samedi 18 janvier 2025

S P L E E N

                           


SPLEEN

 

C’est comme un spleen que ce Morgon appelle
Éveillant ma mémoire à tous ces vivaces après,
Ceux de la pluie incessante, du vent saïgonnais,
De cette lune qui s’écrase  derrière les buildings.
 
Un spleen vaste comme l’ennui, plein à ras bord,
Coloré de cette humidité qui hurle dans ma tête,
Invite aux airs de jazz, ceux de la rue Lé Loi,
Saxophones, chanteuses noires dansant avec mon âme.

 


Tintamarre des motos, obscurité accrochée aux Cây Da
Leurs racines découvertes à fleur de terre, de bitume
Aux odeurs prégnantes des bougainvilliers rouges
Le rouge fané du Mékong, le rouge sang du fleuve.

Ni taedium vitae, ni encyclopédie de la mort
Mon spleen ressemble à de longs corridors
Que ce pays, jadis interdit, évoque maintenant
Qu’évoque le Morgon sur ma table de travail.

Je ne déambule plus d’un quartier à l’autre
Ne traverse plus ces ponts innombrables
Ne m’arrête plus pour quelques roses
Ne me perd plus dans les silences des couvre-feux.

Tant d’hivers sans neige, sans blizzard, sans froid
Pieds nus à marcher sur la grève de la Mer de l’Est
Le regard au-delà de tout horizon palpable
Puis me souvenir de là où je ne serai plus.

Et le Morgon est tout ce qui me reste…




mercredi 15 janvier 2025

Si Nathan avait su... (17) Revu et corrigé

 


Depuis le retour de la grande ville, de l’arrêt chez les amis ojis-cris et dans l’attente du début des classes, Benjamin, lentement, s’habituait à dormir la nuit - il avait insisté pour que ce soit à la nuit tombée, le temps de saluer la lune les soirs où elle pointait son nez. Les parents avaient aménagé sa chambre à l’étage, son lit disposé près de la fenêtre donnant sur l’ouest. La petite bibliothèque personnelle qu’il avait montée se partageait en deux sections : une pour ses livres, l’autre pour ses premiers écrits, ceux que Jésabelle lui suggéra d’offrir à sa lune. Cette partie encore vide.

Sa mère notait que plus le temps avançait moins son fils lisait à voix haute. Devenu plus intérieur, plus contemplatif le décrirait mieux, il se plaçait, une fois le repas du soir achevé, dans le solarium, un recueil de poésie sur les genoux et dans un silence songeur, méditatif, semblait écouter des sons provenant de son intérieur, surtout qu’il actionnait le haut-parleur diffusant de la musique à la tonalité la plus basse.   

Son père qui avec le temps s’habituait progressivement aux étrangetés du garçon, respectant entièrement et en toute confiance l’approche éducative de son épouse, ne pouvait s’empêcher de déplorer le peu d’intérêt que ce fils manifestait à prendre la relève sur les terres agricoles familiales. Benjamin refusait systématiquement les invitations de son paternel à venir participer à de petits travaux dans ses champs. 

Il ne pouvait oublier que lui-même, autrefois, était en désaccord avec les visées de son père arguant que des changements étaient nécessaires pour évoluer dans un marché  de plus en plus diversifié, de sorte  qu’il fallait s’ouvrir sur autre chose malgré le fait que ceci puisse nous plonger dans l’inconnu et une certaine forme d’insécurité. Il avait quitté sa famille et son village pour vérifier si la route vers l’innovation qu'il imaginait était celle qu’il devait suivre malgré les résistances de la communauté dans laquelle il vivait . Serait-ce le bon chemin à proposer à la femme avec qui il partagerait sa vie ? Malgré tout il appréhendait l’avenir et, secrètement, se disait que le deuxième fils qu’on annonçait fort différent du premier, peut-être que ce second allait pouvoir relever les défis dont il avait rêvé et qui peu à peu se réalisaient de manière plus intéressante que lui-même l’eut crû au départ.

