mardi 13 août 2019

humeur vietnamienne









Du rez-de-chaussée jusqu’au vingt-neuvième étage, le bougainvillier que je venais tout juste de me procurer arrivait enfin à destination, sa place déjà préparée sur l’immense balcon de l’appartement du District 8, à Saïgon. J’avais demandé, exigé même, qu’il soit porteur de fleurs rouges. On me l’avait garanti. De plus, qu’on l’installe dans un pot plus grand que nécessaire car je lui voulais de l’espace. On le fit. Le résistant pot en grès émaillé dans lequel on me le livra, reflétait un bleu légèrement tacheté de petits surjets blancs.

Le bougainvillier n’avait pas fleuri - trop jeune encore - mais les conseils du fleuriste ajoutés à une petite poudre et beaucoup d’eau lui permettraient, d’ici quelques semaines, d’ouvrir ses fleurs de papier. On m’avait bien précisé que la floraison venue, il fallait diminuer voire même complètement cesser l’arrosage.

L’arbuste reçut, bien appuyé à son tronc, une plaquette dorée sur laquelle on pouvait lire: En hommage à mon frère Jacques... décédé en mars, il y a trois ans de cela maintenant. J’avais fait le voyage afin de le saluer une dernière fois et l’inviter à s’installer au Vietnam, sous la forme d’un bougainvillier.

Comme prévu, il prit de l’ampleur, fleurit. Tous les jours, m’adressant à lui, nous échangions des propos sur tout et sur rien. Rapidement, un lien fraternel se tissa, si bien que je ne m’adressais plus à un arbuste, mais à mon frère en allé. Quelques fois, le frôlant sans m’arrêter, ses longues épines me griffaient. Au début, j’excusais mon indifférence, par la suite ces écorchures allant jusqu'à des égratignures, m’apparurent porteuses de sens. Le frère se manifestait par ces signes obscurs; y portant attention, les insérant dans une certaine perspective, ils ouvrirent des portes qu’inconsciemment je maintenais closes.

Cela dura plus de trois années. À chacun de mes retours de voyage m’ayant conduit vers la terre natale, je retrouvais le bougainvillier en bien mauvais état. On avait eu beau s’occuper de lui durant mon absence, l’avoir visité régulièrement, il semblait s’acheminer vers la sécheresse. Il fallait que je reprenne mes habitudes, nos habitudes, pour qu’il se refasse une beauté. Je comprenais qu’il avait un peu souffert de mes deux mois de cavale.

Cette année, la troisième de son existence, lors de mon retour du Québec, étrangement, il se présenta sous un jour différent: orné de ses plus beaux atouts rouges comme jamais auparavant il le fit. Qu’est-ce que cela signifiait ? Ma logeuse, femme au pouce vert incroyable, avait-elle trouvé la recette miracle lui permettant de bien vivre durant mon éloignement ?

Deux ou trois semaines plus tard, le drame, pire, la tragédie se pointa. Doucement, une après l’autre, les fleurs de papier se détachaient de leurs branches, oubliant d’y laisser ce petit bouton auquel la prochaine s’accrocherait, remplaçant la fugitive. En moins d’un mois, entièrement dégarni, le bougainvillier entreprit une période de dessèchement. Ma logeuse venue à son secours, craquant une branche ici et là, ne semblait pas comprendre le mal dont il était atteint. La mousson ? Peut-être, mais les autres bougainvilliers de mon quartier  n’en souffraient aucunement. Surhydratation ? Impossible, la logeuse elle-même voyait à maintenir l’équilibre nécessaire. Trop de soleil ? Non plus, son exposition ayant toujours été adéquate. Nous nagions en plein mystère, elle dans celui de la botanique, moi, la sémiologie.

Je lui accordai un mois et si le même état végétatif persistait, j’allais prendre une décision. La spécialiste, régulièrement, bougeait le pot, remuait la terre, procédait à de petites coupes séquentielles sur des branches de moins en moins graciles, de plus en plus raidissantes... alors que je cherchais à rejoindre un frère prenant ses distances.

Un matin, à la porte de mon appartement, pudiquement déposé par ma logeuse, un ciseau signifia qu’il était temps de le tailler complètement. Dans ces moments, il ne faut plus réfléchir, rien ajouter à ce qui a été dit et exécuter la décision. Ce fut le commencement d’une sorte de... lâcher prise.

