samedi 6 février 2021

CHRONIQUE VIETNAMIENNE

 


2021, l’année du buffle / boeuf / taureau

 

Le 12 février 2021, nous entrerons dans l’année du taureau qui peut très bien s’appeler celle du boeuf ou du buffle. 

Je vous propose un texte publié en juin 1992 par monsieur Hữu Ngọc et qui s’intitule :

Ô buffle, que je te le dise.

 

Il m’est arrivé de voir un buffle et des bambous peints sur la cloison d’un avion volant de Djakarta à Padang.

Sans doute le buffle est un animal familier aux pays rizicoles de Sud-Est asiatique. Il marque en particulier la vie et le folklore du peuple vietnamien.

Il est le compagnon indispensable de notre paysan. “ Toute fortune commence par un buffle “, dit un dicton vietnamien. Une très vieille chanson populaire exprime leur camaraderie dans le travail :

 

“ Ô buffle, que je te le dise,

Viens dans la rizière et laboure avec moi,

Labourons et repiquons

Comme l’ont fait nos ancêtres

Ni toi ni moi n’épargnons notre peine.

Tant qu’il y aura des épis de riz

Y aura des brins pour toi, ô buffle. “

 

Le buffle laboure, herse, tire la charrette, traîne la meule du pressoir de canne à sucre... Dans les campagnes isolées, il défend même l’homme contre les bêtes féroces de la forêt. Il est attaché à l’homme comme un chien fidèle. Le conte populaire suivant explique cette soumission: 

“ Un jour, à brûle-pourpoint, le Tigre demande au Buffle : “ Comment se fait-il que toi, qui es si fort, tu te plies aux volontés d’un être aussi malingre que l’homme ? “ Ce à quoi le Buffle réplique : “ C’est que l’Homme dispose d’une arme terrible : l’intelligence. Si tu es curieux de savoir ce que c’est, va le lui demander ! “ Interpellé dans la rizière par le Seigneur de la Jungle, l’Homme répond calmement : “ Je n’ai pas l’intelligence sur moi. Je vais la chercher à la maison pour te la montrer, mais à une condition : c’est que tu me laisses t’attacher à un arbre, autrement tu pourrais dévorer mon buffle durant mon absence. “ Le tigre accepte le marché. Après l’avoir garrotté, l’homme le frappe à tour de bras en lui disant : “ Voilà mon intelligence. “ 

La présence du buffle est si ancrée dans la vie quotidienne rurale que souvent l’éthique sociale paysanne s’exprime à travers le caractère de cet animal. Citons par exemple les proverbes :

“ Buffle attaché hait buffle qui broute. “

“ Buffle qui arrive en retard boit l’eau trouble. “

“ Quand le buffle et le boeuf se battent avec leurs cornes, ce sont les mouches et les moustiques qui sont tués. “ (Ce sont les petits qui pâtissent si leurs supérieurs entrent en conflit.)

“ Rizière profonde et bufflesse ne valent pas une fille comme premier né de la famille. “ (Car elle pourra aider les parents à s’occuper du ménage.) Etc.

Les combats de buffles, autrement passionnants que les corridas espagnoles, attirent chaque année (10e jour du 8e mois lunaire) une foule de pèlerins et de curieux au village de pêcheurs de Dô Son, à 120 km de Hanoï. Mais d’ordinaire, le buffle est de tempérament très pacifique.

Un petit garçon coiffé d’un chapeau conique, assis à califourchon sur le dos d’un buffle et jouant de la flûte, telle est l’image bucolique que plus d’un étranger rapporte du Vietnam... Cette image durera-t-elle longtemps ? Le buffle en chair et en os est concurrencé par le “ buffle d’acier “, nom que les paysans donnent au tracteur.


Hữu Ngọc

Juin 1992

À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE VIETNAMIENNE

 

 

mercredi 3 février 2021

Otium # 4

 


De la folie à la foi

 

Que m’évoque cette petite fiole, sortie du congélateur, emplie de son liquide salvateur à la stabilité fragile ? Cette fiole et son contenant représentent une réalité que, depuis ma verte naïveté, j’aurais franchement cru impossible, voire inimaginable : ce choc planétaire, cette hécatombe universelle, ce monstre économique à l’arrêt forcé !

Si j’agite le mot fiole, à la manière dont je pourrais mélanger son contenu, voilà que j’obtiens un autre mot : folie. En effet, ce contenant — aussi miraculeuse que fut la rapide création de son produit —, ne concrétise-t-il pas l’aboutissement d’un cycle de folie ? En admettant que la folie se définisse comme « un ensemble de comportements jugés et qualifiés d’anormaux », ne pouvons-nous pas reconnaitre que nous en étions là ? Notre « va tout » capitaliste obsédé jusqu’à l’obnubilation par la poursuite aveugle des profits n’a-t-il pas fini par faire dérailler le système, en bafouant les rythmes de base du vivant ? Sourds aux signaux d’alarme clignotant sur tous les fronts — santé physique, équilibre mental, homéostasie environnementale — nous fallait-il que ce coup de matraque nous fût asséné pour qu’enfin nous sortions de notre aveuglement volontaire, de notre indifférente frénésie ?

