vendredi 23 octobre 2009

Le trois cent sixième saut



J’arrive difficilement à me remettre à l’écriture malgré le fait que je revisite certains textes inachevés, quelques poèmes entrepris avant le 16 septembre et qui incubent actuellement, sans réussir à leur donner cette charpente que l’architecture initiale avait structurée. J’ai vu à Villefranche le mot «architexture». On l’a créé afin d’associer photographie et texte. Un bâtiment et à sa porte, par terre, une photographie l’illustrant à une autre époque, accompagné d’un texte qui recadrait le tout. Belle idée.

J’arrive difficilement à me remettre à l’écriture. Plus facile avec la lecture et encore ardu avec la marche. En fait, il y a problème aux trois axes qui me sont essentiels, vitaux. Je me demande si mon esprit n’est pas en train d’ankyloser (paralyser par ankylose – diminution ou impossibilité absolue des mouvements d’une articulation naturellement mobile – perdre de sa rapidité de réaction, de mouvement par suite d’une immobilité, d’une inaction prolongée).

J’ai beaucoup fouillé dans mes recueils de poèmes afin d’y découvrir ceux ou tout simplement celui qui, d’abord, se rapprocherait le plus de mon état d’âme actuel puis allait pouvoir me relancer… Voici, du moins je le crois ce matin, le Saint-Denys Garneau qui répond le mieux à ce que je ressens présentement.



Bout du monde!



Bout du monde! Bout du monde! Ce n’est pas loin!
On croyait au fond de soi faire un voyage à n’en plus finir
Mais on découvre la platitude de la terre
La terre notre image
Et c’est maintenant le bout du monde cela
Il faut s’arrêter
On en est là

Il faut maintenant savoir entreprendre le pèlerinage
Et s’en retourner à rebrousse pas de notre venue
Avec le dépit à nos trousses de cette déconvenue
Et s’en retourner à contre-courant de notre image
Sans tourner la tête aux nouvelles voix de notre richesse
On a déjà trop attendu au bord d’un arrêt tout seul
On a déjà perdu trop de cœur à s’arrêter.

Nous groupons à l’entour de l’espace
de ce que nous n’avons pas
La réalité définitivement acceptable
de ce que nous pourrions avoir
Des colonies et des possessions
et toute une ceinture d’îles
Faites à l’image et amorcées par ce point
au milieu central de ce que nous n’avons pas
qui est le désir.

Hector de Saint-Denys Garneau


Je remarque que ce poème ne renferme aucun «je»… les pronoms utilisés sont les «ce», «il», «on», «en», «nous», «s’», «soi», «cela»… indifféremment employés comme personnels ou impersonnels, possessifs ou démonstratifs… il y a peut-être là quelque indice!

Pour me secouer, il faudrait peut-être m’intéresser à la politique municipale si fertile en rebondissements; à la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1); au cas du subtil Sergeï Kostitsyn; ou encore, chercher à répondre à des questions existentielles, comme celle-ci : quand, exactement, meurt la feuille qui tombe de l’arbre à l’automne, est-elle morte avant d’échouer sur le sol?


Secouons-nous d’ici le prochain saut…

lundi 19 octobre 2009

Le trois cent cinquième saut



Le crapaud revient… et de loin! Je ne veux pas élaborer sur les événements des dernières semaines mais, et depuis quelques jours, je cherche une porte d’entrée vers la continuité de ces sauts qui m’ont toujours été des lieux importants.

Sans doute, n’y a-t-il rien de mieux que la continuité pour nous resituer et rien de mieux qu’en sortir pour se situer ailleurs, le crapaud replonge dans ses cahiers de lecture à la recherche de quelques citations… qu’il souhaite pertinentes.


. … ce que nous appelons liberté, c’est la possibilité de réaliser les actes qui nous gratifient, de réaliser notre projet, sans nous heurter au projet de l’autre. Mais l’acte gratifiant n’est pas libre.
Henri Laborit (Éloge de la fuite)

. On ne doit pas se tromper de mot, sans risquer de se tromper d’états d’âme et d’attitudes.
Paule Constant (Confidence pour confidence)

. … mais je fais confiance aux mots, qui finissent toujours par dire ce qu’ils ont à dire. Tournez cinq fois sur vous-même, les yeux fermés et, avant que de les ouvrir, un caillou que vous aurez lancé, vous ne saurez pas dans quelle direction il est parti, mais vous saurez qu’il aura bien fini par retomber sur terre. Ainsi sont les mots. Ils arrivent toujours, coûte que coûte, par se poser quelque part, et cela seul est important.
Gaétan Soucy (La petite fille qui aimait trop les allumettes)

. Cependant, lorsqu’on a cessé d’en vouloir aux faits, on devient tranquille comme une rivière.
Jean Bédard (La valse des immortels)

. On ne sait pas toujours pourquoi certains mots nous surprennent, pourquoi on devient tout à coup triste à les entendre, ces mots qu’on connaît par cœur pourtant et qui font lever tantôt des colombes, tantôt des corbeaux.
Robert Lalonde (Le vaste monde)

