jeudi 2 février 2017

5 (CINQ) (CENT SEIZE) 16

Je vous sais grands amateurs de photos. Alors que je m'apprête à continuer la publication de l'histoire ILS ÉTAIENT SIX abandonnée en raison de la visite de mon frère Pierre et des fêtes du Têt - on en sera à l'épisode 20 - voici, en vrac, quelques moments inoubliables début janvier 2017.

Ho Chi Minh (à Vinh)

Intersection menant vers la maison de Ho Chi Minh près de Vinh


Vendeuse de viande, tôt le matin

Route vers la maison de Ho Chi Minh




Texte d'une lettre écrite de la main de Ho Chi Minh, élargie et encadrée, placée à l'intérieur de sa maison d'enfance.


Panneau touristique situant la maison de Ho Chi Minh ansi que celle de son père.

Moment émotif (pour CAM ON...MERCI...) lors de la rencontre du grand-père de Lém hospitalisé à Vinh.

Thanh Hoa

Thanh Hoa

École primaire à Thanh Hoa



Thanh Hoa

Thanh Hoa

Pour l'amateur de murs qui n'ont rien à voir avec celui de Trump.

La maison de la mère de Lao Coï (mon ami informaticien).


Sam Son

Peinture effectuée par la mère de Linh, Sam Son

Non, ce n'est pas un zèbre mais bien un cheval que l'on a peint et qui propose des randonnées sur la plage de Sam Son.

Plage de Sam Son





Mer vue de Thanh Hoa, tout près de chez Lém.

Petites crevettes séchant au soleil... sur la route.



Voilà donc...
Je vous invite maintenant et pour les prochaines publications à un retour à l'histoire ILS ÉTAIENT SIX.

À bientôt




humeur vietnamienne


Maison de Ho Chi Minh (près de Vinh)

Maison de Ho Chi Minh

L'entrée de la maison de Ho Chi Minh
Maison de Ho Chi Minh

Je suis de retour à Saïgon suite à une dizaine de jours dans le Nord du Vietnam pour les fêtes du Têt 2017. 
Chez Lém et sa famille, par la suite chez Linh, mon amie de Ha Giang dont la famille demeure à Sam Son, tout à côté de Thanh Hoa. 
Puis chez Giang, mon expert en informatique qui, également, était en visite chez sa mère à Thanh Hoa.

Dix jours qui m’auront permis de vraiment vivre en famille vietnamienne et apprécier de visu ce qu’est exactement cette période comparable à celle que nous connaissons au Québec entre Noël et le Jour de l’An.

Nous avons franchi ensemble l’année du SINGE pour entrer dans celle du COQ.

Les préparatifs pour ce qui représente le moment le plus intense de l’année vietnamienne, sont de plusieurs ordres : nettoyage en règle de tout dans et autour de la maison ; rencontres familiales ; visites au cimetière afin de saluer les disparus ; échanges de cadeaux sous toute forme ; mais surtout… ripailles et levers du coude. L’estomac devra s’en remettre ayant été beaucoup sollicité.




Lém à la tombe d'un de ses ancêtres.

Invité chez chacun et chacune, cela m’aura donné l’occasion unique de faire le tour des parents et des amis. Reçu comme un roi et non plus comme un étranger, j’ai dû me résoudre à répondre à mille et une questions sur le Canada qu’encore souvent on confond avec les USA. Je dois toutefois avouer que ce que l’on connaît du pays reste encore assez sommaire. On sait toutefois que notre Premier ministre est jeune, qu’il semble vouloir modifier la mauvaise presse que le Canada avait à l’époque encore récente du Prime Harper.
Giang, la mère de Linh, Linh et Agnès, une amie française.


J’ai été aussi très surpris de m’apercevoir que Donald Trump – du moins pour les Vietnamiens du Nord -  semble avoir bonne presse. On aime bien ceux qui réussissent et le fait qu’il devienne le successeur d’Obama signifie pour eux que c’est un homme de taille. Me suis donc permis quelques rectifications quant à ses intentions. On me répond que cela est de l’ordre de la politique intérieure américaine et que le Vietnam n’a pas l’intention de s’en mêler, souhaitant toutefois qu’il garde la même ligne de pensée que Barak Obama sur la question des Paracels et de la Chine.

La maison de la mère de Giang
On se surprenait fortement du fait que je sois résident permanent au Vietnam, un pays qui est très loin derrière le Canada en termes de qualité de vie. Là aussi, quelques informations se sont avérées nécessaires. On a aussi tenu à féliciter l’idée de la fondation CAM ON…MERCI…  La générosité est presque une vertu en terre vietnamienne.

