lundi 5 août 2024

Si Nathan avait su... (3) Revu et corrigé




Ce soir, bien installé au clavier, le Morgon ne m’accompagne pas. Un rosé assume la relève. Rosé d’été. Après avoir réfléchi, mûrement réfléchi à ce projet (Si Nathan avait su…) je me dis, en fait j’essaie de me convaincre qu’il pourrait se situer dans un prolongement du regard qui m’amena à scruter derrière moi, parfois loin derrière, coup d’oeil entrepris avec la psychologue dans le cadre d’une essentielle thérapie.
 
Creusant davantage, ne voulant surtout pas que cela ressemble à des mémoires ( une relation manuscrite qui rappelle la vie, les événements auxquels j’ai été associé ) ce que j’écrirai dans ces billets proviendra à la fois de textes publiés ou non, également d’un cahier entrepris à Da Nang (Vietnam) alors que ma vie vacillait, cahier contenant des pages et des pages ressassant mon enfance, mon adolescence… cahier brusquement arrêté alors que je ne pouvais plus ni écrire ni réfléchir ni lire. La compagnie d’aviation Qatar Airways calculait scrupuleusement les kilos autorisés à nous suivre sur ce vol Saïgon/Montréal du 4 novembre 2021 - rappelons que nous sommes en pleine pandémie, que le Vietnam interdit l’arrivée de plus d’un avion de la même compagnie (Qatar Airways) et son départ dans les heures qui suivent - j’ai malheureusement dû laisser à Da Nang beaucoup de documents qui ne se retrouvaient pas dans mon ordinateur dont le manuscrit du cahier.
 
Maintenant que j’y repense, il démarre à l’occasion d’un congrès organisé par mon père et tenu à Ottawa. J’ai 12 ans.
 
Je note ici que Nathan a débuté son «diary» comme il le nommera, au même âge, l’année de son entrée à l’école secondaire, de son installation au grenier de la maison familiale nouvellement restaurée.)
 
C’est fou comme ça devient facile de se souvenir lorsque, écrivant sur un événement, une foule de ressouvenirs* s’y greffent. Il existe une étonnante différence dans le fait d’écrire manuellement par rapport au clavier. Plus fluide. Plus lent aussi, aussi lent que la rétroaction des souvenirs.
 
Je ne sais pas si Nathan, alors qu’il quitte sa bien-aimée, qu’il se retrouve locataire du logis situé au-dessus de celui qu’il partageait avec elle, qu’il colle son oreille pour percevoir la musique qui était la leur, je ne sais pas s’il appréhende la situation comme outrepassant une simple séparation.   - Sans doute que son cahier personnel nous le dévoilera en cours de route. Se séparer, c’est quitter quelqu’un, renoncer à beaucoup d’acquis. Je le sais pertinemment pour avoir très souvent quitter, que ce soit des gens, que ce soit des lieux. L’écrire maintenant me permet d’en recevoir d’incomplets feed-back. Quitter c’est aussi repousser à plus tard la compréhension d’une situation qui nous déplaît sans pouvoir correctement la formuler ; l'ancienne conjoncture, souvent, ne concordant plus à qui nous sommes devenus. Permettre, aussi, de s’interroger sur les motifs qui nous ont poussé à avoir recours à ce subterfuge.

Réjean Ducharme, dans son roman DÉVADÉ tente, difficilement je l’avoue, de saisir cette dynamique, celle de l’évasion qu’il projette vers des lieux inimaginables. Il existera toujours des choses dont nous sommes incapables de nous évader, de quitter. Moi, en plus des racines qu’un retour prématuré au pays m’a permis de redynamiser, il y a la musique.
 
L’abonnement offert par notre paternel au début des années 1960, celui à la Maison Columbia, section classique, fut un véritable déclencheur. Nous recevions mensuellement un disque. Pour l’écouter on disposait d’un petit «tourne-disques» - je me souviens, il était bleu - absolument pas stéréophonique. Le son qui en émanait, comparé à celui des appareils disponibles aujourd’hui, se classerait parmi les moins bons sinon les pires. Il fallait changer l’aiguille je ne sais trop combien de fois par année souhaitant qu’il ne nous lâche pas en chemin.
 
Je me suis mis à écouter ces 33 tours avec un enthousiasme non partagé par mes soeurs, et mon autre frérot, Jacques, qui accrochait plus avec Petula Clark. Mon frère Pierre qui s’est toujours intéressé à tout, son esprit ouvert cherchant constamment à rejoindre l’universel communiait à cette attirance pour la musique classique. C’est de lui que j’ai appris à forer toujours plus creux, appris à le faire car un message qu’il soit musical ou autre n’est pas évident à décoder à première vue, à première écoute. Oui je sais, je parle souvent de ce frère et ne cesserai de le faire car il fut et est toujours un des êtres humains qui m’aura, parfois dans le silence, poussé vers l’inconnu, poussé à découvrir le pourquoi des événements.  Nous sommes tombés en amour, lui et moi, avec Fritz Kreisler à partir d’un disque du violoniste Zino Francescati. Je ne peux parler pour mon frère, mais déjà, à cette époque, le violon devint ce que je préférais le plus, étant plus dubitatif quant aux symphonies.
 
