mercredi 27 janvier 2016

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-DOUZE (72)

Monique Racine-Brouillette

Ce billet revêt à mes yeux un caractère tout à fait spécial. Écrire un poème, ça va puisqu'il vous vient à travers des méandres holographiques souvent bizarres. Il sait se faire attendre, désirer, maintes fois souhaite être couvé avant de trouver sa place parmi les images que l'on souhaite imprimer dans votre imaginaire. Puis, sans trop savoir comment ou, mieux encore, pourquoi, sa forme s'impose à vous comme une espèce d'inattendu que attendiez.

Celui que je vous offre aujourd'hui, entièrement écrit à Saïgon, a mûri longuement; mille ans. 

Sur ma table, dans l'atelier du laboratoire où je me réfugie afin d'écouter venir les mots, seul nautonier à bord, je deviens ce guide menant, d'eau-forte en gravure, cet amalgame souvent incongru vers un destin qui lui sera propre. Unique.

Ce poème a donc longuement mijoté. Maintenant, prêt à être servi, il m'est apparu clairement qu'une personne devait le recevoir personnellement.

Monique Racine-Brouillette, amie de mille ans, cette âme riche à mon coeur, je te le remets, puisque maintenant, il est de toi, pour toi. À toi.

Tu auras été la première à l'accueillir. Et tu lui as répondu. 

Voici le poème, et au prochain billet, je publierai celui que tu m'as transmis pour lui faire écho.

Monique, je t'aime.



cette maison…

à mon amie de 1000 ans, Monique Racine-Brouillette  -

( lire en écoutant LES SCÈNES DE LA FORÊT  - Schumann )



cette maison n’existe pas, pire, elle n’a jamais existé
ni dans les rêves ni dans les mains d’une vieille dame 
-  longtemps on lui fit croire que si…

pourtant, toutes les nuits, cette maison agace ses rêves
sans jamais la reconnaître elle sait qu’il s’agit bien d’elle
-  toujours elle l’a entretenue…

les rideaux verts ont disparu, le carreau des fenêtres, souillé
ça ne peut pas être chez elle, pourtant sans cesse ça revient
-  comme une douloureuse obsession…

à l’intérieur, de froides couleurs, si irréelles à l’extérieur 
des abeilles grafignent la dentelle écrue de sa mémoire 
-  elle s’activent au-dessus d’une ruche vide…

les fleurs règnent sur des troncs d’arbre cachant aux regards insaisissables,
perché au balcon remuant, un chat doré que le soleil avale de ses mirages
-  visions et cauchemars confondus…

la vieille dame, celle de la maison pas à elle mais qui chaque nuit
ressuscite des mémentos périmés, la vieille dame se fait squatter
-  créatrice de la mesure du temps…

on aura transporté cette maison près de l’appontement, puis démolie
lancée madriers, poutres et chevrons au loin sous ses yeux engourdis
-  ses rêves s’endormiront au matin citron…

elle fera comme on le lui a dit, le lui a enseigné puis répété toujours
la vieille dame laissera fuir sur un radeau fragile ce qu’elle imaginait 
- une maison plus vieille qu’elle, que la nuit grêle…

ainsi iront ses rêves, chimères appâtées, réalités sibyllines,
vogueront telles des galères ancêtres, un jour, devant elle
- dans la vase des jours… la vase des jours…

sans doute ne rêvera-t-elle plus, la dame à la maison engloutie
sans doute jamais n’aura-t-elle vraiment rêvé de cette maison
- rêve-t-on lorsque nos pieds éloignent tout…

elle partira par de grands chemins, ceux qu’elle ne connaît pas
oubliera maison, nuit, rêves et frissons glacés de cauchemars
- tout près d’elle une volée de coquecigrues…

affamée, lycanthrope engouffrée dans le labyrinthe des forêts,
elle n’écoutera, n’entendra plus râler les séismes noctambules
- comme libérée de ces voix aiguës…

pour celle qui sort de rêves trompeurs, captieux et cauteleux
marcher sur des terres anonymes c’est charroyer de la liberté
-  c’est blanc et bleu et blond et blanc et bleu…

pour la vieille dame au pied léger, au talon ferme et à la jambe raide
c’est sa traversée de la Bérézina… moins les canons, moins la retenue
- tête haute sous la feuillée… 