. Il nous arrive souvent, à nous autres humains, de croire à ce que nous désirons le plus fort.
Jostein Gaarder (Le petit frère tombé du ciel)

. Un rêve doit être inaccessible, il doit pourtant continuer de briller en nous, sans cela, il se perd, il finit par nous perdre aussi.
Marc Chabot (En finir avec soi – Les voix du suicide)

. … et une mère qui meurt, l’âge n’y fait rien, c’est une mère qui meurt, c’est le monde qui soudain se brise, et du coup on perd tout espoir de se voir offrir une seconde chance, on devient à ce moment véritablement une œuvre unique, numérotée, signée, et on découvre enfin que c’est sa vie que l’on joue, que toutes les ratures, tous les repentirs, les errata s’y inscrivent comme des balafres, qu’il n’y aura pas de mise au propre dans une vie future, pas de refonte, parce que la matrice n’est plus et qu’on devient soi-même l’original.
Jean Rouaud (Pour vos cadeaux)

. … être libres de faire une tentative ne garantit pas la réussite. La liberté qui consiste à choisir dans le domaine du possible n’est pas l’omnipotence qui serait de toujours réussir ce qu’on entreprend, même l’impossible.
Fernando Savater (Éthique à l’usage de mon fils)

. La seule liberté digne de ce nom est de travailler à notre propre avancement à notre gré, aussi longtemps que nous ne chercherons pas à priver les autres du leur ou à entraver leurs efforts pour l’obtenir. Chacun est le gardien naturel de sa propre santé, aussi bien physique que mentale et spirituelle. L’humanité gagnera davantage à laisser chaque homme vivre comme bon lui semble qu’à le contraindre à vivre comme bon semble aux autres.
John Stuart Mill

. Il n’est rien de plus lourd que la compassion (la télépathie des émotions). Même notre propre douleur n’est pas aussi lourde que la douleur co-ressentie avec un autre, pour un autre, à la place d’un autre, multipliée par l’imagination, prolongée dans des centaines d’échos.
Milan Kundera (L’insoutenable légèreté de l’être)

. Étant donné que c’est le corps qui l’éprouve et l’esprit qui l’endure, la douleur empiète sur deux entités que la science s’acharne depuis des siècles à isoler l’une de l’autre. Nous savons, nous qui souffrons, que la douleur éveille en nous l’écho d’une alliance originelle du corps et de l’esprit, laquelle remonte à des temps bien antérieurs à notre civilisation. Et que c’est cette interaction en double résonnance du somatique et du psychique qui rend la douleur si pénible à supporter. Une interaction qui pourtant, et c’est bien là le paradoxe, est pour nous une source d’espoir. Car si la douleur provient de la double connivence psychosomatique, il en résulte que nous sommes les seuls à détenir le pouvoir de dominer notre mal. Un pouvoir bien plus efficace que celui de n’importe quelle médecine.
E. Bogin


Au prochain saut

mardi 6 octobre 2009

Le trois cent quatrième saut


Je ne m'attendais pas à revenir sur le crapaud d'abord aussi rapidement et ensuite dans les conditions qui sont les miennes ce matin.

Ce matin, aux Houches, petite ville tout à côté de Chamonix où vivent mes amis Gilles et Madeleine. Ce matin, à quarante-huit heures d'un retour précipité à Montréal alors que je devrais être à Genève avec mon «voyageur solidaire» en route vers Rome.

Un matin au pied des Alpes sur lesquelles un soleil magnfique permet de voir le Mont Blanc dans toute sa majesté, son immensité. Gilles et Madeleine sont partis au travail et je suis à pianoter sur ce clavier qwerty beaucoup simple que le clavier azerty que l'on utilise en France. J'aimerais déposer ici mes premières impressions mais elles se bousculent dans ma tête et j'arrive difficilement à les mettre en ordre.

J'ai appris avec l'épisode du tendon d'Achille (que je croyais achevé mais que le vol d'avion a réanimé de façon aiguë) que ce que je vis actuellement me ramène à un vieux souvenir; il date du 1er mai, journée de la chirurgie, alors qu'étendu sur la civière à l'étage opératoire de Santa Cabrini, je me demandais si cet accident n'était pas un signe que le voyage projeté n'allait pas avoir lieu, n'allait pas se concrétiser.

Deuxième signe, encore plus bizarre celui-là, me vient de Fleurette alors qu'elle nous venait et repartait dans un espèce de coma contrôlé - on est en août et tout le voyage est planifié - et qu'il est clair dans mon esprit qu'advenant le fait où elle parte définitivement je m'étais fait à l'idée que je n'allais pas modifier mes plans de voyage, Fleurette semble me dire dans son regard qui doucement s'en allait qu'elle aurait aimé être avec moi, revoir l'Italie et assister à un opéra - nous en avions parlé quelques semaines auparavant - mais que cela lui était maintenant inaccessible... un peu comme si ce voyage lui-même allait se loger dans l'inaccessible!

