vendredi 21 août 2009

Saut: 299


Fleurette Bergeron
(1923-2009)


Une semaine après...
Il faut bien continuer.

À la porte du trois centième saut, celui qui m'obsède tout comme le deux centième le fit, j'avais besoin de boucler la boucle. Les funérailles de Fleurette au cours desquelles nous fûmes tous et toutes «évangélinisés» par la présence de l'absente, la voix de Louise, celle de Monique, puis Christiane, Pierre, la voix chantante et unique de Madeleine, Françoise et finalement Sylvie, alors que Jacques vaquait dans l'autre salle à tout préparer pour la réception...
L'agencement des photos anciennes par Sylvie Durocher et les photos actuelles de Roger...
Les fleurs de Claudette au nom de Gérard, les petits-enfants émus et les arrière-petits-enfants qui couraient puis s'arrêtaient...
La vidéo que Laurent enregistrait et Julien invitant les gens au portable sur lequel Fleurette nous faisait sourire...
Et la grande visite de Bromptonville et de Gentilly, oncles et tantes, cousins et cousines...
Les voisins et les essentielles voisines de Fleurette alors qu'elle vivait à Douville... les amis réconfortants dans leur chaleureuse présence...
J'avais besoin de boucler la boucle.

Je le ferai en songeant à mes frères et soeurs, comme moi orphelins de père et mère, en vous faisant partager un grand poème, il est de Suzanne Paradis, celle que l'on surnomme la Marie Noël québécoise.
Il s'intitule: POUR LES ENFANTS DES MORTS. Non, il n'est pas triste, on ne peut pas être triste lorsqu'on est enfant de Fleurette, il est tout juste un peu nostalgique.


POUR LES ENFANTS DES MORTS

Ce fut un héritage et ce fut une étoile
les promesses parlaient leur langue maternelle
les beaux cerceaux vibrants remontaient les collines
et les feux éclataient en danses grandioses

Le dimanche à plat dans les roses
embaumait la place au soleil
le dimanche a marqué les choses

On ne parlera pas aux livres des mémoires
de l'ombre au trèfle usé par la chute des mains
la gloire incendiait les yeux des bouffons noirs
et des géants veillaient sur le sommeil des fleurs

Et le dimanche était en route
par des chemins moitié secrets
c'est le dimanche qu'on écoute

Ce fut un songe, un songe aux pommiers écarlates
et les chevaux rentraient des nuits sous les mélèzes
des chants de cloche sourds émanaient des villages
et des vieux prédisaient les lointaines tempêtes

Et le dimanche aux frais visages
courait avec les beaux enfants
et le dimanche avait leurs âges

Ce fut un ballet de silhouettes menues
le silence ronflait sur les trétaux de bois
avec leurs habits verts dansaient au son des flûtes
les enfants dont les yeux épuisaient l'avenir

Et le dimanche à la voix blanche
passait tout bas entre leurs pas
et le dimanche était dimanche

Quand les vents s'étiraient sur les jardins de pierre
et les volants épars de leur robe de jeu
des ombres jaillissaient et fleurissaient multiples
comme des pluies chargées de commencer les fleuves

Le dimanche épousait le monde
aux joncs de mousse et d'églantine
le dimanche épousait le monde

Ce fut un continent de voyageuses îles
tout ce qui l'habitait avait connu l'histoire,
les hommes et leurs champs, la paroi de l'aurore
levaient au coeur du blé leur moisson millénaire

Le dimanche a pris nom de l'aube
quand la plus belle ivraie trouva
la couleur du pain et du bois

Quand ils ont incliné le versant des montagnes
et jeté le grand fleuve aux quatre morts des lacs
les ponts ont traversé d'un roc ouvert à l'autre
avec la légèreté d'une passerelle

Et dimanche on voyait partir
les caravelles et les voiles
dimanche on pouvait toujours fuir

Ce fut un tremblement à broyer les espaces
une fin d'Amérique à frontières fermées
personne n'en eut vent au-delà de la grève
à l'abri des forêts ce fut une mort folle

Et dimanche couvrait la plage
dans les cailloux et les roseaux
dimanche et ses joies de village

Pour les enfants des morts on racontait les choses
les bergers présidaient le massacre des loups
les grands deuils d'animaux dans leurs rites souvages
que les peupliers même ont oubliés... Pas nous

Le dimanche au soleil de fête
- quand les enfants s'en sont allés -
le dimanche est parti en tête

Depuis on a perdu la piste dessinée
sous les départs lointains la trace inachevée
et les temps et les corps et les yeux ont changé
à tel point que le vent n'ose plus les surprendre

et le dimanche au coeur de chien
sans loi ni maître et sans absence
et le dimanche n'est plus rien.

Au prochain saut

vendredi 14 août 2009

Saut: 298



Fleurette est partie.
Dans un formidable éclat de rire, de chants, de frères et sœurs, de beaux-frères et belles-sœurs, de fils et filles, de gendre et belles-filles, de petits-enfants, d’arrière-petits-enfants, de voisins et voisines.
Dans la chaleur d’un 13 août inoubliable.

Voici le texte admirablement bien lu par ma sœur Louise à l’occasion du grand départ de notre Fleurette.


