Il fallut peu de temps à nos trois acolytes pour les associer au mouvement du leader nazi Adrien Arcand.
Le gros curé Poisson ?
Le gros curé Poisson ?
Il retrouvera sa véritable appellation d’abbé Poisson.
La forêt tout au bout des terres de Daniel ?
La forêt tout au bout des terres de Daniel ?
Il s’agit bien de celles louées à monsieur Granger qui les avait héritées de son père, fort probablement le premier courtier immobilier sans le titre à avoir agi sur le territoire du canton des Saints-Innocents.
Madame Brodeur n’a pas paraphrasé sur l’affirmation - même chose à tous les cinquante ans - qui avait étrangement surpris les trois historiens amateurs, car ils ne pouvaient pas associer l’incendie de l’école à celui de sa propre demeure, celle située face à l’étang. Y avait-il eu cinquante ans plus tôt, presque au début du siècle, un autre sinistre aux alentours du village des Saints-Innocents ? Aucun membre du trio n’arrive à se rappeler cet événement, mais si madame Brodeur a évoqué ce souvenir, difficile de douter de sa pertinence.
Il demeurait à leur esprit quelques questions les empêchant de mieux saisir les propos de la vieille dame à la mémoire sans failles. D’abord, cet abbé Poisson qui demeura au presbytère à cette époque, qui est-il exactement ? Vit-il encore ? Si oui, leur serait-il possible de le rencontrer ? Si non, quelles traces a-t-il laissées dans la paroisse ?
L’évêché, toujours selon madame Brodeur, posséderait des informations sur ce qui a pu se passer dans ce coin du diocèse, là où on nomma un seul curé qui fut, quelques années avant son décès, affublé du titre de chanoine, davantage en reconnaissance d'on ne sait trop quels services rendus que de pour souligner l'exemplarité de ses actions ecclésiastiques.
Madame Brodeur n’a pas paraphrasé sur l’affirmation - même chose à tous les cinquante ans - qui avait étrangement surpris les trois historiens amateurs, car ils ne pouvaient pas associer l’incendie de l’école à celui de sa propre demeure, celle située face à l’étang. Y avait-il eu cinquante ans plus tôt, presque au début du siècle, un autre sinistre aux alentours du village des Saints-Innocents ? Aucun membre du trio n’arrive à se rappeler cet événement, mais si madame Brodeur a évoqué ce souvenir, difficile de douter de sa pertinence.
Il demeurait à leur esprit quelques questions les empêchant de mieux saisir les propos de la vieille dame à la mémoire sans failles. D’abord, cet abbé Poisson qui demeura au presbytère à cette époque, qui est-il exactement ? Vit-il encore ? Si oui, leur serait-il possible de le rencontrer ? Si non, quelles traces a-t-il laissées dans la paroisse ?
L’évêché, toujours selon madame Brodeur, posséderait des informations sur ce qui a pu se passer dans ce coin du diocèse, là où on nomma un seul curé qui fut, quelques années avant son décès, affublé du titre de chanoine, davantage en reconnaissance d'on ne sait trop quels services rendus que de pour souligner l'exemplarité de ses actions ecclésiastiques.
Les deux prêtres se connaissaient-ils ? Fallut-il une autorisation expresse de l’évêque pour que Poisson s'installe quelques années au presbytère de la paroisse des Saints-Innocents ? Était-on au courant au secrétariat du diocèse qu'il avait des accointances avec Arcand, le chef nazi ? Célébrait-il quotidiennement la messe dans l'église paroissiale ? Déambulait-il dans le cimetière, lisant son bréviaire comme le faisait le curé ? À ce sujet, Clotaire, le seul membre du trio ayant officié, plus jeune, comme servant de messe, n’avait aucune souvenance de cet individu.
Leur était-il possible de ramasser quelques traces de cette époque ayant un lien plus ou moins direct avec la présence des chemises brunes et leurs chiens bergers allemands, de l’abbé Poisson ainsi que d’actions se déroulant dans la forêt au bout des champs qu’exploite actuellement Daniel Cloutier ?
