jeudi 13 décembre 2012

La vidéo de la semaine


Tous les mardis, c'est journée 2 pour 1 chez Dominos's Pizza.
Mardi dernier, j'y étais avec Lisa, sa fille et YoYo.
Voici quelques images prises à la sortie du restaurant bondé de monde.

À la prochaine

mardi 11 décembre 2012

Petites histoires drôles

Rue devant la gare de Saïgon


Deux autres petites histoires locales et quatre courtes phrases - de celles qui dépannent - en langue vietnamienne.



Celui qui refusait d’être un flatteur

         Il y avait un vieil homme très riche qui aimait être flatté. Tout près de chez lui vivait un homme pauvre, mais qui jamais n’adressait de flatterie à ce vieux richard. Une fois, le vieux appela cet homme pauvre et lui dit :

- Tu sais que je suis un homme riche. Très riche même. Alors, pourquoi ne me flattes-tu pas?

- Que Monsieur soit riche, très riche même, je n’en ai cure. Pour quelle raison devrais-je le flatter?, répondit l’homme pauvre.

- Si, reprit le vieil homme riche, je te donne la moitié de mon patrimoine, est-ce que tu me flatteras?

  - Monsieur, sachez qu’avec la moitié de votre patrimoine je deviendrais un homme riche, tout comme vous. Pourquoi devrais-je encore vous flatter?

   -  Alors je te donnerai tout mon patrimoine. Me flatteras-tu à présent?

L’homme pauvre, le regardant droit dans les yeux, répondit :

-   À ce moment-là, ce sera à Monsieur de me flatter, moi.



Le canard à deux pattes

Un jeune homme flattait un mandarin. Un jour, apercevant le canard du mandarin dormant sur une patte, l’autre étant rétractée, ce jeune homme dit par manière flatteuse :

-      Honorable, très Honorable mandarin, votre canard a noble apparence.

-      Comment noble apparence, rétorqua le mandarin?

À l’improviste, le canard se réveilla, étendit sa patte rétractée vers le sol. Le jeune homme, ne sachant trop quelle louange encore inventer, redressa la tête en disant d’un air sérieux :

-      Honorable mandarin, le canard du mandarin a … deux pattes, ah!

Furieux, le mandarin fit passer la porte au flatteur.



D’une langue à l’autre


Tôi moi noi duoc it tieng Viêt thoi 
( Je ne parle qu’un peu de vietnamien.)

Tôi không hieu
(Je ne comprends pas.)

Tôi hieu
(Je comprends.)

Tôi muon hoc tieng Viêt
(Je veux apprendre le vietnamien.)


À la prochaine

samedi 8 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside



LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

3

Le crayon coupe-papier et le harem de Khadafi



Le temps est lourd, pesant. À l’orage. Sans doute en raison du typhon Bopha qui détruit  actuellement une partie des Philippines. Tellement lourd, tellement pesant qu’un seul petit courant d’air circule au Café Riverside; il provient du ventilateur qui s’enrage à vouloir le distribuer partout sur la terrasse. Quelques rayons de soleil ce matin puis ces nuages qui enveloppent Saïgon ne laissant au firmament aucune chance de se pointer le bout du nez. Sur la rivière plusieurs feuilles rassemblées en touffes suivent le courant. Un lotus rouge parmi elles donne de la couleur à ce brun sur gris. 

J’étais ici hier soir, non pour écrire mais y achever la lecture du roman d’Amos Oz, SEULE LA MER. Absolument bouleversant. Quelques chapitres troublent par leur sincérité, leur sensibilité; ils décrivent sur un ton poétique le quotidien de ceux qui, après la mort, restent, de ceux pour qui l’en-allée sera toujours restante. En fait, les chapitres qui s’éloignent de la ligne continue du livre - le double deuil, d’un mari et d’un fils, de cette femme atteinte du cancer et qui brodait à la dentelle tout en regardant la mer - ces chapitres enveloppent l’idée maîtresse cherchant à nous en éloigner comme si le deuil pouvait s’intégrer (se vivre) plus aisément par le mouvement, le départ ou le changement dans nos habitudes quotidiennes. Cette femme souhaitait achever son ouvrage avant que l’oiseau du matin lui annonce que ça allait advenir aujourd’hui; elle ne croyait pas à l’espoir que médecin et famille entretenaient sur son état. Elle savait. Aura raison, celle qui deviendra «leur sommeil».

