Camper en position immobile.
Habiter le vide.
Rien à voir avec patienter dans un abribus, une gare de train - pour eux, l'horaire se veut plus précis.
Attendre, c'est tromper le temps, le fourvoyer et, en retour, espérer une récompense. Une réponse à une question qu'on n'a pas posée. Jamais elle ne viendra, puisqu'elle n'existe pas.
Attendre, c'est se fixer au milieu d'un cercle ballotté par une force centripète. S'étourdir de l'inertie ambiante.
Être en attente, la situation la plus inquiétante pour celui qui s'y place à demeure.
Le vélo accroché à une clôture trouée
immobile dans sa tenue grise
regarde la rivière
peut-être attend-il
on l’aura oublié sans doute
Il attend
Un vélo qui ne roule pas
n’est plus un vélo
c’est l’attente
pneus crevés et selle disparue
Le vent du matin traverse sa solitude
Il est toujours là
prostré languide
humide d’une furieuse pluie nocturne
Tout comme hier y sera-t-il demain
à ne plus chercher
à attendre
qu’une clef libératrice le décadenasse
On ne sait trop ce qu’il attend ce vélo
prisonnier solitaire d’une clôture d’acier
aussi insensible que le métal
On attend lorsqu’on ne bouge plus
le regard porté devant et près de soi
à courte distance une ombre attachée
Lui, on et nous attendons
qu'un oiseau noir se perche
nous attendons immobiles
Nous attendons
Accrochés à nos austères habitudes
ignorant toujours d’où elles viennent
on attend comme un vélo immobile
Et l’attente nous emprisonne
dans une immobilité convenue
tel un vélo attaché à la clôture
On ne fait qu’attendre
on attend
comme si nous attendions
que l’attente nous renseigne
sur notre attente
dans l’immense vide
de l’immobilité
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