Ces deux éléments me sont continuellement présents à l'esprit et sans être aussi douloureux que la pression qui se loge à la cheville, au dos et aux reins, c'est aussi lancinant. Ça ne ralentit pas ma marche comme la cheville réussit malignement à s'amuser à le faire, mais ils sont bien logés dans mon cerveau.

Je rentre déçu, oui mais je rentre surtout inquiet sur l'évolution de ce tendon (je me demande comment il réagira aux 7 heures de vol de jeudi, tout en me disant que les deux fois 12 heures qu'il aurait reçues en direction du Vietnam et cela en 3 semaines auraient pu être disons «critiques») tendon que je croyais beaucoup plus en forme que ce qu'il me présente aujourd'hui. Il a besoin de 2 jours de repos complet pour accepter de participer à moins de 5 kilomètres par la suite.

Et je songe beaucoup à mon «voyageur solidaire» qui poursuit la route. Je sais que par définition il est un voyageur solitaire mais cette fois-ci ça devait être différent. On s'est quitté, et sans se le dire vraiment - les gars savent contenir la profondeur des émotions - je crois qu'une certaine inquiétude se profilait entre nous, lui continuant et moi... rétrogradant.

J'y reviendrai...

samedi 12 septembre 2009

Le trois cent troisième saut

Pierre Larose et Jean Turcotte

Le saut trois cent trois sera le dernier provenant du Québec, les autres seront écrits quelque part en Europe et au ViêtNam.


Voici l’adresse menant au blogue de voyage JEAN / PIERRE ET LA ROUTE…
http://jeanpierrelaroseturcotte.blogspot.com/


Ce blogue, que nous (Pierre Larose et moi) souhaitons alimenter quotidiennement, contiendra nos premières impressions de voyage, l’itinéraire que nous emprunterons, le tout agrémenté de photos. Une sorte de carnet de voyage…

Nous avons départagé les responsabilités quant à la production du blogue,de sorte que dans vos commentaires, et nous vous invitons à en laisser,sachez qu’ils s’adresseront à Pierre pour les photos, à Jean pour les textes et aux deux pour l’aspect général!

En vous abonnant au blogue (Devenir membre), cela nous permettra de savoir exactement de qui proviennent les messages; nous vous invitons donc à le faire.

Comme l’adresse est plutôt… longue, placez-la donc maintenant en favori… de toute façon, ce blogue sera certainement un de vos favoris…

Pour ce qui est du «Crapaud»… les sauts seront moins nombreux,
mais il ne s’arrêtera pas pour autant!

Bonne lecture

Jean part le mercredi 16 septembre alors que Pierre arrivera en France, le 26.
Pour quelques jours… le blogue pourrait s’intituler :
En attendant Pierre…

Le retour… mi-décembre.


Au prochain saut

vendredi 4 septembre 2009

Le trois cent deuxième saut

(grafitti espagnol)

Le crapaud discutait, en début de semaine, avec son ami écrivain Mario Cyr, celui pour qui l’écriture est un mode de vie, une façon de scruter le monde, d’occulter la réalité. Nous avons abordé une foule de sujets - je crois que nous traversions le parc Maisonneuve, lui à la recherche de graffitis au pochoir, moi m’assurant que cette dernière journée avec ma «botte», sans passer à l’histoire puisse au moins se faire une bonne place dans mon histoire – mais un sujet en particulier, celui des signes. Ce thème, récurrent dans ses romans, il me disait y croire de moins en moins.

Depuis, cela me «chicotte» l’esprit… Je suis retourné à mes notes de lecture, celles de VIEILLIR et des autres romans de Mario. Voici ce que j’y ai retrouvé…

« D’après ce que l’expérience m’a enseigné, et ce que j’ai retenu de ses enseignements, il y a dans le plus banal message à décoder, une suggestion, une invitation à adopter une attitude, une position qui, pour peu que nous l’adoptions, de fait, nous conduit à son tour dans le sens de l’accomplissement de nos vœux fervents et les plus intimes, pour peu qu’ils s’apparentent à ceux, impénétrables et imprécis, de notre âme. »

Je me demandais ce qui arrivait à ce banal message si on ne le décodait pas, si on ne se rendait pas disponible à le recevoir, allait-il se loger dans notre boîte à souvenirs?

