mardi 20 novembre 2012

Les chroniques du Café Riverside

LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

1
Les amoureux et les pigeons



La jeune fille pleurait derrière ses verres fumés. Trop larges pour ce visage qu’une longue queue de cheval noire semblait tirer vers l’arrière. Elle pleurait. Ça ne s’entendait pas d’où j’étais, à cette terrasse du Café Riverside surplombant la rivière Saïgon.

Il devait être entre 13 et 14 heures.

Évident qu’elle pleurait. Ses larmes séchaient si vite qu’on croirait, de la table où je suis, qu’elle hoquète doucement pour les laisser passer entre deux silences.

Les deux pigeons qui marchent sur le plancher du Café Riverside ne roucoulent pas. Ils marchent l’un derrière l’autre, semblent se diriger vers la table que je détaille de loin. Celle de la jeune fille qui pleure derrière des lunettes trop larges.

Une patte manque au pigeon le moins timide. Il claudique bizarrement de la droite. Ne s’est pas encore retourné mais je constate qu’il se sait suivi. De près. Par un pigeon à deux pattes. Intactes. Pourtant il tire de la patte ou prend ses distances.

Le spectacle a changé alors que mon attention revient vers la fille. Je ne la vois plus. Le garçon qui l’accompagne – il porte la casquette bleue d’une équipe de sport américaine – le garçon s’est placé de manière telle qu’il m’est impossible de suivre le processus de sécheresse des larmes de la jeune fille. Ses cheveux lui couvriraient et le cou et le dos si elle dénouait cette queue de cheval qui enserre ses cheveux noirs. De ce beau noir unique aux jeunes filles vietnamiennes.

Voici qu’elle vient de se départir de ses verres. Elle est moins jolie. Devrait les porter continuellement. Ses grands yeux, vus d’ici, semblent fouiller dans le regard neutre du garçon que je vois de dos, semblent chercher… Lui, il regarde au loin, derrière les bateaux amarrés sur l’autre rive de la rivière Saïgon, là où une ligne verte de palmiers démarque le gris du ciel et le gris acier des bateaux.

L’Indochine passe. Tous les clients du Riverside le suivent des yeux, certains continuant de boire leur café glacé, d’autres fumant des cigarettes à odeur de tabac noir; nous suivons ce magnifique bateau en bois défraîchi circulant langoureusement sur la rivière brune avec à son bord des touristes qui visiteront le port de Saïgon tout en déjeunant, tout en écoutant de la musique qui s’emmêle à ce vent aujourd’hui inconstant.

Le pigeon handicapé vient d’abandonner la lutte contre une croustille humide qui sautille devant lui à chacun des coups de bec qu’il lui assène. À ce rythme, la croustille s’écrasera dans cette espèce de courbe en épingle menant aux pieds du couple dont je ne perçois plus la présence que par derrière le dos du garçon.

Que leur reste-t-il à dire? Je sais que les histoires d’amour vietnamiennes vont comme va le pendule, d’un côté puis de l’autre, parfois de haut en bas et à un rythme essoufflant. Coup de foudre aussi brillant que le soleil de Saïgon, puis survient un grand malheur, une profonde incompréhension souvent basée sur des banalités et c’est l’orage. Un orage tragique. On s’aime follement pour ensuite cruellement se détester. On se quitte abruptement pour ne continuellement penser qu’à l’autre, tourné sur soi, retranché en soi. Puis un hasard, un rien, un détail ou les trois réunis ont pour conséquence que les amoureux se retrouvent, reprennent là où ils en étaient. Plus fort peut-être, l’amour brûle à nouveau, plus jaune que les premières flammes.

En sont-ils au début ou tentent-ils de rattacher les fils ébouriffés par l’orage? Je ne saurais le dire de là où j’achève mon café froid alors que les pigeons, espions sourds à trois pattes, picorent sous leur table.

L’après-midi est gris, chaud et humide. La mousson s’achève. Les amoureux ont enlevé d’un côté une casquette, de l’autre, remis des verres fumés trop larges. Verres blancs. Lorsque la fille les porte, son visage semble s’enfariner.

