mardi 4 décembre 2012

Petites histoires drôles

Lotus, fleur emblème du Vietnam


L’humour aide beaucoup à mieux comprendre certains traits de la culture. Au Québec, au risque de me tromper, l’humour semble glisser vers le «pipi-caca» et le sacre facile. Ce que je trouve au Vietnam s’inscrit dans un tout autre registre.

J’ai déniché à gauche et à droite quelques petites histoires drôles et, à l’occasion, vous en offrirai une afin de vous faire partager ce qui fait rire – et réfléchir tout à la fois – le peuple vietnamien. Rien à voir avec «c’est l’histoire du gars qui …». Vous constaterez par vous-même.

J’ajouterai, pour votre culture personnelle et stimuler mon apprentissage combien ardu de la langue vietnamienne, un ou deux mots, une ou deux expressions que tout voyageur au Vietnam devrait connaître. Pour ce qui est de la prononciation juste, c’est une autre histoire… Tout cela, juste pour rire!

La première petite histoire drôle s’intitule : MAÎTRE et SERVITEURS.

Ça va comme ceci.

         Un vieil homme, très riche, avait recruté trois serviteurs. Il les avait choisis selon leur caractère. Il en souhaitait un premier qui soit soigneux, un deuxième prévoyant et le dernier, poli.

Un bon jour, l’aîné des enfants du vieil homme tomba dans un ruisseau profond. Le serviteur (soigneux) vit la situation et courut le dire à son maître:

-        - Pardon, Monsieur, votre fils aîné est tombé dans le ruisseau, je vous demande l’autorisation d’aller le secourir!

Une fois repêché, le fils avait bu tellement d’eau qu’il fut impossible de le sauver. Le vieil homme, furieux, congédia le domestique (soigneux) sur le champ et ordonna au serviteur prévoyant d’aller acheter un cercueil. Celui-ci partit immédiatement et revint avec deux cercueils.

Le maître, voyant cela et fort étonné, exigea des explications.

-     -              Voilà, j’ai fait cet achat en prévision, si jamais un accident arrive au second fils, nous l’aurons immédiatement sous la main.

Furieux, armé d’un bâton, le vieil homme chassa le serviteur prévoyant. Il ne lui restait plus qu’un seul serviteur, le poli. Un jour, alors que le maître et son serviteur passaient par un village, ils se retrouvèrent devant un ruisseau torrentiel. Le serviteur poli transporta le maître sur son dos et ne proféra aucune plainte. Le vieil homme le complimenta :

-      -     Excellent! Excellent! Tu supportes cette charge supplémentaire sans jamais te plaindre. L’an prochain, je te donnerai en récompense un habit splendide.

En entendant ces mots, le serviteur tout confus déposa aussitôt le maître au beau milieu du ruisseau, joignant les mains, il répondit poliment :

-      -          Je me permets de remercier beaucoup mon maître!





D’une langue à l’autre
(Je ne pourrai pas vous transcrire tous les signes
mais le ferai quand mon clavier me le permettra.)

Chào ông!                     Bonjour monsieur!
Chaò bà!                       Bonjour madame!
Chaò cac anh!              Bonjour messieurs!
Chaò cac ban!              Bonjour les amis!
Xin chaò cac anh chi!  Bonjour messieurs, mesdames!
Tôi xin chaò ông!       Je me permets de vous saluer, monsieur!


À la prochaine

dimanche 2 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside



LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE
2
Les trois handicapés

Je suis de retour au Café Riverside. C’est mardi. En après-midi. Et je retrouve, tout comme cela m’arrivait quotidiennement au Jardin des Tuileries à Paris, je retrouve exactement le même endroit, la même table alors que derrière le Louvre, c’était cette longue chaise verte qui m’attendait.