Mario me dirait :
« Les souvenirs, c’est comme les larmes. Il suffit d’un mot pour les faire surgir. Les souvenirs, c’est comme les larmes. Quand ça coule, ça ne s’arrête pas. Les souvenirs, c’est comme les larmes. Il s’y mêle de multiples ingrédients, et ce n’est jamais tout à fait pur. »

Ou encore…
« La mémoire, c’est un tricot, dès qu’une maille file et qu’on tire sur le brin, tout vient, ça ne s’épuise plus. »

Je tiens tout de même à revenir aux signes, ces clins d’œil de l’inconscient … Il a beau ne plus y croire, le Mario, il a tout de même écrit, et je le cite :

« L’inconscient n’a aucune notion du temps, il le boude, le temps, le dépasse, le surplombe, le domine, le survole, ça n’existe même pas pour lui, le temps, il évolue, l’inconscient, sur un plan, une surface de l’univers qui lui est propre et où les passés se chevauchent, se renouvellent et s’éternisent, d’où l’acuité persistante de blessures du tout premier âge. »

Tout à fait complexe ces questions de signes, de souvenirs, de mémoire et d’inconscient surtout si ça se camoufle sous la couverture du temps. Vous savez le contentieux que le crapaud entretient avec celui-ci! Tel n’est pas mon propos, mais vous comprendrez que bifurquer vers la mort, la perte et le deuil, des sujets que Mario a si souvent touché et que ce merveilleux après-midi de soleil et de grands arbres éloignait de mon esprit, j’allais, une fois rentré à la maison, fouiller plus loin dans mes cahiers de lecture et découvrir ce qu’il en pense.

Sur la perte :
« Une perte, dès lors qu’elle est assumée, débouche sur un gain, une découverte, sans doute immatérielle mais réelle, c’est ce que je soutenais en substance, l’univers ne peut tolérer que les pertes ne soient compensés, sinon il s’écroulerait, quel est le gain? la découverte? »

Sur la mort :
« - Dites. C’est quoi la mort?
Cette vieille bouche, constamment asséchée, mâche à vide avant de répondre.
- Une longue insomnie qui vous arrache enfin au sommeil de la vie. »

« C’est sans doute dans la mort qu’on se rapproche le plus de soi. »

« Si la mort ne donne pas de droits, elle ne devrait pas non plus en retirer.»

Sur le deuil :
« Un deuil, tu seras d’accord avec moi, et par deuil j’entends assimilation de la perte, de n’importe quelle perte, un deuil consiste à fermer une porte, mais ça ne peut pas en rester là. »

« Aux deuils que suppose la vieillesse, deuil de la vitalité, de l’endurance, de la beauté et de l’apparence, du pouvoir de séduction… deuil des vanités, des ambitions, de l’orgueil. »

Nous nous sommes laissés au coin de Saint-Joseph et Charlemagne suite à une marche complètement vivifiante, sans avoir résolu quoi que ce soit, mais conscients – du moins de mon côté – qu’il y a encore de la place pour la réflexion, le questionnement et l’amitié… et cette question : quels signes cherche-t-il dans les graffitis à pochoir?

Voici quelques perles de mon ami Mario :

« C’est quand le dehors et le dedans se dissocient que s’affirme comme jamais le règne de la vérité.»

« Le merveilleux repose sur l’impossibilité.»

« C’est logique, au fond, de se perdre quand on s’est donné.»

« Le chagrin ne doit pas être avalé.»

« La confiance, c’est le hamac de l’amour.»

« Être la condition de survie de plus grand que soi, c’est pas ça que vous appelez l’amour?»

Au prochain saut

mardi 1 septembre 2009

Le trois cent unième saut


Fernando Savater

Les événements qui entourent la mort nous poussent souvent à «penser sa vie»… C’est le titre du livre d’un philosophe que je classe parmi mes fétiches, le basque espagnol Fernando Savater. En 2000, aux éditions du Seuil, il publiait ces magnifiques réflexions sur la mort et la vie…

En voici quelques extraits.

. Bref, ce que nous voulons, ce n’est pas avoir davantage d’informations sur la situation, c’est savoir ce que signifie l’information que nous avons, de quelle manière nous devons l’interpréter et la mettre en relation avec d’autres informations reçues précédemment, ou, en même temps, savoir aussi en quoi cela peut nous permettre d’avoir une vision générale de la réalité dans laquelle nous vivons, de quelle manière nous pouvons et devons nous comporter dans la situation ainsi donnée.

Selon Savater, il existe trois niveaux distincts de compréhension :

« 1) l’information, qui nous présente les faits et les mécanismes primaires de ce qui se passe;
2) la connaissance, qui réfléchit sur l’information reçue, hiérarchise selon sa signification, et cherche des principes généraux pour lui donner un sens;
3) la sagesse, qui relie la connaissance aux options vitales ou aux valeurs que nous pouvons choisir, en tentant de trouver comment mieux vivre en accord avec ce que nous savons.»

. La science aspire à connaître ce qui est et ce qui se passe; la philosophie s’attache à réfléchir sur l’importance qu’a pour nous le fait de savoir ce qui se passe et ce qui est.

. Car qu’est-ce qu’un homme, sinon l’animal qui questionne et qui continuera de questionner au-delà de toute réponse imaginable?

. Une chose est de savoir après avoir pensé et discuté, et une autre, bien différente, est d’adopter les savoirs que personne ne discute pour ne pas avoir à penser. Avant d’arriver à savoir, philosopher est se défendre de ceux qui croient savoir et ne font que répéter les erreurs des autres.

