mardi 11 octobre 2011

QUATRE (4) CENT-VINGT (20)



J'imagine Maryse et Gérard, dans leur coin de paradis à Weedon...
Jean-Luc et Lucie, à bord de leur bateau sur le lac Champlain...
Madeleine, sur la galerie de Gentilly...

J'essaie d'imaginer ceux et celles qui au matin, loin des bruits urbains, voient le soleil se lever dans le silence du vent, se rappelant combien est merveilleux l'arrivée du jour.

C'est beaucoup dans cet esprit qu'est né ce poème que je vous offre en le dédiant à la campagne.



l’orchestre matinal



le violoncelle de l’aurore joue un prélude de Bach
les oiseaux dansent
barbouillant les nuages d’icônes multicolores

un peu en retard, une voix enrouée l’accompagne
la rosée chante
sur laquelle s’octavient huit gouttes de nuit

à l’est du soleil, aux branches endormies
le vent s’entortille
et les notes blanches du matin doucement s’harmonisent



le violoncelle de l’aurore joue un prélude de Bach
les hommes marchent
redressant à peine leur tête engourdie

entre sol et si, un cri désespérant
reste là, immobile dans l’herbe dorée,
à demi enfoui sous les feuilles d’un capharnaüm

la sonate en fleur majeure improvise
un air de jazz délicatement orchestré
par les musiciens de l’orphéon disparu



le violoncelle de l’aurore joue un prélude de Bach
alors que le ciel bleu harnache le brouillard
qui enrobe le clocher de l’église

de fines pellicules de pluie pianotent finement
sur la brise matinale
puis s’évaporent tels de légers coups de cymbale

au coin de la rue longue comme un air d’opéra
une triste chanson triste
s’inscrit dans le livret du jour

Au prochain saut

mercredi 5 octobre 2011

QUATRE (4) CENT-DIX-NEUF (19)



Aujourd'hui, je vous offre deux citations d'auteurs choisis au hasard dans un cahier qui tout doucement s'épure. Pour démontrer que le hasard peut bien faire les choses.

. L'océan - ce n'est pas moi qui l'observe de ma fenêtre, c'est plutôt lui qui me regarde de ses mille yeux d'écume - conserve encore dans sa houle la terrible ténacité de la tempête.
Pablo Neruda

. Le poète n'a rien à craindre du peuple. La vie, me semble-t-il, me faisait une remarque et me donnait à jamais une leçon: la leçon de l'honneur caché, de la fraternité que nous ne connaissons pas, de la beauté qui fleurit dans l'obscurité.
Pablo Neruda

. Il se trouve dans la vie que parfois deux individus, peu faits pour se comprendre, se sentent malignement attirés l'un vers l'autre par un irrésistible courant de sympathie.
Francis Carco

. Comme toujours. Chacun a ses idées. On voit les choses d'après soi-même.
Francis Carco

. Il y a des âmes capables de cacher longtemps leur blessure, et leur tremblante complaisance pour l'idée du péché.
Colette

. Elle contemplait le coupable, par-dessous l'abîme qui sépare une grande personne de l'enfant.
Colette

. L'apprentissage de la condition minoritaire, reçu presque d'entrée, m'aura fait pressentir, au fur et à mesure que je grandissais, qu'un destin original peut véritablement s'accomplir face aux grandes mystiques collectives que chacun de nous est toujours, plus ou moins tenté de rejoindre.
Dr Olievenstein

. ... les prises de conscience cheminent lentement...
Dr Olievenstein

. La prière, c'est un peu comme une conversation privée entre soi et Dieu sauf qu'on entend pas les réponses, il faut juste y croire.
Nancy Houston

. ... les gens intelligents ont besoin de connaître la stupidité du monde...
Nancy Huston

. ... il avait toujours l'air de savoir ce qu'il faisait, même quand il ne faisait rien.
Jonathan Little

. ... les hommes grossiers et ignorants se punissent eux-mêmes.
Jonathan Little

. Je remplirais ma chair d'âme. Je réconcilierais en moi, enfin, ces deux ennemies séculaires.
Nikos Kazantzaki

. ... l'éternité est chacune des minutes qui passent.
Nikos Kazantzaki

. Oui, en vérité, il était bien difficile d'apprécier la valeur d'un acte, autant que celle d'une intention.
Roger Peyrefitte

. Chaque être avait un double qui ne lui ressemblait pas, chaque chose impliquait une contradiction ou cachait un mystère.
Roger Peyrefitte

. Seul l'amour rend immortelles les choses périssables.
Han Suyin

. ... l'humanité semble progresser non pas par la tolérance mais par le fanatisme.
Han Suyin

. La justice ne veut rien de toi. Elle te prend quand tu viens et te laisse quand tu t'en vas.
Kafka

. ... la raison d'un succès ou d'un échec prête toujours à mille interprétations...
Kafka

. Les mères, on ne les plaint pas.
Maxime Gorki

. Il y a des affections qui empêchent un homme de vivre...
Maxime Gorki

. Quand la vérité n'est absolument que la vérité, elle est quelque chose d'antinaturel, c'est une abstraction qui ne ressemble à rien du monde réel.
Aldous Huxley

. Les pensées et les sentiments sont nombreux et divers, mais il n'y a qu'un petit nombre de gestes, et le masque n'a qu'une demi-douzaine de grimaces pour exprimer mille choses.
Aldous Huxley

. Voici que la nuit tombe sur la ville, et que la ville tombe dans l'engourdissement de la peur.
Atiq Rahini

. Ton souffle est suspendu au récit de mes secrets.
Atiq Rahini

. Ma liberté neuve m'emprisonne et me paralyse.
Albertine Sarrazin

. Et tout ce que je sais des hommes, je l'emploierai contre eux.
Albertine Sarrazin

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jeudi 29 septembre 2011

QUATRE (4) CENT-DIX-HUIT (18)


















Et bien voilà, les parents se sont rejoints en terre maskoutaine le samedi 24 septembre 2011.

Gérard nous avait quittés en juillet 1995 ( un 8) et Fleurette (un 8 également) en août 2009.

