samedi 27 juillet 2024

Si Nathan avait su... (1) Revu et corrigé

 

Si Nathan avait su


                                    PROLOGUE

 

Il y a si longtemps. Long de temps. Je pose mon verre de Morgon sur la table placée tout à côté de mon ordinateur devenu lieu d’écriture depuis quelques années - depuis ma retraite en fait.

Il m’aura fallu déplacer le recueil de poèmes qui m’accompagne depuis belle lurette. Long de temps. Il s’agit des Poésies complètes de Saint-Denys-Garneau, ce poète qui m’a vraiment, mais alors là vraiment fait comprendre ce qu’est la poésie. Cela pourrait se comparer à l’expérience d’un enfant qui goûte aux champignons pour la première fois alors qu’il n’avait, auparavant, mangé que des patates et des carottes.

Lorsque le rouge qui s’appelle Morgon rejoint ma tête, il supplie mes mains de s’installer au clavier. D’écrire. On m’a toujours dit qu’écrire n’était réservé qu’aux écrivains. J’y ai cru. Longtemps. Très longtemps. Mais j’ai dévié de cette route lorsqu’un jour une vieille dame, cousine-germaine de ma grand-mère maternelle, femme moderne pour son époque non pas seulement parce qu’elle fumait et que, devenue veuve assez jeune et orpheline d’un fils décédé à la fin de son adolescence en raison de consanguinité (union d’un oncle avec sa nièce) elle se retrouva avec un important pactole la rendant indépendante, du moins financièrement. Elle fut la première à lire mes poèmes de douze ans. S’y intéressant, elle m’offrit un magnifique livret, je me souviens il était vert à bordure dorée, un signet rouge au centre. Je devais le remplir de mes … oeuvres. Elle les commentait avec tellement de chaleur et d’affection que la poésie qui devait alors m’être qu’un échappatoire devint rapidement un lieu que je me suis mis à habiter. J’y logeais cherchant à mieux l’aménager. Cette cousine m’offrait des recueils de poèmes devant, selon ses dires, m’aider à mieux écrire, à m’inspirer. Je ne savais pas écrire, n’étais pas inspiré. Les alexandrins que je pondais, par chance, ont disparu avec le livret vert à bordure dorée et signet rouge. Un jour, alors que je lui parlais d’un type de poésie tellement, mais tellement loin de ce qu’elle m’offrait, il y eut entre nous une profonde remise en question, de l’ordre du spirituel, du religieux devrais-je plutôt dire. Marie Noël, Octave Crémazie, Louis Fréchette qu’elle m’incitait à lire, à imiter, je les trouvais, honnêtement, plutôt ennuyants. Je passais à Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Saint-Denys-Garneau. Je lisais ces poètes à la porte de l’adolescence. Ils me chaviraient l’âme. Nelligan semblait à ce moment-là plus fréquentable que les poètes maudits de France, mais sans trop savoir pourquoi il ne répondait pas à qui j’étais. On murmurait autour de moi que les poètes étaient des êtres bizarres, destinés à un avenir débouchant sur la folie sous différentes formes. Ce que maintenant je regrette amèrement, c’est de ne pas avoir eu à cette époque un guide qui eut pu à la fois me conseiller et surtout me centrer sur les oeuvres davantage que sur l’aspect «people» entourant leurs vies. On disait : Nelligan est fou, Rimbaud et Verlaine sont des invertis (le mot homosexuel n’était pas utilisé pour les définir, le terme «gay» n’existait pas) et Baudelaire, un drogué.

Je cherchai conseil auprès de mon paternel qui me dirigea vers les mêmes références que la cousine-germaine de ma grand-mère. Un seul m'aura intéressé et j'en reparlerai sans doute, il s'agit de Charles Gill et son Cap Éternité. Mon père a toujours eu la triste habitude de régler rapidement, trop parfois, les questions qui lui étaient adressées en soufflant dessus, espérant les voir s’envoler en fumée ou en dirigeant les interrogations vers un autre sujet.