À l’ombre d’une petite fleur
serrés les uns contre les autres
des points scintillants de lumière

petite fleur qui poussa dans l’ombre
comme un quartier de lune
accroché à une comète

petite fleur, droite et fière,
jamais ne craignit la couleur de l’ombre
qui l’habillait de toute sa douceur

on pense à l’ombre comme à l’envers de la clarté
rarement comme un reflet lumineux
la lumière pouvant baisser les yeux

petite fleur, plantée là, exactement là
où le regard naturellement s’arrête
entre femme et mère

oui, l’abnégation de la lumière c’est l’ombre
mais après, six points scintillants
puis les autres, gigognes, la suivant

petite fleur, imperméable à la souffrance
impénétrable et tendre à la fois
douce mais combien bélière

tu portas le nom d’une petite fleur
celle de la flore coriace
de la végétation touffue

tu glissas dans les diverses couleurs de la vie
entre grisaille et arc-en-ciel
plus doucement encore… et toujours tu glissas

tu élevas ces tiges ténues qui firent de nous
six points scintillants
dans le jardin avide de bouquets

de fleur à fruit, petite fleur féconde
tu as su, opiniâtrement, installer
puis conserver l’espoir en nos cœurs

cet espoir combien ancré dans le réel
dans le quotidien, le faisable,
dans le réalisable, le possible

ta vie n’aura pas été une fleur séchée
toujours près de nous, nous près de toi
dans les ombres éclatantes de la joie de vivre

petite fleur à odeur de vanille… de gâteau des anges
de renversé aux ananas… de poulet du dimanche
de tapioca et de pouding au riz

attentive fleur qui, auprès des enfants,
toujours savait décoder le sens des pleurs
susciter le goût du bonheur, cultiver la nécessaire chaleur

petite fleur à l’ombre des airs d’opéra…
d’Évangéline… et des ponts de Paris
du rocher Percé… et des airs de la Louisiane

tu savais humblement te retirer
tout juste à côté des mots
qui nous revenaient par la suite… plus clairs

tu nous as énergiquement fait comprendre
l’incohérence des fleurs artificielles qui éblouissent
la différence entre fleur bleue et semailles vraies

petite fleur, inestimable roc planté dans nos âmes
comme une invincible armada
tu nous parlais de douceur et de douceur encore

un fleurdelisé s’est accroché à toi
fragile, effiloché parfois
et la petite fleur, énergique et tenace, bouchait les trous

tu as su, telle une vigie à fleur d’eau,
au bout de ces espaces qui égarent
cartographier les chemins possibles

tu as voulu, dans ta bulle de silence
celle qui parlait à fleur de peau
nous dire ces paroles marchant vers les gestes

petite fleur, étendue sur ton lit des dernières heures
filtrant tes moments lucides pour nous les offrir,
scintillante de courage, tu es pour nous un modèle

modèle quatre-vingt-six fois marqué par l’ombre
celle qui demeure, qui n’est pas triste, qui rafraîchit,
celle que tu aimais et que tu nous lègues

petite fleur, vers les grandes floralies auxquelles tu es conviée
doucement, partant à petits pas de rosée
tu as épinglé sur chacun de nous une fleur à la boutonnière.



Bon et beau voyage Petite Fleur.

(La photo est de Roger Mongeau, gendre de Fleurette)

dimanche 9 août 2009

Saut: 297

Louise, Fleurette et Françoise

Le crapaud faisait parvenir ce courriel, hier, journée du décès de Fleurette, sa mère, celle de ses trois soeurs (Françoise, Louise, Sylvie) et deux frères (Pierre, Jacques); trois brues (Sylvie D., Claire P., Claudette G.), un gendre (Roger Mongeau); huit petits-enfants (Catherine, Mathilde, Odile, Antoine, Roxanne, Daphnée, Julien, Laurent); quatre arrières-petits-enfants (Émile, Léa, Arthur, Éthan).

Bonsoir tout le monde,

C’est avec regret que je vous annonce le décès de notre mère Fleurette survenu aujourd’hui, le samedi 8 août 2009, suite à une complication reliée à des problèmes rénaux.

Elle est partie doucement, sereinement et nous laisse le doux souvenir d’une personne chaleureuse, aimante et combien préoccupée par le bien-être de toutes celles et de tous ceux qu’elle aimait.

La famille devrait prendre les dispositions nécessaires afin de lui rendre hommage et cela dans la semaine qui vient.

Je vous tiendrai au courant.

Jean

Alors que Gérard, le père, a choisi de partir un 8 juillet, Fleurette l'a fait un 8 août. Ce «8» qui, en numérologie, est le chiffre de la régénération, de l'énergie, de la volonté de lutter possède, caché dans l'un ou l'autre de ses deux petits cercles formant une boule, un côté secret difficile à décrypter. Il y a des obstacles sur le chemin du «8», une exigence obligeant à puiser dans toute son énergie afin que cette soif de justice, de vérité et de droiture qui l'habite puisse, grâce à son courage et son honnêteté, le soutenir dans sa quête de vie. Le «8» sera aidé par sa stabilité et sa force morale afin de surmonter les épreuves et les obstacles qui se dressent devant lui.