Si j’agite encore la fiole, laissant s’écouler un peu de son contenu et tomber une lettre de sa forme, je me retrouve avec le mot fiel. Oui, je déplore le fiel, ce caractère de l’inculte qui s’est insidieusement instillé dans nos rapports à l’autre, dans nos échanges interpersonnels et dans nos modes de communication. Je me désole de tout ce fiel qui transite par les impulsions lumineuses des réseaux sociaux et qui vient s’étaler sur les écrans de nos solitudes. Peut-on espérer que cette fiole, dans la mise à l’arrêt qu’elle représente et dans l’obligation de compassion qu’elle impose, puisse asséner un sifflant soufflet à tout ce fiel ?

Laissons tomber encore quelques gouttes du précieux sérum et une autre lettre du mot dans lequel il est contenu, pour reprendre un fil. Il est urgent de couper l’ancien fil ! Il nous faut désirer que cette pandémie marque une réelle rupture, une remise en question fondamentale d’un système qui en fin de compte se montre si chancelant, creusant toujours davantage l’écart dans la répartition des richesses, accentuant les fractures sociales, la surchauffe planétaire, la montée des extrémismes. Il faut espérer la rupture de ce fil conducteur délétère, et nous atteler sans tarder à la construction d’un nouveau lien, d’un liant plus lumineux.

Ce qui nous amène à agiter les dernières lettres du mot, avant d’en injecter la balance du contenu dans nos chairs. Que reste-t-il ? Un mot aux consonances surannées pour certains, mais si nécessaire en ces temps : le mot foi. Foi dans la possibilité d’une vitalité renouvelée, foi en notre capacité d’amorcer une reprise fondée sur des priorités collectives redéfinies. Montrons-nous capables d’insuffler de l’oxygène à nos emplois du temps.  De nous contenter de moins. D’habiter davantage notre présence à la beauté du monde, aux présences singulières de nos pairs. De troquer notre obsession des valeurs boursières pour des valeurs plus humanistes.  D’adoucir notre parole. De réenchanter notre regard. De prendre soin du vivant vulnérable.

Alors la fiole et son sérum, en ayant permis de freiner une allure insoutenable, en ayant forcé des solidarités improbables, en ayant remis les pendules à l’heure, prendront un précieux sens. 

Claire (février 2021)

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L’AIGUILLE DANS LA BOTTE DE FOIN

Qui aurait pu parier qu’en moins d’une année après son apparition, la médecine arriverait à mettre au point un vaccin pour prémunir l’humanité d’un virus mortel pour les humains et le rendre si rapidement accessible. Il faudra désormais parler non pas de « chercher » mais bien de « trouver une aiguille dans la botte de foin ».

L’humanité, par ce virus, pouvait n’en tenir qu’à un fil; voilà qu’elle tient maintenant à une aiguille, salvatrice. Il faut avoir été exposé à ce type de vulnérabilité où tout peut se jouer par le hasard ou la bonne fortune, pour s’émerveiller de cette réponse humaine à ce défi de la nature. Alors que j’avais à peine dix ans, dans un Québec où les soins de santé étaient le privilège des plus fortunés, j’ai été frappé non pas par un virus, mais pire, par une bactérie : le streptocoque beta hémolytique. Dans mon cas elle s’est transformée en rhumatisme articulaire aigu pouvant causer une cardite rhumatismale et se transformer en sténose de la valvule mitrale du cœur.

Quel a été alors pour moi l’aiguille dans la botte de foin? En fait, ce fut une aiguille à trois facettes. Tout d’abord il y avait l’existence depuis peu de la pénicilline, seul médicament pouvant contrer ce type de bactérie. Deuxièmement, et ce fut déterminant pour la suite de mon traitement : la présence miraculeuse du premier cardiologue à exercer dans la petite ville de Saint-Hyacinthe à la fin des années 1950.

Et finalement, l’élément décisif pour que j’aie accès aux soins : la fortune de mon grand-père maternel qui a déboursé d’avance les dollars nécessaires afin que je sois hospitalisé, les hôpitaux étant, à cette époque, privés et les soins, très chers.

