lundi 25 juillet 2011

QUATRE (4) CENT-SEPT (07)



Paul Valéry - on ne le cite pas très souvent celui-ci - dit qu'«un ange ne diffère du démon que par une réflexion qui ne s'est pas encore présentée à lui.»


Notre ami ROBERT ouvre trois portes. Par la première, la plus utilisée, il dit qu'il s'agit d'un être spirituel intermédiaire entre Dieu et les hommes, un ministre des volontés divines. La deuxième, plus à la hauteur des hommes, parle d'une personne parfaite, utilisée comme terme d'affection. La troisième, assez rare, pour nommer un grand poisson de mer.

De mon côté, et nonobstant ce que j'ai déjà écrit ici sur les anges, je serais porté à associer ce concept à celui des signes. Le poème que je vous offre aujourd'hui - un ange a passé - ira dans ce sens. Un signe - combien de fois ne les remarquons-nous pas - et si oui, ne les décodons qu'une fois le message transformé en réalité. Cet avant-coureur innocent, je le vois transporté par un messager qui ne réfère absolument pas à Dieu ou ses semblables. Hermès de cette espèce de réalité située entre le réel et le non-réel: l'entre-réalité. Belle idée, n'est-ce-pas? Vous souhaiteriez que j'aille un peu plus loin? Tentons...

Dans le réel, les anges n'existent pas sauf lorsqu'on utilise le terme afin de l'associer à l'affection.

Dans le non-réel, les anges peuvent exister puisque même le non-réel le pourrait. Leur rôle de baladeur frénétique rappelle aux gens ceci ou cela, ce ceci/cela étant puisé à l'ésotérisme ou aux choses religieuses qui nous sont déjà connues ou du moins dont on a entendu parler. L'environnement non-réel nécessite les anges afin de diffuser ces idées qui exigent au préalable un acte de foi ou un acte d'intense croyance.

Dans l'entre-réel, on devient pro-actif. Un signe se décroche de quelque part, un peu comme une île de glace quittant le pôle. Il s'avance. La myopie humaine nous empêche souvent de le voir alors que nous ressentons tout de même sa présence. Une sorte de froideur, d'odeur ou de mouvement qui chacun, par son énergie propre, tente de nous transmettre quelque chose. Et le signe passe. On ne le remarque à peu près pas ou, au contraire, il nous secoue. Voici le champ d'intervention de l'ange. Selon sa force et son expérience il nous poursuit, pas très longtemps car c'est fugace un ange, et s'il nous nous attrape, il tente d'imprimer en nous... son message. Cette surprise nous saute au visage inopinément et nous tentons de la décoder à partir de gestes, de mots ou d'actions des autres qui s'agitent autour de nous. C'est lorsque la conscience intervient dans l'entre-réel que l'ange s'enfuit et que nous voilà aux prises avec cet avant-coureur du temps...

Pas si mal comme théorie. C'est d'ailleurs celle que je tente de rendre intelligible par la métaphore de la marionnette et du camelot qui dort au fond de mon disque dur depuis... trop d'années. J'ose espérer que cet automne, dans la nouvelle maison, le nouveau bureau de travail, j'espère que ça débloquera... enfin.

Alors voici ce poème.

un ange a passé

un ange a passé
papillon sur le bout des ailes d’un oiseau
se laissant bercer sous les nuages

triste, puis un ange passa
heureux je fus

un ange a passé
des étoiles auréolant sa tête
et ses yeux sont piqués de diamants

fatigué, puis un ange passa
reposé je fus

un ange a passé
sous la pluie fine marchait
et la plage s’est ensoleillé

triste, puis un ange passa
heureux je fus

un ange a passé
sa voix enrobée dans le miel
chantait des mots ignorés

fatigué, puis un ange passa
reposé je fus

un ange a passé
ses yeux grands comme la terre
lançaient des éclairs d’amour

triste, puis un ange passa
heureux je fus

un ange a passé
ses mains ont fait siffler le vent
et l’écho m’est parvenu

triste et fatigué j’étais
heureux et reposé je suis



Au prochain saut!

mardi 19 juillet 2011

QUATRE (4) CENT-SIX (06)



Vous admettrez avec moi qu'il y a tout de même un sacré bout de temps que le crapaud n'a exigé de vous... une certaine attention: celle de lire un passage ou deux provenant de mes cahiers de lecture. Alors aujourd'hui, en ce début de canicule*, l'effort - fort agréable admettons-le - sera de mise. Bon retour à nos petits plaisirs!



. ai ce besoin vital de vous écrire avec l'âme

au bout des doigts DANNY PLOURDE



. On peut endormir l'esprit de mille et une façons, lui faire tenir tous les paris, mais c'est le corps qui lance les dés et qui se réveille au milieu des rêves détruits. YVON RIVARD



. Mais en bas, ce n'est jamais comme d'en haut, et devant, ce ne sera plus comme derrière. MARC-ANDRÉ BROUILLETTE



. L'inquiétude, selon FERNANDO SAVATER, cela veut dire que la routine instinctivement apaisante - même embellie par des succès partiels - ne suffira jamais à nous permettre de continuer à vivre humainement. Être humain c'est chercher sans cesse et toujours la formule de la vie humaine.



