mercredi 12 novembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (32)
mardi 11 novembre 2025
Quelques pages d'un cahier de lecture
Il (Juvenal Urbino) était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du cœur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c’est grâce à cet artifice que l’on parvient à accepter le passé.
LES GENS
Ce qu’il y a de plus fondamental chez l’homme, c’est la solitude, mais chacun, en se forgeant des habitudes, ou en se forçant à vivre avec autrui, peut tenter de s’y soustraire.
QUATRE ROMANS NOIRS
LA TRISTESSE DES ANGES
Nous mourons si nous n’écoutons pas ce qu’enseigne l’expérience, mais nous moisissons si nous y prêtons trop d’attention.
L’OMBRE DE CE QUE NOUS AVONS ÉTÉ
Je me bats pour ne pas oublier que je suis un homme libre… La liberté est un état de grâce et on est libre que pendant qu’on lutte pour elle.
UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE
Un homme devient digne de confiance quand on a confiance en lui.
LE PORTAIL
At oy té! * une locution propre à toutes les langues de l’Indochine; l’expression d’une philosophie de la fatalité, une manière d’aider à accepter l’inévitable, de consentir à son destin.
ENFANCE et ADOLESCENCE
L’IMMORALISTE
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS
lundi 10 novembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) -19 - revu et corrigé
Le père de Chelle se donnait encore du temps à la suite de l’arrivée de Gabrielle, sa deuxième fille, pour accompagner Aanzhanie toujours en couches et particulièrement occupée par un bébé qui exigeait beaucoup. Elle aurait souhaité que Jésabelle vienne la visiter, mais comme elle-même se relevait de l’accouchement de Nathanaël, les nouvelles et les informations transitaient par Benjamin et Chelle, que ce soit dans le bus scolaire ou à mi-chemin dans le boisé entre les deux maisons.
- Tu en as mis du temps avant de me revenir ?
- Ce que je fais de mon temps ne te regarde pas.
- Ce qui me regarde, c’est la dette de ton frère. Delage t’en a parlé.
- De bien d’autres choses, aussi, qui m’ont incité à fouiller un peu plus loin que cette histoire d’argent.
- T’as pas affaire à ça, seulement me remettre mon dû. Point final.
Benoît recula de quelques pas, plissa les yeux, ces yeux qui crèvent de méchanceté, aussi dangereux qu’une arme, à l’exception d’un arc tendu. Dans sa tête voyagent mille et une images que le lieu lui rappelle, alors que la présence d’un autre autochtone, plus déterminé que le premier avec lequel il eut affaire, l’obligera à mieux braquer ses coups.
La rivière laissait chuchoter son clapotis, elle qui avait risqué de déborder au tout début du printemps. En ce début de soirée, elle semblait avoir oublié les inquiétants craquements de glace qui la torturèrent pour retrouver son calme. L’atmosphère installait entre deux hommes distants de quelques mètres, une mise en scène surréaliste.
Quel sujet allait aborder Don, sachant très bien que le frère de la directrice de l’école primaire n’avait pour but que de lui faire cracher de l’argent ? Mais ce qu’il allait lui apprendre à l’instant le fustigerait, le placerait, à tout le moins, dans une position inconfortable. L’information ne s'est pas encore ébruitée à l’effet que la compagnie de téléphone Bell avait branché les deux clients des rangs sans entretien toute l’année durant, de sorte que depuis quelques jours la maison de Don, ainsi que celle de Daniel, avait accès à une ligne téléphonique. Privée, en plus.
- J’ai parlé à Gord.
- Il est venu ici ?
- Par téléphone. C’est commode le téléphone.
- Mais…
- Mais oui, les sauvages et les rejets ont maintenant droit à la communication comme tous les villageois des Saints-Innocents.
- Ton frère est un menteur, il t’a certainement dit que…
- Ce qu’il m’a dit demeure entre lui et moi, mais pour ce qui est de toi, je réalise que le menteur n’est pas celui que tu nommes..
- Écoute-moi bien le sauvage…
- Mon nom est Don.
- … tu vas me remettre les 100 piastres qu’il me doit…
- Sinon ?
- … tu verras ce qui va t’arriver.
L’échange s’envenimait. Don avait frappé au bon endroit, au bon moment. Benoît baissait les yeux. Fit deux pas d’un côté, puis de l’autre, à la recherche d’un angle d’attaque lui permettant de prendre le dessus. Il crut bon jouer la comédie, espérant amadouer le garde-forestier, les pieds bien plantés au sol, nullement impressionné par ses menaces.
- C’est pas moi ni ton frère qui avons tué le curé.
- Pourquoi me parles-tu de Monsieur le curé?
- Tu as dit que tu savais d’autres choses.
- Oui, Herman Delage m’a renseigné sur certaines situations dans lesquelles tu pourrais être impliqué. L’agression contre son père, en premier lieu.
