En avant-midi, Lou s’installe tout près de la sortie du métro. Centre ville. Même endroit, toujours. Il déambule tendant la main; parfois, un gobelet de café en carton récupéré dans un panier à ordures lui sert de sébile; il le présente aux passants dans l’espoir de recueillir un peu de monnaie. Du « change » comme il dit.
dimanche 28 décembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (38) CONTE D'HIVER
En avant-midi, Lou s’installe tout près de la sortie du métro. Centre ville. Même endroit, toujours. Il déambule tendant la main; parfois, un gobelet de café en carton récupéré dans un panier à ordures lui sert de sébile; il le présente aux passants dans l’espoir de recueillir un peu de monnaie. Du « change » comme il dit.
vendredi 26 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) -28 - Revu et corrigé
- Vous aimez la musique japonaise ?
- J'avoue ne pas y être habituée.
Le président de la commission scolaire laissa les notes s’imprégner entre eux, modifiant subito l’atmosphère que leur conversation avait installée ? Poussait-il Abigaelle vers une autre ambiance avant que ne s’achève cette rencontre pour le moins surprenante, qui, aux yeux de l'enseignante, n'avait pas approfondi, à tout le moins apporté un éclairage précis aux sujets abordés depuis son arrivée ?
- Un rêve qui n’a pu se réaliser… jusqu’à maintenant du moins.
- Je ne veux pas être indiscrète, mais qu’est-ce qui vous en empêche ?
– Absolument rien. Vous avez raison. Toute ma vie, j’ai travaillé à la commission scolaire, de son existence quand elle relevait du Département de l’Instruction publique jusqu’à aujourd’hui. J’agissais comme inspecteur d’école sur un immense territoire. La tâche s’avérait compliquée au début alors que j’avais à traiter avec les communautés religieuses. Elles régentaient les écoles et les hôpitaux, mais surtout, elles n’aimaient pas qu’on scrute leurs livres, si vous voyez ce que je veux dire.
- J’en déduis que leur pouvoir était énorme.
— Si vous pensez que madame Saint-Gelais a une attitude de caporale… eh bien, consolez-vous, ce n’est rien en comparaison de ce qui prévalait il y a encore moins de vingt ans.
La musique se fondait en de longs et harmonieux élans semblables à des vagues. Parfois, la flûte appelait le tambour au silence, laissant entrer un piano éloigné du centre musical. Tout favorisait la méditation.
- Vous pouvez en être fier, monsieur Granger.
- Je n'ai pas participé à l'élaboration des plans devant mener à la construction des « polyvalentes » ; un nid de crabes qui n'est pas, me semble-t-il, entièrement vidé. Je déteste les conflits. Entre autres celui opposant l’ancienne directrice de l’école et mademoiselle Germaine ; il aura puisé creux dans mes réserves d’énergie. Lorsque le ministre de l’Éducation que je connaissais depuis un certain temps me traçait les grands objectifs du système qu'il entrevoyait pour la province de Québec dans son entier, il ne cessait de dire que ce n’est pas le béton qui compte, mais ceux et celles qui animeront les classes. Je n’en voyais pas beaucoup dans ma commission scolaire. Je lui en ai glissé un mot. Vous entendrez dans le village, si ce n’est déjà fait, que je suis friand de mes contacts en haut lieu. C’est exact. Ils servent à faire avancer les choses. Je suis de ceux qui veulent de l’élan, qui agissent pour le progrès. Le ministre m’a alors parlé d’une jeune femme australienne, fille d’un gynécologue célèbre associé au Dr Morgentaler, et doctorante à l’Université Laval de Québec.
- Je ne peux oublier l’entrevue que nous avons eue ensemble. Vous seul avez pris la parole. Les autres membres du comité vous écoutaient, vous regardaient avec une profonde admiration.
- Il y a dans toute situation un… « mais ».
- Pouvez-vous être plus précis ?
- Je vous offre un thé ? Pour accompagner cette musique, rien de mieux qu’un thé vert. Et monsieur Granger entra dans le chalet, laissant vaciller l'énigme contenue dans ce dernier mot.