... à vrai dire, qu'est-ce qu'une personne? Une succession de personnages qui se cherchent les uns les autres sans jamais se reconnaître tout à fait ! JEAN BÉDARD



. J'éprouvais aussi, devant que de parler, à quel point deux êtres, vivant somme toute de la même vie, et qui s'aiment, peuvent rester (ou devenir) l'un pour l'autre énigmatiques et emmurés; les paroles, dans ce cas, soit celles que nous adressons à l'autre, soit celles que l'autre nous adresse, sonnent plaintivement comme des coups de sonde pour nous avertir de la résistance de cette cloison séparatrice et qui, si l'on n'y veille, risque d'aller s'épaississant... ANDRÉ GIDE



. Des mots veillent, on ne sait où? Précèdent, naissent au bout de la langue. Des mots que l'on prononce parfois avant de les habiter. ANDRÉE CHEDID



Et il y a toujours en moi quelqu'un qui doute de l'amour qu'on dit lui porter... Dr OLIEVENSTEIN



. Demain n'arrive jamais mais le lendemain oui. NANCY HOUSTON



. Rester vivant, ça se mérite. JONATHAN LITTLE



. ... mieux vaut regarder le ciel que d'y être. C'est un endroit si vide, si vague. Juste l'endroit où se promène le tonnerre et où les choses disparaissent. TRUMAN CAPOTE



. La réalité n'est pas la vérité. ROBERT LALONDE



. La vie, c'est un embêtement, poursuivit Zorba; la mort, non. Vivre, sais-tu ce que ça veut dire? Défaire sa ceinture et chercher la bagarre. NIKOS KAZANTZAKI



. Du plus profond il faut que le plus haut à sa propre hauteur s'élève. NIETZSCHE



. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre. On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie. ALESSANDRO BARICCO



. L'amitié qui les avait unis leur appartenait en commun, et aucun d'eux n'avait le droit de ruiner à jamais le bonheur de l'autre. ROGER PEYREFITTE



. Dans la vie, tout finit en histoire. FRANCIS CARCO



. La vie change dans l'instant. L'instant ordinaire. JOAN DIDION



. Il vaut mieux être blessé par la réalité que réconforté par un mensonge. KHALED HOSSEINI



. Les mondes que j'imagine sont peu habités. La foule se presse trop nombreuse, elle parle trop fort autour de moi. Alors il faut éclaircir la forêt, nettoyer le paysage. Quelques amis, quelques ennemis suffisent pour faire une vie. En dehors d'eux, la terre marche toute seule, les fleuves coulent, les téléphones sonnent dans le vide. PIERRE NEPVEU



. ... c'est le doute qui fait l'homme, pas la foi. C'est l'inquiétude, et non la croyance. L'épreuve du discernement, bien plus que les convictions. DIDIER van CAUWELAERT


*canicule: époque de grande chaleur (l'étoile de Sirius ou canicule se lève et se couche avec le Soleil du 22 juillet au 22 août).


Au prochain saut!

mardi 12 juillet 2011

QUATRE (4) CENT-CINQ (05)



Il en faut au moins un en juillet. Minimalement. Un saut et puis après on verra!

La main risque de s’ankyloser. Si facilement.

Même si ce n’était que pour dire la présence – symbolique peut-être – de trois ou quatre crapauds autour de la maison. Ils n’ont rien mais absolument rien à voir avec celui du parc Forillon; on ne me croit toujours pas alors que je raconte cette vision «batracienne/amphibienne» qui coassait à la lune dans un étang, y retourner je le retrouverais, tout près de la mer, face au parc Forillon.


Non, rien à voir, mais ils s’amusent à crapahuter ici et là. Souvent sous les plans de tomates ou encore du côté des grands pins; parfois devant, tout juste près de la souche qu’il faudra bien un jour enlever.


Nous sommes souvent portés à interpréter la vie animale à partir de références familiales : le père/la mère/les enfants. Dans le cas de mes crapauds de campagne, c’est la même chose. Le plus gros, sera pour notre compréhension, «la maman». Pas de papa. Et trois petits, dont un minuscule et deux moyens.


J’ai tenté à deux reprises de les prendre en photos. Ils n’ont pas collaboré. J’arrivais, l’appareil en main, et oups! disparus. Sans vous faire de promesses, j’essaierai une autre fois de les immortaliser sur pellicule électronique.


Mon frère me demandait si j’avais vu des écureuils dans mon nouvel environnement. Un seul. Une seule fois. Depuis, il a disparu. C’est à croire que maintenant je suis dans le bon étang!


Il n’y a pas que ces trois/quatre crapauds qui alimentent mes observations campagnardes. L’air. Mon ami Gérard, à qui je disais que mon dernier saut à Montréal fut pénible au niveau de l’odeur du vent, croit que je suis en désintoxication de CO2. Moi qui raffolait de tout ces gaz qui enveloppaient la métropole, maintenant – à peine trois mois plus tard – ne demande que cet air pur qui a su plonger un court instant dans la rivière au bout de la rue.


Oui : les crapauds, l’air et aussi les gens. Beaucoup les gens. Ciel! c’est à croire que je suis en train de vous raconter ma vie… Pourtant, la vie des autres c’est un sujet à roman ou à nouvelle… Deux mots alors. Un peu pour vous situer tout comme je l’ai fait alors que le blogue fut lancé en septembre 2005. Ce nouvel environnement de crapauds, d’air et de gens – ici, ce sont les filles, les petits-enfants, Claudette et Réal – ne peut se bien saisir sans que leur juxtaposition. Ça devient un tout. Voilà, je vous laisse deviner le reste…


En campagne – La Palisse dirait «on n’est pas en ville» - tout peut sembler différent. Le rythme de vie, le temps qui passe, l’organisation des journées. Le fait que le «voisinage» n’a pas la même signification. J’oubliais de vous parler que j’ai installé ma porte moustiquaire à l’entrée en avant. Ça vous décroche un courant d’air d’une pureté sans égal. Vous devriez voir et apprécier. Bon voilà, je reviens à mes… j’allais dire moutons alors que sans doute vous pensiez… crapauds.


Le goût d’écrire me revient. Il aura été précédé par un immense besoin de lire. Que doit-on faire lorsque lire ne fait plus partie de nos occupations quotidiennes? Une seule chose. Lire. Lire Gabrielle Roy. J’achève «La montagne secrète». Lire nos bons vieux classiques. Et Gabrielle Roy en fait partie.


Ensuite, ce sera Atiq Rahimi, «Maudit soit Doistoïevski».