Ce qui ne fut pas nécessairement désolant puisqu’il inscrivit la famille à la Maison Columbia, section des disques classiques. J’avais donc à m’auto-guider… Et c’est Hector de Saint-Denys-Garneau qui fut - et encore maintenant - le poète qui m’oblige à fermer les yeux à chacun de ses vers, à chacune de ses éblouissantes métaphores, à tous ses poèmes fracassant la poésie traditionnelle. Écrire en vers libres ce n’était pas de la poésie, plutôt de l’hétérodoxie. Mais Hector m’y amena tout d’un coup et jamais plus j’allais le regretter.

Alors que mon verre de Morgon s’achève, que tout doucement le soir descend, qu’un léger vent se faufile par la fenêtre alors qu’un magnifique concerto pour violon de Mendelssohn m’emplit de bonheur, je réalise que le temps passe vite. Que Saint-Denys-Garneau est mort. Que je suis devenu vieux. Très vieux même. Il ne reste que peu de choses de celui qui, un jour, décida de signer ses poèmes d’un pseudonyme : Herman Delage.

J’ai souvent, entre l’enfance et l’âge adulte, joué avec les noms. À titre d’exemple, autour de l’âge de dix ans j’avais décidé que mes deux frères et moi étions devenus des Anderson. Cela m’amusait beaucoup parce qu’il devenait possible pour moi de leur créer un monde, leur faire vivre des aventures desquelles ils sortaient en héros gigantesques adulés par tous et chacun. Le souvenir que j’ai encore vivant à mon esprit est celui-ci : nous étions des fils de titan, d’invincibles coureurs des villes, de solides redresseurs de mauvaises situations, trois valeureux protecteurs de la veuve et de l’orphelin ne reculant devant aucune catastrophe autant matérielle que celle pouvant se présenter aux êtres qui nous étaient chers, même les autres.

Maintenant que je fouille dans des textes partiellement publiés ou volontairement enfermés dans ce que je nomme mon laboratoire, j’en découvre quelques-uns qui me serviront pour avancer dans ce nouveau projet que j’intitulerai : SI NATHAN AVAIT SU… J’aurais pu aussi le nommer SI HERMAN AVAIT SU… mais il faut choisir. Nathan l’emporte. Une raison précise? Deux, en fait.

La première parce qu’un des écrivains qui aura également bousculé ma manière de voir le monde, André Gide, a opté pour Nathanaël afin de s’adresser à nous dans l’initiatique œuvre que représente Les nourritures terrestres. 

 La seconde, alors qu’en compagnie de mon frère Pierre et ma belle-soeur Claire nous nous adonnions à partager des textes à partir d’un même thème, cette activité devenue notre otium, Nathan s’est présenté me permettant de développer une thématique et en même temps, créer un personnage. J’aime, non j’adore créer des personnages. DEP (roman que j’ai publié au Vietnam en 2019) m’aura permis de satisfaire cette passion.

Dans ces prochains billets, je succomberai à nouveau à cet emportement. Évidemment, je broderai entre réalité et fiction, installerai autour de mon verre de Morgon une espèce de mise en scène dont plusieurs éléments puisés à même mon passé sont encore présents à ma mémoire.













jeudi 25 juillet 2024

Projet entre nostalgie et fantaisie... (4)

 




lundi 12 juin 2006

 

    Je vous offre trois poèmes écrits il y a de cela quelques années, alors qu’avec un groupe d’élèves je travaillais la poésie. 
Ils devaient leur servir de modèle. 
Leurs poèmes ont été publiés dans un recueil qu’ils intitulèrent
REGARDS DE GLACE... REGARDS D’ENCRE...


entre plus tard et partir


entre plus tard et partir
l’image éblouie de la lumière
                                                        dressée
se reflète
en couleurs diluées

entre partir et plus tard
la fine fleur de l’ombre
                                            arrachée
s’attarde
à un même sol

plus tard, entre partir et revenir
les pas étouffés d’un silence retenu,
                                                                        soupiré
s’esseule
à l’écho de la fleur

partir entre plus tard et jamais
les cris comme des bruissements
                                                                    résonnés
s’assomment
au fond de l’infini

entre plus tard et partir
en d’éteintes sécheresses
l’eau s’écoule
sur un pays asséché




la légende du cheval blanc


cheval blanc
sur fond de montagne
fond
en équilibre

amble et trot
une eau jaillissante
puissante
l’enfourchant
s’enfonce
en perles fuyantes

un cheval blanc
vers les nuages froncés
s’accroche à la selle du vent
encore fou de sa source limpide
et que lentement verdisse la terre!