Sans être un vieil homme, le président de la commission scolaire présentait aux yeux de Abigaelle comme deux visages, deux personnalités. L'administrateur qui se serait forgé par lui-même, ayant créé ses propres outils pour remplir efficacement ses fonctions, se consacrant entièrement à une tâche qui apparaissait plus importante que lui. Au-delà de cet être fondamentalement ancré dans sa passion, il savait se retirer sans jamais être loin, s'isoler, ici, dans cet espace partiellement sauvage pour s’y ressourcer. L’enseignante ne pouvait savoir s’il y recevait bien des gens. Avait-il des amis ou encore des parents ? Elle n'entrera pas sur ce terrain, mais constatait tout de même la présence de deux chaises autour de la table qu’habillait une nappe en dentelle.
- Vous m’en voyez profondément désolée.
- Abigaelle, si vous me le permettez, ne prenez pas l’habitude de manifester votre émotion devant un événement auquel vous n’avez pas participé, auquel vous ne pouvez rien faire d'autre que de le recevoir à titre d'information, à la limite, un fait divers.
- Je retiens.
- Le ministre de l’Éducation m’a informé dans le détail sur vos activités lors de la Crise d’octobre ‘70. Sachez que cela n’a aucunement modifié ma décision. Votre palmarès scolaire m’impressionnait davantage que le fait d’avoir servi de courrier entre deux cellules terroristes.
Abigaelle recula sur sa chaise. Elle retenait, autant qu’il lui était possible de le faire, la surprise que les mots de monsieur Granger venaient de lui servir sans manifester de jugement.
Devait-elle ouvrir sur le sujet ou s’en tenir à la position qu’elle avait adoptée auprès de Herman Delage, à savoir que tout cela maintenant fait partie de son passé, que la justice a tranché ? Le silence lui parut être la meilleure avenue à emprunter.
- Comment va votre père ?
Le président de la commission scolaire posait cette question avec l’allure stoïque d’un samouraï japonais.
dimanche 21 décembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (37) CONTE DE NOËL
vendredi 19 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 27 - Revu et corrigé
- Jeanne Lapointe est votre maîtresse de thèse.
- En effet. Elle a beaucoup insisté lors de la rédaction du Rapport Parent sur l'importance de l’enseignement au préscolaire devant être considéré comme l’assise de notre système. Certaines études contemporaines semblent induire que les trois premières années d’un enfant à l’école sont déterminantes pour sa réussite scolaire.
- Elle a parfaitement raison. Je suis convaincu qu’elle vous guide bien dans vos recherches.
- D’abord une littéraire qui a versé ses compétences auprès de nos plus importantes écrivaines. Pensons à Gabrielle Roy, Anne Hébert et Marie-Claire Blais.
- Il vous arrive de discuter littérature avec elle.
- Cette femme possède une culture infinie, chacun de ses propos en est teinté.
- Ça nous éloigne de notre sujet, quoique ce soit captivant.
Monsieur Granger se leva, retourna à l’intérieur du chalet pour revenir, deux autres bouteilles de bière en main. Reprenant sa place autour de la table extérieure, son regard visait loin devant lui.
- Vous savez sans aucun doute, Abigaelle, que le sujet de conversation lors des rencontres formelles que j’ai avec madame Saint-Gelais, porte sur vous. Depuis l’épisode dans lequel j’ai dû intervenir directement, alors que mademoiselle Germaine, revenue en fauteuil roulant de son terrible accident de voiture, eut réagi fortement à l’ancienne directrice qui l’avait affectée à la bibliothèque. Une guerre féroce, sans merci, s’est déclenchée entre les deux femmes.
- J’imagine un instant que cet affrontement n’avait pas les allures d’une divergence de point de vue sur le fonctionnement de l’école.
- À bout de force, l’ancienne directrice a abdiqué, préférant changer de milieu plutôt que vivre continuellement sous tension. Germaine a toujours été, enfin jusqu’à ce terrible accident, une personne agréable, dévouée, que tout le monde dans le village aimait. De surcroît, il est important de souligner qu’elle était une jeune fille d’une grande beauté.