                                        *****
 
- Vous savez comme j’aime mon Grandbois, dit Benjamin, un soir après souper, avant de regagner sa tanière.     Eh bien ! Nelligan me parle beaucoup en ce moment. Voici le poème qui m’enchante. Si voulez, j’aimerais vous le lire.
- C’est toujours agréable de t’écouter nous dire ce que tu aimes de la voix de tes amis poètes, répond Jésabelle.
- Voici, il a un titre, NUIT D’ÉTÉ, et c’est la première fois que j’en vois un organisé de cette façon.
 
                Le violon, d’un chant très profond de tristesse,
                    Remplit la douce nuit, se mêle au son des cors ;
                    Les Sylphes vont pleurant comme une âme en détresse
                    Et les cœurs des grands ifs ont des plaintes de morts.
 
                    Le souffle du Veillant anime chaque feuille,
                    Le rameau se balance en un rythme câlin,
                    Les oiseaux sont rêveurs, et sous l'oeil opalin
                    De la lune d’été, ma douleur se recueille.
 
                    Au concert susurré que font sous la ramure
                    Les grillons, ces lutins en quête de sabbat,
                    Soudain a résonné toute, en mon cœur qui bat,
 
                    La grande majesté de la Nuit qui murmure
                    Dans les cieux alanguis un ramage lointain,
                    Prolongé jusqu’à l’aube du Matin.
 
- Comme c’est beau, surtout de la façon dont tu le lis. Pour l’organisation du poème, ça porte un nom bien à lui. Il s’agit d’un sonnet parce qu’il a quatre paragraphes qu’on appelle des strophes, deux de quatre vers et deux de trois vers.
- Et c’est quoi les Sylphes ?
- Va chercher ton dictionnaire, on va chercher ensemble.
 
Le gamin, déposant délicatement les POÉSIES COMPLÈTES d’Émile Nelligan, partit vers sa chambre d’où il revint rapidement. C’est Daniel qui lut la définition : « Des créatures imaginaires décrites comme des élémentaires de l’air. »
 
- Il y a donc des créatures dans l’air, énonça Benjamin dont le visage rayonnait au contact de cette nouvelle réalité invisible. C’est d’ailleurs ainsi que, plus tard, beaucoup plus tard, à la fin de son cours secondaire la tradition étudiante voulant qu’on publie un album dans lequel les photos de chacun des élèves achevant leur parcours s’y retrouvent accompagnées d’une légende provenant souvent d’un autre élève. On pouvait y lire : « Benjamin, un gars à la réalité invisible! »
 
 
                                        *****
 
De l’extérieur, sans connaître correctement les deux personnages, tout pouvait ressembler à un conflit verbal, à tout le moins une dispute, celle entre Don et son épouse ojie-crie qui n’a pas encore officialisé le nom qu’elle portera jusqu’à la fin de ses jours, droit provenant d’une tradition ancestrale stipulant qu’une jeune fille ayant donné naissance à deux enfants, qu’ils soient mâles ou femelles, issus d’un mari  oji-cri, obtienne le droit de se nommer sans obligatoirement consulter son époux ; si elle n’y parvient pas, d’office on lui attribue celui de l’ancêtre féminine du côté du père des enfants.
 
- Tu crains quoi exactement, femme ?
- Ses longs cheveux noirs seront un sujet de moquerie des autres enfants de sa classe, répondit-elle.
- Si ce n’est pas cela, on trouvera toujours un autre élément pour lui rappeler sa différence. Chelle est tellement timide, craintive que le risque qu’elle serve de bouc-émissaire persistera malgré tout ce qu’on ferait. Je ne peux pas oublier les premiers jours à l’école des adultes quand mon père m’a confié la tâche d’intégrer la communauté du village, d’apprendre leur langue. Il m’aura fallu beaucoup de détermination pour résister aux humiliations provenant de tous les élèves, parfois même des professeurs. Je ne peux pas te répéter les affronts qu’on me lançait, les injures même, cela t’inquiéterait encore plus.
- Voilà exactement ce que je redoute. Chelle ne sait pas comment se défendre et n’a eu que très peu de contacts avec les Blancs.
- Tu proposes quoi ?
- Lui couper les cheveux.
 