L’hospitalisation a été ma première expérience de confinement total; la première semaine, j’étais alité 24 heures sur 24, ne pouvant me lever que pour aller à la toilette. Pour un enfant de 10 ans, cela peut sembler une expérience éprouvante. Ce n’est pas le souvenir que j’en ai. J’y ai appris le plaisir simple de regarder un oiseau venir me saluer chaque matin à la fenêtre; le délice de me faire laver par une gentille infirmière (c’était probablement une préposée, je ne faisais pas la différence). C’était la joie d’attendre puis de voir arriver mon père vers l’heure du midi, m’amenant tantôt une revue de Spirou, tantôt un magazine d’animaux sauvages; j’en fis plus tard une collection.

Puis ce confinement s’est transformé en un genre de couvre-feu; je pouvais marcher, mais aller dormir très tôt. De toutes façons, j’étais fatigué, ma maladie me prenant beaucoup de mon énergie. Et sublime plaisir : pouvoir ne lire que mes Bob Morane et mes Spirou au lieu de faire des mathématiques.

Cette année de confinement s’est terminé par un sublime voyage sur la ferme de mes oncles à Gentilly; un voyage qui fut finalement un instructif stage en agriculture. J’y ai alors appris toutes les notions essentielles de la production laitière.

Cette expérience de mon enfance aura sculpté ma personnalité en m’offrant précocement une certaine maturité: la patience et la contemplation de la nature me donnent aujourd’hui les qualités de base pour vivre le confinement de la pandémie actuelle avec sérénité.


Si je reviens à cette aiguille salvatrice, un certain nombre de conditions ont aussi permis qu’elle advienne. Tout d’abord, la nature particulière de ce vaccin a été intuitionnée, par Katalin Kariko, une biochimiste hongroise qui a eu le génie de s’intéresser non pas à l’ADN des virus, mais à l’ARN messager.

Son acharnement à étudier l’ARN messager lui a valu sa titularisation de professeure à l’université de Pennsylvanie. Et c’est donc à son entêtement que la virologie a viré de bord la façon de concevoir les vaccins : au lieu d’inoculer l’ADN du virus en nous infectant, c’est une vaccination par l’ARN messager qui conduit nos cellules à fabriquer elles-mêmes de l'antigène en grandes quantités. C’est donc grâce à elle que les chercheurs contemporains ont pu inventer l’aimant assez puissant et précis pour trouver la fameuse aiguille dans cette botte de foin virale qui nous assaille.

Souhaitons que cette nouvelle thérapeutique permette à l’humanité de faire face aux futures pandémies dont nous ne serons jamais à l’abri tant que notre espèce ne diminuera pas sa pression sur les ressources de la planète. À moins que comme dans le cas de ce jeune garçon de 10 ans qui a su se former une maturité à travers sa maladie d’enfance, le genre humain sorte de cette pandémie avec un peu de sagesse et, surtout de modestie face aux autres espèces de cette planète.

Pierre (février 2021)

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Ici Radio-Monde

(Radio-Monde)  

- Bonjour mesdames et messieurs, bienvenue sur Radio-Monde. Dans le cadre de nos grandes entrevues, il me fait plaisir de recevoir monsieur Joshua Barnes, reporter globe-trotter. Bon retour au pays, monsieur Barnes. 

(Joshua Barnes )

- Merci et salutations à tous vos auditeurs et auditrices. 

(R-M) - Vous revenez tout juste d’un long périple qui vous a mené à travers le monde ?

 (JB) - En effet, je rentre au pays après voir parcouru une bonne partie des États-Unis, de l’Europe ainsi que certains pays d’Asie.

 (R-M) - Vous avez traversé toutes ces contrées avec pour objectif de couvrir des événements en lien avec la pandémie due à la covid-19. Qu’en retenez-vous ?

 (JB) - En janvier 2020, au tout début de ce que l’on peut appeler la nouvelle du siècle, j’étais en Chine. Lorsque le bruit court à l’effet que quelque chose d’inhabituel se passe à Wuhan, tous les journalistes sont invités à quitter le pays. J’ai profité d’un vol vers la France pour ensuite traverser en Angleterre et me retrouver finalement aux États-Unis, constatant que la pandémie voyageait plus rapidement que moi.

Devant la difficulté à obtenir des informations vérifiables, tous les journalistes cherchent à jouer autant du coude que de leurs contacts afin d’en apprendre davantage, mais chacun de nous se retrouve devant un mutisme complet, personne ne peut nous informer de manière convenable. Le modus vivendi habituel du travail journalistique complètement perturbé, chacun doit se rabattre sur les réseaux sociaux devenus les nouveaux canaux d’information, avec tout ce que cela implique de faussetés, d’inexactitudes ou d’affabulations.  

En très peu de temps, vous y retrouviez des spécialistes en virologie et en infectiologie sans aucune connaissance médicale, alors que les chercheurs et les médecins admettaient être face à un virus d’une ampleur dont il leur était impossible d’en mesurer l’étendue.