- Elle est devenue alors la nouvelle directrice de l’école des Saints-Innocents.
- Voilà, et le calme est revenu. Son style autoritaire, que nous ne lui connaissions pas, nous a surpris au début, mais il aura tout de même permis à l’équipe de vivre dans un climat de sécurité. Tout le village en a été ravi. Personne ne remettait en doute sa façon de gérer l’école et lui manifestait ce respect qu’on attribue aux personnes souffrant d’un handicap.
- Je vois.
- Et vous arrivez. Sans que ce soit votre intention, vous semez le doute dans l’esprit de quelques-unes de nos enseignantes qui travaillent pour nous depuis des années. Jamais la directrice n’intervenait dans les classes. Elle se réserve tout le contrôle sur la discipline générale qui souvent, s’étend jusqu’à la vie privée des gens.
- J’appelle cela du caporalisme alors que, pour elle, c’est une approche d’utilité.
- On me rapporte que votre style, au premier abord surprenant, en fascine quelques-unes.
- Ne vous trompez pas, monsieur Granger, le fait que je sois présente à l’extérieur pour les récréations du matin et d’après-midi, que je les anime, diminue la tâche de mes consœurs.
- Je vais vous confier une information qui n’est pas encore révélée, mais qui suscitera du remous. Notre clientèle projetée pour septembre prochain, au niveau de la première année, ne nous permet pas d’ouvrir une classe. Il nous apparaît impensable que le service préscolaire ne soit pas offert, nous devons donc envisager une solution pour les huit élèves qui arriveront à la porte de l'élémentaire. La situation se stabilisera lors de l’année scolaire 1977-78. Je vous ai donc convoquée afin de défricher des avenues pouvant régler cette malencontreuse problématique.
- J’en ai discuté déjà avec mademoiselle la directrice.
— Elle ne m’en a pas parlé.
- Ma suggestion est la suivante : faire cohabiter le préscolaire avec la première année. J’accepterais d’en prendre la responsabilité.
Monsieur Granger, étonné par les dernières paroles d’Abigaelle, se frottait la tête. Manifestement, il semblait sous le choc.
- Vous me dites en avoir parlé avec Germaine.
- Il y a tout de même un certain temps. Je lui ai proposé cette alternative lorsqu’il est apparu évident que mes élèves ne pouvaient être assez nombreux pour obliger l'ouverture d'une classe.
- Nous avons eu quelques rencontres à ce sujet au bureau de la commission scolaire. Le débat semblait tourner en rond. Personne autour de la table ne réussissant pas à contourner le problème autrement qu’en faisant voyager ces élèves vers une école du voisinage en mesure de les recevoir. Nous étions à l’étape d’élaborer un plan pour informer les parents. C’est à ce moment précis que Germaine a déposé la suggestion dont vous venez de me parler. La difficulté qu’elle entrevoyait et qui lui apparaissait majeure, c’était d’y affecter une enseignante. Lorsque j’ai avancé l’idée que vous pourriez être cette personne, immédiatement, elle a déclaré qu’on ne pouvait l'envisager, puisque son rapport à votre sujet, en plus de n’être pas positif, suggérait même un non-renouvellement de votre contrat. Vous savez tout comme moi, qu’une première année d’enseignement ne donne pas sur-le-champ la permanence, il en faut deux avec mention positive. Un rapport négatif signé par une directrice d’école à la suite d’une première année équivaut automatiquement à un renvoi.
Il y eut un profond silence. Deux bouteilles vides suintant quelques gouttes d’eau étaient immobiles sur une table d’un chalet près d’une rivière qui ressemblait plutôt à un lac. Elles semblaient se dévisager. Abigaelle aurait souhaité qu’à ce moment-là, le cri particulier du geai bleu fasse encore distraction. Il n’en fut rien.
- L’essentiel à mon point de vue, monsieur Granger, c’est de trouver une alternative à cette problématique qui ne pénalise pas les élèves. D’ailleurs, comme vous le dites si bien, ce problème est ponctuel, l’an prochain, tout devrait rentrer dans l’ordre.
