mercredi 4 juin 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (22)
lundi 2 juin 2025
LA FILLE À SON PÈRE
J'aborde ce billet par un biais... celui de l'affection, non, davantage, l'amour qui est au centre de ce livre, celui d'une fille pour son père, d'un père pour sa fille. La relation - qui s'étend aussi à la famille - sur laquelle se fonde les pages que Loïse consacre, magnifiquement, respectueusement, elle nous la fait vivre d'un très jeune âge jusqu'au décès de Jean, son papa, le grand-papa de ses enfants et l'arrière-grand-papa de ceux qui nous unissent Loïse et moi, tel un pont générationnel.
Chacune des pages et elles sont fort bien écrites, fort bien documentées, chacune nous permet à la fois de suivre cet amour filial et l'évolution autant de la ville de Montréal que celle du Québec. Beaucoup de choses changent, ont changé depuis la naissance de la fille de cet homme qui mourra dans ses bras. Beaucoup. Et la chronologie du texte permet de suivre les différents mouvements qui furent la genèse d'un Québec avide d'ouverture. Déjà, Loïse, et elle nous le décrit à merveille, se retrouve immergée dans cette dynamique, la comprenant parfaitement puis l'intégrant dans ses actions futures, autant au pays qu'à l'étranger.
Nous avons été habitués à suivre des auteurs masculins, sans aucun doute fort pertinents, mais qui ne voient le monde qu'à-travers le spectre de leur genre. Le texte de Loïse sur la part manquante des évangiles m'apparaît comme un essentiel rappel que la place des femmes dans nos sociétés, en plus d'avoir été occultée et réduite qu'à l'application servile des cours d'enseignement ménager, doit s'élargir au-delà de ce que l'on nommait, l'émancipation. C'est ici qu'apparaît la louve.
Oui. Et cet élément - il faut absolument en prendre connaissance si l'on veut goûter cette ode au père - l'élément de la louve, celui qui nous a permis, Loïse et moi, de connecter profondément, provient de la pianiste et écrivain Hélène Grimaud. Il faut s'y attarder un peu et ce peu deviendra gigantesque de fascination et sans aucun doute servira de clé de lecture à ce dernier livre de Loïse.
Poétesse, romancière, il me serait plus économe d'écrire auteure multi-genres, résolument ancrée en Outaouais malgré que Montréal lui soit encore tatouée sur tout le corps, nous épate par toute une série d'épisodes de la vie tumultueuse de cet homme qui imprimera sur sa fille, un peu comme on trace une carte topographique, le mot rebelle.
Je m'attarde sur ce mot, un mot qui en «mène large» qu'il soit utilisé comme nom ou adjectif, il réfère à cette volonté de ne pas suivre une route, une orientation, un système tout cela préétabli par un ordre quelconque et supérieur. L'esprit rebelle de Loïse, je le compare à celui d'une formidable écrivain vietnamienne Dương Thu Hương qui n'a jamais hésité à défendre les droits de la femme dans un pays particulièrement machiste, une culture chancelant entre esprit traditionnel et révolutionnaire, au point d'être exclue du Parti communiste et exilée en France.
Ces deux femmes prennent la plume, disent ce qu'elles ont vu, ce qu'elles voient et beaucoup comment elles voient l'avenir, les yeux ouverts autant sur le rétroviseur que droit devant comme toute conscience éveillée.
Voilà mon appréciation du récit de Loïse, le dernier et certainement pas le dernier des derniers.
Bonne lecture à tous et toutes.
samedi 31 mai 2025
Si Nathan avait su... (33) Revu et corrigé
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| Félix LECLERC |
- Oui Benjamin, que se passe-t-il ? Tu me sembles pas mal excité ?
Ayant couru du bus scolaire jusqu’à la maison, non pas seulement pour se prémunir contre la pluie devenue plus sévère, mais afin de partager un événement qui l’a particulièrement emballé aujourd’hui, le voici dans la cuisine où sa mère achève de cuire le repas du soir.
