mardi 9 décembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (35)
lundi 8 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 24 - Revu et corrigé
vendredi 5 décembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (34)
En vrac, mais alors là vraiment en vrac…
Jamais je ne saurai précisément d'où mes clous de girofle montèrent à bord d'un vraquier en provenance et en destination de... nul besoin de le savoir !
Le vrac, comme un pied de nez au cul de tellement d'intermédiaires que c'en devient jouissif.
Je vous offre quelques citations... en vrac, avec tout ce que cela peut vouloir dire à vos sens en éveil...
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On ne peut pas avoir peur de gens qui n’ont plus de pouvoir.
Fabrice Humbert - Auteur français
Rien de plus difficile pour un homme que l’espoir déçu.
Philippe Labro - Auteur français
Seuls les imbéciles se contentent de ce qui va bien.
Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil.
Tout ce que je dis est vrai mais je ne dis pas tout
Le meilleur moyen de s’assurer une vie aussi paisible qu’engourdie est de ne pas mettre en doute ce qui nous entoure – seul vit celui qui doute.
L’empathie et l’expérience délimitent deux mondes impénétrables l’un à l’autre, entre lesquels il ne nous est pas donné de choisir.
Pour comprendre l’ennemi, il faut vivre avec lui, comme lui.
... il arrive qu’on souffre longtemps sans le savoir.
Si tu ne t’aventures pas aux limites du danger tu occupes une place indue
Tout le monde est cruel quand l’occasion se présente.
lundi 1 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) -23- revu et corrigé
Un déclic se fit en elle, reliant l'incidence aux mots qu’on lui avait lancés comme un avertissement à la prudence, paroles adressées simultanément par Daniel et Don, qui d’une bribe à l’autre s'appuyaient sur la crainte qu’ils partageaient au sujet des intentions sournoises de Benoît Saint-Gelais à son égard.
La camionnette bleue roulant derrière elle en devenait la mise en scène. N’hésitant pas, Abigaelle bloqua les freins, descendit de la mini-van et se dirigea d’un pas assuré vers l’importun qui alluma les phares de la camionnette bleue.
- Tu me veux quoi, cria-t-elle d’une voix expédiente.
La porte côté chauffeur ne s’ouvrit pas, la fenêtre, de quelques centimètres.
- Que tu te mêles de tes affaires. Arrête de hurler partout toutes sortes d’affaires au sujet de la maison que tu loues à Champigny.
Le regard de l’enseignante fut attiré sur sa droite ; un véhicule s’approchait qu’elle reconnut comme étant celui de Don. Ce bref instant d'inattention permit au chauffeur de la camionnette bleue de déguerpir faisant crisser ses pneus qui projetèrent de la poussière dans l’espace ; quelques cailloux effleurèrent Abigaelle qui rejoint Don.
- Il t’a agressée ?
- Non. Menacée. Il m’a dit de cesser de répandre de mauvais mots au sujet de la maison où je vis.
- Faut en parler à Daniel. Je m’en occupe et te fais savoir ce qu’il en pense.
- Merci Don.
- Tu as eu peur ?
- Pas du tout, ce genre de personne, c’est un peu comme les chiens qui jappent, mais ne mordent pas.
- Faut quand même faire attention.
- Tu as raison, mais on finira bien par lui passer une laisse au cou, un jour.
Don s'éloigna retrouvant Chelle assise au milieu du siège avant du véhicule, elle envoyait de grands saluts de la main à son éducatrice alors qu’Aanzhanie souriait, son poupon dans les bras.
Adossée à la mini-van, Abigaelle reprit son souffle, regrettant de ne pouvoir fumer une cigarette au tabac noir de Herman. Songeuse, le regard voyageait sur les champs de chaque côté de la route de terre, puis revenait sans n'avoir vu autre chose que des grands champs de chaque côté de la route.