Entourés des six enfants, conjoint/conjointes, ex-conjointe, petits-enfants et arrière-petits-enfants, de même que ceux qui y étaient en pensée, les cendres des parents, une fois qu'elles eurent circulé entre les bras de tous et chacun pour un dernier adieu intime, reposent réunies à jamais.

Voici le texte lu par l'aînée de la famille, Françoise - notre lumière - après l'audition de l'AVE MARIA chantée par la Callas que Fleurette aimait tant et le CAPRICE VIENNOIS de Kreisler, le coup de coeur classique de Gérard.



L’AVE MARIA de la Callas et le CAPRICE VIENNOIS de Kreisler s’entremêlent.
Deux musiques, proches et lointaines, l’une dans la cuisine, boulevard Laurier, où l’odeur de renversé à l’ananas se repend, l’autre dans le bureau vert… deux musiques se rejoignent comme des signatures de parents.



GÉRARD, nous disions, en juillet 1995, que tu étais homme de deux familles; blanche et bleue. Nous l’avons dit, l’avons écrit de la main gauche.

FLEURETTE, nous avons dit, en août 2009, que tu étais notre petite fleur accrochée à la boutonnière.

Aujourd’hui, un symbolique 24, celui de septembre 2011, nous t’accompagnons GÉRARD, ici, loin des chênes d’Arthabaska et toi, FLEURETTE, loin de tes si nombreux voyages; nous vous accompagnons en terre connue, celle qui vous permettra d’être définitivement réunis.

Les cendres que nous laissons descendre dans cette terre connue, ces cendres resteront chaudes et allumées pour les six orphelins que nous sommes devenus : six points scintillants qui ceinturent aujourd’hui cette terre connue. Elles permettent maintenant de nous souvenir des images de ce qui, pendant si longtemps, de manière à la fois différente et constamment renouvelée au rythme des époques de notre vie blanche Maintenant, ici, dans cette terre connue, bleue, blanche et fleurie, cette terre ne vous emporte pas, elle vous portera.

On n’aime jamais partir seul. Vous nous avez quittés l’un après l’autre et l’un et l’autre nous avez quittés de manière si noble que vous réunir aujourd’hui, ici, dans cette terre connue revêt un sens profond : celui d’une famille unique et d’une communauté élargie.

Vous avez été deux personnes de famille. Des créateurs de familles. De ceux qui ont fait autrement les choses et nous incitèrent à en faire autant.

Vous avez donné à la famille une dimension nouvelle, au-delà d’une prise de racines, un élan vers la continuité. Comment ne pas le redire encore une fois aujourd’hui, ici, ceinturant cette terre connue.

Vous avez été deux personnes de communauté. Des inventeurs modernes. De ceux qui crurent et partagèrent cette croyance autour d’eux - les six nous d’abord - puis tant et tant d’autres qui se rappelleront de vous comme des précurseurs.

Nous laissons à cette terre connue, un père, une mère, GÉRARD et FLEURETTE, TURCOTTE et BERGERON à jamais réunis, pour toujours aimés.

Vos orphelins proches vous remettent un scintillant bouquet d’adieux blancs et bleus.
Vos orphelins éloignés sauront venir sur cette terre connue et l’arroser.
Et la merveilleuse magie de la vie, sous cette dalle de pierre, en terre connue… se perpétuera.



Les photos de ce saut ont été prises par Roger Mongeau, Claire, Louise et Sylvie.

lundi 19 septembre 2011

QUATRE (4) CENT-DIX-SEPT (17)



Il se dégage des poèmes écrits en campagne une autre dynamique. Elle se démarque des ruelles montréalaises par un côté plus aérien, plus «vent», davantage «brise».... Si je tente d'interpréter ce qui ne l'est pas, je dirais que le concept réel/irréel/entre-réel... se fait plus... visible.

L'environnement, peut-être parce qu'il est encore à apprivoiser, se faufile par des éléments imagés différents. Également le fait que ce soit ici que boris eut achevé sa course et prît une forme définitive, me parle beaucoup.

Le bureau à Montréal donnait sur un arbre (vous vous souvenez sans doute du bouleau - maintenant coupé - surnommé Garcia Lorca en raison de sa forme ressemblant à un poignard) tout comme celui de la campagne face à une série d'arbres qui servent de platebande au clocher de l'église, les deux orientés vers l'ouest, voilà peut-être pour le réel.

Pour l'irréel, c'est assurément les couleurs beaucoup plus variées, les odeurs complètement différentes et aussi une atmosphère de quiétude que je ne retrouvais pas sur l'île.

L'entre-réel, une façon de manier l'image issue du réel ou de l'irréel afin de situer le geste poétique dans une zone de flottaison, en campagne se voit «malaxer» par une énergie plus aérienne oui, mais aussi une énergie réconciliatrice, plus ouverte sur un appel à l'action.

C'est du moins ce que je vois pour le moment. Et le poème d'aujourd'hui en est peut-être une illustration.

Bonne lecture.


combien



combien de voix perdues
contre un seul cri
celui qui, inlassablement étouffé dans la gorge,
remonte le cours du temps
puis se lance impétueusement
dans l’espace silencieux des mots errants

combien de pas égarés
contre un seul sentier
celui qui promène péniblement
tel un bouleau centenaire
l’orée des forêts parallèles vers ces routes fermées
menant inévitablement au pied des potences

combien de mains tendues
contre un seul adieu
celui qui, inexorablement, achemine au bout de soi,
au recommencement des années,
là où elles achèvent frileusement
de prolonger les plantes vertes de l’oubli

combien de cœurs ouverts
contre une seule haine
celle qui, inévitablement, transfigure les hommes du Yémen
de Lybie de Syrie d’Algérie de Tunisie
marchant en colonnes sur des chemins ensanglantées
vers une incertaine liberté

combien de regards fermés
contre un seul espoir
celui qui annonce, fragilement, au-delà des saisons passagères
le début d’un renouveau au cœur des icebergs
qui se vengeront à coup d’ours polaires
de ces traîtres engoncés dans leurs principes surannés

combien de temps nous faudra-t-il
contre un siècle sourd
pour qu’armés des pinceaux de l’urgence
sur les murs, les socles et les piédestaux
l’irrémédiable cri des mouettes se noyant
hurle aux océans leur cruelle indifférence



«un carnet d'ivoire avec des mots pâles»



C É L A D O N (nom masculin et adjectif invariable)
. vert pâle;
. porcelaine chinoise recouverte d’émail craquelé, le plus couvent vert pâle.