Bon départ Fleurette et je te reviendrai, bientôt. Mais d'ici là, pour les curieux comme moi qui suis retourné au dixième saut, celui qui remonte au 19 septembre 2005, vous pourrez retrouver, l'espace de quelques mots et d'une photo, un peu de ma mère.

jeudi 6 août 2009

Saut: 296

Roland Giguère


Si je vous demandais qui a écrit « Je peins pour parler comme j’écris pour voir.» et cela en 1986, vous penseriez immédiatement à Roland Giguère. Vous auriez tout à fait raison. Cet immense poète que les critiques classent parmi les surréalistes, l’auteur de L’Âge de la parole, entre autres, je vous l’offre en ce début du mois d’août comme une espèce d’attente…


J’erre

Je ne vous suis plus

je ne vous plus dévoué

je ne vous suis plus fidèle

j’erre à ma guise enfin

hors des sentiers bénis

j’erre aux confins de ma vie

j’erre parmi mes amis les meilleurs

que pourtant je tiens pour vigies

mais j’erre

j’erre toujours entre vos dires

j’erre pour ne pas mourir.


(Ce poème merveilleusement bien interprété par Chloé Sainte-Marie a été mis en musique par Gilles Bélanger, celui des 12 Hommes Rapaillés.)


La vie dévisagée


Il nous faut sans cesse tenir l’équilibre

entre l’horizon disparu et l’horizon imaginé

avec la crainte de perdre pied à la terre

de n’avoir plus le pied marin

de ne pouvoir plus marcher sur les fils de fer

de ne savoir plus marcher sur les mains


malheureux fils d’équilibristes

nés en plein ciel

au temps mémorable de l’absence des filets


(Quel joli clin d’œil à Alfred Desrochers!)


Je vous envoie maintenant quelques vers épars que j’ai soutirés ici et là, plutôt là qu’ici…


Nous étions fous aussi

mais fous de nos amours

fous de notre liberté

et pour ne pas crier

nous écrivions sur nos murs

des lettres voyantes

en capitales éclairées

--

On sème

des espoirs de toutes couleurs

sur nos nuits blanches

et le cœur s’apaise

--

Pour aller plus loin : ne jamais demander son chemin à qui ne sait pas s’égarer,

--

On finira bien par tout savoir de notre ciel

nos étoiles auront des noms propres

la lune sera sans voiles sans quartiers

notre avenir dessiné dans la paume de la main

la mort allongée sous la lampe de parchemin.

--

Ces rêves étaient bien les nôtres

Nous avons tourné la page hier

Mais nous n’avons pas fermé le livre

--

Sans fioritures désormais

sans fleurs sans ornements

la ligne va vers le point final

--

Face aux grands remous de mémoire

d’où émerge une main couronnée

nous n’avons à offrir que fleurs de folie

et quelques phrases décapitées.

--

Il faut toujours voir au-delà, prendre tout pour une fenêtre. L’important, dans tout cela, n’est pas tellement la fenêtre elle-même que le panorama sur lequel elle donne.

--


Je n’oublierai jamais ce mois d’août 2004, dans la grande et belle maison de Marielle à Saint-Valérien, près du Bic; je n’oublierai jamais ce doux moment alors que je trouvais le livre de Roland Giguère (L’Âge de la parole) sous une patte de lit afin d’équilibrer la couchette. J’ai gardé le livre écorné, avec une tache couleur rouille tout juste entre le O et L de parole, et dans lequel Marielle m'écrivait : La «parole» suit parfois des routes étranges…et la voici qui te revient, Jean. Elle est à toi. Pour croire aux miracles… et à la poésie qui transfigure, quelle que soit la route. Amitié. Marielle, été 2004.


Au prochain saut

samedi 1 août 2009

Saut: 295



C’est par ces dernières citations que s’achèvera ce bref séjour dans les eaux du dauphin. J’espère que vous vous y êtes plus.

. L’homme qui avance avec assurance dans le sens de ses rêves pour vivre sa vie qu’il a imaginée connaîtra une réussite inattendue.
Henry David Thoreau (essayiste, philosophe, mémorialiste et poète américain)

. Le fait qu’une opinion soit largement répandue ne prouve nullement qu’elle n’est pas entièrement absurde. En réalité, compte tenu de la sottise de la majorité des humains, il est plus probable qu’une croyance largement répandue soit sotte que sensée.
Bertrand Russell (philosophe britannique)

. Chaque acte créatif implique… une nouvelle innocence de perception, libérée de la cataracte de la croyance établie.
Arthur Koestler (romancier hongrois)

. C’est une bien triste mémoire que celle qui ne fonctionne qu’à rebours. Lewis Carroll (écrivain britannique)

. Il est possible, après tout, que nous vivions dans un monde amnésique gouverné par des lois éternelles. Mais il est aussi possible que la mémoire soit inhérente à la nature; et si nous trouvons que nous vivons en fait dans un tel monde, nous devrons changer notre façon de penser de tout au tout. Tôt ou tard, nous devrons abandonner beaucoup de nos anciennes habitudes de pensée pour en adopter de nouvelles : des habitudes mieux adaptées à la vie dans un monde qui vit en présence du passé, qui vit aussi en présence du futur et qui est ouvert à la création continue.
Rupert Sheldrake (biologiste anglais)

. L’alternative de ce monde incertain, c’est un monde certain. Dans un tel monde… toute vie cesserait, car la vie, telle qu’on la connaît, ne peut exister que grâce à l’incertitude; la sécurité est un mythe. Pourtant la sécurité existe. Nous sentons sa présence. Mais… nous devons accepter l’incertitude de nos positions. Sans cette incertitude, il n’y a pas de monde.
Fred Alan Walf (physicien américain)

. La surprise c’est la victoire du futur sur le passé.
James Carse (ex-professeur de l’histoire et de la littérature des religions à l’Université de New York)