ses yeux qui ne lui servaient plus qu’à endormir des rêves éveillés
ses yeux chinés de toute la duplicité du vent dans son dos, crèvent
-  alors qu’enfin elle voit…

elle voit dans un ruisseau aux couleurs de l’arc-en-ciel
ce que les autres voyaient d’elle, qu’elle ne voyait pas
- les yeux des autres sont des orages refoulés…

la vieille dame marche, marche encore, des traces la suivent
s’émiettent derrière elle, se coagulent à vitesse vertigineuse
- personne n’en percera l’ombre…

elle croisera dans les méandres de ses détours impromptus
tant d’images palpables, au bout de ses doigts tourmentés
- un grand florilège sur papier couleur sépia…

son cœur, celui qui à tout rompre battait la chamade 
que lui arrivera-t-il alors que là, elle se recommence
- naissance à nouveau et cri primal…

la vieille dame de la vieille maison, nue d’avant et nue d’après
couverte des rides de la fatigue, de l’imaginaire usé par la foi
- elle ne gémira pas, ne gémira plus…

plus jamais elle ne pleurera plus, ses larmes d’autrefois
n’ont de sens que l’envers du chemin qu’elle emprunte
- elle inverse le monde…

peur, crainte, angoisse auront été son pain quotidien, rassis
elle l’aura mangé ce pain, la bouche camouflée par sa main
- les dents noires d’Ordalie la ridiculisaient… 

repue ainsi qu’un enfant nourri la veille d’une mort annoncée
la vieille dame de la vieille maison s’immobilise, fragilisée
- parfois, souvent même, la léthargie est geste premier…

les mots qu’elle cherche ne sont plus actifs dans sa mémoire
si par mégarde elle les retrouvait, ils n’auraient aucun sens
- la grammaire du silence ne se devine pas…


au bout du sentier de feuilles vertes et salies
une vieille maison, vieille de vieillesse
vieille comme une somnambule
aspirée par des odeurs inconnues

 et
tout au bout de ce sentier
rien



* Le poème de Monique, celui que sa sensibilité fine a créé suite à celui-ci vous parviendra sous peu.



lundi 21 décembre 2015

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-ET-ONZE (71)

TOUS MES AMIS, AUX AMIS DU CRAPAUD
À TOUS CEUX ET TOUTES CELLES QUI AIMENT LE VIETNAM





Vous savez combien le Vietnam et les Vietnamiens font partie intégrante de ma vie. Depuis près de cinq ans. À raison de six mois par année alors que vous subissez un hiver parfois rigoureux, moi je suis ici à 21 000 km du Québec vivant dans ce pays devenu ma seconde contrée. De plus en plus près de Vietnamien(ne)s qui, chaque jour, m’incitent à mieux vivre.


Je connais maintenant plusieurs d’entre eux. Davantage chaque jour. Les réseaux se multiplient. Chacun ayant sa caractéristique particulière.


Je ne suis un quêteux professionnel, vous le savez. N’aime pas quémander. Mais je sais que vous me voyez venir avec mes grosses gougounes. Alors, je vais directement au but.


J’ai l’intention de vous demander quelques pia$$e$ afin de soutenir plusieurs Vietnamiens dans le besoin. À titre d’exemples :

1.- T… et son épouse V… attendent un enfant pour dans quelques mois; la grossesse s’annonce difficile, donc exigera un suivi médical serré;

2.- des étudiants ayant complété leurs études doivent quitter Saïgon pour une région éloignée afin de travailler sont dans l’indigence, ne pouvant se déplacer sans acheter un billet de bus ou de train;

3.-  deux enfants d’amis proches sont en attente d’une chirurgie et ici les soins sont dispendieux;

4.- de plus en plus d’enfants orphelins vivent dans la rue, dans la dèche et requièrent de l’assistance : nourriture, vêtements, etc.;

5.- une amie de Hanoï pilote un projet de soutien financier auprès d’étudiants sans le sou.

La liste pourrait s’allonger mais je sais que vous êtes en mesure d’imaginer ce que quelques pia$$e$ ramassées au Canada, transformées en VietnamDongs, pourront être d’un grand secours et cela au quotidien. Améliorer des vies.