En fait le Café Riverside répond au nom de Cafe_Vuon_Kieng. Sa terrasse donne sur la rivière Saïgon, celle dont le courant monte ou descend selon la marée de la Mer de Chine. Dans le port de Saïgon, où se situe-t-il précisément, je ne saurais le dire. Chose certaine, qu’il ait pignon sur rue et sur eau dans le District 1 tout à côté des grands hôtels en fait un endroit très fréquenté. Pas du tout «in», il n’a pas changé depuis janvier dernier, sauf que des touristes, tout comme aujourd’hui, il en pleut.

Le Café Riverside deviendra l’endroit pour écrire ces chroniques, sorte de deuxième regard sur le regard voyeur que je porte autour de moi ou sur ce qui se jette à mes yeux. La dernière fois, c’était plutôt la première, des amoureux et des pigeons. Au fait, ici, les pigeons règnent en maîtres, on leur a même construit un colombier (je ne voulais répéter le mot pigeon…). Sans oublier que le café glacé est particulièrement bon.

Un autre petit détail au sujet de mon lieu d’écriture : les fumeurs semblent s’être donné le mot et prennent place là où le vent pousse la fumée derrière eux et derrière eux, il n’y a personne. Un petit dernier : la musique, toute vietnamienne et en sourdine ne joue pas les trouble-fête.

En partant tout à l'heure je ferai une petite vidéo du Café Riverside afin que vous puissiez au moins le voir et vous imaginer, lisant cette chronique et les suivantes, où je suis installé quand je les écris.

Le titre d’aujourd’hui, les trois handicapés, vous effraie peut-être? Il y a un bon moment que je souhaitais parler d’eux mais l’occasion ne s’était pas encore présentée. En arrivant à Saïgon, me promenant près du marché Ben Thanh, quasi au même endroit j’ai revu les trois handicapés, chacun à son coin de rue, assis ou écrasé par terre, main tendue comme le font les sans-abri de partout dans le monde. Ils n’ont pas changé depuis le mois de mai dernier. Si mon sens de l’observation ne me trahit pas, chacun des trois handicapés est vêtu des mêmes vêtements et dans le regard, pas le regard de celui qui quête, celui qui reçoit une obole et se retourne du donateur manifestant soit du dépit, de la joie ou encore le sentiment de l’avoir un peu fourvoyé, non, dans le regard une question : sait-on vraiment ce qui m’est arrivé?

Pour un des trois, l’agent orange, ce cadeau empoisonné généreusement offert par les GI’s américains, l’aura atrocement défiguré. Les plaies ne semblent pas vouloir se cicatriser ou encore souhaitent-elles ne jamais le faire afin de témoigner des horreurs d’il n’y a pas si longtemps.

Le deuxième : amputation des deux jambes. Il se déplace surtout près du terminus d’autobus, le tronc rasant le sol, les mains déposées sur deux petits tabourets il s’avance, lentement, comme accroché à une bouée de sauvetage. On voit qu’il souffre. La lourdeur de sa démarche sans jambes fait pénible à voir. Albatros sur bitume.  Il ne peut rien transporter avec lui, se transporter lui-même semble déjà une corvée surhumaine. Je me disais que le courage des Vietnamiens serait, chez nous, interprété comme de l’héroïsme. Par 33 degrés C, ramper à quelques centimètres de l’asphalte qui brûle la barre des 40 degrés, relève de l’exploit. Il souffre, c’est évident, mais ne se plaint pas.

Le troisième offre crûment au regard des passants - et je me doute que bien des Vietnamiens ne le remarquent plus - un corps grand et musclé. Sauf qu’il n’a pour bras que deux petites mains ayant la forme de pattes de coq ou d’oie. Trois doigts par main. Une d’elle retient un billet de mille dongs. On l’entend murmurer un «Madame, please… came on (merci en vietnamien)» puis cherche à attirer l’attention d’une autre touriste. Car lui il n’est pas stationné sur un coin de rue, il est à la porte de la Cathédrale Notre-Dame. Il y restera une bonne partie de journée car c’est sans doute le meilleur endroit pour implorer la charité.

