mercredi 23 novembre 2016

5 (CENT) (ONZE)11

     Nous voici donc de retour avec l'épisode numéro 15. Je rappelle qu'un court résumé des précédents se trouve au blogue 510.

Bonne lecture!

     1n) la mort rôde comme hô*, le tigre blanc.      Khuôn Mặt (le visage ravagé) n'a pas oublié le rendez-vous avec Daniel Bloch. Il lui a promis d'inviter des amis. Ne voulant pas manquer à sa parole, il donne un coup de téléphone à Tùm (le trapu) se doutant bien qu'il aurait, une fois de plus, à parler de la nouvelle. Il le chargera de communiquer avec Cây (le grêle) ne sachant trop si ce dernier pourra se libérer de sa mère. Quant à Thần Kinh (le nerveux) sera-t-il intéressé autant par le dîner que d'apprendre ce qui s'est passé ? On verra bien. Finalement, il suivra le conseil de Dep et insistera pour que Tré (le plus jeune) les rejoigne.

- Cảm ơn*.      Ce fut le seul mot reçut par Khuôn Mặt (le visage ravagé) de celle qui lui semblait être la soeur de Cao Cấp (le plus âgé). Sa mission, il l'avait accomplie répétant textuellement les mêmes mots que lors de sa rencontre avec Dep. Il pourra maintenant retourner vers le café où l'attend ce bizarre d'étranger. Sauf que le kiosque de Dep l'attire davantage. Lui faire rapport servirait de prétexte pour y revenir. Mais il ne veut pas profiter outre mesure de la situation. 

Doucement, le soir s'installe. Les chauves-souris ont pris le relais des hirondelles balayant l'espace d'allers-retours ininterrompus. Les moustiques n'auront aucune chance contre ces rapides et efficaces nettoyeurs. Le ciel s'assombrit. Les enfants, plus tôt qu'à l'habitude, ont rangé leurs cerfs-volants. La mort rôde comme hô, le tigre blanc. Pour certains, ce tigre est un Seigneur qui protège; pour d'autres, un gage de mort. Aujourd'hui, les derniers en seront plus convaincus avançant même qu'ils avaient perçu son odeur nauséabonde.

On évite de parler du tigre. Semble-t-il que cela attire le malheur. Sauf lorsque l’on doit raconter la légende. Le tigre se présenta à la porte de l'Empereur de Jade afin de régler un litige: les animaux se plaignaient que l'homme les maltraitait. Celui-ci annonça qu’aux premiers arrivés, il leur attribuerait le prestige d'être le symbole d'une année de naissance, les protégeant ainsi de la malice de l'homme. Telle fut sa décision. Dans l'ordre, selon leur entrée au palais, le rat, le boeuf, le tigre et le lapin furent les quatre premiers. Suivirent le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe puis le coq. Finalement, l'Empereur s'étant fait mal comprendre, lui qui n'en souhaitait que dix, il dût se résigner à accepter le chien et le cochon. L'affaire était classée: il y aura douze animaux. 

* Cảm ơn     Merci


2n) la mort rôde comme hô*, le tigre blanc.      On évite de parler du tigre. Tout comme, sans doute, on s’abstiendra dans tout le quartier de parler directement de l'affaire du pendu. On utilisera des mots connexes, des sous-entendus, des allusions pour le faire. Son nom, plus jamais prononcé sauf par les xấu xí, les superstitions ne faisant pas partie de leur vocabulaire. Ils devront aussi ménager la souffrance de Tré (le plus jeune).   

Afin de s'assurer que le premier témoin de la catastrophe de l'après-midi soit présent au dîner, évitant qu’il s'isole et ronge sa peine, Khuôn Mặt (le visage ravagé) se rend chez lui. Il découvre un jeune homme abattu, yeux hagards et mine patibulaire. Assis à califourchon, passant et repassant continuellement la main dans ses cheveux noirs comme le charbon, il n'a qu'un seul mot à la bouche : ''Pourquoi ?''

Ne se reconnaissant pas lui-même dans le ton qu'il emploie, Khuôn Mặt (le visage ravagé) s'approchant à trois pas du plus jeune, lui dit:      - Assez. Tu m'entends, c'est assez. Tu lèves ton cul et viens avec moi au café. Les autres nous y attendent. On a rendez-vous pour dîner avec un étranger. Pas question de rester ici à gratter une plaie ouverte; le sel de mer pourrait la ronger et te faire souffrir encore plus.     