Ce frère, celui qui habitait le bougainvillier, m’annonçait que celui-ci avait été un gîte, non une demeure; l’heure de renverser le sablier avait sonné. Je n’ai pas discuté... je coupai les branches d’un arbuste qui, dans ma profonde naïveté, devait perdurer éternellement... n’avais-je pas requis un pot plus large que nécessaire !

Les branches qui, dans leur siccité, leur vide de sève, tombaient dans un panier d’osier les recueillant, offrirent peu de résistance. J’entrais dans une nouvelle étape. Fallait-il un autre endeuillement pour que s’éclipse le premier ?

Alors que j’arrivais au tronc, solide et résistant, ajoutant de la pression sur les oreilles des ciseaux de ma logeuse pour réussir à l’arracher, rien n'y fit. Il me fallut tirer... et si fort qu’avec lui quelques racines suivirent, d’autres demeurèrent cachées ici et là dans le pot de grès. L’opération composa un trou vide au milieu du pot bleu à taches blanches. Voilà, me suis-je dit, c’est fait... Ne restera plus que le souvenir de trois années d’attentions soutenues, de quotidiens bavardages... Tournons la page.

Le balcon de l’appartement du District 7, beaucoup plus petit que celui qui reçut le bougainvillier à l’origine, se retrouva tout d’un coup fort vide, malgré le fait que les jours précédents, face à l’évidence du dépérissement, je lui enlevais millimètre par millimètre de petits bouts de branches, mû par l’espoir que cela le revigorerait.

La femme de ménage remarqua le vide qui emplissait le balcon. C’est elle qui me fit prendre conscience que l’extérieur de l’arbuste avait disparu, mais que dans le pot, sur et dans la terre qui fut son habitat, beaucoup restait encore. Ce que je nommais lâcher prise, n’ayant pas trouver d’autre mot pour qualifier l’expérience, celle à laquelle le frère m’avait convié, loin d’être complet, m’appelait vers l’intérieur.



C’est fou tout ce que l’on y retrouve. Des racines... des radicelles... des rhizomes tout entortillés, sans ordre précis mais dans un désordre organique tout à fait logique... de la terre qui, avec le temps, avait avalé les roches blanches décorant la surface... des vers de terre... des chenilles encore à l’état de larve. L’univers intérieur dans lequel vécut le bougainvillier s’ouvrait à mesure que je grattais. Je distinguai le symbolisme qu’il représentait il y avait peu de temps encore et son état actuel, celui d’une plante complexe, aux mille et une ramifications. Une invite, aussi, à nettoyer mon propre intérieur...

Jour après jour, je lessivais le tout me disant qu’au cours des trois dernières années, j’avais alimenté un ensemble vivant, parfaitement invisible à mes yeux. Je plaçais les roches blanches, maintenant salies, dans un contenant particulier... dans un sac plastique, je glissais de longues tiges végétales, de petites aussi, tout ce qui avait grandi  autour de lui et près de moi. Il aura fallu un dessèchement, un signe, l’annonce d’un départ, pour me rendre compte que lâcher prise - s’il s’agissait bien de cela - c’est un travail quotidien, purificateur et débordant de surprises. La terre, libérée de toutes les composantes qui s’y étaient accumulé, devenait de plus en plus malléable, souple. Je constatais les résultats de mon action sur et dans elle. L’extérieur, une enveloppe visible et l’intérieur, toute la complexité d’un labyrinthe, s’offraient à mes yeux. Je devais cesser de regarder et voir là où je n’avais pas regardé... Est-ce que ce dont je nommais lâcher prise prenait la direction d’une prise de conscience ?

Cette opération, libérer de ses entraves la terre porteuse d’un bougainvillier, immobile dans un pot de grès, correctement alimentée, aidante à la progression de cet arbuste, devenait-elle, également, comme un plongeon en moi... une découverte de ce que le temps y a fait germer, ce que la nature y a placé ? Ce déblaiement devenu essentiel en raison du départ du locataire, allait-t-il être un engagement à purger le plus possible afin de préparer autre chose ?