À ces mots, sortie de nulle part, l’ancêtre ojie-crie hurla : il n’est pas question que ma petite-fille se fasse couper les cheveux, et cela par qui que ce soit.     Cela jeta un embarras entre les deux parents de Chelle qui s’amusait à l’extérieur en compagnie de Ojibwée.
 
Un peu à l’image de Benjamin, le chien-loup, avec le temps, était devenu l’alter-ego de la fillette. Leur complicité authentique se manifestait par le fait que du matin au soir, et même la nuit car la chienne dormait dans sa chambre, ils étaient continuellement complices. C’est à elle que l’enfant ojie-crie parlait le plus. Manifestement, sans s’éloigner de ses parents et de l’ancêtre, elle vivait dans un autre monde, là où ni la méchanceté ni la rancune n’avaient de place. Exactement l’opposé du climat qui enveloppait la maison de ses parents lorsque le trio parental se formait, alors, l’adversité régnait, le non-dit, comme s’il s’agissait d’un combat viscéral entre les traditions que souhaite préserver l’ancêtre, voire même obliger sa petite-fille à les adopter et la réalité de Don qui avec le temps et les nombreux contacts que son emploi de garde-forestier provoquaient inévitablement, une réalité plus pragmatique. La mère de Chelle n’avait pas encore droit ni à la discussion avec sa belle-mère ni la possibilité de prendre quelque décision que ce soit. Tout devait émaner de l'ancêtre et du maître de la maison ; en cas de mésentente, voix prépondérante à l’homme.
 
Le ton n’a pas monté plus haut après les paroles sèchement lancées par l’ancêtre, mais la sentence était maintenant décrétée. Pour ne pas envenimer la situation, Don déclara que sa fille se présenterait à l’école du village des Saints-Innocents avec ses cheveux noirs qui ne furent jamais coupés depuis sa naissance, mais que sa mère allait les tresser. Un point c’est tout. La mère baissa les yeux. L’ancêtre retourna dans sa chambre. Le père sortit dehors apercevant Chelle discutant avec son chien.
 
- On va moins se voir quand je serai à l’école. Tu vas m’attendre ? J’aimerais que tu sois près du chemin quand j’attendrai le bus. J’ai un peu peur. Mais dedans mon nouvel ami Benjamin y sera. Juste le temps que j’attende et que je monte, après tu pourras faire ce que tu veux. Ça va prendre quelques jours avant qu’on soit habitué, mais on y arrivera.
 
Don s’assit entre les deux  :     Ma fille, l’école s’envient et tu passeras une bonne partie de tes journées loin de la maison, loin de tes parents et de Ojibwée, mais tu demeureras toujours une ojie-crie. Autant dans ton âme que dans ton corps. Toute ta vie sera ojie-crie. Cela veut dire que nos traditions tu auras à les respecter bien que tu seras en contact avec d’autres façons de vivre. Tes yeux s’ouvriront de plus en plus ; tes oreilles entendront et comprendront différemment qu’auparavant ; tu verras et entendras de nouvelles choses, de nouvelles manières d’être et de parler, certaines te plairont, d’autres te surprendront. Ça sera la même chose pour les amis dans la classe que l’on te désignera. Déjà tu en as un, je pense à Benjamin. Ses parents et tes parents s’entendent bien, alors il n’y a pas de raisons pour que ce soit différent avec les autres. Mais sache que certains pourraient être surpris de te voir, peut-être la même chose pour Benjamin ; certains pourraient être méchants avec toi, la même chose pour Benjamin ; n’accepte jamais de qui que ce soit qu’on te traite mal ou qu’on te place dans des situations qui ne te conviennent pas. Ça sera la même chose pour Benjamin. Je sais que tous les deux vous ne participerez pas à certaines activités que les autres auront, il ne faut pas que cela devienne un drame, seulement un fait. C’est comme ça, un point c’est tout. 
- Crois-tu, papa, que je serai heureuse ?
- Le bonheur, c’est toi qui le crée. N’attends pas qu’il te vienne des autres, car il ne viendra pas. Garde toujours ouverts tes yeux, tes oreilles et ton cœur. Observe…
- Oui, je sais, Benjamin me l’a dit l’autre fois, qu’on doit observer avec tous nos sens.
- Et il a raison. Promets-moi ainsi qu’à ta mère de nous partager ce que tu vivras dans la nouvelle communauté ?
- À grand-mère aussi ?
- À grand-mère aussi… répondit le père après une courte hésitation.
 