espiègle siècle espéré


le bleu dans le gris des nuages
s’engloutit
en ce matin de porcelaine

un parfum emplit l’espace
hymne imprimé sur la peau

le silence de vos cris
parle de la vie

à la porte du siècle
les jours s’éclairent d’ombre
éparpillant vos joies

la plus belle parole
la redite des paroles éteintes
le cadenas ouvert aux espoirs
afin qu’éclate le siècle espéré
qui sera ce que tu seras,
nue de ce que tu étais
vêtue de qui tu seras

espiègle absente des nuits blanches
fantôme apprivoisé,
spectre envahissant,
marchant ses pas dans les flaques d’eau
comme l’intarissable source jaillissante
coule par vos plaies refermées

un sourire
sur vos avenirs
sur vos bouts de chemin
prend par la main
celles et ceux
qui accueilleront l’espiègle siècle espéré

                                                                                  

mercredi 17 juillet 2024

Et si... la suite comme une fin !





          Au contraire de l’utopie, la dystopie «fait le récit d’une société imaginaire ou impossible à vivre, pleine de défauts et dont le modèle ne doit pas être imité.» La suite de poèmes lancée par L’OISEAU (20 avril 2024) a suscité plusieurs commentaires très pertinents. Je les résume ainsi : certains lecteurs ont vu, un instant, que j’étais dans la dystopie et que j’allais vers une nouvelle façon de dire le monde à la suite du cataclysme provoqué par cet oiseau de proie :

« Ce fut la mort, l’imprévisible mort qui s’est abattue
ne laissant aucune chance, elle n’en laissera jamais
transportera, installera son périmètre secret 
autour d’une autre vie… sans qu’on ne l’est vu».
 
         On m’a aussi cité ces vers qualifiés de pessimistes en lien avec la destruction qu’annonce L’OISEAU :

   «  C’est la mort harnachant le vide, trônant fiévreusement au-dessus d’une faille.
La mort, aussi vieille qu’elle-même, plus avide qu’elle-même, si tant elle-même
que les regroupés puis disparus ont passé le relais aux autres, ceux qui viendront
devant une autre maisonnette blanche, bâtie à l’identique, avertie de se décolorer
quand passera un oiseau de proie ayant délimité son territoire de chasse, de mort…»
   
         Le poème suivant … immortel … conjugué au futur semble donner un peu d’espoir alors que L’ÉTENDUE BLANCHE a paru davantage inquiétant du fait qu’il «s’écrit à l’encre blanche» et qu’à la fin «un point noir éclôt…».
 
       Dans EN MARCHE… ON NE SAIT OÙ et ET SE LÈVE UN VENT FULGURANT, puis NOUS NE SOMMES PLUS SEULS apparaissent couleurs, sons et les êtres humains. C’est peut-être ici que l’idée que l’on fuyait la dystopie a pu naître chez les lecteurs(trices) ou encore dans leur imaginaire cherchant à interpréter, à donner un sens à la suite de ces poèmes. Surgit finalement ET SI , poème hypothétique, spéculatif voire conjectural qui assure la continuation de cette série. Et puis, je pourrais dire finalement, cette suite de ET SI qui, sans marcher entièrement dans des sentiers surréalistes, risque tout de même de s’y aventurer à pas de loup.
 
          Je propose cette clé. Elle n’est sûrement pas unique. On peut fort bien lire tout cela comme s’il s’agissait de l’écriture miroir qui projetterait le tout à l’intérieur d’un être dépressif doucement mais résolument actif à poursuivre une démarche personnelle. À vous de choisir…
 
 
 
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                                (puis)            Et si…
 
les erreurs de la nature n’étaient que des vengeances ... et si la logique d’un coup s’égarait … et si nous oubliions ce qui était, ce qui a été, ce qui fut pour mieux centrer nos pas … et si le hasard devenait l’avenir réel … et si les arbres, des génuflexions au pied du ciel …  et si rien ne nous inquiétait, encore moins les souvenirs d’un passé révolu … et si nous nous connaissions mieux que nous-mêmes … et si nous n’acceptions de vivre que de nuit et cela tous les matins … et si se reconnaître prenait le sens de connaître … et si nous n’avions en nous aucune aptitude pour la guerre … et si nous revêtions nos uniformes de paix …