En parallèle, Pablo Neruda, «Chant général». Pure merveille!

Vous vous doutiez bien que ça allait finir par un poème Celui que je vous offre aujourd’hui a été entrepris à Montréal, achevé en campagne. Avec tout mon cœur, le voici :

difficile à dire

difficile à dire s’il s’agissait de neige ou de pluie

que cette boue ramassée en flaque au milieu de la ruelle

le vent qui nuit et jour hante les clôtures a sa propre idée…

à partager avec la pleine lune lorsque celle-ci

exigeant l’alignement des étoiles, daignera

par ses mots livides nommer cet amalgame bizarre


… et les bruits semblaient venir de loin


difficile à dire s’il s’agira de pleurs ou de cris

dans l’inavoué de ces rencontres espérantes

celles que les siècles écrivent à l’encre de sang

pour continuellement les arracher du papier sauvage

comme des promesses d’angles morts aux intersections humaines

et se promèneront dos à dos sur des chemins obscurs


… et les bruits au loin semblaient se répercuter


difficile à dire si ces larmes diluées dans la neige ou dans la pluie

comme autant de silences contenus, retenus puis projetés

à même la hargne des oiseaux qui les picoreront… gelées

difficile à dire dans leurs mouvements microscopiques

le parcours ininterrompu d’une vie en pente descendante

abrupte comme ces pas amusés qui giclent sur la flaque


… et les bruits s’éteindront mouillés dans l’innommé

Au prochain saut

jeudi 2 juin 2011

QUATRE (4) CENT-QUATRE (04)


Vue du bureau

Le dernier saut remonte au 15 avril... Avez-vous remarqué que lors de grands changements dans la vie de quelqu'un - je parle de bouleversements d'importance - on cherche souvent des repères et si on ne les retrouve pas, on tente de les reconstruire un peu comme si nous reconnaissions que leur absence nous déboussolait? Et parfois, la nouvelle situation n'exige absolument pas que les mêmes repères soient réinstallés. C'est beaucoup ce que le crapaud vit actuellement alors que Montréal est derrière, que ses nouvelles habitudes n'ont pas les résonances qu'elles avaient il y a un peu plus de deux mois.

Le matin, je lis toujours LE DEVOIR qui m'arrive fidèlement sur le balcon avant de la maison, balcon donnant sur l'église et ses deux clochers de la même couleur que les nuages gris de ce matin. Par la suite, pas encore retrouvé cet élan qui me menait vers LE CRAPAUD et toujours à la recherche d'une route de marche dans mon village nouvellement adopté.

Je remarque que devant les changements d'importance, ceux qui modifient en profondeur notre vie - partir de la ville vers la campagne en est un exemple - on tente aussi de remettre ou replacer tout dans le même ordre qu'auparavant: tel cadre à côté de celui auprès duquel il était suspendu... tel meuble dans le même angle du mur... De petits gestes afin de reconstituer ce qui était. Pour se reconnaître sans doute. Ne pas se chercher lorsque le regard bondit sur un lieu de l'espace non familier. Ce n'est pas une bonne approche. Je ne sais pas encore laquelle est la meilleure mais celle-là est improductive.

Aussi, il y a la nostalgie ou, pire, la remise en question des décisions. Là aussi, c'est inutile. Se questionner sur sa faculté d'adaptation? Je pourrais continuer ainsi encore quelques lignes mais l'essentiel s'écrit facilement: une modification importante de son style de vie nous porte à une réflexion aussi fondamentale sur ce qui est à venir et ce qu'on en fera.

Autre chose aussi: je ne reconnais pas encore les odeurs de la maison. Quelqu'un me rappelait qu'une maison prend un certain temps avant de livrer ses secrets. Les premiers jours passés ici, un peu après les travaux de rénovation, je me disais qu'il serait important que je puisse en savoir davantage sur cette maison presque centenaire. Qui l'avait construite, habitée, quittée? Y avait-il eu, déjà, des drames, des tragédies, des événements heureux qui au fil des années se sont réfugiés dans ses murs, dans sa cave ou son grenier?

Reconnaître les odeurs de la maison c'est peut-être aussi permettre aux nôtres de s'installer. Leur laisser le temps... ce foutu temps... mais je ne veux pas revenir sur cet élément complexe.

Aux odeurs s'ajoutent les bruits ou les silences. Est-ce qu'une maison parle avec ses bruits et ses silences? Ceux de l'intérieur comme ceux de l'extérieur. Sans doute. Je me promets de continuer à les observer et tenter de leur donner du sens. Odeurs, bruits et silences, les signes qu'une maison vit, a vécu et vivra.

J'ai quitté Montréal il y a maintenant plus d'un mois; à l'occasion de grandes vagues d'ennui me frappent de plein fouet . Alors je sors. Coupe le gazon. Écoute les cloches de l'église qui carillonnent à midi ou à 6 heures. Je me dis que j'entends couler l'eau de la rivière au bout de la rue.

Et je souhaite me faire plus présent sur LE CRAPAUD...

J'oubliais: il y a un poème entrepris à Montréal et qui sera achevé ici. Bientôt j'espère!


Au prochain saut

PS On indique que le saut date du 2 juin, en fait il fut entrepris le 2 et achevé le 13.

vendredi 15 avril 2011

QUATRE (4) CENT-TROIS (03)




Les bernaches, reconnaissables par leurs longs cris nord-sud, nichent entre la rivière Yamaska et une espèce d'étang - j'irai voir s'il y a des crapauds - que le surplus d'eau a créé dans le champ de l'autre côté de la rue qui mène au village. Elles y sont depuis quelques jours, repos oblige, mais je sens que quelques-unes ne continueront pas le voyage. Les oies blanches s'annoncent, et selon mon grand-père deux volées d'oiseaux migrateurs différents ne partagent pas le même corridor dans le ciel. J'aurai l'occasion de vérifier.


