mardi 5 décembre 2017

CHRONIQUES VIETNAMIENNES


Lundi, c’est journée de congé pour Monica et Toni, mes amis propriétaires du restaurant espagnol OLÉ de Saigon. Congé, oui, mais pas repos, il y a trop à découvrir dans cette Saigon aux multiples facettes.

Ils m’ont invité à les suivre dans une excursion guidée par Stéphane (un Viet Kieu français : viet kieu signifie le vietnamien de retour au pays). Il est guide touristique et offre quelques randonnées à travers la ville. Selon qu’il s’agisse d’une première fois ou s’approprier des lieux plus spécialisés (l’underground), Stéphane propose différents circuits. Celui que nous allions suivre se composait des éléments suivants : visite d’un hôpital du District 5 (ancien Cho Lon), de la maison où se terraient les responsables du FNL (Front national de libération) du Sud-Vietnam, quelques églises et pagodes tout en faisant un détour sur les lieux où le moine bouddhiste Thích Quảng Đức s’est immolé par le feu le 11 juin 1963 afin de protester contre la répression anti-bouddhiste ordonnée par le président catholique Ngô Đình Diệm.

Comme dans toute ville, si on ne s’arrête pas pour s’instruire des monuments historiques en place, nous passons à côté de bien intéressantes informations qui nous permettant de mieux saisir les actions du passé et d'y mettre une certaine perspective.

D’abord l’hôpital Cho Ray. 

À l’époque, cet hôpital recevait les patients souffrant de problèmes ou de troubles psychiatriques. Comme on peut s’en douter, le traitement qui leur était offert… datait de l’époque dinosaure de la psychiatrie. On y voit deux pavillons adjacents l’un à l’autre où les hommes séparés des femmes se retrouvaient dans des chambres (plus des cellules qu’autre chose) pouvant rassembler plusieurs personnes. Des salles individuelles les côtoient, dans lesquelles on y installait les "cas graves". On peut encore y voir les anneaux de fer que l’on enserrait aux mollets des personnes afin de les immobiliser. L’atmosphère est macabre, me rappelant les prisons de Phu Quoc et de Con Dao. De style colonial français, cet hôpital jouxte une construction hyper moderne de plusieurs étages. L’endroit est interdit au public mais grâce à l’initiative et aux contacts (tout fonctionne ici par contacts) de notre guide Stéphane, nous avons pu y pénétrer et prendre quelques photos. Le plus intéressant toutefois se situe ailleurs.


Je ne connaissais Tran Phu que de nom. Une très importante rue de Saigon (ainsi que dans toutes les villes du Vietnam) porte son nom. Né le 1er mai 1904, il fut le premier secrétaire général du Parti communiste d’Indochine. Il y est mort (certains disent "exécuté") dans cet hôpital, le 6 septembre 1931.

Stéphane nous faisait remarquer que les mouvements nationalistes étaient nombreux sous le régime colonial français et que Hô Chi Minh est celui dont on retient le mieux l’action, en raison sans doute de ses qualités de politicien. Tran Phu et Oncle Hô se connaissaient, ils furent tous les deux des enseignants et, bizarrement, natifs du Centre du Vietnam. Le Général Giap, également. Il y aurait beaucoup à apprendre de cette époque où l’on parlait de guerre civile, de mésententes opposant les divers mouvements de libération nationale.
Les dernières paroles de Tran Phu avant de mourir furent celles-ci : "Gardez l’esprit combattif !"


Nous avons quitté l’hôpital afin de nous diriger vers le District 3, tout près du District 1 où se trouve le Palais présidentiel de l’époque maintenant rebaptisé Palais de l’Indépendance ou Palais de la Réunification. Nous y attendait monsieur Thanh que Stéphane connaît bien. Grâce (encore) à ce contact nous avons pu entrer dans une maison classée maintenant au Ministère de la 
Culture, des Sports et du tourisme comme lieu historique. 

Ce qui nous y avons découvert fut passionnant.


Un ami écrivain français, Patrick Taisne Nguyen, vient de publier un magnifique roman dans lequel il aborde les dernières années de Saigon, avant sa chute aux mains des communistes du Nord, soit de 1958 à 1975. Il relate quelque part dans ce livre que je vous recommande (aux Éditions Ella) des rencontres entre les responsables du FNL (Front national de Libération du Sud-Vietnam) tenues dans des lieux secrets. Lieux qui campaient à l’aboutissement de la Piste Hô Chi Minh (elle avait Hanoi pour point d’origine).


On entre dans une maison totalement conventionnelle qui, à l’époque, abritait une petite usine de fabrication de rideaux. Le propriétaire dont j’ai malheureusement oublié le nom, était membre du Viet Minh, situation dont personne ne pouvait se douter. L’intérêt se trouve dans la cave. Impossible pour tout œil aguerri de découvrir cette cache puisque son entrée entièrement camouflée n’était connue que du maître de céans. S’y tenait des réunions dont celle qui précéda l’attaque du Palais présidentiel lors de l’Offensive du Têt en 1968.


