vendredi 13 mars 2026
LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre !
samedi 7 mars 2026
2e Tiré-à-part Revu et corrigé
Tiré à part (2)
Certains personnages, perçus au départ comme secondaires, ont pris du lustre en deuxième partie. Songeons au président de la commission scolaire, monsieur Granger, qui a requis l’aide d’Abigaelle dans une affaire abracadabrante, une zone, croit-il, aurait été le terrain de passage d’une secte, il y a quelque temps.
Ceci permettra un rapprochement entre l'enseignante et Herman Delage, nouvel orphelin confronté à un dilemme cornélien : poursuivre ses études universitaires en géographie ou prendre la relève du supermarché Steinberg de son père.
Nous avons dû résoudre le problème désagréable des odeurs dans la maison louée par Abigaelle à M. Champigny, qui passe une grande partie de l’année en Floride, laissant la gestion de sa propriété, située sur un terrain qui ne lui appartient pas, à monsieur Saint-Gelais, le père de la directrice.À l’école primaire des Saints-Innocents on devra innover en prévision de l'année scolaire 76-77 en raison du nombre insuffisant d’élèves passant du préscolaire à la première année. On a adopté une solution temporaire qui risque d’ajouter un élément de plus au contentieux entre Abigaelle et la directrice.

Le nouveau curé nommé dans la paroisse, l'abbé Langevin, passe inaperçu dans le paysage alors que monsieur le maire aurait possiblement des ambitions politiques, à tout le moins on voit qu’il cherche des appuis.
Les liens entre les deux frères ojibwés, maintenant facilités par l’arrivée du téléphone chez Don, risquent de s’affermir en raison de la responsabilité que le chef de la réserve de Sault-Sainte-Marie a confiée à Gord : l’affaire ténébreuse des pensionnats autochtones. Sous l'impulsion de Don, Herman Delage aide son frère à structurer ses recherches afin de monter un dossier crédible. Herman saura enfin quel fut le rôle de Abigaelle lors de la Crise d’octobre ‘70, ce qui l'amène à découvrir chez cette femme atypique un côté fort séduisant. Son passé criminel hantera-t-il longtemps l’enseignante ? Le passé n’est jamais bien bien loin...
mercredi 4 mars 2026
Si Nathan avait su... (Partie 2) -40- Revu et corrigé
Abigaelle, attentive, fixe Herman, le grand adolescent qui s’apprête à la renseigner sur cette affaire de secte dont le président de la commission scolaire lui a parlé la veille au téléphone, après l’avoir rejointe. Il lui a appris que le choix de l’enseignante pour le groupe mixte était arrêté et qu’elle avait obtenu le poste. Elle n’aura qu’à rencontrer sa directrice afin de s’entendre, si cela est possible, sur les modalités de son application.
Devant elle, un bonhomme dont la qualité d’écoute lui plaît, principalement parce qu’il ne porte aucun jugement sur les faits et les paroles les rapportant, plus attentif à reconnaître derrière eux l’intention de la personne qui les exprime. La participation de Herman aux événements d’octobre ‘70 ne se compare en rien à l’engagement de Abigaelle, n'ayant été qu'un témoin assez éloigné des événements, mais aujourd’hui, il a reçu des éléments de première main qui lui permettent d’établir des liens avec ce dont il avait vu à distance.
Herman aussi la fixe. On sent de part et d’autre s’installer une même interrogation : pourquoi cet intérêt envers cette affaire de secte dont à peu près personne dans le village des Saints-Innocents n’a entendu parler ?
- J’en identifie au moins deux, monsieur Saint-Pierre et son collègue Cloutier. Les deux autres ?
- Tu oublies monsieur Granger.
- Exact. La dernière personne ?
- Sans doute celle qui pourrait le mieux donner l’heure juste, madame Brodeur.
- As-tu entendu parler de son esclandre lors de la réunion de parents à l’école?
- Dans le village, tout se sait parfois même avant qu’un événement se produise. Bien sûr que j’en ai entendu parler. Ma mère a complété le tout par un récit que je ne connaissais pas dans son intégralité. Tu sais, en sciences, on apprend à nous en remettre à la méthode hypothético-déductive qui veut qu’on formule une hypothèse pour en déduire des conséquences observables permettant d’en déterminer la validité. Également vrai en géographie. Dans l’histoire de la secte, j’en suis toujours à la collecte de pièces importantes. Tu dois sans doute t’inspirer d’une telle méthode pour ta thèse de doctorat ?