Le chien-loup semblant avoir écouté la conversation retournait lentement vers le ti-pi, tête baissée.




vendredi 10 janvier 2025

On entre dans l'année 2025 à cloche-pied.

                             


Début 2025 et ce que nous entendons jusqu’à maintenant, ici et sans doute ailleurs sur la planète, ce sont les menaces d’un prochain président américain. Menaces économiques et certaines, plus précises encore, de l’ordre de l’invasion militaire - Groenland et Panama -, contre des alliés - Danemark et Panama.
 
Avez-vous souvenance qu’une nouvelle année s’annonça de manière positive, sous de bonnes augures ? Personnellement j’ai beau chercher mais la mémoire ne me renvoit rien.
 
Parmi les synonymes du mot «augure», on retrouve ceci : aruspice/haruspice.

Voici le sens que LE ROBERT nous en donne : « Dans l’Antiquité romaine, un devin qui examinait les entrailles des victimes (animales pour la plupart) pour en tirer des présages. »
 
Ne croyant pas plus qu’il ne le faut aux présages qu’ils proviennent d’entrailles animales, de soldats ennemis morts au combat et gisant sur un champ de bataille, de la courbure du vol des oiseaux, je préfère me tourner vers mon vieux cahier de lectures pour nourrir mon imaginaire de mots réconfortants.
 
Je vous les offre bien humblement.
 
                                                                        *****
 
. Quand la passion vous rend esclave, elle devient dangereuse.  
                                                                                      Alain Claude SULZER
 
. Les passions les plus dévorantes savent parfois se cacher comme les bêtes sauvages.  
                    Michel TAURIAC
 
. On a beau savoir que, sous toute passion, il y a toujours la permanence d’un danger, lorsque ce danger survient et qu’il efface ainsi cette passion, on a beau savoir, la piqûre peut être mortelle. Mais puisqu’il ne s’est agi que d’une passion – et pas d’un amour -, on peut en guérir aussi rapidement qu’on a été atteint, à condition que la colère et la lucidité que provoque l’offense prennent le dessus sur le sentimentalisme et sur la nostalgie d’un bonheur déjà obsolète. 
                             Philippe LABRO
 
. Les jeux qui s’énoncent en une seule phrase sont les plus redoutables.
Tonino BENACQUISTA
 
. … il ne faut jamais sous-estimer les gens, il n’existe que peu de choses qu’ils soient incapables de détruire.      
                                                              Jon Kalman STEFANSON

. Il faut, répondait-il aux insultes, laisser les autres avoir raison, puisque cela les  console de n’avoir pas autre chose.
                                                                                André GIDE

. ... le crétinisme ne se limte pas à ce qu'on voit, il y a la partie immergée.
       Boualem SASSAL
 
. Les êtres emplis d’une si haute idée d’eux-mêmes n’ont jamais envisagé de chuter un jour. Quand cela se produit, ces êtres se vident, effarés, impréparés, leur substance s’évapore dans la stupeur de l’échec. Pas de milieu, pas de nuances, pas d’anticipation. Ainsi sont-ils.
                                                                                                                      Fred VARGAS
 
. Il croyait qu’il avait ressuscité, une résurrection à l’envers, vers le passé.
  Boa NINH
 
. Elles sont étranges les marques d’affection chez ces amis qui rêvent de vous passer les menottes...
                                                        Sylvain TESSON
 
. Un homme sage s’estime responsable de ses actes et de leurs conséquences : un homme dénué de sagesse ne se sent responsable que de ses intentions.
                            Amin MALOUF
 
 
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Bonne année 2025 envers et contre...


mardi 7 janvier 2025

Un peu de politique à saveur batracienne... (20)

 

Le numéro de janvier de CHARLIE HEBDO.