C A U T È R E (nom masculin)
. instrument dont la pointe, chauffée au rouge, sert à brûler les tissus;

thermocautère; moxa.

. locution «un cautère» : un remède inefficace, un expédient inutile



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mercredi 14 septembre 2011

QUATRE (4) CENT-SEIZE (16)


Didier van Cauwelaert

Je me suis levé, ce matin, avec en tête deux histoires de Didier van Cauweleart: L'ÉVANGILE SELON JIMMY et VINGT ANS ET DES POUSSIÈRES. Me rappelais que j'avais autant apprécié la première que la seconde, lue deux fois. Dans mes cahiers de lecture, voici ce qu'en 2008 j'y avais transcrit.

De L'Évangile...

- Me faire mal avec notre histoire, c'est mon seul moyen d'être encore avec elle.

- On ne souffre pas, quand on ne sait pas ce qu'on perd.

- Le grand progrès de la médecine, c'est que les médecins sont de mieux en mieux protégés contre les malades.

- Un grand amour ne se guérit que dans un amour encore plus fort. Si on veut guérir. Si on ne craint pas la rechute.

- On se sent seul quand on a perdu l'unique personne sur Terre pour qui l'on était quelqu'un de bien.

- ... la croyance fige, l'élan du coeur est la seule vérité.

- Comme toujours dans la vie, chacun poursuivait son but personnel, au travers d'un enjeu qui n'était qu'un prétexte.

- C'est fou le pouvoir d'un éclat de rire.

- Expier, ce n'est pas se délivrer d'une faute par la pénitence, c'est l'assumer, l'apprivoiser, la mener à terme. C'est une grossesse de l'âme.

- Sans orgueil on ne fait rien, sans humilité on le fait mal.

- Les pensées sont des actes que les autres commettent.


De Vingt ans...

- On a la solitude qu'on mérite...

- ... mais peu de gens aujourd'hui se souviennent que la joie de vivre est une politesse.

- Le jardin reflète ses états d'âme. Quand il est mélancolique, il lui sème des soucis.

- Ils ont peur l'un de l'autre parce qu'ils se rendent heureux.

- Il faut en avoir lourd sur le coeur pour protéger ses roses en les camouflant.

- Tu vois, dit-il après réflexion, celui qui a de l'amour et qui n'en est pas digne, ce qu'il y gagne, c'est la solitude. Seulement la solitude, ça t'enrichit. Et après, là, tu deviens digne.

- L'homme seul qui n'a plus sa raison de vivre, il est encore quelqu'un s'il lui reste une raison de souffrir.

- C'est vrai, de savoir des choses, ça aide quand on souffre, mais celui qui ne sait rien, il a moins l'idée de souffrir.

- Il a planté un décor dans ma vie, et c'est une toile d'araignée où elle est prise.

- Parce qu'au fond, on n'apprend les choses que tout seul.

- Seuls les pêcheurs donnent aux poissons.

- C'est difficile de savoir si on se tait parce qu'on se comprend, ou parce qu'on s'est tout dit.

- C'est le sort des solitaires de se fuir pour ne pas se perdre, de croire qu'un jour ils se retrouveront.



Et pourquoi ces deux histoires, ce matin?

Tout simplement parce qu'elles sont tirées de deux livres que j'ai trouvés; le premier dans une vente de garage (un vide-grenier comme le disent les Français) et l'autre, par terre dans une ruelle de Montréal.



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samedi 10 septembre 2011

QUATRE (4) CENT-QUINZE (15)



Dire combien je suis soulagé de voir boris arrivé à destination serait un euphémisme. Une longue aventure qui dura sept ans... fallait le faire!

Maintenant que le voici sur le blogue, je suis à travailler (à partir de boris) un autre texte qui incorporera le poème à une plus longue histoire. Est-ce que cela s'étendra sur sept ans, je ne saurais ni le garantir ni le dire mais ce que je sais va dans le sens suivant: ça développera l'idée des trois réalités (le réel, l'irréel et l'entre-réel) que l'on retrouve dans boris.

Comme je suis un peu assujetti à ce rythme des sept ans (le joyeux septennat) il est envisageable que le texte se retrouve sur le blogue... en 2018. Il a toutefois un titre: LE PARADOXE DE ZÉNON.


D'ici là et pendant ce temps-là, je me rends compte que l'air de la campagne m'est tout à fait propice pour écrire. Il est assez rare que j'aie deux poèmes sur le chantier... c'est actuellement le cas. Sans oublier le dernier regard, la dernière retouche et le lancement de boris. L'inspiration semble faire de l'équitation sur le vent. Je veux dire par là qu'il existe ici, en campagne, un satané petit vent tout à fait délicieux - je le nomme le «vent-facteur» - qui charrie avec lui de ces odeurs (certains diront des odeurs campagnardes), personnellement je les reçois selon les heures du jour et de la nuit comme autant de cadeaux, de signes ou de messages. Avec lui, sa douceur et sa fraîcheur, emmêlé à des silences réparateurs, que d'images me parviennent qui cherchent à se métamorphoser en poèmes... Je les cueille avec humilité et avec un plaisir renouvelé...


L'inspiration que mon ami ROBERT définit ainsi - sorte de souffle émanant d'un être surnaturel, qui apporterait aux hommes des conseils, des révélations; état mystique de l'âme sans cette inspiration - est fragile. J'ajouterais en me référant au dernier ouvrage de Daniel Mendelshon SI BEAU SI FRAGILE, que l'inspiration est belle et fragile. Je suis convaincu du fait suivant: si ma plume pouvait écrire exactement ce que je vois de beau, si je parvenais à décrire, à saisir la fragilité du moment, de l'instant fugace qui permet à une image de se fusionner en soi, si j'arrivais réellement à mettre tout cela en mots, en mots précis, ciselés à la perfection, alors je pourrais dire que je suis au service de l'inspiration devenue un souffle nourrissant l'âme.