- Ça se résume en trois mots, thèse, antithèse et synthèse.
- J’ai hâte de te lire, mais revenons à nos moutons. Pour l’aspect historique, les deux messieurs que tu as nommés collectionnent depuis plusieurs années ce qu’ils peuvent découvrir sur le passé et le présent du village, ils sont très crédibles. Ils y vont parfois à tâtons, de manière variée et éclectique, mais ils réussissent à dénicher de petits trésors ensevelis dans la mémoire collective. Pour sa part, monsieur Granger est un personnage dont la curiosité est sans limites, mais, parfois il échafaude des hypothèses, disons plutôt des conjectures farfelues. Toutefois, au niveau des contacts, c’est le meilleur. Il t’a certainement parlé de Gilles Bibeau, le grand spécialiste de l’anthropologie médicale. On me l’a présenté il y a quelques mois lorsqu’il est venu ici ; charmant monsieur ultra compétent. La personne qui m’apparaît la plus apte à tracer l’ensemble des faits vérifiables ou non de la présence et des activités de cette supposée secte demeure à mon point de vue, madame Brodeur.
- Je ne veux pas être impolie à son sujet, mais la démonstration qu’elle a faite en souhaitant inscrire son fils à l’école primaire alors qu’il est mort depuis plus de quarante ans est pour le moins … questionnable.
- Tu as raison, tout comme le fait qu’il lui est impossible de vivre sans se rendre au bureau de poste tous les jours. C’est quand même une bonne distance de chez elle. Mais si tu la rencontres, non, tu dois la rencontrer, tu constateras l’étendue de sa mémoire, quasi encyclopédique, tout comme elle te parlera des souffrances qu'elle vit depuis les tragédies qui l'ont frappée de plein fouet.
Coulait lentement l'après-midi dans cette maison à odeur d'eucalyptus et de café. L’atmosphère devenait plus propice aux échanges. Abigaelle profitait parfois de l’occasion pour relancer la console. La dernière fois, elle plaça un disque de musique classique du compositeur australien Arthur Benjamin.
- Intéressant, je pourrai vérifier cette intuition auprès du psychologue de l'aide à l'enfance que je dois rencontrer d'ici la fin des classes.
- Raphaël Létourneau ?
- Tu le connais ?
- J'en ai beaucoup entendu parler.
- D'accord, je te tiens au courant de ce qu'il en pense, sans bien sûr le mettre au courant de toute l'affaire. Revenons à nos moutons comme tu le dis. As-tu accompagné monsieur Granger dernièrement dans cette… zone ?
- À quelques reprises. J’en suis revenu chaque fois avec des détails supplémentaires. Un en particulier me reste en mémoire et je crois que madame Brodeur le préciserait mieux que moi. Il cite souvent Gilles Bibeau. Celui-ci possède plusieurs cordes à son arc, mais le détail dont je te parle est celui-ci. Il a étudié en Belgique.
- Quel rapport ?
- Monsieur Granger t’a sans doute parlé de la complexité topographique du territoire de la région, des terrains circulaires possédant des dépendances parfois éloignées de l’épicentre du terrain.
- Tout à fait.
- Les fameux propriétaires inconnus, eh bien, ils étaient belges.
Cette déclaration permit à Abigaelle de faire le lien entre les terrains que monsieur Granger s’est procuré, mais principalement le fait que durant plusieurs années, des propriétaires se cachant dans l’incognito semblaient régner sur de vastes étendues territoriales dans le canton des Saints-Innocents. Elle interrogea Herman.
- Partiellement. Tu sais que, lui et moi, c’est surtout technique, voire presque uniquement technique. Il a su que j’avais laissé les sciences pour me lancer en géographie. Il m’a fait venir à son chalet. Je pense que son but était de fouiller la région sous un angle topographique et géodésique. Je ne sais pas s’il a consulté d’autres experts, mais il s’est adressé à toi. Je ne sais pas à quel stade tu peux intervenir ou, pour le dire plus simplement, comment tu peux l’aider. Chose certaine, jamais une école n’a été plantée au beau milieu de cette forêt.
- Bonne question à laquelle je n’ai aucune réponse. La seule hypothèse qui me vient à l’esprit est la suivante. Nouvelle venue dans un village qui semble être le réservoir de bien des affaires saugrenues, celle-ci envisagerait la question sous un autre angle, apportant peut-être un nouvel assortiment de questions ou des pistes de réponses.
- Je n’ai pas de conseil à te donner, mais cette affaire renferme, c’est sûr, une dose d’aventures qui me plaît... davantage si j'y participais avec toi.