Je n’apprécie pas tellement les organismes ici (majoritairement français de France) qui collectent des fonds afin d’aider mais qui s’ankylosent dans des structures compliquées et souvent dirigées par des dames patronnesses. Préfère le direct. Auprès de gens que je connais, dont je perçois parfaitement les besoins criants.

Les pia$$e$ que vous voudrez bien me faire parvenir, je les convertirai en services de première ligne, non en argent à distribuer.

 


Le dimanche 13 décembre dernier, j’ai conduit un enfant de la rue dans un restaurant près du Marché Ben Thanh afin qu’il puisse manger

Le lendemain, lundi 14 décembre, j’accompagnais un Vietnamien chez le dentiste. Il souffrait horriblement des dents, incapable de travailler. Il y en a eu pour environ 200$.

Vous pouvez m’aider. Je sais que je peux compter sur vous qui savez donner sans compter.
À l’avance, en leur nom et le mien, je vous remercie.



Voici comment procéder :

Mathilde (ma fille) recevra vos dons* que vous voudrez bien lui poster à l’adresse suivante :

MATHILDE TURCOTTE
8, Ste-Cécile
Saint-Pie
Qc, J0H 1W0

Elle transférera le tout dans un compte prévu à cet effet et je ferai un rapport mensuel des personnes aidées qui, par mon entremise, vous remercient à l’avance.

Une petite idée de comparaison :

1$ canadien  =  16 393,44 Vd


Jean

·         Les chèques peuvent être faits au nom de Mathilde TURCOTTE.




vendredi 18 décembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Saïgon (6)

                                                             Je me permets tout de même, et cela tous les soirs, de flâner quelques longues minutes accoudé au parapet du balcon de mon appartement PLUS HAUT QUE LES HIRONDELLES au 29ième étage du building qui surplombe le District 8. À dévisager ma Saïgon. Lui faire la scène du balcon. La regarder tout doucement s’éteindre, point par point, district par district, se laisser séquestrer par une noirceur de soie. Belle dans toute sa plénitude quasi érotique.


Saïgon, à la presque nuit, il lui perle des couleurs du jour qui n’ont pas su s’éclipser. Je les comprends les couleurs du jour. Pouvoir encore caresser cette ville-fille en de longs mouvements de serpent, en vols gracieux de chauve-souris, en quelques clins d’œil de phosphore égratignant les nuages; pouvoir encore respirer cette chaleur diluée au petit vent capiteux, unique, celui qui décoiffe les stands, chasse les papiers des trottoirs, avale ce reste d’humidité, se faufile dans les maisons ouvertes - elles sont toujours ouvertes les maisons de Saïgon - celui qui s’amuse puérilement à faire frétiller les pieds nus.

                                     

Cette Saïgon que j’aime, une Saïgon plus énigmatique encore que la belle jeune fille à l’ao-daï bleu et blanc assise en amazone sur une Vespa jaune; cette Saïgon immensément confiante en ses pouvoirs de séduction; cette Saïgon aux yeux et aux cheveux noirs dans la nuit qu’elle éclaire.

Accoudé je lui dis, dans l’obscurité de plus en plus profonde de ses yeux multicolores, qu’elle m’ensorcelle. Qu’aujourd’hui encore, déambulant dans le District 8 tout près de l’appartement, sans m’y égarer, je lui dis qu’elle me réserve toujours des surprises fascinantes de sa voix aux mille et un tons, vocalises, un arpège qui surpasse Mendelsohn et Schumann réunis. Plus gracieux que la démarche typique de ses habitants.

Et ce que je lui dis n’a de cesse que les émerveillements qu’elle me procure.

 

Ce qui ne m’empêche aucunement de songer à ce que bientôt Carole, Guy et Émile arriveront. Ce sera une joie multipliée que de leur faire découvrir – pour trop peu de temps - toute la magie de ma ville-fille. Ma folle Saïgon. Je voudrais que nous puissions y passer des jours et des nuits mais les exigences du voyage feront que d’autres endroits aussi fabuleux nous attendent : le delta du Mékong, ce fier fleuve; Phu Quoc, l’île enchanteresse; Da Lat, la ville des fleurs; Dak Lak, la pureté des Hauts Plateaux; Da Nang et Hoï An, le summum de la beauté vietnamienne; Hanoï, vieille ville aux mille contrastes; la Baie d’Halong, le chef-d’œuvre de la nature vietnamienne; finalement, Sapa, la haute montagne.