Elle avait bien remarqué le visage de la petite Gabrielle présentant les traits de la trisomie 21. Également, celui d’Aanzhanie ne cessant de tendre vers Jésabelle et les deux inséparables que sont Benjamin et Chelle. Et ce moment de béatitude lorsque Benjamin, debout devant les deux mamans, demanda l’attention, car il souhaitait offrir un poème. Sans aucun doute, ne savait-il pas que DEVANT DEUX PORTRAITS DE MA MÈRE du poète Émile Nelligan, rejoindrait autant son enseignante.
De sa voix de six ans, il déclama :
Peint aux jours glorieux qu’elle était jeune fille,
Le front couleur de lys et le regard qui brille
Comme un éblouissant miroir vénitien !
Ma mère que voici n’est plus du tout la même ;
Les rides ont creusé le beau marbre frontal ;
Elle a perdu l’éclat du temps sentimental
Où son hymen chanta comme un rose poème.
Aujourd’hui je compare, et j’en suis triste aussi,
Ce front nimbé de joie et ce front de souci,
Soleil d’or, brouillard dense au couchant des années.
Mais, mystère de cœur qui ne peut s’éclairer !
Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ?
Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer ?
Abigaelle s’interrogeait sur le développement de ses deux élèves, à l’école, oui, certainement, mais aussi dans leur milieu familial et par répercussion sur leur vie sociale.
Pouvait-elle se douter qu’un jour, dans moins de quinze ans en fait, elle assisterait à la tragédie qui emportera Benjamin qu’elle considérait presque comme un fils ? Tragédie suivie, peu de temps après, du drame qui engloutira Chelle dont elle reconnaissait plusieurs éléments semblables à son propre caractère.
Abigaelle questionnait les transformations qu'apporte la naissance de la vie dont il est impossible d'en prévoir l’étendue. Maintenant, aujourd’hui même, autour d’une table, en compagnie de gens particulièrement unis dans leurs différences, solidaires dans leur exclusion de la part d'une société marquée par un patriarcat omniprésent et un matriarcat subjacent, elle, l'étrangère, réalisait combien rapidement, elle avait saisi l’urgence pour son peuple d'adoption de marcher vers son émancipation sociale, mais politique d’abord.
L'idée de révolution inscrite dans son cœur sert d'oxygène à son cerveau, l’incite à s'inscrire dans toutes les luttes justes, à participer aux actions qui en découlent.
Ses parents lui donnèrent l’exemple parfait de la pénible coexistence entre la fixation au passé, le refus même de l'idée du changement et un avenir difficile à installer. Le centre est trop souvent l’empreinte de l’immobilisme, du compromis qui n’est que stérile neutralité.
Dès son arrivée au pays, elle sut que ce nouveau terrain allait la pousser à réagir, à agir tout de go par et dans l’action. Herman Delage, à une certaine distance, en aura été un témoin important. Abigaelle ne pouvait plus chercher à enterrer ce passé si proche, alors qu’un nouvel ennemi venait de dévoiler son visage. La battante, la guerrière, allait-elle remonter au front ?
- Je suis là dans quelques minutes. Merci, je ne bois pas de café.
dimanche 23 novembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 22 - Revu et corrigé
- Que veux-tu dire Herman ?
La famille Delage n’a effectivement pas prévu organiser un buffet ouvert à tous après l’enterrement, ayant plutôt choisi de demeurer au cimetière pour y recevoir les condoléances de ceux et celles qui n’avaient pu encore le faire. Après l’ultime bénédiction de Monsieur le nouveau curé, son départ précipité, la courte parade des gens laissant tomber une poignée de terre sur le cercueil - les commères du village le décrivirent comme étant de la pire qualité - des employés du supermarché s’approchèrent de Herman, l’avisant que leurs invités triés sur le volet commençaient à se diriger vers l’appartement au-dessus du Steinberg, fermé pour l’occasion.