Je parle de ce coin de pays parce que l'emménagement «rural» approche. Cela se ressent sur les sauts de crapaud qui se font rares et espacés. Fin du mois d'avril, début mai... tout devrait reprendre son cours.


Les travaux d'installation vont bon train, roulent allègrement et Montréal s'éloigne derrière mon dos. Pas le temps de réfléchir à autre chose que les tâches à effectuer et à prendre racine. J'y reviendrai aussi...


À bientôt.

vendredi 25 mars 2011

QUATRE (4) CENT-DEUX (02)

Qu'est-ce que ça fait un crapaud qui ne lit presque plus (en fait qui abandonne sa lecture en cours de route) et écrit encore moins? Il devrait, en fait c'est qu'il a fait, suivre le conseil de son ami Gérard (celui de la chorale...celui de Weedon...le voyageur d'hiver...) qui, sur les plages «floridiennes» relit Alphonse Daudet. «Rien de mieux qu'un bon classique», dit-il. Alors, n'écoutant que sa judicieuse recommandation, le crapaud s'est relancé sur LA ROUTE D'ALTAMONT de Gabrielle Roy. Quel bonheur! Merci, ami Gérard.







Ça fait des boîtes (des cartons comme le diraient certains amis français) en vue du déménagement prévu pour la fin du mois d'avril. Il y en a partout dans l'appartement. Un avantage: retrouver certains objets oubliés qui rappellent soit des gens ou des événements.

Quelques pages puis quelques boîtes (cartons), mais aussi les dernières promenades dans ce Montréal que le crapaud laissera à son monoxyde de carbone qui a un goût si particulier, unique, à ses bruits de klaxons et d'automobiles, ses odeurs arrachées au fleuve et qui s'engouffrent dans les ruelles, sans doute ce qu'il y a de plus magnifique à Montréal. Et une question, inévitable: regrettera-t-il son départ? Réponse... à venir!


Ça se dit que la vie est fuyante. «La fin arrive au galop. Je n'avais pas prévu qu'en descendant la pente on prend de la vitesse. Je pensais qu'on pouvait faire tout le chemin au pas de promenade. Erreur, lourde erreur.» C'est J.M. Coetzee qui écrit cela dans son roman L'Âge de fer. Comme il a raison. Et lorsque, comme le crapaud, on partage sa vie en morceaux de sept ans - ça appelle le changement à chaque septennat - et qu'on y est... on trouve la vue fuyante.


Trève de nostalgie. J'ai reçu de Sylvie Desfossés, que je salue bien amicalement, ce texte que je reproduis en «copier-coller». Nous nous sommes croisés sur VOIR.ca et elle vient sur le crapaud. Voici ce qu'elle m'envoie et que je partage avec vous.



Bonjour, Mr Turcotte



Voici un beau texte de grammaire.... J’ai pensée a vous! Avoir et Être



Avec tout mon respect pour votre profession. Bonne journée!Soleil



Sylvie Desfossés Rose rouge lectrice du journal Voir.




Et vive la langue française:


AVOIR et ÊTRE



Loin des vieux livres de grammaire,


Écoutez comment un beau soir,


Ma mère m'enseigna les mystères


Du verbe être et du verbe avoir.


Parmi mes meilleurs auxiliaires,


Il est deux verbes originaux.


Avoir et Être étaient deux frères


Que j'ai connus dès le berceau.


Bien qu'opposés de caractère,


On pouvait les croire jumeaux,


Tant leur histoire est singulière.


Mais ces deux frères étaient rivaux.


Ce qu'Avoir aurait voulu être


Être voulait toujours l'avoir.


À ne vouloir ni dieu ni maître,


Le verbe Être s'est fait avoir.


Son frère Avoir était en banque


Et faisait un grand numéro,


Alors qu'Être, toujours en manque.


Souffrait beaucoup dans son ego.


Pendant qu'Être apprenait à lire


Et faisait ses humanités,


De son côté sans rien lui dire


Avoir apprenait à compter.


Et il amassait des fortunes


En avoirs, en liquidités,


Pendant qu'Être, un peu dans la lune


S'était laissé déposséder.


Avoir était ostentatoire


Lorsqu'il se montrait généreux,


Être en revanche, et c'est notoire,


Est bien souvent présomptueux.


Avoir voyage en classe Affaires.


Il met tous ses titres à l'abri.


Alors qu'Être est plus débonnaire,


Il ne gardera rien pour lui.


Sa richesse est tout intérieure,


Ce sont les choses de l'esprit.


Le verbe Être est tout en pudeur,


Et sa noblesse est à ce prix.


Un jour à force de chimères


Pour parvenir à un accord,


Entre verbes ça peut se faire,


Ils conjuguèrent leurs efforts.


Et pour ne pas perdre la face


Au milieu des mots rassemblés,


Ils se sont répartis les tâches


Pour enfin se réconcilier.


Le verbe Avoir a besoin d'Être


Parce qu'être, c'est exister.


Le verbe Être a besoin d'avoirs


Pour enrichir ses bons côtés.


Et de palabres interminables


En arguties alambiquées,


Nos deux frères inséparables


Ont pu être et avoir été.


Joli non ? Bien loin des contenus humoristiques des envois habituels. Exceptionnellement ce texte mérite d'être transféré largement Vive la langue française!


¸.•´¸.•´¨) ¸.•*¨) ♥Oublie ton passé, qu`il soit simple ou composé, participe ¸.•´¸.•´¨) ¸.•*¨) (¸.•´ (¸.•´ .•´ ¸¸.• à ton présent pour que ton futur soit plus-que-parfait... ♥(¸.•´ (¸.•´ .•´ ¸¸.•



Au prochain saut

mercredi 9 mars 2011

QUATRE (4) CENT-UN (01)


Virginia Woolf

Bref, le moins que l'on puisse dire. Nous sommes passés des 300 aux 400 et à un changement de présentation le temps d'un coup d'oeil. Il faut maintenant aller à l'essentiel, et l'essentiel demeure toujours le contenu.