Amis de Giang

En compagnie de mon frère Pierre, j’ai pu découvrir le Nord du Vietnam. En cette période des fêtes du Têt, j’ai pu entrer à l’intérieur de cette cellule fondamentale qu’est la famille. Il m’a été donné de mieux comprendre ce que signifie ‘’laver son linge sale’’ : on ne doit pas entrer dans la nouvelle année avec des ‘’crottes sur le cœur’’… il faut tout vider.

Il a fait un temps superbe tout au long de ces dix journées, ce qui est peu habituel. Si je compare la météo de cette année à celle de l’an dernier, nous étions vraiment à l’opposé. On gelait en 2016 ; on se promenait en chemises à manches courtes cette année. Pas de pluie, seulement quelques nuages. Difficile d’avoir mieux pour cette période où les Vietnamiens voyagent beaucoup. Il faut se prendre trois mois à l’avance si l’on souhaite avoir une place en avion, en train et même en bus.

Arrivé le 20 janvier dernier, ce fut d’abord Vinh où je me suis arrêté. Je tenais absolument à visiter cet endroit mais surtout la maison où vécut Ho Chi Minh une partie de son enfance. Elle est située à une vingtaine kilomètres de Vinh. Ce fut émouvant. Comme j’aurais souhaité la présence de mon frère Pierre pour cette occasion. Il n’en verra que les vidéos que j’ai ramenées d’un après-midi (pluvieux) mais très spécial.

On dit souvent que les plages du Nord du Vietnam ne vont pas à la cheville de celles que l’on retrouve à Da Nag, Hoï An, Nha Trang, Muiné ou Vung Tau. J’ai toutefois pu apprécier celle de Sam Son (Province de Thanh Hoa) autant pour son calme que sa propreté. 

Le reste du temps en fut un de réjouissances en familles et avec les amis. Pur bonheur !

Je suis donc rentré à Saïgon, retrouvé à ma grande surprise des fleurs sur le balcon ainsi que les arbres en pleine forme. Je n’aurais pu en dire autant alors que Pierre et moi sommes revenus de notre fantastique voyage.

Les projets pour les prochains mois, avant mon retour – deux mois de juin à août – au Québec ? Rien de particulier en vue, personne encore ne s’étant annoncé. Je me remets donc à l’écriture de ILS ÉTAIENT SIX que je compte bien finaliser d’ici juin.

À bientôt


jeudi 12 janvier 2017

humeur vietnamienne





Mon frère Pierre, au moment où j’entreprends d’écrire ces lignes - le mercredi 11 janvier 2017 à 23h57 - se trouve confortablement assis dans un avion de la Japan Airlines en route vers Tokyo.

Il vient d’achever quatre semaines au Vietnam. De son voyage, il ne lui reste plus que cette partie pénible à vivre : quelques heures dans les airs le menant à Montréal puis à Québec. Mais il a l’expérience des longs parcours alors je ne suis pas inquiet.

Nous aurons vécu, lui et moi, des heures et des heures de très haute intensité. L’intimité la plus proche qui puisse être donnée à deux frères. Du 15 décembre 2016 à aujourd’hui, ce voyage aura permis de nous retrouver. Longtemps inséparables, pour longtemps nous le serons davantage.

On connaît vraiment les gens qu’en voyageant avec eux. Lorsqu’ils se connaissent déjà, le voyage prend une toute autre dimension. Celui-ci, je le qualifierais d’unique.

Pierre aura réalisé un premier grand projet de sa jeune retraite : voir le Vietnam. De Hanoï à Saïgon. De l’extrême Nord du pays en passant par le Centre pour s’arrêter à la porte du Mékong. Le reste est à venir. Je le souhaite ardemment.

Tous les objectifs que nous nous étions fixés ont été atteints et cela quotidiennement, respectant scrupuleusement les goûts, les choix et le rythme de chacun.

Traverser une bonne partie du monde pour se retrouver de plain-pied au milieu d’une culture si différente de ce à quoi nous sommes habitués exige une force d’adaptation de tous les instants. Cela n’a jamais fait défaut à mon frère Pierre. Ses yeux jamais assez grands pour apprécier tous ces émerveillements journaliers. Son cœur ouvert pour les emmagasiner.

Vivre non pas comme des touristes mais à la vietnamienne avec tout ce que cela exige d’humilité, parfois, et d’intelligence, souvent, afin d’accepter que les choses puissent être faites différemment et tout aussi bien. Cela n’a pas été difficile pour mon frère Pierre. Ses observations, continuellement justes, furent remplies de cette compassion qui le caractérise si bien.

S’ouvrir entièrement à ceux et celles qui nous accueillirent si chaleureusement - tout de suite nous faisions partie de leur famille - et savoir les écouter nous dire qui ils sont. Cela n’a pas été difficile pour mon frère Pierre. Son immense capacité d’écoute - sa qualité d’écoute - lui auront permis de mieux comprendre ce peuple chaleureux.