Je me rendis compte que ces mots - lâcher prise - représentaient un travail de jardinier, d’abord, mais qu’au fond il allait plus loin, plus creux. J’allais cesser d’avoir du contrôle sur cet arbuste, je cessais de retenir le nécessaire départ du frère. J’avais à accepter qu’il a encore beaucoup de travail à faire, loin de moi, loin de tous ceux qui ont fait leur deuil de lui. Détachant, débarrassant, récurant, une fois la tâche achevée et cette terre dégagée, s’installerait autre chose dans ce même pot, celui à taches blanches.

Une besogne qui aurait très bien pu se faire en un seul après-midi, je l’étirais, m’ouvrant à différentes surprises...
... celle de découvrir d’autres tiges alors qu’il me semblait avoir tout extirpé au départ;
... celle de constater à quel point la terre modifiait sa texture et sa couleur au fur et à mesure de l’ouvrage;
... celle de m’apercevoir que le pot de grès, lui, ne se transformait pas, il se blottissait dans son immuabilité de récipient;
... celle d’aimer ce nettoiement intérieur;
... celle de me surprendre du fait qu’il y a trois ans, je plaçais dans ce bougainvillier une espérance quasi intemporelle;
... celle d’autoriser que ce lâcher prise devienne prise de conscience.  


Cet après-midi, il fait nuageux. La pluie du matin a coloré la terre dans le pot de grès d’une apparence nouvelle. Le surplus, car dans toute prise de conscience issue d’un lâcher prise, il y en a, un peu ou beaucoup, cela dépend du sérieux que l’on consacré à la tâche...
quelques restes, ceux mis de côté se disant qu’un jour on saura bien ce qu’ils signifient...
ceux que la mémoire fait rejaillir sans vraiment que l’on s’en soit aperçu...
et les autres qui attendent le moment idéal pour faire vibrer quelques cordes encore sensibles.

Il n’y a, désormais, plus rien d’essentiel, que de l’important. La chronologie s’arrête sur le moment présent.

Alors que je regarde au loin, par-dessus l’espace qu’occupait le bougainvillier, je vois les nuages s’immobiliser autour des poutres du pont qui enjambe le fleuve entre le District 7 et le District 2 de Saïgon, alors me vient une question: la disparition d’un arbuste en qui j’avais mis tant d’espoirs, dont celui de demeurer en contact avec un être cher, cette disparition qui m’a mené à un lâcher prise, puis un arrêt de conscience sur la fuite du temps, celle des gens, aussi, cette opération n’aura-t-elle été qu’un acte égoïste ? Ou solitaire ?

Solitaire comme ce jardinier agenouillé sur une terre qui lui salit les mains...




vendredi 19 juillet 2019

Lancement de DEP




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vendredi 14 juin 2019

Le projet devient la loi 21



Le projet de loi 21, adopté sous baîllon par l’Assemblée nationale du Québec, aura force de loi dès cette fin de semaine. Se pointera alors le dilemne de son application quotidienne. À la toute fin du processus, le gouvernement a soumis une définition de ce que peut ou pourrait être un signe religieux. Il faut se demander si cet exercice à clarifier les choses ou les a-t-elle embrouillées ? La question devra se résoudre sur le terrain... déjà passablement miné.

Il ne m’apparaît pas risqué de dire qu’il faudra un certain temps avant que l’on puisse en apprécier sa portée et son étendue. Ce seront surtout les commissions scolaires qui devront défricher ce nouveau chantier puisque déjà, et cela depuis un bon moment, les fonctionnaires du gouvernement, voyant venir la vague, auront su s’ajuster aux principes que soustendent ce que l’on peut maintenant nommer la loi 21.

Une question demeure et reste entière. Est-ce que cette loi règle à tout jamais la question de la laïcité de l’État, sa neutralité face aux diverses religions ? Personnellement, je ne le crois pas. Tant et aussi longtemps que des questions fondamentales ne seront pas résolues, à savoir une fiscalité favorisant les religions, l’exemption pour les écoles privées à caractère religieux d’appliquer la loi 21 dans son intégralité, rien ne sera finalisé et ces passe-droits perçus comme un accroc à ladite laïcité, demeureront un boulet attaché aux pieds de cette législation.

L’interdiction du port de signes religieux dans les services publics doit, à mon point de vue, être élargie. Je disais à des amis qu’il nous semblerait quelque peu incongru le fait qu’un curé d’une paroisse déambule sur la rue en habits sacerdotaux, alors, par extension, pourquoi cela ne devrait-il pas être généralisé à tout ce qui de près ou de loin se rapproche d’un signe affichant son appartenance à une quelconque religion ? J’ajoute qu’il devrait en être de même pour tout symbole dont l'objectif cherche à détruire les bases d'une société démocratique. Je songe ici à la croix gammée qu’exhibent des groupes néo-nazis; on pourrait en citer d’autres.