- Est-ce-que tu connais le chanteur Félix Leclerc ?
- Bien sûr que je le connais, il n’est pas seulement chanteur, Félix est un grand, très grand poète. Il écrit des romans et des pièces de théâtre aussi.
- C’est quoi le théâtre ?
Jésabelle ne cessera jamais d’admirer la curiosité de son fils, son goût pour les belles choses, un petit bonhomme avide d'en savoir toujours davantage, même si cela tourne presque exclusivement autour de la poésie. Une nouvelle forme d’expression venait de lui être proposée à l’école et Benjamin exigeait qu’on lui en dise plus encore.
- Comment l’as-tu connu ? D’abord je réponds à ta question. Le théâtre, c’est un art, comme la poésie, la musique, la peinture, la sculpture, la danse sauf qu’il se pratique devant un public qui reçoit des histoires que les acteurs et les actrices lui présentent. Félix en a écrit plusieurs des pièces de théâtre.
- On n’en a pas du théâtre ici dans le village.
- Non, tu as raison, mais dans la grande ville, il y a plusieurs salles où on présente de tels spectacles. Mais tu l’as connu comment Félix Leclerc ?
- À l’école, Mademoiselle Abigaelle nous a fait écouter deux chansons de lui.
- Tu as aimé ?
- Tellement une belle voix. Quelle bonne idée de mettre de la musique sur les mots d’un poème !
- Pourquoi ton éducatrice a-t-elle pensé vous faire entendre ces chansons ? Lesquelles, t’en souviens-tu ?
- Oh! oui, je suis incapable de les oublier, parce que nous aussi on vient d’avoir une histoire d’ours.
- Tu parles de l’ours blessé ?
- Patrick n’a pas été gentil avec Chelle dans la cour de récréation. Il a dit qu’elle et son père étaient des tueurs d’ours. Des tueurs pas bons parce qu’ils l’avaient seulement blessé et que ça a rendu l’ours plus méchant.
Jésabelle n’insiste pas sur l’événement, Daniel lui ayant rapporté qu’au village on accusait Don, le garde-forestier, d’être mêlé à cette affaire à cause de la fameuse flèche à l’origine de la blessure puis de la mort de l’animal, flèche toujours pas retrouvée.
Benjamin reprit la parole :
- Mademoiselle Abigaelle a dit: Je vais vous faire écouter deux belles chansons avec des ours pour personnages. Comme c’est pas mal le sujet de conversation actuellement dans le village, je suis certaine que cela pourra vous intéresser et regarder tout cela d’une autre manière.
Benjamin semblait tellement pris par ces deux chansons que sa mère insista pour qu’il lui raconte ce qu’il avait retenu non pas de l’affaire de l’ours blessé, mais des mélodies de Félix Leclerc.
- Une c’est l’histoire d’un petit ours qui ne voulait pas dormir l’hiver, il voulait voir Noël chez les humains. Il a gelé, un monsieur l’a retrouvé, amené dans sa maison. Quand il a été complètement dégelé on l’a empaillé pour en faire un jouet à ses enfants, comme cadeau de Noël.
- L’histoire est vraiment triste.
- Oui, mais l’autre encore plus. C’est la mort d’un ours pris au piège et d’un loup accompagné de son petit qui viennent le saluer dans la forêt. Ils reviennent en pleurant. J’ai appris que l’ours c’est comme le roi de la forêt.
Jésabelle constatait que Benjamin avait été marqué par cette expérience musicale qu’elle trouva tellement intéressante, non pas seulement pour dédramatiser l'histoire qui bousculait tout le monde, mais, d’une certaine manière, amener les élèves dans une autre dimension leur permettant d’apprécier la circonstance sous un angle différent. De jour en jour, l’éducatrice plaisait à cette femme dont la grossesse arrivait au début de son cinquième mois.
