mardi 18 décembre 2012

Mon nouveau vélo sur vidéo


Il me fait plaisir de vous présenter mon nouveau vélo. Chaque matin, nous partons pour plus d'une heure à la découverte du quartier, même un peu plus loin. Comme il n'est pas évident de circuler, ces randonnées me permettent d'affiner ma conduite, de prendre quelques risques avant d'affronter les grandes artères.

L'après-midi c'est davantage une balade... en sifflant.

À la prochaine

dimanche 16 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside






LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

4


Jeune fille à la Vespa jaune et le valet de trèfle


Il y a certainement un lien entre le fait de m’être procuré un vélo et vous parler (alors que vous lirez) de la jeune fille à la Vespa jaune. Lien facile à établir comme vous le verrez bien. Mais pour se faire j’emprunterai deux chemins qui ne sont pas tout à fait des raccourcis.

Le premier. Saïgon est une ville dont la population tourne autour de 11 millions d’habitants et, semble-t-il, on y dénombrerait autant de motocyclettes (Honda et Yamaha parmi les plus répandues). Depuis que je suis l’heureux propriétaire-utilisateur d’un vélo (Martin 107 avec pas de vitesses), je cherche à savoir combien serions-nous à se balader avec ce moyen de transport: beaucoup moins que les motos, autant que les voitures peut-être.


Le deuxième. Dans cette même ville, selon vous quelles seraient les chances de croiser la même personne plus d’une fois? Pas nécessairement dans la même journée, disons dans la même vie, en tenant compte que vous ne vivez à Saïgon que 182 jours par année. Statistiquement difficile à dire surtout si les critères suivants s’ajoutent: 

la personne devrait être 

-      une jeune fille à longs cheveux noirs;
-      rouler sur une Vespa jaune portant un casque de la même couleur;
-      être habile, très habile sur motocyclette.

Les chances semblent aussi nombreuses que celle de trouver un valet de trèfle par terre. Je vous disais que les Vietnamiens croient à la chance, en fait ils se la souhaitent. Le fait qu’ils soient de grands consommateurs de billets de loterie le démontre bien. Un peu dans la même veine, celle des jeux de hasard, ils raffolent des cartes. Il n’est pas rare de trouver une carte égarée par terre sur les trottoirs ou dans une artère ombragée d’un parc. J’en ai même trouvé une sur ma route du matin, celle qui me mène en vélo vers la périphérie du District 7, petit coin de campagne quasiment en ville.

Si revoir cette jeune fille à la Vespa jaune qui manifestait une incroyable habileté dans la conduite de sa motocyclette était aussi aisé que de marcher sur une carte égarée, pas nécessairement le valet de trèfle, alors je la croiserais tous les jours tellement les cartes tapissent le sol.

Nous roulions en direction du centre-ville en cette fin d’après-midi, pas encore tout à fait l’heure de pointe mais déjà le flot des motocyclettes grossissait à chaque rue. On a doté les grandes artères de feux de circulation, pas les rues secondaires, de sorte que la priorité de tourner, de doubler sur la gauche ou sur la droite fait partie d’un code non écrit que pourtant chacun respecte. Le principe directeur me semble être : protéger sa droite ou quelque chose dans le genre. Circuler en motocyclette exige une attention constante et soutenue car tout peut survenir à tout moment. 

C’est à cet instant que la fille à la Vespa jaune se glissa tout à côté de la Yamaha. De longs cheveux noirs flottaient dans son dos comme alimentés à l’électricité statique. Délicate. Très vietnamienne dans sa tenue traditionnelle. Son azimut en tête, rien n’allait lui barrer la route. Une détermination sans équivoque la faisait de plus en plus ressortir du groupe de motocyclistes rassemblés telle une meute de loups attendant un signal à peine perceptible pour sauter dans la mêlée. A-t-elle vu que je la remarquais? Étais-je le seul? Elle se distinguait par cette assurance, celle de ceux qui possèdent quelque chose comme la beauté globale; cette beauté qui attire regard et admiration. En un mouvement brusque et assuré, elle se faufila entre deux motos. La voici tout juste devant nous. Je pouvais l’admirer de dos. Tout était gracieux. Parfait. Les klaxons des voitures, des camions et des autobus hurlaient. Cela ne la préoccupait pas. Évident qu’elle nous préparait une autre manœuvre. 