La musique sous toutes ses coutures m'aura toujours habité, rejoignant mes états d’âme. Aujourd'hui encore le classique, le jazz font partie de mes compagnons les plus fidèles. Il m’est impossible d’oublier une émission radiophonique, LE CABARET DU SOIR QUI PENCHE animée par Guy Maufette, diffusée le dimanche dès 20 heures, s’achevant à minuit sur les ondes de Radio-Canada d’est en ouest du pays. Cet illustre animateur offrait de la chanson d’expression française qu’elle provienne de France ou du Québec, l’enrichissant de propos d’une poésie fort recherchée. Citer les favoris que je retrouvais d’un dimanche à l’autre m’est impossible tellement les découvertes me surprenaient à chaque fois. J’adorais les liens qu’il tissait entre Léo Ferré et le poète Max Pol-Fouchet ; Jacques Brel et Pierre Mertens, deux belges ; son Félix Leclerc dont je ne cessais d’apprécier la voix et les textes. Et ainsi de suite…


Sans doute accaparais-je cet espace de la maison que nous nommions «le bureau» laissant peu de chance aux autres membres de la famille d’y avoir recours. Quelle ne fut pas ma surprise alors que je voyageais en France avec mon frère Jacques (décédé en 2016) d’apprendre qu’il fut lui aussi un auditeur assidu de cette émission, lui demandant de quel endroit, de quel poste de radio pouvait-il bien s’y brancher.

Il existe un rapport direct, je crois, entre la musique et les émotions. L’histoire de Nathan et Isabelle l’illustre bien. La question qu’il faut se poser pourrait se décliner ainsi : la musique dans sa finalité propulse-t-elle les mêmes émotions à chacune de nos écoutes ? Est-ce que les deux tourtereaux, dans plusieurs mois, ressentiront les mêmes émois que maintenant ? Le temps, ce fabuleux complice chargé de bouleversements, de perturbations, érodera-t-il cette musique ainsi que les sentiments qui s’y étaient accrochés ?
 
Je lisais dans le journal LE DEVOIR un article signé par un critique musical spécialisé en musique classique, un article sur le dernier opus du chef Yanick Nézet-Séguin consacré aux symphonies de Brahms que selon les chefs d'orchestre, les orchestres eux-mêmes, l'illustre compositeur peut nous rejoindre de manière différente. Je ne sais trop qui a dit que la musique c’est du son qui se parfume. Il y a tant de fragrances ! Se glisse donc sur tous les genres qui enveloppent la musique classique et le jazz (ici j’aborde presque exclusivement les genres qui me plaisent) un bassin rempli d’émotions et de sentiments. 
 
Lorsque j’écris, il y a toujours de la musique autour. Nathan, du moins ce que je sais de lui, un être à la fois complexe et solitaire découvrira, on le verra bientôt, que la musique est un antidote au malheur et chaman pouvant soulager sans guérir des blessures profondes. Je le sais parce que déjà j’ai pu lire quelques pages de son journal personnel. Un cahier scolaire bourré de fautes d’orthographe, mais quelque part une formidable sensibilité d’adolescent. Il a entretenu ce cahier - en fait il y en a plusieurs - jusqu’au moment de son départ pour Montréal. Le reprendra-t-il ? Mon indiscrétion me permet de vous en présenter plusieurs pages ; j’ai, toutefois, corrigé les erreurs qui s’y sont glissées sans toutefois déformer le sens des textes.
 
ressouvenir : ce mot qui a vieilli ou principalement utilisé en littérature, signifie un souvenir que l’on continue à garder d’une chose passée ou souvenir d’une chose oubliée ; l’évocation, le rappel de ce souvenir.




                                                                           
                                                   








jeudi 1 août 2024

Projet entre nostalgie et fantaisie... (5)

Je me permets de glisser entre les billets de Nathan quelques reprises de poèmes revus et corrigés. 




en appel à la lumière



en appel à la lumière
 clarté au fond des âmes rêveuses
éclaircis la noirceur !

en appel à la lumière
âmes boiteuses pilonnez les icebergs de courage
au centre des lumières boréales !

en appel à la lumière
ni réponse ni écho 
comme ces chevaux dans la nuit
mutilant de leurs sabots de neigeuses étincelles de lune
s’ébrouant à l’aube,
repartis,
hennissant dans l’hésitante lumière
couleur du matin puis du jour
scandant une invisible marche blanche

en appel à la lumière
 puissance, dépose tes rectilignes irisées
sur le chemin des chevaux essoufflés
éclaboussant l’air de grands traits fumeux !

en appel à la lumière
âmes rêveuses, âmes boiteuses
enveloppées d’une fluorescence diaprée
égarez-vous dans les pas des chevaux sur la neige !
 