- Le père Delage devait m’employer chez Steinberg, mais il a changé d’idée à la dernière minute. Ça m’a choqué.
- Au point de lui servir une raclée.
- Il exagère le vieux. Deux taloches derrière la tête ça fait pas mourir personne.
- Mais une bonne raclée le pourrait. À coups de barre de fer, en plus. Dans son magasin. La caisse vidée de plus de 300$. Il doit être traité pour plusieurs commotions cérébrales. Chanceux qu’il n’ait pas porté plainte, tu as sans aucun doute un bon protecteur quelque part.
- On n’avait pas de preuves contre moi. C’est tout. Mais je peux te dire que mon peut-être protecteur n’est plus de ce monde. Son cœur a lâché dans le cimetière, sans doute de peur lorsqu’il a aperçu l’ours. Le vieux curé… Le vieux curé, c’est vrai qu’il m’a sorti de quelques fâcheuses affaires, mais il a été bien payé pour ça. Delage t’a sans doute raconté toute l’histoire.
- Ne devait-il pas te proposer de partir vers la Manicouagan ? Pas très emballant pour un paresseux tel que toi.
L’étendue des informations que possédait Don ramena Benoît à une réalité qui semblait maintenant le rejoindre, mais Don ne voulait pas que l’histoire du curé racontée par Herman Delage revienne à ses oreilles. Il établissait certains liens entre cet événement et ceux que Gord, son frère, plongé dans le dossier des pensionnats, de ces jeunes enfants autochtones enlevés à leur famille, internés - le mot est juste - dans des institutions majoritairement catholiques, afin, semble-t-il, de les éduquer, dossier qu’il forait accompagné du grand étudiant en géographie de l’Université de Montréal, lui faisant découvrir des horreurs dont personne ne souhaitait entendre parler, encore moins en parler.
Ce qui se passait dans l’église du village des Saints-Innocents, dans la sacristie, devant le maître-autel, dont Gord avait été l’unique témoin oculaire, occasionna chez les deux frères ojis-cris un choc davantage culturel qu’un scandale. Les mœurs, ça s’installe, on ne sait trop comment et d’où cela provient, on ne s’en soucie guère d’ailleurs, mais ça se perpétue pour devenir une pratique liée à la tradition. Il est possible que dans des sociétés peu nombreuses, isolées, là où les rôles sociaux sont à peu près définis et qu’un certain atavisme règne, on en arrive à se dire que la transmission des us et coutumes, eh bien c’est ainsi, on n’a pas à les remettre en doute ou à les modifier.
La relation entre le curé et Benoît ne l’intéressait aucunement, toutefois la violence qu’il dirigea contre le propriétaire du supermarché du village, cela l’incitait à plus d’attention. En usait-il contre les animaux de la forêt ? Contre ses parents ? Sa sœur ? Lui qui a la menace facile, fait-il régner un régime de terreur dans son environnement à tel point qu’il se met à l’abri de toutes les représailles possibles ?
Herman avait ouvert une autre porte devant Don qui le rendit perplexe, l’amenait à tout le moins à demeurer vigilant : Abigaelle pourrait être une cible pour le chauffeur de la camionnette bleue. Pour quelle raison ? Aucune idée.
Don dévisageait un jeune homme dont la vie ne ressemblait en aucun point à tout ce qui se vit dans le village des Saints-Innocents. Rien dans ce visage ne lui permettait de prévoir la suite des choses.
- On n’a pas fini de se croiser, garde-forestier de mes deux.
Benoît déguerpit à la vitesse d’un coyote sentant venir un mouvement inhabituel.
dimanche 2 novembre 2025
Moby Dick et la sirène
vendredi 31 octobre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 18 - revu et corrigé
Il ne fallut pas un dessin subtil pour faire comprendre à Abigaelle que la maman de Benjamin avait ou était sur le point d’accoucher, lorsque Chelle lui annonça que son ami n’avait pas pris le bus scolaire ce matin.
- Tout s’est bien passé pour toi qui a l’habitude de voyager avec Benjamin ?
- Il faut que j’apprenne à me débrouiller sans lui, mais j’aime mieux quand il est avec moi. Monsieur Clotaire a été gentil, il m’a proposé de m’asseoir à côté de lui dans le bus et il a caché sa pipe dans sa poche, répondit la fillette ambivalente entre la situation exceptionnelle d’aujourd’hui et la routine habituelle.
- Bravo Chelle, ensemble nous allons annoncer la belle nouvelle aux amis, sans oublier de rappeler qu’ils devront faire un peu plus attention à toi aujourd’hui.