Abigaelle fut rejointe par Benjamin et Chelle lui annonçant qu’on leur avait demandé de se rendre, avec leurs parents, à l’appartement de la famille Delage et qu’elle devait y être aussi. Le sourire complice de l’enseignante rejoignit celui de Jésabelle qui, un mois après la naissance de son second fils, paraissait tendue, à tout le moins fatiguée. Elle tenait la main d'une Aanzhanie plus sûre d’elle, nerveuse tout de même à l’idée de vivre un premier bain social depuis son arrivée au village des Saints-Innocents.
Daniel et Don marchaient côte à côte, une certaine gêne teintant leur allure. Tous les deux ont des contacts plus ou moins réguliers avec Herman, mais pas au point, croient-ils, de se retrouver parmi la liste des privilégiés admis au goûter clôturant la manifestation religieuse.
À l’intérieur de l’immense appartement, fort bien encadrée par les employés du Steinberg, Madame Delage s'occupe de l'accueil. Avec l’amabilité qui la caractérise, elle présente à chacun des conviés les caissières, le boucher, le livreur, les trois jeunes filles qui se partagent les quarts de travail, tous membres de « notre grande famille » ajoute-t-elle. Herman assigne à chacun un siège dans le grand salon où sont installées des tables placées en cercle. Une douce musique, Mendelsshon, ravive subitement le teint pâle de Jésabelle.
Abigaelle se voit assigner la chaise tout à côté de celle de Herman. Alors que le service se met en branle, que les tintements des couverts laissent planer des étincelles sonores qui éclipsent temporairement la musique de Mendelsshon, les conversations s’engagent à gauche et à droite.
- Je veux parler de ton départ précipité de l'université lors des événements d’octobre ‘70. Tu sais très bien ce à quoi je fais allusion.
- Le silence…
- … Abigaelle, le silence a été rompu depuis un bon moment, alors ne me sers pas cet argument qui ressemble plus à une excuse qu’autre chose.
L’enseignante fixe le grand étudiant d’un regard tranquille, mais énergique. Tant et tant de souvenirs traversent son esprit, des questions, aussi, encore accrochées avec la ténacité de ce qui n’est pas complètement nettoyé dans le cerveau. Pour quelle raison Herman revient-il sur le sujet qu’elle avait pourtant écarté lors de leur premier entretien ? S’ouvrir à lui comporte-t-il des risques ? Que sait-il exactement de cette période houleuse de sa vie ? A-t-il en sa possession de nouvelles informations risquant de lui nuire ?
- Tu comprendras, Herman, que je ne souhaite pas rouvrir un livre contenant des chapitres que je préfère oublier.
- Chapitres personnels, ça, je le saisis parfaitement bien, mais tu ne peux plus faire comme si cette période n’a jamais existé.
- Laisse-moi un peu de temps.
Le grand étudiant recula sa chaise maintenue sur deux pattes comme celle d'un écolier qui se bascule avant de poser une question qui l'intrigue ou cherche la position idéale pour tomber dans la lune. Il reprit la parole :
- Avec ma mère, je réfléchis à la suite des choses, principalement en ce qui a trait à la continuité du supermarché. Les autorités de la chaîne Steinberg nous ont fait parvenir leurs sympathies sans déléguer quelqu'un pour les représenter lors des funérailles. Je sais que Monsieur Samuel n’est pas en parfaite santé, mais on aurait pu faire un effort pour manifester une certaine reconnaissance devant l’implication de mon père pour leur compagnie.
- Des projets ?
- Je te confie l'information qui n’est pas encore une décision arrêtée. En 1972, une nouvelle chaîne de supermarchés a vu le jour. Elle nous intéresse particulièrement, ma mère et moi. Il s’agit des Marchés d’Aliments Métro Ltée. Nous avons des contacts avec eux que je considère cordiaux. L’an passé, Métro a fusionné avec Richelieu, que du capital canadien-français, je devrais plutôt dire québécois parce que la majorité des actionnaires sont de la province de Québec.
- Je reconnais là tes principes nationalistes. Comment ta mère vit-elle cela ?
- Elle se fie à moi… qui aura des choix déchirants à faire.
- Universitaires ?