Les eaux de la rivière Saïgon descendent vers l’ouest. La marée de la Mer de Chine commence à agir. Sans doute.

Le garçon a remis sa casquette bleue après avoir embrassé la jeune fille. Sur le front.
Ils se lèvent; les pigeons paniquent un instant et reviennent dans ma direction. L’un plus rapidement que l’autre.

Le couple, derrière mon dos, règle le serveur; quitte le Riverside. La jeune fille pourrait enlever ses verres fumés car le soleil a maintenant disparu. 

dimanche 18 novembre 2012

Un petit miracle technologique...

... c'est vraiment ce à quoi nous assistons si cette courte vidéo de 20 secondes franchit toutes les entraves du serveur de mon blogue pour vous parvenir. 
Si jamais il s'avérait que je peux par le chemin fort complexe et dont je souhaite me rappeler déposer des films sur LE CRAPAUD, eh bien... on continuera.

Ce que vous verrez peut-être est un court film de 20 secondes, des images et du son captés à partir d'un pont sur la rivière Saïgon.
Les doigts croisés, je publie...






À la prochaine

samedi 17 novembre 2012

Premières photos, celles de l'appartement.

Voici les premières photos, celles de l'appartement
 (D-10-2 Hoang Anh Gia Lai, Nha Bè District, Saïgon)



Entrée principale menant au 10ième étage du building Hoang Anh Gia  Lai
Et ça monte jusqu'au 31ième
Partout autour de l'appartement

La petite piscine

La grande piscine

À la prochaine


jeudi 15 novembre 2012

L'arrivée

C'est Clémence Desrochers qui disait dans un de ses savoureux monologues qu'il n'y a rien de pire que d'entendre brailler des enfants dans un avion. Trois sur trois dans ce voyage en trois escales. Tous installés à deux sièges devant moi. Des enfants qui pleurent en avion c'est comme les coqs qui se répondent le matin. On ne réussit pas à se rappeler quand ils s'arrêtent, leurs pleurs se mêlant tout doucement (sic) à celui des moteurs, à la circulation intérieure et à toutes ces conversations ambiantes impossibles à décrypter, puisque chez Qatar Airways c'est beaucoup en arabe. Si je compare cette langue au vietnamien j'arrive au même résultat, ne rien comprendre.

Première étape: Montréal vers Doha. 12 heures 45 minutes de vol. Un service parfait. On comprend aisément que cette compagnie aérienne ait reçu deux années de suite le titre de la meilleure au monde. Tout est parfait, du siège - ce compagnon fort intime de voyage - aux repas en passant par l'espace nécessaire et ici combien adéquat entre soi-même et le passager devant. Comme toutes les lumières se ferment après le repas, qu'une douce musique enveloppe la cabine, c'est une invitation au repos pour certains, au sommeil pour d'autres. La petite musique ne réussira toutefois pas à enterrer quelques ronflements, plusieurs borborygmes, certains bruits personnels qui rempliront d'une odeur spéciale les narines les plus fines... et des pleurs d'enfants.

L'arrivée à Doha dans cet incroyablement grand aéroport où je me reconnais, il m'est possible de prendre mon temps - j'ai deux heures avant le deuxième départ - flâner à gauche et à droite, mais surtout NE PAS ÊTRE ASSIS, marcher, enfin bouger un peu. Il y a déjà 8 heures de décalage horaire, 8 heures d'avance dans le temps sur le Québec ce qui me fait penser au fait que si jamais la fin du monde devait réellement se produire en décembre prochain selon le calendrier maya, au Vietnam ça sera 12 heures avant tout le monde... Si vous ne recevez pas de mes nouvelles à ce moment, eh bien... vous aurez un peu de temps pour finaliser quelques dernières affaires.