Tré (le plus jeune) n'a pas le temps de réagir que le voilà soulevé de terre. Quelques minutes à peine et ils sont en face du Con rồng đỏ. L'agent de sécurité semble moins ivre qu'hier et demain. Il interroge les deux nouveaux arrivés:     - Il y a quelqu'un qui va me dire ce qui se passe dans le quartier?         Tout bizarre de l'entendre parler, davantage de ne pas suffoquer sous ses bouffées d'haleine d'ivrogne.     - On évite de parler du tigre, lui répond Khuôn Mặt (le visage ravagé).  Ils entrent.


3n) la mort rôde comme hô*, le tigre blanc.     Le café est vide de ses habitués. Tout au fond, les rats se cachent, épiant les morceaux de riz qui glisseront des tables, courront s'en emparer puis, aussi rapidement, ils retourneront dans leur cachette. Lorsque le groupe des xấu xí se réunit, chacun se campe au même endroit, en semaine et le samedi. Khuôn Mặt (le visage ravagé) reconnaît Daniel Bloch. Autour de lui, Cây (le grêle) écoute attentivement Tùm (le trapu) converser en anglais avec l'étranger appuyé sur son sac de cuir. 

- Thần Kinh (le nerveux) n'est pas venu? demande Khuôn Mặt (le visage ravagé).        Ne sachant trop à qui s'adresse la question, personne n’y répond. Il comprend que le groupe des xấu xí, pour ce dîner, sera amputé de deux personnes. Daniel Bloch se lève, tend la main aux nouveaux venus. Il semble avoir été mis au courant de la tragédie; également de la relation qui liait le disparu à celui qui s'écrase sur une chaise comme si on venait de déposer un sac de ciment.

Un proverbe vietnamien dit: ''Il n'y a pas de situations désespérées; il n'y a que des hommes qui désespèrent des situations.'' Première idée venant à l'esprit du spécialiste en linguistique qui, depuis son arrivée à Hanoï, s'amuse à collectionner proverbes, dictons, aphorismes et toute autre formule lui permettant de mieux comprendre les singularités de ce peuple au travers de sa langue. Il doit les traduire mais Google est parfois bien imprécis.  En côtoyant les gens, il croit pouvoir mieux approfondir leur âme, leur manière de voir la vie. Ou les vies si l'on accepte l'idée que celle-ci n'en est qu'une parmi tant d'autres.

L'atmosphère n'est pas à la fête. On sent chez chacun une retenue, des choses à ne pas dire, des sujets à éviter. Un en particulier. Afin d'interrompre ce silence qui pesamment s'alourdit d'une minute à l'autre, Daniel Bloch, demande à Tùm (le trapu) de lui servir d'interprète. Il fera une pause à chacune des phrases le temps que ce dernier traduise. Une fois sa voix éclaircit par un raclement sonore, il prend la parole:   - Je comprends que votre groupe vit de bien fâcheux moments. Permettez-moi de vous offrir mes plus sincères condoléances. Sachez que je ne veux d'aucune manière vous accaparer, mais je souhaiterais, pour le peu de temps que je passerai à Hanoï, discuter avec vous. Principalement de votre langue que je trouve tellement jolie et, si vous me le permettiez, de la façon de vivre qui est la vôtre.     Comme un coup de tonnerre venu de l'est, celui qui annonce la catastrophe, Tré (le plus jeune) explosa:       - On évite de parler du tigre.     Un coup de tonnerre, s'il vient de l'ouest, est cent fois plus violent. Les paroles du plus jeune eurent l'effet combiné des deux.

4n) la mort rôde comme hô*, le tigre blanc. 

   L'arrivée de madame Quá Khứ allégea un peu l'air ambiant. Elle dut faire deux voyages entre la cuisine et la table afin que tous puissent être servis. Tré (le plus jeune) repoussa son bol de phở pour se camper dans un mutisme qu'il conservera tout au long du dîner. Du thé au jasmin dans une jarre en grès trônait au centre de la table. Des récipients en nickel. Des baguettes en bois. Des bols verts et blancs furent remplis par les grandes mains de Cây (le grêle).

La grande majorité des restaurants vietnamiens, surtout ceux de la rue, n'offrent qu'un seul mets. Deux manières de se le procurer: s'asseoir sur de petits tabourets autour d'une table aussi petite puis se faire servir; ou s'arrêter en moto devant une échoppe culinaire, attendre qu'on prépare le repas, le dépose dans un contenant en mousse de polystyrène pour vous le remettre dans un sac plastique transparent. Ceci autant pour le petit déjeuner, le lunch ou le dîner. Si l'on souhaite un menu plus élaboré, il faut chercher dans les restaurants plus chics.