Ses pensées quittèrent l’espace d’un instant l’échange avec son fils pour se porter vers la famille de Don qui devait vivre tout cela assez péniblement. Don, certainement, mais aussi sa femme qui tout comme elle arrivait dans les mêmes temps de gestation. Il lui paraissait important qu’avant les grands froids et les neiges d’hiver, elle puisse leur rendre visite. Elle se dit : Je laisse passer la tempête actuelle, puis nous irons.
- Maman, penses-tu qu’on pourrait avoir le disque des chansons de Félix Leclerc ?
Plongée dans ses pensées, Jésabelle fut ramenée à la réalité. Bien sûr Benjamin. Nous demanderons à Daniel de nous en procurer un lorsqu’il ira dans la grande ville. Bonne idée.
*****
La fameuse flèche manquante, essentielle pour clore le dossier de l'ours, tout le village la lui imputait. On l'avait déjà condamné, sans aucune preuve, mais condamné tout de même. N’ayant pu identifier un quelconque chasseur à l’arc, les soupçons tombaient davantage sur son dos et paraissaient être cautionnés par Monsieur le maire en raison des propos de son fils à l'école qu'il avait sans doute entendus à la maison.
Un autre incident s’était produit qu'il tenait secret. Quelques jours avant la mort de Monsieur le curé, la découverte de l’ours, de la venue du vétérinaire puis des techniciens, revenant à la maison au bout du rang sans nom, sans numéro et sans asphalte, son épouse l’attendait sur le balcon. Chelle n’était toujours pas revenue de l’école. Ojibwée, comme à son habitude, courut vers le camion de Don.
- Un problème, femme ?
- Va voir près du bouleau blanc, dit-elle, effrayée, tremblante, assise sur le balcon une veste sur ses épaules.
Lorsque Don, revenu du petit bois, de l'endroit qu’il appelait parfois le «tombeau», sa figure marquait, au-delà du questionnement, de l’incompréhension, de l’inquiétude, quelque chose pouvant ressembler à de l’angoisse, un sentiment profond auquel jamais auparavant dans sa vie il avait été confronté.
- Tu veux que je te serve une bière ? demanda sa femme dont le ventre gonflé l’empêchait de se lever aussi facilement qu’elle l’aurait souhaité.
jeudi 29 mai 2025
Si Nathan avait su... (32) Revu et corrigé
dimanche 25 mai 2025
Si Nathan avait su... (31) Revu et corrigé
Pour revenir à cette histoire d’ours blessé, ce qui circula dans le village à la suite de la rencontre organisée par le maire et tenue à l’église paroissiale tournait autour de deux postulats : le vétérinaire trouverait un moyen pour le neutraliser ; les policiers, s’ils se présentaient d’abord, tireraient à boulets rouges sur lui, au nom de la protection civile. Faut dire que nous vivons encore sous un parapluie de sécurité installé par le gouvernement afin que des événements semblables à ceux de la Crise d’octobre - 1970 - ne se reproduisent pas.
Autour des hypothèses officielles, en sous-entendu, il fallait s’y attendre, rumeurs et ragots alimentaient les discussions dans les chaumières. Toutes visaient directement ou indirectement Don, le garde-forestier. Lui seul pouvait connaître, s’il existait réellement, le chasseur à l’arc responsable de cette mésaventure. Chacun avait rapidement annoncer qu’il chassait armé d’une carabine, qu’il ne connaissait personne utilisant cet instrument de «sauvage ou d’indien ».
La discussion s’étendit jusque dans la cour de l’école primaire des Saints-Innocents. Patrick, le garçon frondeur, fils de Monsieur le maire, n’allait pas manquer de s’en prendre à Chelle, la qualifiant de tueuse d’ours tout comme son père. On ne devrait pas avoir des sauvages comme vous autres dans notre village. Vous êtes dangereux, même pas capables de tuer un ours, seulement le blesser pour le rendre tellement en colère qu’il peut attaquer n’importe qui. Allez-vous-en chez vous, c’est pas votre place ici.