Ce matin du 16 avril 1976 surpasse en ensoleillement tout ce qui est advenu depuis la fonte des neiges. Déjà, la cour de récréation de l’école primaire des Saints-Innocents a perdu ses attraits d’hiver depuis la corvée collective organisée conjointement par Monsieur le maire - dont les rumeurs, de plus en plus persistantes, qu’il soit intéressé à poser sa candidature lors de prochaines élections provinciales - et le président de la commission scolaire pour qui cette école est un objet de fierté, son bijou, répète-t-il souvent.
Alors que les bourgeons des érables se tortillent sur eux-mêmes, les vastes terres de Daniel, situées à l’arrière de l’école et s’éloignent jusqu’à la forêt, se départissent graduellement de leurs dernières flaques de neige fondante. Le père de Benjamin prévoit d’entreprendre ses travaux préparatoires aux semences d’ici quelques semaines, le temps de s’assurer que les nuits n’apporteront plus des températures favorisant le gel.
De son côté, Don considérait la dernière saison des sucres comme ayant été plutôt « bonne », alors que d’autres acériculteurs de la région la classaient parmi les « moyennes ». Faut dire que chez les travailleurs agricoles de tout acabit, le blâme est facile, n’hésitant pas à critiquer la météo, trop ou pas assez d’eau, trop ou pas assez de soleil, trop ou pas assez de rendement, bref tout n’est jamais entièrement comme ils le souhaiteraient. Était-ce là une raison pour laquelle Monsieur Champigny, propriétaire de la maison louée par Abigaelle, située tout juste en face de l’école, cède par amodiation l’ensemble de ses champs ?
Le printemps arriva le 20 mars 1976, n’hésitant pas à étendre son œuvre de renaissance autant le jour que la nuit sur tout le territoire environnant le village des Saints-Innocents. Tout comme en mars 1970, année de naissance de Benjamin et de Chelle, 1976 a accueilli Gabrielle, le 10 avril, et aujourd’hui, 16 avril, naîtra Nathanaël.
* *
*
- Bon matin Jésabelle, tout se déroulera parfaitement bien, dit Angelle, la sage-femme. Le jour est rayonnant, Daniel et Benjamin sont avec nous. Tu sais bien respirer, te reposer entre deux contractions et à l'image de l’accouchement de la deuxième fille de Aanzhanie, tout se fera sans violence et dans la plus grande quiétude.
- J’ai confiance en toi, mon amie.
- Benjamin, je vais avoir besoin de toi, alors j’aimerais que tu te places à ma gauche. Ton père s’occupe de ta mère, il est habile à le faire.
- Et Walden, demanda Benjamin.
- Tu vois, il a un œil sur nous à partir de son endroit habituel. Il fait partie de la famille, alors il doit y être.
L’ambiance installée, la température, idéale, le soleil trace un rectangle de lumière au centre de la grande pièce ; en sourdine, la musique préférée de Jésabelle, Mendelssohn bien entendu. L'accoucheuse débute, chuchotant d'une voix soyeuse à l’enfant à naître :
- Nathanaël, nous sommes tous présents pour t’accueillir. Tu es le bienvenu. Tes parents, ton frère et Walden t’attendent calmement. Ils te font dire de prendre le temps qu’il faut pour laisser le nid où tu es confortablement installé. Le jour est jeune. De ce côté-ci, nous sommes prêts à te rendre la vie agréable.
Angelle massait très doucement, aussi délicatement que cela lui est possible, l’enveloppe extérieur du nid de Nathanaël avec une huile d'amande douce qu'elle a tiédie au préalable. Elle invite Benjamin à l’imiter et dire à son frère les mots que son cœur lui dicte.
- Bonjour mon frère. Est-ce que je parle trop fort ?Angelle lui répond par un sourire l’invitant à poursuivre. Le ventre de notre maman est tellement doux. Tu pourras le constater quand tu seras ici, tu verras que je te dis la vérité. Papa est devant moi, il caresse le visage de Jésa et lui flatte les cheveux. Jésa, c'est le nom de maman que je vais partager avec toi. Viens-t-en, il fait si beau dehors et on a tellement de choses à se raconter. Tu sais, je sais lire et pour toi je vais trouver un poème que je t’apprendrai, si tu le veux.
Plus les minutes avançaient, plus l’atmosphère se modifiait. De nouvelles odeurs s’installaient. Celle située quelque part entre sang et encens oscillait telle une fée dans l'espace.
Le souffle irrégulier de Jésabelle, les affectueux murmures de Daniel, l’assurance que les mains de la sage-femme dégageaient, tout cela emplissait Benjamin d’une sorte de béatitude. Il ressentait consciemment que quelque chose au-delà du naturel se déroulait sous ses yeux, au point qu’il devait souvent les étancher pour éviter que ses larmes n'interviennent dans le travail des deux femmes.