Lorsque je vérifie le planning en collant à l’itinéraire le temps mis à notre disposition, je me dis qu’il leur faudra des jours et des jours, une fois de retour au Québec, pour décanter tout ça, ajuster dans la mémoire ces richesses inouïes que renferment ce pays prodigieux.


Maintenant que les principaux intéressés ont été mis au courant, je puis me permettre d’écrire ici ma décision de demeurer au Vietnam en avril prochain; ne pas rentrer. Le retour se fera plutôt en avril 2017.

Je veux y vivre une année complète. Connaître la mousson. Voir comment ma Saïgon se replie sur elle-même alors que les pluies diluviennes s’abatteront sur elle. Je veux hurler mon horreur à l’humidité qui me fera suer pendant quelques mois. Aimer c’est aussi accepter de souffrir avec ceux que l’on aime.

L’an dernier et les années précédentes, je croyais avoir fait le tour de mes réseaux. Non. On n’en fait pas le tour… on en ajoute. Au point que j’arrive difficilement à partager mon temps entre toutes ces connaissances qui me font l’immense privilège d’être des leurs, leur ami.

Devenir le grand-père d’un Vietnamien pur laine; devenir dans quelques mois le parrain d’un petit ou une petite vietnamienne, ses parents me l’ayant demandé; devenir l’oreille attentive d’amis qui s’ouvrent à moi; devenir l’ ''english’s teacher'' de plusieurs d’entre eux; garder les yeux pour quelques heures sur l’échoppe de celle qui doit courir à l’hôpital avec sa fille souffrante; devenir…  Oui, ce verbe qui ramasse en son sens du passé, du présent et de l’avenir. Oui, je suis en devenir. Et heureux de l’être.

Il y a dans les rapports avec les Vietnamiens une fois rassurés quant à vos intentions profondes – certaines cicatrices du colonialisme sont toujours apparentes - il existe, fort comme du roc, une sorte d’infinitude, un au-delà du temps et de l’espace qui donnent à réfléchir. Autant sur les relations humaines que sur la franchise et le partage.

Souvent, la question de la pauvreté et des différents moyens pour s’en sortir ressurgit dans nos conversations. Je leur rappelle que toute comparaison univoque ne mène nulle part. Leur grandeur d’âme, la qualité de leur culture et la richesse de l’ouverture à l’autre dépassent, et de beaucoup, la simple question monétaire. Évidemment, a beau parler celui qui a les poches pleines, cela ne modifie en rien le quotidien de l'autre. Mais, comme me le répétait tous les jours YoYo, mon guide durant quatre ans, ''aujourd’hui, je suis vivant''.

Oui. Vivant. Je dirais plus; être capable de vivre tous les jours, combattre cette chaleur tropicale, s’assurer que la famille, les amis puissent en faire autant, être présent, véritablement présent, de cette présence à la communauté qui obnubile la souffrance et les incertitudes.

L’engagement vietnamien est permanent. Ils ont tellement eu à se serrer les coudes que c’est quasi de l’atavisme maintenant. Ils sont de cette hérédité que nous, occidentaux plaintifs et insécures, en sommes dépourvus. Il ne faut pas se surprendre que les gouvernements brandissent la moindre menace à la sécurité pour nous faire reprendre le rang. Je ne vois pas cela ici. Ne vois ni la peur ni la crainte. Plutôt des hommes et des femmes aguerris à la vie. Ils se savent redevables à ce qui leur a permis de continuer à devenir.

À la prochaine











mercredi 9 décembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Saïgon - (5)

Lém (celui que je considère comme mon petit-fils vietnamien)
au Parc Ho May de Vung Tau




     Voilà, ça y est, je suis de retour à Saïgon. Depuis une semaine. Un mois à Vung Tau m'aura permis de vivre tous les jours dans le calme le plus complet, tout près de la mer et le vent, au pied d'une fort belle colline. 

Madame Thanh, la concierge du Lam Son Apartments, m'aura été d'une aide quotidienne. Elle a très bien compris que je suis davantage un urbain qu'un rural. Surtout que la ruralité je la vis à Saint-Pie.