Depuis quelques belles lurettes le crapaud saute moins, dans le sens qu'il vous présente davantage de ses notes de lecture que ses dernières écritures. Il lui faut vivre avec cela! Sans doute que le déménagement de la grande ville de Montréal vers un petit village de la Montérégie l'occupe beaucoup, qu'il a l'esprit en route vers ailleurs... conséquence immédiate, il écrit moins. D'ailleurs, il lit moins également.

Ce matin, je vous propose Virginia Woolf, ces quelques lignes magnifiques tirées de MRS. GALLOWAY.


La nurse en gris reprit son tricot tandis que Peter Walsh sur le siège brûlant, à côté d'elle, se mettait à ronfler. Dans sa robe grise, avec ses mains qui remuaient infatigablement, tranquillement, elle semblait le champion des droits des dormeurs, pareilles à l'une de ces présences spectrales faites de ciel et de branches qui s'élèvent, au crépuscule, dans les bois. Le promeneur solitaire, qui aime les sentiers étroits, où il écarte les fougères, où il abat les grandes aiguës, lève tout à coup les yeux et voit la figure géante au bout du chemin.

Il est athée, peut-être; pourtant il a des moments soudains d'exaltation extraordinaire. «Rien n'existe hors de nous, pense-t-il. Il n'y a qu'un état de l'esprit, un désir de consolation, de repos; le désir d'une créature autre que ces misérables larmes humaines, si faibles, si laides, si lâches. Mais si je peux la concevoir, alors, en un sens elle existe», et s'avançant dans le sentier, les yeux fixés sur le ciel et les branches, il leur donne sans peine une forme féminine, il voit avec admiration qu'elle devient grave, qu'elle prodigue, avec majesté, lorsque le vent l'agite, dans le sombre balancement de ses feuilles, la pitié, le pardon, l'amour; puis, soudain, jetée en l'air, passe d'une attitude religieuse à une danse endiablée.

Visions du promeneur solitaire; visions qui ont pour lui de grandes cornes d'abondance pleines de fruits, le murmure des sirènes qui chevauchent les vagues de la mer verte, des gerbes de roses qu'on lui lance au visage, les pâles figures, que, pour les étreindre, les pêcheurs cherchent dans les flots.

Visions qui sans cesse flottent devant le réel, l'entourent, le cachent; qui suivent le promeneur solitaire, s'emparent de lui, lui enlèvent le goût de la terre, le désir de rentrer chez lui, et lui donnent en échange une paix profonde, comme si (c'est ce qu'il pense en avançant le long de l'allée de la forêt) toute cette fièvre de la vie était la simplicité même, comme si ces myriades de choses ne faisaient au fond qu'une seule chose et que cette figure, faite de ciel et de branches, se fût élevée de la mer agitée de la vie (il est âgé, il a plus de cinquante ans), forme née de l'écume des vagues, pour répandre, de ses mains magnifiques, la pitié, la bonté, le pardon.

«Ah! souhaite-t-il, ne jamais revenir chez moi, sous ma lampe dans mon cabinet de travail, ne pas terminer mon livre, ne plus jamais vider ma pipe ni sonner pour que Mrs Tarnes vienne débarrasser! mais plutôt marcher droit vers cette grande figure mouvante qui m'enlèvera sur ses branches et me laissera me dissoudre dans le néant comme toutes les choses!»

Visions. Le promeneur solitaire est bientôt sorti du bois; et là-bas, à la porte, abritant ses yeux de ses mains levées, peut-être pour le voir revenir, son tablier blanc soulevé par le vent, se tient une femme âgée qui semble (si puissante est cette habitude) chercher, dans le désert, un fils perdu, un cavalier abattu, qui semble la figure de la mère dont les fils ont été tués dans les batailles du monde. Et, comme le promeneur solitaire avance dans la rue du village où les femmes tricotent, et où les hommes bêchent leurs jardins, le soir semble enchanté; les êtres sont tranquilles comme si quelque destinée solennelle, comme d'eux, attendue sans crainte, allait venir les rouler au néant.


... c'est si sot de faire les choses pour des raisons extraordinaires.


Aimer rend solitaire.


Mais rien n'est aussi étrange quand on aime (et qu'était-ce sinon de l'amour?) que la complète indifférence des autres gens.


Là où il n'y a rien, le sentiment se creuse, complètement vide au-dedans.


Évadé! libre! libre, comme il arrive dans la défaite de l'habitude, quand l'esprit, semblable à une flamme qui n'est pas protégée, se courbe et se penche et semble prêt à jaillir de son support.


Pourtant le soleil brille; pourtant l'on se console; et la vie a l'art d'ajouter les jours aux jours.


L'avantage de vieillir (...) ne consiste qu'en ceci: les passions demeurent aussi fortes qu'autrefois mais on a acquis - enfin! - la faculté qui ajoute à l'existence la suprême valeur, la faculté de se saisir de l'expérience et de la retourner, lentement, dans la lumière.


Personne ne vit seulement pour soi.


... c'est le privilège de la solitude; dans l'intimité, on peut faire ce qu'on veut. On peut pleurer si personne ne nous voit.


Avoir fait les choses des millions de fois les enrichit, cependant l'on peut dire que cela enlève la surface.


Car il n'y a qu'une chose qui vaille la peine d'être dite: ce que l'on sent.