Les locaux maintenant devenus sans domicile fixe, c'est dans le 11e arrondissement de Paris, rue Nicolas-Appert, à l'endroit même où, il y a dix ans, des artisans du journal satirique CHARLIE HEBDO, 12 personnes tuées dans un attentat relié aux frères Kouachi. Le motif ? La publication de caricatures du prophète Mahomet qui suscita des menaces jihadistes. Un peu partout dans le monde où la liberté de presse, la liberté d'expression est une valeur acceptée, le slogan «Je suis Charlie» apparait en signe autant de solidarité que de protestation.

Jean-Marie Le Pen

Bizarrement, un même 7 janvier, décède Jean-Marie Le Pen. La famille, dans un communiqué, annonce «qu'il a été rappelé à Dieu». Le voici bien pris ce Dieu qui aura tout de même la possibilité de ne pas l'accepter. Après tout le libre- arbitre doit sûrement s'appliquer de son côté. Mais la question, la fondamentale, est la suivante : le fondateur du Front national acceptera-t-il d'entrer là où sans doute déjà plusieurs non-français se retrouvent, une foule de gens de gauche, je ne sais plus trop combien d'immigrants dont certains furent des illégaux, enfin, cohabiter avec des étrangers. Grand dilemme !

Mais il doit sans aucun doute nous quitter heureux, persuadé que, tout comme lui, de nouveaux clowns semblent s'arroger le pouvoir de manière despotique autant en Europe qu'aux USA.

Justin Trudeau

Aussi bizarre encore, la veille de ce dixième anniversaire, le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, annonce qu'il démissionnera de son poste ainsi que de la chefferie du Parti libéral du Canada.

L'année 2025 part vraiment sur les chapeaux de roues...


Je vous offre, en prix de consolation, ces citations. Puissent-elles nous mener quelque part, mais pas ailleurs :

« La fin est dans le commencement et cependant on continue. »
Samuel Beckett

« Rien n'est plus semblable à l'identique que ce qui est pareil à la même chose. »
Pierre Dac

« Le bon sens, c'est ce qui permet d'être écouté quand vous n'êtes pas intelligent.»
Frédéric Dard

« Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. En ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas acquis la certitude absolue. »
Einstein

« La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et  si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat, »
Hannah Arendt



« Tirez le rideau, la farce est terminée ! »
Rabelais

dimanche 5 janvier 2025

Si Nathan avait su... (16) Revu et corrigé


                                

Jésabelle profita du trajet les ramenant à la maison au bout du rang pour partager avec Daniel les paroles que l’ancêtre ojie-crie lui avait adressées relativement à sa grossesse alors que les femmes se trouvaient à l’intérieur de la maison.

- Cette femme est d’une clairvoyance tout à fait surprenante. Ce qu’elle a dit au sujet de Benjamin et auparavant sur son frère qui naîtra à la date indiquée par Angelle, mi-avril, même période à laquelle la femme de Don doit également accoucher, tout ce qu’elle a dit correspond. Bélier-Dragon, sur un chemin de vie 7, voilà tout ce que je savais avant de recevoir les paroles de la mère de Don. Ce deuxième ne ressemblera pas à son frère aîné, a-t-elle dit, il sera toujours hanté par le dilemme entre le bien et le mal. Difficile de suivre sa propre voie, celle de la liberté ; malgré sa clairvoyance, sa confiance en lui souvent mise à l’épreuve, il nous sera difficile de saisir son type d’intelligence. Davantage chariot que bolide, il transportera les problèmes des autres sans pour autant être en mesure de bien les définir et à la limite s’en désintéressera totalement. Tout comme son frère, il sera un solitaire. Elle a même ajouté un solitaire chronique.
- Particulier quand même que Benjamin et Chelle soient du même âge tout comme le seront les deux qui s’en viennent, dit Daniel.
- Une deuxième fille pour l’épouse de Don, ce qui a semblé tracasser l’ancêtre sans pour autant en dire plus. Sa bru devra maintenant adopter un prénom comme le veut la tradition des Ojis-Cris. Elle m’a demandé de lui en suggérer quelques-uns pour ne pas se voir obligée de prendre celui de l’ancêtre, car… Un silence s’est installé entre nous à l’intérieur de cette maison qui dégage tellement de bonnes odeurs sans que je réussisse à toutes les nommer. Des odeurs d’herbes fraîchement coupées. Dans la cave aux murs de pierres et au plancher de terre dont il m’est difficile de dire la couleur, nous y sommes descendus afin d’être plus à l’aise pour jaser et ne pas réveiller l’ancêtre ; l’humidité ambiante dégage là aussi des senteurs multiples. Ça chasse les mauvais esprits, m’a-t-elle dit avec dans les yeux comme un doute assez flagrant.