- Croyez-vous qu'il soit possible pour un Occidental d'apprendre la langue vietnamienne assez rapidement, demanda Daniel Bloch afin de dérider l'assemblée entièrement paralysée suite à l'éclat de voix de Tré (le plus jeune). Tùm (le trapu) traduisit. Personne n'avait de réponse. Ce dimanche aura été beaucoup trop pesant. Encore tôt pour s'enlever de la tête ce qui l'emplit encore, personne n'ayant pu imaginer que cela puisse s'y infiltrer. Alors, réfléchir...

Pour l'étranger au sac de cuir, il devint évident que cette réunion n'apporterait rien assouvissant sa soif d'apprendre sur le Vietnam. La foudre avait rendu ses invités aussi muets qu'aveugles. Il résolut de ne pas insister, s'assurant toutefois que ce premier contact puisse être les prémices à d'autres. Il envisageait prolonger son séjour dans le nord du Vietnam. Laisser du temps au temps lui sembla être la meilleure chose à faire.












 À la prochaine









jeudi 17 novembre 2016

5 (CINQ) (CENT DIX) 10

DEP



Il est bon avant de reprendre les parutions du récit Ils étaient six que diverses circonstances ont stoppée, de faire un retour sur les premiers épisodes.

Chacun porte un titre et a été publié sous un numéro sur le blogue. Alors voici un résumé de chacun.








Dans Ils étaient six... (blogue 486), on présente les six marcheurs du soir qui vont et viennent, passant quotidiennement devant le kiosque de Dep, la jeune fille qui vend des ballons multicolores.


 

Au blogue 488, le deuxième épisode (Ils sont six...) nous raconte que le samedi les six s'adonnent à la bière au point de s'enivrer. Ce soir-là, ils souhaitent rire, rire dans un sens fort différent que celui qu'on lui donne habituellement.On invite et force la jeune vendeuse de ballons multicolores à les suivre.


Ils ne sont plus six... (blogue 490). Le groupe, suite aux ordres du plus âgé se réduit... Il oblige les autres à retourner vers le café afin de l'attendre, demeurant seul avec Dep qu'il violera.






Ils sont encore six... blogue 492
Suite au drame, chacun retourne chez-soi, ébranlé par ce samedi pas comme les autres. Dep, péniblement. Le plus âgé passe une fort mauvaise nuit.



 La nuit des six... (blogue 494) nous décrit la nuit de chacun des personnages: Dep, le plus âgé, le plus jeune, le nerveux, le grêle, le visage ravagé et le trapu.



C'est encore la nuit
 (blogue 495) nous poursuivons dans la même veine tout en précisant le caractère de chacun des six qui composent le groupe surnommé les 
xấu xí.

 En finira-t-on avec cette nuit? On le retrouve au blogue 496 et continue la présentation des personnages.








Enfin pointe le soleil... blogue 498


Lever du jour, un dimanche qui ne sera pas non plus une journée ordinaire. On termine la présentation de nos personnages.


 Un dimanche comme les autres (blogue 499). Ici, nous affichons les véritables noms des six et en dirons beaucoup plus sur l'histoire de Dep avant qu'elle n'arrive à Hanoï, sur son affection pour sa mère.





La première lettre de Dep... blogue 501
La mère de Dep lui a lu et relu Pearl Buck alors qu'elle vivait dans son village. Le jeune vendeuse de ballons multicolores utilisera quelques mots de leur auteure préférée afin de lui raconter sa triste aventure. Un étranger s'arrêtera devant son kiosque pour une information.

 Le premier pas est le plus difficile (blogue 502). 

L'arrivée dans le décor de David Bloch au café Con rồng đỏ . La propriétaire, Madame Quá Khứ, entre en scène alors que Dep lunche avec son amie couturière.





Ainsi va l'après-midi (blogue 503)
David Bloch discute avec le visage ravagé tout à son observation de Dep. Celle-ci, en choc post-traumatique, verra passer devant elle son agresseur qui semble fuir.




On assistera dans l'épisode fleurs de papier (blogue 504) au deuxième drame en moins de 24 heures. Le plus âgé se pend dans la pinède. Le plus jeune, passant en courant devant le café, éveillera des doutes dans l'esprit du visage ravagé qui se rendra au kiosque de Dep. Il ira vers la pinède, constatera l'étendue de la tragédie puis se rendra chez les parents du plus âgé, comme le lui recommande Dep.



Comment achever une telle journée? est le dernier épisode paru. On le retrouve au blogue 506.

Les premières suites à la pendaison et la rencontre du groupe avec Daniel Bloch.


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Je souhaite que ce retour sur les épisodes passés permettra de vous remettre au coeur de l'histoire.