                                       
 
PAUSE
 
 et si nous devions définir les choses qu’au moment de les voir… et si les couleurs ne signifiaient rien … et si les sons s’imbriquaient aux mots, eux-mêmes emmêlés autour de fragiles colonnes lexicales … et si les odeurs nous rappelaient celle de l’eau … et si les enfants n’apprenaient qu’à le demeurer … et si d’immenses tempêtes de silence s’abattaient sur nous … et si nous écoutions le silence pour mieux irriguer notre cerveau … et si les fleurs se mariaient aux oiseaux … et si nous avions perdu ce qui nous tenait à coeur … et si la violence, soeur siamoise de la peur, devenait un agir arrêté … et si le temps s’étirait et s’étirait encore sans rien perturber … et si le carmin du ciel demeurait beau …

                                  

PAUSE
 
et si le blanc de l’horizon n’était perceptible qu’à l’oeil nu … et si les failles de nos vies se refermaient … et si nous en arrivions à n’être que nous … et si nous marchions la main dans la main … et si l’amour s’appelait l’ AMOUR … et si les rencontres devenaient des occasions … et si nous n’avions plus la mémoire des futilités … et si nos ancêtres nous souriaient … et si la Crète tout d’un coup réapparaissait dans le goût des olives noires … et si beau temps mauvais temps nous étions euphoriques … et si les nouveaux médicaments n’étaient plus disponibles … et si notre regard se faisait autiste … et si partir n’avait aucun but … et si on arrivait à définitivement démolir les tours de Babel … et si les frontières se confondaient entre elles …

                                                    
PAUSE
 
et si mentir se confessait debout devant l’éternité … et si l’infini devenait un havresac de mensonges … et si nous ne nous interrogions plus sur la mort … et si elle se cachait dans les astres … et si nous ne pouvions y parvenir … et si nous savions que là quelqu’un vit sans chercher à rejoindre d’autres quelques-uns vivant ailleurs dans d’autres astres qui ne cherchent pas à en rejoindre d’autres … et si la hantise du retour d’un oiseau de proie ne nous collait plus à la peau … et si on savait ce qui se dira demain parce qu’hier nous l’avons répété … et si nous ne donnions pas de nom aux pays qui empliront le nouvel espace … et si la solitude n’avait aucun prix … et si les romans n’avaient plus de fin, moins de morale … et si les intrigues ne nous intriguaient plus … et si les poèmes sortaient de terre après l’avoir ensemencée … et si l’espoir n’était que du conditionnel …



PAUSE
 
et si nous pouvions tourner les pages d’anciennes vies …
 
 
(puis)  -  (alors)
 
ton nom je ne l’oublierais plus
écrit là où l’oubli n’a plus sa place
exactement là où jamais je ne l’oublierai
 
j’ai encore trop à oublier
trop à ne plus me souvenir
je ne conserve que du maintenant
 
j’aurai épuisé
le vent pour complice
les anciens surplus de vide
 
il est là celui qui écrit
partageant avec elle
les mots au sens renouvelé…
 
FIN

                                                          













lundi 15 juillet 2024

Projet entre nostalgie et fantaisie ... (3)

 

                           

    

     La poésie prend mille et un sens, mille et une définitions selon celui et celle qui s'en approchent. Mieux encore, elle se dévoile - la poésie - dans des circonstances individuelles, oui, en un temps précis,  tout à fait exact, dans un endroit qui nous est personnel et surtout... alors que nous sommes dans un état de réception variant selon mille et une raisons, mille et un états d'âme.


     Le «projet entre nostalgie et fantaisie» me permet de revenir sur les mots d'un poème et, par la magie de la lecture et de la poésie elle-même, retrouver le sentiment, l'émotion qui sont allés frapper à la porte de la Muse et voir si tout est là encore ou nécessite une mise à jour.