Alors que je participais, il y a quelques mois, à un site français pour poètes amateurs, j'ai pu constater que pour la majorité des gens qui venaient y déposer leurs poèmes, l'inspiration provenait essentiellement de deux sources: l'amour et la perte de l'amour. Est-ce plus facile d'écrire un poème sur un amour naissant ou sur celui qui s'en va? Dans les deux cas, du moins pour ce que j'en retiens, sans être complètement à l'opposé du spectre, ces deux extrémités du même concept présentent des points communs - pour certains ça devient des lieux communs - dont celui de chercher à tracer une figure géométrique universelle, celle ayant la forme du coeur.


Ce n'est pas mon propos d'aujourd'hui mais cette digression me permet de faire un lien entre boris et les poèmes qui l'ont précédé, ceux qui l'ont suivi alors qu'il macérait dans je ne sais quel élixir...

J'ai réuni - ô merveille du traitement de textes - l'ensemble de mes poèmes dans un dossier intitulé à travailler et dans un deuxième temps, les ai classés à partir de thèmes qui me semblaient être un dénominateur commun (le temps; la mer/le fleuve; le corps / la marionnette; la poésie; le fantôme... ceux qui n'y trouvaient pas leur place sont encore sous un grand titre... général. Il me restera dans un troisième temps à les (re)corriger et tenter de faire ressortir les grandes lignes qui permettraient d'établir des liens entre eux ou tout simplement des chevauchements. Il ne faut pas oublier que les poèmes ne sont pas datés. Vous connaissez mon histoire personnelle avec le temps!


Je laisse ce saut en vous proposant quelques définitions de la poésie ou du poète tirées d'auteurs québécois.



André Brochu dans ADÉODAT: * Si je n'étais pas poète, je n'éprouverais pas, chaque jour que le bon Dieu amène, le besoin de me purger des merveilles entrevues aux vitres de la journée qui précède.

Roch Carrier dans DE L'AMOUR DANS LA FERRAILLE: * La poésie c'est de la pensée en train de naître...


François Hertel dans LE BEAU RISQUE: * La poésie n'est pas toujours un phénomèe objectif. Plus souvent, elle s'élabore presque complètement à l'intérieur, quittant l'objet qui l'a fait naître, pour se perdre dans les associations imaginaires.

Wifrid Lemoine dans LE DÉROULEMENT: * Quand le poète a besoin d'un appui, il se construit un poème. Le poème est la communication d'un homme avec lui-même.

Claude Péloquin
dans METS TES RAQUETTES: * ... être poète, c'est faire un tour de passe-passe sans continuer de tourner en rond.


Au prochain saut

(La photo du clocher de l'église a été prise un matin de brouillard à partir de la fenêtre de mon bureau.)











vendredi 2 septembre 2011

QUATRE (4) CENT-QUATROZE (14)

boris


peut-on?
aux portes d’un fleuve en partance vers le Japon,
installer le silence

doit-on?
lui exiger une couleur particulière
y glisser un enfant de cire
qui se numérotait le corps en binaire pour devenir universel
pour être celui qu’il n’est plus
celui qui parlait aux marionnettes
,à boris
le prénom qu’il lui avait donné



…une marionnette révélée
incognito sur les photos des autres épinglées dans la chambre noire
leurs mots collés sur papier émeri

autant de nous sur mille je

retrouvés aux pieds de sa figure de plâtre



un camelot mort,
,piétiné,
camelot de cire aux chiffres tatoués sur le corps

boris le nommait d’aucun substantif
celui qui le tirait par les fils

sophia
éthérée, voilée
traversant les chemins des nuages
des remuages
pour que le temps ait un sens
au cœur des colonnes grecques
l’attendra



boris,
,déjà,
n’a plus la figure in
couleur pierrot
ne défonce plus les rues avec son carrosse
qui cache
,le soir,
deux places publiques et comateuses
à rendre fou la foule

il virevolte, drille aveugle
angle mort à portée de main
couvrant d’ébène les ombres effacées
par les sabots du contretemps



à vouloir devenir
cheval de bois
atrabilaire insane jobard
nourri à la vésanie des nuits
assailli par mille succubes enfermés dans leur course infernale
déchiffrant un enfant mort



… boris
marionnette déséquilibrée,
cavalier sur cheval de bois
,cruellement,
comme un jésuite nocturne marmonne des onomatopées incompréhensibles
grises et maussades
s’asphaltait s’engluait
dans la vitesse impuissante
où un fleuve l’attendait



alors tomba le camelot
calfeutré de feuilles mortes
sous les abris de l’automne
une sacoche rouge au flanc opposé
pleine encore des journaux matinaux



quelqu’un sur lui se pencha
bavant des insanités
attendues recopiées semblables

alors mourût le camelot

sur le miroir d’un grand fleuve orientalement en marche
on le déposera
lugubre cérémonie souffrante

à peine entré dans la vie il mourait
une marionnette au regard fixe
plus loin que les lents demains
enfilée à la main gauche

sophia
hautement vêtue dans les nues azurées
touchera du bout de ses doigts invisibles
le regard mathématiquement chiffré d’un enfant se raidissant

le transportera

au-delà des fils actionnés

au-dedans du delà fantoche

l’imprégnant d’une couleur origan



un camelot flottant entre huit idées perdues

flottant
entre et sur les os
,inconnu,
en route vers, sur et par les eaux glacées d’un pays clos
où se cachent des marionnettes intemporelles

flottait
cet enfant mort
cadavre ossuaire

il flottait
de l’immuable à l’imperméable
nouveau pensionnaire du guignol



boris
,au poignet,
sophia,
,l’inconnue,
au cœur



le camelot de cire
comme un Icare sans ailes
repose là
tout à côté
tout juste là
dans le silence des cieux

le ciel,
échiffre de ses yeux



- boris, je te suivais dans le peu de pas que la vie m’a donnés et tu me suivais dans le peu de mouvements que ma main te donnait -je te vêtais des mêmes habits semblables à ceux de tes premiers jours, de mes derniers jours, - nous nous suivions dans des allées incertaines, dans des avenues dessinées à même les nuits, à même les matins, toujours les mêmes, où je me fatiguais à me lever, à reprendre dans ma main tes fils flasques et partir vers les enclos de ma ville, toujours et toujours la même sacoche rouge accrochée au bras, regard bleu vers un soleil timide, sourire malade de ces souffrances grouillant dans mes os - je me racontais sans écoute, tu m’écoutais boris, leucomes dans tes pupilles agrandies et noires et immobiles et inertes, regard dilaté