On me dira qu'une telle approche s’oppose au concept de liberté ou de démocratie qui permet l’expression des idées, fussent-elles anarchistes. Sans doute, mais il me semble cohérent, si l’on souhaite préserver les valeurs collectives auxquelles adhèrent les citoyens d'une société, qu’il faille absolument les défendre, à tout le moins les sauvegarder. Trop souvent, cherchant à soutenir des droits individuels, nous piétinons sans vergogne des droits collectifs alors que ceux-ci doivent primer.

Combien de fois nos institutions promulgent-elles des règles afin de protéger, semble-t-il, ceux et celles qui se retrouvent dans des situations minoritaires ou encore d’infliger à une majorité des obligations qui, déjà, font partie de leur hygiène de vie ? Ces règles, pour la plupart, ne font que fragilement soutenir et ne permettent pas à ceux pour qui on les installe, une adaptation à la société ou une certaine correction de comportements inadéquats. Je cite en exemple: lorsqu’une école interdit l’utilisation du téléphone portable en classe, un règlement qui s’adresse à tous, mais qui, dans les faits, ne vise que quelques individus n’ayant pas compris que cela ne va pas de soi. Même chose lorsque l’on exige d’un étudiant ou d'une étudiante que l'on se présente à l’école vêtu(e) de manière décente, cela inscrit dans un code de vie. Il y a là, selon moi, une forme d’infantilisme.

On me dira oui, mais certains ne le font pas, alors instaurons une règle. Exactement ce qu'énonce mon propos: ladite règle n’existera qu’en raison de l’attitude de quelques individus et non pas comme étant un comportement généralisé.

Je remarque qu’ici, au Vietnam, lorsque nous nous promenons en forêt, en montagne, que l’on se retrouve face à un danger potentiel (la présence d’un cours d’eau dangeureux, d’une falaise, etc.) on ne retrouve pas une pancarte plus grande que le danger lui-même, annonçant qu’il faille faire attention. On croit les gens assez intelligents pour s’en rendre compte par eux-mêmes. Oui, mais il y a les enfants. Quelle belle occasion donnée aux parents de faire de la prévention qui vaut mille fois mieux que la coercition !

La loi 21, puisqu’il faut maintenant la nommer ainsi, infantilise-t-elle le Québécois moyen ? Ce Québécois ne peut-il pas, par lui-même, comprendre que les religions, pour ceux qui les pratiquent, doivent obligatoirement se manifester dans des lieux de culte et non en public ? La religion ne relève pas du domaine public, elle concerne strictement un groupe de personnes adoptant des codes, des attitudes, des prescriptions qui lui sont propres et auxquels ses adeptes se soumettent volontairement et librement.

Cette règlementatation dont certains la jugent arbitraire, opprimante et contraire à l’esprit des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, s’est avéré nécessaire en raison principalement de ce que les signes ostentatoires représentent. On n’a qu’à se rappeler la levée de bouclier lorsque l’idée de retirer le crucifix a soulevée (on ne peut avoir plus signe religieux que celui-ci) autant à l’Assemble nationale du Québec qu’à la  mairie de Montréal. Songeons aussi au procès qui a abouti en Cour suprême du Canada quant à la pertinence ou non de reciter une prière avant la tenue d’un conseil municipal au Saguenay !

Pour définitivement passer à autre chose - ceci représente l’opinion de plusieurs citoyens québécois - une seule avenue se dessine devant nous, selon moi: la religion, oui, mais strictement dans les lieux de culte. Un point c’est tout. 

Imaginons un scénario loufoque: qu’en serait-il si une  quelconque religion utilisait la monnaie canadienne comme étendard, comme signe religieux, devrions-nous interdire les billets de banque ? Ceci me semble aussi ridicule que de se poser la question au sujet de l’anneau de mariage.