. La mort est fatalement nécessaire (nécessaire = ce qui ne cesse pas, ne cède pas, ce avec quoi aucune transaction, aucun compromis ne sont possibles), irrémédiablement personnelle, perpétuellement imminente, intimement intransférable, solitaire… Celle d’autrui égale douleur; la nôtre égale la peur. Nous mourrons… mais nous ne sommes jamais morts.

. Détester la raison, c’est détester l’humanité, tant la sienne propre que celle des autres, et l’attaquer de façon suicidaire, à l’instar d’un kamikaze…

. En fin de compte, notre vie embrasse des formes de réalité très différentes, et la raison doit nous servir à passer convenablement des unes aux autres.

. Soyons modestes : dire qu’une chose « est vraie » signifie qu’elle est plus vraie que d’autres affirmations concurrentes sur le même sujet, même si cela ne représente pas la vérité absolue.

. Raisonner ne s’apprend pas dans la solitude, mais s’invente dans la communication et l’affrontement avec ses semblables : toute raison est fondamentalement conversation.

. Nous donnons notre opinion aux autres pour qu’ils en débattent et, selon le cas, l’acceptent ou la refusent, et pas simplement pour qu’ils sachent « où nous sommes et ce que nous sommes » . Et il est naturel que toutes les opinions ne soient pas également valables : ont le plus de valeur celles qui ont les meilleurs arguments en leur faveur et celles qui résistent le mieux à l’épreuve du feu des débats, face aux objections qui leur sont opposées.

. Ta tâche est dans l’action, jamais dans ses fruits, n’aie pas pour fin les fruits de l’action et ne t’attache jamais à l’inaction.

. Aussi, fais toujours avec détachement l’Action que tu dois faire; l’homme qui accomplit l’action avec détachement montera toujours plus haut.

Dans ce livre, Savater cite le philosophe Thomas Nagel, professeur de philosophie et de droit à l’Université de New York :

« La philosophie a pour charge principale de questionner et d’éclaircir un certain nombre d’idées très communes que nous utilisons tous les jours sans y penser.
Un historien peut se demander ce qui est arrivé à tel ou tel moment du passé, mais un philosophe demandera : qu’est-ce que le temps?
Un mathématicien peut explorer les relations entre les nombres, mais un philosophe demandera : qu’est-ce qu’un nombre?
Un physicien cherchera de quoi sont faits les atomes ou ce qu’implique la gravité, mais un philosophe demandera : comment pouvons-nous savoir qu’il y a quelque chose en dehors de notre esprit?
Un psychologue peut chercher à comprendre comment les enfants apprennent un langage mais un philosophe demandera : pourquoi un mot signifie-t-il quelque chose?
N’importe qui peut se demander s’il est mal d’entrer au cinéma sans payer, mais un philosophe demandera : pourquoi une action est-elle bonne ou mauvaise? »


entrefilet ... entrefilet ... entrefilet ... entrefilet


1er septembre, date importante pour Achille puisqu’aujourd’hui, la «botte» n’est plus médicalement nécessaire. Je me suis donc dirigé sans botte, ce matin, vers les petites courses obligatoires à quelques pâtés de la maison.

Cruelle réalité!

La vie se départage en gens ordinaires et ceux qui, à l’œil nu, portent une certaine différence, différence que l’œil nu peut aisément reconnaître et facilement nommer…

Personne ne se souvenait que je marchais allègrement à cause de cette botte mais tout de suite elle disparaît, on se met à exiger que j’aille plus vite pour traverser la rue, que j’accélère le pas sur le trottoir encombré, que je ne m’attarde pas à ouvrir la porte de la pharmacie voulant rassurer ma jambe gauche… Non, je ne présentais aucun signe visible à l’œil nu d’une condition différente de la moyenne des gens. J’étais donc… un être normal qui doit faire comme tous les autres…

Il faut - je ne veux pas conclure inopinément ou généraliser – mais il faut lorsqu’on s’aventure dans notre monde être entièrement de ce monde ou bénéficier d’un statut particulier qu’une condition différente impose, et que cela soit d’une évidence qui évite la discussion ou toute autre démonstration… Sinon, ce n’est pas viable…

Je crois que je vais mettre ma botte ce midi alors que je dois affronter le monde rempli de yeux nus...



Au prochain saut

vendredi 28 août 2009

Le trois centième saut



L’anxiété, selon mon ami ROBERT : état de trouble psychique causé par le sentiment de l’imminence d’un événement fâcheux ou dangereux, s’accompagnant souvent de phénomènes physiques; un état d’inquiétude extrême causé par l’appréhension d’un événement.

Le trois centième saut, malgré le fait que je l’eus classé à quelques reprises dans la catégorie des «favorisant l’anxiété», dans les faits n’en fait pas partie. C’est plutôt, vu rétrospectivement, comme une espèce de vertige du temps. Trois cents sauts sur bientôt quatre ans, le crapaud lui-même ne croyait pas maintenir un tel rythme et surtout conserver cet enthousiasme essentiel pour y revenir.

Il ne sera donc, ce trois centième, rien d’autre qu’une petite surprise, celle que vous venez de constater en arrivant. Revenir au vert; changer quelques photos; faire disparaître quelques liens obsolètes; réorganiser la mise en page.