Le roman se situe quelques années après la fin de la deuxième guerre mondiale, écrit par un israélien critique du sionisme qui prend forme. Si je vous disais que l’on y retrouve deux phrases sur les camps de concentration, sur les misères dans lesquelles les Juifs se complaisent parfois, eh bien j’exagérerais. Pas du tout dans cette thématique si souvent abordée par plusieurs auteurs au cours des cinq dernières années.

Après ce roman et le fait de réaliser que je suis ici depuis plus de trois semaines déjà, je me rends compte que la distance s’amuse à réveiller certains souvenirs, comme si des grands coups de mémoire fracassaient tout, les faisant surgir d’un inoffensif détail. Est-ce que ça existe la mémoire émotionnelle?

Le crayon coupe-papier en est un exemple.

J’étais à la plage de Phan Thiet, près de Muiné. Le lunch achevé, se présente le garçon du service aux tables, facture en main, nous demandant de la signer pour qu’il puisse l’assigner aux frais de notre chambre. Pour se faire, il nous présenta un stylo blanc . Je suis demeuré stupéfait, un instant. Ce crayon blanc était la copie exacte, couleur en moins, du stylo qui reposait sur le petit secrétaire de la salle d’entrée chez mon grand-père Bergeron. Le crayon d’Eudore (le prénom de mon grand-père) était brun. En plus d’être un stylo à bille, il pouvait servir de coupe-papier en raison de sa forme.

Le crayon coupe-papier brun d’Eudore, placé tout à côté du téléphone n’était utilisé que par lui. Personne d’autre n’y touchait. Eudore ne savait écrire que son nom, il s’en servait donc rarement. Jamais ne l’ai-je entendu interdire à qui que ce soit d’approcher ce crayon coupe-papier mais par une sorte de convention non dite et non-écrite, personne n’y touchait. Je m’en souviens parfaitement bien manifestant pour cet objet presque mythique une attirance particulière. Aujourd’hui, rationalisant la situation, je dirais qu’en raison de l’analphabétisme d’Eudore, toucher à ce crayon eut été comme violer l’intimité de cet homme qui croyait que le travail valait davantage que l’éducation. Écrire son nom - il ne disait pas «signer mon nom» - voilà jusqu’où l’école l’avait mené.

J’utilise le mot éducation mais le terme instruction conviendrait mieux, car de l’éducation il pouvait en vendre et en revendre alors que de l’instruction se résumait à fort peu.

Revoir un crayon coupe-papier… plus de cinquante ans après … m’a amené à penser qu'un objet ayant en soi fort peu d’importance peut signifier beaucoup. Un évènement aussi, j'imagine. Une couleur, une odeur, un visage, une voix. Je sais que ce stylo coupe-papier presque jamais ne servait; signer un document parfois, occasionnellement. S’en départir, jamais pour rien au monde car sa seule présence, toujours au même endroit, était pour le grand-père, l'assurance qu’avec quelques lettres mises bout à bout on peut obnubiler l’ignorance.

L’ignorance va au-delà du manque d’information. Ignorer c’est se rendre esclave de préjugés, de qu’en-dira-t-on; ne pas se fier à son opinion, ne pouvant en formuler aucune; se résoudre à percevoir et comprendre le monde à partir de ce que les autres nous disent être la vérité; vérité et foi se confondent souvent.

J’en ai pour exemple un reportage qui m’a ému et troublé à la fois. Pour entendre parler français à Saïgon j'ai bien peu d’options. La plus simple : TV5 MONDE. Comme je ne suis pas amateur de télévision, je m’astreins à n’écouter que les informations présentées en «flash» ou en bulletins provenant de France, quelques fois du Québec.