On a le réflexe rapide en tentant d'expliquer handicaps, malheurs ou pauvreté à partir des suites de la guerre du Vietnam, principalement celle que les Américains leur ont faite, autant la résilience de ce peuple, son sens de l’organisation, son courage, sa volonté d’indépendance et d’émancipation semblent constituer la réponse aux douleurs d’un passé encore proche. Je me souviens de la galerie du Musée des Beaux-Arts à Saïgon entièrement consacrée à plusieurs œuvres d’artistes modernes qui peignent des personnages handicapés – le terme est imprécis car lesdits personnages sont présentés qui défigurés, qui aux membres amputés, qui au corps abominablement décharné, et j’en passe pour ne pas sombrer dans l’horreur – et il me semble que ces trois handicapés les réunissent tous.

Dans la rue, peut-être dans toutes les rues du monde, une main tendue nous interpelle, implorant un peu de monnaie. Rarement les gens prennent le temps d’une rencontre yeux dans les yeux. Le faire ici, au Vietnam, pourrait s’avérer impoli. Pourtant, c’est dans le regard que tout peut s’expliquer. Si ce n’est pas pour le handicapé lui-même sans doute pour celui qui s’attarde un demi-instant, l’espace de trois secondes alors que le trouble, s’il nous reste encore un peu d’humanité dans le corps, s’installe.

Ils continueront de tendre la main, mais d’abord attirer l’attention. Je me disais, en fait je me le dis à chaque fois que j’en rencontre un, un de ces trois ou un autre semblable, qu’aux survivants de la guerre aucune paix n’est possible.

Ils continueront de vendre des billets de loterie, mais d’abord attirer l’attention. Au Vietnam, on vous dit «Bonne chance» aussi souvent que «Bonjour… Bonsoir». La loterie c’est investir de l’espoir dans la chance pour qu’elle vous inonde de ses vertus. Que cette chance vous soit offerte par un handicapé, une vieille femme qui déambule d’un restaurant de rue à un autre, un aveugle que l’on a installé sous un arbre immense pour éviter des  brûlures supplémentaires à des yeux sans vie, que la chance vous vienne de la part de celui ou de celle qui n’en a pas ou pas eu vraiment, il y a de quoi s’interroger sur cette civilisation. Et sur soi-même.

Lorsque je quitterai le Café Riverside après avoir tourné ma petite vidéo, sans doute croiserai-je à nouveau un des trois handicapés. Je lui offrirai mon sourire, conscient que cela vaut des milliers de dongs vietnamiens.

lundi 26 novembre 2012

Bilan 1 (du mercredi 14 au lundi 26 novembre 2012)


Installation, repos, reprise de contacts et la mer; voilà qui cela résume fort bien ces premiers jours au Vietnam.

L’appartement que j’occupe, comparé à celui de Cantavil dans le District 2 où je vivais de janvier à mai dernier, est mieux situé par rapport à la vie active de Saïgon. Par le bus 72, je suis à plus ou moins 15 minutes du District 1 en passant par le 7 et le 4. De ce côté-ci de l’ouest. Je veux dire par là que la dernière fois j’avais l’ouest en face de moi. Sans doute vous souvenez-vous de quelques photos de coucher de soleil, eh bien cette fois c’est dans mon dos. Vous n’aurez pas le loisir d’apprécier cette merveille de la nature... on verra pour les levers de soleil.

Le building est très peu occupé – à l’étage (le 10ième) nous ne sommes que deux, une famille vietnamienne et moi – mais vous dire  le courant d’air qui circule, c’est à en oublier le climatiseur. Deux chambres, deux salles de bain, salle à manger et salon, cuisinette et balcon extérieur pour la buanderie.

Mon guide – YoYo, tout comme la dernière fois – réussit toujours à me conduire ici en passant par de nouvelles avenues que je n’avais pas eu l’occasion de voir lors du premier séjour. Oui, cela se fait beaucoup après le coucher du soleil alors que la température chute à … 27/28 degrés C et toujours en motocyclette.