Être avec eux, entièrement, et cela dans toutes les facettes de leur vie à savoir le manger, le boire, le parler, leurs croyances, leur naïveté parfois et beaucoup leur manière de voir la vie, l’avenir axé sur l’amour de leur patrie, Pierre a su l’être avec toute sa grandeur d’âme. Toujours je l’aurai vu attentif à ce qu’intimement leur âme nous dévoilait.

Nous avons vu Hanoï, et Pierre a pleuré en marchant lentement dans le mausolée de Ho Chi Minh…

Nous avons vu Sapa, ses rizières, ses ethnies, son froid mordant pour la saison et le mont Fansipan où Pierre a pris de saisissantes images maintenant immortalisées dans sa mémoire…

Nous avons, et disons-le franchement, souffert l’extrême Nord du Vietnam, franchissant ses montagnes, ses routes abominables en lacets qui n’en finissaient plus d’exiger de nous des efforts renouvelés, nous offrant en retour des paysages à couper le souffle. Nous avons payé le prix, disait-il. La Beauté dans ce qu’elle a de plus vraie, de plus naturelle, de plus pure. Que ce soit Ha Giang et ses montagnes de kartz, ses profondes vallées ; que ce soit Dong Van et nos petits pas en Chine ; que ce soit les chutes de Cao Bang qualifiées de ‘’signature du Vietnam’’ par un Pierre ébloui, ces chutes d’eau en dentelles furent un moment inoubliable du voyage...

Halong Baie, Ninh Binh, là où le mot chef-d’œuvre prend tout son sens par la majesté des lieux ainsi que la plus belle pagode du Vietnam, celle de Baï Dinh où le recueillement émanant de ces lieux nous permit de tout dire dans le plus profond silence…

Hué, malgré la pluie, nous a ouvert sa gigantesque cité impériale alors que nous attendait Hoï An. Là, à Hoï An, Pierre aura mis les pieds dans la Mer Orientale avec beaucoup d’émotion sachant que les Paracels, cachés dans le brouillard et la pluie, semblaient nous saluer de loin…

Puis ce fut Saïgon. On ne peut y demeurer insensible ; cette ville dont le nom ressasse des souvenirs de jeunesse alors que nous manifestions contre la guerre du Vietnam. Nous l’avons marchée. En silence, souvent, mais tellement conscient de tout ce passé proche à nos esprits…

Vung Tau, enfin. Cap Saint-Jacques, de son nom ancien, où nous nous sommes laissés aller au jeu de la plage et du vélo. Et de la plage encore. Cela nous fit un bien énorme après tant de kilomètres chargés d’émotions... 

Oui, il y aura eu ces villes, ces cités, ces lieux magnifiques mais, je devrais dire surtout, il y a eu des personnes, des Vietnamiens et des Vietnamiennes qui nous reçurent si généreusement. Avant de les nommer et leur manifester notre affection, il est important de signaler nos rencontres avec des gens de plusieurs pays, eux aussi sous le charme de la vie vietnamienne : Angleterre, Canada, Danemark, Écosse, Espagne, France, île de Malte, Irlande, Italie, Japon, Québec, Suède, Suisse, Turquie et j’en oublie sans doute d’autres. Non pas des rencontres superficielles mais de celles qui marquent, qui rappellent que d’où que l’on provienne nous sommes citoyens du Monde, soucieux des mêmes préoccupations, souvent affichant les mêmes valeurs.

Les Vietnamiens ont la place privilégiée dans notre cœur :
Hanoï : Lém, mon petit-fils vietnamien et Tu’, mon professeur de vietnamien ;
Sapa : madame Quyn, son mari et le chauffeur Dao;
Ha Giang : Linh et Hoang Aï ainsi que Sam;
Hoï An : ma couturière et sa famille;
Saïgon : Chien et tous ses amis sans oublier Piero et Linh, Lisa et Phat, ainsi que Tuyen et Lao Coï ;
Vung Tau :madame Thanh; Manu et Lee.

Tous nous ont ouvert leur cœur et Pierre conserve un souvenir personnel de chacun et chacune.

Une autre personne également nous aura accompagnés tout au long de cet inoubliable périple: frère Jacques. À chacun de nos arrêts, dans les hôtels ou ‘’homestay’’, nous déposions sa photo sur la table de chevet entre nos lits. Arrivés à Saïgon, tous les matins nous faisions la cérémonie de l’encens en son souvenir. Le cadre de sa photo restera ici, dans mon appartement saïgonnais, bien installé sur le livre que Pierre m’a offert, le Yi King, et non loin du bougainvillier.