- je te parlais avec des mots-images imaginaires cueillis à l’ a b é c é d a i r e de mes incertitudes



comme les kilomètres sont courts derrière des chevaux de bois
à entendre les marionnettes se taire



et sophia
dans de grands mouvements espagnols et musicaux
racontera en un langage inconnu
tel celui des médecins ne connaissant des maladies que les mots
si peu les souffrances enfantines



comme les kilomètres sont courts

quand sophia
exhalant des étrangetés innommées
dira la mort à la vie qui s’en va



- sophia, je te parlais à toi dont je ne connaissais ni le nom ni la provenance, te disant ma souffrance parce qu’une mère, parce qu’un père ne peuvent la recevoir, trop encore emprisonnés dans les filets de leur angoisse, me disaient de te parler à toi sophia, te dire je ne sais quoi avec des mots en cire, ceux d’un enfant qui meurt, te dire le mal qui chatouillait mes os et se préparait à me catapulter hors de moi-même, me versant comme le feraient trois notes de violon sur de longues remontées vers là où je ne croyais pas si rapidement aller, une marionnette entourée à mon poignet - dans ce si froid matin automnal, les chiffres d’un matin mauve que l’on reconnaît bien lorsqu’il se lève du même côté, toujours le même côté, où je sentais l’entre réalité entrer, les chiffres parlant entre eux, tout est entre tout



la mort est un immense courant d’air
que des fenêtres asymétriques sur la patine des ruelles
calfeutrent
le voyant venir
à la tête d’un cortège sifflant
la mort s’enroba au camelot de cire
à la marionnette flasque
effilée
qui révulsait vers nulle part
des yeux desquels tombèrent des morceaux d'âme



- je ne sais ce qu'est une âme, jamais on ne me l'a dit, jamais tu ne me l'as dit boris, tu ne parlais pas, tu ne me parlais pas boris, c'est moi qui parlais, que moi qui te parlais boris - je ne sais pas c'est quoi la mort, ce satellite bleu - je sais encore moins sophia, ce conte dans lequel les anges, ces éclairs de brouillard placardés sur le vent, récupèrent les morceaux d’âme - suis-je? toujours un morceau d'âme - je suis où je ne sais pas il y a entre boris et moi, dans une gestuelle parlée indéchiffrable, d’éternelles incompréhensions : une clôture barbelée comme les murs d’une prison; une ruelle sans fin comme la prise stérile de la glace sur les eaux hybrides du fleuve; des regards ternes comme des huit inversés; verticalement perdus, des poteaux délimitant les mécaniques mouvements de mon bras; des géants peureux; des grouillements gutturaux de chats; des couinements monocordes d’écureuils; des tournoiements interminables d’oiseaux durcis autour de croûtes sulfurées; des ordres et des mots d’ordre; l’ordre uniforme du bien souillant le mal dans l’obscure clarté du matin triangulant les axes et les parallèles d’un quadrilatère sphérique



sont-ce? les sons qui font les mots
y donnent leur sens
comment? ici la mort peut-elle s’inscrire
et, ailleurs si proche, absente
devenir une ombre qui se blafarde dans les yeux
d’une marionnette triste maintenant
une goutte de néant à son doigt



- boris, t’en souvient-il? Comment ne peux-tu plus t’en souvenir? Nous passions de blanc à noir et tu t’accrochais au noir, ébène sans doute, telle une chambre noire continuellement enfermée sur moi et je te gardais précieusement - j’avais peur… et ton silence me protégeait de ce que je ne savais pas - j’avais mal… et ta présence mettait du silence sur mes os et des eaux à mes yeux que l’on séchait en pleurant, ne sachant trop qui devait moins souffrir - boris, j’ai appris à avoir mal avant toute autre chose et les autres choses ne sont jamais venues à moi dans la clarté artificielle de ma vie, de mes jours, de mes nuits… - j’ai appris que les mots n’ont pas de sens, que des sons… que les mots sont les squelettes de la réalité… que je ne saisissais rien de rien, rien à rien, ni les uns ni les autres… des musiques évanescentes au bout des corridors-prisons sur lesquels se désarticulaient de longues envolées d’oiseaux libres… et des chiffres, des chiffres encore et nombre de chiffres sur des gens inconnus d’eux-mêmes qui me regardaient piteusement de leurs regards rayons-x qui parlaient toujours autour de moi avec des mots dont je ne saisissais pas les symptômes… puis s’en allaient, quittaient, revenaient pour ensuite encore me quitter à la vitesse de la couleur… - j’ai ainsi appris à compter les gens, les couleurs blanches, les murs d’oiseaux et les musiques, celles bourrées de notes blanches… avec toi, boris, ma seule présence



mon colostrum…



sur le fleuve les horizons s’évanouissent
les couleurs se noient entre elles
quelque part entre blanc et gris et le gris-blanc

sait-on? distinguer l’eau d’un fleuve des autres eaux
plus loin, encore et toujours plus loin que couleurs et musiques