. Quiconque étudie l’essor et la chute des cultures ne peut s’empêcher d’être impressionné par le rôle que joue l’image du futur dans cette succession historique. L’essor et la chute des images précèdent ou accompagnent l’essor et la chute des cultures. Tant que l’image d’une société est positive et en essor, la fleur de la culture s’épanouit. Cependant, une fois que l’image commence à se détériorer et à perdre de sa vitalité, la culture ne survit pas longtemps.
Fred Polak (philosophe hollandais)

. Nous vivons dans la terreur, parce que la persuasion n’est plus possible… parce que l’homme ne peut plus puiser dans cette dimension de sa nature, aussi réelle que la dimension historique, qu’il retrouve quand il contemple la beauté de la nature et des visages humains… Nous suffoquons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, dans leurs œuvres ou dans leur pensée. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre dans une atmosphère de dialogue humain… ce silence représente la fin du monde.
Albert Camus


Voici la stratégie du dauphin :

. Soyez clair quant au résultat souhaité;
. Demandez-vous : « Qu’est-ce qui est le plus risqué, avancer ou ne rien faire?»;
. Demandez-vous : « Si j’avance, quelle est la pire chose qui puisse m’arriver?»;
. Demandez-vous : « Suis-je disposé à accepter cela?»;
. Demandez-vous : « Si je réussis, quelle est la meilleure chose qui puisse m’arriver?»;
. Demandez-vous : « Suis-je disposé à accepter cela?»;
. Demandez-vous : « Pourquoi n’ai-je pas pris ce risque auparavant?»;
. Demandez-vous : « Comment le fait d’éviter ce risque m’a-t-il servi?»;
. Demandez-vous : « Pourquoi ai-je plus de choix maintenant?».

Le dauphin se dirige lui-même :

. il reconnaît et articule son but ultime;
. il met au point une vision clairement formulée;
. il reste ouvert au futur;
. il aime et apprécie la surprise.

Le dauphin assume la responsabilité de ses émotions :

. il ne gaspille pas de temps à essayer de blâmer les autres pour ce qu’il ressent;
. il ne se blâme pas lui-même pour ses sentiments;
. il n’essaie pas de nier l’existence de ses sentiments, sachant que les sentiments refoulés ont tendance à prendre toute la place dans la vie d’un individu et le force à toujours être en état de réaction;
. il sait que c’est lui-même qui choisit ce qu’il ressent, est capable de se sentir autrement s’il choisit de le faire.

Si le dauphin a le choix (ce qui est généralement le cas), il choisit toujours l’abondance;
. il préfère la coopération à la compétition;
. il recherche les résultats innovateurs;
. il cherche à faire plus avec moins.

Céder au changement signifie que l’on se voit différemment.

On doit rechercher la créativité dans le but d’éliminer «l’entropie» qui est la fonction définissant l’état de désordre d’un système, croissante lorsque celui-ci évolue vers un autre état de désordre accru; l’entropie résulte de la stupidité (cette incapacité du cerveau ou de tout autre élément de la nature d’accepter l’information utile, d’en tirer leçon et d’agir en conséquence avec intelligence).

Soyons disposés à endurer la douleur qu’il faut pour briser nos illusions.

Il nous faut apprendre à tirer parti de la vague deux fois.

Les prochaines grandes percées se feront dans les «technologies du cerveau».


Au prochain saut

lundi 27 juillet 2009

Saut: 294



Nous plongeons un peu plus en profondeur dans LA STATÉGIE DU DAUPHIN qui avance l’idée que «nous trouverons de nouveaux moyens de sortir des goulots et bouchons qui hypothèquent nos avenirs personnels et institutionnels.»

De même, cette théorie stipule que « rien n’est plus essentiel que la coopération pour faire face à une période de mutation rapide. Bien plus que la coopération et que la quête abondante d’un avantage personnel, la coopération est la voie à prendre pour provoquer le changement.»

… «… la création d’un climat de confiance et d’harmonie, celle de l’échange, celle de l’exploration mutuelle des vrais besoins – qui débouche sur la coopération…»

Selon la pensée des auteurs, le monde évolue à partir de vagues. Ils les nomment ainsi : la première (l’agriculture); la deuxième (l’industrie); la troisième (l’information); la quatrième (la productivité); la cinquième (l’imagination); il reste à nommer la sixième.

« L’essence même de la courbe d’information c’est la transmission des résultats d’apprentissage et des découvertes, et la volonté de partager cette information avec ouverture, franchise et créativité, afin que nous puissions tous nous en servir comme d’un levier.»

Un autre concept que je trouve pertinent s’articule ainsi autour de ce que Lynch et Kordis appellent L’Ère de l’Alibi :
une philosophie qui, depuis des décennies, nous a incités à croire que la faute humaine doit toujours reposer sur les épaules de quelqu’un d’autre; que la responsabilité d’un comportement nuisible à la société doit invariablement être attribué à la société elle-même; que les êtres humains sont nés non seulement perfectibles, mais identiques, de telle sorte que tout écart désagréable doit être le produit d’environnements désagréables.


Je vous propose maintenant quelques citations provenant des références utilisées par les auteurs de LA STRATÉGIE DU DAUPHIN :



Charles A. Garfield (professeur de médecine américain) a écrit : « Le secret de la bonne gestion de soi-même, c’est la capacité de s’observer. Mais il faut comprendre que l’observation de soi n’a rien à voir avec l’autocritique excessive, les jugements sévères ou la paralysie de l’analyse; c’est plutôt la surveillance continue de sa performance, dans une perspective suffisamment détachée pour permettre une évaluation juste.»