Vive comme l’éclair, frôlant un vélo-pousse, la jeune fille à la Vespa jaune bondit carrément en tête de file. Ses hanches aux mouvements de baladi synchronisées avec la moto. Le dos délicatement arqué sur sa droite la rendait plus féminine encore. La voici qui accélère à l’endroit même où les autres motos rétrogradent ou stoppent vivement. Déjà au loin, une tache jaune s’éloigne, laissant pantois, nous et nos regards subjugués qui  cherchent encore, dans le parfum du pétrole et la clarté qui baissait, une jeune fille évaporée.

Revoir, dans Saïgon, une jeune fille roulant sur Vespa jaune, vêtue du traditionnel costume vietnamien, la manœuvrant de main de maître relève autant du hasard que, une fois encore, trouver par terre un valet de trèfle sorti d’un jeu de cartes maintenant incomplet.

Nos rencontres relèvent-elles de l’aléatoire? Du résultat d’un tirage au sort? La chance ne serait-elle qu’attente ininterrompue? Un billet de loterie gagnant… Être au bon endroit au bon moment… Être né sous une bonne étoile… Un peu comme ce rapide éclair jaune dans le smog vietnamien de fin d’après-midi, comme fouler du pied un valet de trèfle, la chance n’aurait-t-elle pas la mauvaise et sinistre habitude de ne jamais se présenter lorsque nous l’exigeons? Ou de bondir au moment où on s'y attend le moins? Certains diront qu’il faut faire sa chance, qu’il faut croire en sa chance. Sans doute. Mais cela ne me ramènera pas ce fugace instant jaune.



À la prochaine

jeudi 13 décembre 2012

La vidéo de la semaine


Tous les mardis, c'est journée 2 pour 1 chez Dominos's Pizza.
Mardi dernier, j'y étais avec Lisa, sa fille et YoYo.
Voici quelques images prises à la sortie du restaurant bondé de monde.

À la prochaine

mardi 11 décembre 2012

Petites histoires drôles

Rue devant la gare de Saïgon


Deux autres petites histoires locales et quatre courtes phrases - de celles qui dépannent - en langue vietnamienne.



Celui qui refusait d’être un flatteur

         Il y avait un vieil homme très riche qui aimait être flatté. Tout près de chez lui vivait un homme pauvre, mais qui jamais n’adressait de flatterie à ce vieux richard. Une fois, le vieux appela cet homme pauvre et lui dit :

- Tu sais que je suis un homme riche. Très riche même. Alors, pourquoi ne me flattes-tu pas?

- Que Monsieur soit riche, très riche même, je n’en ai cure. Pour quelle raison devrais-je le flatter?, répondit l’homme pauvre.

- Si, reprit le vieil homme riche, je te donne la moitié de mon patrimoine, est-ce que tu me flatteras?

  - Monsieur, sachez qu’avec la moitié de votre patrimoine je deviendrais un homme riche, tout comme vous. Pourquoi devrais-je encore vous flatter?

   -  Alors je te donnerai tout mon patrimoine. Me flatteras-tu à présent?

L’homme pauvre, le regardant droit dans les yeux, répondit :

-   À ce moment-là, ce sera à Monsieur de me flatter, moi.



Le canard à deux pattes

Un jeune homme flattait un mandarin. Un jour, apercevant le canard du mandarin dormant sur une patte, l’autre étant rétractée, ce jeune homme dit par manière flatteuse :

-      Honorable, très Honorable mandarin, votre canard a noble apparence.

-      Comment noble apparence, rétorqua le mandarin?