Le président de la commission scolaire se faisait muet. Il regardait l’enseignante, les doigts de sa main gauche tambourinant sur la nappe de dentelle. Qui croire ? La directrice de l’école des Saints-Innocents qu'il connaît depuis des lustres ou cette étrangère qui présente le profil exact de qui doit œuvrer dans l’enseignement.
- Veuillez m’attendre un instant.
jeudi 18 décembre 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (36)
se colle au bitume automnal
comme de la glue martienne
du sable rouge accroché à sa ceinture scaphandre
aspire les trous noirs de l’univers
au bruit qui taraude une clôture, sursaute l’astronaute,
de muettes comètes s’y pendent, accrochées à l’envers,
radieuses de leurs promesses aériennes
elles charrient des vents stellaires étourdissants
alors que s’enfuient deux oiseaux d’acétylène
un télescope inversé dans son inutile bagage
tintinnabule aux talons de l’astronaute
au fond de la ruelle hébétée, il fixe des yeux
deux corbeaux, pierres de lune,
s’immobilisèrent
deux corbeaux solaires
s’éclipséerent de la bande…
et de loin…
s’approchèrent de l’astronef
22 décembre 2008
lundi 15 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 26 - Revu et corrigé
La rencontre aura lieu dans un endroit totalement inconnu d'Abigaelle. Henriette, le plus discrètement du monde, lui avait remis une enveloppe dans laquelle étaient précisés la date, le lieu et l’heure du rendez-vous fixé par monsieur Granger, le président de la commission scolaire, précisant que tout devait se faire dans la plus complète discrétion.
Le lundi 31 mai, un plan tracé à la main, une route longeant la rivière Croche, Abigaelle arrive devant un chalet parfaitement dissimulé derrière une haie de buissons touffus, de sorte qu’il eut fallu véritablement savoir qu’une habitation y était construite pour y accéder. Il était 16 heures. Trente minutes avant l’heure prévue.
Le président de la commission scolaire l'attendait, debout sur un balcon encombré de pots de grès dans lesquels diverses sortes de plantes respiraient paisiblement l’air de fin d’après-midi. Elle eut beau chercher, elle ne réussissait pas à toutes les identifier.
- Monsieur Granger, vous m’invitez dans un coin de la région dont j’ignorais complètement l’existence.
- Vous n’êtes pas la seule. Allons, venez vous asseoir sur la terrasse derrière.
Abigaelle fut éblouie par la beauté du paysage qui s’offrait devant elle. La galerie donnait sur la rivière qui lui apparut si large, si longue, rien à voir avec les endroits où elle allait taquiner le poisson. Une rivière ressemblant à un lac.
- Ce que vous prenez m’ira bien.
- Ça sera une bière.
Monsieur Granger entra à l’intérieur de ce chalet rendu irréel du fait de son éloignement du village. Il revint, deux bouteilles, deux verres qu’il déposa sur la table couverte d’une nappe de dentelle.
- En effet, je me pose la question, présumant qu’il s’agit de l’organisation scolaire pour l’an prochain.
- C’est une partie de ce que je considère comme l’ordre du jour.
- Alors, c’est une rencontre officielle ?
- Oui et non.
Les deux trinquèrent sans porter de toast. Déposant son verre, le président de la commission scolaire y alla d’une question.
- Je croyais que le bilan devait se faire auprès de la directrice de l’école.
- Elle vous convoquera pour un exercice similaire, si elle le juge nécessaire.
- Je dois vous dire tout de go qu’un bilan avec vous sera fort différent de celui que j’aurais à établir devant madame Saint-Gelais.
- Je n’en doute absolument pas.
Dans le silence qui enveloppa les derniers mots de monsieur Granger, un superbe cri d’oiseau le brisa. Un geai bleu, probablement. Un cri pouvant rappeler la symbolique de cet oiseau : l’intrépidité et la protection. Abigaelle ne connaissait pas cet oiseau bleu. On lui avait dit qu’ici, dans la province de Québec, c’est un oiseau rare, et qu’il fallait interpréter sa présence comme un bon augure. S’accrochant à ce sens, elle ressentit un sentiment profond, celui de pouvoir s’exprimer sans crainte.