   Je crois que la poésie est la première expérience humaine en 5D ( 5 dimensions), expérience qui dépasse nos quotidiennes trois (3) dimensions limitant notre vision à sa hauteur, sa largeur et sa profondeur. La 4D ajoute le temps comme direction perpendiculaire à toutes les directions de notre espace. La cinquième est associée à des états de conscience élargis et à des phénomènes qui dépassent notre réalité immédiate.

     La poésie serait... un phénomène métaphysique présent en nous depuis... si longtemps.

    Voici deux poèmes, le premier remonte du 23 septembre 2005 (Douzième saut de crapaud ) alors que le second date au 25 février 2006 (Le quatre-vingt-dixième saut de crapaud), tous les deux inspirés par des événements s'étant alors imposés à moi.


Corps
sans regards
sans mains
sans voix

corps
aéroports qu’une torche pâle illumine
de la chimie, du sang chaud, emmêlés
à des ailes de comète

regards
navires embués broutant des mots engloutis
dans ces fleuves malades
tels des domaines du passé

mains
grands manèges arrêtés
requinquant des portes grincheuses,
des moulinets défaits

voix
 cicatrices aux veines imperméables 
 davantage singulières, moins plurielles
avalant les restes séchés de la sève



la vie éternelle, répétition parallèle à l'infini
arpente inlassablement
des corps sans regards, sans mains et sans voix

                                                          



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les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


des envers de sable
des ailleurs sans hiver…


les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


marchent
les infatigables âmes
au carrefour se cache la rencontre


les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


balisent les forêts
les ruisseaux gelés
les veines durcies
l’atlas des amants


les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


des poings s’ouvrent
des mains se joignent
rouges encore
la glace pend aux clôtures barbelées


les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


sifflent les flèches au-dessus leur tête
eux, penchés, fixent
la même direction


les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…


la cible des engelures est atteinte
elles guériront au printemps à venir

et

en plein cœur des si froids janviers de la vie
des chemins dans les plaines enneigées

rejaillira la lavande…



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


jeudi 11 juillet 2024

Un peu de politique à saveur bratacienne ... (Billet 6)

 

Un peu de politique à saveur batracienne…


EN FRANCE, C’EST GAUCHE/DROITE

    On croyait bien qu’à la suite du deuxième tour des élections législatives françaises tenues le dimanche 7 juillet dernier, tout allait être joué ; eh bien ! non, en fait tout reste encore à jouer, et ça s’annonce plutôt serré comme à la guerre…
 
Quelques remarques avant d’entrer dans le vif du sujet.
 
1. - C’est tout de même extraordinaire que dans ce grand hexagone de plus de 66 millions d’habitants, les bureaux de vote ferment leurs portes à 20 heures et, quelques secondes après, bang ! les  résultats nous parviennent avec une formidable exactitude.
 
2.- Les sondages prévoyaient l’élection de l’extrême-droite (lire Rassemblement National ) - tout comme LE CRAPAUD d’ailleurs - et son entrée à Matignon, là où réside le Premier ministre français, alors que la réalité - certains diront la «voix du peuple»  - présente tout le contraire, malgré un certain avancement au niveau du nombre de leurs députés élus.
 
3.- La gauche, réussissant l’impossible, à savoir s’unir afin de présenter un front commun (Le Nouveau Front National) qui rassemble toute une fourchette d’idéologies allant jusqu’à l’extrême-gauche, se retrouve avec le plus grand nombre de députés élus (182) sur un total de 577.
 
4.- Le Président Macron, face à des scores défavorables lors des élections européennes, a dissout l’Assemblée nationale française, provoquant ainsi une  élection de laquelle il envisageait certainement un meilleur dénouement que celui obtenu.
 
5. - La campagne électorale française a ceci d’intéressant : elle se joue sur deux (2) tours et pour être élu le candidat de tel ou tel parti politique doit obtenir 50% des suffrages exprimés + 1 au premier tour. Tous ceux qui soutirent 12,5% du vote populaire peuvent, s’ils le souhaitent, passer au second tour. C’est ici, selon les analystes, que les résultats finaux se sont joués, le désistement de certains candidats pour favoriser un affrontement à deux et non à trois. Cette stratégie utilisée principalement par les partis formant le Nouveau Front National a ainsi permis plusieurs duels qui se sont avérés néfastes au Ralliement National. Un seul hic à cette manoeuvre, elle aura profité davantage à la gauche au détriment de la faction dirigée par le Président Macron et son Premier ministre, Gabriel Attal.
 