sophia
trace du blanc
puis du gris



- je n’arrive plus à voir même si je regarde dans la direction horizontale, celle que l’on m’a indiquée, la verticale étant réservée à d’autres, ceux qui n’ont pas ma cataracte, ceux qui peuvent lamentablement se traîner vers ce qui me sera interdit. Enfermé dans ma camisole isolante, baptisé par l’eau du silence, secouru des limbes, je ne vis ma souffrance que laciniée davantage et définitivement enroulée à mon poignet, à ma cheville. Je pris dès lors partie pour le mutisme, pour un mutisme intégral, obstiné. Je ne parlerai plus que par les yeux. Secs. Sans eaux. Je serai un ensemble d’os. Et par des sons sans sons, je n’exigerai qu’une marionnette. Sans fils. Sans regard. Noire. Pour mon poignet, le jour. Ma cheville, la nuit. boris. Je te savais déjà dans ma vie, autant que je savais sophia, hors de ma vie. Autant ma vie, déjà, sortait de moi, pour s’installer entre les chiffres, confortablement régularisée et prête à attendre. Qu’attendre. Attendre l’attente et lui demander à son tour d’attendre aussi. Et regarder par les yeux de boris, ceux dont on voit qu’ils ne bougeront jamais, cristal sous la roche. Au coin de toutes les ruelles. Sombres et sales. Je verrai qu’attendre n’a de sens que si rien ne vient.



de formidables bruits de sabots se précipitent
hors des catacombes des océans
personne ne les reconnaît
seul ne les entend
qu’un camelot naissant dans la cire du sans rien dire
tel un soliflore
il penche sa tête de côté
tend une main blanche
ouverte
à l’immuabilité
à une marionnette
noire
fermée



une sacoche rouge tranche sur le blanc du lit

les architectes universels dessinent
avec des crayons de cire
sur un corps immobile
toute une série de chiffres nubiles



- je pris la décision de ne plus ressentir mes souffrances, de ne les reconnaître que par les yeux des autres, les insensibiliser et les nommer boris. Et on racontait… me racontait… et je n’écoutais pas, je n’écoutais plus déjà. Je regardais au-delà des murs et jetais mes yeux dans les eaux du fleuve, fleuve que personne ne voyait, ne s’attardant, ne s’intéressant qu’à ma bizarrerie. Mes parents-architectes s’immobilisaient devant moi… ne reconnaissant plus mes odeurs ils sentaient que j’allais dès ce moment devenir cet être de ruelles aux gestes mécaniques, amoureux fébrile d’une marionnette noire qui rêve d’un cheval de bois.


Merci d'avoir si longtemps attendu!

Au prochain saut


















vendredi 26 août 2011

QUATRE (4) CENT-TREIZE (13)


Éthan


J'ai peu souvenance de l'illustre pédagogue qui écrivit quelque chose allant dans le sens suivant: l'intelligence ne réside pas dans le fait de répondre à une question mais bien de la poser. Depuis quelques semaines, mon petit-fils Éthan a à la bouche l'extraordinaire pronom interrogatif POURQUOI? Et je remarque que ce n'est pas tant pour recevoir une réponse que l'intérêt qui l'anime à poser une question. Un peu beaucoup comme s'il voulait circonscrire dans sa tête une problématique pour ensuite la déposer dans son bagage personnel afin de l'utiliser dans une autre situation.



Je veux calquer aujourd'hui sa façon de faire et y aller de quelques questions dont je ne souhaite aucunement recevoir une réponse. Cela me ramène au fait que les mois de mars à juin dernier ont beaucoup ralenti autant le blogue que cette habitude de découper à partir du journal LE DEVOIR des manchettes ou des événements qui me semblent importants ou du moins à retenir. Fort utile que cette démarche lorsque vient la fin de l'année et qu'elle sert d'élément référentiel pour une rétrospective.


Donc, peu de découpures entre mars et juin; donc, une espèce de trou dans la 2011; donc, des faits situationnels qui n'ont pu être couchés dans mon cahier de nouvelles...


Alors, un peu pour me reprendre et en utilisant la méthode Éthan, voici les questions que je me pose depuis... un certain temps. Elles ne vous seront pas proposées de manière chronologique mais dans le désordre avec lequel elles sont venues à mon esprit.

P O U R Q U O I ?

... la mort d'un certain Jack Layton fait-elle si mal?


... le printemps arabe ressemble-t-il tellement à un automne?

... ce sont les jeunes qui ont déclenché ce même mouvement de contestation avec à la main un IPhone branché sur Twitter?

... le PQ n'est-il plus ce qu'il a été pendant si peu de temps?

... le BLOC QUÉBÉCOIS a-t-il eu besoin d'un soufflet magistral pour comprendre qu'il n'avait plus sa place?

... le 2 mai n'a-t-il pas été épinglé de manière aussi «historique» qu'un certain 15 novembre?


... on enscence Paul-Marie Lapointe que lors de son décès?

... les dictatures nous sont-elles arrogantes lorsqu'elles ne sont pas occidentales alors que le rêve occidental en est un dictatorial?

... la crise économique donne-t-elle raison à Richard Desjardins lorsqu'il affirmait que le capitalisme c'est privatiser les profits et socialiser les déficits?

... un homme puissant qui répond à l'acronyme DSK peut-il se tirer des mains de la justice parce qu'une femme l'ayant accusée de méfait sexuel aurait menti dans le but d'obtenir la citoyenneté américaine?

... un président américain adulé devient-il subitement un président comme les autres?

... George W. Bush est-il toujours en liberté?

... les changements climatiques sont-ils la préoccupation première des êtres humains alors que leurs dirigeants s'en foutent éperdument?

... Sophocle redevient-il actuel?

... la santé de Sydney Crosby intéresse-t-elle à ce point les amateurs de sports qui n'y verraient pas là un sujet de discussion chez un joueur de hockey ordinaire souffrant de la même blessure ?

... tout à coup, consulter les citoyens devient-il la panacée de tous les politiciens?

... une journée de pluie expédie-t-elle les quatre dernières journées ensoleillées au banc des denrées rares?


... ai-je la malheureuse impression que Stephen Harper, maintenant majoritaire au Parlement canadien, m'apparaît plus humain, moins arrogant et plus soucieux des Canadiens/Canadiennes?


... Amir Khadir a-t-il la malencontreuse habitude d'aligner une série de bonnes interventions avant d'en avancer une fâcheuse, et que c'est celle-ci que l'on retient?