La fillette, très calme, fixait l’imposant garnement dans les yeux, cherchant à se rapprocher de Benjamin. Absent. Pourtant, jamais il ne la quittait d’un pouce.
- Qu’est-ce que je viens d’entendre, Patrick ? Abigaelle, alertée par Benjamin, venait d’intervenir. Tu te rends tout de suite au bureau de Madame Saint-Gelais lui raconter ce qui vient de se dérouler. Ne t’avise pas de changer la vérité parce que je m’y rendrai aussi une fois la récréation terminée. Allez, ouste! Vous autres, les plus grands, je suis contente de voir que vous vous mélangez aux plus petits, tout doit continuer à se passer dans un climat de camaraderie, comme des amis.
L’éducatrice ne ratait jamais une occasion de passer son message de bonne entente, d’échanges courtois entre tous les élèves de l’école, grands comme petits.
La récréation de l’après-midi s’achevait lorsque tous entendirent le bruit des sirènes provenant du centre du village. Madame Saint-Gelais exigea du concierge qu’il aille aux nouvelles. Il revint quelques minutes plus tard alors que tout le monde était en classe.
- Monsieur le curé... criait-il, peinant à reprendre son souffle.
- Quoi, Monsieur le curé ? Qu’est-ce qui se passe ?
- L’ambulance vient de partir avec lui dedans. Le concierge ne sachant trop comment achever ses explications tellement la directrice le bousculait à les exposer.
- A-t-il été attaqué par l’ours blessé?
- On l’a retrouvé dans le cimetière. Monsieur le maire est là. La police doit arriver dans pas long.
- Avez-vous plus de détails ? L’ours l’a attaqué alors que Monsieur le curé se promenait dans le cimetière, c’est bien ça?
- Je ne le sais pas, seulement qu’on a fait venir Don de toute urgence.
La situation trop peu claire à son goût, Madame Saint-Gelais, roide dans son fauteuil roulant, décrocha le téléphone. Au presbytère, au local municipal, pas de réponse. Elle rejoint finalement Angela au bureau de poste qui n’en savait guère plus. Ne lui restait qu’à rejoindre son jeune frère Benoît qui se présenta à l’école après s’être rapidement informé sur les faits auprès des premiers répondants. Il stationna sa camionnette bleue devant la porte d’entrée, rejoignit sa sœur au regard impavide, seule dans son bureau.
- En sais-tu plus que ce que j’ai appris du concierge ?
Benoît Saint-Gelais, manifestement beaucoup plus jeune que la directrice de l’école, raconta ce qu’il savait, tout cela dans des mots hachurés sortant d'une bouche dans laquelle des dents jaunes, couleur nicotine, bloquaient difficilement les postillons qui lui tombaient sur le menton. Ce sont principalement les yeux de ce type qui attirent l’attention : gris métallique, des yeux projetant sur ce qu’il regarde, en raison de leur fixité, des messages hostiles.
- Une crise cardiaque. Se promenait dans le cimetière. Aurait vu l’ours blessé, pris peur et tombé raide mort.
- Monsieur le curé était seul dans le cimetière, à part l’ours bien sûr ?
- Sais pas.
- As-tu parlé à quelqu’un ? Au maire ? Aux premiers secours ?
- J’ai juste écouté ce qui se disait.
- Et on disait quoi?
Benoît esquissa un rictus que sa sœur ne sut correctement interpréter. Alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux, une autre question le retint.
- Pourquoi a-t-on appelé Don ?
- Le maire et lui jasaient ensemble quand je suis parti.
- Imbécile ! Je t’ai envoyé aux nouvelles et lorsqu’il est possible d’en apprendre un peu plus, tu quittes les lieux. Vraiment... Tout un imbécile...
Le frère de la directrice, tournant les talons, s’apprêtait à se diriger vers la sortie de l’école lorsque Abigaelle arriva au bureau de Madame Saint-Gelais. Celui-ci s’arrêta, la fixant des yeux, esquissa ce qui pouvait être perçu comme un début de sourire, puis sortit.