On voit sur les murs des photos des dirigeants viet cong de l’époque, des habits militaires, des décorations et… cette ouverture menant à la cave. Nous y sommes descendus, se rappelant qu’elle n’a pas été pratiquée afin que des Occidentaux comme Toni et moi puissions l’emprunter. Je me suis cru dans les tunnels de Cu Chi.

   

























En bas, des armes disposées au mur et au sol selon leur grandeur, leur importance. Tout au fond, une échappatoire donnant sur une ruelle, une deuxième sur la rue principale. Un moment, je me suis imaginé en 1968… prostré dans ce sous-terrain, attendant l’ordre d’agir. Le plus comique dans cette histoire réside dans le fait que le fameux ordre suivait le calendrier du Nord du Vietnam et non celui du Sud, de sorte que l’Offensive du Têt fut donc enclenchée une journée plus tard que celles de Khe Sanh et Hué.

  


   

  

Nous nous sommes par la suite arrêtés devant aux monuments dédiés au moine Thích Quảng Đức également sis dans le District 3. Stéphane nous rappelait que le Parti communiste du Vietnam, peu friand d’hommages aux héros sauf s’il s’agit de membres du Parti ayant une renommée telle celle de Hô Chi Minh, fit une dérogation pour cet homme que les Vietnamiens considèrent comme un personnage immensément important.

Lors du lunch - nous avons opté pour une cuisine du Centre puisque Toni n’apprécie pas le trop sucré des plats du Sud - nous y sommes allés de mille et une questions auxquelles les réponses offertes par notre érudit de guide ne pouvaient qu’aiguiser l’appétit.

Entre autres, et celle-là je ne la connaissais pas, il nous a parlé de "la famille 54"; ces gens qui ont tout abandonné au Nord afin de se soustraire aux communistes. Ses parents en furent. Arrivés au Sud, ils se retrouvent vingt ans plus tard à nouveau sous le joug des communistes : double défaite.

Des camps de rééducation… de la corruption sous les différents régimes sud-vietnamiens et maintenant celle des dirigeants actuels… des variantes phonétiques existant dans la langue vietnamienne selon la région dans laquelle on se trouve… du contenu de la carte d'identité vietnamienne... de l'histoire de ce viet cong qui reçoit une balle dans la tête de la part d'un général sud-vietnamien, moment filmé, photographié et qui fit le tour de la planète aussi rapidement que la jeune fille brûlée au dos par le napalm. 

Nous avons achevé notre excursion - sous la pluie - dans une pagode appelée "la pagode flottante". Située dans Gò Vấp, tout à côté du fleuve, cette pagode fût érigée par les Chinois afin de les protéger contre l’âme errante d’une noyée inconnue. 



Puis nous sommes rentrés – sous la pluie - fort satisfaits de cette excursion. Je demandais à Stéphane s’il pouvait aller plus dans l’underground saigonnais. Son sourire me laisse croire que nous nous reverrons bientôt.

























































lundi 27 novembre 2017

Autour de moi depuis septembre 2017

On me reproche, à juste titre, de publier plus de mots que d'images. J'ai fait un recensement de celles que j'ai prises depuis mon retour à Saigon, en septembre dernier.
Voici ce que cela donne.


Aéroport de Pékin

Adresse de mon acupresseur

Pluie sur Saigon

Tonic water

Dîner avec les amis de Thuong

Mes étudiants du groupe WE ARE ONE

Éthan, mon gecko de masion

Le CMI (Centre médical international)

Bougainvillers

Bien vivant



Face à la rue Lê Lai

Bourse de Saigon

Dîner avec les amis de Chien

Chez OLÉ en compagnie de Freddy, Piero et Linh

Toni et Monica, les propriétaires du restaurant OLÉ

Pour l'amateur de porte en moi...

Bis

Mon invitation au mariage de Trung et Nga

Funérailles du père de Lisa

2e

3e

Trung et Nga

Ma rue




















En compagnie de la grand-maman de Linh (Mékong)
Bananes à sécher (Mékong)


Café Fairy à l'abri de la pluie
2e



3e

4e

Mon chauffeur personnel

L'agent de sécurité

Le préposé au stationnement

Ancienne, très ancienne école maternelle, sous le régime français.

Bitexco,,, vu de loin.

Soirée Beaujolais Nouveau en compagnie de Linh, Piero et Freddy

2e

La salle Adora où se déroulent les noces.




Les nouveaux mariés, Anh et An.



La côte d'agneau qu'a préparée le restaurant OLÉ pour l'anniversaire de Lisa

Lisa et ses deux filles

Salade et fromage

Jambon espagnol

Dîner d'anniversaire de Lisa

Bon anniversaire ma belle Lisa !



samedi 25 novembre 2017

CHRONIQUES VIETNAMIENNES


Étudiants du groupe WE ARE ONE

À chacune des fois qu’il m’est permis de le dire, la réaction est similaire. Quoi Toi ? On arrive difficilement à m’imaginer professeur d’anglais. Pourtant, je le suis. 