Cette histoire dont on pourrait, jusqu'à maintenant, dire qu'elle tente de tracer le portrait de différents types vietnamiens comme je les perçois; de certaines habitudes, traditions qui peuvent nous sembler incongrues mais qu'il faut regarder avec des lunettes différentes que celles que nous utilisons pour voir la vie occidentale.

Le personnage centrale, Dep, cette jeune fille aura à vivre le conflit toujours présent dans la société vietnamienne: le combat entre la tradition et la modernité. Également, comment être femme au Vietnam actuel.

Les six, rapidement devenus cinq, peuvent représenter comment se vit la masculinité au Vietnam. Civilisation machiste, il faut le dire. Mais ces hommes, ces jeunes gens devront de plus en plus se positionner sur leurs relations avec la femme, avec eux-mêmes, leurs conflits intérieurs, leurs difficultés à partager sentiments et émotions.

La femme vietnamienne est forte, résiliente mais encore beaucoup dépendante. Il y a de l'espoir toutefois. Personnellement, je mets toute ma confiance en Dep. Je crois qu'elle ne se décevra pas, nous non plus.

La semaine prochaine, publication du prochain épisode:
la mort rôde comme hô*, le tigre blanc


À la prochaine

samedi 12 novembre 2016

LEONARD COHEN

LEONARD COHEN
(1934-2016)


     Je ne sais trop ce qu'il faut dire de plus suite à tout ce que l'on entend actuellement après le décès de Leonard COHEN, le géant.

Un géant. Un immense géant a rendu les armes, à quelques jours du 11 novembre.

Poète, d'abord et avant tout. Poète de l'humain qui ferme les yeux lorsqu'il chante afin de mieux voir ce qui se cache en lui, en nous. Non seulement ses intimités, les nôtres aussi, par ses mots, ses clefs de sol et de fa, par la chaleureuse profondeur de sa voix que Bono de U2 qualifiait être la voix de Dieu. Par lui nous avons entendu ce qu'auparavant personne ne disait.

Je ne peux te suivre mon amour
Tu ne peux me suivre
Je suis la distance que tu as mise
Entre tous les moments qui seront
                                          
Troubadour allant de ville en ville, il propageait non pas les valeurs actuelles de notre société d'hinterland mais les vérités de nos sommeils personnels, hachant à grands coups de gueule et d'intelligence les ambiances fallacieuses depuis les années '60 jusqu'à tout récemment.

Tous les hommes que tu as connus
Te disaient qu'ils ne voulaient plus
Donner les cartes, pris comme dans un piège
C'est dur de retenir la main d'un Homme
Qui veut atteindre le Ciel pour se livrer 
Et qui veut atteindre le Ciel pour se livrer. 

Leonard Cohen n'aura pas été un chanteur populaire, populaire dans le sens de ce que l'on entend ad nauseam à la radio - Patrick Lagacé dans le journal LA PRESSE le mentionnait si bien - Leonard Cohen est la voix... la voie de la nostalgie. 

Leonard Cohen n'aura pas reçu le Prix Nobel de Littérature, on a préféré le remettre à Bob Dylan, mais comme il l'aurait mérité. 

Je vous laisse continuer de penser à lui en vous écrivant le texte de cette chanson magistrale The Future dans sa mouture française.

Rendez-moi ma nuit brisée 
ma chambre aux miroirs, ma vie secrète
On est seul ici, 
il ne reste personne pour torturer

Donnez-moi un contrôle absolu
sur chaque âme vivante
Et couche-toi près de moi, mon amour,
C'est un ordre!

Donnez-moi du crack et baisons par-derrière, 
Prenez l'unique arbre qui reste
et enfoncez-le dans le trou
de votre culture

Rendez-moi le Mur de Berlin
rendez-moi Staline et Saint-Paul
J'ai vu l'avenir, mon frère
ce n'est que meurtre. 

Les choses vont partir dans toutes les directions

Il n'y aura plus rien
Plus rien que vous pourrez mesurer
Le blizzard du monde
a franchi le seuil
et il a renversé
l'ordre de l'âme
Quand ils disaient REPENTANCE
Je me demande ce qu'ils voulaient dire

Vous ne me connaissez pas vraiment
Vous ne me connaîtrez jamais
Vous ne m'avez jamais connu
Je suis le petit juif 
qui a écrit la bible

J'ai vu les nations dominer et sombrer
J'ai entendu leurs histoires, toutes leurs histoires
mais l'amour est le seul moteur de survie
A votre serviteur ici présent, on a conseillé
de le dire clairement, froidement
c'est fini, ça n'ira pas plus loin
Et maintenant les rouages du ciel s'arrêtent 
vous sentez l'arrivée de Satan
Tenez-vous prêts pour l'avenir
ce n'est que meurtre.

