l’enfant
l’enfant allonge la main sur la nappe salie
recueille dans un cérémonial ludique
les ailes raidies d’un papillon
chrysalide encore
combien de tables ornées de candélabres éteints
d’un bout à l’autre des grands villages devenus villes
présentent un buffet puis un banquet puis une noce
à l’enfant jouant à qui-perd-gagne avec l’espoir
l’enfant se perd dans un vaste champ d’avoine
ne cesse de courir derrière le vent tiède
qui amène ce témoin volage
vers d’autres conscrits
l’enfant abruptement coupé de sa fuite horizontale
cherche derrière son âme blessée
des mots qui rassurent
n’y trouve que néant
il retrouvera son âme blessée aux portes du néant
… la parole sans drapeau
on le flagelle à bout de bras de paroles d'oripeaux
au centre de leurs coutures roses une femme aux seins nus
langoureusement l’invite à fertiliser le désert de ses solitudes
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les pieds déliés
crache de la salive rouillée sur ses entraves endolories
transporte de la salle des pas perdus à celle des supplices
toutes les saletés quotidiennes que ses espoirs alimentèrent
… la justice
en déséquilibre précaire entre deux plateaux de balance
dans son approximative mesure des empires à la dérive
elle rend licite l’illicite combat des océans contre les terres
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les yeux ouverts
on les lui a crevés à la naissance avec le tison de la foi
ses cicatrices oculaires sont de chétives fibroses
que les oiseaux recousent aux nuages obscurs
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les chemins de la peur
que de la sueur fétide ruissellant sur son âme
transportant des frissons dans une brouette de vent
pour les repiquer sur les aiguilles du temps
… la mort
une ombre invisiblement plus vaste que lui le suivait
le suit le suivra jusqu’au bout de ses torpides noirceurs
seules éternités que la vie éclaire d’une profonde rancœur
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas son corps
endolori à coups de fadaises endormi à coups de somnifères
et la nuit toujours il marche par lui-même affaibli
vers ce trou profond au bout d’un champ de névrose
… la haine
elle circule dans son sang à pas de coyotes
ceux qui rongent les roses sous les barbelés
elle copie dans de grands cahiers inutiles
que cet homme est un homme qui ne connaît
que le mensonge aux espoirs velléitaires
Combien
de voix perdues
contre un seul cri inlassablement étouffé
celui qui remonte le cours du temps
qui impétueusement se lance
dans l’espace des mots nomades
de cœurs ouverts
contre la haine qui transfigure les hommes du Yémen
de Lybie de Syrie d’Algérie de Tunisie
ils déambulent sur des chemins ensanglantés
en quête d’une impossible liberté
de regards fermés
contre un seul espoir annonçant au-delà des saisons passagères
le début d’un renouveau au cœur des icebergs
qui se vengeront à coup d’ours polaires des traîtres
gauchement engoncés dans leurs principes surannés
orchestre matinal
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| Sofa ou Canapé |

Mon ami Daniel Cyr, celui qui, déjà, m'a autorisé à publier quelques-uns de ses textes sur LE CRAPAUD, en envoie un aujourd'hui particulièrement remarquable.
De sa plume aiguisée, avec des mots si personnels et combien seyants, admirablement affinés par une sensibilité toujours poétique, toujours à point, Daniel aborde le sujet de «l'amitié», sujet mille fois traités au point qu'il est devenu non pas banal mais trivial ; dans ce texte, il renaît, rejaillit tant que sa beauté nous éclabousse.
Merci Ami Daniel
L'amitié
Grâce à eux, je me découvre meilleur ; je sens croître
en moi une noblesse insoupçonnée. Sans mes amis,
la vie pâlirait, se traînerait, se voilerait de cendre.
Ce sont eux qui, d’un pinceau invisible,
colorent mes jours monotones et dorent
mes heures glaciales.
L’amitié demeure inébranlable et pudique,
tel un chêne centenaire faisant face aux orages.
En elle, je puise une clarté apaisante, une braise
qui console sans consumer. Elle ne réclame rien,
elle prodigue. Elle ne contraint pas, elle enveloppe.
Plus qu’un sentiment, elle est un pacte sans paroles,
un trésor que je garde au plus secret de moi.
À leurs côtés, je traverse les saisons de l’existence,
le miel des joies comme le fiel des peines,
les sommets lumineux et les ravins obscurs.
Ils sont l’aube qui me réveille et le crépuscule
qui me berce. Parfois, une seule syllabe murmurée
suffit à ressouder les fils du temps, à réveiller
la tendresse endormie sous l’épaisseur des jours.
L’amitié, pour moi, n’a rien de ces liens fragiles
qu’un souffle disperse. Elle est solennelle, radieuse,
aride parfois. Elle exige de moi vérité, loyauté,
persévérance. Mais en échange, elle m’offre la sérénité
d’un port, la douceur des chemins parcourus,
et cette conviction mystérieuse que, même dans la
solitude, un autre quelque part me porte.
Je ne demande pas à mes amis de me servir de miroir.
Je les aime pour leurs dissonances, pour les paysages
inconnus qu’ils déplient devant moi. Ils sont l’harmonie
qui contredit ma mélodie, la note imprévue qui achève
la partition. Ils ne tentent pas de me remodeler,
mais de me lire à livre ouvert.
Et lorsque je pense à eux, lorsque je contemple l’édifice
invisible que nos rencontres ont bâti, une gratitude
sans voix m’envahit. Mon cœur, comme une voile
captant le vent, se remplit d’une quiétude vibrante.
J’ai alors soif de leur dire merci — non avec des mots
sonores, mais par des silences partagés,
des présences tissées d’attention, des instants donnés
comme des offrandes.
Car l’amitié, dans son essence, est cette lueur tenace
qui persiste même lorsque la nuit s’épaissit.
Cette fleur dont les pétales ne fanent pas sous les
gelées du temps. Ce diamant brut que je polis jour
après jour, car il incarne, à mes yeux, l’une des plus
pures expressions de notre humanité partagée.
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| Daniel CYR |
Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...