L’installation est à proprement parler terminée. Reste maintenant à établir la routine quotidienne. Cette semaine (j’entends par là du mercredi 14 au 24 novembre) je me suis amplement reposé. Coucher tôt, lever tôt, sieste en après-midi. Si on oublie, et c’est tout à fait facile, le bruit extérieur en raison de la construction autour, dormir la nuit ou le jour est un jeu d’enfant. J’ai ajouté à cette période de repos quelques petits éléments : marche alors que le soleil est moins ardent, abstention complète d’alcool et régime de poisson, coquillages, légumes et fruits. Après 7 jours, je me sens plus… léger… si ce terme peut me convenir.

La reprise de contacts se fait doucement. Le 21, au lendemain de l’anniversaire de Lisa, petit souper dans le District 5 (Chôlon) : restaurant sur rue spécialisé dans les coquillages. Quelques amis, ceux qui ont terminé leurs études, sont au boulot et ne seront disponibles que les week-end.

Vendredi 22, nous partons vers Phan Thiet et Muiné, direction la mer. Le groupe était formé de Lisa, son mari et sa fille, la sœur de Lisa et son fils, YoYo et moi. Le voyage s’est fait par train. Première expérience. Elle m’a rappelé l’époque où la famille Turcotte au complet partait sur Sherbrooke – Bromptonville plus précisément – pour les Fêtes et que cela se faisait par train. Je m’y reconnaissais parfaitement; familles, contrôleur, les bagages partout, et ce bruit continuel du contact des roues avec le rail. Nous en avons eu pour plus de quatre heures à l’aller, près de cinq heures au retour.

Premier «resort», celui de Phan Thiet, c’est le Fiore Healthly. Nous y sommes en tout début d’après-midi de sorte qu’une fois les chambres distribuées, les valises défaites, nous nous retrouvons sur la plage. Si je compare à mon dernier séjour sur une plage vietnamienne, je vois tout de suite une très grande amélioration au niveau de son entretien. La mer de Chine n’a rien à voir avec l’Atlantique de Cuba ou le Golfe du Mexique, les eaux sont brunâtres et difficile de suivre ses pieds qui s’avancent dans ces vagues fortes, rapides et sournoises. La plage, comme corridor de marche, sensationnelle. L’environnement est magnifique (vous verrez un peu plus loin les photos que j’en rapporte) et fort bien entretenu. L’écologie fait tout doucement du chemin et ça me semble être le résultat des commentaires des touristes qui – ils sont Russes en grande majorité – ne se gênent pas pour remplir les fiches recueillant les opinions.

Nous sommes au Fiore jusqu’au lendemain (samedi) et par la suite ça sera directement au cœur de Muiné, au Unique Resort. Propriété d’une famille vietnamienne associée à une famille française, l’Unique est tout nouveau. Il a ouvert ses portes cette année sous la direction de Florence, une directrice générale hyper active. Imaginez le meilleur du meilleur des «resort» et vous l’avez. Elle m’a proposé d’écrire un bon article sur TripAdvisor en échange de bons prix lors d’une visite ultérieure. Je n’ai pas refusé. Et pendant ce temps, Lisa, l’organisatrice et relationniste hors-pair établissait ses contacts. Certainement que l’on reparlera de cet endroit où la mer est superbe pour le touriste qui adore une saucette avant de d’étendre sur une plage fort bien tenue et un service combien courtois. On est ici dans une classe à part.

Muiné est une baie vers laquelle le vent souffle de manière à favoriser un sport que l’on enseigne et pratique ici, le «kite-surfing» le surf-parachute. De plus, mais les photos traduiront mal la réalité, on peut admirer une dune de sable qui n’a rien à voir avec la Dune du Pyla en France mais tout de même impressionnante.

Je m’en voudrais d’oublier les fruits de mer dans les restaurants tout à côté de la plage : pure merveille de goût, d’odeur et d’ambiance.

Une fin de semaine géniale qui s’achèvera sur un fast food à la gare de Saïgon avant de rentrer à maison. Les orchidées avaient besoin d’eau.