En plus du repos que procure un endroit dont la quiétude parfois rejoint un peu la monotonie, cette période aura permis de me refaire une belle forme; le vélo de tous les jours (environ deux heures) ressemblait beaucoup à celui de Nha Bé l'an dernier.

Je ne sais trop à qui je dois d'avoir découvert ce bijou d'appartement dans le District 8 de Saïgon, mais je remercie cette personne du fond du coeur. Installé ou à peu près depuis une semaine, je me reconnecte avec ma ville chérie. Il serait superflu d'en rajouter car je sais que vous connaissez déjà beaucoup mon amour pour cette Saïgon.

Du 29ième étage de ce building presque neuf, j'ai une vue imprenable sur la ville. Le soir et la nuit, c'est magique. 

Combien de fois j'ai cassé les oreilles des amis vietnamiens en leur disant que j'étais à la recherche d'un appart avec balcon? Je suis, maintenant, plus que gâté. La superficie du lieu est aussi étendue que l'intérieur qui se résume à une très grande chambre et un espace-bureau-salon qui donne sur une vitrine qui doit faire environ deux mètres.

Circuler entre le D8 (District 8) et le centre-ville est simple: deux bus et ça y est. Il faut mettre environ 20 minutes.

Je suis également fort surpris par le fait que c'est fort peu bruyant.

J'ai surnommé l'appartement de Vung Tau ''les libellules'', il me fallait trouver un nom à celui-ci. Il s'est imposé de lui-même. ''PLUS HAUT QUE LES HIRONDELLES'', voilà son nom. J'aurais modifié les hirondelles en pigeons car eux aussi ne se rendent pas jusqu'au vingt-neuvième.

Tout juste en-dessous de l'appartement vivent des étudiantes; une dizaine au moins qui partagent trois ou quatre chambres ainsi qu'une cuisine collective. Elles sont assurément d'excellentes cuisinières car les odeurs qui me parviennent sont fort appétissantes. Hier, c'était l'anniversaire de l'une d'entre elles et j'ai eu droit à un morceau de gâteau gargantuesque.

La machine à laver est également collective.

Ça fait un peu maison d'étudiants. D'ici quelques jours, nous devrions organiser un repas collectif au cours duquel elles souhaitent parler anglais afin de le perfectionner. Imaginez! Perfectionner leurs connaissances en anglais avec moi qui est plutôt... ordinaire. Mais ici, je peux l'enseigner.  Oui. Oui. Pas de vilaines moqueries, je vous prie.


Les photos que je vous propose sont des portraits de Vietnamiens prises soit à Vung Tau ou encore à Saïgon.

Celles-ci:   
 



Il s'agit de Hiep, l'un des deux frères propriétaires du Café Martin devenu maintenant Song Bien.


Les prochaines, des vieillards de Vung Tau qui étaient fort heureux d'apprendre que j'étais Canadien et non Américain.

Le monsieur portant lunettes est âgé de 97 ans.







Ce monsieur travaille au parc Ho May de Vung Tau




Mon ami Tuyen de Saïgon, vendeur de lunettes dans le D1 en compagnie de son épouse absente lors de la prise de photo.


 À la prochaine


samedi 28 novembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Vung Tau - (4)





Quelques jours à Saïgon et voilà que cette amoureuse me fait tourner la tête. Impossible de m'en lasser. Elle, ville flexueuse, sensuelle. Je ne lui connais ni d'heures ni de moments où ne m'émeuvent ses couleurs, ses odeurs, ne me surprennent ses versatilités. Saïgon, I love you. Saïgon sait se faire aimer, désirer comme une femme. Cette ville est une femme. Ondoyante. Fugace comme un visage dont l'image se collerait à une vitrine.  

                               
Fugitive comme une hirondelle. Volage comme un parfum épicé.

Je lui dédie ce poème tellement peu à la hauteur de qui elle est. 
Je l'ai intitulé   I love you Saïgon. 

Simplement. Bêtement. Comme un amoureux inquiet des mots qu'il utiliserait pour dire son amour.