Le premier cahier des trois historiens amateurs dans lequel sont colligés les événements survenant aux Saints-Innocents remonte à l’ouverture de l’école primaire. On parle de la fin de 1965.
Leur était-il possible de ramasser quelques traces de cette époque ayant un lien plus ou moins direct avec la présence des chemises brunes et leurs chiens bergers allemands, de l’abbé Poisson ainsi que d’actions se déroulant dans la forêt au bout des champs qu’exploite actuellement Daniel Cloutier ?
Le premier cahier des trois historiens amateurs dans lequel sont colligés les événements survenant aux Saints-Innocents remonte à l’ouverture de l’école primaire. On parle de la fin de 1965.
À ce moment-là, monsieur Saint-Pierre vient tout juste d’être nommé concierge du nouvel édifice et abandonne définitivement l’agriculture. Le ministère fédéral des Postes lui annonce que le remplacement qu'il effectue, celui du facteur décédé dans l'incendie de sa demeure, prendra fin dès qu'un bureau de poste, rue Principale, sera fonctionnel.
Clotaire accepte le poste de chauffeur du seul bus propriété de la commission scolaire qui doit déposer les élèves fréquentant l’école secondaire située à environ dix kilomètres du centre du village.
Pour sa part, l’oncle de Daniel Cloutier voit son poste d’employé municipal devenir permanent.
Chacun devant s’adapter à son nouvel emploi, se lancer dans des recherches sur les événements antérieurs ne leur apparut aucunement intéressant. La toute première page de leur document remonte à la bénédiction de l’école primaire, un projet cher à monsieur Granger, dont il n’a jamais cessé d’être fier. Ce qui s’était passé auparavant ne les préoccupait pas vraiment, en fait, ils n’y voyaient aucun intérêt. Élevés à l’école de rang, paroissiens exemplaires, rien ne les prédisposait à autre chose que succéder à leurs parents sur la ferme familiale.
Les grands bouleversements qui frappèrent leur imagination se résument au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 et la conscription qui secoua la province de Québec durant cette période ; l’arrivée surprise d'une famille autochtone s’installant au bout d’un rang qui n’était pas et ne serait jamais entretenu ; la mort de Maurice Duplessis en 1959 suivie de la Révolution tranquille. Comme se plaisait à le répéter monsieur Saint-Pierre, « on nous a élevés pour continuer à rester des niaiseux » à un point tel que tout événement le moindrement différent de la vie régulière et habituelle leur passait par-dessus la tête et cela dans l’indifférence la plus complète.
Il n’y avait que la famille Granger qui était abonné à un journal, LE DEVOIR, celui que le curé qualifiait de rouge comme l’enfer. Cela aiguisa l'intelligence du fils Granger, actuel président de la commission scolaire, qui, déjà à l’époque de l’école de rang, regimbait contre la noirceur ambiante. Après sa septième année, le fait qu’il parte pour un collège montréalais soulagea une bonne partie de la population, voyant en lui un antéchrist, réputation qui s'estompa rapidement, son talent d’administrateur profitant bientôt à la communauté des Saints-Innocents. Monsieur Saint-Pierre ne se gênait pas pour dire qu’avec lui, un vent de fraîcheur éloignait, légèrement, avouons-le, mais éloignait tout de même l’intransigeance et le dogmatisme du curé. La famille Granger n'était en rien le modèle proposé par l'Église, celui de la « Sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph. »
Le feu qui détrusit la maison du facteur, celle qui faisait face à un étang, lui-même face à la rivière Croche, incendie qui éclata sans avertissement, quelques semaines à peine après son retour du conflit en Europe, le propriétaire - monsieur Brodeur - ainsi que son fils Antoine périrent avant que les pompiers volontaires puissent leur venir en aide. Le facteur alors remplacé jusqu’à l’ouverture du bureau de poste par monsieur Saint-Pierre, selon ce qu’on en a entendu dire, aurait tenté de rejoindre Antoine, dont la chambre était à l’étage, mais sans succès.