Tellement à dire, à raconter, qu’un seul texte ne suffit pas. Ce qui restera gravé, sans aucun doute de manière indélébile, sera ces quatre trop courtes semaines dans la vie de mon frère Pierre et dans la mienne, le souvenir d’un voyage unique.

Merci Pierre de m’avoir permis de vivre toutes ces heures avec toi, d’avoir ri, su me taire quand il le fallait ; d’avoir partagé toutes ces émotions à fleur de peau. Alors que tu voles haut dans les airs, je ne peux dire à quel point Bouddha -  ou je ne sais trop qui - a eu la merveilleuse idée de nous faire vivre la même époque ensemble, si près l’un de l’autre. Si l’on m’avait demandé de choisir mes frères, toi et Jacques auraient été mes uniques choix.


Bon retour !

lundi 12 décembre 2016

5 (CENT) (QUINZE) 15



Voici le 19e épisode de ILS ÉTAIENT SIX...




         1r)     finalement…    
Avant de mieux présenter Daniel Bloch, deux importantes nouvelles qui secouèrent le quartier un peu comme si, de manière inattendue, éclatait un violent orage surgi d’on ne sait trop où venant défigurer l’atmosphère. Le comité des citoyens en était finalement arrivé à des conclusions au sujet des funérailles du pendu et en mesure de dévoiler les dessous nébuleux de sa famille mystérieusement disparue au lendemain du triste événement.

Les gens du quartier n’avaient toujours pas repris l’habitude d’assister aux réunions hebdomadaires du comité ce qui inquiétait les plus engagés de ses membres. Il ne fallait tout de même pas qu’en raison de cette fâcheuse conjoncture l’enthousiasme pour les choses civiles périclite, qu’on en vienne à penser que la vie collective n’avait plus les mérites qu’elle détenait il n’y a pas si longtemps encore. Des décisions avaient été prises, il fallait maintenant transmettre le maximum d’informations afin de faire taire les ragots qui circulaient depuis trop longtemps vêtus d’une camisole de cancans, de médisances, de potins et de racontars. Pour qu’enfin revienne ce calme résigné qui décrit bien le train-train habituel du quartier et que disparaisse cette humeur revêche qu’aucun poignard n’aurait pu sectionner.

On autorisa Daniel Bloch à assister – privilège accordé pour une première fois  – au discours du président du comité des citoyens. Bizarrement, personne ne rouspéta ou n’y vit une entrave à quoi que ce soit. Au contraire, les membres du comité qui acceptèrent sa présence la considérèrent comme une preuve que l’on n’avait rien à cacher… même à un étranger. Étranger que tout le monde reconnaissait, que plusieurs saluaient, lui attribuant le mérite d’avoir ramené le calme chez les xu xí.

On avait prévu un micro pour la circonstance et installé des haut-parleurs autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la salle. La mère de Tùm (le trapu) a bien fait son travail de distributrice de tracts du Parti à travers les rues du quartier car il y eut foule au moment où le président du comité de citoyens prit la parole.    


2r)     finalement…         
– Camarades, je crois bien résumer la situation en disant que nous voici arrivés au bout d’une longue route. Route parsemée d’embûches, certainement, mais nous y sommes parvenus. Des événements tragiques ont plongé notre quartier dans des émois inhabituels. Ils se sont avéré assez sérieux qu’il aura fallu prendre le temps nécessaire avant d’aboutir à ce que nous dévoilerons ce soir. D’abord, merci de vous être déplacés et ainsi reprendre vos bonnes pratiques : participer à nos rencontres, souligner des problèmes sur lesquels nous nous sommes engagés sur l’honneur à examiner et leur apporter les meilleures solutions, en toute justice pour la collectivité et pour ceux qui se croient lésés de quelque manière que ce soit.
L’assemblée semblait impatiente devant le long préambule qu’il leur servait mais tous le connaissent bien et savent qu’il doit prendre son élan avant de plonger.

Le président enchaîna.     - Je veux d’abord dire ce qui nous est permis de révéler quant au brusque départ de la famille du jeune homme retrouvé mort dans la pinède. Elle n’a pas toujours vécu ici, vous le savez. Son origine, longtemps méconnue, fut découverte lorsque l’inspecteur chargé de s’introduire dans leur maison pour y enquêter, a retrouvé des indices importants qui nous portent à croire que cette famille n’en était pas une au sens légal du terme.        Un léger remous se propagea dans la foule qui s’estompa illico, personne ne voulant manquer un mot de la suite. 