— Formons donc une équipe !
Herman enserre la main que lui tend Abigaelle, la conserve quelques secondes afin de voir si un mouvement de recul accompagnerait son geste.
Il n’en fut rien.
FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE
lundi 2 mars 2026
La guerre, selon Daniel Cyr
1) «guerres majeures,
2) «guerres mineures,
3) «conflits armés,
4) «escarmouches ou affrontements,
45 guerres recensées au 2 mars 2026.
200 673 morts en 2025.
Si vous souhaitez consulter le site qui inventorie tous ces chiffres, voici la référence :
https://wikiland.org/fr/List_of_ongoing_conflicts
Passons maintenant au poème de mon ami Daniel Cyr qui a sur la guerre, un regard éclairé: il la hait, l'abhorre, oui, mais il n'a de cesse de la décrire dans toute sa perfidie avec ses mots résonnant comme une trompette voulant désengourdir notre trop facile laxisme.
Ô Guerre, idole d’ombre aux entrailles de braise,
Reine des charniers froids, courtisane mauvaise,
Tu te dresses au seuil des siècles effrayés
Comme un spectre assoiffé de soleils foudroyés.
Tu marches — et le sol se crevasse et s’incline ;
Les cités, sous ton pas, deviennent discipline
De cendres et de cris que nul vent n’apaise.
Ton rire est un éclair dans la gorge des braises.
Tu n’es pas seulement l’acier ni la mitraille :
Tu es la lente nuit qui s’infiltre et qui taille
Dans le cœur des vivants une obscure prison ;
Tu es l’odeur du fer mêlée à la raison.
Tes bombes sont des fleurs de soufre et de vertige
Qui s’ouvrent dans le ciel comme un infernal prodige ;
Elles pleuvent, monstrueuses, sur les toits innocents,
Et la lune en rougit de honte et de sang.
L’enfant — ce frêle dieu aux paupières de sève —
Cherche encore un oiseau dans la poussière brève ;
Mais ton souffle l’arrache aux berceaux du matin,
Et l’azur se fracture en éclats incertains.
Tu parles de victoire avec des lèvres d’ombre ;
Tu promets la lumière au milieu des décombres ;
Mais ton triomphe est creux, ton empire est sans chair :
Il ne règne qu’un vent chargé d’ossements clairs.
Tu dresses des héros comme on dresse des statues,
Masques d’or figés sur des douleurs tues ;
Et la gloire que tu sèmes au fond des cercueils
N’est qu’un parfum amer, un mensonge en deuil.
Ô fléau couronné d’oripeaux stratégiques,
Toi qui changes les peuples en chiffres géométriques,
Tu comptes les vivants comme on compte du blé,
Et tu nommes raison ce qui n’est que sablé.
Je t’ai vue dans la nuit, immense et délirante,
Ivresse de métal, d’orgueil et d’épouvante ;
Je t’ai vue boire au cœur des hommes épuisés
Comme un vampire antique aux regards embrasés.
Mais déjà, sous la cendre où ton règne se love,
Un frisson obstiné, fragile, se renouvelle :
Un battement secret, plus têtu que la peur,
Germe au fond des gravats, dans l’ombre du malheur.
Car l’homme n’est pas fait pour l’éternelle chaîne ;
Il porte en lui l’éclair qui dissipe la haine ;
Il porte, malgré toi, dans son sang tourmenté,
Une obstination claire appelée humanité.
Et viendra l’aube nue, lavée de tes mensonges,
Où les peuples debout, sortis de leurs songes,
Jetteront dans la mer tes drapeaux déchirés
Et briseront tes trônes de fer exaspéré.
Alors ton nom, poussière aux lèvres du silence,
S’effritera dans l’air comme une vieille offense ;
Et sur les champs longtemps souillés par tes clairons
S’ouvrira, sans tambour, la paix des horizons.
Non plus la paix des tombes, immobile et glacée,
Mais la paix vivante, ardente, enlacée —
Où l’enfant relèvera les yeux vers le soleil
Sans craindre que le ciel ne s’ouvre en appareil.
Et le monde, meurtri mais debout dans sa flamme,
Se souviendra de toi comme d’un cauchemar d’âme,
Et murmurera bas, sous l’azur retrouvé :
Plus jamais.
- Daniel Cyr
vendredi 27 février 2026
Si Nathan avait su... (Partie 2) -39- Revu et corrigé
Combien de temps faut-il à un chat pour qu’il reconnaisse son nom, demanda Herman tout en appréciant cet espace que Abigaelle avait su rendre si intime, si chaleureux à l’étage de sa maison.