La journée aura été longue pour Benjamin qui quitte rarement la maison du bout du rang. Walden avait couru derrière la camionnette lorsqu’ils partirent, maintenant il ne cesse de manifester sa joie de les voir revenus. 
 
*****



 

La fin du mois d’août s’installe, le début des classes approche à grands pas. Un document pendu à la boîte postale en précisait les modalités dont une principalement, à savoir qu’un bus se présentera chaque matin aux alentours de 7 heures 30 afin de prendre Benjamin pour le reconduire à l’école du village des Saints-Innocents. Lorsque le service de transport scolaire sera interrompu, les responsables de l'école avertiront les parents à l'avance. Il sera inscrit dans la seule classe dite «maternelle» gérée par une éducatrice nouvellement engagée, une demoiselle Abigaelle - c’est ainsi qu’on pouvait le lire sur la feuille sans qu’il n’y soit précisé s’il s’agissait d’un prénom ou d’un nom de famille. La feuille contenait également la liste des fournitures scolaires qu’il devait se procurer avant la rentrée prévue pour le vendredi 29 août. Finalement, la liste des activités à l'horaire de la première journée ainsi qu’une invitation à tous les parents d’accompagner leur enfant.


                                      
 
Jésabelle, après avoir lu à voix haute les renseignements qu’elle vient d’obtenir, demande à Benjamin de faire de même. Lecture faite, il dit que l’école sera plus intéressante qu’il ne le croyait au départ puisque Chelle fera partie de son groupe. Cela le rassure, mais davantage le fait que sa nouvelle amie ojie-crie, craignant d’être seule dans le bus, l'y retrouvera et pourront être complices dans la cour d’école. 

Ni la fillette ni le gamin n'ont manifesté un enthousiasme exagéré à l’idée de quitter leur environnement du bout du rang pour se retrouver en territoire inconnu que, sans le dire à haute voix, leurs parents imaginaient hostile.

 
- Je serai dans le bus quand il ramassera Chelle ? demande un Benjamin légèrement soucieux.
- Sans être absolument certain, si je tiens compte de l’heure qu'on t'a donnée, du trajet à effectuer, ça serait logique qu’on vienne d’abord ici pour ensuite se rendre chez nos amis ojis-cris, répondit Daniel.
- Ça serait idéal, Chelle craint de se retrouver seule dans le bus.
- Tu seras son protecteur, avança Daniel qui ne décelait aucune inquiétude dans les yeux de son fils qui déguerpissait avec Walden, ses livres bien tassés sur lui.
 
Le jour s’achève, le soleil ayant pris l’habitude de se coucher plus tôt. Les parents entreprirent d’accélérer la transition de la nuit vers le jour pour qu’à l’entrée des classes Benjamin soit en mesure de bien vivre sa nouvelle routine. Ils se répétaient combien cet enfant répondait convenablement à leurs exigences et maintenait un rythme d’adaptation qu’ils s'expliquaient par ses contacts avec leur chien Walden, la lune, sa «perle fabuleuse» et son poète Alain Grandbois, devenu un fétiche. Maintenant riche de plusieurs nouveaux livres, son esprit et son imagination allaient pouvoir vadrouiller dans plusieurs univers différents.

 

*****





 

 La vie allait changer en profondeur pour les deux 5 ans qui entreprendront leur parcours scolaire, elle et lui qui, jamais auparavant, ne furent mêlés à d’autres enfants, d’autres adultes sauf ceux formant une famille dans les deux cas on ne peut plus singulières

Pour Jésabelle qui allait maintenant pouvoir se centrer davantage, tout comme son amie ojie-crie, sur une grossesse d’automne et d’hiver pour éclore au début du printemps. 