À la prochaine

Photos de mer (24 au 26/11/2012)

Gare de Saïgom

Gare de Phan Thiet

Entrée du Fiore

Vue de la chambre du Fiore

Quelles belles fleurs!

(bis)

Lotus

Lotus de près

Plage de Fiore

De l'autre côté

Papillon

Fiore

En haut à gauche, ma chambre

La piscine en fin de journée

Ma famille vietnamienne (YoYo, Phat et Lisa avec leur fille)

Au dîner

Petite composition personnelle

Numéro 2

Plage du Unique Resort

L'Unique

Plage de Muiné et le surf sur cerf-volant

Numéro 2

Devant l'entrée de l'Unique

Dune de Muiné

Restaurant de fruits de mer

BBQ

Méchoui de crocodile

mardi 20 novembre 2012

Les chroniques du Café Riverside

LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

1
Les amoureux et les pigeons



La jeune fille pleurait derrière ses verres fumés. Trop larges pour ce visage qu’une longue queue de cheval noire semblait tirer vers l’arrière. Elle pleurait. Ça ne s’entendait pas d’où j’étais, à cette terrasse du Café Riverside surplombant la rivière Saïgon.

Il devait être entre 13 et 14 heures.

Évident qu’elle pleurait. Ses larmes séchaient si vite qu’on croirait, de la table où je suis, qu’elle hoquète doucement pour les laisser passer entre deux silences.

Les deux pigeons qui marchent sur le plancher du Café Riverside ne roucoulent pas. Ils marchent l’un derrière l’autre, semblent se diriger vers la table que je détaille de loin. Celle de la jeune fille qui pleure derrière des lunettes trop larges.

Une patte manque au pigeon le moins timide. Il claudique bizarrement de la droite. Ne s’est pas encore retourné mais je constate qu’il se sait suivi. De près. Par un pigeon à deux pattes. Intactes. Pourtant il tire de la patte ou prend ses distances.

Le spectacle a changé alors que mon attention revient vers la fille. Je ne la vois plus. Le garçon qui l’accompagne – il porte la casquette bleue d’une équipe de sport américaine – le garçon s’est placé de manière telle qu’il m’est impossible de suivre le processus de sécheresse des larmes de la jeune fille. Ses cheveux lui couvriraient et le cou et le dos si elle dénouait cette queue de cheval qui enserre ses cheveux noirs. De ce beau noir unique aux jeunes filles vietnamiennes.

Voici qu’elle vient de se départir de ses verres. Elle est moins jolie. Devrait les porter continuellement. Ses grands yeux, vus d’ici, semblent fouiller dans le regard neutre du garçon que je vois de dos, semblent chercher… Lui, il regarde au loin, derrière les bateaux amarrés sur l’autre rive de la rivière Saïgon, là où une ligne verte de palmiers démarque le gris du ciel et le gris acier des bateaux.

L’Indochine passe. Tous les clients du Riverside le suivent des yeux, certains continuant de boire leur café glacé, d’autres fumant des cigarettes à odeur de tabac noir; nous suivons ce magnifique bateau en bois défraîchi circulant langoureusement sur la rivière brune avec à son bord des touristes qui visiteront le port de Saïgon tout en déjeunant, tout en écoutant de la musique qui s’emmêle à ce vent aujourd’hui inconstant.

Le pigeon handicapé vient d’abandonner la lutte contre une croustille humide qui sautille devant lui à chacun des coups de bec qu’il lui assène. À ce rythme, la croustille s’écrasera dans cette espèce de courbe en épingle menant aux pieds du couple dont je ne perçois plus la présence que par derrière le dos du garçon.

Que leur reste-t-il à dire? Je sais que les histoires d’amour vietnamiennes vont comme va le pendule, d’un côté puis de l’autre, parfois de haut en bas et à un rythme essoufflant. Coup de foudre aussi brillant que le soleil de Saïgon, puis survient un grand malheur, une profonde incompréhension souvent basée sur des banalités et c’est l’orage. Un orage tragique. On s’aime follement pour ensuite cruellement se détester. On se quitte abruptement pour ne continuellement penser qu’à l’autre, tourné sur soi, retranché en soi. Puis un hasard, un rien, un détail ou les trois réunis ont pour conséquence que les amoureux se retrouvent, reprennent là où ils en étaient. Plus fort peut-être, l’amour brûle à nouveau, plus jaune que les premières flammes.