— Je n’ai aucune idée, mais elle aura besoin d’aide pour monter, elle ne pourra pas le faire toute seule. Je me console en me disant qu’elle a sept vies pour apprendre, en espérant que celle-ci ne soit pas la dernière.
Les fenêtres à l’intérieur de sa mezzanine, situées à l’Est et à l’Ouest, laissent circuler un vent qui charrie avec lui des odeurs d’herbe mêlées à toutes sortes de plantes dont Abigaelle adore l’odeur sans nécessairement connaître leurs noms. Le tout se fusionne à l’ambiance d’eucalyptus qui enveloppe la maison.
- Je te fais écouter quelque chose ?
- Des interprètes québécois ?
— J’ai le béguin pour Pauline Julien, qui, je pense, te poussera à réfléchir sur la crise d’octobre 1970. Un épisode de ma vie dont tu ne cesseras pas de me parler tant que je n’aurai pas éclairci l’histoire.
- Je te fais remarquer que c’est vous, madame Thompson, qui lancez le sujet.
- Tu as raison, mais on devrait peut-être manger un peu avant. Du café, ça ne nourrit pas complètement. Je fais jouer Pauline Julien. Avec le son élevé, on pourra l’entendre en bas. Allez, Zoé, on redescend.
La chatte réagit à la parole de sa nouvelle maîtresse, mais s’attend à ce qu’on la fasse voyager en première classe vers la cuisine, dans les bras de l'hôtesse.
Les lèvres de Abigaelle ainsi que celles de Herman attendaient, une fois le frugal repas achevé, la cigarette qui favoriserait la conversation, celle qu’attendait le grand jeune homme, en lien avec les activités felquistes de l’enseignante.
- As-tu senti à un moment donné que ta vie pouvait être en danger ?
- Tous les jours après la loi des mesures de guerre. Peut-être que mon allure innocente m’aura protégée ainsi qu'une personne en haut lieu.
- Puis-je savoir qui ?
- Entre les années 1970 et aujourd’hui, la province de Québec a connu six ministres de l’Éducation. L’actuel, monsieur Bienvenue, a joué un rôle important dans ma nomination à l’école des Saints-Innocents. Monsieur Granger, le président de la commission scolaire est en relation étroite avec lui. Quand Jérôme Choquette s’est retrouvé au ministère de la Justice, il a agi un peu comme MacCarthy l’avait fait aux États-Unis avec sa chasse aux communistes, ce ministre de la province de Québec qui portait une arme chargée sur lui, entreprit une campagne semblable, la chasse aux felquistes. Sans l’intervention de monsieur Bienvenue, mon nom aurait circulé et j’aurais eu de sérieux problèmes, car on aurait certainement établi un lien avec celui de mon père, qui était impliqué auprès du docteur Morgantaler, qui faisait face à l’offensive de la justice. Je n’ai pas besoin de te dessiner les incidences juridiques qui suivent toujours ce dernier. Choquette a de l’appétit pour la délation, pour lui, c'est un devoir civique. Il fouillait partout. Monsieur Bienvenue avait entendu parler de moi par son fils, qui a été, lui aussi, membre du FLQ. Il a étouffé tout ce qui aurait pu me faire prendre.
— Quelle affaire !
- Tu comprends maintenant que cette époque doit disparaître de ma mémoire au plus vite. Le seul fait d'en parler me ramène à de bien mauvais souvenirs.
Un long silence s’installa dans la pièce au point qu’il aurait été possible d’entendre le ronronnement de Zoé qui se prélassait au soleil, confortablement installée sur le rebord de la fenêtre donnant sur l’école primaire.
- Oui, merci. Maintenant, c’est à mon tour de parler et de t’apporter les informations que je possède sur la fameuse secte dont monsieur Granger t’a glissé un mot.