- Je viens d’achever mon baccalauréat, alors la question se pose... certainement la même à laquelle tu as dû répondre lorsque le temps est venu de t’engager au doctorat... je continue ou pas.
- Je te comprends.
Les convives furent invités à respecter une minute de silence lorsque Herman et sa mère, debout, un verre de vin à la main, le leur demandèrent. Puis, lentement, les gens quittèrent l’immense appartement après avoir remercié les Delage pour leur hospitalité.
Daniel et Don s’arrêtèrent un instant à la hauteur de Abigaelle qui câlinait ses deux élèves.
- Que dirais-tu de te joindre à nous demain, on prévoit un petit-déjeuner, la famille de Don et la nôtre ? Tu connais déjà le chemin.
- Avec un immense plaisir.
- Ça sera une rencontre autour de nos quatre enfants. Tu n’as pas eu le temps de connaître Nathanaël et Gabrielle avec tout ce brouhaha des cérémonies, mais demain, nous prendrons notre temps.
Les dernières notes de Mendelssohn emplirent l’immense appartement devenu vide.
* * * *
- Tu sais que le décès de Monsieur Delage pourrait fort bien amener le coroner à ouvrir une enquête sur les causes de sa mort, dit Mademoiselle Saint-Gelais à son frère parfaitement déconnecté de la situation qui régnant dans le village des Saints-Innocents.
Le fauteuil roulant de la directrice de l’école primaire avait exigé un important réaménagement de la maison. Les parents Saint-Gelais occupaient depuis toujours la chambre au rez-de-chaussée, ils durent grimper à l’étage. Benoît installa ses pénates dans la seconde chambre, plus petite, celle donnant sur le salon.
Cette maison exhale l’austérité. Rien n'est accroché aux murs, aucune photo, aucun cadre. Un crucifix au-dessus la porte d’entrée, crucifix noir distribué dans les paroisses de la province de Québec à l'occasion de la campagne promouvant la tempérance menée surtout par l’abbé Chiniquy, avant qu’il renie la religion catholique pour devenir protestant.
- Puis après ?
- On m’a dit que le médecin n’a pas établi de lien entre l’agression et son décès, établissant toutefois un lien avec les commotions cérébrales. C’est suffisant pour qu’un coroner cherche plus en profondeur, plus en détails, cela pourrait mener à des mises en accusation.
- C’est arrivé, il y a plus de deux ans.
- Je sais, je sais.
Benoît, haussant les épaules, ignorant les propos de sa grande sœur, sortit de la maison.
- Il va finir par nous causer des problèmes de plus en plus graves, déclara le père Saint-Gelais. Mais là faut parler à Champigny, il est revenu du Sud.
vendredi 21 novembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (33)
jeudi 20 novembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 21 - revu et corrigé
La mort du père de Herman Delage, conjugué au retour de Monsieur Champigny, marqua de façon différente ce mois de mai, bousculant le village des Saints-Innocents. Le médecin qui suivait régulièrement le propriétaire du Steinberg, ne put qu’associer son décès à l’accumulation d’effets secondaires résultant des nombreuses commotions cérébrales dont il fut victime lors de la sauvage agression qui, deux ans auparavant, l’avait fortement ralenti dans ses activités.
Comme il se doit, les babillages tournaient autour de la présence ou non aux funérailles, de son agresseur trop facilement exonéré, selon ce qu’on entendait, n’ayant eu pour conséquence qu’un court séjour dans un centre pour adolescents présentant des troubles du comportement sans avoir été juridiquement déclarés délinquants.
La cérémonie funéraire a lieu ce samedi 15 mai, présidée par le nouveau curé de la paroisse, un jeune abbé que la nature n’a pas gâté physiquement. De petite taille, obèse, bègue fonctionnel, Monsieur le curé Langevin a énormément de difficultés à s’intégrer aux paroissiens qui lui reprochent d’être originaire de la grande ville. Ses sermons, en plus d’être interminables en raison de son défaut d’élocution, leur semblent incompréhensibles à cause du choix d'exemples plutôt obscurs dont ils sont farcis. Aucun marguillier n’a accepté jusqu’à maintenant la fastidieuse tâche de lui en faire la remarque.