Je ne me souviens plus exactement quel soir on diffusait sur TV5 MONDE un reportage sur la Libye de l’après Khadafi. Passons rapidement sur les analyses des spécialistes de la région pour en arriver à mon propos : l’ignorance.

Un journaliste français a réussi le coup fameux de retrouver une jeune fille ayant fait partie du harem du Colonel Khadafi. Elle a accepté de suivre la télévision française en route vers le palais personnel du dictateur, aujourd’hui en ruine, tout en racontant son histoire.

Elle fut enlevée par des membres de la garde rapprochée de l'ancien maître incontesté de Libye alors que celui-ci, visitant une école, la remarqua. Elle avait à peine 16 ans. Il en fit sa préférée. À un point tel que son appartement, qu’elle parvint à retrouver dans les ruines de ce palais sous haute surveillance, était directement situé sous la chambre du colonel. Elle fondit en larmes.

C’est à ce moment que des hommes armés font irruption, sous l’œil de la caméra, exigent des explications qu’elle leur donne le souffle coupé comme si elle revivait ces moments où on l’arrachait à son petit réduit pour la conduire dans le lit de l’ogre affamé. On ne la croit pas. On lui dit que cet endroit est interdit, que si elle connaît si bien les lieux, c’est qu’elle entretient toujours des liens avec l’ancien régime. Elle réplique, élaborant sur le type de liens qu’elle devait obligatoirement avoir avec le dictateur. On l’arrête, la fait grimper dans une jeep et elle sera conduite dans un lieu secret pour un interrogatoire. Plus personne n’a entendu parler de cette jeune fille, la préférée parmi toutes celles qui s’entassaient dans le harem du Colonel Khadafi.

Je relie cette courte histoire à l’ignorance. Non pas celle d’Eudore, mon grand-père, mais celle qui prévalait en Libye. Ailleurs également. On est tous des ignorants à certain niveau. Maintenir les gens dans cet état c’est les empêcher de réfléchir par eux-mêmes, pire encore, leur induire des concepts, par la force et par la peur, afin qu'ils les multiplient inconsciemment. Ils deviennent comme un stylo coupe-papier reposant sur un secrétaire. Plus rien ne bouge. On ne touche à rien. On arrive même à oublier, on fait partie d'un environnement qu'on ne questionne plus.

Ceux qui ont arrêté cette jeune fille l'ont victimisée une deuxième fois: victime du système initial, maintenant de celui qui s'installe. Ignorant ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a subi, ils sont convaincus qu’ayant côtoyé l’ancien régime, elle en fait  encore partie. Et ils ont exécuté le protocole les yeux fermés tout comme on le faisait à l'époque où l'ignorance faisait la loi.

On a fait la révolution en Libye. Tué le tyran. Mais a-t-on éradiqué l’ignorance? Les concepts qui font agir maintenant sont-ils si différents que ceux que l’on a voulu voir disparaître avec cet homme rapidement enterré dans le désert?

La véritable révolution, encore à faire, sera sans doute celle contre l’ignorance : de l’analphabétisme au péché contre l’esprit.

À la prochaine

jeudi 6 décembre 2012

La vidéo de la semaine



Ce jeu (Da' Cân) se joue dans plusieurs parcs de Saïgon. Ici, j'ai filmé quelques adeptes de cette activité dans le Parc du 23 Septembre, tout près du Marché Benh Thanh,

À la prochaine


mardi 4 décembre 2012

Petites histoires drôles

Lotus, fleur emblème du Vietnam


L’humour aide beaucoup à mieux comprendre certains traits de la culture. Au Québec, au risque de me tromper, l’humour semble glisser vers le «pipi-caca» et le sacre facile. Ce que je trouve au Vietnam s’inscrit dans un tout autre registre.

J’ai déniché à gauche et à droite quelques petites histoires drôles et, à l’occasion, vous en offrirai une afin de vous faire partager ce qui fait rire – et réfléchir tout à la fois – le peuple vietnamien. Rien à voir avec «c’est l’histoire du gars qui …». Vous constaterez par vous-même.