6.- Trop souvent les débats politiques sont teintés de démagogie, de coups bas et parfois d’une pelletée de mensonges ou de calomnies. La France n’y a pas échappé et revenir sur cela n’en vaut franchement pas la peine.
 
7.- Toutefois, et voici une pédagogie plus attractive, certains analystes qu’ils soient journalistes, éditorialistes, professeurs d’université ou chercheurs en science politique ont tenté de voir certaines similitudes entre deux philosophies, celle du  Siècle des Lumières et celle de l’extrême-droite, appliquant ces deux doctrines aux camps en présence : le Siècle des Lumières associé au Nouveau Front Populaire alors que l’autre ressemblerait aux idées défendues par le Rassemblement National.
 
    Les éléments caractéristiques de la philosophie des Lumières sont la «primauté scientifique», «l’esprit critique», «l’idée de tolérance» ; ceux de l’extrême-droite s’approchent de la «xénophobie», de «l’autoritarisme en matière de politique intérieure» ainsi «qu’une rhétorique d’antisystème». Je ne sais si cela a pu ou non jouer dans les intentions de vote des citoyens français, mais certains le croient.
 
    Tout de même surprenant qu’au lendemain des élections législatives, les élus du Rassemblement National au Parlement européen concluent une entente avec le Premier ministre d’extrême-droite de la Hongrie Viktor Orban afin de créer une troisième voie dans la seule institution européenne dûment élue, une voie résolument d’extrême-droite.

 
Et alors, c’est quoi selon LE CRAPAUD le vif du sujet ?

 
    On peut très bien examiner la politique française avec en tête ces idées qui ont longtemps circulé là-bas et qui nous ont permis de s’en faire une opinion, à savoir qu’il existe un éventail de partis politiques se situant au centre, à droite et à gauche. Simple en effet. La réalité actuelle est tout autre, plus nuancée, plus complexe. La droite se compose de plusieurs familles, mais se distingue davantage (maintenant) par celles qui s’approchent des Le Pen (Rassemblement National) et celles qui s’en éloignent. Le centre, chamboulé depuis l’arrivée du Président Macron dont le grand rêve politique est de réunir centre-droit et centre-gauche, est au pouvoir depuis la fin du règne de François Hollande. Pour sa part la gauche, celle qui sans aucun doute a eu le plus de difficulté à s'unir par le passé alors que le Parti Socialiste en était le leader tout à côté du Parti Communiste, a vu son visage profondément modifié par l’arrivée du tribun hors norme qu’est Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) que l’on considère d’extrême-gauche.

Jean-Luc Mélenchon
                                   
 
     Nous voguions vers un 7 juillet historique, soit la possibilité d’une alternance au pouvoir législatif et un Jordan Bardella croyant fortement à la possibilité de devenir le prochain Premier Ministre. Dans les faits nous accostons à un quai inédit: aucun parti ne détient la majorité à l’Assemblée nationale ; on doit mener des tractations entre différents partis politiques (les gouvernements issus de coalitions ne sont pas monnaie courante en France) afin de pouvoir proposer un Premier Ministre chargé de monter un gouvernement, sauf qu’ici on ne veut pas de cela et vice-versa. On en a jusqu’à l’automne avant de voir la situation dénouée, surtout qu’on ne peut tenir une élection (législative) d’ici un an. 

    Plane dans l’air différentes hypothèses dont celle qui veut que le Président confie le gouvernement à des techniciens sans allégeance politique et ayant pour mandat de gérer le pays. Celle d’une démission du Président de la République et l’obligation de tenir une élection afin de le remplacer circule, mais le principal intéressé ne semble pas y porter beaucoup attention.
 
    Intéressant à suivre à quelques jours de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris (26 juillet au 11 août) alors que le monde entier aura les yeux rivés sur ce pays qui, je le souhaite du moins, pourrait devenir un modèle pour certains autres qui d’ici quelques mois (USA en novembre prochain) et (le Canada quelque part entre maintenant et 2026) tiendront un exercice démocratique semblable.
 