Des politicologues amateurs, souvent emmêlés dans des discours dont ils ne comprennent rien ni d’Ève ni d’Adam, construisant des échafaudages politico-économiques pour le moins ahurissants.

Un autre phénomène prend de l’ampleur et n’est pas à négliger, que celui des amateurs de complots qui, disent-ils, avaient tout vu venir et que les événements par leur caractère universel ne font que renforcer les idées que des groupes organisés sont actuellement à l’oeuvre afin d’étendre leur hégémonie sur le monde quand il ne s’agit tout simplement pas d’eugénisme ou de régulation de la population planétaire.

 (R-M) - Tout ce fatras est difficile à départager.

 (JB) - Sans repartir au tout début de la pandémie - je vous rappelle qu’il existe encore bien des gens qui n’y croient pas - je préférerais me concentrer sur le cas du vaccin qui reproduit ce qui est advenu lors de l’épisode des masques (utiles ou pas), des différents types de confinements (efficaces ou pas) ou tout autre information en provenance surtout de l’OMS qui parfois se contredisaient les unes les autres.

 (R-M) - Avez-vous été vacciné ?

 (JB) - Non, je ne fais pas partie de ceux qui doivent le recevoir en priorité. Ce vaccin - sans tenir compte des divers laboratoires pharmaceutiques qui y ont travaillé et continuent encore maintenant - se veut le point culminant des multiples campagnes de protection sanitaire. Toutes les personnes que j’ai rencontrées et interrogées, cela depuis le début de la pandémie, sont unanimes pour dire que la solution à ce grave problème de santé se trouve dans l’arrivée d’un vaccin efficace et dont les effets puissent s’étirer dans le temps.

(R-M) - Ces gens, étroitement liés au monde médical et à celui de la recherche, ont-ils ressenti de la pression qu’elle soit politique ou médiatique ?

 (JB) - Cela ne fait aucun doute, mais ce que je retiens principalement c’est à quel point la pensée magique joue dans cette histoire : les pro-vaccins y voient une panacée alors que pour les anti-vaccins, il s’agit d’un complot d’envergure planétaire. Il se développe ce que j’appellerai le principe de la médaille, c’est-à-dire qu’il n’existe  que le recto et le verso, l’endroit ou l’envers, plus aucune autre possibilité ou nuance alors chaque adepte se veut porteur d’une  inébranlable vérité qu’il érige en dogme infaillible.

 (R-M) - Cette pandémie semble être une occasion rêvée pour les partisans des théories du complot de partager leur point de vue, n’est-ce-pas, monsieur Barnes ?

 (JB) - Dans mon travail, principalement cette fois-ci, alors que j’ai eu l’occasion de me retrouver sur trois continents différents, chacun étant frappé de plein fouet par le coronavirus, j’en suis arrivé à un début de conclusion : il faudra plus qu’un vaccin pour éradiquer ce virus qui s’infiltre en nous directement par la covid-19 et indirectement par les décisions, parfois incohérentes, des gouvernements cherchant à minimiser les effets d’un illustre inconnu se cachant dans l’invisibilité.

Comme les informations relatives aux avancées scientifiques reliées à la compréhension du virus et aux moyens de le contrecarrer doivent s’adapter, parfois dans des temps infiniment courts, à une découverte qui américaine, qui européenne, qui asiatique, l’idée que seul un vaccin peut nous faire sortir de cette crise mondiale obtient la cote A+.

 (R-M) - Croyez-vous que cela soit général sur l’ensemble de la planète ?

 (JB) - Chacun a son agenda. J’entends par “chacun”, les gouvernements, les médicaux, les journalistes des différents médias et le virus lui-même. Mais nous nous apercevons que cela va plus loin qu’une simple réponse à la pandémie par une vaccination qui, de toute façon, ne pourra se faire sur l’ensemble de la planète. Trop d’intérêts et trop d’argent sont en jeu.

 (R-M) - Vous ne croyez pas à une collaboration universelle afin que tous les pays, pauvres et riches, puissent bénéficier de ce vaccin ?

 (JB) - Difficile de répondre catégoriquement à cette question, mais nous  possédons des exemples de la frilosité de plusieurs pays du monde à venir au secours ou en aide lorsque des catastrophes, des désastres ou des calamités s’abattent sur certaines régions du globe. En lieu et place, je vous soumets une hypothèse qui m’a été fournie par un chercheur isolé dans le fin fond des États-Unis.

