Faire des liens, les tisser dans le monde de l'imagination poétique, est-ce possible ?
La poésie a créé la « métaphore » afin de, comme le suggère Aristote, « désigner une entité conceptuelle au moyen d'un terme, qui, en langue, en signifie une autre en vertu d'une analogie entre les deux entités rapprochées et finalement fondues. »
Convenons que, pour ce vénérable individu, maître à penser de Alexandre le Grand, la métaphore devait principalement être utilisée à l'oral. Nous sommes dans la période où l'écrit cherche à s'imposer alors que l'oral, grand dominateur, n'entend pas céder un pouce de son terrain.
Les siècles ont passé, le débat s'est éteint, chacun rentrant dans ses terres que le temps leur a désignées. La métaphore, comme figure de style, a choisi son camp, celui de la poésie.
Je rappelais dans un billet antérieur qu'il existe une certaine différence entre « poésie » et « poème », je vais donc la ramener maintenant en précisant ce qui me semble les distinguer.
D'abord, durant plusieurs années, un éditeur publiant de la poésie intitulait le bouquin « Poésies de... » « Poésies complètes de ... » pour ensuite - il faudrait chercher à quelle époque dans les annales de l'édition - utiliser le mot « poème » afin d'offrir aux lecteurs les œuvres poétiques.
Fondamentalement, le poème est l'outil - vers, prose, style, etc. - permettant d'exprimer celle-ci qui s'offre mille et une définitions différentes, selon les divers courants empruntés, classique ou moderne du monde littéraire, psychologique, philosophique, social et même politique.
Un poème se lit, s'écoute alors que la poésie cherche à transformer la réalité, la dépeçant parfois, afin de rejoindre le difficile ou l'impossible à conceptualiser, fouillant l'envers de la matérialité des choses.
Les deux poèmes que je vous offre aujourd'hui, après avoir revu et corrigé leur premier jet ( 2018 ), cherchent chacun à sa façon de transformer la réalité pour lui donner une dimension imaginaire.
écho souterrain
l’écho insolite troue l’espace
une plume d’ange s’enfuit
la rame de métro s’arrête
- personne descend -
puis repart vers le même bruit
l’insolite écho troublant l’espace
le noir souterrain remue,
bouscule les murs salis de publicités
le train s’étourdit à suivre des phares bleus,
se dirigeant vers le prochain arrêt
il n'y aura eu que qu'un écho stationnaire
collé aux portillons qui se sont ouverts
puis refermés dans le silence de cinq heures
un silence bondé de solitudes lasses
rien et un peu moins
l’écho étourdit les oreilles
chiffonne un journal recyclé
cherche dans ce si peu d’espace
ceux qui l'empruntent pour s'y cacher
à nouveau s’arrête le train
panne de courant inattendue
l’écho souterrain se dissipe
l’écho insolite troue l’espace
une plume d’ange s’enfuit
la rame de métro s’arrête
- personne descend -
puis repart vers le même bruit
l’insolite écho troublant l’espace
le noir souterrain remue,
bouscule les murs salis de publicités
le train s’étourdit à suivre des phares bleus,
se dirigeant vers le prochain arrêt
il n'y aura eu que qu'un écho stationnaire
collé aux portillons qui se sont ouverts
puis refermés dans le silence de cinq heures
un silence bondé de solitudes lasses
rien et un peu moins
l’écho étourdit les oreilles
chiffonne un journal recyclé
cherche dans ce si peu d’espace
ceux qui l'empruntent pour s'y cacher
à nouveau s’arrête le train
panne de courant inattendue
l’écho souterrain se dissipe
dans l’insolite espace
et sort…
et sort…
... underground
dans un grand soleil d’ange
dans un grand soleil d’ange
23 mai 2008
marcher à reculons...
… quel d(és)astre !
Au clair de la lune, mon ami Pierrot s’endort,
sur terre, il chantait à la lune
là, entre ces cratères trouant la Lumineuse
à reculons, il marche…
… Lune et Terre par l’arc-en-ciel réunies …
De son sommeil, Frère Jacques s’éveille
pantois devant les traces de poussière
de ces plumes, de ces chandelles
que le désastre aura abandonnées
et à reculons, il marche…
pantois devant les traces de poussière
de ces plumes, de ces chandelles
que le désastre aura abandonnées
et à reculons, il marche…
Frère Jacques et mon ami Pierrot,
frères lunatiques ne reculant devant rien,
à contrepied, dessinent pour les enfants terriens
des couchers de soleil sur l’arc-en-ciel
ces artéfacts d’acier
que transpercent Spoutnik et Apollo
à moins, à moins que ce ne soit des songes
qui propulsent de lointaines comptines
à ces lunaires parents marchant à reculons
les yeux tournés vers la terre
À rebours de la Terre, au rebord de la Lune,
comme épinglés au bout de l’arc-en-ciel,
mon ami Pierrot et Frère Jacques
attendent depuis tant de siècles
le doux sommeil des enfants
rêvant aux astres lointains
à un petit Spoutnik
ou à un Apollo
d’acier…
comme épinglés au bout de l’arc-en-ciel,
mon ami Pierrot et Frère Jacques
attendent depuis tant de siècles
le doux sommeil des enfants
rêvant aux astres lointains
à un petit Spoutnik
ou à un Apollo
d’acier…
Quelque part entre printemps et été 2008.



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