Marcher dans Doha, et entendre je ne sais trop combien de langues différentes est un concert en soi auquel s'ajoute les petits groupes de musulmans à genoux sur leur tapis qui prient orientant leur prière vers l'est. Deux heures, vite passées... puis retour vers les enfants qui crient et leurs parents affolés cherchant par un quelconque moyen à la Montessorri pour les faire taire, les hôtesses d'origines diverses qui tentent de répondre aux demandes de celui-ci, tout près de moi, à vouloir changer de place, se disant sans doute que les prochaines six heures n'allaient pas être de tout repos. Il me semble que les pleurs des enfants ne sont pas les mêmes à l'arrivée de la nuit. Les deux compagnons voyageurs du premier vol se retrouvent trois sièges derrière et ne semblent pas le regretter. Je suis au 11 H maintenant, au 12 H auparavant. Et avant toute!

Depuis Montréal j'en suis maintenant, sans calculer les heures différentes, j'en suis à 12 heures et une demie dans les airs sur une possibilité de 15 heures. Arrivé à Bangkok, 19 heures sur 21. Je me le rappelle, tout ce temps majoritairement assis. Le jour où il sera possible de voyager en l'air comme on voyage sur et sous terre, un peu assis, beaucoup debout, bouger d'un wagon à l'autre... quel grand pas l'aviation aura-t-elle franchie! D'ici là, yeux fermés et oreilles toutes remplies de sons d'enfants, direction Thaïlande.

Au cours du dernier voyage, ce que j'allais bientôt vivre à Bangkok je l'avais vécu à Doha, c'est-à-dire un transit de 12 heures d'affilée. Je ne pas besoin de me ... gratter les souvenirs longtemps pour les voir remonter à la surface... Cette fois, 12 heures (de 7 heures à 19 heures) à arpenter cet immense aéroport plutôt tranquille ce matin, ce fut long, très long. Comme il faut un visa pour entrer dans le pays, je suis donc demeuré en zone internationale. Par chance, dans un petit coin reculé de la zone D j'ai découvert quelques I-The-Bed (je ne suis pas certain de l'orthographe) sur un desquels j'ai pu dormir un peu. Les messages diffusés en thaï puis en anglais ressemblaient à des appels entendus dans les hauts-parleurs des hôpitaux, aussi discrets, renouvelant l'invitation à surveiller tes bagages. Parfois, c'était pire que les pleurs d'enfants mais le même résultat, dormir d'une oreille et surveiller de l'autre,

Finalement le troisième et dernier passage obligé, celui qui, une heure et 5 minutes plus tard, allait me permettre d'arriver à Saïgon. Un seul enfant, quelques cris, un sandwich au poulet et j'y étais. Aucune formalité particulière à part celle de récupérer mon visa que j'avais fait préparer à l'avance par une amie vietnamienne, un bonjour rapide au douanier, et, surprise totale, ma valise la première à se présenter sur le tapis roulant, les portes de l'aéroport s'ouvrant je reconnus immédiatement cette chaleur caractéristique qui te salue en te chatouillant l'ensemble du corps. Il était 22heures. Tellement heureux, j'aurais pleuré comme un enfant.

48 heures après Montréal dont près de 21 heures dans les airs, 12 heures de décalage horaire, Saïgon me revenait.

À la prochaine.


jeudi 8 novembre 2012

Décompte


À trois jours du départ s'amorce ma vie nocturne. Je vis ma nuit le jour. Au début ce n'est pas tout à fait évident. Ça proteste dans le dos et sous les yeux. L'estomac devrait bientôt s'insurger à son tour. Le pire, ce sont les premières heures et par un processus d'adaptation qui gardera toujours secret sa manière de faire, je devrais dans 24 ou 48 heures être à l'heure asiatique et ainsi éviter les désagréemnts du décalage horaire.

Le départ, c'est dimanche 22 heures 20... le numérologue en moi aurait souhaité 22 heures 22 mais je n'ai pas de contrôle sur l'horaire des avions. Donc dimanche, le 11ième jour du 11ième mois; ici c'est plus agréable. Montréal- Doha, première étape de ce long périple dans le futur (à Saïgon, c'est déjà 12 heures de plus), un transit de deux heures avant de repartir vers Bangkok (transit de 12 heures) pour finalement arriver au Vietnam le mardi 13 en fin de journée.