J’ajouterai, pour votre culture personnelle et stimuler mon apprentissage combien ardu de la langue vietnamienne, un ou deux mots, une ou deux expressions que tout voyageur au Vietnam devrait connaître. Pour ce qui est de la prononciation juste, c’est une autre histoire… Tout cela, juste pour rire!

La première petite histoire drôle s’intitule : MAÎTRE et SERVITEURS.

Ça va comme ceci.

         Un vieil homme, très riche, avait recruté trois serviteurs. Il les avait choisis selon leur caractère. Il en souhaitait un premier qui soit soigneux, un deuxième prévoyant et le dernier, poli.

Un bon jour, l’aîné des enfants du vieil homme tomba dans un ruisseau profond. Le serviteur (soigneux) vit la situation et courut le dire à son maître:

-        - Pardon, Monsieur, votre fils aîné est tombé dans le ruisseau, je vous demande l’autorisation d’aller le secourir!

Une fois repêché, le fils avait bu tellement d’eau qu’il fut impossible de le sauver. Le vieil homme, furieux, congédia le domestique (soigneux) sur le champ et ordonna au serviteur prévoyant d’aller acheter un cercueil. Celui-ci partit immédiatement et revint avec deux cercueils.

Le maître, voyant cela et fort étonné, exigea des explications.

-     -              Voilà, j’ai fait cet achat en prévision, si jamais un accident arrive au second fils, nous l’aurons immédiatement sous la main.

Furieux, armé d’un bâton, le vieil homme chassa le serviteur prévoyant. Il ne lui restait plus qu’un seul serviteur, le poli. Un jour, alors que le maître et son serviteur passaient par un village, ils se retrouvèrent devant un ruisseau torrentiel. Le serviteur poli transporta le maître sur son dos et ne proféra aucune plainte. Le vieil homme le complimenta :

-      -     Excellent! Excellent! Tu supportes cette charge supplémentaire sans jamais te plaindre. L’an prochain, je te donnerai en récompense un habit splendide.

En entendant ces mots, le serviteur tout confus déposa aussitôt le maître au beau milieu du ruisseau, joignant les mains, il répondit poliment :

-      -          Je me permets de remercier beaucoup mon maître!





D’une langue à l’autre
(Je ne pourrai pas vous transcrire tous les signes
mais le ferai quand mon clavier me le permettra.)

Chào ông!                     Bonjour monsieur!
Chaò bà!                       Bonjour madame!
Chaò cac anh!              Bonjour messieurs!
Chaò cac ban!              Bonjour les amis!
Xin chaò cac anh chi!  Bonjour messieurs, mesdames!
Tôi xin chaò ông!       Je me permets de vous saluer, monsieur!


À la prochaine

dimanche 2 décembre 2012

Les chroniques du Café Riverside



LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE
2
Les trois handicapés

Je suis de retour au Café Riverside. C’est mardi. En après-midi. Et je retrouve, tout comme cela m’arrivait quotidiennement au Jardin des Tuileries à Paris, je retrouve exactement le même endroit, la même table alors que derrière le Louvre, c’était cette longue chaise verte qui m’attendait.

En fait le Café Riverside répond au nom de Cafe_Vuon_Kieng. Sa terrasse donne sur la rivière Saïgon, celle dont le courant monte ou descend selon la marée de la Mer de Chine. Dans le port de Saïgon, où se situe-t-il précisément, je ne saurais le dire. Chose certaine, qu’il ait pignon sur rue et sur eau dans le District 1 tout à côté des grands hôtels en fait un endroit très fréquenté. Pas du tout «in», il n’a pas changé depuis janvier dernier, sauf que des touristes, tout comme aujourd’hui, il en pleut.

Le Café Riverside deviendra l’endroit pour écrire ces chroniques, sorte de deuxième regard sur le regard voyeur que je porte autour de moi ou sur ce qui se jette à mes yeux. La dernière fois, c’était plutôt la première, des amoureux et des pigeons. Au fait, ici, les pigeons règnent en maîtres, on leur a même construit un colombier (je ne voulais répéter le mot pigeon…). Sans oublier que le café glacé est particulièrement bon.