L’arrivée du «trois centième saut», c’est avec cet orthographe que nous prendrons la route vers les 400… marquera la naissance d’un deuxième blogue, celui que j’alimenterai bientôt avec mon ami Pierre Larose, compagnon de voyage au cours de l’automne sur les routes européennes et vietnamiennes. Le blogue (je vous donnerai l’adresse bientôt) portera le titre suivant : Jean / Pierre et la route… Il nous permettra d’abord de nous situer puis vous communiquer nos découvertes de voyage, publier les photos du jour et y recevoir vos commentaires.

D’ici là, je tiens à remercier les lecteurs assidus du Crapaud; sachez qu’il ne restera pas silencieux. Nous connaîtrons certainement quelques journées pluvieuses permettant d’écrire et de partager certains états d’âme…

Bon trois centième et au prochain saut.

vendredi 21 août 2009

Saut: 299


Fleurette Bergeron
(1923-2009)


Une semaine après...
Il faut bien continuer.

À la porte du trois centième saut, celui qui m'obsède tout comme le deux centième le fit, j'avais besoin de boucler la boucle. Les funérailles de Fleurette au cours desquelles nous fûmes tous et toutes «évangélinisés» par la présence de l'absente, la voix de Louise, celle de Monique, puis Christiane, Pierre, la voix chantante et unique de Madeleine, Françoise et finalement Sylvie, alors que Jacques vaquait dans l'autre salle à tout préparer pour la réception...
L'agencement des photos anciennes par Sylvie Durocher et les photos actuelles de Roger...
Les fleurs de Claudette au nom de Gérard, les petits-enfants émus et les arrière-petits-enfants qui couraient puis s'arrêtaient...
La vidéo que Laurent enregistrait et Julien invitant les gens au portable sur lequel Fleurette nous faisait sourire...
Et la grande visite de Bromptonville et de Gentilly, oncles et tantes, cousins et cousines...
Les voisins et les essentielles voisines de Fleurette alors qu'elle vivait à Douville... les amis réconfortants dans leur chaleureuse présence...
J'avais besoin de boucler la boucle.

Je le ferai en songeant à mes frères et soeurs, comme moi orphelins de père et mère, en vous faisant partager un grand poème, il est de Suzanne Paradis, celle que l'on surnomme la Marie Noël québécoise.
Il s'intitule: POUR LES ENFANTS DES MORTS. Non, il n'est pas triste, on ne peut pas être triste lorsqu'on est enfant de Fleurette, il est tout juste un peu nostalgique.


POUR LES ENFANTS DES MORTS

Ce fut un héritage et ce fut une étoile
les promesses parlaient leur langue maternelle
les beaux cerceaux vibrants remontaient les collines
et les feux éclataient en danses grandioses

Le dimanche à plat dans les roses
embaumait la place au soleil
le dimanche a marqué les choses

On ne parlera pas aux livres des mémoires
de l'ombre au trèfle usé par la chute des mains
la gloire incendiait les yeux des bouffons noirs
et des géants veillaient sur le sommeil des fleurs

Et le dimanche était en route
par des chemins moitié secrets
c'est le dimanche qu'on écoute

Ce fut un songe, un songe aux pommiers écarlates
et les chevaux rentraient des nuits sous les mélèzes
des chants de cloche sourds émanaient des villages
et des vieux prédisaient les lointaines tempêtes

Et le dimanche aux frais visages
courait avec les beaux enfants
et le dimanche avait leurs âges

Ce fut un ballet de silhouettes menues
le silence ronflait sur les trétaux de bois
avec leurs habits verts dansaient au son des flûtes
les enfants dont les yeux épuisaient l'avenir

Et le dimanche à la voix blanche
passait tout bas entre leurs pas
et le dimanche était dimanche

Quand les vents s'étiraient sur les jardins de pierre
et les volants épars de leur robe de jeu
des ombres jaillissaient et fleurissaient multiples
comme des pluies chargées de commencer les fleuves

Le dimanche épousait le monde
aux joncs de mousse et d'églantine
le dimanche épousait le monde

Ce fut un continent de voyageuses îles
tout ce qui l'habitait avait connu l'histoire,
les hommes et leurs champs, la paroi de l'aurore
levaient au coeur du blé leur moisson millénaire

Le dimanche a pris nom de l'aube
quand la plus belle ivraie trouva
la couleur du pain et du bois

Quand ils ont incliné le versant des montagnes
et jeté le grand fleuve aux quatre morts des lacs
les ponts ont traversé d'un roc ouvert à l'autre
avec la légèreté d'une passerelle

Et dimanche on voyait partir
les caravelles et les voiles
dimanche on pouvait toujours fuir

Ce fut un tremblement à broyer les espaces
une fin d'Amérique à frontières fermées
personne n'en eut vent au-delà de la grève
à l'abri des forêts ce fut une mort folle

Et dimanche couvrait la plage
dans les cailloux et les roseaux
dimanche et ses joies de village

Pour les enfants des morts on racontait les choses
les bergers présidaient le massacre des loups
les grands deuils d'animaux dans leurs rites souvages
que les peupliers même ont oubliés... Pas nous

Le dimanche au soleil de fête
- quand les enfants s'en sont allés -
le dimanche est parti en tête

Depuis on a perdu la piste dessinée
sous les départs lointains la trace inachevée
et les temps et les corps et les yeux ont changé
à tel point que le vent n'ose plus les surprendre

et le dimanche au coeur de chien
sans loi ni maître et sans absence
et le dimanche n'est plus rien.