À l’improviste, le canard se réveilla, étendit sa patte rétractée vers le sol. Le jeune homme, ne sachant trop quelle louange encore inventer, redressa la tête en disant d’un air sérieux :

-      Honorable mandarin, le canard du mandarin a … deux pattes, ah!

Furieux, le mandarin fit passer la porte au flatteur.



D’une langue à l’autre


Tôi moi noi duoc it tieng Viêt thoi 
( Je ne parle qu’un peu de vietnamien.)

Tôi không hieu
(Je ne comprends pas.)

Tôi hieu
(Je comprends.)

Tôi muon hoc tieng Viêt
(Je veux apprendre le vietnamien.)


À la prochaine

samedi 8 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside



LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

3

Le crayon coupe-papier et le harem de Khadafi



Le temps est lourd, pesant. À l’orage. Sans doute en raison du typhon Bopha qui détruit  actuellement une partie des Philippines. Tellement lourd, tellement pesant qu’un seul petit courant d’air circule au Café Riverside; il provient du ventilateur qui s’enrage à vouloir le distribuer partout sur la terrasse. Quelques rayons de soleil ce matin puis ces nuages qui enveloppent Saïgon ne laissant au firmament aucune chance de se pointer le bout du nez. Sur la rivière plusieurs feuilles rassemblées en touffes suivent le courant. Un lotus rouge parmi elles donne de la couleur à ce brun sur gris. 

J’étais ici hier soir, non pour écrire mais y achever la lecture du roman d’Amos Oz, SEULE LA MER. Absolument bouleversant. Quelques chapitres troublent par leur sincérité, leur sensibilité; ils décrivent sur un ton poétique le quotidien de ceux qui, après la mort, restent, de ceux pour qui l’en-allée sera toujours restante. En fait, les chapitres qui s’éloignent de la ligne continue du livre - le double deuil, d’un mari et d’un fils, de cette femme atteinte du cancer et qui brodait à la dentelle tout en regardant la mer - ces chapitres enveloppent l’idée maîtresse cherchant à nous en éloigner comme si le deuil pouvait s’intégrer (se vivre) plus aisément par le mouvement, le départ ou le changement dans nos habitudes quotidiennes. Cette femme souhaitait achever son ouvrage avant que l’oiseau du matin lui annonce que ça allait advenir aujourd’hui; elle ne croyait pas à l’espoir que médecin et famille entretenaient sur son état. Elle savait. Aura raison, celle qui deviendra «leur sommeil».

Le roman se situe quelques années après la fin de la deuxième guerre mondiale, écrit par un israélien critique du sionisme qui prend forme. Si je vous disais que l’on y retrouve deux phrases sur les camps de concentration, sur les misères dans lesquelles les Juifs se complaisent parfois, eh bien j’exagérerais. Pas du tout dans cette thématique si souvent abordée par plusieurs auteurs au cours des cinq dernières années.

Après ce roman et le fait de réaliser que je suis ici depuis plus de trois semaines déjà, je me rends compte que la distance s’amuse à réveiller certains souvenirs, comme si des grands coups de mémoire fracassaient tout, les faisant surgir d’un inoffensif détail. Est-ce que ça existe la mémoire émotionnelle?

Le crayon coupe-papier en est un exemple.

J’étais à la plage de Phan Thiet, près de Muiné. Le lunch achevé, se présente le garçon du service aux tables, facture en main, nous demandant de la signer pour qu’il puisse l’assigner aux frais de notre chambre. Pour se faire, il nous présenta un stylo blanc . Je suis demeuré stupéfait, un instant. Ce crayon blanc était la copie exacte, couleur en moins, du stylo qui reposait sur le petit secrétaire de la salle d’entrée chez mon grand-père Bergeron. Le crayon d’Eudore (le prénom de mon grand-père) était brun. En plus d’être un stylo à bille, il pouvait servir de coupe-papier en raison de sa forme.