Un autre petit détail au sujet de mon lieu d’écriture : les fumeurs semblent s’être donné le mot et prennent place là où le vent pousse la fumée derrière eux et derrière eux, il n’y a personne. Un petit dernier : la musique, toute vietnamienne et en sourdine ne joue pas les trouble-fête.

En partant tout à l'heure je ferai une petite vidéo du Café Riverside afin que vous puissiez au moins le voir et vous imaginer, lisant cette chronique et les suivantes, où je suis installé quand je les écris.

Le titre d’aujourd’hui, les trois handicapés, vous effraie peut-être? Il y a un bon moment que je souhaitais parler d’eux mais l’occasion ne s’était pas encore présentée. En arrivant à Saïgon, me promenant près du marché Ben Thanh, quasi au même endroit j’ai revu les trois handicapés, chacun à son coin de rue, assis ou écrasé par terre, main tendue comme le font les sans-abri de partout dans le monde. Ils n’ont pas changé depuis le mois de mai dernier. Si mon sens de l’observation ne me trahit pas, chacun des trois handicapés est vêtu des mêmes vêtements et dans le regard, pas le regard de celui qui quête, celui qui reçoit une obole et se retourne du donateur manifestant soit du dépit, de la joie ou encore le sentiment de l’avoir un peu fourvoyé, non, dans le regard une question : sait-on vraiment ce qui m’est arrivé?

Pour un des trois, l’agent orange, ce cadeau empoisonné généreusement offert par les GI’s américains, l’aura atrocement défiguré. Les plaies ne semblent pas vouloir se cicatriser ou encore souhaitent-elles ne jamais le faire afin de témoigner des horreurs d’il n’y a pas si longtemps.

Le deuxième : amputation des deux jambes. Il se déplace surtout près du terminus d’autobus, le tronc rasant le sol, les mains déposées sur deux petits tabourets il s’avance, lentement, comme accroché à une bouée de sauvetage. On voit qu’il souffre. La lourdeur de sa démarche sans jambes fait pénible à voir. Albatros sur bitume.  Il ne peut rien transporter avec lui, se transporter lui-même semble déjà une corvée surhumaine. Je me disais que le courage des Vietnamiens serait, chez nous, interprété comme de l’héroïsme. Par 33 degrés C, ramper à quelques centimètres de l’asphalte qui brûle la barre des 40 degrés, relève de l’exploit. Il souffre, c’est évident, mais ne se plaint pas.

Le troisième offre crûment au regard des passants - et je me doute que bien des Vietnamiens ne le remarquent plus - un corps grand et musclé. Sauf qu’il n’a pour bras que deux petites mains ayant la forme de pattes de coq ou d’oie. Trois doigts par main. Une d’elle retient un billet de mille dongs. On l’entend murmurer un «Madame, please… came on (merci en vietnamien)» puis cherche à attirer l’attention d’une autre touriste. Car lui il n’est pas stationné sur un coin de rue, il est à la porte de la Cathédrale Notre-Dame. Il y restera une bonne partie de journée car c’est sans doute le meilleur endroit pour implorer la charité.

On a le réflexe rapide en tentant d'expliquer handicaps, malheurs ou pauvreté à partir des suites de la guerre du Vietnam, principalement celle que les Américains leur ont faite, autant la résilience de ce peuple, son sens de l’organisation, son courage, sa volonté d’indépendance et d’émancipation semblent constituer la réponse aux douleurs d’un passé encore proche. Je me souviens de la galerie du Musée des Beaux-Arts à Saïgon entièrement consacrée à plusieurs œuvres d’artistes modernes qui peignent des personnages handicapés – le terme est imprécis car lesdits personnages sont présentés qui défigurés, qui aux membres amputés, qui au corps abominablement décharné, et j’en passe pour ne pas sombrer dans l’horreur – et il me semble que ces trois handicapés les réunissent tous.