Il comprenait, ici et maintenant, ce que rappelait souvent Abigaelle, à savoir qu’agir tout seul est une chose, mais à deux puis à plusieurs permet à autre chose de se produire, autre chose perçue différemment par chacun. Lui, il ressentait. Ce mot que Jésabelle lui avait enseigné, le reliant à ce qui nous arrive lorsqu'un poème surpasse nos cinq sens. Oui, il ressentait. Et ce qu’il ressentait si ardemment, c’était l’amour qui imprègne ce qui se déroule devant lui ; l’amour comme un moteur alimentant plus grand que soi ; l’amour se présentant dans une enveloppe de chair, celle de son frère, dont une partie du moins demeurera à l'intérieur de sa mère, un peu comme une relique reposant sans aucun doute à côté de l'artefact de sa propre enveloppe laissé quelques années auparavant, dans le nid que Jésabelle avait construit pendant des lunes.
- Voilà Jésa, il est avec nous. Je vais le déposer sur ton ventre. Il a tellement hâte de chercher tes yeux.
Dans un geste d’une grâce infinie, la sage-femme remit Nathanaël à celle qui a noué un contact intime avec lui, jour et nuit.
Ce premier échange entre mère et enfant, d’une tendresse indéfinissable, appuyé par le père qui ne pouvait retenir ses larmes, ce premier échange, dont Benjamin était témoin, restera gravé dans son imaginaire. Angelle se plaça derrière lui, l’entourant de ses bras chaleureux, susurrait à son oreille : « Tu assistes à la réplique exacte de ta naissance. »
S’approchant, comme pour compléter le tableau familial, Benjamin dit : « Je nous aime. »
Sans pleurs, sans cris et sans aucune urgence, le nouveau-né zieutait l'environnement avant que son père le sépare de sa mère en rompant le cordon qui l'y reliait.
dimanche 26 octobre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 17 - revu et corrigé
Abigaelle prépara le thé alors que Henriette plaçait un appel téléphonique chez elle afin de demander à Gérard, son mari, de venir la prendre non pas à l’école, mais juste en face, dans la maison au mystère quasi insoluble.
Les mauvaises odeurs, le brave cultivateur les avait signalées à la locataire dès le mois d’août alors qu’elle emménagea ; croyant que la fosse septique en était la cause, une fois l’hiver bien installé, tout disparaîtrait. Maintenant, que le printemps règne en maître absolu, il n’était pas surpris que le problème, décrit par Abigaelle comme de plus en plus ennuyeux à la limite du tolérable, réapparaisse. Monsieur Champigny, propriétaire de la maison, sera de retour de son hiver passé en Floride d’ici quelques semaines, mais il fallait absolument faire quelque chose d'ici là, non pas seulement laisser les fenêtres ouvertes et faire brûler de l’encens à odeur d’eucalyptus un peu partout dans la maison.
- Gérard arrive dans quelques minutes, annonça Henriette. Je ne pense pas que nous soyons plus avancés qu’avant cet hiver.
- Ce que je trouve curieux, enchaîna Abigaelle, c’est que ça augmente de manière régulière. À Pâques, je suis allée à Québec, y suis restée quatre jours et je t’avoue Henriette qu’à mon retour, ouvrant la porte d’entrée, j’ai eu comme l’impression qu’un corps en décomposition avait profité de mon absence pour étendre son odeur dans toute la cuisine. De mon bureau, en haut, c’est presque, je dis bien presque, correct.
- Mon Dieu ! Abigaelle, tu me donnes la chair de poule.
- C’est une impression, pas un fait que je constate avec mon nez. Parfois, je souhaiterais vivre avec une sinusite.
- Tiens, j’entends le vieux camion de Gérard qui arrive.
Abigaelle hésitait, allait-elle raconter à Henriette ses deux rendez-vous chez le médecin, le premier quelques jours avant Noël ? Celui-ci, en réponse à ses inquiétudes quant aux odeurs qui se manifestaient dans sa maison depuis son arrivée et le fait qu’elles se soient dissipées une fois les neiges venues, avança l’hypothèse de la parosmie, un trouble olfactif caractérisé par une distorsion sensorielle. Les odeurs et parfois les goûts sont perçus de manière erronée, généralement désagréable. Cela peut survenir soudainement. Des senteurs familières comme celles du café ou du chocolat évoqueront des odeurs de brûlé ou d’essence. L’eau peut rappeler l’oeuf pourri. Même un pain fraîchement cuit peut être ressenti comme écrasant et nauséabond. Il lui suggéra de prendre un second rendez-vous au printemps, afin de vérifier l'évolution des symptômes. Un examen médical complet pourrait être de mise à la même occasion.

Il avait eu lieu un soir de cette semaine. Le médecin reçoit ses patients seulement en soirée, puisque les journées sont consacrées à sa clinique située dans un village voisin. Abigaelle avait demandé à la secrétaire médicale de lui fixer le dernier rendez-vous de la soirée, ne souhaitant être ni vue ni reconnue par d’autres patients qui, possiblement, la connaissent. De plus en plus familiarisée aux habitudes villageoises qui s’appuient souvent sur les racontars, les rumeurs, elle voulait absolument éviter que cette rencontre devienne un sujet public.