... dit-on que le mouvement féministe s'essouffle alors que la situation des femmes est totalement différente actuellement qu'elle l'était à l'époque de ma mère?


... Lise Payette qui a 80 ans, continue-t-elle à se battre de manière intelligente alors que Denise Bombardier on s'en passerait bien?


... François Legault est-il devenu à droite politiquement et représente-t-il le changement aux yeux des Québécois?




... notre système de santé qui devrait favoriser la santé des Québécois ressemble-t-il à une hydre (un mal qui se renouvelle en dépit des efforts faits pour l'éradiquer)?

... les rentrées scolaires sont toujours des moments tristes?

... le mois de septembre semble s'imposer comme un des plus beaux de l'année en terme météorologique?


... faut-il remplir sa demande de PV (pension de vieillesse) onze mois à l'avance?


... s'installer ailleurs c'est, au début, une désinstallation qui frise la catastrophe et que par la suite, parfois en très peu de temps, cette réinstallation s'installe en nous quasi instantanément?

... la France est-elle le plus beau pays du monde?

... la mort, lorsqu'elle frappe, le fait-elle sans avertir officiellement, sans prévenir alors que l'on nous avertit depuis la tendre enfance que l'on doit la prévenir?



... certaines dates demeurent-elles inscrites à jamais dans nos têtes?


... certains souvenirs ne cherchent-ils jamais à s'enfuir, un peu comme s'ils possédaient leur propre système organisationnel?

... Paul Auster écrit-il si bien?

... toute la question de l'Holocauste redevient-elle aussi actuelle par les films, les livres qu'on lui consacre?




Je ne sais pas si Éthan aurait posé les mêmes questions. Lui, c'est davantage dans le genre pourquoi telle chose est à ce moment précis. Je crois que tout doucement il installe dans sa tête des notions fort complexes comme celle du temps et de la raison des choses. Pourquoi existent-elles? Il faut quand même, à deux ans et demie, avoir reçu quelque part entre l'infini d'où il vient et le néant vers lequel il se dirige, avoir reçu cette extraordinaire faculté de l'observation, du regard posé sur les êtres et les choses.


Je me demande s'il peut y avoir quelque chose de plus beau qu'un enfant qui pose une question? Une enseignante de première année - il n'y a pas si longtemps de cela - proposait d'élargir l'activité suivante, activité à laquelle les enfants de sa classe étaient invités: la philosophie. Je me rappelle les sourires en coin, les interrogations parfois impertinentes et les doutes entretenus qu'elle - j'ai malheureusement oublié son nom - suscitait en parlant de cela. En deux mots elle résumait cette activité de la manière suivante: l'enfant est un être de questions à qui on ne permet pas de chercher par lui-même des réponses mais dont on inonde de solutions qui souvent ne le rejoignent pas. La dialectique qu'elle offrait aux enfants était à leur niveau, au niveau de chacun, voilà peut-être pourquoi, d'abord, les enfants s'y intéressaient et ensuite, pourquoi ces enfants devinrent de plus en plus critiques, tolérants et surtout, à l'écoute de la question de l'autre.



Au prochain saut





dimanche 21 août 2011

QUATRE (4) CENT-DOUZE (12)



Existe-t-il quelque chose de plus beau que l'écoute de Manuel De Falla par un dimanche matin alors que la pluie va et vient dans des décors gris bleu? Difficile à battre!

J'ai comme un grande nouvelle à partager avec vous. D'ici moins d'un mois, quelque part en septembre, le poème B O R I S sera sur le blogue. Il y a si longtemps que j'en parle sans doute avez-vous oublié cette histoire. Je rafraîchis votre mémoire en deux mots: marionnette... camelot... Voilà, ça vous revient. Poème entrepris il y maintenant près de sept ans... Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, cet adage s'applique fort judicieusement à ce poème.

Pourquoi avoir pris tant de temps? Plusieurs raisons peuvent l'expliquer; d'abord, une amorce de poème. Ensuite, il me semblait qu'il y avait davantage: un conte... une nouvelle... ou plus encore. Mais essentiellement, la poésie y était présente. C'est par la suite devenu une nouvelle dans laquelle s'intégrait le poème. Puis le poème demeurait entier sans le support de l'histoire qui tout doucement s'y greffait. Et le temps passait...

Finalement, sept ans plus tard (ce fameux cycle des sept années), j'ai opté pour finaliser le poème quitte à l'intégrer dans cette histoire abracadabrante qui est actuellement en chantier. Un autre sept ans peut-être.

Pourquoi, s'il est prêt, ne pas le déposer immédiatement sur le blogue? J'ai quelques tentatives de mise en page à effectuer. N'étant pas habile plus qu'il le faut en informatique, j'espère réussir à le placer de la manière qu'il m'apparaît sur WORD. On verra.

Juste pour ne pas que vous passiez à côté lors qu'il arrivera, il s'intitule: B O R I S.

Mais aujourd'hui, journée De Falla, je vous offre celui-ci.



nébulosité


les nuages, dans le ciel, se battent
sur eux-mêmes ils roulent
s’entre-déchirent, s’effilochent
et plus loin que mon regard s’éloignent

c’est un chapelet de gouttes d’eau que tisse la pluie
faisant frissonner les fils électriques


les nuages, dans le ciel, vagabondent
sur eux-mêmes ils tournent
comme ces girouettes détachées
qui crient leur honte plus fort que le vent

dans le clocher, les oiseaux nidifient
ils y déposent des mots chauds, porteurs de sens


les nuages, en gris, dessinent les contours de l’Europe
qui deviennent par la suite les pourtours de l’Asie
puis se dirigent franc nord et franc sud
sans qu’on le sache, s’exilant vers les pôles

comme un accordéon géant le vent transporte au loin
son escarcelle remplie des messages décryptés


les nuages troués par l’arc-en-ciel, sagette de Cupidon,
interrogent cette ecchymose bleue au cœur,
elle crache autour d’eux des couleurs nouvelles
qui emplissent le ciel d’un kaléidoscope phosphorescent

et c’est de loin en loin que disparaissent
le vent, la pluie, et les oiseaux porteurs de nuages