Après ce passage obligé de 32 heures... s'entamera mon deuxième hiver loin de la neige et du froid. Je vous invite donc à me suivre ici sur le blogue du CRAPAUD où ça sera plus consistant que sur Facebook en terme de commentaires et d'impressions. De janvier à mai dernier, je vous laissais des billets hebdomadaires agrémentés de photos. Je veux ajouter du film. On verra à l'usage si ça va ou pas, technologiquement parlant...

Cette fois-ci je pars beaucoup moins pressé de tout voir, de tout noter et souhaite me plonger davantage dans la vie vietnamienne, y découvrir de petits et grands moments que je partagerai avec vous.

Bonne fin d'automne et à bientôt.



dimanche 28 octobre 2012

QUATRE ( 4 ) CENT-QUARANTE-TROIS ( 43 )



L'automne. On dit tant de choses à son sujet, on lui en met tellement sur le dos: couleurs, lumière, ciels, oiseaux migrateurs, retour à l'école, fin des vacances, nostalgie... 

Quelqu'un écrivait que l'automne était la saison des poètes. Sans doute cette personne a-t-elle raison car les poèmes qui traitent de ce sujet sont légion. Ne tentons pas d'en faire le décompte, ils sont aussi nombreux que «les feuilles mortes que l'on ramasse à la pelle».

Je me permets de vous offrir celui-ci:


l’automne pleut


l’automne pleut des larmes rouges
qui roulent des arbres puis rouillent le sol tiède

flaques d’eau devenues miroirs pour oiseaux de passage


et l’automne pleut le chaud et le froid
que la nuit démolit à coups de brouillard


l’automne pleut sur les vitres embuées
que les enfants maquillent tout en rêvant de neige

au cœur du pays fantômes endormis réveillent nos hantises


et l’automne pleut de l’oubli sur les souvenirs enfouis
les feuilles mortes s’amoncellent sous la nostalgie


l’automne neige frileusement
sur les couleurs écarlates
elles fondent aux pieds des enfants
qui ensevelissent leurs légendes d’été




Continuer de profiter de cette saison unique surtout que cette année elle nous gâte tout particulièrement.


Au prochain saut

dimanche 14 octobre 2012

QUATRE ( 4 ) CENT-QUARANTE-DEUX ( 42 )

Gérard Sauvé

J'apprenais cette semaine, avec un immense regret, le décès d'un ami; je crois pouvoir me peremttre de le nommer ainsi. Gérard Sauvé. Fidèle lecteur du CRAPAUD, nous avons échangé quelques courriels alors que j'étais au VietNam. Nous devions nous rencontrer cet été, un souper, et j'allais lui remettre un livre (La Piste Ho Chi Minh) qui trace l'histoire ancienne et récente de ce pays. Il est décédé ( en août dernier ) sans avoir donné signe de vie. On ne m'a pas avisé de la triste nouvelle.

Aujoud'hui, je tiens à le saluer, lui dédiant ce poème de Pierre Nepveu.

LES GRANDS LIVRES OUVERTS 

Tant de mal pour revenir à soi,
tant de lampes allumées dans la nuit
sur les visages des enfants qui dorment
et au fond des tiroirs les tic-tac
des mécaniques continuent de tourner,
les animaux de fer ou de plastique,
et aux rideaux le gyrophare
d'un chasse-neige et quand
tu te couches, les fantômes se couchent,
les mots de toutes occasions sortent
leurs griffes, sous le drap
tu sens d'autres draps plus rudes,
et le plancher tremble et l'eau
du robinet continue de couler,
toute la nuit, toute la vie
pour éviter le gel des points d'eau
depuis le fleuve à demi mort.
Au fond de la nuit les grands livres
sont restés ouverts, des pages
éblouissantes sont tournées contre le ciel,
des histoires tragiques restées en suspens
sur lesquelles ton visage penché
s'est reconnu sans tomber,
tu entends dans le matelas cogner
les trois coups menaçants,
tu roules vers le mur et puis
l'autre mur, dans l'intense
désir de flotter hors de tout,
d'échapper à ce remue-ménage
qui te rappelle au monde
où brillent les fillettes de la nuit,
et les grands livres de vie et de mort
attendent que tu reviennes
les fermer.