I love you Saïgon


Toi
ville aux matins chauds, aux midis brûlants
tes filles aux cheveux d’ébène soyeux
tes garçons aux gestes mécaniques                                       

                                                                            
tes enfants qui roulent des ballons
tes vieilles femmes aux mains crevassées
tes vieux hommes aux regards atones

I love you Saïgon

Toi
Ville aux magasins se culbutant l’un sur l’autre
tes odeurs changeantes d’heure en heure
ton soleil inondant, ta lune fanfaronne
tes motos comme autant de chevaux fous
tes trottoirs aux multiples obstacles
                                                                         
I love you Saïgon                                                     

Toi
ta noirceur de six heures
tes cireurs de souliers aux portes des cafés
tes vendeurs importuns de billets de loto
tes grands arbres parasols, rieurs de vent

I love you Saïgon

Toi et tes odeurs de curry, gingembre, citronnelle
tes couleurs chatoyantes
tes échoppes de fleurs rieuses

I love you Saïgon

Toi
tes balayeurs de rues tout en jaune
tes promeneurs sans nom, sans but
                                                              
I love you Saïgon                                                               

Toi
tes marchés où tout se bouscule

I love you Saïgon

Ville-fille folle et fière que love le fleuve

I love you Saïgon









 À la prochaine





mercredi 25 novembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Vung Tau - (3)



Marché Ben Thanh

          Les papiers-mouchoirs TEMPO, les pastilles STREPSILS miel et citron, les médicaments aux quatre heures afin d’enrayer ce rhume gracieusement offert par les systèmes d’air climatisé de Saïgon.

Imaginez la situation : 30 degrés à l’extérieur sous un soleil ardent puis, vous devez absolument entrer dans un magasin où la climatisation roule à fond de train autour de 16 degrés. Le contraste est stupéfiant. Et vous retournez dehors à la chaleur tropicale. Difficile de m’y habituer. Résultat: quatre jours de cette médecine qui a le petit inconvénient d’apporter une bonne dose de somnolence avant de reprendre la routine quotidienne.

Si le dicton populaire, ''rien de pire qu’un rhume d’homme'' alors imaginez ce à quoi peut ressembler un rhume d’homme en pays tropical… J’vous dis pas!

J’ai passé quelques jours à Saïgon, en fait je m’y étais arrêté deux jours lors de mon arrivée et comme il me fut impossible de croiser tous les amis que je souhaitais voir, la semaine dernière – du mardi 17 à samedi 21 novembre – revenu au même petit hôtel situé derrière le Marché Ben Thanh, je poursuivais mes salutations auprès de ceux qui sont de plus en plus occupés par leur travail et leur famille. C’était plus facile, plus simple alors que tout ce monde vivait à l’estudiantine…

Cela m’a donc permis de remarcher Saïgon, m’y retrouver, m’apercevoir à quel point cette ville fait maintenant partie de ma vie. Elle n’a pas tellement changé depuis avril dernier, toujours aussi elle-même, enveloppée dans ses odeurs, exaltée par sa vitesse de jour et reposante dans sa lenteur de nuit.

Nous sommes souvent portés à la comparaison que ce soit celle en lien avec ce que nous avons vécu dans certains lieux ou encore comment nous ressentons les mêmes lieux dans une autre circonstance.

Renouer avec Saïgon mais cette fois sans domicile fixe autre qu’un hôtel, revoir les bus s’étouffer avant de se lancer dans une mêlée de motos zigzagantes, se faire offrir un déplacement ou un éventail, une paire de lunettes ou un massage, le meilleur de Saïgon, tout cela fut un immense plaisir. Une joie même.

Je ne voulais pas tomber dans la nostalgie facile et parfois un peu niaise, alors je me disais, plutôt je me répétais, que me voici revenu dans mon deuxième chez-moi. J’en avais comme preuve le fait de me déplacer sans aucune difficulté moi dont le sens de l’orientation n’est pas le talent premier.

Je craignais aussi, en flottant carrément dans l’univers de cette merveilleuse grande ville qui ne cesse, à chaque coin de rue, de m’épater, m’éblouir, je craignais de trouver mon Vung Tau… quelque peu ''boring''. 