De Charles Milligan : « La vie ressemble beaucoup plus à la conduite d’une bicyclette qu’à la construction d’une forteresse. Le cycliste doit être alerte, souple, intelligent et habile. La mentalité de forteresse est stupide dans ce monde, et c’est sans doute notre armure psychologique et spirituelle qui causera notre perte.»

Alvin Toffler écrit dans LE CHOC DU FUTUR : « L’apprentissage est une approche – de la connaissance et de la vie – qui met l’accent sur l’initiative humaine. Il comprend l’acquisition et la mise en pratique de nouvelles méthodologies, de nouvelles habiletés, de nouvelles attitudes et de nouvelles valeurs nécessaires à la vie dans un monde en mutation. L’apprentissage, c’est un processus qui prépare l’individu à faire face à de nouvelles situations.»

Paul Watzlawick (théoricien de la communication et du constructivisme radical, membre fondateur de l’École Palo Alto) : « Il existe deux types distincts de changement : le premier se produit dans un système donné qui, lui, reste inchangé; le second, par contre, change le système.»

Le philosophe irlandais George Berkeley : « Nous commençons par soulever la poussière, puis nous prétendons être incapables de voir.»

Le paléoanthropologue américain Robert Ardrey : « Pendant que nous recherchons l’inaccessible, nous rendons le réalisable impossible.»

« L’art existe pour que nous ne mourions pas de la vérité.» Nietzche

« Voilà le vrai plaisir de la vie, celui de servir à l’atteinte d’un but ultime que vous reconnaissez comme supérieur, d’être usé à la corde avant d’être mis au rebut, d’être une force de la nature plutôt qu’un petit lourdaud égoïste plein de maux et de griefs qui se plaint de ce que le monde ne se consacre pas entièrement à le rendre heureux.» George Bernard Shaw


Si vous appréciez, je crois pouvoir y aller d’un dernier saut sur le même sujet.

Au prochain


mercredi 22 juillet 2009

Saut: 293


Qu’est-ce que l’on retrouvera en ouvrant le cahier de lecture numéro 3 ? D’abord, une surprise. Les cahiers, en pure logique… chronologique suivent le fil du temps… Évidence! Cela permet au crapaud de revoir ce qui l’intéressait à une certaine époque; celle du troisième, c’est vraiment une «ère administrative»… par chance qu’à côté des cahiers dits officiels, il y a toujours un petit cahier plus personnel, plus intime si l’expression peut convenir.

Une surprise dans le 3! La voici : LA STRATÉGIE DU DAUPHIN, de Dudley Lynch et Paul L. Kordis. Un texte accompagnait ces notes.

« Les idées contenues dans cet ouvrage révolutionnaire marquent le début d’une nouvelle ère dans l’art et la science de réaliser des gains – une ère caractérisée par le changement en constante accélération.
Trois mythes désuets ont encore cours dans le monde des affaires d’aujourd’hui, ceux du requin, de la carpe et de la carpe pseudo-éclairée, selon lesquels, dans les affaires : il faut gagner à tout prix (requin), il faut éviter de perdre (carpe) ou il faut faire rapidement des compromis pour en arriver à une situation où tout le monde est censé gagner, mais où personne ne voit ses besoins satisfaits (carpe pseudo-éclairée).
Pour être gagnant dans l’Ère de l’Information et de la Productivité, il faut apprendre à maîtriser une technique tout à fait différente : la stratégie du dauphin. Cette stratégie est destinée à remplacer des comportements qui sont dépassés en cette fin du 20ième siècle. Déjà, les managers débrouillards et les penseurs éclairés imitent les comportements du dauphin et obtiennent des résultats extraordinaires.
Recourant à la métaphore du dauphin pour illustrer la pensée post-Nouvel-Âge et les défis potentiels des années 1990, les auteurs examinent les besoins du monde des affaires dans plusieurs perspectives, que ce soit celle des découvertes d’Ilya Prigogine, Prix Nobel, sur les structures dissipatives, celle des obstacles biopsychosociaux au changement explorés par Clare W. Graves, celle des «horizons-temps» d’Elliott Jaques, celle de la géométrie fractale de Benoît Mandelbort ou celle des travaux effectués par d’autres «chaologues».
Les auteurs se sont donné pour mission de multiplier les pouvoirs du lecteur :
. le pouvoir de choisir instantanément et judicieusement entre les stratégies de la Mainmise, du Renoncement, du Désengagement, des Compromis et de la Percée;
. le pouvoir de penser avec endurance, de rêver avec intelligence et de voir plus loin que la carpe et le requin;
. le pouvoir de faire plus avec moins;
. le pouvoir d’agir avec souplesse, élégance et endurance parmi les vagues de changement rapides;
. le pouvoir de se donner des outils d’orientation et de changement personnels en plein milieu de la vague;
. le pouvoir d’user de représailles quand il le faut;
. le pouvoir de se focaliser implacablement sur les 20% des efforts qui rapportent 80% des résultats qui comptent.»

N’est-ce pas surprenant de retrouver un texte de cette mouture parmi les citations auxquelles le crapaud vous avait habitué… Avouez-le franchement! Mais je dois admettre que de retrouver ces textes qui me ramènent à un contexte particulier de ma carrière professionnelle n’est pas sans me réjouir et me rappeler que j’y ai puisé une foule de conseils fort pertinents dans la conduite (ou la gérance) des différents personnels qui me furent confiés.

