera en deux temps : avant le repas et au retour de l'excursion. Huit formidables enfants se transformeront en un chœur de chant, pour offrir deux chansons pigées dans l’œuvre de notre ami Félix Leclerc. Elles parlent chacune à sa façon d’une histoire d’ours. Notre excursion à bicyclettes au cours de laquelle nous manifesterons notre joie d’être en vacances, je la veux bruyante, il faut que tout le village nous entende. Pour clore notre activité pique-nique, Benjamin récitera un poème de Émile Nelligan. Benjamin a une formidable mémoire et, petite cachotterie que je dévoile aujourd’hui, il peut lire plusieurs mots sans se tromper. Voici donc le programme. Bon appétit à tout le monde.
Les applaudissements fusent alors que les enfants s’installent pour chanter le premier extrait. Mais quelle ne fut pas la surprise générale de voir monsieur Clotaire lui-même s’avancer vers les choristes, pipe au bec et guitare à la main ! Le chauffeur du bus scolaire s’installa au centre d’eux, gratta quelques notes et les voix enfantines entamèrent « La mort de l’ours. »
La magie opéra. Quelques parents versèrent des larmes. Monsieur le maire s’avança pour prendre une photo. La fierté se lisait distinctement sur le visage de Abigaelle au moment où les nuages s’écartèrent sous la pression du soleil à vouloir, lui aussi, être témoin de ce moment sublime. Une fois la prestation des élèves achevée, monsieur Clotaire se permit d’étirer un peu les dernières notes de la chanson, alors que ceux-ci s'inclinaient en recevant les applaudissements.
— Les amis, je vous félicite chacun et chacune pour votre implication dans l’exécution de votre tâche. Très responsables, bravo ! Avant de passer à la dégustation du bœuf cuit à la manière australienne, c’est-à-dire sur barbecue, je remercie tous vos parents qui se sont déplacés pour partager avec nous ces derniers moments de l’année scolaire qui se termine aujourd’hui. Monsieur Saint-Pierre, notre adorable concierge, merci d’avoir été un merveilleux complice durant toute cette année et de participer à la préparation de cette fête, aidé de ses deux inséparables assistants. Vous trois qui voyez à ce que l’endroit demeure propre, cela jusqu’à la fin de l’après-midi on devra vous donner le titre d'ambassadeurs de la propreté. À nos deux barmaids, qui vous êtes parfaitement assurés que personne ne manque de jus, je lève mon verre. À mon aide-cuistot qui est très beau avec son grand tablier et sa coiffe de chef, je dis que nous venons de gagner des galons comme cuisiniers 5 étoiles. Sans oublier Herman Delage du supermarché Steinberg qui nous a fourni si gentiment la viande du repas ainsi que des légumes frais. Je vous annonce tout de suite que le gâteau qui sera servi en dessert a été gentiment préparé par Henriette, notre secrétaire d’école adorée, qui sera avec nous sur son heure de dîner. Mais là, les amis, c'est le temps d'offrir à vos parents la surprise que vous avez préparée. Ça se fera en deux temps : avant le repas et au retour de l'excursion. Huit formidables enfants se transformeront en un chœur de chant, pour offrir deux chansons pigées dans l’œuvre de notre ami Félix Leclerc. Elles parlent chacune à sa façon d’une histoire d’ours. Notre excursion à bicyclettes au cours de laquelle nous manifesterons notre joie d’être en vacances, je la veux bruyante, il faut que tout le village nous entende. Pour clore notre activité pique-nique, Benjamin récitera un poème de Émile Nelligan. Benjamin a une formidable mémoire et, petite cachotterie que je dévoile aujourd’hui, il peut lire plusieurs mots sans se tromper. Voici donc le programme. Bon appétit à tout le monde.
Les applaudissements fusent alors que les enfants s’installent pour chanter le premier extrait. Mais quelle ne fut pas la surprise générale de voir monsieur Clotaire lui-même s’avancer vers les choristes, pipe au bec et guitare à la main ! Le chauffeur du bus scolaire s’installa au centre d’eux, gratta quelques notes et les voix enfantines entamèrent « La mort de l’ours. »
La magie opéra. Quelques parents versèrent des larmes. Monsieur le maire s’avança pour prendre une photo. La fierté se lisait distinctement sur le visage de Abigaelle au moment où les nuages s’écartèrent sous la pression du soleil à vouloir, lui aussi, être témoin de ce moment sublime. Une fois la prestation des élèves achevée, monsieur Clotaire se permit d’étirer un peu les dernières notes de la chanson, alors que ceux-ci s'inclinaient en recevant les applaudissements.
Le repas fut on ne peut plus délicieux. La viande de bœuf, cuite sur le barbecue à feu très doux durant une bonne partie de l’avant-midi, était étroitement surveillée par Patrick, qui l’avait retournée de temps en temps pour qu’elle atteigne la couleur souhaitée. Il avait aussi annoncé à son enseignante qu’il était peut-être temps d’y ajouter les légumes. Une belle complicité, durement acquise par Abigaelle qui, tout au long de l’année, avait jugé bon de ne pas l’affronter directement, de lui expliquer calmement que telle ou telle attitude, tel ou tel comportement lui permettraient d’être bien avec lui-même et les amis du groupe. Souvent, dans le monde de l’éducation, il faut appliquer la maxime de La Fontaine « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »
Henriette arriva, un formidable gâteau dans les mains. Elle avait mis des lunettes fumées pour, comme elle le dit à Abigaelle, inviter le soleil à se montrer le bout du nez. Les enfants l’entourèrent et chacun d’eux eut droit à un ébouriffage en règle des cheveux. Une maman se proposa pour le découper de manière à ce que tout un chacun reçoive une part égale. Sur le crémage à gâteau, Henriette avait inscrit : « Bonnes vacances, les amis. »
- Ta directrice n’est pas de bonne humeur, dit la secrétaire à Abigaelle qui saluait le départ de Herman Delage.