En sont-ils au début ou tentent-ils de rattacher les fils ébouriffés par l’orage? Je ne saurais le dire de là où j’achève mon café froid alors que les pigeons, espions sourds à trois pattes, picorent sous leur table.

L’après-midi est gris, chaud et humide. La mousson s’achève. Les amoureux ont enlevé d’un côté une casquette, de l’autre, remis des verres fumés trop larges. Verres blancs. Lorsque la fille les porte, son visage semble s’enfariner.

Les eaux de la rivière Saïgon descendent vers l’ouest. La marée de la Mer de Chine commence à agir. Sans doute.

Le garçon a remis sa casquette bleue après avoir embrassé la jeune fille. Sur le front.
Ils se lèvent; les pigeons paniquent un instant et reviennent dans ma direction. L’un plus rapidement que l’autre.

Le couple, derrière mon dos, règle le serveur; quitte le Riverside. La jeune fille pourrait enlever ses verres fumés car le soleil a maintenant disparu. 

dimanche 18 novembre 2012

Un petit miracle technologique...

... c'est vraiment ce à quoi nous assistons si cette courte vidéo de 20 secondes franchit toutes les entraves du serveur de mon blogue pour vous parvenir. 
Si jamais il s'avérait que je peux par le chemin fort complexe et dont je souhaite me rappeler déposer des films sur LE CRAPAUD, eh bien... on continuera.

Ce que vous verrez peut-être est un court film de 20 secondes, des images et du son captés à partir d'un pont sur la rivière Saïgon.
Les doigts croisés, je publie...






À la prochaine

samedi 17 novembre 2012

Premières photos, celles de l'appartement.

Voici les premières photos, celles de l'appartement
 (D-10-2 Hoang Anh Gia Lai, Nha Bè District, Saïgon)



Entrée principale menant au 10ième étage du building Hoang Anh Gia  Lai
Et ça monte jusqu'au 31ième
Partout autour de l'appartement

La petite piscine

La grande piscine

À la prochaine


jeudi 15 novembre 2012

L'arrivée

C'est Clémence Desrochers qui disait dans un de ses savoureux monologues qu'il n'y a rien de pire que d'entendre brailler des enfants dans un avion. Trois sur trois dans ce voyage en trois escales. Tous installés à deux sièges devant moi. Des enfants qui pleurent en avion c'est comme les coqs qui se répondent le matin. On ne réussit pas à se rappeler quand ils s'arrêtent, leurs pleurs se mêlant tout doucement (sic) à celui des moteurs, à la circulation intérieure et à toutes ces conversations ambiantes impossibles à décrypter, puisque chez Qatar Airways c'est beaucoup en arabe. Si je compare cette langue au vietnamien j'arrive au même résultat, ne rien comprendre.

Première étape: Montréal vers Doha. 12 heures 45 minutes de vol. Un service parfait. On comprend aisément que cette compagnie aérienne ait reçu deux années de suite le titre de la meilleure au monde. Tout est parfait, du siège - ce compagnon fort intime de voyage - aux repas en passant par l'espace nécessaire et ici combien adéquat entre soi-même et le passager devant. Comme toutes les lumières se ferment après le repas, qu'une douce musique enveloppe la cabine, c'est une invitation au repos pour certains, au sommeil pour d'autres. La petite musique ne réussira toutefois pas à enterrer quelques ronflements, plusieurs borborygmes, certains bruits personnels qui rempliront d'une odeur spéciale les narines les plus fines... et des pleurs d'enfants.