Je veux tout de même vous en donner un peu plus. Voici…

«Je suis un REQUIN, et je crois qu’il y a pénurie. C’est pourquoi j’ai l’intention d’obtenir le maximum, quoi qu’il arrive. D’abord, j’essaie de les vaincre, et si je n’y parviens pas, j’essaie de me joindre à eux.
Éléments en présence : l’arnaque, le brouillard, le déni, la «dose», la supposition, la crise et l’emprise.»

«Je suis une CARPE, je crois qu’il y a pénurie. Étant donné cette croyance, je m’attends à ne jamais avoir ou faire assez. Par conséquent, si je ne peux échapper à l’apprentissage et à la responsabilité en m’en éloignant, généralement je me sacrifie.
6 solutions primaires que la carpe se prescrit pour éviter d’assumer sa responsabilité personnelle d’atteindre à l’abandon et au changement :
1) ne participe pas au jeu; 2) empêche les autres de gagner; 3) n’achève jamais rien; 4) sabote le jeu; 5) joue le rôle du «bon gars»; 6) devient un problème.»

«Je suis une CARPE PSEUDO-ÉCLAIRÉE, et je crois à un univers d’abondance absolue. Par conséquent, je ne crois qu’il y ait de vrai mal ni de vrais perdants. Ce n’est qu’une affaire de temps avant que tout le monde soit gagnant. Comme la guérison constitue mon seul besoin primaire, je ne suis pas à l’aise avec les représailles ou la fuite, je ne peux donc manifester mon amour par le pouvoir. Cela me rend impuissant, et cette impuissance me met en colère. Mais comme il important pour moi de conserver une image de spiritualité, j’exprime ma colère de façon cachée. Je crois que tout ce que nous avons besoin d’apprendre dans la vie, c’est lâcher prise, flotter, nous laisser être le conduit d’une force plus grande, et c’est ainsi que je justifie mon existence.
Il existe 2 types de carpe pseudo-éclairée : la cpe métaphysique et la cpe sociale.»

«Je suis un DAUPHIN, et je crois à la possibilité d’une pénurie comme à la possibilité d’une abondance. Comme je crois que les deux nous sont accessibles – que nous avons le choix -, que nous pouvons nous servir de ce que nous avons comme d’un levier et exploiter nos ressources d’une façon élégante, être flexible et faire plus avec moins sont les pierres angulaires de ma création, de mon monde.»

Vous avez sans doute cherché à vous situer parmi l’une des quatre définitions ou descriptions des auteurs du DAUPHIN. L’essentiel à retenir est de constater que les gens sont différents, seuls et en groupe, que certains comportements étant prévisibles on peut alors mieux percevoir avec qui nous frayons…

J’en rajouterai au prochain saut… un appât pour attirer le poisson!



samedi 18 juillet 2009

Saut: 292


Il y a de ces sauts, tout comme des journées d’été alors qu’elles sont véritablement des journées d’été, c’est-à-dire à la limite entre la canicule et ce que nous vivons actuellement, des sauts sans trop d’inquiétude… du soleil autour… une brise qui ressemble à une lotion solaire numéro 30… des sauts qu’on lit comme un roman léger… des sauts dans lesquels, sans trop le savoir, s’y cachent un petit rien… important. Vous verrez à la fin, tout juste avant «le carnet…» pour quelle raison celui-ci, sous des allures un peu anodines, se révélera majeur…

Avant de se lancer, le crapaud a une confidence pour vous. Il lit actuellement (en fait il s’agit d’une relecture) LA DIVINE COMÉDIE de Dante. Est-ce l’appel florentin qui commence à se faire entendre? Il ne le sait pas exactement, mais ce gigantesque poème m’attire autant par son côté «je-me-laisse-bercer» par la musique des vers que par ce souffle immense qu’il a fallu au poète italien pour l’achever. Deux exemples avant de vous laisser aller aux citations du saut 292 :

.« Nulle douleur, me dit-elle, n’est pire

Que de garder du temps heureux mémoire

Dans le malheur : ton docteur le sait bien.»

Chant cinquième (de l'Enfer)

.« Nous aussi, nous irons reprendre nos dépouilles,

Mais sans que nul de nous puisse la revêtir :

Il n’est juste d’avoir ce qu’on a rejeté.»

Chant treizième (de l'Enfer)




. Il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n’est jamais complet en lui-même; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d’autres livres, non seulement avec les livres du même auteur, mais aussi avec des livres écrits par d’autres personnes. Ce que l’on croit être un livre n’est la plupart du temps qu’une partie d’un autre plus vaste auquel plusieurs auteurs ont collaboré sans le savoir. (Jacques Poulin)


. … mon regard intérieur est tourné non vers ce que je laisse mais vers ce qui m’attend.

(Léon Tolstoï)


. Pourquoi cacher plus longtemps ce secret puisque j’ai réussi moi-même à le percer?

(Léon Tolstoï)


. Les idées abstraites sont le produit de cette faculté qu’a l’homme de capter à un certain moment un état d’âme à l’aide de la conscience et de la transporter dans le souvenir.

(Léon Tolstoï)


. Rien de ce que nous créons en nous n’a conscience de ce qu’il est.

(Jostein Gaarder)


. Ce n’est pas en effet ce château de sable qui est le plus important. Le plus important, c’est l’image du château de sable qu’a un enfant avant de commencer à le construire.

(Jostein Gaarder)


. Vouloir comprendre, c’est chercher à reconquérir un savoir perdu.