Si ce virus, sans prendre en compte son lieu d’origine et de sa possible transmission par un quelconque animal plus ou moins sauvage, n’était qu’une manière pour notre environnement de se protéger des actions - le mot “exactions “ serait peut-être plus approprié - que l’homme, dans son étourderie fonctionnelle, s’emploie pour détruire son propre milieu de vie ! Il ne serait pas strictement qu’un message, mais plutôt un avertissement. Ce vieux chercheur, tel un loup solitaire, nous prévient que progressivement et de manière exponentielle, des mutations que l’on nomme “variants “ pourraient être suivis par d’autres de plus en plus coriaces voire délétères.

Mais, et j’y reviens une autre fois, la pensée magique entretenue par l’être humain le porte à mettre ses espoirs dans un vaccin ou tout succédané - en Russie on vient de proposer un yogourt contenant un sérum capable de détruire le coronavirus - et d’attendre que tout soit derrière lui afin de reprendre ses activités comme si rien ne s’était produit, exactement au même endroit, celui de la fin de l’année 2019, et sur les mêmes bases qui furent les siennes avant l’arrivée du coronavirus.

Ce chercheur au fin fond des États-Unis ne perçoit pas l’homme comme un être qui apprend de ses erreurs. Pour lui, elles doivent être réparées et perçues comme des barrières ; que cette pause, cette halte que le coronavirus installe, devrait être vue comme une barricade devant son égocentrisme. Pour lui, le vaccin nous empêchera de mener à fond cette réflexion qu’il juge essentielle.

 (R-M) - Monsieur Barnes, vous revenez chez-vous après avoir traversé trois continents, cherchant à informer les auditeurs de Radio-Monde sur les méfaits de cette pandémie. À la fin de cette entrevue, pourriez-vous nous dire si vous êtes parvenu à une conclusion ?

 (JB) - L’homme a besoin d’être rassuré, son cerveau doit obligatoirement obtenir des explications. Cela est exact, mais cette fois elles aggravent ses angoisses. Cette pandémie a sur-multiplié les anxiétés, permis à des théoriciens de tout acabit de proposer des solutions qui, un peu comme le vaccin, lui permettraient d’évacuer son anxiété.

Ils sont légion ces théories dont les bases ne reposent sur rien ou sur du surnaturel. Il semble que les différentes religions actuellement dénombrables sur le globe ont vu leurs fidèles augmenter ; que les vendeurs de rêves ou de médicaments miraculeux font des affaires d’or ; que certains politiciens profitent de la situation pour écraser leurs adversaires ou avilir les peuples en leur retirant des libertés fondamentales ; que les problèmes de santé mentale se sont accrus, surtout dans les riches sociétés occidentales  la pandémie fait le plus de dégâts ; que l’égoïsme prime sur l’altruisme ; que tous les réfractaires aux mesures plus ou moins imposées ne savent plus trop à quel saint se vouer, car les complotistes ou conspirationnistes ont épuisé leurs réserves d’arguties parfois délirantes depuis que ce qu’ils avaient prédit ne se réalise pas, mais que ce qui se passe actuellement fait partie intégrante d’un plan global qui ne tardera pas à se réaliser.

Toutefois, cette pandémie peut permettre à la génération actuelle de s’inscrire dans le grand livre de l’histoire moderne, celui du XXIième siècle, l’invitant à pousser son regard un peu plus loin que le bout de ses pieds.

J’achèverai en citant l’expression “d’effet papillon“ qui résume une métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos. On doit la formulation exacte à Edward Lorenz qui l’énonçait ainsi en 1972 : “ Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? “

(R-M)  - Merci monsieur Barnes pour cet entretien. Vous écoutiez Radio-Monde.  À la prochaine.

 

Jean (février 2021)

jeudi 28 janvier 2021

LA PESTE

 

Albert CAMUS (1913-1960)

 

Alors que nous vivons une période de l’histoire moderne qui sans doute marque et marquera longtemps les années 2019 et suivantes, il m’est apparu intéressant de retourner vers Albert Camus, principalement son roman LA PESTE.

Dire de cette oeuvre qu'elle est d’actualité relève du pléonasme ; chaque page, chacune des interventions des différents personnages tout comme le portrait quasi journalistique que le Nobel de littérature 1957 trace de la situation sévissant dans cette ville aux prises avec cette maladie qui accumule morts par-dessus morts, nous démontre comment l'humain, devant un fléau, se retrouve face à lui-même et son devenir. 

Ce roman se situe dans le " cycle de la révolte " qui, pour l’auteur, est la manière utilisée par l'homme pour vivre l’absurde. 

Je vous invite à y retourner et pour susciter intérêt et curiosité, voici quelques citations que j’en conserve.