L'arrivée à Doha dans cet incroyablement grand aéroport où je me reconnais, il m'est possible de prendre mon temps - j'ai deux heures avant le deuxième départ - flâner à gauche et à droite, mais surtout NE PAS ÊTRE ASSIS, marcher, enfin bouger un peu. Il y a déjà 8 heures de décalage horaire, 8 heures d'avance dans le temps sur le Québec ce qui me fait penser au fait que si jamais la fin du monde devait réellement se produire en décembre prochain selon le calendrier maya, au Vietnam ça sera 12 heures avant tout le monde... Si vous ne recevez pas de mes nouvelles à ce moment, eh bien... vous aurez un peu de temps pour finaliser quelques dernières affaires.

Marcher dans Doha, et entendre je ne sais trop combien de langues différentes est un concert en soi auquel s'ajoute les petits groupes de musulmans à genoux sur leur tapis qui prient orientant leur prière vers l'est. Deux heures, vite passées... puis retour vers les enfants qui crient et leurs parents affolés cherchant par un quelconque moyen à la Montessorri pour les faire taire, les hôtesses d'origines diverses qui tentent de répondre aux demandes de celui-ci, tout près de moi, à vouloir changer de place, se disant sans doute que les prochaines six heures n'allaient pas être de tout repos. Il me semble que les pleurs des enfants ne sont pas les mêmes à l'arrivée de la nuit. Les deux compagnons voyageurs du premier vol se retrouvent trois sièges derrière et ne semblent pas le regretter. Je suis au 11 H maintenant, au 12 H auparavant. Et avant toute!

Depuis Montréal j'en suis maintenant, sans calculer les heures différentes, j'en suis à 12 heures et une demie dans les airs sur une possibilité de 15 heures. Arrivé à Bangkok, 19 heures sur 21. Je me le rappelle, tout ce temps majoritairement assis. Le jour où il sera possible de voyager en l'air comme on voyage sur et sous terre, un peu assis, beaucoup debout, bouger d'un wagon à l'autre... quel grand pas l'aviation aura-t-elle franchie! D'ici là, yeux fermés et oreilles toutes remplies de sons d'enfants, direction Thaïlande.

Au cours du dernier voyage, ce que j'allais bientôt vivre à Bangkok je l'avais vécu à Doha, c'est-à-dire un transit de 12 heures d'affilée. Je ne pas besoin de me ... gratter les souvenirs longtemps pour les voir remonter à la surface... Cette fois, 12 heures (de 7 heures à 19 heures) à arpenter cet immense aéroport plutôt tranquille ce matin, ce fut long, très long. Comme il faut un visa pour entrer dans le pays, je suis donc demeuré en zone internationale. Par chance, dans un petit coin reculé de la zone D j'ai découvert quelques I-The-Bed (je ne suis pas certain de l'orthographe) sur un desquels j'ai pu dormir un peu. Les messages diffusés en thaï puis en anglais ressemblaient à des appels entendus dans les hauts-parleurs des hôpitaux, aussi discrets, renouvelant l'invitation à surveiller tes bagages. Parfois, c'était pire que les pleurs d'enfants mais le même résultat, dormir d'une oreille et surveiller de l'autre,

Finalement le troisième et dernier passage obligé, celui qui, une heure et 5 minutes plus tard, allait me permettre d'arriver à Saïgon. Un seul enfant, quelques cris, un sandwich au poulet et j'y étais. Aucune formalité particulière à part celle de récupérer mon visa que j'avais fait préparer à l'avance par une amie vietnamienne, un bonjour rapide au douanier, et, surprise totale, ma valise la première à se présenter sur le tapis roulant, les portes de l'aéroport s'ouvrant je reconnus immédiatement cette chaleur caractéristique qui te salue en te chatouillant l'ensemble du corps. Il était 22heures. Tellement heureux, j'aurais pleuré comme un enfant.

48 heures après Montréal dont près de 21 heures dans les airs, 12 heures de décalage horaire, Saïgon me revenait.

À la prochaine.


SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - 26 -

Monsieur Saint-Pierre s’interrogeait : s'arrêter au presbytère ou rejoindre son ami Cloutier. L'employé de la ville, en service comm...