- Ce geai bleu, étrangement, règne sur cet espace qui, lorsque j’en suis devenu propriétaire, ne recelait que des grives, des hirondelles bleues et la nuit, une chouette au hululement énigmatique.
- Vous êtes amateur d’oiseaux ?
- Ne déviez pas la conversation, l’ornithologie ne fait pas partie de l’ordre du jour.
- Je reviens alors à votre question. Cette première année d’enseignement aura été remplie de consolation auprès de mes huit élèves pour qui je me suis dépensée sans compter. Ils ont progressé comme êtres humains ainsi qu'acquis des habiletés qui feront d'eux d'excellents élèves du primaire.
- On m’a souvent rappelé que vous les définissiez comme des élèves du préscolaire et que le mot « maternelle » vous répugnait.
- Vous savez, tout comme moi, que ces classes doivent être étiquetées du vocable « préscolaire ».
— Vous avez parfaitement raison. Peut-être avez-vous observé la résistance de notre milieu aux changements. N’êtes-vous pas, d’ailleurs, de l’école Montessori ?
- Je me classe plutôt parmi les éclectiques. Toutefois, la théorie des talents que propage la pédagogie ouverte, toujours à l’état embryonnaire, m'intéresse particulièrement. Actuellement, je me réfère principalement à Jean Piaget, le constructiviste.
- J’imagine que le personnel en poste à l’école se situe à des lieux de vos préoccupations.
- Modifier des comportements, des attitudes ou des croyances, cela exige du temps.
- Également la volonté intrinsèque de changer.
- J’avoue que la directrice actuelle n’est pas tout à fait dans cette ligne de pensée. Nous avons eu, elle et moi, certains accrochages allant jusqu’à des affrontements, mais je m’en suis toujours tenu à respecter mes limites, tout en installant le plus clairement possible une ligne rouge : les enfants ne doivent jamais être traités d’une façon qui pourrait nuire à leur évolution.
Monsieur Granger se frottait le menton, une façon pour lui d'apprécier les propos de l'enseignante.
- Ce qui, en rien, n’aurait modifié mon argumentation.
- Je m’en suis rendu compte assez rapidement. D’ailleurs, lorsque le ministre de l’Éducation m’a parlé de vous, me suggérant de vous embaucher, il m’avait prévenu que votre caractère pouvait, disait-il... s'avérer audacieux, hardi même.
- La relation avec monsieur le Ministre est vraiment un autre sujet, mais, lorsqu’il m’a proposé un poste dans une commission scolaire dirigée par un président ouvert aux nouveaux courants pédagogiques, s’alignant sur la modernité dans la gestion administrative des écoles, j'ai écouté malgré le fait que le village des Saints-Innocents soit éloigné de l’université Laval où j’ai entrepris mon doctorat.
- Je vous considère comme un atout important dans notre organisation. Il y a une sous-question à la principale, que retenez-vous de votre intégration au village ?
Abigaelle scrutait le visage de cet homme dans la soixantaine ; pouvait-elle demeurer à l’aise avec ce qu’elle souhaitait lui raconter tout en cherchant à en apprendre sur son influence dans le village des Saints-Innocents
Elle reprit la parole.
vendredi 12 décembre 2025
Si Nathan avait su... (Partie 2) - 25 - Revu et corrigé
Non. Dès le départ de monsieur Champigny, Abigaelle se sentit convaincue que les belles histoires qu’il venait de lui raconter, eh bien, elle n’y croyait tout simplement pas.
Humidité ! Aucun problème, un déshumidificateur allait tout régler ! Allons donc ! Passons tout droit pour la pensée magique !
Cette situation est-elle nouvelle ? Récente ? Monsieur Saint-Gelais, responsable de l’entretien de la maison, n'aurait-il pas été conscient, au moins une fois, de la présence de ces odeurs ?