Herman allait prendre la parole quand son regard s’immobilisa sur l’étrange personnage debout devant lui. Croisée quelques mois après son entrée à l’université, cette jeune femme, déjà, lui était apparue comme atypique. Australienne, étudiante en sciences de l’éducation dans un pays où elle n'avait fréquenté que de façon parcellaire le système scolaire, celle-ci l’avait subjugué par son aisance à communiquer dans une langue qui n’est pas la sienne, une langue dont elle maîtrise parfaitement bien la syntaxe et possède un vocabulaire aussi abondant que précis. Lui qui arrivait de la campagne, peu dégourdi pour cette époque d’après mai ‘68, chez qui socialiser n’était pas la plus grande habileté, ne pouvait qu’admirer cette fille aux cheveux tirant sur le roux qu’elle replaçait en utilisant les doigts de sa main comme peigne, achevant l'opération en secouant la tête. Il avait espéré la retrouver au comité dont le but était de démêler la situation politique au Québec, en fait un comité de recrutement du FLQ, mais elle se situait déjà à un autre niveau, celui qu’on surnommait le « professionnel ». Il s’était inquiété deux fois à son sujet. La première fois, lorsqu'elle quitta l’université en octobre 1970, au cœur d’une crise, et la seconde, le jour où elle annonça qu’après avoir obtenu sa maîtrise à Montréal, elle partirait pour Québec afin de poursuivre ses études en vue d’un doctorat dans le domaine des sciences de l’éducation. Tout le monde fut étonné d’apprendre ce changement d’université chez cette fille. Il ne fallait pas chercher à modifier ses idées ou le cheminement menant à leur activation. Elle sait où elle va, trouve le bon chemin tout comme elle le faisait en 1970 alors qu'elle louvoyait entre le Nord-Est de Montréal et Longueuil. Avant que le hasard, selon Herman, ne replace Abigaelle sur sa route, ici aux Saints-Innocents, devant la façade du supermarché Steinberg de son père, il ne l'avait revue que lors de la grande manifestation soulignant la fin de la guerre du Vietnam, l'an passé, sachant qu’elle avait été parmi les principaux organisateurs du comité facilitant la venue au Canada d’étudiants américains s'y réfugiant pour éviter l’enrôlement militaire et un éventuel départ vers Saïgon.
Aujourd’hui, en ce dimanche de juin, elle était là, versant le café dans une tasse qu’elle allait déposer devant lui. Il la trouva belle. Attirante.
- Voilà, je t’écoute.
Pauline Julien, à l'étage, chantait « L'âme à la tendresse. »
dimanche 22 février 2026
Entre nostalgie et fantaisie... (42)
sans guerre sans paix sans armes
ni prières ni frontières
30 mai 2016
jeudi 19 février 2026
Si Nathan avait su... (Partie 2) -38- Revu et corrigé
Il sembla, aux yeux de Abigaelle, que le grand jeune homme aux cheveux noirs, au teint pâle lui donnant cette courte ressemblance avec Pierrot de la pantomime, visage comme enfariné, Herman Delage flottait dans son sarrau blanc. Il sourit alors qu’il descendait l’allée des conserves et se dirigeait vers la caisse où on l’attendait.
- Je ne veux pas te déranger, tu sembles assez occupé.
- J’apprends tous les jours. Viens dehors. C’est plus facile de discuter, et ça me rappellera notre première rencontre aux Saints-Innocents, nos retrouvailles.
Madame Delage, bras croisés sur sa poitrine, laissait paraître une joie qu’elle ne cherchait aucunement à dissimuler. Elle cligna des yeux en réponse à ce « je ne serai pas absent longtemps » que lui lançait son grand garçon.
Les deux ex-confrères universitaires, un peu en retrait de la devanture du Steinberg, s’offrirent une cigarette. Des Celtique. Tabac noir qui arrache une toux si on n’y est pas habitué.
- Mon père avait comme abandonné mon éducation commerciale lorsque je lui ai annoncé que j’irais étudier les sciences à l’université, puis la géographie.
- Du décalage à rattraper ?
- Les discussions pour changer de bannière vont bon train, mais Steinberg ne lâche pas le morceau. Le contrat s’achève bientôt et nous devons nous assurer de ne pas commettre d’erreur si nous optons pour la banderole Métro. Il y a beaucoup d’argent en jeu. Au moins, ma mère me donne carte blanche et les relations avec les employés me rassurent sur leur fidélité.
- Je ne veux pas ajouter au fardeau qui s’appuie sur tes épaules, mais j’aimerais bien que tu me renseignes sur un truc dont le président de la commission scolaire m’a entretenu il y a quelques jours.
- La secte ?
- Il me dit que tu pourrais m’en apprendre à ce sujet.
- Quelque chose de précis que tu aimerais savoir ? Mais d'abord, dis-moi ce qui te pousse à chercher dans cette direction ?
- Trop long à raconter. Que dirais-tu de venir manger à la maison quand tu auras un peu de temps libre ? On pourra jaser de tous tes projets.
- Fixe un moment et je serai là.