Le crayon coupe-papier brun d’Eudore, placé tout à côté du téléphone n’était utilisé que par lui. Personne d’autre n’y touchait. Eudore ne savait écrire que son nom, il s’en servait donc rarement. Jamais ne l’ai-je entendu interdire à qui que ce soit d’approcher ce crayon coupe-papier mais par une sorte de convention non dite et non-écrite, personne n’y touchait. Je m’en souviens parfaitement bien manifestant pour cet objet presque mythique une attirance particulière. Aujourd’hui, rationalisant la situation, je dirais qu’en raison de l’analphabétisme d’Eudore, toucher à ce crayon eut été comme violer l’intimité de cet homme qui croyait que le travail valait davantage que l’éducation. Écrire son nom - il ne disait pas «signer mon nom» - voilà jusqu’où l’école l’avait mené.

J’utilise le mot éducation mais le terme instruction conviendrait mieux, car de l’éducation il pouvait en vendre et en revendre alors que de l’instruction se résumait à fort peu.

Revoir un crayon coupe-papier… plus de cinquante ans après … m’a amené à penser qu'un objet ayant en soi fort peu d’importance peut signifier beaucoup. Un évènement aussi, j'imagine. Une couleur, une odeur, un visage, une voix. Je sais que ce stylo coupe-papier presque jamais ne servait; signer un document parfois, occasionnellement. S’en départir, jamais pour rien au monde car sa seule présence, toujours au même endroit, était pour le grand-père, l'assurance qu’avec quelques lettres mises bout à bout on peut obnubiler l’ignorance.

L’ignorance va au-delà du manque d’information. Ignorer c’est se rendre esclave de préjugés, de qu’en-dira-t-on; ne pas se fier à son opinion, ne pouvant en formuler aucune; se résoudre à percevoir et comprendre le monde à partir de ce que les autres nous disent être la vérité; vérité et foi se confondent souvent.

J’en ai pour exemple un reportage qui m’a ému et troublé à la fois. Pour entendre parler français à Saïgon j'ai bien peu d’options. La plus simple : TV5 MONDE. Comme je ne suis pas amateur de télévision, je m’astreins à n’écouter que les informations présentées en «flash» ou en bulletins provenant de France, quelques fois du Québec.

Je ne me souviens plus exactement quel soir on diffusait sur TV5 MONDE un reportage sur la Libye de l’après Khadafi. Passons rapidement sur les analyses des spécialistes de la région pour en arriver à mon propos : l’ignorance.

Un journaliste français a réussi le coup fameux de retrouver une jeune fille ayant fait partie du harem du Colonel Khadafi. Elle a accepté de suivre la télévision française en route vers le palais personnel du dictateur, aujourd’hui en ruine, tout en racontant son histoire.

Elle fut enlevée par des membres de la garde rapprochée de l'ancien maître incontesté de Libye alors que celui-ci, visitant une école, la remarqua. Elle avait à peine 16 ans. Il en fit sa préférée. À un point tel que son appartement, qu’elle parvint à retrouver dans les ruines de ce palais sous haute surveillance, était directement situé sous la chambre du colonel. Elle fondit en larmes.

C’est à ce moment que des hommes armés font irruption, sous l’œil de la caméra, exigent des explications qu’elle leur donne le souffle coupé comme si elle revivait ces moments où on l’arrachait à son petit réduit pour la conduire dans le lit de l’ogre affamé. On ne la croit pas. On lui dit que cet endroit est interdit, que si elle connaît si bien les lieux, c’est qu’elle entretient toujours des liens avec l’ancien régime. Elle réplique, élaborant sur le type de liens qu’elle devait obligatoirement avoir avec le dictateur. On l’arrête, la fait grimper dans une jeep et elle sera conduite dans un lieu secret pour un interrogatoire. Plus personne n’a entendu parler de cette jeune fille, la préférée parmi toutes celles qui s’entassaient dans le harem du Colonel Khadafi.