 

-.-.-

 


. Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours dépourvus. Le docteur Rieux était dépourvu, comme l’étaient nos concitoyens, et c’est ainsi qu'il faut comprendre ses hésitations. C’est ainsi qu'il faut comprendre aussi qu’il fut partagé entre l’inquiétude et la confiance. Quand une guerre éclate, les gens disent : “ Ça ne durera pas, c’est trop bête. “ Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.


. La seule chose qu’il ne veuille pas, c’est être séparé des autres. Il préfère être assiégé avec tous que prisonnier tout seul. 


. On se fatigue de la pitié quand la pitié est inutile.


. ... l’évidence a une force terrible qui finit toujours par tout emporter.


. ... l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même. 


. La seule chose qu’il ne veuille pas, c’est être séparé des autres. Il préfère être assiégé avec tous que prisonnier tout seul.


. Oui, ils avaient tous l’air de la méfiance. Puisqu’on les avaient séparés des autres, ce n’était pas sans raison, et ils montraient le visage de ceux qui cherchent leurs raisons, et qui craignent. Chacun de ceux que Tarrou regardait avait l’oeil inoccupé, tous avaient l’air de souffrir d’une séparation très générale d’avec ce qui faisait leur vie. Et comme ils ne pouvaient pas toujours penser à la mort, ils ne pensaient à rien. Ils étaient en vacances. “ Mais le pire, écrivait Tarrou, est qu’il soit des oubliés et qu’ils le sachent. Ceux qui les connaissaient les ont oubliés parce qu’ils pensent à autre chose et c’est bien compréhensible. Quant à ceux qui les aiment, ils les ont oubliés aussi parce qu’ils doivent s’épuiser en démarches et en projets pour les faire sortir. À force de penser à cette sortie, ils ne pensent plus à ceux qu’il s’agit de faire sortir. Cela aussi est normal. Et à la fin de tout, on s’aperçoit que personne n’est capable réellement de penser à personne, fût-ce dans le pire des malheurs. Car penser réellement à quelqu’un, c’est y penser minute après minute, sans être distrait par rien, ni les soins du ménage, ni la mouche qui vole, ni les repas, ni une démangeaison. Mais il y a toujours des mouches et des démangeaisons. C’est pourquoi la vie est difficile à vivre. Et ceux-ci le savent bien.

Bonne relecture !

lundi 18 janvier 2021

De " Projet Écriture " à O T I U M...

 L'otium est un terme latin qui recouvre une variété de formes et de significations dans le champ du temps libre. C'est le temps durant lequel une personne profite du repos pour s'adonner à la méditation, au loisir studieux.

Désormais, notre " Projet Écriture " entrepris à trois (Claire, ma belle-soeur, mon frère Pierre et moi-même) s'intitulera ainsi : OTIUM.

Le troisième (3e) est parti d'une proposition de Claire qui a suggéré trois photos parmi lesquelles nous avions à choisir. 

Voici le résultat.


Promenade après la pluie

L’orage avait cessé. Le vent chassait les derniers nuages. Des parfums moites montaient de la terre et les oiseaux recommençaient à pépier. Une des amies proposa d’aller marcher pour s’immerger de la paix après la pluie. Elles étaient quatre. Elles avaient coutume, tous les étés, de se retrouver à l’occasion d’une retraite amicale dans le chalet que possédait l’une d’entre elles. « Oui, sortons ! » avaient approuvé les trois autres à l’unisson.

Elles s’engagèrent à la queue leu leu dans l’étroit sentier forestier qui descendait vers le lac. Des gouttes de pluie étaient suspendues aux aiguilles des épinettes, et de timides rayons de soleil, perlaient leur transparence. L’humus de la terre saturait l’air d’un suave parfum. L’atmosphère était encore gorgée d’humidité. La nature semblait se détendre en absorbant le surplus d’eau déversé par l’abondante ondée.

Elles atteignirent un terreplein au centre duquel une mare s’était formée, en réceptacle des eaux affluant des sommets. S’y jouait un spectacle, fait de reflets, d’ombres et de mouvements. Il avait capté l’attention d’une d’entre elles. 
« Arrêtons-nous, suggéra-t-elle enthousiaste. Et plaçons-nous autour de cette grande flaque pour que chacune dise ce qu’elle y voit ! »



Toujours complices, les trois autres ne se firent pas prier.
Alors, commence, intima l’une d’entre elles à l’initiatrice de l’idée.
D’accord, dit-elle, en posant son regard sur l’étendue d’eau. Je vois la création d’un univers et l’extinction d’un autre peut-être, suggéra-t-elle après un moment. J’ai l’impression d’assister à la formation d’un monde : une voie lactée naissante qui s’organise dans un vaste dynamisme giratoire. Et au centre, en arrière-plan, j’aperçois dans un état gazeux, ce qui pourrait représenter l’explosion d’une super nova ou la pépinière d’un tout nouveau système. C’est fabuleux et mystérieux.
J’imagine l’émergence d’une création sans bornes, entrainée dans un mouvement
majestueux, sur laquelle agit une force insubstantielle.