-     Ces gens, et ici je pointe du doigt la femme qui y vivait ainsi que l’homme qu’elle a fait enregistrer comme étant son mari, ces gens ont pris l’habitude de migrer d’un village à un autre dans les montagnes de Sapa, s’installant chez les Hmongs puis chez les Dzaos. Mal accueillis pour des raisons que la décence m’empêche d’expliciter, ils ont tenté de traverser en Chine mais furent immédiatement refoulés au Vietnam. Des éléments précis saisis dans cette maison nous permettent de penser que la femme était une adepte du ''marché de nuit des amoureux''* à Sapa. Le fils plus âgé serait le fruit de cette activité qu’elle dénatura sans vergogne. Précisons que l’homme qu’elle présentait comme son mari, était dans les faits… son frère.     Cette fois-ci le remous dans la foule ne s’atténua que sur l’invitation du président que la sueur abondante inondait.

*Le marché des amoureux de Sapa       Les jeunes filles vêtues de leurs plus beaux vêtements se retrouvent à la nuit tombée dans les recoins du marché, non pas pour vendre des babioles aux touristes, mais pour se rencontrer entre elles et faire la connaissance des garçons, à l’abri des regards indiscrets si possible.


Le silence rétabli, il continua :     -     Nous avons également découvert dans cette maison où vivaient le frère et la sœur se faisant connaître comme époux et épouse, quelques boîtes enrubannées qui intriguèrent notre enquêteur. Les ouvrant, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir au moins une dizaine de fœtus qui flottaient dans des bols en verre remplis d’un bizarre de liquide ! Un indice supplémentaire, soit un document sur lequel nous avons pu identifier l’origine des quatre autres enfants, mis à part celui né de l’union incestueuse de cet homme et cette femme, nous a conduit vers le commissariat de police de la ville de Ha Giang. Tous de pères différents. Aucun né dans un hôpital ou un dispensaire.       Les réactions des gens du quartier oscillaient entre stupeur et incrédulité. Comment avait-on pu vivre si près de tels monstres sans le savoir, pire, sans le soupçonner ?


 3r)     finalement…    
L’orateur arrêta ici son exposé, convaincu que le message avait été bien compris, qu’en rajouter serait superflu. Il décida alors d’aborder le second point : la question des funérailles de ce fils illégitime qui mit fin à ses jours sans que personne ne sache exactement pourquoi. Fort probablement, lors de la préparation de l’assemblée, les membres du comité des citoyens s’entendirent sur le fait qu’une fois éclaircie l’histoire abracadabrante de la famille, d’abord cesseraient les divers jugements et que la population allait relier l’acte du fils à cette situation familiale atypique dans laquelle il vivait depuis sa naissance. Ça n’allait pas excuser le geste mais peut-être le rendre plus compréhensible. Ils n’eurent qu’à demi raison.

La douche d’eau froide que le président venait de déverser sur l’assemblée séchait à peine alors qu’il reprit la parole :     - Venons-en maintenant au deuxième point. Le comité des citoyens après avoir écouté tous ceux qui souhaitaient émettre leur opinion, a décidé d’accorder des funérailles au jeune disparu. On demandera aux moines de la pagode d’y voir alors que nous nous chargerons de récupérer les cendres. Comme il y a déjà un certain temps que cette âme est en attente, nous souhaitons que cela se fasse le plus rapidement possible.

Les murmures entendus, à l’intérieur comme à l’extérieur du local du comité des citoyens, semblaient dire que la décision était recevable puisque après tout il s’agissait de son âme et non de son corps matériel dont il était question. Une sorte de sympathie, de plus en plus palpable, se répandit quand éclata la bombe…
  
Daniel Bloch, en spectateur attentif et observateur aguerri, fut le premier à voir entrer dans la salle une Dep droite et fière qui fendit la foule de ses mains tendues, s’acheminant sans aucun doute vers la tribune où se tenaient les dignitaires. Elle marchait comme si depuis toujours elle eût connu le chemin qui la mènerait face au président, face aux autres membres du comité des citoyens. La dureté du silence qui s’écrasa, laissa tout le monde pantois. Debout, droite et fière, elle portait son kangourou troué. Le silence était à couper au poignard.


4r)     finalement… 
Interpellant le président d’assemblée Dep prit la parole :     - Je porte ce vêtement devant vous, devant cette assistance tout comme je le portais un certain samedi soir. Samedi qui a transformé ma vie en mutilant mon corps. Depuis, je tente difficilement d’oublier que ''rire'' signifie verser des larmes, répandre le sang. J’essaie, avec toutes les forces qui me restent, de survivre à une agression bestiale dont je fus l’innocente victime. Celui dont vous avez parlé ainsi que de sa famille, celui-ci fut mon agresseur. Il m’a violé.           La foule poussa un grand cri de surprise et de consternation.        – Il m’a violé sans jamais me regarder dans les yeux. Je n’étais plus pour lui un être humain, que de la chair à dévorer. J’entends toujours, surtout la nuit, ses râles de buffle. Je le sens encore me pénétrer. Les coups sauvages qu’il m’infligea ont déchiré ma peau et souillé mon corps. Mon âme fut jointe comme de la boue fétide à son sperme. Il haletait, je l’entends encore. Il a joui en moi. Je sens encore son haleine puante qui m’asphyxiait. J’ai pu me rendre inconsciente en ingurgitant une gorgée de citronnelle. Je perdis connaissance. Sa violente profanation dont je fus la vierge martyre aura obstrué ma conscience.