(Peter Hoeg)


. En lui, il y avait aussi le désespoir, le chagrin, que les soldats transformèrent en haine pour pouvoir continuer à être des soldats.

(Ernest Hemingway)


. L’exemple de John Rowls :

Imagine que tu sois membre d’une très haute assemblée qui déterminerait l’ensemble des lois pour la société de demain. Ils seraient obligés de penser à tout une bonne fois pour toute car lorsqu’ils trouveraient enfin un accord – et auraient voté toutes ces lois – ils tomberaient raides morts. Mais ils se réveilleraient instantanément dans la société dont ils auraient voté les lois. Ce qu’ils ne sauraient pas, en revanche, c’est quelle place ils auraient dans la société. Cette société serait une société juste, car elle aurait été conçue par des hommes égaux. Et les femmes? Cela ferait justement partie du jeu. On ne saurait pas si on se réveillerait dans la peau d’un homme ou d’une femme. Comme on aurait une chance sur deux, il y a tout lieu de croire que la société serait aussi juste pour les hommes que pour les femmes.


. Tu oublies vite Dieu quand Dieu ne te tient pas écrasé.

(Saint-Denys-Garneau)


Quelques Daniel Pennac :


. Résoudre le problème en supprimant son énoncé, encore un fameux truc pédagogique!


. L’école ne peut être une école du plaisir, lequel suppose une bonne dose de gratuité. Elle est une fabrique nécessaire de savoir qui requiert l’effort. Les matières enseignées y sont les outils de la conscience. Les professeurs en charge de ces matières en sont les initiateurs, et on ne peut exiger d’eux qu’ils vantent la gratuité de l’apprentissage intellectuel, quand tout, absolument tout dans la vie scolaire – programmes, notes, examens, classements, cycles, orientations, sections – affirme la finalité compétitive de l’institution, elle-même induite par le marché du travail.


. … le propre du sentiment, comme du désir de lire, consiste à préférer. Aimer, c’est, finalement, faire don de nos préférences à ceux que nous préférons. Et ces partages peuplent l’invisible citadelle de notre liberté.


POUR MON AMI PAUL, cette dernière citation de Daniel Pennac :

Qui dira jamais la solitude du correcteur de fond?




Et voilà. Le cahier de lecture numéro 2 s’achève ici… Le crapaud vient tout juste de le placer à droite du premier dans cette section de la bibliothèque, un peu en retrait, là où je ne vais plus jamais, ou presque. Qu’arrivera-t-il de lui? Du premier et des autres? Le temps saura le dire…


«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»

B L U E T T E (nom féminin)

. petite étincelle;

. petit ouvrage littéraire léger et spirituel, sans prétention;

. œuvre (livre, film, chanson) légère et sans prétention, empreinte de sentimentalisme.


D É L I N É A M E N T (nom masculin)

. contour, ligne, tracé.

Au prochain saut

dimanche 12 juillet 2009

Saut: 291



Le saut 291 (on commence le décompte avant le numéro 300) est écrit entre les 8 et 15 juillet. Important de le souligner car le 8 juillet - il y a quatorze ans, déjà, c’était le décès du paternel Gérard - aura été la dernière rencontre avec l’orthésiste de l’hôpital Santa Cabrini, celle qui ajustait ma botte pour lui donner l’angle exact facilitant la rééducation d’Achille et le 15, journée du rendez-vous avec l’assistant de la chirurgienne-orthopédiste qui procéda à la «recouture» du tendon.


Incroyable de constater combien une douleur, une blessure ou plus globalement sans doute tout événement qui perturbe le cours habituel des choses, cette douleur/blessure s’intègre à soi de manière insidieuse. Au début, une fois la colère apaisée, que le rationnel ait pris le dessus et que l’on devienne conscient au plus profond de son intérieur et autour de ladite douleur/blessure, que l’énergie engagée à vouloir modifier le passé, l’incident ou l’accident n’est que de l’énergie perdue, inutile; on passe alors à une autre étape, plus pragmatique. Étape de la réorganisation, celle de son quotidien d’abord… et tout aussitôt, celle d’examiner l’état dans lequel on se retrouve… et se regarder. Ça modifie l’image de soi que de vivre avec une douleur/blessure qui, elle, n’a qu’un seul objectif : s’en retourner d’où elle vient… sans trop savoir pourquoi elle est venue…


Et où retourne-t-elle exactement? Sans doute dans une sphère de l’inconscient qui nous était totalement inatteignable auparavant, un endroit fugace, organisé différemment pour chacun d’entre nous. L’un a souffert le martyre lors de la blessure, l’autre pas! Un troisième a craint tel ou tel effet de l’anesthésie, de la chirurgie ou du traitement, le quatrième n’a rien ressenti! Cela démontre, sur une bien courte échelle, la grande différence entre les êtres humains et un peu aussi, je crois, cet espèce de mouvement entre l’objet et l’être.


Je veux dire par là, du moins je tente de le faire, que chaque individu face à la quotidienneté agit et parfois réagit d’une façon qui lui ressemble et le «mécanise»; c’est sans doute cela qui le rend compréhensible aux autres. Avant la douleur/blessure, toute la mécanique est présente, organisée, synchronisée de manière telle que l’individu oublie comment fonctionne… son tendon d’Achille. Arrive une douleur/blessure – occasionnée ou non par un accident - tout est bouleversé à l’intérieur comme à l’extérieur. L’intérêt réside dans le processus utilisé par l’individu pour se retrouver, se remettre sur pied, réajuster son homéostasie… Intérêt multiplié par le fait que le procédé diverge pour chacun, pour chaque histoire… de cas.