Les choses vont partir dans toutes les directions

Il y aura l'effondrement
de l'ancien code occidental
Votre vie privée explosera soudain
Il y aura des fantômes
il y aura des feux sur la route
et l'homme blanc qui danse
Vous verrez votre femme
pendue la tête en bas 
le visage caché par sa robe renversée
et tous les petits poètes pouilleux
arriveront
en essayant de ressembler à Charlie Manson

Rendez-moi le Mur de Berlin
rendez-moi Staline et Saint-Paul
Donnez-moi le Christ
ou donnez-moi Hiroshima
Détruisez un autre foetus
Nous n'aimons plus les enfants
J'ai vu l'avenir, mon amour
ce n'est que meurtre.

Les choses vont partir dans toutes les directions

Il n'y aura plus rien
Plus rien que vous pourrez mesurer
Le blizzard du monde
a franchi le seuil
et il a renversé
l'ordre de l'âme
Quand ils disaient REPENTANCE
Je me demande ce qu'ils voulaient dire


Je ne sais trop ce qu'il faut dire... mieux vaut se taire... le relire... le réécouter, nous rappelant... You want it darker

Salut Cohen!

mercredi 9 novembre 2016

humeur vietnamienne




     Je suis de retour à Saïgon depuis cinq jours. Le temps de mettre en ordre l’appartement, réajuster mon horaire en raison du décalage horaire, revoir les amis proches, réorganiser principalement le courriel suite à l’hameçonnage de mon Hotmail et tous ces petits détails laissés en plan lors de mon départ en octobre dernier, et me voici prêt à reprendre le cours habituel de ma vie vietnamienne.

Je suis parti vers Saint-Pie le 4 octobre dernier dans des conditions plutôt fragiles en terme de santé mais je puis affirmer maintenant que tout rentre dans l’ordre. Je rencontre le docteur Laguë demain, vendredi 11 novembre. Il devrait confirmer que l’épisode Ecoli/infection urinaire/prostatite est chose du passé.

Je suis arrivé à Saint-Pie n’ayant avisé personne de ce séjour d’un mois avec trois objectifs à réaliser: le premier, celui de retrouver ma famille que j’avais laissée en novembre 2015 de manière un peu cavalière ainsi que les amis qui me sont chers; le deuxième, établir un bilan de santé avec mon médecin du Québec; le troisième, vérifier avec les autorités canadiennes où en est rendue ma demande de résidence permanente.

Dès lors que tout cela fut fait et je peux me permettre de le dire, fait pour le mieux, j’envisage cette période qui ira jusqu’en juin prochain – je vais rentrer en juin 2017 – de manière positive. Captivante cette nouvelle séquence principalement en raison de la venue, en décembre prochain, de mon frère Pierre: un mois à parcourir le Vietnam, tous les deux, lors d’un premier voyage ensemble.

Me remettre également à l’écriture. Mon bureau réinstallé au centre du balcon m’attend tout comme la suite de l'histoire Ils étaient six… que j’ai dû mettre en veilleuse; le projet tripartite (Monique, Mariette et moi) qui se voudra un carrefour entre la poésie et la création artistique; quelques textes, poèmes qui reposent tout doucement quelque part dans mon nouveau laptop.

Quelqu’un de proche me rappelait que la mort s’amusait à me frôler, citant les phlébites dans l’avion me menant en France en 2009 puis cette fois, ici au Vietnam. C’est exact. Une pensée demeure bien ancrée dans mon esprit lorsque je réalise cela : il n’est pas difficile de mourir, le pire étant les efforts que la vie canalise afin de l’éviter. Comme ça bouge! À vitesse vertigineuse, alors que tout semble dévaler vers on ne sait où, ratant quelques occasions de prendre prise sur du solide pouvant stopper cette désescalade effrénée! Il semble toutefois que nous soyons retenus par un mystérieux câble enroulé autour de nous, follement attirés par l’attraction terrestre, par une chute vers l’inconnu. Pour certains le câble, trop étiré ou arrivé au bout de sa corde, ira fatalement se fracasser sur d'immuables remparts; pour d’autres, le cordage stoppera la course, suspendant tel un bungee dans ce vide à reconstruire notre être cherchant à le demeurer. On dévale entre être et non-être. Passionnant, surtout quand il nous est permis d’en parler par la suite.

J’ai, mais en fort peu de mots, dit avoir vécu soixante-douze heures d’hallucinations accompagnées d’une intense session de sudation. Le mot ''hallucination'' est celui que j’ai utilisé afin de mieux expliquer ce qui s’est réellement passé. Mon ami Guy Dion m’a beaucoup réconforté alors que nous abordions le sujet, me signalant avoir vécu quelque chose de semblable suite à une délicate chirurgie au cerveau subie il y a quelques années.