Au prochain saut.



jeudi 18 août 2011

QUATRE (4) CENT-ONZE (11)


Paul-Marie Lapointe
(1929-2011)

Paul-Marie Lapointe vient tout juste de mourir. Un souvenir fugace a traversé ma mémoire alors que je lisais la nouvelle de son décès dans LE DEVOIR. Je suis chez Gaston Miron, Carré Saint-Louis. Le téléphone sonne, Miron répond. S'en suit une assez longue conversation avec un interlocuteur qui s'avéra être Paul-Marie Lapointe. À la fin de l'appel, Miron me demande si j'ai lu LA VIERGE INCENDIÉE. Devant mon ignorance crasse, Gaston Miron me dit que je ne suis pas le seul, que je devrais m'y mettre. L'image qui m'en reste, la même que lors de mon premier contact avec Rimbaud.


Paul-Marie Lapointe vient tout juste de mourir. Il me semble qu'avec ce départ, si la poésie québécoise contemporaine pouvait se comparer à une table, eh! bien (oui, je le sais) c'est la quatrième patte qui s'écroule. La première étant Miron, la seconde Roland Giguère, une troisième Saint-Denys-Garneau.



Je vous offre en hommage à Lapointe ceci, tiré de LA VIERGE INCENDIÉE.



Je suis une main qui pense à des murs de fleurs

à des fleurs de murs

à des fleurs mûres.



C'est pour regarder la vie que je lis interminablement

le cristal du futur de cristal



Le réservoir du cendrier

pourquoi des villes de café y surgir?

des plantations de pauvres gens

soleils de fagots fertiles

violoncelles senteur de mauves



C'est en songeant à construire un verger de frères

que pour pleurer je descends mon bras

que je mets ma vie dans mes larmes



Les grands châteaux poires pourries

avec quoi des vieillards à femmes mutuelles

lapident leurs vacheries

les églises de faux sentiments

l'écroulement des cadavres les haines dans les schistes séculaires.



Quand le marteau se lève

quand les bûchers vont flamber noir

sur le peuple déterminé



Les cadavres purifiés par le feu

et le fracassement des crânes de béton



L'horizon que je vois libéré

par l'amour et pour l'amour.



Et ce deuxième.



J'ai des frères à l'infini

J'ai des soeurs à l'infini

et je suis mon père et ma mère



J'ai des arbres et des poissons

des fleurs et des oiseaux



Le baiser le plus rude

et l'acte déconcerté

l'assassin sans lame

se perce de lumière



Mais la corrosion n'atteindra jamais

mon royaume de fer

où les mains sont tellement sèches

qu'elles perdent leurs feuilles



Les faïences éclatent de rire dans le stuc

le ciel de glace

le soleil multiple qui n'apparaît plus


Frères et soeurs

mes milliers d'astres durs



Et ce dernier ÉPITAPHE POUR UN JEUNE RÉVOLTÉ est tiré de Pour les âmes.



tu ne mourras pas un oiseau portera tes cendres

dans l'aile d'une fourrure plus étale et plus chaude que l'été

aussi blonde aussi folle que l'invention de la lumière



entre les mondes voyagent des tendresses et des coeurs

des hystéries cajolantes comme la fusion des corps

en eux plus lancinants

comme le lever et le coucher des astres

comme l'apparition d'une vierge dans la cervelle des miracles



tu ne mourras pas un oiseau

nidifie ton coeur

plus intense que la brûlée d'un été quelque part

plus chaud qu'une savane parcourue par l'oracle

plus grave que le peau-rouge et l'incandescence



(les âmes miroitent

particulièrement le soir

entre chien et loup

dans la pâleur des lanternes

dans l'attisement des fanaux

dans l'éblouissement d'une ombre au midi du sommeil)



tu ne mourra pas



quelque part une ville gelée hélera ses cabs

une infanterie pacifique pour mûrir les récoltes

et le sang circulera

au même titre que les automobiles

dans le béton et la verdure



tu ne mourras ton amour est éternel



Salut Paul-Marie Lapointe!



Au prochain sau
t

jeudi 11 août 2011

QUATRE (4) CENT-DIX (10)


Fleurette (en allée le 8 août) tenant la photo de Catherine (arrivée le 11 août)

Vous avez aimé Garcia Lorca? J'ose espérer qu'aujourd'hui - en ce 11 août, journée d'anniversaire de Catherine (déjà 34 ans) - vous apprécierez ce petit cocktail pour le moins éclectique...



Une vieille opinion musulmane: L'encre des savants est plus précieuse à Dieu que le sang des martyrs.

Un auteur russe: Quand la maison s'est écroulée, il pousse des fleurs entre les ruines.

Bismark disait: La vie, c'est comme chez le dentiste. On croit toujours qu'on a pas encore vu le pire, et pourtant le pire est passé.

Un proverbe russe: Arrête-toi sur le passé et tu perdras un oeil. N'en tiens pas compte et tu perdras les deux.

Du LIVRE DES CONSEILS: Si tu peux regarder, vois. Si tu peux voir, observe.



Un retour vers «un carnet d'ivoire avec des mots pâles»...



C A P I T A N (nom masculin)
. personnage ridicule, d’une bravoure affectée.

bravache; fanfaron; matamore.

C A P U C I N A D E (nom féminin)
. banal discours de morale.

C A Q U E
(nom féminin)
. barrique où l’on conserve les harengs salés;
. Serrés comme des harengs en caque : comme des sardines;
. La caque sent toujours le hareng : on porte toujours la marque de son origine.

C A R G U E R
(verbe transitif)
. Maritime : serrer (les voiles) contre leurs vergues ou contre le mât au moyen de cargues (cordages).



Tout doucement, comme vous pouvez le remarquer, on y revient. Y revenir et y demeurer.



Au prochain saut



SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3) - 26 -

Monsieur Saint-Pierre s’interrogeait : s'arrêter au presbytère ou rejoindre son ami Cloutier. L'employé de la ville, en service comm...