ABÉCÉDAIRE :
Livre d'apprentissage de l'alphabet, qui illustre, en suivant l'ordre alphabétique, chaque lettre par un ou plusieurs mots dont cette lettre est l'initiale.
Cette définition convient-elle à toutes les langues qui souhaitent s'illustrer par des graphiques ou toute autre forme ? Déjà le japonais, le chinois, le cyrillique, le russe, l'arabe et plusieurs autres s'éloignent sensiblement de l'alphabet latin avec lequel nous, nous rendons la parole permanente.
Un linguiste français dit que l'écriture est le meilleur moyen pour accéder à la lecture. Nous avons, indépendamment des méthodes pédagogiques employées par divers systèmes scolaires, tous approché l'alphabet après la parole. Nous parlions. Nommions le réel. Maintenant, à partir d'un abécédaire - qui, en soi, n'est rien d'autre qu'un ensemble d'icônes déposées dans un coffre à outils mis à notre disposition - un abécédaire qui a tout codifié afin que, nous y référant, nous puissions immortaliser la parole, la garder intacte ; c'est la matière première utilisée pour ne plus jamais perdre ce que nous nous évertuons à dire. C'est comme une aquarelle de la parole.
Tout cela, j'entends la parole et sa construction écrite, provient de notre besoin inné de communiquer. La communication, c'est utiliser du langage à des fins précises. Certains diront qu'il est possible de s'exposer, de se publier, de se dire, et cela en silence. Le silence serait alors une métaphore de la parole.
Longtemps au cours de l'histoire humaine, écrire s'est défini comme une activité manuelle essentielle aux échanges de tout acabit. Maintenant, hormis le clavier qui la supplante radicalement, les occasions nous incitant à prendre un crayon, un stylo pour coucher sur papier nos messages sont de plus en plus rares, voire casuelles.
L'écriture devenue, alors, activité de création, un art peut-être ! C’est ici que l'abécédaire s'avère complexe, de plus en plus personnel, révélant l'intime de ceux et celles qui s'y adonnent.
*
a
bé
cé
daire
écrire avec l’alphabet des inquiets
les mots effrités de ceux qui doutent
qui glissent la peur entre les lignes
la griffent en eux avec la glue
des abécédaires surannés
se livrent aux souvenances terreuses
les mots effrités de ceux qui doutent
qui glissent la peur entre les lignes
la griffent en eux avec la glue
des abécédaires surannés
se livrent aux souvenances terreuses
dans des îlots perdus en mer inconnue
frôler les tornades bouleversant les continents
s’agripper aux passagers morts
gisant au lit poussiéreux des siècles
comme de vulgaires dictionnaires effacés
qu’on ne relit plus, oubliés déjà
s’agripper aux passagers morts
gisant au lit poussiéreux des siècles
comme de vulgaires dictionnaires effacés
qu’on ne relit plus, oubliés déjà
biffer la métaphore des feuilles d’automne
celles qui tapissent les jardins ravagés
jusqu’au cœur, jusqu’à la lie du cœur
se souvenir des moroses lectures
du signet effiloché
des taches de café
séchant au coin des pages carbonisées
celles qui tapissent les jardins ravagés
jusqu’au cœur, jusqu’à la lie du cœur
se souvenir des moroses lectures
du signet effiloché
des taches de café
séchant au coin des pages carbonisées
tous ces arabicas que les mots ont bus
redisant les lectures écrites à l’encre-stylo
redisant les lectures écrites à l’encre-stylo
illisible abécédaire noyé dans l’âme
seule comme une syllabe suspendue
l’ombre nocturne sur le bitume
trace des trous d’espaces nus
les pas de Satan oublié sur les lieux
et son rire obligé calcinent les mots
métamorphosés en syllabes monotones
les souffrances enfouies souffrent
telles des mangeuses d’espoir
des dévoreuses de temps
capricieuses comme des poissons oubliés
dans le lit d’une rivière écumeuse
qui sait le mal encore à faire
des silences éclatants
trace des trous d’espaces nus
les pas de Satan oublié sur les lieux
et son rire obligé calcinent les mots
métamorphosés en syllabes monotones
les souffrances enfouies souffrent
telles des mangeuses d’espoir
des dévoreuses de temps
capricieuses comme des poissons oubliés
dans le lit d’une rivière écumeuse
qui sait le mal encore à faire
des silences éclatants
jusqu’au fond de l’enfer
des paroles sans sons
des paroles sans sons
des gorges alcoolisées
de grands trous pleins de rires candides
ils regardaient l’ange noir
observaient ceux dont le cri
remet les horloges à l’heure de la nuit
et au réveil
observaient ceux dont le cri
remet les horloges à l’heure de la nuit
et au réveil
encore chaud
dans sa robe de nuit goudronnée
naîtra l'illisible abécédaire
19 février 2007
dans sa robe de nuit goudronnée
naîtra l'illisible abécédaire
19 février 2007