Hallucination : phénomène psychique par lequel un sujet en état de veille éprouve des perceptions ou des sensations sans qu’aucun objet extérieur les fasse naître et qui apparaît au cours de certaines maladies ou sous l’effet de la drogue.

3 jours et 3 nuits, sans dormir, sans boire, sans manger, n’ayant que la force de préparer mes sachets d’Immunocal, bombardé par des milliers et des milliers d’images venant d’aussi loin que l’enfance, allant aussi loin que l’agonie. Des représentations extraordinairement précises d’événements passés que je croyais avoir oubliés ou auxquels je n’avais préalablement jamais porté attention. Et surtout, à une vitesse vertigineuse. Certaines ne se présentant qu’une fois, d’autres revenant, lancinantes, insistantes.

Il n’y a pas eu, au cours de ces soixante-douze interminables heures, un seul moment de répit au cours duquel j’aurais pu intervenir afin d'arrêter le manège ou tenter de commenter ces spectres.

Il n’y a pas eu, non plus, l’espace requis pour analyser ce qui se déroulait, pas de temps pour avoir peur ou conscientiser la souffrance. Celle-ci se manifestait dans toute son horreur alors que je devais aller uriner, hurlant de douleur.

Guy Dion m’a parlé de ses propres hallucinations et certaines similitudes me sont apparues. L’intelligence me criait que cela ne pouvait être véridique, ne me laissant pas un seul instant de détente pour me rassurer. Tout cela était. Point final. Dans un silence effroyable. Un mutisme parfait. Même pas le bruit insufflé par la vitesse avec laquelle ça me parvenait.

Lorsque j’y repense, la seule chose qui me revient en tête est la suivante : le cerveau retient tout. Il ramène le bagage au complet à la consciente réalité, car j’arrivais à me dire que j’étais conscient de tout. Ça ramenait qui j’avais été, qui je suis et, pire encore, qui je serai, à savoir un être en marche vers la mort.

Au retour de cette expérience, une phrase me revint à la mémoire. J’ai dû la lire quelques jours auparavant:

''… je n’avais plus d’espoir, donc je n’avais plus peur.'' Didier van Cauwelaert

C’est un peu un moi-même différent qui vit avec moi-même.

À la prochaine




mercredi 26 octobre 2016

5 (CINQ) (CENT NEUF) 09

Quand la poésie va, tout va!

Je ne crois pas me tromper en disant cela. Le poème que je vous offre aujourd'hui a pris racine à Saïgon, a longtemps mûri et s'avère prêt à être déposé ici.

Bonne lecture!






alors que…


alors que
la grisaille brouille les nuages et l’humidité écrase le jour
un cactus assoiffé meurt dans l’aquarium en feu
sur les rues filandreuses murmurent des anges
ils auront beaucoup à accomplir ici et ailleurs

alors qu’
un papillon gondole entre le toit et les murs,
raccourcit l’espace, rétrécit les intervalles
il tronque les écarts quand un cœur saigne
et les distances s’épuisent au cœur du temps

alors que
les heures s’enfuient sous la pluie polychrome
une hirondelle dérive vers le soleil couchant
et au-dessus de la ville bruyante
le vent multicolore étend un parasol

alors qu’
une libellule guerrière s’amuse à faire la paix
au poème qui puise creux au fond de l’âme
y cherchant des mots, y relevant des couleurs
pour dire, plus vrai encore, l’échec du réel

alors que
quelques fines vagues épuisées s’écrasent
puis meurent sur le quai vermoulu,
une araignée immobile, pendue au fil de soie,
au bout de ses yeux frétille lentement la rivière




À la prochaine


vendredi 21 octobre 2016

5 (CINQ) (CENT HUIT) 08

Je pourrais intituler ce billet ''Après l’après''…

Sans m’apitoyer sur mon sort, je me suis autorisé à fouiller dans mes notes de lecture afin de retrouver un tant soit peu le goût d’un après l’après, de paroles, de mots qui puissent permettre de passer à autre chose.

Je crois sincèrement que l’on demeure marqué suite à un traumatisme de santé et qu’il faille, afin de tourner définitivement la page, tenter de saisir, de donner du sens à l'expérience et aux signes tracés par on ne sait quelle main.

Qui de mieux que mes auteurs préférés pour m’accompagner dans cette démarche.