- Alors, ces odeurs ? Le médecin feuilletait son dossier, s’arrêtant sur les antécédents de sa nouvelle patiente.
- Comme je vous le disais lors de notre première rencontre, cet hiver elles ont disparues à 80%.
- Donc, elles sont toujours présentes.
- Maintenant, elles atteignent les 100%.
- Je vois à votre dossier que vous enseignez à l’école primaire des Saints-Innocents. Sur votre lieu de travail, elles vous assaillent ?
- Absolument pas.
- Vous m’avez dit que le propriétaire verrait à examiner plus en détails cette affaire.
- Lorsqu’il sera de retour de son hiver en Floride. Lorsque j’ai pu lui parler au téléphone, il ne semblait pas comprendre la situation et n’a pas répondu clairement à ma proposition de faire venir un spécialiste.
- Puisque la problématique est situationnelle, je vous invite à attendre les résultats des investigations faites sur la maison, avant de considérer autre chose. Évidemment, il y a une fosse septique ?
- Oui, il s’agit d’une maison ancestrale.
-D'accord. Si vous voulez prendre place sur la table d’examen, je vais procéder à une consultation gynécologique.
Abigaelle revint chez elle, quelque peu bousculée par les paroles du médecin. Rapidement, et sans en expliquer la source, il s’aperçut que sa patiente avait subi un avortement. Il voulut en savoir davantage puisque le nom de famille Thompson lui rappelait quelqu'un. Il osa lui demander s’il y avait un lien de parenté entre le célèbre gynécologue australien Thompson, un associé très proche du docteur Morgentaler et si ce médecin avait pratiqué l’arrêt de grossesse. Ce à quoi elle répondit qu’il s’agissait bien de son père, mais qu’il n’était pas au courant de cette situation, Morgentaler non plus.
Le médecin lui rappela que la loi interdisait cette pratique, alors que depuis 1975, en France, Simone Veil avait fait adopter la loi sur l’IVG. Abigaelle vit dans les yeux de l’omnipraticien que nous étions bougrement en retard dans ce domaine.
Il précisa que son examen, bien que sommaire, lui laissait croire que l’avortement avait été pratiqué dans des conditions minimalistes et qu’un risque d’infertilité pourrait en résulter. Si elle souhaitait consulter un gynécologue pour en avoir le cœur net, il pourrait la recommander à un confrère, à moins qu’elle veuille en parler à son père. Sa réponse fut immédiate. Non aux deux propositions.
Gérard remonte de la cave, essoufflé et surtout, complètement dépassé par ce cas devenu une intrigue.
- Ça dépasse mes connaissances. J’ai pensé au début, vous vous en souvenez Abigaelle, je vous le disais le jour qu’on est venu déposer le sofa, c’est de l’eau qui s’infiltre quelque part sans pouvoir s'évacuer, alors ça pourrit le bois, mais la charpente ne semble pas attaquée et je ne vois aucune trace de flaques d’eau ou de moisissure sur les murs qui se formeraient en entrant je ne sais pas trop où. Un mystère. Aux neiges… en tout cas, j’ai beau m’arracher les cheveux, ceux qui me restent, il me semble que la petite odeur de l’été avait un peu diminué. Mais tu constates que depuis les journées printanières, eh bien, elles reviennent. Champigny, il dit quoi ? Sais-tu quand il revient ?
- Il n’a pas été précis sur ces deux questions, mais assurément au printemps. Les semences devraient le ramener au village.
- Les semences, dis-tu, ça fait des années qu’il loue ses terres à une grosse compagnie de la grande ville.
- D’ailleurs, ajouta Henriette, ça fait pas mal jaser au village. Lui et les Saint-Gelais... des beaux spécimens.
Un regard complice entre elle et Gérard intrigua la locataire de la maison ancestrale.
Abigaelle salua le couple avec lequel elle partage souvent ses temps libres, répondant qu’elle accepte l’invitation à souper pour le vendredi suivant, 16 avril, sans savoir que Nathanaël viendra au monde ce jour-là.
jeudi 23 octobre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 16 - revu et corrigé
L’anniversaire de naissance de Benjamin et la date prévue pour l’arrivée de Nathanaël sont distantes d’un mois : 16 mars, 16 avril. On s’en approche sensiblement.
Celui de Chelle et l’arrivée de Gabrielle, un mois également : 10 mars, 10 avril. Dans ce cas, c’est maintenant chose faite.