La tristesse règne dans l’église ensevelie sous un silence glaçant les lieux. La famille a choisi de ne pas avoir recours à la chorale paroissiale, lui préférant le glas des cloches qui débuta une heure avant la cérémonie pour s’arrêter une heure après l’enterrement, le dernier gong mettant fin aux obsèques. Herman avait convaincu le nouveau curé de lui laisser la parole évitant ainsi qu’il ne s’enfarge dans des lieux communs n’ayant aucun rapport avec la vie de son père.
Devant un auditoire soigneux remplissant l’église, le fils rend hommage à son père. Il sera concis.
« Père, voici terminées les souffrances qui vous ont accompagné, nuit et jour, depuis de trop longs mois. Vous nous quittez. Nous vous regrettons déjà. Nous, votre famille, ainsi que tous ceux et toutes celles qui vous ont croisé durant ces quarante années, ensemble et d'une même voix, vous saluent tout comme chacun le faisait dans les locaux du premier supermarché, puis dans l'établissement actuel, la réalisation d’un projet cher à vos ambitions et qui aura permis à notre village de faire un pas vers la modernité. Du matin très tôt à tard le soir, vous arpentiez les allées de ce Steinberg, veillant à ce que rien ne déroge à la qualité du service, des produits et la propreté dont vous étiez le fier défenseur. Vous êtes un homme de service et, avec maman, je vous promets que nous verrons à ce que cette œuvre se poursuive selon les principes sur lesquels vous vous êtes appuyé. »
Ce fut court.
Certains saisirent dans les propos du fils qu'il allait peut-être abandonner ses études universitaires pour se consacrer à la relève.
D’autres notèrent l’absence de musique tout au long de la cérémonie.
On taisait l’absence de la famille Saint-Gelais, tout comme on jalousait, en catimini, le teint bronzé de Monsieur Champigny et celui de son épouse qui, à la surprise générale, était présente aujourd’hui, elle qui ne revient de ses appartements floridiens qu’une semaine ou deux, quelque part en juillet.
Que les familles habitant les deux rangs sans nom soient là, au complet, deux couples assis l’un près de l’autre dans un lieu qui leur est inhabituel et quatre enfants demeurés silencieux tout au long de la liturgie ; personne ne releva les faits, mais tous constatèrent le civisme dont ils firent preuve.
Au cimetière, Abigaelle, absente à l’intérieur de l’église, fut la première à offrir ses condoléances à la famille Delage. Herman lui demanda de bien vouloir se placer à côté de sa mère lors de la descente en terre du cercueil paternel. Ce qui, on s’en doute bien, relança les rumeurs circulant autour d’elle et du grand étudiant en géographie de l’Université de Montréal.
Mais là où toute la paroisse fut choquée, quasi scandalisée, réside dans le fait que personne n’a lancé la traditionnelle invitation au buffet suivant les funérailles.
Un affront impardonnable à la tradition ! Un manque de savoir-vivre évident ! Comme cette famille est chiche !
Ça s’ajoute au fait que le salon mortuaire n’aura été ouvert qu’une seule journée, non trois comme le veut l'usage. On en parlait, mais personne n'exigea d’explications. C’est la bonne vieille Madame Brodeur, soutenue par la vigoureuse postière Angelina, qui mit fin aux commérages, déclarant : « Pas assez c’est comme trop et trop c’est comme pas assez. Personne n’est jamais content. »
* * *
Les Delage vivent dans l’immense appartement situé au-dessus du supermarché. Plusieurs pièces le composent. Le style ne ressemble en rien à ce qui s’est répandu dans le village, depuis les tout débuts de son existence.