Je relie cette courte histoire à l’ignorance. Non pas celle d’Eudore, mon grand-père, mais celle qui prévalait en Libye. Ailleurs également. On est tous des ignorants à certain niveau. Maintenir les gens dans cet état c’est les empêcher de réfléchir par eux-mêmes, pire encore, leur induire des concepts, par la force et par la peur, afin qu'ils les multiplient inconsciemment. Ils deviennent comme un stylo coupe-papier reposant sur un secrétaire. Plus rien ne bouge. On ne touche à rien. On arrive même à oublier, on fait partie d'un environnement qu'on ne questionne plus.

Ceux qui ont arrêté cette jeune fille l'ont victimisée une deuxième fois: victime du système initial, maintenant de celui qui s'installe. Ignorant ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a subi, ils sont convaincus qu’ayant côtoyé l’ancien régime, elle en fait  encore partie. Et ils ont exécuté le protocole les yeux fermés tout comme on le faisait à l'époque où l'ignorance faisait la loi.

On a fait la révolution en Libye. Tué le tyran. Mais a-t-on éradiqué l’ignorance? Les concepts qui font agir maintenant sont-ils si différents que ceux que l’on a voulu voir disparaître avec cet homme rapidement enterré dans le désert?

La véritable révolution, encore à faire, sera sans doute celle contre l’ignorance : de l’analphabétisme au péché contre l’esprit.

À la prochaine

jeudi 6 décembre 2012

La vidéo de la semaine



Ce jeu (Da' Cân) se joue dans plusieurs parcs de Saïgon. Ici, j'ai filmé quelques adeptes de cette activité dans le Parc du 23 Septembre, tout près du Marché Benh Thanh,

À la prochaine


mardi 4 décembre 2012

Petites histoires drôles

Lotus, fleur emblème du Vietnam


L’humour aide beaucoup à mieux comprendre certains traits de la culture. Au Québec, au risque de me tromper, l’humour semble glisser vers le «pipi-caca» et le sacre facile. Ce que je trouve au Vietnam s’inscrit dans un tout autre registre.

J’ai déniché à gauche et à droite quelques petites histoires drôles et, à l’occasion, vous en offrirai une afin de vous faire partager ce qui fait rire – et réfléchir tout à la fois – le peuple vietnamien. Rien à voir avec «c’est l’histoire du gars qui …». Vous constaterez par vous-même.

J’ajouterai, pour votre culture personnelle et stimuler mon apprentissage combien ardu de la langue vietnamienne, un ou deux mots, une ou deux expressions que tout voyageur au Vietnam devrait connaître. Pour ce qui est de la prononciation juste, c’est une autre histoire… Tout cela, juste pour rire!

La première petite histoire drôle s’intitule : MAÎTRE et SERVITEURS.

Ça va comme ceci.

         Un vieil homme, très riche, avait recruté trois serviteurs. Il les avait choisis selon leur caractère. Il en souhaitait un premier qui soit soigneux, un deuxième prévoyant et le dernier, poli.

Un bon jour, l’aîné des enfants du vieil homme tomba dans un ruisseau profond. Le serviteur (soigneux) vit la situation et courut le dire à son maître:

-        - Pardon, Monsieur, votre fils aîné est tombé dans le ruisseau, je vous demande l’autorisation d’aller le secourir!

Une fois repêché, le fils avait bu tellement d’eau qu’il fut impossible de le sauver. Le vieil homme, furieux, congédia le domestique (soigneux) sur le champ et ordonna au serviteur prévoyant d’aller acheter un cercueil. Celui-ci partit immédiatement et revint avec deux cercueils.

Le maître, voyant cela et fort étonné, exigea des explications.

-     -              Voilà, j’ai fait cet achat en prévision, si jamais un accident arrive au second fils, nous l’aurons immédiatement sous la main.

Furieux, armé d’un bâton, le vieil homme chassa le serviteur prévoyant. Il ne lui restait plus qu’un seul serviteur, le poli. Un jour, alors que le maître et son serviteur passaient par un village, ils se retrouvèrent devant un ruisseau torrentiel. Le serviteur poli transporta le maître sur son dos et ne proféra aucune plainte. Le vieil homme le complimenta :

-      -     Excellent! Excellent! Tu supportes cette charge supplémentaire sans jamais te plaindre. L’an prochain, je te donnerai en récompense un habit splendide.