Dans la rue, peut-être dans toutes les rues du monde, une main tendue nous interpelle, implorant un peu de monnaie. Rarement les gens prennent le temps d’une rencontre yeux dans les yeux. Le faire ici, au Vietnam, pourrait s’avérer impoli. Pourtant, c’est dans le regard que tout peut s’expliquer. Si ce n’est pas pour le handicapé lui-même sans doute pour celui qui s’attarde un demi-instant, l’espace de trois secondes alors que le trouble, s’il nous reste encore un peu d’humanité dans le corps, s’installe.

Ils continueront de tendre la main, mais d’abord attirer l’attention. Je me disais, en fait je me le dis à chaque fois que j’en rencontre un, un de ces trois ou un autre semblable, qu’aux survivants de la guerre aucune paix n’est possible.

Ils continueront de vendre des billets de loterie, mais d’abord attirer l’attention. Au Vietnam, on vous dit «Bonne chance» aussi souvent que «Bonjour… Bonsoir». La loterie c’est investir de l’espoir dans la chance pour qu’elle vous inonde de ses vertus. Que cette chance vous soit offerte par un handicapé, une vieille femme qui déambule d’un restaurant de rue à un autre, un aveugle que l’on a installé sous un arbre immense pour éviter des  brûlures supplémentaires à des yeux sans vie, que la chance vous vienne de la part de celui ou de celle qui n’en a pas ou pas eu vraiment, il y a de quoi s’interroger sur cette civilisation. Et sur soi-même.

Lorsque je quitterai le Café Riverside après avoir tourné ma petite vidéo, sans doute croiserai-je à nouveau un des trois handicapés. Je lui offrirai mon sourire, conscient que cela vaut des milliers de dongs vietnamiens.

lundi 26 novembre 2012

Bilan 1 (du mercredi 14 au lundi 26 novembre 2012)


Installation, repos, reprise de contacts et la mer; voilà qui cela résume fort bien ces premiers jours au Vietnam.

L’appartement que j’occupe, comparé à celui de Cantavil dans le District 2 où je vivais de janvier à mai dernier, est mieux situé par rapport à la vie active de Saïgon. Par le bus 72, je suis à plus ou moins 15 minutes du District 1 en passant par le 7 et le 4. De ce côté-ci de l’ouest. Je veux dire par là que la dernière fois j’avais l’ouest en face de moi. Sans doute vous souvenez-vous de quelques photos de coucher de soleil, eh bien cette fois c’est dans mon dos. Vous n’aurez pas le loisir d’apprécier cette merveille de la nature... on verra pour les levers de soleil.

Le building est très peu occupé – à l’étage (le 10ième) nous ne sommes que deux, une famille vietnamienne et moi – mais vous dire  le courant d’air qui circule, c’est à en oublier le climatiseur. Deux chambres, deux salles de bain, salle à manger et salon, cuisinette et balcon extérieur pour la buanderie.

Mon guide – YoYo, tout comme la dernière fois – réussit toujours à me conduire ici en passant par de nouvelles avenues que je n’avais pas eu l’occasion de voir lors du premier séjour. Oui, cela se fait beaucoup après le coucher du soleil alors que la température chute à … 27/28 degrés C et toujours en motocyclette.

L’installation est à proprement parler terminée. Reste maintenant à établir la routine quotidienne. Cette semaine (j’entends par là du mercredi 14 au 24 novembre) je me suis amplement reposé. Coucher tôt, lever tôt, sieste en après-midi. Si on oublie, et c’est tout à fait facile, le bruit extérieur en raison de la construction autour, dormir la nuit ou le jour est un jeu d’enfant. J’ai ajouté à cette période de repos quelques petits éléments : marche alors que le soleil est moins ardent, abstention complète d’alcool et régime de poisson, coquillages, légumes et fruits. Après 7 jours, je me sens plus… léger… si ce terme peut me convenir.

La reprise de contacts se fait doucement. Le 21, au lendemain de l’anniversaire de Lisa, petit souper dans le District 5 (Chôlon) : restaurant sur rue spécialisé dans les coquillages. Quelques amis, ceux qui ont terminé leurs études, sont au boulot et ne seront disponibles que les week-end.