Comme pour le premier accouchement, Don et Aanzhanie quittèrent l’hôpital dès le lendemain, revinrent à la maison après un court arrêt chez les parents de Benjamin afin de leur présenter le nouveau-née, récupérant Chelle par la même occasion. Ce moment fut rempli d’émotion, même Walden participa à l’explosion des sentiments qui animaient tout le monde.
- Trop beau comme nom, enchaîna Jésabelle dont les yeux roulaient de la maman à Chelle, scrutant la réaction de chacune. Tu as choisi un nom dont la finale en « elle » rejoint sa sœur.
La naissance d’un enfant survenue après qu’un autre soit déjà arrivé, bouscule les événements de la vie quotidienne, amenant principalement celui ou celle à qui on attribue maintenant le titre d’aîné, l’amène à revoir sa place dans la famille, à mesurer le temps qu’on lui accorde par rapport au nouveau-né, à se poser mille et une questions ; chez certains, on note certaines régressions un peu comme une croyance qu’en revenant à un stade antérieur, on allait davantage s’occuper de lui ou tout simplement rappeler qu’il est toujours là.
Jésabelle avait prévu, et cela, dès le jour où elle fut certaine que son corps se mettait à l’oeuvre pour faire un nouvel enfant, d’y impliquer Benjamin le plus possible et, comme le lui avait signalé Angelle - la sage-femme - préparer Daniel au rôle qui viendra plus tard, une fois l’enfant mis au monde.
Elle ne s’inquiétait donc pas des répercussions sur son premier fils, mais l’était davantage pour Chelle, sachant que Aanzhanie vivait une grossesse difficile, voire pénible. Les deux femmes en gésine vécurent leur temps de gestation de manière fort différente : dans le calme pour Jésabelle, dans le trouble pour Aanzhanie. Aucun doute dans l’esprit de la mère de Benjamin, les situations s’opposaient, raison pour laquelle elle avait suggéré de tracer un couloir dans ce boisé jouxtant les deux maisons. Ceci permettrait à la femme de Don d’apprendre à mieux se débrouiller dans la langue de son nouvel environnement, tout en s’éloignant quelques heures de Taïma qui ne cessait de la fustiger sans relâche par ses propos inadéquats.
Aanzhanie devint rapidement une élève remarquable. Évitant d'alimenter des conflits, elle s’adressait à son mari et à sa fille dans la langue qui prévalait toujours à la maison, situation qui se modifia à la suite du départ définitif de Taïma, favorisant l’apprentissage de la langue française chez la mère et sa fille.
Les moments passés dans le boisé avec Jésabelle alimentèrent la hargne de sa belle-mère qui l’accusait de mal se préparer à l’accouchement. Il fallut l’intervention catégorique de Don, rappelant que la décision était immuable, la naissance se fera à l’hôpital des Blancs.
Dans l’apprentissage d’une nouvelle langue, parfois difficile à y établir des liens avec celle qui nous est naturelle, le meilleur chemin à emprunter s’avère, un peu comme les parents le font avec leurs enfants, d'installer des expressions applicables au quotidien, éviter de se lancer dans l’inutile étude de la grammaire ou encore la mémorisation de mots sans rapport avec la réalité. La base demeurant toujours la communication. Avec Aanzhanie, Jésabelle ne franchissait pas pour le moment le niveau supérieur du langage, celui des sentiments, celui qui aborde les émotions. Cela viendra plus tard.
Pour le moment, au lendemain de la naissance de Gabrielle, alors que les deux élèves de la classe pré-scolaire, revenus de l’école, attendaient l’arrivée des parents de Chelle, tout sera centré, c’était la volonté de Jésabelle, sur les enfants, les trois enfants. De son œil observateur, elle ne cessait de dévisager son invitée de la veille, cherchant à y découvrir ce qui pouvait bien se passer dans son cerveau.
Un détail attira son attention. Les yeux du nouveau-née lui semblaient fixes et … bridés.
* *
*
Abigaelle, accompagnée par Henriette, la secrétaire de l’école, salua le concierge qui lui rendit la pareille avec un sourire épanoui. Il faut dire qu’ayant croisé le président de la commission scolaire au bureau de poste, celui-ci le félicita pour la propreté de l’école primaire, une situation dont il était particulièrement fier.
Monsieur le concierge, depuis des lunes, tout le monde le surnommait ainsi, au point que son patronyme s’était comme évaporé, précisa les raisons de ce surplus de netteté des locaux sans que cela n’augmente sa charge de travail, précisant que l’idée provenait de la nouvelle enseignante.
- Un véritable don du ciel pour nous, commenta le président de la commission scolaire.
- Vous avez parfaitement raison, elle aime tellement son travail et cela rejaillit sur ses élèves. Je ne peux en dire autant pour notre directrice. Excusez-moi de médire, mais elle m’a apostrophé lorsque les enfants ont commencé à nettoyer leur bureau, leur classe, leur casier, me rappelant que ce n’était pas l’affaire des enfants de récurer l’école, mais ma tâche.