Les jambes coupées, baissant les yeux, le président tomba sur sa chaise.                  Dep enchaîna :    – Il m’a laissé là, assommée sous un bougainvillier à fleurs rouges, le cœur anéanti. Le sang qui pissait de mon ventre tailladé se répandit sur mes mains tremblantes ; un instant, je me suis crue morte. Et je l’étais. La jeune fille d’avant venait de mourir, atrocement abattue, abandonnée à elle seule, emprisonnée dans une dévorante culpabilité. Je n’arrivais ni à pleurer ni à crier. Je me suis relevée. Je suis revenue du lac par la pente que l’on m’avait forcée à monter.  Les témoins avaient disparu avant même qu’ils puissent le devenir. Mon agresseur venait d’enfermer dans un souvenir éternel le pacte démentiel qu’il m’avait obligé à signer.

Il fallait voir dans cette foule interloquée, la mine abattue de Khuôn Mt (le visage ravagé), la rage que crachaient les yeux de Thn Kinh (le nerveux). Il fallait voir dans cette foule médusée un Tùm (le trapu) peinant à rester debout tellement son corps chancelait au point que Daniel Bloch dut le soutenir. Il fallait voir dans cette foule hébétée, le sentiment de sympathie pour le pendu se métamorphoser en une hostilité envers l’agresseur. On assistait au paroxysme de l’ébahissement. L’expression vietnamienne résumant le mieux la situation serait celle-ci : à faire tomber les oiseaux et se noyer les poissons.

Se tournant vers les gens, Dep n’avait pas achevé sa confession.     -   Je ne demande pas vengeance. Aucune réparation n’est possible. On ne peut pas recoudre une âme comme on saurait le faire d’une déchirure au corps. Mon corps a guéri. Mon âme sera en convalescence jusqu’à la mort. Lui, une tige de bougainvillier à fleurs rouges à la main, ne souffre plus dans son corps mais son âme erre. Il n’est pas bon de laisser errer une âme. Je propose au comité de citoyens, avec l’autorisation des moines, de lire moi-même la prière des funérailles.       Aussi fièrement, aussi droite que lors de son entrée, par le même chemin qui s’ouvrit devant elle, sortit Dep.



À SUIVRE

mercredi 7 décembre 2016

5 (CENT) (QUATORZE) 14

L'histoire ILS ÉTAIENT SIX... en est rendue à l'épisode 18. Les personnages commencent, du moins je le souhaite, à vous devenir un peu plus familiers.
On voit que la tragédie et le drame ( les deux déclencheurs), les rejoignent et manifestement les amènent à s'interroger autant à titre personnel que comme groupe.

Bonne lecture.






1q) le chemin du poignard     Il faut parfois un poignard pour se frayer un chemin. Chacun des membres des xấu xí, depuis son arrivée dans leur groupe, savaient que Thần Kinh (le nerveux) se promène continuellement armé d’un poignard. Personne n’osa s’aventurer à l’interroger sur le pourquoi : lui poser la question aurait risqué de provoquer une crise flamboyante ou de le voir s’enfermer dans un mutisme cadenassé. Lorsqu’un message, une information ou une invitation lui étaient destinés, on mandatait Khuôn Mặt (le visage ravagé) pour le faire sachant mieux que tous comment l’aborder.

À plusieurs semaines des événements, les six furent abasourdis de s’apercevoir qu’à son tour Cây (le grêle), celui qui pousse comme le bambou, cachait sur lui le même type de couteau. S’il avait été là, Tré (le plus jeune) aurait certainement dit que cette arme à deux tranchants aurait très bien pu être un artéfact abandonné par les GI’s américains, qu’il le savait par son père et lorsque son père parle de l’armée américaine, il sait tout, même ce qui est demeuré secret.

Mais il n’est plus là, le plus jeune du groupe, évaporé dans la nature depuis assez longtemps maintenant pour que sa place au chantier, tout comme celle du plus âgé, fut occupée par de nouveaux venus aussi taciturnes l’un que l’autre. Les deux employés y travaillèrent alors que les travaux achevaient. Ils n’avaient aucune intention de se joindre à qui ce soit, refusant systématiquement toute invitation à prendre le café après les heures de travail.