À l'origine, quelques maisons éparpillées ça et là autour de champs propices à l’agriculture, puis une bourgade qui devint officiellement un village, une fois érigée l’église ayant reçu le patronyme des Saints-Innocents. Village devenu lieu de retraite pour ces hommes et ces femmes qui consacrèrent leur vie à véritablement défricher la terre, éclaircir la forêt composée surtout d’érables et installer des fermes laitières que les générations suivantes ont reprises en main pour les accroître de manière systématique.
Village composé, au tout début, de quelques familles provenant d’un peu partout dans la province. Elles s'y installèrent de manière à éprouver un sentiment d'appartenance assez fort, constater la fertilité des sols avant d'inviter d’autres clans de leur parenté à les rejoindre ainsi que des amis qui pouvaient eux aussi profiter d'un lopin de terre gratuit offert par le gouvernement du Québec qui mettait tous ses œufs dans le panier de la colonisation.
Et grandit le village. Et rapetissait la forêt. La rivière Croche, on n’y touchait pas, l’eau étant une sorte de symbole de la vie qu’il fallait préserver.
Plus tard, le village prit de l’ampleur, habité surtout par les retraités qui avaient laissé la ferme familiale entre les mains des fils qui assureraient la postérité de la terre.
Graduellement des rangs aboutiront vers le village ; la grande majorité d’entre eux déboucheraient sur d’autres rangs, plus loin, au-delà de la forêt qui dut souffrir de l’abattage de milliers d’érables et de sapins. Deux seuls résistent encore, c’est-à-dire qu’ils aboutissent, en cul-de-sac, du village à la forêt et ne sont toujours pas nommés.
Lorsque René Lévesque établit le courant électrique partout dans la province, le village des Saints-Innocents, déjà alimenté, s'épanouit. Les rangs en bénéficièrent aussi, sauf les deux que l’on connaît. Celui qui abrite la famille autochtone fut branché quelques années plus tard, une fois signée l’entente avec le ministère fédéral régissant la loi des Indiens et ratifiée par la province de Québec, alors la municipalité des Saints-Innocents, imposant ses conditions, reçut l’autorisation d’y construire une maison.
L’autre rang, celui où vit Daniel et sa famille, aura été… disons... hybride, dans le sens que le terrain partant du village vers la forêt, appartenant à une famille anoblie par le seigneur français propriétaire de cet espace, n'était qu'un immense champ. À l’époque, ni cadastre, ni topographie, ni planimétrie, ce lieu sans fantaisie fut concédé à la famille Rousseau qui jamais ne s’y présenta, le remettant finalement entre les mains du notaire du village des Saints-Innocents pour qu’il en dispose de façon honorable. De notaire en notaire, l’espace tomba entre les mains d’un type provenant de la grande ville qui proposa de l’acheter en même temps qu'un autre situé tout au bout de la seule rue du village, maintenant nommée Rue Principale. Il faut dire que la route menant vers la grande ville n'était pas encore dans les plans du ministère des transports du Québec. C’est d’abord là qu’il érigea sa demeure avant de défricher le champ, le mot a tout son sens, permettant une avenue entre le village et le lopin de terre qu’il venait de se procurer pour très peu cher. Quelques mois plus tard, une maison surgit au village et une autre, à l’identique, au bout du rang que le propriétaire achevait, à lui seul, d’aménager pour se rendre à ce qu’il appelait son camp de chasse.
L’architecture de l’époque n’allait pas dans la dentelle, qu’à l’essentiel et encore. C’est un peu pour cette raison que Abigaelle fut surprise lorsqu’elle entre dans cet immense appartement situé au-dessus du marché Steinberg.
SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 22 -
Il est facile de s’imaginer tout le brouhaha agitant le village des Saints-Innocents alors que les spécialistes en incendies de la Police ...
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Ce texte date du 23 décembre 2005, au tout début de la création du blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON . Les premiers billets avaient pour ...
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lundi 30 juin 2008 SAUT: 217 Le SAUT :217 est offert à mon frère Pierre qui célèbre aujourd’hui ses 60 ans. Nous avons signalé l’événement l...