Le groupe fixait le plan d’eau avec l’émerveillement que commandait cette vision
des origines. Puis l’amie passa la parole à sa compagne de droite pour qu’elle
témoigne de ce qu’elle discernait dans ce miroir. 

- Oh mon Dieu ! Je suis si loin de percevoir ce que tu vois! Je n’arrive pas à me détacher les yeux d’une horrible silhouette qui prend forme dans ce nuage. C’est une paréidolie dont j’aimerais bien me dispenser. Malheureusement, ce n’est que le profil de ce visage haï qui s’impose à mon cerveau. Je reconnais la fameuse houppe d’un jaune douteux, le menton en galoche et j’entends presque la voix grossière professer ses insanités mensongères, ses incitations aux débordements et à la haine. Je me console en imaginant que ce visage est balayé dans la nuit des temps : des vagues de lumières l’encerclent et l’enserrent. Elles finiront par noyer le souvenir de cette tache immonde.



L’image était devenue très claire dans l’esprit des amies qui avaient été horripilées par les déplorables évènements survenus au Capitole de Washington, fomentés par la langue de vipère de cette silhouette.

- Oh !, amène-nous vite ailleurs, supplia celle dont les neurones étaient saturés par la détestable vision, en s’adressant à l’amie postée à sa droite. 
La jeune fille soupira pour se donner le temps de chasser le personnage de sa rétine, en attente d’une nouvelle représentation.
Elle se concentrait sur les serpentins d’écume qui bordaient l’étang du lieu où elle se trouvait.

- Je vois quelque chose de très doux, comme une frange de dentelle, un rideau de mousseline peut-être qui frémit au vent, par un soir de pleine lune. Je sens la brise sur ma peau et je suis captivée par le mouvement de la voile qui ondule dans le souffle de la nuit. Tout est délicatesse. Et dans le ciel noir, constellé de quelques étoiles clairsemées, un fantôme prend forme : le fantôme d’un songe, l’embryon d’un ange, peut-être, qui aura toute la nuit pour affirmer sa silhouette et déployer ses ailes.

Elle espérait que sa vision avait effacé l’infâme portrait de l’esprit de ses amies.
Puis connaissant le souffle imaginatif de la compagne à son flanc, elle l’invita à prendre la parole, certaine que son intervention imposerait une nouvelle configuration.

Dans un geste théâtral, cette dernière, après avoir plongé son regard dans la flaque, redressa fièrement la poitrine, inspira profondément et déclama :

Eau
Je dis eau
Eau germinale
Eau origine de vie
Fontaines des fleurs, fruits, forêts
Nectar clair et cristallin
Soif étanchée

Eau
Je dis eau
Métamorphoses de l’eau
Flocons virevoltants, fleuves de cristal
Neige craquante sous les pas
Brumes d’aubes, crachin d’automne
Cirrus, altocumulus, nimbostratus

Eau,
Je dis eau
Eau destructrice
Crues, inondations
Trombes diluviennes, torrents, tsunamis
Avalanches, fracas d’iceberg
Engloutissement, dévastation, putréfaction

Eau
Je dis encore eau
Eau symbolique, eaux dormantes
Reposoir de nos inconscients
Reflets de nos cœurs…

Un grand éclat de rire mit abruptement fin à son élan oratoire. 




- « Oui les amies, cette flaque nous reflète bien toutes. Elle agit comme un tain qui nous renvoie notre personnalité. Je nous ai reconnues chacune dans nos propos respectifs : toi, la scientifique et ta création du monde, toi la conseillère média et le profil de ce politicien véreux, toi la jardinière d’enfants et l’univers délicat des songes et moi l’artiste fantasque qui se plait à improviser ! Quelle belle collection d’âmes réunie autour de ce miroir naturel, n’est-ce pas ? Merci pour
cette pause créative !... On descend au lac maintenant ? »

(Claire, janvier 2021)


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Eau vive

L’eau vive, c’est d’abord ce trou de verdure de Rimbaud…

où chante une rivière accrochant follement aux herbes

des haillons d’argent

 

L’eau vive, c’est aussi la vie qui chemine, recouvrant par immersion de son trop plein les obstacles, incompressible, éternelle présence.

L’eau vive, c’est ce ruisseau qui murmure, se laissant emporter inéluctablement dans le courant qu’il génère lui-même.

L’eau vive, c’est ce qui couve et coure sous la glace : c’est l’être au sein l’existence, par-delà le Temps.

L’eau vive, c’est l’eau en action, imprévisible source d’infinis possibles.