Sans frapper à la porte du bureau de la directrice, Abigaelle lui demanda si elle était intervenue auprès de Patrick à la suite de son comportement lors de la récréation de l’avant-midi. La réponse fut aussi sèche que l’âme de celle qui la prononça. Je ne vois aucun mal à s’inquiéter d’une situation qui trouble toute la municipalité, surtout que cet enfant devait être au beau milieu du centre décisionnel. D’ailleurs, il ne fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
L’éducatrice ne voulut pas s’élancer dans un débat, mais cela confirmait son opinion au sujet de la femme en fauteuil roulant.
vendredi 23 mai 2025
Projet entre nostalgie et fantaisie... (21)
l’enfant
les yeux ouverts plus grands encore que ceux d’un oiseau
l’enfant à qui l’on a menti et n’en retenant que la promesse
regarde imagine que ces trésors lui appartiennent
l’enfant allonge la main sur la nappe salie
recueille dans un cérémonial ludique
les ailes raidies d’un papillon
chrysalide encore
combien de tables ornées de candélabres éteints
d’un bout à l’autre des grands villages devenus villes
présentent un buffet puis un banquet puis une noce
à l’enfant jouant à qui-perd-gagne avec l’espoir
l’enfant se perd dans un vaste champ d’avoine
ne cesse de courir derrière le vent tiède
qui amène ce témoin volage
vers d’autres conscrits
qui savent savoir sans que les autres ne sachent
dans leurs mains plus fortes que les pluies d’été
se moquent des ankylosés de certitudes acquises
l’enfant abruptement coupé de sa fuite horizontale
cherche derrière son âme blessée
des mots qui rassurent
n’y trouve que néant
encore moins de fausses promesses puisées
au recto-verso de la vérité
ceux qui avant lui ont battu les champs d’avoine
à grands coups de silences convenus de mensonges répétés
l’enfant à saute-mouton sur la vie fuit
noces banquets et buffets
maisons villages et villes
il retrouvera son âme blessée aux portes du néant
423
il vit dans un pays libre de toute liberté
où, contre la noirceur, on érige des maisons blanches
et au bout d’un champ, se creuse un trou démesuré
cet homme ne connaît pas les mains sans réserves
il vit dans une prison morose aux murs menottés
où chacun cherche dans les recoins biscornus de son espace
les empreintes encore fraîches laissées par le bourreau
… la parole sans drapeau
on le flagelle à bout de bras de paroles d'oripeaux
au centre de leurs coutures roses une femme aux seins nus
langoureusement l’invite à fertiliser le désert de ses solitudes
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les pieds déliés
crache de la salive rouillée sur ses entraves endolories
transporte de la salle des pas perdus à celle des supplices
toutes les saletés quotidiennes que ses espoirs alimentèrent
… la justice
en déséquilibre précaire entre deux plateaux de balance
dans son approximative mesure des empires à la dérive
elle rend licite l’illicite combat des océans contre les terres
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les yeux ouverts
on les lui a crevés à la naissance avec le tison de la foi
ses cicatrices oculaires sont de chétives fibroses
que les oiseaux recousent aux nuages obscurs
on l'a enseveli sous des tonnes de roc
des avalanches sordides emprisonnent sa passion
l’arthrose de la sécheresse grince entre ses dents
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas les chemins de la peur
que de la sueur fétide ruissellant sur son âme
transportant des frissons dans une brouette de vent
pour les repiquer sur les aiguilles du temps
… la mort
une ombre invisiblement plus vaste que lui le suivait
le suit le suivra jusqu’au bout de ses torpides noirceurs
seules éternités que la vie éclaire d’une profonde rancœur
… ne connaît que le mensonge…
cet homme ne connaît pas son corps
endolori à coups de fadaises endormi à coups de somnifères
et la nuit toujours il marche par lui-même affaibli
vers ce trou profond au bout d’un champ de névrose
… la haine
elle circule dans son sang à pas de coyotes
ceux qui rongent les roses sous les barbelés
elle copie dans de grands cahiers inutiles
que cet homme est un homme qui ne connaît
que le mensonge aux espoirs velléitaires
427
mercredi 21 mai 2025
Si Nathan avait su... (30) Revu et corrigé
Il s’agirait d’un mâle âgé entre deux et trois ans. Ceux qui l’ont vu, je tiens à les remercier d’avoir immédiatement avisé le responsable des permis de chasse et pêche, nous disent que la blessure qui saigne beaucoup serait le résultat d’une ou plusieurs flèches tirées peut-être dans sa direction, peut-être par accident ou par mégarde et l’ayant atteint. Il boite, une flèche toujours plantée dans la cuisse. Le vétérinaire nous indique que malgré cette blessure, il serait tout de même en mesure de se déplacer rapidement si le besoin s'en faisait sentir.