Actuellement, deux groupes d’étudiants se présentent dans cette classe improvisée que j’ai organisée sur le balcon. Un premier groupe, celui avec qui je travaille depuis le mois de mai dernier, s’est attribué un nom : WE ARE ONE. Composé d’ingénieurs travaillant au chantier du métro de Saigon. La compagnie Fecon (firme d’ingénieurs de Hanoi) associée à un  partenaire japonais y a délégué ses meilleurs éléments. Un immense contrat. À un point tel, que les deux sociétés, maintenant fusionnées, ne forment plus qu’une seule et même entité. Cela posait le problème du classement des employés afin d’établir une liste d’ancienneté et de compétence. Tenant compte des multiples différences dans la formation de leurs ingénieurs, un seul critère fut retenu : la compétence à s’exprimer en anglais. Les ingénieurs vietnamiens se sont vus relégués aux derniers rangs de la nouvelle structure. Cela implique, conséquemment, une perte de revenus et des chances restreintes d’avancement. C’est alors qu’ils se sont retournés vers moi afin de leur enseigner les rudiments de la langue de Shakespeare.

Ils sont motivés et sérieux, conscients que je ne suis pas un bilingue averti mais, je l’avoue humblement, un assez bon pédagogue. Alors qu’au début des cours, on devait souvent s’arrêter afin de consulter GOOGLE TRANSLATE pour qu’on me suive dans mes envolées, maintenant, près de six mois plus tard et un arrêt de deux mois lors de ma venue au Québec, plus besoin de traducteur. Tout à leur honneur !

Le deuxième groupe, trois étudiants, comprend un banquier, un employé d’une agence de tourisme et un étudiant en théâtre. Plus disparate comme composition, mais tout aussi assidu et engagé dans leur démarche d’apprentissage. Leur carrière future dépend, pour eux aussi, une connaissance suffisante de la langue ainsi qu’une certaine fluidité à converser. Ce qui fait qu’un des objectifs que je leur propose, c’est une bonne prononciation. La langue vietnamienne n’a rien, mais absolument rien à voir avec l’anglais de sorte qu’il en résulte souvent, chez ceux qui se déclarent parfaitement bilingues, une connaissance adéquate de la grammaire anglaise, un riche vocabulaire, une excellente facilité à manier les structures linguistiques. Sauf que… on ne les comprend pas avec leur accent vietnamien. C’est ici que le bât blesse.

Je rencontre chacun des groupes à raison de deux heures par leçon, une fois la semaine. On dit souvent que la meilleure façon d’apprendre quelque chose c’est de l’enseigner. Cela s’avère vrai dans mon cas.

Une chose sur laquelle j’insiste beaucoup c’est de les inciter à ne jamais perdre leur langue maternelle, de voir l’anglais comme une langue utilitaire. La langue et la culture vietnamiennes ne doivent jamais, tout comme le français pour nous Québécois, s’aplaventrir devant celle qui semble être devenue la langue du commerce, du tourisme et combien d’autres secteurs. Il en va de leur survie comme entité nationale, comme une marque de respect envers ceux et celles qui, des siècles durant, l’auront utilisée pour communiquer et fait perdurer leurs pensées. 
Lorsque le linguiste et jésuite Alexandre de Rhodes,au XVIIe siècle, a transcrit phonétiquement (à partir de l’alphabet roman) le vietnamien et en faire le Chữ Quốc ngữ, remplaçant le Chữ nôm puis le chữ Hán, jamais il n’a dénaturé la langue, il l’a rendue ouverte au monde.


Les Vietnamiens forment, pour utiliser un terme de la psychanalyse, une société orale. On aime manger, on adore parler. Combien de fois un contrat oral n’a-t-il pas plus de valeur qu’un document écrit signé et contresigné ? Lorsque l’on donne sa parole, on peut certain que ce qui a été prononcé prend force de loi.

Enseigner l’anglais c’est d’abord pour moi revenir à ma passion première. Mon père fut enseignant, mon frère Pierre vient tout juste de prendre sa retraite de l’enseignement universitaire et mon frère Jacques a été un pédagogue hors pair. Je me rappelle très bien les paroles de mon paternel alors que je lui présentais mon baccalauréat en pédagogie : ‘’ Un bon enseignant est celui dont les élèves n’ont plus besoin.’’ Je le réalise encore aujourd’hui.

Préparer un cours, imaginer des stratégies variées selon chacun des étudiants qui possèdent des talents multiples et différents, les intéresser deux heures d’affilée en les tenant toujours sur le qui-vive, les faire rire et surtout les aimer. Il faut aimer ses étudiants, voir ce qu’ils deviendront lorsqu’ils ne seront plus auprès de toi, qu’ils n’auront plus besoin de tes services car ils sauront, par eux-mêmes, continuer à apprendre de façon continue. Telle est la tâche de celui, de celle qui embrasse cette carrière. Carrière ou profession ou vocation ? Un peu de tout, je crois.

Difficile de m’imaginer enseignant l’anglais, j’en conviens, mais je crois qu’il est facile de m’imaginer donner à mes étudiants les outils indispensables à l’apprentissage tout en leur rappelant qu’ils doivent remplir eux-mêmes leur coffre à outils.






SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - 26 -

Monsieur Saint-Pierre s’interrogeait : s'arrêter au presbytère ou rejoindre son ami Cloutier. L'employé de la ville, en service comm...