Il faut croire qu’une interrogation représente une pente glissante : la vitesse accélère si on ne parvient pas à freiner. Ce propriétaire passe-t-il seulement l’hiver en Floride ? Le fait d’avoir exigé qu’elle dépose les paiements de son loyer directement à la poste, aux mains de Angelina qui, avait-il dit, « allait assurer le suivi » serait-ce un indice que cet éloignement s’étirerait sur plusieurs mois ? Ne lui avait-il pas signifié qu’elle pouvait communiquer avec lui, en cas d’urgence, à partir d’un numéro de téléphone avec fonction 1-800, c’est-à-dire un appel sans frais. Ce qu’elle fit au début du printemps ; la réponse fut qu’il verrait à s’occuper de cette fâcheuse situation à son retour, devancé en raison du décès de monsieur Delage.
Devancé ? Quelle était la nature de cette relation avec l’ancien propriétaire du Steinberg ? Y aurait-il eu collusion entre Champigny, Saint-Gelais et Delage ? Si oui, en quel genre ? À quel moment donné ? Depuis quand ?
Trop d’éléments échappaient à sa compréhension pour le moment. Il lui fallait davantage de faits vérifiables pour éclaircir tout cela. Pour y arriver, Abigaelle devra creuser dans l’histoire de ce village afin de démêler les écheveaux, découvrir le fil d’alliage. Elle envisage d'en parler à la personne en qui sa confiance demeure inébranlable : la postière.
Elle partagea le reste de cette journée entre la rédaction de sa thèse doctorale et l’élaboration d’une stratégie pour démêler l’affaire de la maison qu’elle louait, découvrant, au passage, les différents fils du passé et du présent tissant l’histoire du village qui la captivait de plus en plus chaque jour.
Elle crut prudent de ne pas partager ses intentions avec Herman Delage, n’étant pas absolument certaine que son père, d’une manière ou d’une autre, ne fut ni mêlé ni associé au duo Champigny-Saint-Gelais.
La présence de l’épouse Champigny aux funérailles de la veille, alors qu’elle a pour habitude de revenir aux Saints-Innocents qu'au début de l’été et pour quelques semaines seulement, l’intriguait tout autant.
Sans être adepte des romans policiers, elle leur avait tout de même consacré plusieurs heures de lecture durant son adolescence. Sa mère lui offrait régulièrement les œuvres de Agatha Christie malgré le fait qu'elle soit plus friande de John Le Carré, auteur britannique de romans d’espionnage. Lors de son court séjour à Londres, elle avait pu assister au lancement de la réédition du livre dont elle conserve un vibrant souvenir, L’Espion venu du Nord.
Concentrée sur son travail universitaire, Abigaelle ne pouvait s’empêcher de réfléchir à ces foutues odeurs, moins agaçantes à l’étage où est installée son aire de travail. Son bulbe rachidien, dont la mission est d’analyser et interpréter les odeurs lui jouait-il des tours ? Monsieur Champigny avait bien décelé des « odeurs insoutenables » en remontant de la cave, mais ne s’en était pas plaint lorsqu’il raconta ses histoires du village, installé dans la cuisine. Il l'avait interrogée strictement sur leur possible présence à l’étage. Guère plus.
Du côté de monsieur Gérard, quand il lui avait révélé que ces odeurs étaient perceptibles dans la cave, sans doute liées à un problème d'écoulement d'eau, il ne glissa aucun mot de ce qui pouvait en être au rez-de-chaussée où, avec Henriette son épouse, il avait dîné l'automne dernier et encore moins à l’étage, l’espace où il avait grimpé le fameux sofa. Le problème ne se situait aucunement dans ses fosses nasales parfaitement intactes selon le médecin qu’elle avait consulté.
Un mauvais tour de son imagination ? Ces odeurs relèvent-elles d’événements survenus alors qu’elle vivait en Australie, à proximité des eucalyptus ? De Londres, alors ? Ou des universités montréalaise et québécoise ? Tout cela bouillonnait dans son esprit, la distrayait, l’éloignant de la tâche qu’elle souhaitait voir progresser.
À cela s’ajoutait le fait que le président de la commission scolaire lui avait fait savoir, par Henriette la secrétaire de l’école, qu’il souhaitait la rencontrer le plus rapidement possible, quelque part avant le début du mois de juin. Abigaelle se doutait que l’organisation scolaire de la prochaine année pouvait en être le sujet. Quelque chose d’autre, peut-être ?