  
 
  
Saut 262
14 février 2009


 
ombre et lumière d’âme

- s’il y a de l’ombre c’est qu’il y a de la lumière -
sur l’ombre, de l’ombre fut étendue
on retira l’ombre de l’ombre
une âme apparut

… une légère … toute légère couche d’âme à peine lumineuse


- s’il y a une âme c’est qu’il y avait de l’ombre -
on trifouilla l’âme
remit de l’ombre
puis âme et ombre fusionnèrent

… une petite … toute petite couche de lumière chromatique

- et si la lumière sur l’âme déplaçait de l’ombre -
on s’en éloignerait
le vent briserait la lumière
rapetisserait la silhouette

… d’une petite… toute petite couche d’âme à peine lumineuse

et l’ombre comme un ange phosphoré
se retrouverait devant ou derrière de ce côté de l’autre
entre ailleurs et ici à l’abri d’une âme ombragée
coincée dans le clair-obscur

 … d’une petite… toute petite couche de lumière chromatique

l’ombre des lumières se déchiquette
en mille cristaux éparpillés
puis s’éteignent les bougies
se taisent les musiques d’ascenseur

                                                                       

 

14 février 2009
Saut 262

mardi 30 juillet 2024

Si Nathan avait su... (2) Revu et corrigé




J'ai relu ce texte, celui qui suivra, qui a fait l’objet d’un otium. Pourquoi ai-je attribué le prénom de Nathan à ce personnage ? J’en ai glissé un mot dans le premier billet, rien de plus à ajouter.

Je recueille les écrits qui ont rapport à Nathan, ce soir, d'autres qui suivront, sachant qu’ils n’ont pas d’âge et que cela n’a aucune espèce d’importance. Ils voyageront dans le temps, le remonteront, s'attarderont ici, là. Ce sera un peu comme ouvrir son cahier personnel dans lequel Nathan aurait griffonné sur chacune des pages quelques événements, circonstances ou inquiétudes peut-être, lancer le tout en l'air et, toutes échevelées, les rassembler avant de les lire, comme ça tout bonnement…

Ce Nathan aura, dans quelques lignes, l’oreille collée au plancher, ne sera ni moi ni un calque de moi. Ça me rappelle les mille et une questions reçues de la part des lecteurs de DEP s’interrogeant sur le personnage Daniel Bloch : est-ce l’auteur ?

Tout personnage est un fatras de je ne sais trop combien de visages, de caractères imprimés dans l’imaginaire de l’auteur qui se permet de les fusionner. Créer un personnage est une tâche fascinante. Un détail physique ou psychologique, un tic, un accent, tout ce qui peut le définir, le rendre vivant et permettre au lecteur de le distinguer parmi les autres. Cela me rappelle la formidable expérience vécue avec des élèves ayant des problèmes d’apprentissage, résumons-les par des difficultés à lire et à écrire, à qui j’ai proposé d’écrire un roman. Nous avions dix mois pour y arriver. Septembre à juin. Le produit qui en est sorti s’intitule UNE HISTOIRE QUI NE DEVAIT PAS AVOIR DE FIN - pour les curieux, cherchez sur le blogue, vous le trouverez quelque part dans son intégralité. Beaucoup de personnages sont nés, formidablement bien individués et actifs dans ce récit que je qualifierais «d'aventures pour la jeunesse». Un élève, prenant le micro lors du lancement du livre, dit et cela m’a tellement ému : «Je n’ai dans ma vie lu qu’un livre, celui que j’ai écrit.» Pure merveille démontrant, bien que l'échantillon soit embryonnaire, qu’écrire c’est l’acte initial à la lecture. Je ne sais trop qui est Nathan. Dans ce que vous lirez lorsque enfin je cesserai de jacasser, il deviendra un jeune homme conscient de sa réalité et devant l’affronter. Ce sont des extraits de ce qu’il a nommé «mon diary», hétéroclites et épars jusqu’au moment où un véritable narrateur ramassera tout cela depuis le début et en fera quelque chose de cohérent. Le premier texte porte un titre : Nathan, l’oreille collée au plancher. Le voici. J’y reviendrai une fois que vous l’aurez lu ou relu.

Nathan, l’oreille collée au plancher. 

À l’instar de plusieurs prénoms, celui-ci s’avère être le diminutif provenant d’une dérivation, celle de Nathanaël. Lorsque ce garçon vint au monde, il y a de cela vingt ans ou plus, la grande majorité des habitants du village des Saints Innocents où ses parents vivent s’interrogèrent sur la raison pour laquelle on gratifiait cet enfant d’un tel prénom, aussi étranger que bizarre et tellement pas catholique. Mais cette famille aura toujours été atypique, au point qu’elle fut, non pas évitée, mais ignorée de leur communauté. )

Les premières semaines tanguaient entre merveille et découverte, également s'attarder à la tâche parfois difficile de l'adaptation à la vie commune, aux petites habitudes de l’autre jusque là ignorées. L’amour excusant tout, ils surent passer outre à quelques désagréments dont ils apprirent tant bien que mal à se moquer après les avoir intégrés. 

