
Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, une succession d'odeurs étonnantes qui, en fin de parcours, se métamorphosent en poèmes. Je reviendrai, un jour, sur la nuance entre « poésie » et « poème ».
Chez LE CRAPAUD, quelques phases précises sont apparues à certains moments le poussant à explorer différents thèmes : la marionnette, l'espace, les ruelles, entre autres.
Les deux poèmes que je vous offre aujourd'hui participent de la thématique du « fantôme ». Ils remontent à 2007, c'est-à-dire avant le Vietnam alors que là-bas surgit, en 2020, une structure romanesque s'y référant : l'inachevé « Marcher à l'ombre des fantômes. »
Aucun lien entre ces poèmes et le roman, strictement l'intention de comprendre pourquoi, lorsqu'on évoque un fantôme, immédiatement quelques images nous viennent à l'esprit : un drap blanc troué au niveau des yeux, un épais brouillard pour oxygène, un messager de la peur ou des remords ? Il doit pourtant y avoir quelque chose qui se cache derrière cela que je n'arrive toujours pas à saisir. Il faut toutefois reconnaître à cette carapace beaucoup plus de résistance que la translucidité gracile des images qu'elle inspire.
Allons-y !
l’ombre d’un fantôme…
au bout d'une colline se détachaient
projetant dans la trop courte vallée
des images accrochées au faîte des arbres
mutilés par un automne tardif
des formes cadavériques
aux allures sanguinaires se profilaient
que, passant par là,
des anges revêtus de leurs armes dorées
nerveusement auraient dessinées
il faisait froid
tout était figé
dans un triste frimas grimaçant
par le chemin vicinal
les enfants remarquèrent
cette lugubre réalité adulte
que déchiquetait le vent
ils se taisaient,
entre eux, avançaient,
entre eux,
jusqu’aux arbres
l’ombre torve d’un fantôme
que traverse un air de Schubert
guttural lied faussement repris
pétrifiait les enfants au pied du tilleul
le froid décolorait leurs mains paralysées,
munis d’un coupe-papier de Tolède
- une dague égarée de son chemin -
ils retrouvaient au creux du décor
une ombre se balançant
à grands coups d’Espagne
les enfants avaient peur
celle qui trace des sentiers sur les roches fendues,
qui appelle le froid et qui s’amène
plus loin, plus colline et plus vallée
que cette route perdue des écoles
assaillis par la peur par le froid
ils jouaient à qui perd-gagne
les haillons du fantôme piqués dans l’ombre
les enfants chronométrés en degrés Celcius
rêvent d’une Espagne empoussiérée,
échevelée de vents, de ces vents puissants
qui chassent les fantômes endoloris
dans leurs cerveaux inquiets
les enfants perdront lambeaux et chairs
accroupis sous les arbres de l’hiver
et chanteront des hymnes que seul un fantôme
entendra…
21 août 2007
l'anxieuse solitude impatiente
je suis à l'hiver de l'écriture
alors que les fantômes du passé
impatience solitude anxiété
ne cessent de me harceler…
... malmenée, la saison se vide de l’intérieur
paralysée de vivre son passé au présent
ses courses folles ayant perdu tout azimut...
... et elle sera à écrire l'hiver
ce spectre manifeste et harcelant
fantôme solitaire, impatient, anxieux...
... et restera, les pieds dans la glue de l'hiver
promenant dans les ruelles tristement blanches
comme des brouillards effilochés
tout un passé à l'avenir trop présent
qui neige encore ses fulgurantes tempêtes...
... et au printemps revenu
au cœur d'une ville hagarde
les immobilités ploieront
sous d'immenses placards d'érable
croulant sous le poids du temps...
... et demanderont,
fouettés par les grands vents d'avril,
si, pour toujours encore,
les rêves inanimés que l’hiver aura sauvés
du feu des étables…
vieilliront…
tels des fantômes nommés...
5 octobre 2007
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