Comme il n’y a pas de fumée sans feu, j’ai reçu quelques jours avant mon départ sur Saïgon une copie du contrat qui doit me lier à la compagnie de gestion de l'appartement de Vung Tau. Mon œil s’est accroché sur un petit détail, assez petit du moins pour me faire sursauter. À la clause ''payment'', le montant est exact sauf qu’on ajoute que les $ sont en US. Donc, autour de 20% de plus que ce que j’avais prévu dans mon budget et cela en raison du taux d'échange entre les dollars canadien et américain. Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau qui, par magie, allait corriger cette situation… disons embarrassante.

J’ai avisé ma logeuse de la fâcheuse situation, situation qu’elle comprend parfaitement bien, ajoutant que j’allais opter soit pour une tournée des locations moins dispendieuses sur Vung Tau ou encore, un retour vers Saïgon.

J’en suis là pour le moment. C’est évident que de pouvoir vivre dans ces deux mondes différents que sont Vung Tau et Saïgon est l’idéal mais il me faut tenir compte de la réalité.



     Autrement, j’ai fait la connaissance de charmantes personnes alors que je flânais au Café Martin. Deux types qui ont des racines ici mais qui, pour un, travaille comme ingénieur pour la compagnie japonaise Fecon ( elle a un gigantesque contrat en lien avec le métro de Saïgon ) et, pour l’autre, responsable financier pour une compagnie coréenne de cosmétiques. Nous sommes allés souper la semaine dernière avec un troisième ami qui lui travaille à l’aéroport de Vung Tau. Ce dernier est l’heureux papa d’une petite fille de cinq mois. Les deux premiers, comme tout bon vietnamien, n'envisagent le mariage qu'après avoir engrangé assez de sous pour se le permettre.

Assez régulièrement au Vietnam, un contact puis un réseau s’organise. De sorte que je puis dire qu’avec Chien, Dat et Thaï, malgré le fait qu’un soit maintenant à Hanoï, nous allons nous croiser pour l’appéro assez régulièrement. D’ailleurs, comme Dat remontait à Saïgon dimanche dernier, j’en ai profité pour y retourner, cette fois en moto : près de 3 heures. Faut le faire. Une expérience à vivre avec le rhume, le vent et la vitesse d'un motocycliste pressé de rentrer en ville.

L’intéressant aussi de faire partie d’un réseau c’est qu’il permet de recueillir des informations diversifiées directement sur le terrain, connaître certains petits détails qui, sans en être bien avisés, auraient pu devenir inconfortables. Pourquoi ne pas plutôt aller là qu’à cet endroit… je connais quelqu’un… et la machine est partie.



Voici pour maintenant. Une petite somnolence me gagne…. J’y reviendrai.

À la prochaine

dimanche 15 novembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Vung Tau - (2)

Café Martin


                   )(                                                                                       )(                 

La très grande majorité des chroniques (et voilà que je ne suis plus du tout certain de la justesse de ce terme pour décrire ou illustrer ce que je place sur le blogue, c’est-à-dire cet ensemble de billets, de petits articles, d’humeurs…) sont publiées après avoir séjourné, mûri dans l’ordinateur au minimum deux jours. De sorte que ce que j’écris présentement est ultérieur à ce qui suivra. En bref, cette deuxième chronique a débuté tout juste avant les événements survenus à Paris le vendredi 13 novembre 2015.

Je m’intéresse à ce drame à partir de mon Vung Tau éloigné, me répétant sans cesse que je n’allais pas réagir avec célérité, que j’allais lire le maximum de reportages en provenance de diverses sources d’information, suivre sur Facebook tout le barouf que les utilisateurs allaient y faire – opinions, rages, cris de guerre, appels au calme, ''Je suis Paris'', ''Pray for Paris'', tous ces drapeaux français qui pleurent ou sont déchirés – et attendre, attendre que la poussière des armes à feu s’estompe, s’atténue.

Alors que je croise dans un ATM (guichet bancaire pour retirer des sous) un Français tout juste arrivé à Vung Tau, je lui demande s’il est au courant des tribulations parisiennes, il me répond ''non, pas du tout'' et alors que je le mets au parfum en deux trois mots de ce que je sais à ce moment-là, il quitte la boîte surchauffée où les distributrices se tiennent au garde-à-vous, saute dans un taxi sans rien dire, sans rien me dire. 