Gérard aimait lire. 
Apprendre. Savoir qu'il ne savait pas tout et qu'il pouvait toujours continuer d'apprendre à savoir.
Gérard s'intéressait à tout. 
Curieux. Avide de comparer sa compréhension d'une idée afin de la préciser, la raffiner.
Gérard parlait de tout.
Il avait du bagout. Loquace. La parole était pour lui une marque de commerce.

Salut Gérard, je conserve un chaleureux souvenir de toi.



dimanche 7 octobre 2012

QUATRE ( 4) CENT-QUARANTE-ET-UN ( 41 )




le bruit des pas…
…feutré

le bruit des pas feutrés traverse la pièce
l’écho sur les murs
c’est ce que nous entendons
le bruit feutré des pas
c’est seulement
à cause de l’écho
que nous l’entendons

sans écho…     pas de bruit
 sans pas…       pas de pièce
sans pièce…     pas de bruit


et nous nous réunirons à mille
à mille et un
afin que saccadent  nos bruits de pas
feutrés dans la même pièce

huit tambours majeurs pour chaque coin
retentissant du plus formidable silence
celui
de ceux qui n’ont rien à dire
celui
de ceux qui ont tout dit
qui ne craignent plus que les rabâchages
mille fois
mille et une fois repiqués
sur les vagues de l’histoire

et que feront les vents de la liberté  de l’espoir
les vents d’ailleurs
qu’ici nous avons reçus
les capteurs de vents
les récepteurs d’envies
s’abreuveront-ils aux sons des tambours…
craindront-ils les avis taciturnes des castrateurs…
mêleront-ils leurs voix enrouées à celles des stentors…

ou se perdront-ils dans l’écho des tambours
dans l’écho qui n’aura pas su réfléchir  
le bruit feutré des pas traversant une pièce
encore vide

lundi 24 septembre 2012

QUATRE ( 4 ) CENT-QUARANTE ( 40 )




Je fais une tentative: essayer de répondre à la question suivante: qu'est-ce que le poème? Y a-t-il une définition du poème qui puisse l'illustrer sans le catégoriser, l'enfermer, l'emprisonner dans un sarcophage et cela à tout jamais?

Il a fait du chemin le poème. Durant l'Antiquité on le caractérisait par son contenu, son ton: il pouvait être épopée légendaire, églogue champêtre, élégie plaintive, satire critique... Ensuite les Rhétoriqueurs l'ont défini par la longueur des vers et des strophes, la disposition des rimes et autres détails formels, ce qui nous a donné la ballade, l'ode, le rondeau, la sotie, etc. De l'Orient nous est venu le pantoum, le haïku. À son entrée dans le 19ième siècle et avec la disparition progressive (sauf pour le sonnet) des formes fixes, le poème adopte sa structure propre, on parle alors de poème libre, de poème en prose.

La forme du poème c'est un peu l'habit de la poésie pour c'est plus difficile, plus complexe de trouver une définition. La forme du poème c'est un peu l'enveloppe, le contenant de la poésie. Impossible de vraiment cerner la poésie à partir du poème pour laquelle de multiples définitions qui, pour être sans doute exactes, ne peuvent en contenir tout l'en-soi. Je n'entrerai pas sur ce terrain à la fois vaste et sans fin. Je vais plutôt vous offrir ce court poème qui tente de cerner comment je le conçois, le reçois, et par extension, la poésie.




poème…



… à construire   premiers mots à écrire   pensée à circonscrire


(oxymoron rampant recto-verso sur une feuille)

… à dire    induire image qui veut luire    sens à reproduire


(chanson à bout de souffle)