Il n’était plus là, Tré (le plus jeune) et personne n’avait de nouvelles de lui, même Tùm (le trapu) qui pourtant arpentait régulièrement le centre de Hanoï pour ses cours de musique. – (Il aurait même arpenté la triste Quang Ba, rue meurtrière au temps de la Résistance vietnamienne. Reconnue comme étant le repaire des malfaiteurs et des détrousseurs, un lieu de règlements de comptes sanglants, un nid d'amour pour les couples illégitimes. Semble-t-il qu’encore maintenant elle n’ait pas très bonne presse.) - On ne parla plus de ce couple inséparable que formait le plus âgé et le plus jeune comme s’il n’avait jamais existé. Ni des événements. L’étranger au sac de cuir avait bien tenté, une fois et ce fut d’ailleurs la dernière, d’aborder le sujet. Leur réserve, il l’interpréta comme de la discrétion.


2q) le chemin du poignard     À plusieurs semaines des événements, le comportement de Cây (le grêle) préoccupait les autres. Lui qui, constamment se culpabilisait de tout, se croyant responsable e l’ensemble des malheurs de la terre, aura sans doute eu du mal à se situer face à la catastrophe qui, en plus de bouleverser tout le monde, modifia sensiblement la structure du groupe, sa deuxième mais probablement vraie famille.

Sa mère, surprotectrice à outrance, voyait bien dépérir son unique raison de vivre. Il déclinait, s’affaiblissait. Lui, si grand, se déplaçait le dos courbé. Les messages, les conseils ou les ordres coulaient sur lui comme sur le dos d’un canard. Même qu’un soir, la fusillant des yeux suite à une intervention mineure, elle prit peur; sortant son poignard qu’il lissa de ses longs doigts, il lui cria :    – Un poignard a deux lames qui peuvent trancher au moment où on s’y attend le moins.     Et Cây (le grêle) quitta la maison sans manger… sans qu’elle le fit manger.

Tùm (le trapu) s’arrogea la responsabilité de réunir le groupe des xấu xí autour de Daniel Bloch qui les invitait au café Con rồng đỏ à deux ou trois reprises la semaine. L’endroit qu’à l’époque fréquentaient les six aurait très bien pu être prohibé pour les raisons que l’on imagine. Au contraire, il devint leur ''quartier général''; le terme trụ sở* lui fut attribué. Le message d’un dîner que démarrait Tùm (le trapu) par chaîne téléphonique allait par la suite de l’un à l’autre ; deux mots et chacun comprenait : trụ sở.

trụ sở*     siège social

Il fallut fort peu de temps à Daniel Bloch pour saisir que s’il souhaitait poursuivre ces rendez-vous, il devait éviter l’épineuse question du pendu. Malgré le fait qu’un bon nombre de sujets sont, non pas tabous mais disons ''à éviter'' en compagnie des Vietnamiens, en très peu de temps et moussé par le marketing de Tùm (le trapu) on se mit à discourir religion, politique, relations homme-femme.


3q) le chemin du poignard     À la surprise générale, ce ne fut pas Thần Kinh (le nerveux) mais plutôt Cây (le grêle) qui s’absenta régulièrement des dîners que proposait l’étranger au sac de cuir. Il aurait dit, parlant de Daniel Bloch  : 
    - Je n’aime pas ce type. Je suis convaincu qu’il fomente un complot contre moi. Vous avez remarqué, alors qu’il s’adresse à tout le monde, c’est contre moi qu’il parle. Il cherche à m’isoler. En plus, je suis certain que toutes les langues qu’il a étudiées... Enfin, je me comprends… Vous ne pouvez pas décoder son jeu, toujours à boire ses paroles comme des oisillons dans un nid.    Cây (le grêle) manifestait de plus en plus de comportements dans ce genre, voyant en Daniel Bloch un allumeur d’incendies animé par la nette intention de l’y projeter.

Tùm (le trapu) eut beau tenté à plusieurs reprises de le ramener à la raison, rien n’y fit. Au contraire, son attitude se détériorait à chacune de ses présences au dîner, présences qui s’espacèrent sans même qu’il eut la délicatesse de s’excuser ou de se décommander. De plus en plus rigide, susceptible et méfiant, Cây (le grêle) devenait de fort désagréable compagnie.

La persécution dont il a toujours été victime de la part de sa mère lui devenait-elle, avec le temps, insupportable au point de l’imaginer chez tout le monde ? La mort du plus vieux, la fuite du plus jeune eurent-ils une part de responsabilité dans ses imprévisibles sautes d’humeur, ses réactions agressives ou encore, ses délires occasionnels ? À lui qui, il y a peu de temps encore, n’avait que le chantier et les promenades du groupe pour s’évader de sa mère. Ça laissait croire que l’échappatoire que représentait les xấu xí ne suffisait plus. Reléguant au second plan les problèmes des autres, il canalisait ses énergies sur lui-même.