En entendant ces mots, le serviteur tout confus déposa aussitôt le maître au beau milieu du ruisseau, joignant les mains, il répondit poliment :

-      -          Je me permets de remercier beaucoup mon maître!





D’une langue à l’autre
(Je ne pourrai pas vous transcrire tous les signes
mais le ferai quand mon clavier me le permettra.)

Chào ông!                     Bonjour monsieur!
Chaò bà!                       Bonjour madame!
Chaò cac anh!              Bonjour messieurs!
Chaò cac ban!              Bonjour les amis!
Xin chaò cac anh chi!  Bonjour messieurs, mesdames!
Tôi xin chaò ông!       Je me permets de vous saluer, monsieur!


À la prochaine

dimanche 2 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside



LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE
2
Les trois handicapés

Je suis de retour au Café Riverside. C’est mardi. En après-midi. Et je retrouve, tout comme cela m’arrivait quotidiennement au Jardin des Tuileries à Paris, je retrouve exactement le même endroit, la même table alors que derrière le Louvre, c’était cette longue chaise verte qui m’attendait.

En fait le Café Riverside répond au nom de Cafe_Vuon_Kieng. Sa terrasse donne sur la rivière Saïgon, celle dont le courant monte ou descend selon la marée de la Mer de Chine. Dans le port de Saïgon, où se situe-t-il précisément, je ne saurais le dire. Chose certaine, qu’il ait pignon sur rue et sur eau dans le District 1 tout à côté des grands hôtels en fait un endroit très fréquenté. Pas du tout «in», il n’a pas changé depuis janvier dernier, sauf que des touristes, tout comme aujourd’hui, il en pleut.

Le Café Riverside deviendra l’endroit pour écrire ces chroniques, sorte de deuxième regard sur le regard voyeur que je porte autour de moi ou sur ce qui se jette à mes yeux. La dernière fois, c’était plutôt la première, des amoureux et des pigeons. Au fait, ici, les pigeons règnent en maîtres, on leur a même construit un colombier (je ne voulais répéter le mot pigeon…). Sans oublier que le café glacé est particulièrement bon.

Un autre petit détail au sujet de mon lieu d’écriture : les fumeurs semblent s’être donné le mot et prennent place là où le vent pousse la fumée derrière eux et derrière eux, il n’y a personne. Un petit dernier : la musique, toute vietnamienne et en sourdine ne joue pas les trouble-fête.

En partant tout à l'heure je ferai une petite vidéo du Café Riverside afin que vous puissiez au moins le voir et vous imaginer, lisant cette chronique et les suivantes, où je suis installé quand je les écris.

Le titre d’aujourd’hui, les trois handicapés, vous effraie peut-être? Il y a un bon moment que je souhaitais parler d’eux mais l’occasion ne s’était pas encore présentée. En arrivant à Saïgon, me promenant près du marché Ben Thanh, quasi au même endroit j’ai revu les trois handicapés, chacun à son coin de rue, assis ou écrasé par terre, main tendue comme le font les sans-abri de partout dans le monde. Ils n’ont pas changé depuis le mois de mai dernier. Si mon sens de l’observation ne me trahit pas, chacun des trois handicapés est vêtu des mêmes vêtements et dans le regard, pas le regard de celui qui quête, celui qui reçoit une obole et se retourne du donateur manifestant soit du dépit, de la joie ou encore le sentiment de l’avoir un peu fourvoyé, non, dans le regard une question : sait-on vraiment ce qui m’est arrivé?

Pour un des trois, l’agent orange, ce cadeau empoisonné généreusement offert par les GI’s américains, l’aura atrocement défiguré. Les plaies ne semblent pas vouloir se cicatriser ou encore souhaitent-elles ne jamais le faire afin de témoigner des horreurs d’il n’y a pas si longtemps.