Pour Daniel aussi, envahi de plus en plus par le travail, mais qui appréciait le contact avec d’autres excommuniés vivant en périphérie du village tout comme leurs demeures situées chacune au bout d’un rang parallèle, aboutissant à un cul-de-sac.

Pour la famille ojie-crie, Chelle, nouvelle venue dans un milieu qui les maudissait depuis leur arrivée, tête haute comme le lui suggérait son père Don, devra s’imposer dans un monde qu’elle ne connaissait absolument pas. 

Que dire de sa mère qui, un peu avant la naissance de sa seconde fille, aura à se nommer elle-même sinon le patronyme de l’ancêtre lui serait donné d’office. Elle comptait sur Jésabelle, cette femme totalement à l’opposé d’elle-même, mieux affranchie et qui élevait ce fils premier de manière originale, unique, nullement attachée à des traditions folkloriques comme celles dont l'avait assujettie l'ancêtre, la même qui avait banni la famille de son autre fils, Gord. Une fois celle-ci partie, elle demeurera dans la maison familiale avec Don, partageant l’espace d’une épouse choquée par le départ de sa belle-soeur qui, bien involontairement, lui laissait dans la tête mille et un doutes, mille et une interrogations, et nourris par une rancœur dont elle ne réussissait pas à se débarrasser complètement.
 
Tout cela nourrira un mois d’août de moins en moins pluvieux, apportant des nuits plus fraîches, plus étoilées et une lune dont la présence réjouissait Benjamin malgré le fait que vers les 20 heures, le soleil s’étant caché, il pouvait, quelques minutes encore, s’installer dans le solarium, la regarder, lui lire quelques vers d’Alain Grandbois:
                        De grands arbres d’ancêtres tombaient sur nous
                                Il y avait des moments solennels
                                Où nous étions portés par l’ombre
                                Où nous étions tous tués par les genoux
                                Notre douleur n’égalait pas
                                Les instances nourries de larmes involontaires
                                Les ombres voilaient nos visages
                                Nos pieds nus saignaient sur l’arête du rocher
                                Et le nouveau jour nous tendait son piège
                                Sous les ogives des hauts cèdres
 
 
*****
 
- Bonjour, vous êtes bien Mademoiselle Abigaelle ?
- Monsieur le Président de la Commission scolaire m’a suggéré de vous rencontrer pour louer un appartement dans le village.
- Oui, oui, il m’a effectivement avisé de votre besoin. J’ai justement quelque chose de libre qui pourrait vous plaire. De plus c’est juste en face de l’école primaire. C’est bien là que vous allez enseigner?
- Exactement. Allons-y.



jeudi 2 janvier 2025

Projet entre nostalgie et fantaisie... (13)

 



neige chinoise

une vieille dame chinoise balaie la neige morte sur son balcon
silencieuse, elle songe à son fils muet
de la neige que l'ennui a sassée sur son balcon
ne lui reste plus que les silences d'un fils
 
la dame du balcon chinois déploie ses ailes
sorcière au balai blanc
à la main, les grains d'un chapelet usé
qu'elle agite sans se faire entendre

muette de fils, elle lui parle avec ses mains
dans de grandes envolées de balcon
ses silences parlent anglais
ses souffrances, chinois

et elle pleure une neige balayée
les mots, en elle,
se transforment en images
ceux qu'elle avait lus
qui ne contenaient plus de sons
les mots devenus icônes de ciment
des traces sur les trottoirs balayés
     
341
16 mars 2010





 comme un poème géographique
 
                                                                            
 

à une flaque d’eau atlantique, les pieds enchaînés
s’étendront, pacifiques, jusqu’au bout de la terre
au bout de la mer… et des autres liquides
suivant les fuites parallèles des crevasses vierges