- Vous vous rappelez sans aucun doute les conflits entre l’ancienne directrice et Mademoiselle Saint-Gelais. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’elle souhaite gérer l’école comme une caporale de l’armée.
- Vous dites l’école, mais pour elle, c’est son école.
- En effet. Je vois que vous avez retrouvé le sourire et le goût de travailler, alors continuez ainsi, vous avez mon appui complet.
Les deux femmes sortaient de l’école au moment où la camionnette bleue, celle de Benoît, le frère de la directrice, prenait place devant l’entrée. Le chauffeur rejoignait Mademoiselle Saint-Gelais pour la ramener chez elle. Le jeune homme aux yeux gris métallique les toisa sans les saluer.
- Quel être arrogant, avança Henriette.
- Tu le connais depuis longtemps ?
- Depuis toujours…Tout le village a eu maille à partir avec lui à un moment ou un autre. Moi, comme secrétaire de l’école, je ne peux te dire combien de fois ses institutrices l’ont envoyé à mon bureau parce qu’il était insupportable en classe. La seule chose que je pouvais faire, c’était d’aviser sa sœur. Mademoiselle Germaine enseignait la septième année à ce moment-là. Il tremblait de peur devant elle. Si douce, si gentille, si belle, lorsqu’elle entrait dans mon bureau, le gamin se calmait immédiatement, baissait la tête sans ajouter un autre mot. Je ne te dis pas ceux empruntés à la sacristie qui s’imprimaient sur ses lèvres qu’il mordait rageusement.
- Lui a-t-on offert des services pour l’accompagner ?
- Pas du tout. Il aura fallu l’affaire Delage pour que la justice s’en mêle et le condamne à quelques mois en centre. Ça s’appelait à l’époque « maison de réforme », un peu comme une prison pour jeunes délinquants. Une chose quand même étrange s’est alors produite. Monsieur le curé de la paroisse s’occupait de Benoît depuis toujours, l'ayant adopté comme son enfant de chœur pour toutes les messes qu’il célébrait. On dit que le prêtre aurait fait des représentations pour que le frère de Mademoiselle Germaine soit libéré avant la fin de sa peine, un peu comme s’il acceptait de le prendre en charge. Mais je n’en sais pas plus.
- Le gouvernement du Québec étudie présentement la possibilité d’adopter une loi qui protégerait les jeunes de moins de 18 ans. Dans mes cours à l’université Laval à Québec, certains enseignants croient que cela pourrait même être déposé l’an prochain, en 1977. D’ici là, on engage de plus en plus de spécialistes, recrutés afin de mieux comprendre les troubles du comportement et de faire des recommandations au ministre. Bientôt, ça sera la même chose pour le pré-scolaire. Du moins, je le souhaite.
- Et tu travailles si fort pour que les choses changent.
Elles se turent lorsque le duo émergea de l’école : le jeune homme soutenant sa sœur qui, péniblement, montait dans la camionnette bleue, adaptée pour favoriser le transport d’une personne handicapée.
Benoît fixa Abigaelle de ses yeux perçants, vers Henriette, il renifla des mots inintelligibles.
dimanche 19 octobre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 15 - revu et corrigé
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| Docteur Frédérick LEBOYER |
Les infirmières dirigèrent la parturiente vers la salle d’accouchement. Aanzhanie reconnaissait le plafond du corridor qui y mène, les murs fraîchement repeints et le clic-clic de la civière que poussait Don, les yeux rivés à ceux de son épouse. Elle devenait de plus en plus calme, un sourire enjolivait sa figure ovale sur laquelle perlait quelques gouttes de sueur.
- Madame, nous ne trouvons pas votre dossier, pourriez-vous nous indiquer votre nom, votre prénom ? Comment souhaitez-vous que nous nous adressions à vous ?
- Aanzhanie, répondit Don. Ma femme ne parle pas encore votre langue.
- Quel joli nom ! Nous nous adresserons à vous monsieur pour la traduction, cela facilitera la tâche.
- Sans souci, merci pour votre gentillesse.
- Comme elle n’a pas de médecin traitant, celui qui est de garde en gynécologie s’occupera d’elle. Vous verrez qu’il est efficace. Il sort à peine de l’université. Il vous expliquera en détail toutes les étapes. Vous pouvez lui faire confiance.
- Il s’agit de notre deuxième accouchement à cet hôpital. Notre première fille, Chelle, est née ici, il y a cinq ans. Un détail important, dans notre tradition ojie-crie la maman choisit son nom à la suite d'une deuxième naissance. Alors le dossier...
- Je comprends. Votre nom, celui de votre fille et l’année tout ça suffira pour le retracer.