L’eau vive, tu es comme la flamme d’une chandelle : tu hypnotises et nous projette dans l’âme.

Eau vive, être de changement, tantôt cristal, bientôt éther.

L’eau vive, c’est l’enfant qui commence à se mouvoir et qui veut explorer.

Merci à toi, eau vive, par toi, voilà que la vie peut être : à l’infini.

 

 

Pierre, janvier 2021


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Au bout du chemin, le miroir des songes

 

Au bout du chemin, le marcheur découvre un ruisseau qu’il n’avait jamais surpris auparavant. Pourtant, il y passe tous les jours et cela depuis que son médecin lui a prescrit l’exercice physique quotidien.

Depuis l’annonce fatidique - il souffre d’un cancer incurable - sa décision, devenue aussi inflexible que le verdict médical, en plus de s’être mis à la marche, il s’est invité à créer un jeu original, celui de façonner de nouveaux mots qu’il appliquerait à ce qu’il voit.

Ce ruisseau provient d’on ne sait trop , probablement d’une source plus ou moins distante du sentier habituel qu’il emprunte. Il s’achève ici, se transforme en un étang que notre marcheur appellera désormais... le miroir des songes.

La branche qui plonge dans le verre pellucide deviendra... le bâton du pèlerin excitant des “ frémissures “ sur l’onde calme.

Le bleu du ciel, pourquoi pas le nommer ... une cellulose s’écroulant dans le gris qui hésite entre la verticale et l’horizontale.

Tout frémit, “ frimousse “ sous ses yeux qui tentent de rendre immortels les feuilles devenues... papier translucide.

Notre marcheur s’amuse, ajoute à cet exercice quelques incongruités semblables aux errements de langage d’un enfant qui apprend à parler.

La forêt, ce lieu parfait pour l’abandon, pour la recherche du silence, sous sa baguette magique qui transforme les mots, se métamorphose en... “ ofrêt “ collectant les ombres et la lumière.

De jour en jour son vocabulaire s’enrichit de nouveaux mots qu’aucun dictionnaire ne contient : “ bérar “ pour l’arbre... “ brechan “ pour dire la branche... l’ombre devient “ bermo “ dans sa nouvelle langue... la lumière s’appellera désormais “ mièlure “... l’étang devenu “ ganté “... et ainsi de suite pour tout ce que ses yeux repèrent.

À la suite de plusieurs escapades, utilisant la nouvelle terminologie de son glossaire personnel, lui, le marcheur répond maintenant au vocable... “ charmeur “.

Eh bien il s’en lasse ! Cela ne le pousse pas hors du sentier vers un lieu inconnu que son jeu de scrabble cherche à circonscrire. Il se dit que le fait de seulement bouger les différentes lettres de chaque mot ne suffit plus.

Quelques randonnées plus tard, il s’invita à dépasser cet endroit au bout du chemin, là  peut-être se dissimule un autre “ ganté “ moulé dans la “ mièlure “ et le “ bermo “... La marche acquiert la capricieuse idée de toujours vouloir se dépasser.

Sur un bout de papier, il nota, au-delà des mots réformés, une nouvelle sémiologie pour composer un poème.

Au bout du chemin,

la rare clarté dormant sur les “ bérars “

repus de la “ mièlure “ du jour

tombe dans le miroir des songes

y cherche la lucidité de l’eau

que brouille un gris “ brechan “...


Au bout du chemin,

la réalité des “ brémos “ de “ l’ofrêt “

écarte nos regards

de l’essentielle couleur...

 

Tu marches, essoufflé toujours

d’avoir tant avancé

devant l’irrémédiable destin

qui se mire dans le “ ganté “...

 

Tu peux,

oui tu peux, et sans misère,

déplacer les cellules des choses

mais resteront,

immortellement vivantes,

les couleurs de la mort...

 

Le marcheur, insatisfait de ses strophes, perçut entre les branches se mirant dans l’eau de l’étang et la “ faufileuse “ lumière , l’image de qui il est...

un homme mortel pour qui le glas n’attend que l’heure pour carillonner ses derniers instants...

celui qui, encore un peu, savoure la magie de jouer avec les mots, bien que bouleversés dans leur état primitif, continuent et continueront encore à bredouiller le réel.

On peut s’amuser à remuer des syllabes, ébranler leur arrangement, mais on restera continuellement troublé par leur sens initial, immuable reflet stationnaire des choses ; il n’y a que notre regard qui puisse les enchevêtrer...

L’histoire ne dit pas combien de temps encore le marcheur s’est rendu au bout de ce chemin, sauf qu’une fois franchi l’étang-miroir et la lumière bleue entre les branches des arbres de cette forêt, il aura, peut-être, à inventer un nouveau lexique.

Jean (janvier 2021)


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