Lors d’un dîner auquel Cây (le grêle) participait, il se mit à parler de la jeune fille qui vend des ballons multicolores de manière inadéquate, faisant bondir Khuôn Mặt (le visage ravagé) d’habitude si posé et si calme. C’est Daniel Bloch qui mit un nom sur ce comportement : l’érotomanie. Dans les propos décousus de Cây (le grêle) - quelqu’un de non-averti aurait pu les croire véridiques – le jeune homme laissait entendre que Dep serait follement amoureuse de lui, fait des avances explicites qu’il aurait refusées puisque convaincu qu’elle était infidèle et cela avec une quantité d’hommes du quartier. Il échafaudait des preuves fantaisistes qui ne faisaient qu’augmenter sa jalousie l’incitant à lui faire mauvaise presse.

Khuôn Mặt (le visage ravagé) le pria de se taire sur le même ton qu’il avait utilisé avec Tré (le plus jeune) lors du fameux samedi que tous s’efforçaient tant bien que mal à oublier.      – Toi aussi tu es contre moi. Vous êtes tous contre moi. Je me demande pourquoi vous continuez à m’inviter. Au fond je le sais très bien, c’est parce que vous avez pitié de moi, répondit Cây (le grêle) campant son regard directement dans les yeux de Daniel Bloch. C’est son plan à lui que de vous liguer tous contre moi.        Cela coupa abruptement la conversation, chacun se rappelant ce que l’étranger au sac de cuir leur avait dit lors d’un dîner marqué par l’absence de celui qui a maintenant cesser de pousser comme le bambou. La conduite de Cây (le grêle) relevait d’une sorte de maladie mentale et qu’il fallait non pas l’affronter mais user de patience.


4q) le chemin du poignard     Cette prise de bec permit au groupe d’aborder la frileuse question encore sous-entendue de la jeune fille vendeuse de ballons multicolores. L’exaltation passionnelle de Cây (le grêle), le fait qu’il exigea des réparations de la part de tout le groupe en raison de leur attitude agressive envers lui firent que très souvent on évitait de l’inviter, permettant ainsi des échanges moins exaltés. Sur le chantier, on ne parlait plus des dîners avec Daniel Bloch tout en remarquant que le contremaître, une autre cible de Cây (le grêle), s’impatientait de plus en plus à recevoir les remarques impertinentes qui lui étaient adressées. Voulant éviter que Thần Kinh (le nerveux) explose, le contremaître se taisait, soupirant comme un buffle. Savait-t-il que très bientôt il aurait de fâcheuses nouvelles à leur apprendre ?

Lorsque le sujet de Dep vint à l’ordre du jour, l’inconfort fut palpable. L’étranger au sac de cuir le ressentit immédiatement et pour éviter qu’on ne l’évacue il rappela que grâce à la jeune fille vendeuse de ballons multicolores, il s’était arrêté à ce café, avait discuté avec un des six avant d’être mis en contact avec les autres.    
– C’est beaucoup par elle si je vous connais. Je ne sais pas quel type de relations, si vous en avez, vous y relie. J’ajouterai qu’elle est fort charmante pour le souvenir que j’en ai. Je me rappelle que dans son kiosque, il y avait de la lecture. Ça parle beaucoup sur les gens, le fait qu’ils lisent ou pas.

Pour briser la glace – avouons que cette expression ne tient pas tellement la route au Vietnam - Tùm (le trapu) dit qu’il la croise les matins lorsqu’il se rend au centre de Hanoï pour ses cours de musique; qu’elle est toujours polie et gentille. Les deux autres, Thần Kinh (le nerveux) et Khuôn Mặt (le visage ravagé), l’écoutèrent sans ajouter un mot.     – C’est le seul contact qu’elle a avec votre groupe?

Difficile à dire… était-ce de l’inconfort ou une certaine gêne, mais seul Tùm (le trapu) se prononça. Daniel Bloch n’allait pas lâcher le morceau pour autant. Il avait souvenance des tensions qui enveloppaient les salles de cours durant sa longue carrière lorsqu’il abordait des thèmes reliés à la matière qu’il enseignait ou à l’actualité. Des toussotements, des échanges de regards entre étudiants, tout ce que l’on peut imaginer indiquant que l’on n’allait pas s’avancer sur des chemins minés, du moins le premier. Il continua :     - Les filles ne font pas partie des groupes de gars? Deux clans? Pourtant, il me semble que cette fille a quelque chose de différent des autres. Est-ce que je me trompe?      L’effet fut le même qu’un coup de poignard…


                                                  
À suivre

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...