Amos Oz, citant Platon :

. Je vis tout le temps, non pas en me préparant à la mort mais en la regardant car elle arrive par petites échéances. Elle ne survient pas en une seule fois. Vieillir, c’est peut-être pouvoir accepter le fait qu’il y a des endroits que je ne reverrai plus. Quand vous êtes jeune, vous êtes sûr que vous retournerez à Ithaque, comme Ulysse, et que vous reverrez la tante Esther. Midi passé, vous apprenez à accepter le fait que vous ne retournerez peut-être à Ithaque qu’en pensée, et que vous ne parlerez qu’en vous-même à la tante Esther. C’est ça vieillir, et ce sont les acomptes que vous versez à la mort.

… la sagesse vient à nous lorsqu’elle ne sert plus à rien.


Ernest Hemingway a dit un jour :
. La vraie noblesse, c’est d'être supérieur à celui que vous avez été auparavant. 


 Maxence Fermine, dans LE TOMBEAU D’ÉTOILES

. J’aurais voulu dire que je les aimés comme je n’ai jamais aimé personne. Que sans eux je ne suis rien. Qu’un homme seul est un homme condamné. Mais il fallait le leur dire avant qu’ils partent. On ne dit jamais les mots qu’il faudrait à ceux qui nous entourent. Par pudeur, bêtise ou faiblesse. Après règne le silence du trop tard. Irrémédiablement.

Mario Soldati, dans LES LETTRES DE CAPRI

. Qu’est-ce que la mort? Et comment expliquer que, tout en sachant que devons tôt ou tard – en nous y préparant, ou dans le déchirement d’un seul instant monstrueux – subir le plus inévitable et le pire des tourments, nous nous obstinons à désirer des tourments mineurs, comme si nous ne devions pas mourir?


Philippe Labro, dans LES GENS

. Il faut être en très bonne santé pour s’intéresser à quelqu’un d’autre qu’à soi-même.

. J’affirmais une chose hier,
  Aujourd’hui, j’en doute,
  Demain, je la nie,
  Je puis me tromper tous les jours


. Quelque chose de profondément caché doit se trouver derrière les choses cachées.
Einstein

. Tout change, tout change totalement, une terrible beauté est en train de naître.
W.B. Yeats


Jon Kalman Stefanson  LA TRISTESSE DES ANGES

. La vie de l’homme n’est qu’une vague vibration de l’air, elle est si brève qu’elle passerait inaperçue aux anges s’ils fermaient un instant leurs paupières.

L’OMBRE DE CE QUE NOUS AVONS ÉTÉ  - Luis Sepulveda -

. Un homme reconnaît la fin de son chemin, le corps envoie des signaux, le merveilleux mécanisme qui permet de rester intelligent et vigilant commence à avoir des ratés, la mémoire fait tout son possible pour le sauver et embellit ce que tu voudrais te rappeler de manière objective. Ne fais jamais confiance à la mémoire car elle est toujours de notre côté; elle enjolive l’atrocité, adoucit l’amertume, met de la lumière là où régnaient les ombres. Elle a toujours une propension à la fiction.

. Les gens courageux n’existent pas, il y a seulement ceux qui acceptent de marcher coude à coude avec leur peur.


LE CLÉZIO Le procès-verbal

. La vie n’est pas logique, c’est peut-être comme une sorte d’irrégularité de la conscience. Une maladie de la cellule.


NAM LE  Le bateau

. Endurer ce qu'on ne croit pas pouvoir endurer, là est le vrai courage.


HÉLÈNE DORION  Le temps du paysage

. La mort, lorsqu'elle se met à remuer dans votre conscience, nous rapproche de nos raisons de vivre.


Bad girl (Classes de littérature)  NANCY HOUSTON

. Le trauma provoque une sidération. Ce n'est pas une mauvaise passe, c'est une impasse, une chose qui ne passe pas. En lui le temps se fige. Répétons: le trauma reste à jamais dans le présent. Il ne recule pas dans le passé, ne se normalise pas pour être peu à peu intégré au récit de la vie. Répétons: le trauma a une qualité immédiate, envahissante, hallucinatoire. Sa douleur demeure vive, à vif. Oui, il faut le répéter car le trauma est précisément une répétition, à l'identique ou presque. Il arrête le temps.


LE LIVRE DE SABLE  Jorge Luis Borges

. L'homme oublie qu'il est un mort qui converse avec des morts.


À la prochaine




mardi 18 octobre 2016

5 (CINQ) (CENT SEPT) 07

Rangoun, septembre 2016

          Cette photo prise à Rangoun en septembre dernier, devant la maison de Aung San Suu Kyi, aurait pu être la dernière. 

Je m'explique.

Suite à un premier diagnostic (zona) qui fut changé en dermatite (champignons de mousson), les deux amenant dans leur sillage médicaments et crèmes, la situation ne s'améliorait pas. Nous sommes à la fin du mois d'août.