Comment peut-on se connaître? On se rencontre tous les jours, puis on reste pendanr six mois, pendant des années sans se voir. C'est décevant, convenaient-ils, de connaître si peu les gens. Mais disait-elle, sur l'omnibus qui remontait Shafetesburry Avenue, il lui semblait qu'elle était partout, non pas «ici, ici», et elle frappait le dos de son siège, mais partout. Elle agitait la mains dans Shafetesburry Avenue. Elle était tout cela. Si bien que, pour la connaître, elle ou n'importe qui, il fallait chercher les personnes qui les complétaient, et même les endroits. D'étranges affinités la liaient à des gens à qui elle n'avait jamais parlé, une femme dans la rue, un homme dans une boutique, même des arbres ou des granges. Cette idée, jointe à son horreur de la mort, la conduisait à une théorie transcendantale qui lui faisait croire, ou dire qu'elle croyait - elle était si sceptique - que puisque dans nos apparitions, la partie de nous-mêmes qui apparaît est si éphémère comparée à l'autre, la partie invisible qui s'étend au loin, cette partie invisible pourrait bien survivre, se retrouver attachée de quelque manière à une personne ou à une autre, ou même hantant certains lieux après la mort. Qui sait, qui sait.



Au prochain saut

jeudi 3 mars 2011

Le trois cent quatre-vingt-dix-neuvième saut / Le trois-cent-quatre-vingt-dix-neuvième saut

Gérald Godin

C'est quand même un petit peu émouvant! Passer du trois au quatre... je veux dire de la famille des 300 à celle des 400. Vous avez entre les mains le trois-cent-quatre-vingt-dix-neuvième saut et lorsque vous reviendrez pour le quatre-centième, comme à mon habitude, j'aurai changé le décor, modifié serait plus adéquat. Enfin, vous verrez.

Pour achever la série des trois-cent, je suis allé chez Gérald Godin, POÈMES DE ROUTE, pour vous offrir ceci. Mais je tiens à vous rappeler que les poèmes de ce recueil conçus et écrits sur la route 20, entre Montréal et Québec, ont été publiés en 1988.


LES POÈTES

Alain Grandbois roule à la fine épouvante dans sa Bugatti rouge
le coffre plein de Poèmes de Hankéou
que Mao Tsê-tung a aimé beaucoup

Gaston se décroche la mâchoire et fait claquer sa stappe avant de moulin à vent contre l'ennemi

Émile Nelligan récite le Vaisseau d'Or pour les visiteurs d'asile
son gardien lui tient la main et l'appelle monsieur Émile

Michèle Lalonde me regarde par-dessus les yeux
et cherche l'homme de sa vie

Jovette Marchessault observe les animaux de basse-cour
et leur prête des intentions théâtrales

Saint-Denys Garneau est assis entre deux filles
se demandant en vain laquelle choisir

Roland déménage encore
laissez le message à l'atelier

Paul-Marie est gêné
s'il aurait su il aurait pas venu

tous les poètes se tiennent pas la main
dans une tempête à écorner les boeufs
sous un ciel zébré d'éclairs
afin que si la foudre frappe l'un d'eux
ils tombent tous en amour



LE RESTE

N'ai-je pas
tout dit ça
depuis longtemps déjà
je me répète je me répète
et me rassure en me disant que je reconnais
dans les traces mes pistes déjà vieilles
de savoir mon nom
te donne quinze points
dans les jeux de société
où je n'ai jamais été
jeune fille aux veines bleues
sous ta peau si blanche
tout dit tout fait tout vu
ce doit être ça vieillir
cinq heures du matin je me lève
le sommeil de longtemps m'a fui
n'ai-je pas derrière moi
la majeure partie de ma vie
je continue mais sans l'élan


PERSONNE

Il y en a qui écrivent à la première personne
il y en a qui écrivent à la troisième personne du singulier
lui il écrit à personne en particulier



Au prochain saut

mercredi 23 février 2011

Le trois cent quatre-vingt-dix-huitième saut / Le trois-cent-quatre-vingt-dix-huitième saut


Khadaf
i

Comment illustrer ce qui arrive actuellement au Proche-Orient - je pense principalement à la Libye - sans risquer de frôler le cliché et le lieu commun? Je crois très honnêtement que cela ne s'explique pas; d'un côté ça se vit et ça se vit jusqu'à la mort, et de l'autre ça se voit jusqu'à l'épuisement. Nous assistons de façon passive, ce qui pourrait cacher une certaine crainte, au démembrement d'une forme oligarchique de régimes figés dans les bottes de dictateurs ou - je pense principalement à la Libye - d'êtres qui se sont confondus avec leur loi, leur vérité et leur pouvoir.

L'ONU condamne ce qui se déroule actuellement en Libye mais n'agit pas malgré les paroles menaçantes de monsieur Khadafi de procéder littéralement à un génocide. Cette organisation est formidable pour condamner mais tout à fait impuissante à prévenir encore moins intervenir. Entenderons-nous dans quelques mois - ça va si vite actuellement dans cette partie du monde, que l'on pourrait dire dans quelques jours - qu'il eut fallu empêcher de tels actes, protéger les gens contre un dictateur fou et halluciné par sa propre personnalité? Et l'on se demandera ce qu'il faudra faire pour éviter que ne se reproduisent de tels événements inhumains. On ressortira les discours écrits pour parler des massacres au Rwanda, et ailleurs.

Je me suis réfugié, ce matin, chez certains de mes penseurs favoris et voici l'enseignement que j'en retiens.

JEAN BÉDARD

Il y a ceux qui se révoltent contre le visible et se réfugient dans l'invisible, on les appelle croyants parce qu'ils croient à leurs visions. Il y a ceux qui se révoltent contre l'invisible et se réfugient dans le visible. On les appelle incroyants parce qu'ils croient à leur vue. Croyance et incroyance ne sont rien d'autre que des manières de lutter contre ces deux inacceptables que sont le visible et l'invisible. La politique consiste à tenter de tisser la paix en croisant l'un sur l'autre le croyant et l'incroyant, car, en fait, qui peut dire la différence entre la vision et la vue?

Si l'on n'arrive pas à croire assez au bien pour le faire, fait-il croire uniquement au mal qui gagne le terrain qu'on lui laisse!

... il y a dans chaque histoire un événement qui enveloppe tout et dont tout est le développement.