    Est-ce que la «voix du peuple» résonnera comme elle vient de le faire dans notre mère-patrie, nous évitant de tomber dans les griffes d’une droite… trop à droite ?






mardi 9 juillet 2024

TIRÉ À PART

 

Gaston MIRON


  Tous et toutes nous le connaissons. L'homme rapaillé. L'éveilleur de conscience, celle du Québec. Poète avant tout, Gaston MIRON aura été de tous les combats qu'ils soient politique, littéraire, linguistique, de tous ces combats qui, encore maintenant, doivent se poursuivre malgré le fait que ce «passeur de culture» en ait, toute sa vie durant, été soit le promoteur et souvent le précurseur.

  À l'image de notre barde national, Félix LECLERC, Gaston Miron a d'abord séduit la France où il s'est imposé comme un indispensable de la littérature française. L'influence qu'il a répandue autour de lui - d'abord en fondant la maison d'édition l'Hexagone, en patronnant LA NUIT DE LA POÉSIE - a fait jaillir sans aucun doute, émerger serait encore plus précis, des auteurs, des autrices - principalement des poètes, des poétesses - dont le Québec s'enorgueillit aujourd'hui.

  Mon frère Pierre, dans ce tiré à part, nous permet aujourd'hui de rendre hommage à cet homme essentiellement unique. Il nous propose un poème qu'il a écrit le 8 septembre 2020 inspiré de MIRON.



« Les mots nous regardent

Ils nous demandent de partir avec eux »

- Gaston Miron

 

Les mots nous regardent

Ils demandent de partir avec eux

Aller faire un tour

Du côté de la vision

Au-delà du triste,

Au plus près de l’amour

Autres mots pour nommer nos maux

Je les cherche, ils sont là pourtant

À bout portant, pourtant transparents

Ces mots appris, trouvés, réinventés

Par-delà les aspérités du moment

Ils aident à nous créer

Construire encore plus d’humanité

Quelle belle engeance ces animaux parlants

Quand ils veulent bien se dire

Ah le langage, oui, mais les mots…

Si discrets, qui soutiennent le discours

Ils nous aident à être là, ici

Pour autant que nous voulions qu’ils y soient

Nous révélant dans l’essentiel, l’émotion

Soutenant notre élan lorsque chantés 

Oui les regardent, nous attendent

Comme dans le poème, leur lieu privilégié

D’où ils dansent, nous en mettent la vue

Pour que naisse la fête du Dire.

 

- Pierre Turcotte





            

vendredi 5 juillet 2024

GABRIELLE ROY

Gabrielle ROY

 

   

    Je viens de replacer mon livre dans la bibliothèque. LA DÉTRESSE ET L’ENCHANTEMENT, de Gabrielle Roy : son autobiographie (non achevée). Relire est trop souvent une action que l’on ne répète pas beaucoup, malheureusement. Je rêve maintenant que bientôt, en compagnie de mon frère Pierre et ma belle-soeur Claire, j’aurai l’occasion de marcher près de sa maison à Petite-Rivière-Saint-François. D’ici là, voici quelques phrases qui pourraient rejoindre l’état d’âme qui ressort de ce bouquin de Gabrielle Roy.

 

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. Il y a des mots comme ça : une fois dits, on les entendra toujours. Ils se logent dans quelque coin de la mémoire d’où on ne pourra les faire sortir. Ils nous attendent à un tournant de la pensée, la nuit souvent, quand nous ne pouvons nous rendormir, alors que ce sont toujours les vieilles souffrances qui viennent nous retrouver les premières. Peut-être, quand nous serons cendre et poussière, ou âme immortelle, que nous nous en souviendrons encore. Et s’ils nous traquent ainsi à travers la vie, et peut-être au-delà, c’est sans doute qu’ils contiennent une part de vérité.
GABRIELLE ROY
 
. Nous devons traiter les mots comme des grenades.
AMOS OZ
 
. Ils vivaient en silence comme deux vieux époux échaudés par la vie, au-delà des pièges de la passion, au-delà des mensonges barbares du rêve et des mirages de la déception : au-delà de l’amour. Car ils avaient vécu ensemble assez de temps pour comprendre que l’amour est l’amour, en tout temps et en tout lieu, et qu’il est d’autant plus intense qu’il s’approche de la mort.
GABRIEL GARCIA MARQUEZ
 