Au retour de Birmanie, une vilaine toux occasionnait des maux de tête lancinants et pénibles comme le disait une publicité d'autrefois. Une médication vietnamienne recommandée par une pharmacienne de mon quartier me fit perdre complètement la notion d'espace et de temps. 3 jours et 3 nuits - 21/22/23 septembre - de folles hallucinations dont je n'arrivais absolument pas à me débarrasser: c'est fou comme le cerveau engagé dans un tourbillon ininterrompu, je devrais dire un maelstrom, peut générer des cataractes d'images à n'en plus finir, paralysant toute tentative de s'en libérer. Images remontant parfois à des temps immémoriaux. La pire étant de se voir soi-même agonisant puis mourant. Le tout accompagné d'épisodes de sudation qui me firent perdre 5 kg.

72 heures... Inconfort total... Panique incontrôlable... 

Par je ne sais quel message extra-sensoriel, j'eus l'idée de doubler ma prise d'Immunocal - mon supplément naturel pour optimiser le système immunitaire - que je prends quotidiennement depuis plus d'un an. Ce que je continue de faire.

5 jours plus tard - nous sommes le samedi 24 - (au lendemain des heures hallucinatoires) je réussis à obtenir un rendez-vous avec le Dr Lagüe à Saïgon pour le lundi suivant. Entre temps, je suis ramené à la réalité par une infection urinaire rappelant celle de Tom Hanks dans le film LA LIGNE VERTE; aux dix minutes je souffrais de mictions brûlantes accompagnées d'une kyrielle de lames de rasoir fort bien aiguisées. Un instant, je me suis entendu dire que je n'allais pas m'en sortir... qu'autre chose qu'une infection m'attaquait, éliminant tout appétit, m'éloignant de tout liquide qui ne pouvait que multiplier les envies d'uriner. Sauf Immunocal, je ne prenais rien.

Prise de sang et analyse d'urine: lundi 26.  Appel d'urgence à revenir voir le Dr Lagüe, le 30. Résultats alarmants. Infection urinaire, confirmée. Prostatite, diagnostiquée. Présence d'une bactérie (E-coli) qui s'amusait à ravager tout sur son passage. Obligation d'être hospitalisé immédiatement et interdiction formelle de partir le 4 novembre, comme prévu, vers le Canada.

Face à mon refus de modifier mes plans, le docteur opta pour une prise d'antibiotiques (genre bombe atomique) sur 5 semaines, prise de sang la veille du départ (le 3 octobre) ainsi qu'une recommandation d'entrer en contact avec mon médecin traitant au Canada lui demandant une prise de sang autour du 24 octobre.

Déjà, après 2 jours de prise d'antibiotiques et le fait de continuer ma prise quotidienne (doublée) d'Immunocal, les résultats de la seconde prise de sang me sont parvenus révélant une certaine amélioration. On verra après le 24 octobre où on en est.

Voilà pour l'explication qui ne saurait être complète sans faire connaître la raison pour laquelle j'annonçais souffrir d'une nouvelle attaque de labyrinthite en place et lieu de ce qui se passait véritablement. Comme je ne savais trop ce qui m'arrivait et ne souhaitais aucunement semer l'inquiétude, j'ai opté pour cette voie alors que tous connaissent ma fragilité à ce niveau.

Également, je voulais conserver secret ce voyage au Canada. 

Que retenir de cette péripétie? 

D'abord et avant tout que ma prise quotidienne d'Immunocal aura permis à mon système immunitaire d'affronter cette bactérie alors qu'on ne connaissait rien encore sur l'étendue de ses possibles ravages. J'ose même dire que cela m'aura sauvé la vie. 

Deuzio, la vie est plus forte que tout. Même si, parfois, elle nous offre des moments couci-couça, que l'on ne comprend pas, que l'on croit insurmontables, il existe en soi-même des forces de résilience qui peuvent surprendre.

Tertio, et c'est le docteur Lagüe qui le soulignait: ne pas perdre de temps dans des questions... occidentales: ''d'où ça vient?'', etc.  C'est présent et on trouve la solution. Un point c'est tout.

Toute cette aventure m'aura tenu éloigné du CRAPAUD, du GROUPE FAMILIAL, de CAM ON...MERCI...  Je compte bien reprendre le collier à mon retour à Saïgon le 4 novembre prochain.

Pour ceux et celles qui m'ont rappelé que ''ILS ÉTAIENT SIX...'' devait paraître de façon hebdomadaire, soyez sans crainte, le 15ième épisode et les suivants s'en viennent.

À la prochaine





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