Qu'est-ce qu'une institution sourde à ses contradictions les plus sincères? C'est une masse qui s'appesantit chaque jour un peu plus jusqu'à ce qu'elle écrase tout ce qu'il y a de vivant chez les hommes, ne laissant plus circuler, tel un venin, que l'abstraction de ses normes.


FERNANDO SAVATER

Car la vérité, c'est toujours une vérité ici et maintenant, à propos de quelque chose: c'est une position et donc elle ne peut pas devenir un absolu sans se saborder elle-même.


Dr CLAUDE OLIVENSTEIN

La violence, chez le fou, se tourne d'abord contre lui-même et avec la plus extrême véhémence. Mais elle se dirige tout autant contre l'extérieur, elle fait partie intégrante de la relation qu'il entretient avec son environnement: c'est le rapport mère-fils du schizophrène, plus largement, celui qui lie le malade à tous ceux qui sont censés l'aider et l'aimer. Car le statut de ces derniers est fort ambigu: ils guettent et redoutent celui qu'ils entourent, ils souffrent de son malheur. Mais cette souffrance est aussi leur plaisir, ils jouissent d'être concernés par la maladie et la mort, ils jouissent d'avoir à «s'occuper de» et d'être motivés par cette occupation, car toute compassion est sous-tendue par une nostalgie de pouvoir. Ainsi entre le malade mental, le suicidant, le toxicomane d'une part, et son entourage de l'autre, s'établit, pourrait-on dire, une sorte de jeu pervers où les personnages se trouvent toujours en situation réciproque, n'était la réalité - intolérable, mais jouissive elle aussi - de l'angoisse.


JONATHAN LITTLE

C'est certainement l'immense avantage sur les faibles de ceux qu'on appelle les forts: les uns comme les autres sont minés par l'angoisse, la peur, le doute, mais ceux-là le savent et en pâtissent, tandis que ceux-ci ne le voient pas et, afin d'étayer encore le mur qui les protège de ce vide sans fond, se retournent contre les premiers, dont la fragilité trop visible menace leur fragile assurance. C'est ainsi que les faibles menacent les forts et invitent la violence et le meurtre qui les frappent sans pitié. Et ce n'est que lorsque la violence aveugle et irrésistible frappe à son tour les plus forts que le mur de leur certitude se lézarde: alors seulement ils aperçoivent ce qui les attend, et voient qu'ils sont finis.

YVON RIVARD

... l'impossible est ce qui ne peut pas être et qui pourtant est.


NIKOS KAZANTZAKI

Le vieux monde est palpable, solide, nous le vivons et luttons avec lui à chaque instant, il existe. Le monde de l'avenir n'est pas encore né, il est insaisissable, fluide, fait de la lumière dont sont tissés les rêves, c'est un nuage battu par des vents violents - l'amour, la haine, l'imagination, le hasard, Dieu... Le plus grand prophète ne peut donner aux hommes qu'un mot d'ordre et, plus ce mot d'ordre sera imprécis, plus ce prophète sera grand.


YASMINA KHADRA

L'existence m'a appris qu'on peut vivre d'amour et d'eau fraîche, de miettes et de promesses, mais qu'on ne survit jamais aux affronts.


MAXIME GORKI

C'est de la peur que nous crevons tous! Et ceux qui nous commandent profitent de cette peur et nous effrayent encore plus.


ATIQ RAHIMI

Cette voix qui émerge de ma gorge, c'est la voix enfouie depuis des milliers d'années.


BOHUMIL HRABAL

... ce n'est qu'une fois broyés que nous tirons le meilleur de nous-mêmes.


HERMANN HESSE

Tout ne convient pas à tous, c'est vrai, mais la vérité, elle, convient à tous.


MICHEL HOUELLEBECQ

L'avantage de tenir un discours moral, c'est que ce type de propos a été soumis à une censure si forte, et depuis tant d'années, qu'il provoque un effet d'incongruité et attire aussitôt l'attention de l'interlocuteur; l'inconvénient, c'est que celui-ci ne parvient jamais à vous prendre tout à fait au sérieux.



En terminant je me dis... et si j'étais, aujourd'hui même, en Libye... qu'est-ce que je ferais?



Au prochain saut

jeudi 17 février 2011

Le trois cent quatre-vingt-dix-septième saut / Le trois-cent-quatre-vingt-dix-septième saut


Le maire Jean Tremblay

Éclectique
En vrac
Et
Échevelé



. Définition de la démocratie


Voici celle du ministre de la Réforme des institutions démocratiques du Québec: «...la démocratie au Québec s'exprime à travers les mandats qui sont donnés aux élus... dans le cadre d'élections.» Pierre Moreau, c'est le nom dudit ministre, y allait de cette définition alors qu'il jugeait irrecevable la pétition signée par 247 379 citoyens québécois réclamant la démission du premier ministre Jean Charest.

C'est clair et précis: tu votes et puis après tu laisses faire. Je ne suis pas certain que cet argument aurait fait long feu en Tunisie ou en Égypte. Calmerait-elle ou rassurerait-elle les citoyens du Yémen, de l'État du Bahreïn, de l'Iran, d'Algérie, ceux de la Syrie et de la Libye qui semblent découvrir le goût pour la démocratie et surtout celui de la liberté? Je ne crois pas que monsieur le ministre Moreau apaiserait les choses avec une telle affirmation.

D'ailleurs, qu'est-ce qui se passe actuellement au Proche-Orient? J'ai beau écouter avec énormément d'intérêt les spécialistes de cette région du monde, lire LE DEVOIR, je n'arrive pas à bien saisir vers quoi tout cela se dirige. Démocratie et liberté sont des mots à connotation occidentale depuis si longtemps. Dans tous les discours politiques - et si l'on suit la logique de monsieur Moreau, surtout en période électorale - ces deux mots trônent avec splendeur dans la hiérarchie du vocabulaire des politiciens. Mais, réincarnés au Proche-Orient, signifient-ils la même chose que ce que nous en comprenons? J'espère que non. Choisir de combattre un régime par la force du nombre de citoyens réunis sur une même place publique; exiger le départ de dictateurs (raïs est le terme employé, et il signifie chef d'État, chef suprême) installés depuis des décennies; souhaiter la liberté; il me semble que ces revendications sont les mêmes partout. Serait-ce cela l'humanité? Exiger la liberté...