Abigaelle, s’est installée à l’arrière de l’église, elle qui ne fréquente plus les endroits religieux depuis des années. Le court exposé du maire lui sembla clair et apte à rejoindre la population. Toutefois, elle avait remarqué un léger remous dans l'assistance lorsque fut annoncé que cet ours noir d’une certaine taille en raison de son âge, avait peut-être été blessé par au moins une flèche l’ayant atteint à la cuisse, frisson accompagné de regards accusateurs vers Don, le garde-forestier. Une ou plusieurs flèches, un autochtone, le lien paraissait facile à établir. Celui-ci ne réagit pas. Chelle, sa fille qui entrant dans l’église avait salué son éducatrice d’un grand sourire, regardait son père avec l’allure d’une enfant qui ne saisit pas complètement ce qui se passe.
Autre chose avait aussi attiré son attention : l’absence de Madame Saint-Gelais. Étonnant que la directrice ne soit pas à la rencontre car rien ne peut présager que cette menace, réelle, ne puisse pas éclater dans la cour de son école. Elle avait sans doute avisé le maire, mais ça n’enlevait rien à l’aspect bizarre de la situation. Peut-être devait-elle s’activer à la préparation de sa rencontre de parents prévue pour la semaine précédente, mais remise en raison de cette urgence !
Cette occasion permettait à l’éducatrice, pour une première fois, de voir réunie une grande partie de la population de la municipalité : Don et sa fille sans les deux femmes vivant avec lui au bout du rang sans nom, sans numéro et sans asphalte ; Benjamin, aussi, qui ne cessait de jeter des coups d’oeil du côté de Chelle, assis entre ce qui devait être ses parents, la famille hippie de l’autre rang, parallèle à celui des autochtones. Le père, un bonhomme droit comme un chêne, soucieux de bien comprendre tous les éléments de l’affaire apparaissait indifférent aux gens qui emplissaient les lieux et n’avaient de regards que pour son épouse, enceinte au point que ça se remarquait. Elle fit rapidement le lien entre Herman Delage et ces deux personnes qui deviendraient, du moins elle le souhaitait, ses possibles fournisseurs de haschisch.
Un sourire qu’elle ne put contenir semblait dire « deux familles de mes élèves, une autochtone et un couple original, tous en marge du village, chacun dans un rang sans nom, sans numéro et sans asphalte… nous devrions bien nous entendre.»
La rencontre terminée, chacun quittait l’église prenant bien soin de porter son regard sur la gauche, sur la droite pour éviter une surprise désagréable. Seul le vieux curé chanoine, l’air songeur, demeura assis à côté du micro.
SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -
La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...
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Ce texte date du 23 décembre 2005, au tout début de la création du blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON . Les premiers billets avaient pour ...
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lundi 30 juin 2008 SAUT: 217 Le SAUT :217 est offert à mon frère Pierre qui célèbre aujourd’hui ses 60 ans. Nous avons signalé l’événement l...