Les parents d’Isabelle craignaient un peu cette organisation précipitamment entendue, ne se gênant pas pour lui prodiguer des conseils qui tombèrent dans l’oreille d’une sourde. Elle connaît Nathan depuis le début de leurs années à l’école secondaire et partir loin de la maison pour vivre avec lui na jamais paru préoccupant, bien au contraire, exaltant. Cette jeune fille alerte, déterminée, est réaliste dans l’élaboration de ses objectifs ainsi que sur les moyens à prendre pour y arriver. Le premier aura toujours été celui de quitter son village qui l'ennuie profondément, l’isolant de tout ce qui l'intéresse. La ville l’a toujours excitée, attirée. C'est là que se trouve la vraie vie, se disait-elle.

À l’inverse, Nathan, jeune homme introverti cultivant le silence depuis toujours, son village et surtout le grenier de la maison paternelle devenu son refuge lui convenait parfaitement.

En fin de journée, alors que les deux étudiants rentrent à la maison, le premier geste aura toujours été de remplir l’endroit de musique, dont une en particulier, celle que Nathan cherche à retrouver en plaquant son oreille au plancher. Pour lui, ces notes échappées d’un violon et d’un violoncelle se sont avérées d'abord un formidable déclencheur et maintenant une cinglante cicatrice. 

Sa vie ne ressemble plus maintenant à ce qu’elle était au départ du village, à son arrivée dans la Métropole. Il découvrait la difficulté de s'ajuster à l’exubérance de sa compagne, sa soif continuelle de nouveautés, lui si solitaire, si fade, si quelconque. 

Cette musique porte un nom : My life is going on. Elle suscite chez lui une réflexion sur le projet de parfaire ses études le contraignant à s’installer dans un nouvel environnement, loin de sa routine qu’il chérissait, peut-être davantage qu’il ne l’imaginait au départ, et surtout, le fait de mutualiser sa vie à celle d’Isabelle. Chez elle, cette musique lui permit de réaliser que vivre avec Nathan s'avérait une tâche beaucoup plus ardue qu'elle s'y attendait. Quoiqu’on fasse, la vie continue lui martelait quotidiennement cette musique ; elle continue du fait qu’elle a débuté. Le destin, comme s’il s’agissait d’un guide, propose des routes inconnues, parfois inquiétantes. Lesquelles ? Exigent-t-elles d’être suivies aveuglément, sans s’interroger, sans comprendre ?

Nathan, l’oreille fichée au plancher, perçoit la vibration des cordes, le jaillissement de la musique. S’interroge-t-il sur la suite des choses qui ont fatalement une suite tout comme cette musique qui ne cesse de le hanter ? 

Demain, il prendra le bus, en route vers son village, persuadé qu’y revenir lui permettra de s’approprier une partie du chemin parcouru depuis la fin du mois d’août, l’occasion de défricher celui ou ceux qui se présentent maintenant que cet hiver frileux et figé engourdit la ville, l’insensibilise. 

Il leur fallut prendre position, choisir la destination commune afin de poursuivre leurs études post-secondaires. Pour elle, le choix était clair, la création artistique par le biais de l’info-graphisme, pour cela Montréal proposait des options adaptées à son ambition. Pour lui, un CEGEP offrant une mise à jour académique accompagné de cours en électromécanique. C’est quelque part en février qu’ils optèrent pour Montréal ; en avril, ils annoncèrent la nouvelle aux parents et se mirent en chasse d'un logement; en juin, ils louèrent cet espace tout près du métro Berri-UQAM presque en plein coeur du centre-ville. Ils emménageront à la fin de l’été. )                                                               

Les buildings ont disparu du paysage alors que le village des Saints Innocents, d’ici quelques kilomètres, surgira de cette forêt de grands pins rouges que le bus traverse. Même si les couleurs que l’hiver barbouille autour de lui sont les mêmes qu'à Montréal, la lumière se fait d'une clarté éblouissante.      Vous appréciez particulièrement cette pièce de musique. Les mots de sa voisine ramènent le jeune homme à la réalité. C’est en boucle qu’il écoute ce My life is going on depuis le départ de Montréal.          Je suis désolé si cela vous importune, répond le jeune homme, coupant le son du baladeur. Pas du tout, au contraire. Les rencontres inopinées revêtent parfois un caractère singulier dont celle-ci : deux voyageurs distanciés par l’âge, réunis par le raccourci d’un trajet en bus et qu’une musique échappée d’un baladeur incite à discuter.  Me permettez-vous d’écouter ce qui accroche vos oreilles depuis le départ du terminus ?      Nathan céda son appareil à la dame âgée qui le mit en marche, ferma les yeux, immobile durant quelques minutes. Elle réécouta la musique. Sourit. Décrocha les oreillettes. Rendit la machine au jeune homme. Je vois bien que cette pièce musicale vous secoue. Vous avez raison.    Il se réfugia momentanément dans un silence bousculé par le brouhaha du bus. La dame respecta son absence, certaine qu’il allait bientôt en resurgir.      Nous l’écoutions tous les jours, ma copine et moi. Plus maintenant, si je me permets cette indiscrétion. Nathan, se tournant vers sa voisine, esquissa un sourire neutre.     Plus maintenant, en effet. Mais vous, vous l’écoutez toujours. 