J’attends la venue d’un gouvernement qui puisse régler efficacement ce problème en le prenant en amont, à sa source et non en aval comme le fait la loi 21.



lundi 27 mai 2019

Mon ami GILLES CHAREST

Gilles Charest

















Mon ami Gilles Charest est décédé le 9 mai dernier, en Thaïlande. On lui rendra hommage à Saint-Hyacinthe, le 15 juin prochain. Je ne pourrai pas y assister, alors je lui envoie ces quelques mots.







Mon ami Gilles

Déjà parti vers la Thaïlande
 voici que tu nous quittes...
définitivement.

Dans ton pays d’adoption, 
heureux et en paix,
tu profitais enfin d’une retraite fort méritée
après toutes ces années consacrées à l’éducation.

Tes journées remplies de soleil, 
qu’elles se passent au golf,
à fréquenter les amis expats comme toi,
 tu auras su en profiter.

Tu t’y es fait des amours,
celles qui maintenant te regrettent.
Tu t’es engagé auprès des résidents québécois,
organisant je ne sais trop combien d’activités.
Tu offrais des conseils à ceux et celles
qui choisirent de s’y établir ou passer un bref séjour.

Je sais, tu as toujours adoré la lecture,
presque autant que le voyage;
un dévoreur de livres.

Une profonde tristesse emplit mon âme,
sachant que tu ne pourras lire mon roman
dont tu connaissais la trame
et l’attendais.

Au début de ta carrière,
je fus ton maître-associé.
Je me souviens avoir dit
que je te voyais dans l’administration scolaire.

Ton sens de l’organisation,
ton calme à recevoir les problèmes,
le doigté mis à les résoudre
auront fait de toi, 
un directeur d’école hors pair.

 Homme d’esclandres, tu n’as jamais été
davantage un homme de réflexion.
Tu savais ce qu’une décision impliquait
au niveau personnel de celui et celle
qui te l’avaient mis entre les mains,
au sein d’une collectivité de travailleurs 
du monde de l’enseignement.

Toujours effacé devant les honneurs,
mais droit debout devant les responsabilités.
Tu savais, par ton exemple,
inspirer, 
pousser toujours vers plus loin,
à plus de qualité, 
à plus d’engagement.

Tu étais un homme calme,
mais bouillonnant à l’intérieur.
Jamais tes croyances 
les as-tu imposées à qui que ce soit.
Tu les mettais en action.
Tu faisais confiance, 
je puis en témoigner.

Tu voyais grand,
en raison de tous ces pays que tu as visités,
ces cultures différentes
qui auront raffiné ta pensée.

S’attendre de toi que tu acceptes
en béni-oui-oui
tout ce qui se présentait, 
est bien mal te connaître.
Tu étais de la race des critiques,
sachant dire,
en peu de mots,
 tes interrogations,
tes doutes,
ne demandant, 
exigeant aussi,
que l’argumentaire soit logique, 
tienne la route.

Tu as cru,
et cela de toutes les fibres de ton âme,
en un Québec indépendant,
un Québec ouvert au monde,
fort de ses réalisations... à venir.

J’ai souvenir t’entendre me dire
combien les politiciens
qui arpentent les corridors
plutôt que de prendre le taureau par les cornes,
te décevaient.
Tu les voulais pro-actifs.

Oui,
déçu par la politique québécoise,
celle qui s’évertue 
encore 
à construire des petits bouts de chemins
alors que le Québec,
pour toi,
devait être une interminable autoroute.

Tu n’as pas été un rêveur,
tout son contraire,
un réaliste,
un pragmatique,
un homme engagé dans l’action.

Il aura fallu que la maladie
dont tu fus épargné si longtemps 
te frappe... durement... amèrement.

Mais là, ta force de caractère,
 et cela jusqu’au bout du chemin,
alors que des forces supérieures 
font plier les genoux,
aura fait de toi un admirable combattant.

Je ne crois pas qu’il puisse exister souffrance plus atroce
que celle qui s’en prend à notre moral.
Vers la fin, tu te sentais loin,
 si loin,
souhaitais tellement revenir au Québec;
tes racines vivaces te le commandaient.
Ce ne fut pas possible.
L’auras-tu accepté ?
Nul ne saurait le dire.

Tu reposes,
une partie de toi en Thaïlande,
l’autre au Québec.

Tu reposes,
enfin,
mais sache 
que tu es bien ancré
dans nos coeurs, 
nos âmes , 
nos mémoires.





Karl Jenkins-Benedictus - YouTube















samedi 25 mai 2019

Je suis intégriste!