Ils entrèrent dans la salle d’accouchement enveloppée d’une reposante tiédeur. Les lumières tamisées propageaient une ambiance de quiétude. Deux infirmières les reçurent, s’adressant à eux à mi-voix. Puis l’accoucheur entra, se dirigea immédiatement vers Aanzhanie, lui serra la main avant de s’adresser doucement à Don.
- Nous pratiquons la naissance sans violence qu’a développée le Docteur Leboyer. C’est tout nouveau et combien respectueux de l’enfant à naître ainsi que des parents. Cet accouchement sera mon deuxième, mais soyez sans crainte, tout se fera merveilleusement bien. Je vous demande d’être tout près de Aanzhanie, lui soutenir la tête, ce qui l’aidera à suivre mes indications. Une fois le bébé arrivé de ce côté-ci du monde, je le déposerai délicatement sur le ventre de sa maman, sans le déplier, sans claque sur les fesses, puis dans une quinzaine de minutes, vous, Don, couperez le cordon ombilical. On le baignera dans le bassin derrière vous ; la température de l’eau est exactement la même que celle qu’il a connue dans le nid construit par sa maman depuis sa conception. C’est vous qui le masserez, lui souhaiterez la bienvenue parmi nous. Si jamais une complication se présentait, mais les infirmières m’ont assuré que tout se passe normalement pour l’instant, alors on vous demandera de nous laisser agir selon les règles de l’art. Tout va pour vous ? Je vous laisse le temps d’expliquer à Aanzhanie la suite des choses, puis nous nous mettrons en situation d’accueil.
Depuis le moment charnière de sa vie, celui choisi par son père Gordon, à savoir de tout faire, dès maintenant, pour établir des ponts entre sa famille et les villageois des Saints-Innocents, cette volonté paternelle a amené Don à apprendre la langue, s’inscrire à l’école des adultes, se spécialiser pour devenir garde-forestier. Il accumule des expériences qu’il n’aurait pu imaginer envisageables quelques mois auparavant. Gordon avait toutefois insisté sur le fait de ne jamais renier ses origines, sa langue et sa culture, que toujours, lui et ses descendants seront des ojis-cris, mais la réalité de leur situation devra toujours guider ses actions. De minoritaire dans le village que son paternel avait choisi, il devint minoritaire dans sa famille. Il le ressentit rapidement par l’attitude de Taïma, sa mère, qui, sans le répudier totalement, avait décidé de semer son intégrisme ojibwé dans l'âme de Gord, le fils plus âgé.
Le premier accouchement, celui qui allait donner naissance à Chelle, fut un drame que sa mère avait orchestré en réponse au fait qu’il aurait lieu à l’hôpital des Blancs, une haute trahison à ses yeux. Elle refusa systématiquement de venir en aide à sa bru et ne jeta un œil sur sa petite-fille que des années plus tard.
Jamais Don n’informa qui que ce soit de la réception qu’ils reçurent, eux les primipares autochtones et étrangers, dans cet hôpital qui aurait souhaité ne jamais avoir à leur ouvrir ses portes. L’attitude qu’il manifesta, teintée d’une dignité sans soumission, la facilité avec laquelle sa femme accoucha sans jamais se plaindre, n’exigeant aucun surplus d’attention de la part du personnel soignant, et le fait que dès le lendemain de la naissance de Chelle, ils quittèrent les lieux remerciant tout le monde pour leurs bons services, cette contenance provoqua une vague de sympathie à leur égard, ainsi qu'une sérieuse réflexion chez les administrateurs de l’institution.
Les derniers mots qu’Aanzhanie prononça avant que ne débute ce qui serait une cérémonie furent : « Gabrielle, je veux que nous l’appelions Gabrielle. »
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- Jésa, quand mon petit frère arrivera, l’installeras-tu ici comme tu l’as fait pour moi ?
- Benjamin, quand tu es né, c’était la pleine lune. Celle d’avril, la lune rose. Tout de suite, nous nous doutions que cet astre allait être présent dans ta vie. Il n’y a qu’une lune même si elle change souvent de nom, même si elle ne se fait pas voir en entier tout le temps qu’elle joue à cache-cache avec les nuages pour nous envoyer des clins d'oeil, c’est exactement la même chose pour les enfants. Ton frère, tout comme toi, Chelle et ta petite sœur, vous êtes uniques. Une seule copie dans tout le monde entier. Il se peut que Nathanaël…
- Oui, ça sera son nom. Il se peut que le solarium ne réponde pas à ses besoins, tout comme il y a de fortes chances que, plus vieux, on taille une partie de son prénom et qu’il ne lui reste que Nathan.
- J’aime les deux.
- Nous t’expliquerons un jour ce choix que l’on a fait. Nommer son enfant est un privilège qui appartient aux parents, mais ça ne doit pas seulement être lié à la mode, mais plutôt à ce qu’il représente pour eux maintenant et plus tard pour lui.
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