Lorsque les parents de Nathan avancèrent l’idée de réaménager une partie de la maison ancestrale, le benjamin, celui qui aujourd’hui retrouve son village sous une neige épaisse, renoue avec cette route étroite tellement qu’une seule voiture peut y circuler, avait demandé que dans sa chambre dans le grenier, on y installe plusieurs fenêtres dans le plus de directions possibles. Ceci permettrait au soleil de s’y refléter à longueur de journée, à la lune de s’y mirer à sa guise et lui de pouvoir s’isoler sans complètement disparaître. Idée singulière pour quelqu'un qui cherche à socialiser, argumenta sa mère.  Je ne suis pas sociable et ne cherche pas non plus à le devenir. Il prit possession de son antre comme l'appelait sa mère, dès son entrée à l’école secondaire à la suite d’une effroyable tragédie ayant démolie la famille. 

Remettre les pendules à l’heure, tenter, aussi, de saisir ce qui s’entremêle dans les notes obsédantes de cette musique continuellement présente dans sa tête, puis, ouvrir l’enveloppe qu’Isabelle a déposée devant sa porte quelques jours avant qu’il ne décide de revenir dans sa tanière, comme s’il s’agissait d’une retraite. Nathan s’installa sur son lit, mit en marche le baladeur, accorda quelques secondes à la musique avant de plonger dans la lecture du message de celle qu’il vient de quitter. 

 
Notre musique, la nôtre, même après ton départ, me ramène à toi... Nous étions violon et violoncelle en tempo lento... En profonde hésitation... Retour en avant, puis du sur-place... Une continuité se cherchant dans ses nombreux hiatus... Il est difficile d’être entièrement en communion avec une autre personne... Installer deux destinés pour qu’elles cherchent, ensemble, une même direction... Cette musique, la nôtre, malgré ton départ, me raccroche à toi... Nous étions violon et violoncelle, maintenant qui serons-nous ? Et la vie continue... 

Nathan écoutait le silence qui invariablement suit la fin de toute musique. Est-ce que ma vie continue ? 

Cette génuflexion quotidienne depuis qu’il a quitté le petit logement partagé avec Isabelle ( il est maintenant installé un étage au-dessus, dans plus modeste ) permet à Nathan de saisir les notes d'une musique qui, durant quelques mois, furent leurs préférées. Ils écoutaient tous les jours cette musique, Isabelle, revenant de ses cours d’info-graphisme, lui, d'une mise à jour académique dans un CEGEP. Arrivés à Montréal en provenance de leur village éloigné d’une centaine de kilomètres au nord de la métropole, ils louèrent rapidement ce trois-pièces situé à deux pas du métro ; on leur avait conseillé de trouver un endroit tout près des services utilitaires. 

( La musique qui parle à Nathan n’a rien de classique malgré la présence des violon et violoncelle, est tirée d’une série espagnole la casa de papel et interprétée par Cecilia Krull. Elle m’amène à parler de musique et de séparation lors du prochain billet.












samedi 27 juillet 2024

Si Nathan avait su... (1) Revu et corrigé

 

Si Nathan avait su


                                    PROLOGUE

 

Il y a si longtemps. Long de temps. Je pose mon verre de Morgon sur la table placée tout à côté de mon ordinateur devenu lieu d’écriture depuis quelques années - depuis ma retraite en fait.

Il m’aura fallu déplacer le recueil de poèmes qui m’accompagne depuis belle lurette. Long de temps. Il s’agit des Poésies complètes de Saint-Denys-Garneau, ce poète qui m’a vraiment, mais alors là vraiment fait comprendre ce qu’est la poésie. Cela pourrait se comparer à l’expérience d’un enfant qui goûte aux champignons pour la première fois alors qu’il n’avait, auparavant, mangé que des patates et des carottes.