- Demain dimanche, le magasin est fermé. Je pourrais t’attendre sur l’heure du midi.
- D’accord.
- Dernière chose avant de te laisser. L’annonce sur le babillard, celle qui propose des chatons à donner…
- … oui, c’est une employée qui l’a épinglée. Je l’appelle si tu es intéressée.
Herman entra. Quelques minutes plus tard, une jeune fille se présenta et lui offrit une chatte sevrée qu’elle pourrait venir chercher chez elle dès que le Steinberg aurait fermé ses portes.
Accord conclu. En fin de journée, cherchant encore à lui trouver un nom, elle se retrouva à la maison qui, enfin, dégageait moins d’odeurs nauséabondes.
*
Zoé.
*
Herman Delage, arrivé chez Abigaelle en ce dimanche de juin, prit délicatement la petite chatte dans ses mains. C’était un dimanche précoce de l’été, marquant la fin des cours dans les écoles de la province de Québec et annonçant les célébrations entourant le jour de la Saint-Jean-Baptiste, patron des Canadiens français.
- Elle me semble bien élevée, tu n’as pas de troubles avec elle ?
- Nous nous sommes adoptées l’une et l’autre au premier contact. Tu connais ma théorie des trois secondes. Un… deux… trois… et j’ai mon opinion sur les individus autant que sur les choses.
- Ça marche ?
- La très grande majorité du temps. Mais ne reste pas sur le perron, entre, j’ai préparé un petit déjeuner. D’ailleurs, tu devrais envisager un présentoir offrant des produits… exotiques, du moins pour un village comme ici.
— À quoi penses-tu, plus précisément ?
- Des croissants, des miels de qualité, des confitures naturelles, je ne serais d'ailleurs pas surprise que tu puisses en trouver chez des cuisinières de la région. Et du café. Du bon café. Je m’approvisionne lorsque je vais à Montréal, mais ce n’est pas régulier.
- Très bonne idée, je vais la laisser mûrir.
Entrée à l’intérieur, Zoé les suivit et s’installa tout près de la grande fenêtre donnant sur la rue Principale face à l’école primaire. C’est fou comme en si peu de temps elle se soit sentie chez elle.
Abigaelle servit le café après avoir invité Herman à s'asseoir à la table.
- Non, elle appartient au propriétaire. La maison était déjà meublée lorsque je l'ai louée, du moins pour la cuisine et le salon. Mon endroit favori, je te le fais voir plus tard, c’est à l’étage. J’y vis presque autant que mes présences à l’école.
- L’odeur qui se dégage, c'est quoi ?
- Tu sens quelque chose de désagréable ?
- Non, pas du tout. Ce parfum m’est inconnu.
- De l’eucalyptus. C’est courant en Australie.
- L’histoire des mauvaises odeurs de cette maison s’est répandue aussi vite qu’une bonne rumeur. Ma mère m’a raconté que le concierge de l’école, monsieur Saint-Pierre, s’est chargé de t’en débarrasser.
- Oui, avec l’aide de son partenaire historien.
- Monsieur Cloutier et lui font une belle paire s’intéressant à la petite histoire de la région.
- Je trouve désolant qu’ils ne veuillent pas que je les aide à rassembler leurs informations pour en faire un livre.
- Tu crois que ça pourrait intéresser les gens ?
- J’en suis convaincu. Cette région a connu depuis plus d’un siècle des péripéties parfois inimaginables. On est friand autant de légendes que de potins. Tu peux imaginer tout ce qui s'est raconté au sujet des odeurs de cette maison. Ça allait des fantômes aux cadavres enterrés dans la cave.
- Tu ne me surprends pas. C'est sans doute la même chose pour l’histoire de la secte dont m’a parlé monsieur Granger ?
- Entre autres. Avant de continuer, j’aimerais bien voir tes appartements à l’étage.
- Je réchauffe ton café et nous montons.
Zoé n’est pas encore familière avec l’espèce de mezzanine l'obligeant à grimper un escalier pas commode, s’étant principalement consacrée à sentir les coins et recoins de la cuisine, du salon ainsi que la chambre à coucher. Les voyant quitter les lieux, elle les suivit.
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| Zoé |
SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -
La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...
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Ce texte date du 23 décembre 2005, au tout début de la création du blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON . Les premiers billets avaient pour ...
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lundi 30 juin 2008 SAUT: 217 Le SAUT :217 est offert à mon frère Pierre qui célèbre aujourd’hui ses 60 ans. Nous avons signalé l’événement l...