Au prochain saut

vendredi 14 août 2009

Saut: 298



Fleurette est partie.
Dans un formidable éclat de rire, de chants, de frères et sœurs, de beaux-frères et belles-sœurs, de fils et filles, de gendre et belles-filles, de petits-enfants, d’arrière-petits-enfants, de voisins et voisines.
Dans la chaleur d’un 13 août inoubliable.

Voici le texte admirablement bien lu par ma sœur Louise à l’occasion du grand départ de notre Fleurette.


À l’ombre d’une petite fleur
serrés les uns contre les autres
des points scintillants de lumière

petite fleur qui poussa dans l’ombre
comme un quartier de lune
accroché à une comète

petite fleur, droite et fière,
jamais ne craignit la couleur de l’ombre
qui l’habillait de toute sa douceur

on pense à l’ombre comme à l’envers de la clarté
rarement comme un reflet lumineux
la lumière pouvant baisser les yeux

petite fleur, plantée là, exactement là
où le regard naturellement s’arrête
entre femme et mère

oui, l’abnégation de la lumière c’est l’ombre
mais après, six points scintillants
puis les autres, gigognes, la suivant

petite fleur, imperméable à la souffrance
impénétrable et tendre à la fois
douce mais combien bélière

tu portas le nom d’une petite fleur
celle de la flore coriace
de la végétation touffue

tu glissas dans les diverses couleurs de la vie
entre grisaille et arc-en-ciel
plus doucement encore… et toujours tu glissas

tu élevas ces tiges ténues qui firent de nous
six points scintillants
dans le jardin avide de bouquets

de fleur à fruit, petite fleur féconde
tu as su, opiniâtrement, installer
puis conserver l’espoir en nos cœurs

cet espoir combien ancré dans le réel
dans le quotidien, le faisable,
dans le réalisable, le possible

ta vie n’aura pas été une fleur séchée
toujours près de nous, nous près de toi
dans les ombres éclatantes de la joie de vivre

petite fleur à odeur de vanille… de gâteau des anges
de renversé aux ananas… de poulet du dimanche
de tapioca et de pouding au riz

attentive fleur qui, auprès des enfants,
toujours savait décoder le sens des pleurs
susciter le goût du bonheur, cultiver la nécessaire chaleur

petite fleur à l’ombre des airs d’opéra…
d’Évangéline… et des ponts de Paris
du rocher Percé… et des airs de la Louisiane

tu savais humblement te retirer
tout juste à côté des mots
qui nous revenaient par la suite… plus clairs

tu nous as énergiquement fait comprendre
l’incohérence des fleurs artificielles qui éblouissent
la différence entre fleur bleue et semailles vraies

petite fleur, inestimable roc planté dans nos âmes
comme une invincible armada
tu nous parlais de douceur et de douceur encore

un fleurdelisé s’est accroché à toi
fragile, effiloché parfois
et la petite fleur, énergique et tenace, bouchait les trous

tu as su, telle une vigie à fleur d’eau,
au bout de ces espaces qui égarent
cartographier les chemins possibles

tu as voulu, dans ta bulle de silence
celle qui parlait à fleur de peau
nous dire ces paroles marchant vers les gestes

petite fleur, étendue sur ton lit des dernières heures
filtrant tes moments lucides pour nous les offrir,
scintillante de courage, tu es pour nous un modèle

modèle quatre-vingt-six fois marqué par l’ombre
celle qui demeure, qui n’est pas triste, qui rafraîchit,
celle que tu aimais et que tu nous lègues

petite fleur, vers les grandes floralies auxquelles tu es conviée
doucement, partant à petits pas de rosée
tu as épinglé sur chacun de nous une fleur à la boutonnière.



Bon et beau voyage Petite Fleur.

(La photo est de Roger Mongeau, gendre de Fleurette)

dimanche 9 août 2009

Saut: 297

Louise, Fleurette et Françoise

Le crapaud faisait parvenir ce courriel, hier, journée du décès de Fleurette, sa mère, celle de ses trois soeurs (Françoise, Louise, Sylvie) et deux frères (Pierre, Jacques); trois brues (Sylvie D., Claire P., Claudette G.), un gendre (Roger Mongeau); huit petits-enfants (Catherine, Mathilde, Odile, Antoine, Roxanne, Daphnée, Julien, Laurent); quatre arrières-petits-enfants (Émile, Léa, Arthur, Éthan).