- C’est nouveau !
- Tu connais le règlement de l’école qui stipule que le droit d’y venir à vélo n’est réservé qu’aux élèves de quatrième, cinquième et sixième année.
- Oui, je suis au courant, mais comme il s’agit d’une activité particulière, je considère que le règlement de celle-ci prévaut sur tout autre. D’ailleurs, les enfants ne sont pas venus à l’école en vélo, leurs parents les ont déposés dans la cour. La promenade dans le village nous obligera à revenir à l’école en vélo, pas y venir.
- Tu joues sur les mots Abigaelle, mais j’aime ça.
- Je fais tout cela pour et avec les enfants. Les parents, j’ai pris soin de leur demander de signer une autorisation acceptant que leur enfant y participe ; ils ont tous accepté. Ça ne devrait pas poser de problème, seulement pour madame Saint-Gelais.
Achevant ces mots, elle jeta un coup d’œil vers le camion de livraison du supermarché Steinberg à bord duquel Herman montait.
- Les amis, nous partons pour l’excursion dans le village. Vous vous souvenez des règles de sécurité ? Tous crièrent un « oui » unanime. En tête du groupe, ça sera monsieur Daniel, vous le suivrez à la queue leu leu. C’est lui le chef de cordée. Ne vous gênez pas pour faire du bruit. Les sonnettes doivent écraser les clic-clacs de vos cartons épinglés sur les rayons de votre vélo. Laissez-vous aller, c’est votre journée !
Le groupe s’élança sur la rue Principale. Abigaelle vit sa chatte, Zoé, installée à la fenêtre de sa maison. Elle lui envoya la main.
L’excursion dura moins d’une heure. Plusieurs personnes étaient sorties sur leur perron afin de saluer les bruyants gais lurons. Le soleil brillait maintenant de tous ses feux. Passant devant le bureau de poste, Angelina, madame Brodeur à son bras, sourit à la troupe, expliquant à la vieille dame ce qui passait devant elle.
- C’est la classe de la jeune institutrice…
- … celle qui va à l’université ?
— Oui, madame Brodeur, celle qui est à l’université.
- Elle en a des idées.
- Des idées nouvelles, vous ne trouvez pas ?
- Si mon Antoine pouvait être dans sa classe, ça serait tellement bon pour lui.
- Entrons maintenant. Angelina ne sait jamais comment réagir lorsque la vieille dame aborde ce sujet.
Revenus sur les lieux du pique-nique, avant que la chorale n’entame la deuxième chanson et que Benjamin y aille de son poème, on s’affaira à tout nettoyer sous les ordres du capitaine concierge qui dirigeait la corvée tout en discutant avec son collègue Clotaire.
« La légende du petit ours gris. » lancée par le troubadour, pipe au bec, ne put que rappeler à l’auditoire un des événements marquants de l’hiver qui venait de passer. Certains parents se regardaient, comprirent que cet événement avait été occulté par l’intervention ludique de Abigaelle.
Benjamin s’avança.
- Bonjour, le poème que je veux vous dire est celui du poète Émile Nelligan. Il s’intitule « NUIT D’ÉTÉ »
Le violon, d’un chant très profond de tristesse,
Remplit la douce nuit, se mêle au son des cors;
Les Sylphes vont pleurant comme une âme en détresse
Et les cœurs des grands ifs ont des plaintes de morts.
Le souffle du Veillant anime chaque feuille,
Le rameau se balance en un rythme câlin,
Les oiseaux sont rêveurs, et sous l’œil opalin
De la lune d’été, ma douleur se recueille.
Au contact susurré que font sous la ramure
Les grillons, ces lutins en quête de sabbat,
Soudain a résonné toute, en mon cœur qui bat,
La grande majesté de la Nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain,
Prolongé jusqu’à l’aube humide du matin.
La lecture terminée, Benjamin se dirigea vers sa mère Jésabelle et lui offrit quelques fleurs du début d’été, fleurs que Chelle avait gardées dans ses mains.
Les Sylphes vont pleurant comme une âme en détresse
Et les cœurs des grands ifs ont des plaintes de morts.
Le souffle du Veillant anime chaque feuille,
Le rameau se balance en un rythme câlin,
Les oiseaux sont rêveurs, et sous l’œil opalin
De la lune d’été, ma douleur se recueille.
Au contact susurré que font sous la ramure
Les grillons, ces lutins en quête de sabbat,
Soudain a résonné toute, en mon cœur qui bat,
La grande majesté de la Nuit qui murmure
Dans les cieux alanguis un ramage lointain,
Prolongé jusqu’à l’aube humide du matin.
La lecture terminée, Benjamin se dirigea vers sa mère Jésabelle et lui offrit quelques fleurs du début d’été, fleurs que Chelle avait gardées dans ses mains.
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