Lorsque le rouge qui s’appelle Morgon rejoint ma tête, il supplie mes mains de s’installer au clavier. D’écrire. On m’a toujours dit qu’écrire n’était réservé qu’aux écrivains. J’y ai cru. Longtemps. Très longtemps. Mais j’ai dévié de cette route lorsqu’un jour une vieille dame, cousine-germaine de ma grand-mère maternelle, femme moderne pour son époque non pas seulement parce qu’elle fumait et que, devenue veuve assez jeune et orpheline d’un fils décédé à la fin de son adolescence en raison de consanguinité (union d’un oncle avec sa nièce) elle se retrouva avec un important pactole la rendant indépendante, du moins financièrement. Elle fut la première à lire mes poèmes de douze ans. S’y intéressant, elle m’offrit un magnifique livret, je me souviens il était vert à bordure dorée, un signet rouge au centre. Je devais le remplir de mes … oeuvres. Elle les commentait avec tellement de chaleur et d’affection que la poésie qui devait alors m’être qu’un échappatoire devint rapidement un lieu que je me suis mis à habiter. J’y logeais cherchant à mieux l’aménager. Cette cousine m’offrait des recueils de poèmes devant, selon ses dires, m’aider à mieux écrire, à m’inspirer. Je ne savais pas écrire, n’étais pas inspiré. Les alexandrins que je pondais, par chance, ont disparu avec le livret vert à bordure dorée et signet rouge. Un jour, alors que je lui parlais d’un type de poésie tellement, mais tellement loin de ce qu’elle m’offrait, il y eut entre nous une profonde remise en question, de l’ordre du spirituel, du religieux devrais-je plutôt dire. Marie Noël, Octave Crémazie, Louis Fréchette qu’elle m’incitait à lire, à imiter, je les trouvais, honnêtement, plutôt ennuyants. Je passais à Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Saint-Denys-Garneau. Je lisais ces poètes à la porte de l’adolescence. Ils me chaviraient l’âme. Nelligan semblait à ce moment-là plus fréquentable que les poètes maudits de France, mais sans trop savoir pourquoi il ne répondait pas à qui j’étais. On murmurait autour de moi que les poètes étaient des êtres bizarres, destinés à un avenir débouchant sur la folie sous différentes formes. Ce que maintenant je regrette amèrement, c’est de ne pas avoir eu à cette époque un guide qui eut pu à la fois me conseiller et surtout me centrer sur les oeuvres davantage que sur l’aspect «people» entourant leurs vies. On disait : Nelligan est fou, Rimbaud et Verlaine sont des invertis (le mot homosexuel n’était pas utilisé pour les définir, le terme «gay» n’existait pas) et Baudelaire, un drogué.

Je cherchai conseil auprès de mon paternel qui me dirigea vers les mêmes références que la cousine-germaine de ma grand-mère. Un seul m'aura intéressé et j'en reparlerai sans doute, il s'agit de Charles Gill et son Cap Éternité. Mon père a toujours eu la triste habitude de régler rapidement, trop parfois, les questions qui lui étaient adressées en soufflant dessus, espérant les voir s’envoler en fumée ou en dirigeant les interrogations vers un autre sujet.

Ce qui ne fut pas nécessairement désolant puisqu’il inscrivit la famille à la Maison Columbia, section des disques classiques. J’avais donc à m’auto-guider… Et c’est Hector de Saint-Denys-Garneau qui fut - et encore maintenant - le poète qui m’oblige à fermer les yeux à chacun de ses vers, à chacune de ses éblouissantes métaphores, à tous ses poèmes fracassant la poésie traditionnelle. Écrire en vers libres ce n’était pas de la poésie, plutôt de l’hétérodoxie. Mais Hector m’y amena tout d’un coup et jamais plus j’allais le regretter.

Alors que mon verre de Morgon s’achève, que tout doucement le soir descend, qu’un léger vent se faufile par la fenêtre alors qu’un magnifique concerto pour violon de Mendelssohn m’emplit de bonheur, je réalise que le temps passe vite. Que Saint-Denys-Garneau est mort. Que je suis devenu vieux. Très vieux même. Il ne reste que peu de choses de celui qui, un jour, décida de signer ses poèmes d’un pseudonyme : Herman Delage.

J’ai souvent, entre l’enfance et l’âge adulte, joué avec les noms. À titre d’exemple, autour de l’âge de dix ans j’avais décidé que mes deux frères et moi étions devenus des Anderson. Cela m’amusait beaucoup parce qu’il devenait possible pour moi de leur créer un monde, leur faire vivre des aventures desquelles ils sortaient en héros gigantesques adulés par tous et chacun. Le souvenir que j’ai encore vivant à mon esprit est celui-ci : nous étions des fils de titan, d’invincibles coureurs des villes, de solides redresseurs de mauvaises situations, trois valeureux protecteurs de la veuve et de l’orphelin ne reculant devant aucune catastrophe autant matérielle que celle pouvant se présenter aux êtres qui nous étaient chers, même les autres.

Maintenant que je fouille dans des textes partiellement publiés ou volontairement enfermés dans ce que je nomme mon laboratoire, j’en découvre quelques-uns qui me serviront pour avancer dans ce nouveau projet que j’intitulerai : SI NATHAN AVAIT SU… J’aurais pu aussi le nommer SI HERMAN AVAIT SU… mais il faut choisir. Nathan l’emporte. Une raison précise? Deux, en fait.