Une fois la douleur/blessure réexpédiée dans cette sphère inconsciente, il se produit un autre petit quelque chose de passionnant : l’individu, doucement, sans qu’il ne s’en rende tout à fait compte, entre dans l’étape de l’oubli qui n’a rien à voir avec le déni qui aurait pu surgir au commencement. Comme si, retrouvant sa quotidienneté, la douleur/blessure prenant de moins en moins de place dans son univers rapproché, l’individu s’en déconnecte progressivement. Peut-être pas entièrement, mais il s’adapte à un nouveau genre d’agir… Dans mon cas personnel, le temps dira si cette douleur/blessure m’aura transformé superficiellement ou profondément.


Le temps. Le temps… Comme j’en aurais long à dire. J’y reviendrai parce que j’ai des choses à régler avec lui. Et cela malgré le poème (tempus/chronos) découlant d’une rencontre qui n’eut rien d’un accident ou d’un incident.


Dernière question : qu’est-ce qu’un accident? Mon ami ROBERT le définit ainsi :

Le sens philosophique d’accident : ce qui «s’ajoute» à l’essence, peut être modifié ou supprimé sans altérer la nature.

Un accident c’est un événement fortuit, imprévisible; un épisode non essentiel; un événement fâcheux, malheureux.

Ce qui rompt l’uniformité.


J’aime bien croire qu’un accident n’altère pas la nature. En effet, on ne peut définir un être à partir d’un accident. Il n’en fait partie que fortuitement. Lorsqu’il se présente et prend la forme d’une douleur/blessure, voici que ça ajoute à la définition de l’être, fâcheusement pour certains, alors que pour d’autres c’est entrer dans l’âge de la redéfinition.




«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


A M P H I G O U R I (nom masculin)

. écrit ou discours burlesque rempli de galimatias;

. production intellectuelle confuse et incompréhensible

A N A C O L U T H E (nom féminin)

. rupture ou discontinuité dans la construction d’une phrase


Au prochain saut

mardi 7 juillet 2009

Saut: 290


J’aime bien le bruit froufroutant des pages que l’on tourne… Ces pages sur lesquelles les mains ont écrit avec un stylo à bille, d’un côté comme de l’autre, et qui donne ce léger craquement tout à fait particulier… Ce cahier no.2 a une longue, une profonde histoire, fort bien installée dans ma vie. Il me fut remis par un groupe d’élèves à la fin d’une année scolaire, celle de la Gaspésie, et daté du 24 juin 1989. On y lit ceci :

Dans ce livre tu écriras,

Ce que ton cœur te dictera.

Pensées d’hier, pensées d’aujourd’hui,

Qui resteront malgré le temps qui fuit.


Écrire pour dire, pour se souvenir,

Écrire en vers ou pour le plaisir,

Écrire pour quoi, écrire pour qui,

Écrire pour toi, pour penser ta vie.


C’est avec joie que nous te l’offrons,

Espérant qu’il te donnera satisfaction.

Nous te souhaitons, de tout notre coeur,

La réalisation de tous tes « p’tits bonheurs ».


Merci pour ta présence, tes attentions

Ta joie de vivre et ta grande compréhension.

Voilà notre souvenir!

Les Bouts en train


Ces élèves l’ont nommé : Mes souvenirs. Ils ne savaient pas que ce cahier allait contenir, au fil du temps, tant et tant de choses, qu’il allait être suivi par quelques autres comme il fut précédé par un premier, plus austère, qui ramassait le fruit de mes lectures. Le numéro 2 serait, aussi, un recueil de citations mais avec un… plus. Comme un journal. Journal que malheureusement j’ai cessé d’écrire. Je le regrette aujourd’hui.


Il contient aussi quelques photos des trois filles, photos scolaires autant du primaire que du secondaire. Comme il a eu 20 ans le 24 juin dernier, on comprendra que certaines font presque offices d’anthologie. Comme il a eu 20 ans le mois dernier, on comprendra qu’il trace un passage bien ciblé dans l’espace et dans le temps.


Le frémissement des page m’amène à…


SIMPLE COMME BONJOUR (Jacques Prévert)

L’amour est clair comme le jour

l’amour et simple comme bonjour

l’amour est nu comme la main

c’est ton amour et le mien


pourquoi parler du grand amour

pourquoi chanter la grande vie?

Notre amour est heureux de vivre

et ça lui suffit.


C’est vrai l’amour est très heureux

et même un peu trop… peut-être

et quand on a fermé la porte

rêve de s’enfuir par la fenêtre

Si notre amour voulait partir

nous ferions tout pour le retenir

que serait notre vie sans lui

une valse lente sans musique

un enfant qui jamais ne rit

un roman que personne ne lit

la mécanique de l’ennui

sans amour sans vie!


Un peu plus loin…


L’ALBATROS (Charles Baudelaire)

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux de mer,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Liassent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,

L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l’archer;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


Une page de friselis après…


SENSATION (Arthur Rimbaud)

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.


Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, - heureux comme avec une femme.


Peut-il y avoir agencement de mots aussi beau? Et pourtant ce cahier no. 2 en regorge… Il ne reste que quelques pages à découvrir et nous le ferons ensemble lors du…

Au prochain saut

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...