Selon ce que je lis présentement en lien avec le projet de loi 21 sur la laïcité au Québec, et pour faire court... “je suis un intégriste”... On vient de me placer dans cette catégorie tout comme on sépare les pommes des oranges en les classant par sortes ou tout autre critère que l’on juge important d’y ajouter afin de bien les distinguer.

Intégriste je suis car j’appuie ce projet de loi dans toute son iniquité, semble-t-il.

Comment puis-je m’opposer à une liberté fondamentale, au droit inaliénable de pratiquer ouvertement sa religion ? Pourquoi est-ce que j’accepte le principe qu’un gouvernement agisse avec discrimination envers une partie aussi minime soit-elle de la population ? Comment puis-je me fermer les yeux sur le fait que ce sont les femmes musulmanes qui en feront les frais ? Pourquoi m’acharner à ne pas y voir là le début d’une esacalade de gestes voire même de lois pouvant réduire davantage nos droits et libertés ?

Il faut comprendre ici que cette question et une kyrielle d’autres, en plus de faire partie des différents argumentaires, sert de balises pour classifier  les gens. Soit, c’est de bonne guerre ! Mais je tiens à rétablir quelques faits.

D’abord, et je l’ai annoncé d’emblée dans le premier billet publié sur le sujet (LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON) j’opte avant tout pour que les droits et libertés collectives aient préséance sur ceux des individus.

Puis, et cela en réponse à ce que je nomme “la menace des islamistes intégristes”, il me semble opportun d’agir de manière telle que toute tactique sournoise qu’ils utilisent dont cette obligation du port du voile pour les femmes, la volonté d’instaurer la charia comme système de justice pour les musulmans, que les pouvoirs publics se doivent dès maintenant de proclamer haut et fort les valeurs de la civilisation occidentale. Je ne nie pas que la religion en soit une, fondamentale diront certains, mais je suis d’avis que toute manifestion de ce type doive se résoudre à se pratiquer dans les endroits de culte.

Ensuite, arrive la question du féminisme qui, à mon point de vue, n’a absolument rien à voir avec cette question. Si on réduit les revendications du féminisme au droit de s’habiller comme on le veut, c’est réduire à fort peu de choses un mouvement pourtant beaucoup plus noble. Allons plus loin que cette superficialité.

On ajoute que cette loi, lorsqu’elle sera adoptée, risque de favoriser le communautarisme. N’existe-t-il pas déjà? Que ce soit chez certains juifs hassidiques, les musulmans fondamentalistes, les sectes de tout acabit ! Par extension, je me permets de dire que les religions, formant des communautés d’appartenance, le pratique amplement. Je vois, ici au Vietnam, comment catholiques et bouddhistes se regardent en chien de faïence. Ils pratiquent une fermeture de l’esprit à tout crin.

Il y a également la montée du populisme politique préconisant le repli sur soi. Ce phénomène identitaire se répand un peu partout en Europe, en Inde, en Amérique du Sud alors que l’élection de Donald Trump aux USA en une illustration assez évidente. Elle serait due, cette montée, aux avancées des islamistes intégristes fondamentalistes. Charriant avec elle ses idées racistes, sexistes et j’en passe, j’y vois comme une impasse dans la recherche d’auto-défense devant ce rouleau compresseur que représente cette religion dont certaines factions alimentent l’ambition de la voir étendue à la grandeur de la planète.    

                              





En fait, le problème ne se trouve pas dans l’interdiction des signes religieux, mais plutôt à l’intérieur même, soit la religion. Balisons ses pratiques en les retournant dans leurs lieux de culte... Sortons la religion de l’espace public, même médiatique.

Si pour tout cela “je suis intégriste” alors j’assume...









samedi 18 mai 2019

Drôle d'humeur

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13 743 kilomètres séparent Saïgon de Montréal... Ajoutant le décallage horaire, il faut près de 31 heures pour parcourir la distance... Pourtant, en un simple clic, je me retrouve à l’Assemblée nationale du Québec à écouter la présentation de mémoires soumis à la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de loi 21.

Si je vais exception des mille et une interruptions dues à ma connexion internet parfois déficiente, j’avoue que je me suis régalé. Les exposés volaient haut, tellement loin de toutes ces inepties que l’on peut lire sur les résaux sociaux.