. Pour diminuer nos fautes passées, nous nous efforçons de croire qu’elles étaient fatales. Nous nous persuadons que nous avons lutté par scrupule, par générosité et par égoïsme, alors que nous savions dès le premier instant qu’il n’y avait rien à faire, que la tentation était trop forte, et la partie perdue d’avance. Et pourtant, si nous sommes honnêtes, si nous évoquons ces instants, parfois si brefs, hélas! dans leurs détails tragiques, nous nous rappelons que nous étions alors libres, libres de choisir entre le sacrifice d’un plaisir et le sacrifice d’un devoir : et le remords que nous éprouvons aujourd’hui n’est que la certitude d’avoir été libres alors.
MARIO SOLDATI
 
. … nommer un être, c’est le rendre présent…
MICHEL TAURIAC
 
. Comme tout le monde, elle se parlait à elle-même. Il paraît que c’est un signe de folie, il paraît que c’est une preuve de sagesse. Nous nous parlons tous à nous-mêmes et ce dialogue entre le moi que nous sommes et celui que nous voudrions être permet de mieux mesurer l’étendue de notre solitude et mieux écarter les tentations de nos mensonges.
PHILIPPE LABRO
 
. … il est vrai que les mots peuvent être tellement vacillants, tellement fragiles, il existe un tel abîme entre eux et les choses qui s’agitent au fond de vous, et cette distance est souvent source de regrettables malentendus, il arrive même qu’elle détruise des vies. Voilà pourquoi il vaut parfois mieux se taire et s’en remettre à ce que voient les yeux.
JON KALMAN STEFANSON 
 
. En racontant des histoires, vous rendez objective votre propre expérience. Vous la séparez de vous-même. Vous cernez certaines vérités. Vous en inventez d’autres. Vous commencez parfois par un incident qui est réellement arrivé … et vous le projetez en avant en inventant d’autres incidents qui ne se sont pas réellement produits mais qui cependant aident à l’éclaircir et l’expliquer.
TIM O’BRIEN
 
. D’un côté, il racontait son histoire avec trop d’animation, trop d’esprit de suite et de méthode, marques essentielles de la vraisemblance, pour qu’on pût la mettre en doute ; de l’autre, il y avait trop de beautés poétiques dans son récit et ces beautés elles-mêmes faisaient naître des soupçons.
TOLSTOÏ
 
. Tout finit comme tout a commencé, ou presque.
ÉRIC FOTTORINO
 
Je m’enfonçais, je le voyais bien. Et en plus je me débattais dans les contradictions alors qu’il faut s’accrocher au plus simple. Il n’y a pas de raison à ce qui arrive. Chercher une origine au mal est absurdité, il est, avant même la création. Inventer des processus à cliquet et des explications à ressort ne sert à rien et tout mettre sur la balance la détruit, la fausse sûrement. Je m’en tiens à cela, le mal est un accident perpétuel qui envoie contre le mur autant les bons que les mauvais conducteurs. Le bien n’a cours que le temps des enterrements, ce sont les seuls moments de la vie  nous voyons avec nos yeux ce que nous sommes : de la poussière que le prochain courant d’air emportera. Car, et je le crois, c’est cela le bien : voir sa propre fin dans celle des autres. Rien n’est plus dissuasif, rien n’est plus bénéfique. S’ils meurent nous mourons, tout est là. Mais il n’y a pas de bien, le mal est roi.
BOUALEM SASSAL
 
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    Ne trouvez-vous pas que plusieurs extraits cités plus haut et que vous venez de lire ont un lien, parfois direct, avec GABRIELLE ROY ?
 
    Mon petit-fils achève ses études au CEGEP et lorsqu’on discute littérature, je me rends compte que les lectures suggérées par son enseignante de français sont davantage des oeuvres d’auteurs (trices) modernes. À ma question au sujet de KAFKA et GABRIELLE ROY, la réponse fut la même pour les deux : «je ne connais pas.» Je souhaite qu’il aborde LA MÉTAMORPHOSE, puis, BONHEUR D’OCCASION.


                                                       

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

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