Vous me dites : le télescope spatial Hubble date des années '90, et vous avez raison ; vous me dites : il fonctionnera jusqu'en 2030, et vous avez raison; vous me dites : depuis, on ne parle que du télescope James-Webb, et vous avez raison.
Mais de mon côté, du côté de celui qui, trop souvent, a le nez dans les nuages, les yeux dans les étoiles, le télescope Hubble aura été - en l'année de grâce 2008 - une source d'inspiration.
Les deux poèmes - Hubble / « morceaux d'homme » - se rejoignent d'une certaine manière et d'une autre façon. Amusez-vous à les lire un peu comme si vous me disiez... on croirait voler dans une bulle de bavardage.
* *
Hubble
à demeure
martien sur du sable rouge et glacé,
ses longs yeux planétaires
dessinent des soleils noirs et frisés
enfermé par la Nasa dans des bouteilles de granit
expédié par courriels sur des galaxies consentantes
il verse en catimini les arrhes
afin de visiter des télescopes nains
rêvant de planètes enceintes
Hubble est son habitacle
habitable à mille degrés sous zéro
debout devant la porte des étoiles
qui s’ouvrit sur un laissez-passer, aller seulement
avec promesse de retour dans un milliard d’années
le jour où la lumière
rapportera des morceaux de l’homme galactique
Hubble perdu entre les feuilles commentées par CNN
englouti dans le sable de la planète Mars
étouffé par la poussière des eaux asséchées
vomit au bout de son bras
un homme à la recherche de soi
assourdi de silence
un homme seul
cruellement morcelé
24 octobre 2008
À lire avec « Hubble » en tête...
très loin
à tout juste un pas de l’horizon
derrière son ombre
un homme
marche à pas feutrés,
en fait, il se suit
criant de se taire aux échos sordides
puis se dépose sur les couleurs du soleil
étonnante pirouette entre air et chair
- arracheuse de corps
émondeuse d’âmes -
une main ronde
balaie l’envers courbe des rayons
puis se regarde placidement
tel un puits de lumière
une rotonde
et rampe dans ses propres traces
originel serpent
posant entre hier et demain le geste perdu d’aujourd’hui
un pied bot
imprime sur les arbres
des cartes difformes
comme des entorses
des contrefaçons imperturbables
il repère la carte des chemins
guide universel perdu entre les interstices des trottoirs
hésitant, l’intervalle d’un hiatus
d’un frémissement
puis claudiquant va à cloche-pied
un cœur essoufflé
métronome les rêves tel un héraut têtu
un coureur empêtré
un marcheur égaré
il mesure les étoiles annonciatrices de vents
de pistes rabougries par un temps tueur
rafistole de sutures les battements muets
ceux qui écartèlent les morceaux rapetissés
syncopant vie et mort
des yeux d’âme
rets éclatés
chercheurs d’éternités plus éternelles que les éternités
celles qui recommencent
alors que se rejoignent les fragments
analectes enfouis entre chaud et froid
sous l’immensité d’un inutile rien
au fond du long tunnel de sang
bariolant l’étroit corridor neuronique
les morceaux d’homme
ne se rejoignent qu’à travers le temps
celui des lauriers-roses qui fleurissent blancs
celui des doigts gercés coupant les fleurs
s’incorporent aux météores satellites
ceux qui, jadis, moururent
pulvérisés d’avoir trop chercher
les morceaux d’homme
gisent dans les mains du néant
celui qui meuble les regards biaisés
où s’amoncelle au cœur d’un cerveau impénétrable
une nourriture transparente
5 novembre 2008
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