Le feu qui détrusit la maison du facteur, celle qui faisait face à un étang, lui-même face à la rivière Croche, incendie qui éclata sans avertissement, quelques semaines à peine après son retour du conflit en Europe, le propriétaire - monsieur Brodeur - ainsi que son fils Antoine périrent avant que les pompiers volontaires puissent leur venir en aide. Le facteur alors remplacé jusqu’à l’ouverture du bureau de poste par monsieur Saint-Pierre, selon ce qu’on en a entendu dire, aurait tenté de rejoindre Antoine, dont la chambre était à l’étage, mais sans succès.
Est-ce une légende ? Ce qui persiste au village des Saints-Innocents quand on se remémore la tragédie, c’est la honteuse image d’un garçon de quatorze ou quinze ans, figé devant sa fenêtre, souriant tout en saluant la foule impuissante qui assiste à sa lente agonie. Tous ceux qui se souviennent encore se rappellent d'une dame Brodeur, seule survivante, tombant lamentablement dans un état de léthargie profonde. À partir de ce moment-là, elle ne fut plus jamais la même. On lui trouva une petite maison située au bout de la rue Principale où elle s'installa ; c’est monsieur Granger qui s'occupa de la rénovation. Depuis, chaque jour, elle passe d’un état passif qui la déconnecte du réel, pour en revenir parfaitement consciente de ce qui a pu se produire autant dans sa vie personnelle que dans l’histoire du canton. Elle a également développé une habitude, celle de se rendre tous les jours au bureau de poste, un trajet qu'elle fait à pied sans parler sans saluer sans réagir aux gentillesses des gens, les yeux vides, fixés devant elle.
Cette date, juillet 1945, les trois comparses l'ont notée dans leur cahier, puisqu’elle aura été le début des rencontres avec la vieille dame, l’étincelle qui les poussera à établir des liens entre ceci et cela, à se pointer le nez dans les affaires de la paroisse et de la municipalité, les deux institutions gérées par les mêmes individus. Étant présents dans diverses sphères d’activités du village, rassembler des faits les intéressa surtout qu’ils s’aperçurent rapidement que des situations, autant celles du passé que celles du présent, les interpellaient, faisant naître quelques doutes à leur esprit.
***
- Monsieur le maire m’a chargé de surveiller la scène, je ne suis pas certain s’il a bien dit « scène de crime », mais ça m’a semblé y ressembler. Faut dire que je lui ai rapporté le fait que la bâche au-dessus de l’entrée de l’école, en plus d’être remplie d’eau de pluie, m’a semblé, c’est bien l’expression que j’ai employée, m’a semblé protéger un meuble pas entièrement détruit par les flammes.
- Voyons, Cloutier, pourquoi tu ne nous en as pas parlé avant. C'est ici, bien assis tranquilles à prendre un café alors qu'on était là il y a quelques minutes. On aurait pu vérifier. À trois, me semble qu'on est pas mal mieux que tout seul. En plus, je comprends que tu sois allé à la mairie faire ton rapport et recevoir les instructions, mais quand même, nous avoir caché ce détail, je ne trouve pas ça correct, dit sèchement le concierge achevant son deuxième café.
- Je vois bien que tu ne connais pas le maire. Il est exigeant au niveau des informations à lui transmettre, encore plus pour celles qu’il doit obligatoirement recevoir. Celle-là m’est apparue dans la catégorie « à ne pas cacher », d'autant plus que c’est le caporal de la Police provinciale lui-même qui a exigé qu’on installe la bâche.
- Et toi, qu’est-ce que tu as vu ?
- Je dois y retourner et comme je serai tout seul, je pourrai prendre tout mon temps pour examiner la situation.
- Tu nous le raconteras ? Mieux, je t'accompagne...
Cloutier n’eut pas le temps de répondre que le président de la commission scolaire entra dans le restaurant. Il les remarque et s'approche d'eux. L'employé municipal en profita pour s'excuser et sortir afin de rejoindre son poste.
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