Se pose la question - du moins spécialistes, commentateurs et médias nous la lancent de jour en jour - de ce que l'on fera avec cette liberté et cette démocratie? Il me semble que l'on a tellement à faire ici, avec un type comme Stephen Harper au pouvoir minoritaire canadien que de chercher à influencer par quelque moyen que ce soit la suite des événements au Proche-Orient, cela relèverait de l'ingérence. Et l'ingérence, les citoyens tunisiens et égyptiens viennent de nous le dire et à l'illustre Obama également, on n'en veut plus.

Parlant d'Obama, pourquoi a-t-il attendu que cette révolte égyptienne se transforme en révolution avant de l'appuyer, du bout des lèvres en plus, et laisser tomber son allié Moubarack? De la politique, me direz-vous. Vous avez raison. De la géopolitique. De celle que l'on devra redéfinir suite aux situations que les bouleversements installeront.

Une autre chose m'est venue à l'esprit en suivant le déroulement à la fois rapide et inopiné de cet hiver arabe: et si on souhaitait un changement de régime au Canada? Nous serions combien devant le parlement d'Ottawa? Y resterions-nous si la température se maintenait autour de - 5 degrés Celcius pendant une dizaine de jours? Est-ce que nous exigerions la liberté et la démocratie?



. Je vous salue Maire de Saguenay


Monsieur Jean Tremblay (est-ce une exigence au Saguenay de porter le nom de Tremblay pour être maire de la ville?) porte SA cause en appel.Il en appellera de la décision du Tribunal des droits de la personne lui ordonnant de cesser la récitation de la prière lors des séances du conseil municipal. Et pour financer cette bataille, il fera appel à la population québécoise - sans doute s'adressera-t-il aux Canadiens français catholiques de souche - car dit-il «je suis certain que la majorité de mes concitoyens sont favorables à ce qu'on se tienne debout». Pourtant, monsieur le maire, il est aussi permis de prier à genoux. Tout comme il est suggéré de prier dans des lieux (j'allais écrire des espaces, mais vous n'aimez pas ce terme) réservés à cela.

Et dire que pendant ce temps-là, quelque part dans le monde on lutte pour la liberté et la démocratie, des concepts universels que personne n'est autorisé à s'accaparer et privatiser. Il faut et cela partout dans le monde - attention vous aurez droit à une grande déclaration - distinguer le privé du public. Le privé ne concerne que soi ou plusieurs «soi» alors que le public c'est tout le monde. Ou quelque chose comme ça!

Pour en finir avec cette affaire, je ne suis pas certain d'avoir bien saisi l'argument nationaliste de Andrée Ferretti dans LE DEVOIR de ce matin qui, elle, participera au financement du maire de Saguenay.



. Chiite / Sunnite


Alors que tous les projecteurs allumés tentent de nous éclairer sur le Proche-Orient, on entend parler de la différence fondamentale entre un musulman chiite et un musulman sunnite. Cette opposition d'idées religieuses entre ces deux groupes se manifeste également en terme politique, Voici ce qu'en pense mon ami ROBERT:

CHIISME: C'était un mouvement au départ politique et arabe qui contestait la légalité de la succession du Prophète, Abû Bakr, Omar et Othman ayant accédé au califat au détriment d'Ali, cousin, fils adoptif et beau-fils (marié à Fatima) de Mohamet, assassiné en 651 et dont le fils Hussein fut tué par les troupes omeyades à Kerbela en 680.

Le chiisme a grandement évolué au cours de l'histoire et s'est divisé en plusieurs tendances. Dans ses divergences avec l'orthodoxie sunnite se mêlent des points de doctrine religieuse et des aspects politiques. Durant ses treize siècles d'existence et du fait de son opposition à l'islam officiel, il a souvent servi de drapeau aux divers mouvements de contestation sociale, politique ou nationale.

Les deux principaux points de doctrine chez les chiites sont, d'une part la croyance au Mahdi en référence au douzième iman, Muhammad Abû al-Qâzim, disparu et qui ne reviendra qu'à la fin des temps amenant justice et perfection; d'autre part, l'imanat, moyen à travers lequel la volonté divine se manifeste sur terre à tout moment. L'iman n'est pas seulement un dirigeant, il est l'héritier inné des fonctions du prophète.

D'autres formes de chiisme dissident se sont manifestées à travers l'histoire et se retrouvent dans le zaydisme et l'ismaïlisme, ainsi que chez les Druzes, les Alaouites et les Yézidis. Les chiites, toutes tendances confondues, sont minoritaires (100 millions) au sein du monde musulman. Ils sont majoritaires en Irak (où sont situés les sanctuaires de Kerbela, avec les tombeaux de Hussein, de Najaf et de Kazimayn) et au Liban. En Iran, le chiisme est la doctrine officielle de l'État depuis l'avènement de Khomeiny en 1979.


LES SUNNITES: Musulmans orthodoxes par opposition aux chiites. Les sunnites acceptèrent dès l'origine comme successeurs du Prophète les quatre premiers califes, les Omeyades et les Abbassides. Ils se divisèrent en quatre rites juridico-religieux: les malékites, les chafiites, les hanbalites et les hanafites, représentant la grande majorité des musulmans.

Voilà, il me semble que je comprends mieux l'essentiel du fondamental!

Au prochain saut

Un peu de politique batracienne - Billet à 3 jours du vote.

  Le CRAPAUD annonçait dans son précédent billet qu'il allait, la veille du vote, publier sa dernière prédiction. Il devance cet exercic...