La première parce qu’un des écrivains qui aura également bousculé ma manière de voir le monde, André Gide, a opté pour Nathanaël afin de s’adresser à nous dans l’initiatique œuvre que représente Les nourritures terrestres. 

 La seconde, alors qu’en compagnie de mon frère Pierre et ma belle-soeur Claire nous nous adonnions à partager des textes à partir d’un même thème, cette activité devenue notre otium, Nathan s’est présenté me permettant de développer une thématique et en même temps, créer un personnage. J’aime, non j’adore créer des personnages. DEP (roman que j’ai publié au Vietnam en 2019) m’aura permis de satisfaire cette passion.

Dans ces prochains billets, je succomberai à nouveau à cet emportement. Évidemment, je broderai entre réalité et fiction, installerai autour de mon verre de Morgon une espèce de mise en scène dont plusieurs éléments puisés à même mon passé sont encore présents à ma mémoire.













jeudi 25 juillet 2024

Projet entre nostalgie et fantaisie... (4)

 




lundi 12 juin 2006

 

    Je vous offre trois poèmes écrits il y a de cela quelques années, alors qu’avec un groupe d’élèves je travaillais la poésie. 
Ils devaient leur servir de modèle. 
Leurs poèmes ont été publiés dans un recueil qu’ils intitulèrent
REGARDS DE GLACE... REGARDS D’ENCRE...


entre plus tard et partir


entre plus tard et partir
l’image éblouie de la lumière
                                                        dressée
se reflète
en couleurs diluées

entre partir et plus tard
la fine fleur de l’ombre
                                            arrachée
s’attarde
à un même sol

plus tard, entre partir et revenir
les pas étouffés d’un silence retenu,
                                                                        soupiré
s’esseule
à l’écho de la fleur

partir entre plus tard et jamais
les cris comme des bruissements
                                                                    résonnés
s’assomment
au fond de l’infini

entre plus tard et partir
en d’éteintes sécheresses
l’eau s’écoule
sur un pays asséché




la légende du cheval blanc


cheval blanc
sur fond de montagne
fond
en équilibre

amble et trot
une eau jaillissante
puissante
l’enfourchant
s’enfonce
en perles fuyantes

un cheval blanc
vers les nuages froncés
s’accroche à la selle du vent
encore fou de sa source limpide
et que lentement verdisse la terre!





espiègle siècle espéré


le bleu dans le gris des nuages
s’engloutit
en ce matin de porcelaine

un parfum emplit l’espace
hymne imprimé sur la peau

le silence de vos cris
parle de la vie

à la porte du siècle
les jours s’éclairent d’ombre
éparpillant vos joies

la plus belle parole
la redite des paroles éteintes
le cadenas ouvert aux espoirs
afin qu’éclate le siècle espéré
qui sera ce que tu seras,
nue de ce que tu étais
vêtue de qui tu seras

espiègle absente des nuits blanches
fantôme apprivoisé,
spectre envahissant,
marchant ses pas dans les flaques d’eau
comme l’intarissable source jaillissante
coule par vos plaies refermées

un sourire
sur vos avenirs
sur vos bouts de chemin
prend par la main
celles et ceux
qui accueilleront l’espiègle siècle espéré

                                                                                  

mercredi 17 juillet 2024

Et si... la suite comme une fin !





          Au contraire de l’utopie, la dystopie «fait le récit d’une société imaginaire ou impossible à vivre, pleine de défauts et dont le modèle ne doit pas être imité.» La suite de poèmes lancée par L’OISEAU (20 avril 2024) a suscité plusieurs commentaires très pertinents. Je les résume ainsi : certains lecteurs ont vu, un instant, que j’étais dans la dystopie et que j’allais vers une nouvelle façon de dire le monde à la suite du cataclysme provoqué par cet oiseau de proie :

« Ce fut la mort, l’imprévisible mort qui s’est abattue
ne laissant aucune chance, elle n’en laissera jamais
transportera, installera son périmètre secret 
autour d’une autre vie… sans qu’on ne l’est vu».
 
         On m’a aussi cité ces vers qualifiés de pessimistes en lien avec la destruction qu’annonce L’OISEAU :

   «  C’est la mort harnachant le vide, trônant fiévreusement au-dessus d’une faille.
La mort, aussi vieille qu’elle-même, plus avide qu’elle-même, si tant elle-même
que les regroupés puis disparus ont passé le relais aux autres, ceux qui viendront
devant une autre maisonnette blanche, bâtie à l’identique, avertie de se décolorer
quand passera un oiseau de proie ayant délimité son territoire de chasse, de mort…»
   
         Le poème suivant … immortel … conjugué au futur semble donner un peu d’espoir alors que L’ÉTENDUE BLANCHE a paru davantage inquiétant du fait qu’il «s’écrit à l’encre blanche» et qu’à la fin «un point noir éclôt…».
 