… ne sait ni vieillir    ni obéir    ni s’assujettir que rejaillir


(prosopopée du silence qui parle)

en exil au creux de la gorge embusqué entre émotion et sentiment
il repart doucement se poser sur le cuir des jours 

couleur à odeur de couleur / emmêlée / à une odeur couleur d’odeur
deux inséparables intrinsèques
sombre écho avant le bruit
                     claire lumière de fougère
le poème s’unit à


. une aile d’oiseau poussant le rocher de Sisyphe .
. une dernière vague dans l’aquarium du temps .
. la courbe du vent sur des hanches d’arc-en-ciel .
. la fraîcheur du matin après une nuit ruisselante de rêves .
. les Variations Goldberg au clavecin piano violon
escaladant les siècles .
. le soleil des montagnes, arabesque sur tableau .
. l’amour épelé en syllabes discontinues .
. la beauté dos tourné à l’oubli des océans .


Le Poème Est Le Dire De L’inédit




samedi 15 septembre 2012

QUATRE ( 4 ) CENT-TRENTE-NEUF ( 39 )



Une dizaine de jours après la campagne électorale, son crescendo nous menant au 4 septembre, aux malheureux événements que nous vécûmes en direct à la télévision alors qu'un tireur fou faisait une victime, nous laissant pantois sur ses véritables intentions et nous projetant dans la réflexion autant sur la suite des choses que sur ce qui nous a mené à cette tragédie; une dizaine de jours plus tard, je suis incapable d'aligner logiquement ma pensée et dégager quoi que ce soit de ses tristes événements.

Une amie m'écrivait que nous aurions toute une réflexion à faire sur la société dans laquelle nous vivons. Elle a raison: une réflexion personnelle et collective. Je l'entreprends, d'abord, en retournant à mes cahiers de lecture afin de tenter d'y trouver des pistes que m'offriraient quelques-uns de mes écrivains favoris. Je vous les aligne dans un ordre syncrétique et avec l'assurance que j'y reviendrai lorsque je serai en mesure de développer ma pensée.

Voici.

. N'ouvre la bouche que lorsque si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence. Proverbe arabe

. Tout a un sens caché dans ce monde, pensai-je. Hommes, animaux, arbres, étoiles, tout n'est qu'hiéroglyphes; heureux celui qui commence à les déchiffrer et à deviner ce qu'ils disent, mais malheur à lui. Quand il les voit, il ne les comprend pas. Il croit que ce sont des hommes, des animaux, des arbres, des étoiles. C'est seulement des années plus tard qu'il découvre leur vraie signification. Nikos Kazantzaki

. Je vois les choses plus calmement maintenant que je crois comprendre qu'aucune solution, pour éminente qu'elle puisse paraître quelquefois, ne se présentera probablement jamais; on a finalement tendance, principalement quand on est jeune, à surestimer beaucoup trop la hâte avec laquelle les solutions se présentent. Kafka

. Je ne comprendrai jamais pourquoi les survivants d'un drame se sentent obligés de faire croire qu'ils sont plus à plaindre que ceux qui y ont laissé leur peau. Yasmina Khadra

. Knulp disait que nul ne peut mêler son âme à l'âme d'un autre. Deux êtres peuvent aller l'un vers l'autre, parler ensemble mais leurs âmes sont comme des fleurs enracinées, chacune à sa place; nul ne peut rejoindre l'autre, à moins de rompre ses racines; mais cela précisément est impossible. Faute de pouvoir se rejoindre, elles délèguent leur parfum et leurs graines; mais la fleur ne peut choisir l'endroit où tombera la graine; c'est là l'oeuvre du vent et le vent va et vient à sa guise: il souffle où il veut. Herman Hesse

... chacun de nous est une île, et que nous n'allons que l'un à l'autre sans jamais être tout à fait l'un et l'autre pour de bon. Gaston Miron

. Je n'avais entendu dans la bouche d'aucun prêcheur ces mots de rassemblement que l'humanité, en inventant les langages, avait dû forger avec ce qui restait de lettres après ceux de guerre, de haine et de violence. Jean-François Beauchemin