Je me disais à quel point il fut difficile d’inviter tel ou tel groupe, trier parmi une foule d’individus ceux qui pourraient s’asseoir devant quelques députés pour exposer leur point de vue puis répondre aux questions dont l’objectif est d’approfondir la question de la laïcité de l’État.

D’emblée je signale que j’ai consacré mon temps à quelques interventions, m’assurant qu’elles m’éclaireraient. J’aime les échanges qui apportent quelque chose de nouveau, d’intelligent. Voici ce que j’ai écouté: Guy Rocher, La ligue d’action nationale, Pierre Bosset, le Mouvement laïque québécois. Oui, oui, vous direz 3 à 1 pour les pro-21 ! Je vous le concède, mais comme ma position est campée, je ne cherchais pas à augmenter mon curriculum d’arguments, plutôt de voir comment on posait le problème.

Au-delà de tout ce que j’ai pu entendre, une question revenait continuellement à mon esprit: pourquoi en être arrivé à débattre de questions relevant de l’ordre du religieux si depuis plus de 60 ans l'État québécois en est un laïc ? Vous connaissez ma réponse, elle prend racine en 2001, à la suite des attentats du WTC. Avant ce choc catastrophique, au Québec notamment, côtoyer quotidiennement des gens arborant quelque signe religieux que ce soit, ne suscitait aucun commentaire, encore moins de débats. Puis... boum!

La religion islamiste en est une à expression fortement visuelle. Impossible de ne pas remarquer une femme voilée... un iman revêtu de son costume distinctif... du temps consacré à la prière. En soi, cela ne posait aucun problème, j’ajouterais même que plusieurs Québécois, ayant abandonné la religion catholique pour toutes sortes de raisons, y voyaient un engagement spirituel qu’ils ne pouvaient nullement critiquer ayant eux-mêmes manifester de telles démonstrations par le passé.

Tout d’un coup, la donne change. L’islam (s’entend l’islamisme fondamentaliste et intégriste) devient monstrueusement dangeureux, le nouvel ennemi cherchant à s’en prendre aux fondements même de notre civilisation. On ne fait aucune distinction entre les différentes factions, mettant tout le monde dans le même panier.

Les aspects superficiels sont visés (voile, etc.), et plus on diabolise cette croyance pourtant fort pacifiste si l’on se fit au Coran, plus le thermomètre de l’intolérance monte sur lequel souffle des chroniqueurs à la solde d’on ne sait trop qui. Des termes qui caractérisaient la droite, la gauche, le centre sont substitués par extrême-droite, gauchistes pro-islamistes et que sais-je encore...

Que de contorsions dialectiques ! Que de manières de ne pas admettre que si polémique il y a, elle est due fondamentalement à ce qui me turlupine. Il n’est absolument pas question de restreindre un droit fondamental, celui de professer ou non une religion, il s’agit, me semble-t-il, qu’à l’encadrer, c’est-à-dire que tout ce qui s’y relie a droit à l’existence dans une société comme la nôtre, mais dans les lieux de culte exclusivement.

Un tissu social se tricote maille par maille, avec patience, mais encore faut-il savoir ce que l’on souhaite obtenir comme produit final. Différent d’ouvrager une tuque qu’un châle !

Le tissu social n’est pas le même au Québec qu’en Arabie Saoudite ou au Vietnam. Ce qui apparaît acceptable là-bas peut très bien nous horripiler. Crier sa répulsion ne donne tout simplement rien, les exemples démontrant ceci sont on ne peut plus nombreux. La religion ne prend pas la même importance pour chacun, voilà qui est clairement démontré.

Toutefois, force est d’admettre que retrouver actuellement cette question à notre agenda, sans que cela relève obligatoirement d’un complot ourdi par quelques organisations connues ou inconnues, nous mène à poser une question ou deux.

J’achève ce court billet en référant au jugement de la Cour suprême du Canada dans le cas de la prière récitée avant la tenue d’un conseil municipal de Saguenay, en 2004. Il me semble éclairant. Cette prière déclamée solennellement avant les assemblées du conseil municipal représente, aux yeux de l'instance juridique de dernière instance au Canada, un signe religieux d’une confession particulière, et ne doit donc pas être maintenue.

Peut-on utiliser ceci comme une sorte de jurisprudence dans le cas qui nous intéresse ? À chacun son opinion.

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

                                                                        La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...