       Dans EN MARCHE… ON NE SAIT OÙ et ET SE LÈVE UN VENT FULGURANT, puis NOUS NE SOMMES PLUS SEULS apparaissent couleurs, sons et les êtres humains. C’est peut-être ici que l’idée que l’on fuyait la dystopie a pu naître chez les lecteurs(trices) ou encore dans leur imaginaire cherchant à interpréter, à donner un sens à la suite de ces poèmes. Surgit finalement ET SI , poème hypothétique, spéculatif voire conjectural qui assure la continuation de cette série. Et puis, je pourrais dire finalement, cette suite de ET SI qui, sans marcher entièrement dans des sentiers surréalistes, risque tout de même de s’y aventurer à pas de loup.
 
          Je propose cette clé. Elle n’est sûrement pas unique. On peut fort bien lire tout cela comme s’il s’agissait de l’écriture miroir qui projetterait le tout à l’intérieur d’un être dépressif doucement mais résolument actif à poursuivre une démarche personnelle. À vous de choisir…
 
 
 
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                                (puis)            Et si…
 
les erreurs de la nature n’étaient que des vengeances ... et si la logique d’un coup s’égarait … et si nous oubliions ce qui était, ce qui a été, ce qui fut pour mieux centrer nos pas … et si le hasard devenait l’avenir réel … et si les arbres, des génuflexions au pied du ciel …  et si rien ne nous inquiétait, encore moins les souvenirs d’un passé révolu … et si nous nous connaissions mieux que nous-mêmes … et si nous n’acceptions de vivre que de nuit et cela tous les matins … et si se reconnaître prenait le sens de connaître … et si nous n’avions en nous aucune aptitude pour la guerre … et si nous revêtions nos uniformes de paix …

                                       
 
PAUSE
 
 et si nous devions définir les choses qu’au moment de les voir… et si les couleurs ne signifiaient rien … et si les sons s’imbriquaient aux mots, eux-mêmes emmêlés autour de fragiles colonnes lexicales … et si les odeurs nous rappelaient celle de l’eau … et si les enfants n’apprenaient qu’à le demeurer … et si d’immenses tempêtes de silence s’abattaient sur nous … et si nous écoutions le silence pour mieux irriguer notre cerveau … et si les fleurs se mariaient aux oiseaux … et si nous avions perdu ce qui nous tenait à coeur … et si la violence, soeur siamoise de la peur, devenait un agir arrêté … et si le temps s’étirait et s’étirait encore sans rien perturber … et si le carmin du ciel demeurait beau …

                                  

PAUSE
 
et si le blanc de l’horizon n’était perceptible qu’à l’oeil nu … et si les failles de nos vies se refermaient … et si nous en arrivions à n’être que nous … et si nous marchions la main dans la main … et si l’amour s’appelait l’ AMOUR … et si les rencontres devenaient des occasions … et si nous n’avions plus la mémoire des futilités … et si nos ancêtres nous souriaient … et si la Crète tout d’un coup réapparaissait dans le goût des olives noires … et si beau temps mauvais temps nous étions euphoriques … et si les nouveaux médicaments n’étaient plus disponibles … et si notre regard se faisait autiste … et si partir n’avait aucun but … et si on arrivait à définitivement démolir les tours de Babel … et si les frontières se confondaient entre elles …

                                                    
PAUSE
 
et si mentir se confessait debout devant l’éternité … et si l’infini devenait un havresac de mensonges … et si nous ne nous interrogions plus sur la mort … et si elle se cachait dans les astres … et si nous ne pouvions y parvenir … et si nous savions que là quelqu’un vit sans chercher à rejoindre d’autres quelques-uns vivant ailleurs dans d’autres astres qui ne cherchent pas à en rejoindre d’autres … et si la hantise du retour d’un oiseau de proie ne nous collait plus à la peau … et si on savait ce qui se dira demain parce qu’hier nous l’avons répété … et si nous ne donnions pas de nom aux pays qui empliront le nouvel espace … et si la solitude n’avait aucun prix … et si les romans n’avaient plus de fin, moins de morale … et si les intrigues ne nous intriguaient plus … et si les poèmes sortaient de terre après l’avoir ensemencée … et si l’espoir n’était que du conditionnel …



PAUSE
 
et si nous pouvions tourner les pages d’anciennes vies …
 
 
(puis)  -  (alors)
 
ton nom je ne l’oublierais plus
écrit là où l’oubli n’a plus sa place
exactement là où jamais je ne l’oublierai
 
j’ai encore trop à oublier
trop à ne plus me souvenir
je ne conserve que du maintenant
 
j’aurai épuisé
le vent pour complice
les anciens surplus de vide
 
il est là celui qui écrit
partageant avec elle
les mots au sens renouvelé…
 
FIN

                                                          













Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...