Les informations circulent au Vietnam plus rapidement par les canaux internet. Je me rends compte, une fois de plus, qu’il faut alimenter et alimenter encore si on souhaite que les messages provenant d’ailleurs dans le monde soient reçus puis décodés voir décryptés. 

Je n’ai donc pas modifié mon profil Facebook pour manifester ma solidarité, ma rage, mon incompréhension... plusieurs l’ont fait.

Je n’ai pas ''partager'' rien d’autre qu’un court texte écrit par Olivier Kemeid, auteur, metteur en scène, directeur artistique de la compagnie Trois Tristes Tigres, fils d’un père égyptien et d’une mère québécoise : ''Suis-je le fils du terrorisme?'' Il parle de Beyrouth. De Paris. Touchant.

C’est tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Et une autre chose. En réponse aux questions des Vietnamiens qui me demandaient pourquoi cela était-il arrivé à Paris, je me suis entendu répondre dans mon anglais approximatif : ''Si tu fais la guerre attends-toi à ce qu’elle te rejoigne, chez toi, tout comme tu es allé là-bas, chez l’autre, la mener.''

C’est tout ce que j’ai fait jusqu’à ces quelques mots qui paraîtront en caractère gras et sur fond rouge afin de mettre une certaine distance entre ce qui devait être le sujet de ce billet, de cette chronique, et Paris.

)(                                                                                                                 )(                                                                                                                                               
Vue à partir du Café Martin


Vue à partir du Café Martin


Vue à partie du Café Martin



     Parmi les différences manifestes, si je compare le café O Cap au café Jolie, une saute aux yeux, en fait je devrais plutôt dire aux oreilles. L’absence chez le premier alors qu'au café Jolie on retrouve un bénéficie d'un sustème de son que je qualifierais d’excellent, sans doute un Bose, de même qu’un choix musical fort intéressant.

Bon. Fort possiblement qu’au Québec c’est la même chose, il n’y en a ici que pour Adèle et son nouveau tube HELLO. Sur You Tube, ça dépasse les 300 millions d’écoutes. Je ne suis pas spécialiste, mais ça me semble assez impressionnant.

Lorsque je l’entends jouer, rejouer, c’est fou comme j’aimerais me lever de ma table, demander un petit moment d’attention et dire, auréolé d'une petite gloire, que la vidéo du clip est l’œuvre d’un Québécois… que je suis Québécois moi-même. Le chauvinisme me rejoint rapidement. Sauf que l’on semble s’en foutre comme de l’an quarante. On aime. Un point c’est tout. Et Xavier Dolan, pas évident à répéter pour le vietnamien moyen.

Des haut-parleurs qui dirigent le son vers la mer – je ne le répéterai jamais assez, Vung Tau c’est la mer – nous lancent en première partie des succès connus du répertoire anglo-américain : Beatles, John Legend et d’autres dont je ne saurais dire ni les titres ni les interprètes mais que j’ai souvent entendus. À ma grande surprise, pas de Céline mais Cœur de Pirate; ici également je  chercherais à me faire une gloriole personnelle.

Dans mes recherches pour dénicher le café où établir mes quartiers généraux, les deux cités plus haut, de même que ce troisième (Lan Rung  Vieille orchidée ) dont l'aspect fashionable se reflète d'abord sur le coût du café, n’auront été finalement que de courtes haltes. Car j’ai trouvé : THANH LONG que j’appellerai Café Martin en raison de l’inscription collée sous son nom vietnamien.

Fort bien situé, face à la mer et sous les bras tendus du Christ, c’est un café tout simple. J’y ai d’ailleurs fait la rencontre de trois vietnamiens avec qui je suis allé dîné hier soir et avec qui fraterniser fut très facile.

Pas de musique, que le grondement des vagues, leur fracas lorsqu’elles éclatent sur les pierres du rempart protégeant le café de la marée et le vent qui chante dans les feuilles des grands arbres en forme de parasol.

Pas de serveurs vêtus d’un pantalon noir et d’une chemise blanche aux manches retroussées.

La simplicité volontaire.

Vous en entendrez beaucoup parler, je crois.




Elvis vietnamien

À quelques pas du Café Martin


Jeune vietnamienne face au coucher de soleil



Sampan au coucher de soleil


Grotte à l'entrée du village de Vung Tau




À la prochaine










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