. Quand on ne connaît pas le chemin où l'on va
tous les chemins sont bons. Dany Laferrière

. Je crois maintenant que les questions les plus simples ne sont pas seulement celles auxquelles il est le plus difficile de répondre, mais celles qu'il est le plus important de poser. Northrop Frye

. Le mensonge est déjà dans l'oreille de celui qui écoute. Tonino Benacquista

. Nous sommes prêts à croire n'importe quoi plutôt que d'affronter la vérité.
Carlos Ruiz Zafon

. Si tu rencontres une étoile de mer, elle ne t'explique pas l'océan. Antoni Casas Ros

... le bien ne peut pas être organisé, ... on peut seulement règlementer le mal et le généraliser, tandis que le bien n'est jamais qu'une affaire privée, un rapport intime d'homme à homme, rien de plus, et dès qu'on se mêle de l'organiser, on s'engage dans la voie de la fausseté. Toute organisation appelle les puissants de ce monde soit à la supprimer, soit à la détourner à leur profit. Yan Trefulka

. Leur haine me frappait plus que leurs armes. Violette Leduc

. Jusqu'à la fin, nous n'aurons rien appris. Il semble y avoir chez nous tous, au fond de nous, quelque chose de l'ordre du granit, qui résiste à l'enseignement. J.M. Cotzee

. Seuls les gens capables d'aimer passionnément peuvent éprouver de grandes douleurs, mais le même besoin d'aimer leur sert de réactif et les guérit. À ce point de vue, la nature morale de l'homme est encore plus vivace que sa nature physique. Le chagrin ne tue jamais. Tolstoï

. Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n'existe pas, mais bien peu sont ceux qui s'arrêtent à cette considération inverse qu'il n'y a pas non plus de malheur absolu. Les raisons qui empêchent la réalisation de ces deux états limites sont du même ordre: elles tiennent à la nature même de l'homme, qui répugne à tout infini. Ce qui s'y oppose, c'est d'abord notre connaissance toujours imparfaite de l'avenir; et cela s'appelle, selon le cas, espoir ou incertitude du lendemain. C'est aussi l'assurance de la mort, qui fixe un terme à la joie comme à la souffrance. Ce sont enfin les inévitables soucis matériels, qui, s'ils viennent troubler tout bonheur durable, sont aussi de continuels dérivatifs au malheur qui nous accable et, parce qu'ils le rendent intermittent, le rende du même coup supportable. Primo Levi

. Lorsque, chez un être humain, l'angoisse atteint une certaine intensité, on assiste à une diarrhée de mots. Réjean Ducharme

... il est des gestes auxquels on ne peut pas toujours trouver une explication facile, parfois même il est impossible d'en trouver une difficile. José Saramago

. Les faits sont souvent les pires ennemis de la vérité. Les faits ont tendance à nous masquer la vérité. Amos Oz

. Et ce que l'on croyait loin va se découvrir avoir tout le temps été proche. Gabrielle Roy

. Les gens se comportent comme on les traite. Doris Lessing

. La vie serait insoutenable si nous n'avions pas la capacité d'oublier. Et la vie est insoutenable parce que nous oublions. Jean Barbe

. Quelquefois nous ne faisions que finir le travail que d'autres ont laissé inachevé. Ou commencer un travail que d'autres finiront pour nous. Alessandro Baricco

. Mon nom: offensé; mon prénom: humilié; mon état: révolté... Aimé Césaire

. Celui qui a un «pourquoi» qui lui tient lieu de but, peut vivre avec n'importe quel «comment». Nietzsche

. S'il nous arrive de ne pas marcher au pas de nos compagnons , la raison n'en est-elle pas que nous entendons un tambour différent? Allons suivant la musique que nous entendons quels qu'en soient la mesure ou l'éloignement. Henry David Thoreau

Bonne réflexion et au prochain saut.

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - 26 -

Monsieur Saint-Pierre s’interrogeait : s'arrêter au presbytère ou rejoindre son ami Cloutier. L'employé de la ville, en service comm...