Finalement, elle quitta son bureau, déposa un disque sur la console, s’installa sur le grand sofa, se disant qu’un moment de détente ne pouvait lui être qu'utile.
* *
*
- Qu’est-ce qu’il a encore commis comme niaiserie, questionna le vieil homme après s’être assuré que personne dans la maison ne puisse l’entendre.
- Des menaces à ma locataire.
- Lui, comme moi, on n’aime pas tellement les étrangers dans le village, surtout qu’en plus, tu lui loues la maison.
- J’ai été quasiment obligé.
- Obligé ? Par qui ?
Monsieur Champigny, mal à l’aise, un peu comme s’il devait dévoiler un secret qu’il aurait préféré taire, se racla la gorge avant de reprendre la parole.
- Granger ?
- Ouais ! Le supposé propriétaire des terrains avant la vente officielle par la municipalité : celui sur lequel l’école primaire est construite et celui sur lequel repose ma maison.
- Ça fait quand même plusieurs années cette histoire.
- Exactement. Tu te souviens du départ…
- … de l’espèce d’énergumène qui avait construit deux maisons pareilles…
- … oui, lui, un Rousseau si je me souviens bien. À l’époque, Granger avait présenté une offre de rachat, mais, comme la municipalité n’avait toujours pas reçu de réponse à la suite de l’avis l’invitant à payer les arriérés de taxes, il est devenu, par quelque entourloupette, légataire, en attendant que tout débloque. C’est à ce moment-là qu’une erreur de notre innocent de notaire est survenue.
- Erreur ?
- Lorsqu’il a reçu le mandat de procéder à la vente des deux maisons, celle du rang sans nom qui a été achetée par la famille Cloutier et la mienne, l’homme de loi, incompétent comme c’est pas possible, a rédigé les deux actes de vente dans lesquels il avait inscrit sur chacun que le terrain n'en faisait pas partie.
- Autrement dit, le gars de la commission scolaire ramasse deux terrains sans avoir eu à verser une cenne.
- Il y a mieux. Les deux terrains, dans les faits, n’étaient qu’un seul.
- C’est vrai qu’à ce moment-là, la rue Principale ne débouchait pas sur la route nationale.
- Ce qui fait que j’ai acheté une maison sans terrain. Lui, le gars de la commission scolaire, avait exigé plusieurs mois avant que de légataire il soit considéré comme propriétaire. Pour éviter sans doute les ragots, faciliter l'affaire et répondre à un besoin de la population, il promit que le terrain en face de ma maison serait vendu pas cher à la commission scolaire pour qu’on y construise une école. Il a fait inscrire dans l'acte d'achat qu'il accordait un droit acquis seulement pour la maison, celle que j'ai finalement achetée sans tout lire, surtout les petits caractères en bas des pages. Il aurait dit que c'était une façon d'éviter qu’on la démolisse pour laisser le terrain vacant. Il recevait la deuxième, celle du rang qui n'avait à peu près pas de terrain et que les Cloutier ont achetée, il la récupérait en raison d'une clause hypothécaire un peu embrouillée. Tout cela a été l'œuvre du notaire peu concentré ou très astucieux.
- Quelle affaire !
- Je me retrouve donc avec une maison construite sur le terrain qui appartient à un autre. La même affaire concerne Cloutier ; on dit qu’une entente a été conclue entre le fils Cloutier et Granger. C'est à voir.
Les deux hommes, face à face, semblaient s'interroger. Pourquoi le type de la commission scolaire, le président Granger, avait-il « obligé » monsieur Champigny d’accepter de louer la maison à cette nouvelle enseignante ? Quel est le contenu de l'entente liant Daniel Cloutier et le propriétaire des terrains ?
Problèmes à élucider...
SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -
La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...
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Ce texte date du 23 décembre 2005, au tout début de la création du blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON . Les premiers billets avaient pour ...
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lundi 30 juin 2008 SAUT: 217 Le SAUT :217 est offert à mon frère Pierre qui célèbre aujourd’hui ses 60 ans. Nous avons signalé l’événement l...