Le deuxième : amputation des deux jambes. Il se déplace surtout près du terminus d’autobus, le tronc rasant le sol, les mains déposées sur deux petits tabourets il s’avance, lentement, comme accroché à une bouée de sauvetage. On voit qu’il souffre. La lourdeur de sa démarche sans jambes fait pénible à voir. Albatros sur bitume.  Il ne peut rien transporter avec lui, se transporter lui-même semble déjà une corvée surhumaine. Je me disais que le courage des Vietnamiens serait, chez nous, interprété comme de l’héroïsme. Par 33 degrés C, ramper à quelques centimètres de l’asphalte qui brûle la barre des 40 degrés, relève de l’exploit. Il souffre, c’est évident, mais ne se plaint pas.

Le troisième offre crûment au regard des passants - et je me doute que bien des Vietnamiens ne le remarquent plus - un corps grand et musclé. Sauf qu’il n’a pour bras que deux petites mains ayant la forme de pattes de coq ou d’oie. Trois doigts par main. Une d’elle retient un billet de mille dongs. On l’entend murmurer un «Madame, please… came on (merci en vietnamien)» puis cherche à attirer l’attention d’une autre touriste. Car lui il n’est pas stationné sur un coin de rue, il est à la porte de la Cathédrale Notre-Dame. Il y restera une bonne partie de journée car c’est sans doute le meilleur endroit pour implorer la charité.

On a le réflexe rapide en tentant d'expliquer handicaps, malheurs ou pauvreté à partir des suites de la guerre du Vietnam, principalement celle que les Américains leur ont faite, autant la résilience de ce peuple, son sens de l’organisation, son courage, sa volonté d’indépendance et d’émancipation semblent constituer la réponse aux douleurs d’un passé encore proche. Je me souviens de la galerie du Musée des Beaux-Arts à Saïgon entièrement consacrée à plusieurs œuvres d’artistes modernes qui peignent des personnages handicapés – le terme est imprécis car lesdits personnages sont présentés qui défigurés, qui aux membres amputés, qui au corps abominablement décharné, et j’en passe pour ne pas sombrer dans l’horreur – et il me semble que ces trois handicapés les réunissent tous.

Dans la rue, peut-être dans toutes les rues du monde, une main tendue nous interpelle, implorant un peu de monnaie. Rarement les gens prennent le temps d’une rencontre yeux dans les yeux. Le faire ici, au Vietnam, pourrait s’avérer impoli. Pourtant, c’est dans le regard que tout peut s’expliquer. Si ce n’est pas pour le handicapé lui-même sans doute pour celui qui s’attarde un demi-instant, l’espace de trois secondes alors que le trouble, s’il nous reste encore un peu d’humanité dans le corps, s’installe.

Ils continueront de tendre la main, mais d’abord attirer l’attention. Je me disais, en fait je me le dis à chaque fois que j’en rencontre un, un de ces trois ou un autre semblable, qu’aux survivants de la guerre aucune paix n’est possible.

Ils continueront de vendre des billets de loterie, mais d’abord attirer l’attention. Au Vietnam, on vous dit «Bonne chance» aussi souvent que «Bonjour… Bonsoir». La loterie c’est investir de l’espoir dans la chance pour qu’elle vous inonde de ses vertus. Que cette chance vous soit offerte par un handicapé, une vieille femme qui déambule d’un restaurant de rue à un autre, un aveugle que l’on a installé sous un arbre immense pour éviter des  brûlures supplémentaires à des yeux sans vie, que la chance vous vienne de la part de celui ou de celle qui n’en a pas ou pas eu vraiment, il y a de quoi s’interroger sur cette civilisation. Et sur soi-même.

Lorsque je quitterai le Café Riverside après avoir tourné ma petite vidéo, sans doute croiserai-je à nouveau un des trois handicapés. Je lui offrirai mon sourire, conscient que cela vaut des milliers de dongs vietnamiens.

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - 26 -

Monsieur Saint-Pierre s’interrogeait : s'arrêter au presbytère ou rejoindre son ami Cloutier. L'employé de la ville, en service comm...