Bonsoir tout le monde,

C’est avec regret que je vous annonce le décès de notre mère Fleurette survenu aujourd’hui, le samedi 8 août 2009, suite à une complication reliée à des problèmes rénaux.

Elle est partie doucement, sereinement et nous laisse le doux souvenir d’une personne chaleureuse, aimante et combien préoccupée par le bien-être de toutes celles et de tous ceux qu’elle aimait.

La famille devrait prendre les dispositions nécessaires afin de lui rendre hommage et cela dans la semaine qui vient.

Je vous tiendrai au courant.

Jean

Alors que Gérard, le père, a choisi de partir un 8 juillet, Fleurette l'a fait un 8 août. Ce «8» qui, en numérologie, est le chiffre de la régénération, de l'énergie, de la volonté de lutter possède, caché dans l'un ou l'autre de ses deux petits cercles formant une boule, un côté secret difficile à décrypter. Il y a des obstacles sur le chemin du «8», une exigence obligeant à puiser dans toute son énergie afin que cette soif de justice, de vérité et de droiture qui l'habite puisse, grâce à son courage et son honnêteté, le soutenir dans sa quête de vie. Le «8» sera aidé par sa stabilité et sa force morale afin de surmonter les épreuves et les obstacles qui se dressent devant lui.


Bon départ Fleurette et je te reviendrai, bientôt. Mais d'ici là, pour les curieux comme moi qui suis retourné au dixième saut, celui qui remonte au 19 septembre 2005, vous pourrez retrouver, l'espace de quelques mots et d'une photo, un peu de ma mère.

jeudi 6 août 2009

Saut: 296

Roland Giguère


Si je vous demandais qui a écrit « Je peins pour parler comme j’écris pour voir.» et cela en 1986, vous penseriez immédiatement à Roland Giguère. Vous auriez tout à fait raison. Cet immense poète que les critiques classent parmi les surréalistes, l’auteur de L’Âge de la parole, entre autres, je vous l’offre en ce début du mois d’août comme une espèce d’attente…


J’erre

Je ne vous suis plus

je ne vous plus dévoué

je ne vous suis plus fidèle

j’erre à ma guise enfin

hors des sentiers bénis

j’erre aux confins de ma vie

j’erre parmi mes amis les meilleurs

que pourtant je tiens pour vigies

mais j’erre

j’erre toujours entre vos dires

j’erre pour ne pas mourir.


(Ce poème merveilleusement bien interprété par Chloé Sainte-Marie a été mis en musique par Gilles Bélanger, celui des 12 Hommes Rapaillés.)


La vie dévisagée


Il nous faut sans cesse tenir l’équilibre

entre l’horizon disparu et l’horizon imaginé

avec la crainte de perdre pied à la terre

de n’avoir plus le pied marin

de ne pouvoir plus marcher sur les fils de fer

de ne savoir plus marcher sur les mains


malheureux fils d’équilibristes

nés en plein ciel

au temps mémorable de l’absence des filets


(Quel joli clin d’œil à Alfred Desrochers!)


Je vous envoie maintenant quelques vers épars que j’ai soutirés ici et là, plutôt là qu’ici…


Nous étions fous aussi

mais fous de nos amours

fous de notre liberté

et pour ne pas crier

nous écrivions sur nos murs

des lettres voyantes

en capitales éclairées

--

On sème

des espoirs de toutes couleurs

sur nos nuits blanches

et le cœur s’apaise

--

Pour aller plus loin : ne jamais demander son chemin à qui ne sait pas s’égarer,

--

On finira bien par tout savoir de notre ciel

nos étoiles auront des noms propres

la lune sera sans voiles sans quartiers

notre avenir dessiné dans la paume de la main

la mort allongée sous la lampe de parchemin.

--

Ces rêves étaient bien les nôtres

Nous avons tourné la page hier

Mais nous n’avons pas fermé le livre

--

Sans fioritures désormais

sans fleurs sans ornements

la ligne va vers le point final

--

Face aux grands remous de mémoire

d’où émerge une main couronnée

nous n’avons à offrir que fleurs de folie

et quelques phrases décapitées.

--

Il faut toujours voir au-delà, prendre tout pour une fenêtre. L’important, dans tout cela, n’est pas tellement la fenêtre elle-même que le panorama sur lequel elle donne.

--


Je n’oublierai jamais ce mois d’août 2004, dans la grande et belle maison de Marielle à Saint-Valérien, près du Bic; je n’oublierai jamais ce doux moment alors que je trouvais le livre de Roland Giguère (L’Âge de la parole) sous une patte de lit afin d’équilibrer la couchette. J’ai gardé le livre écorné, avec une tache couleur rouille tout juste entre le O et L de parole, et dans lequel Marielle m'écrivait : La «parole» suit parfois des routes étranges…et la voici qui te revient, Jean. Elle est à toi. Pour croire aux miracles… et à la poésie qui transfigure, quelle que soit la route. Amitié. Marielle, été 2004.


Au prochain saut

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

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