Vendredi 22, nous partons vers Phan Thiet et Muiné, direction la mer. Le groupe était formé de Lisa, son mari et sa fille, la sœur de Lisa et son fils, YoYo et moi. Le voyage s’est fait par train. Première expérience. Elle m’a rappelé l’époque où la famille Turcotte au complet partait sur Sherbrooke – Bromptonville plus précisément – pour les Fêtes et que cela se faisait par train. Je m’y reconnaissais parfaitement; familles, contrôleur, les bagages partout, et ce bruit continuel du contact des roues avec le rail. Nous en avons eu pour plus de quatre heures à l’aller, près de cinq heures au retour.

Premier «resort», celui de Phan Thiet, c’est le Fiore Healthly. Nous y sommes en tout début d’après-midi de sorte qu’une fois les chambres distribuées, les valises défaites, nous nous retrouvons sur la plage. Si je compare à mon dernier séjour sur une plage vietnamienne, je vois tout de suite une très grande amélioration au niveau de son entretien. La mer de Chine n’a rien à voir avec l’Atlantique de Cuba ou le Golfe du Mexique, les eaux sont brunâtres et difficile de suivre ses pieds qui s’avancent dans ces vagues fortes, rapides et sournoises. La plage, comme corridor de marche, sensationnelle. L’environnement est magnifique (vous verrez un peu plus loin les photos que j’en rapporte) et fort bien entretenu. L’écologie fait tout doucement du chemin et ça me semble être le résultat des commentaires des touristes qui – ils sont Russes en grande majorité – ne se gênent pas pour remplir les fiches recueillant les opinions.

Nous sommes au Fiore jusqu’au lendemain (samedi) et par la suite ça sera directement au cœur de Muiné, au Unique Resort. Propriété d’une famille vietnamienne associée à une famille française, l’Unique est tout nouveau. Il a ouvert ses portes cette année sous la direction de Florence, une directrice générale hyper active. Imaginez le meilleur du meilleur des «resort» et vous l’avez. Elle m’a proposé d’écrire un bon article sur TripAdvisor en échange de bons prix lors d’une visite ultérieure. Je n’ai pas refusé. Et pendant ce temps, Lisa, l’organisatrice et relationniste hors-pair établissait ses contacts. Certainement que l’on reparlera de cet endroit où la mer est superbe pour le touriste qui adore une saucette avant de d’étendre sur une plage fort bien tenue et un service combien courtois. On est ici dans une classe à part.

Muiné est une baie vers laquelle le vent souffle de manière à favoriser un sport que l’on enseigne et pratique ici, le «kite-surfing» le surf-parachute. De plus, mais les photos traduiront mal la réalité, on peut admirer une dune de sable qui n’a rien à voir avec la Dune du Pyla en France mais tout de même impressionnante.

Je m’en voudrais d’oublier les fruits de mer dans les restaurants tout à côté de la plage : pure merveille de goût, d’odeur et d’ambiance.

Une fin de semaine géniale qui s’achèvera sur un fast food à la gare de Saïgon avant de rentrer à maison. Les orchidées avaient besoin d’eau.

À la prochaine

Photos de mer (24 au 26/11/2012)

Gare de Saïgom

Gare de Phan Thiet

Entrée du Fiore

Vue de la chambre du Fiore

Quelles belles fleurs!

(bis)

Lotus

Lotus de près

Plage de Fiore

De l'autre côté

Papillon

Fiore

En haut à gauche, ma chambre

La piscine en fin de journée

Ma famille vietnamienne (YoYo, Phat et Lisa avec leur fille)

Au dîner

Petite composition personnelle

Numéro 2

Plage du Unique Resort

L'Unique

Plage de Muiné et le surf sur cerf-volant

Numéro 2

Devant l'entrée de l'Unique

Dune de Muiné

Restaurant de fruits de mer

BBQ

Méchoui de crocodile

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...