à pas timides ils avanceront
tel un grand et long poème géographique
par-delà les distances qui explosent des cartes
s’arrêtant finalement à l’envers du monde
pour chercher dans l’eau… sous l’eau
les vérités qui mentent à l’ordalie du temps
et s’y abreuvent jusqu’à plus soif

sur le piédouche des baies arctiques,
puissamment, ils se relèveront de leurs faiblesses
mesurant la hauteur des falaises volcaniques

et à bout de sang, comme celui qui a tout perdu,
ils s’échapperont avec la fonte des icebergs
comme un grand, un long poème géographique

 

7 mai 2010
353

 

rage d’aimer


rage d’aimer, tu répands tes odeurs
emmêlées d’angoisse et de panique
crucifiant le cœur sur un pilori de nicotine
puis
tu te fais douce comme l’eau qui chatouille les roches

rage d’aimer, tu répands tes couleurs
éparpillées sur des ardoises déboussolées
jusqu’aux sillons d’un cerveau éperdu
puis
six heures, tu ne sauras pas dans le vert brun du ciel
si c’est matin ou soir

rage d’aimer, ta blondeur blanche et bleue
pourchasse compulsivement la raison
dans ses derniers retranchements
puis
les deux bougies allumées au pied de ton lit
n’auront pas suffi

arrogante rage d’aimer terrée dans la violence
des nuits froides et torrides
attend le geste zéro comme un loup inquiet
puis
tu écris un poème d’amour sur fond d’océan
turquoise et coquillage

rage d’aimer, tu enserres de tes griffes
les mots insensés qui ne parlent plus
que dans de longs corridors étourdis
puis
les éternels abandons boiteux marchent
sur les aveugles jointures de nos mains

rage d’aimer, menottes d’or aux poignets
tu rentres de ton univers clos
et puis
consciemment,
ravages la sécheresse des puits…

 

Mai 2010
356

                            

lundi 30 décembre 2024

Un poème de Daniel CYR

À la lecture du poème de mon ami Daniel CYR (Les Lamentations de Mỹ Lai : L’Horreur Impériale) je m'y suis retrouvé... aussi atterré que je le fus alors que quittant Nha Trang en route vers Da Nang, un arrêt à Mỹ Lai s'imposait. Le monument à la mémoire des massacrés, le musée commémorant les horreurs vécues par ces Vietnamien(ne)s innocentes victimes d'un commando américain persuadé que ce village était le refuge des Vietcongs déclencha une boucherie qu'aucun qualificatif ne peut arriver à décrire.





                            Les Lamentations de Mỹ Lai : L’Horreur Impériale


Dans les ombres insondables d’un empire dévorant,
Une nation s'élève, non en sauveuse, mais en bourreau.
Oh, Amérique, ton aigle n'est pas un symbole de liberté,
Mais un vautour vorace, festoyant sur les dépouilles de l'innocence.

Le Vietnam, ce jardin luxuriant,
Devint ton théâtre de carnage,
Un champ de feu et de poison,
Où la vie fut étouffée par 15 millions de tonnes
De bombes et de dévastation.
Le napalm embrasait les villages,
Les défoliants rongeaient la terre jusqu'à son âme,
Et les cieux, témoins muets, pleuraient des pluies acides.

Mais parmi ces horreurs innombrables,
Une nuit se distingue dans le panthéon du macabre :
Mỹ Lai, le cri funeste d’une humanité trahie.

Le 16 mars 1968, sous un soleil implacable,
La Charlie Compagnie descendit dans ce village paisible,
Non comme des soldats, mais comme des bêtes affamées.
Femmes éventrées, enfants fracassés,
Vieillards abattus d’un souffle métallique.
Et pour ces innocents, leur seul crime fut d’être là,
Debout, respirant, vivant sous le joug
De cette machine de guerre insatiable.

William Calley, chef de cette symphonie macabre,
Ne fut pas un homme de justice,
Mais l’architecte d’un génocide masqué.
Son châtiment ? Un simulacre,
Une moquerie drapée dans le vernis de la loi.
L’homme qui commandait la mort reçut,
Non l’échafaud, mais une chambre douce,
Une sentence aussi légère que la cendre des corps qu’il laissa derrière lui.

Et toi, Amérique, chantre de la liberté,
Qu’es-tu sinon le bras d’un impérialisme impitoyable ?
Dans tes mains, les valeurs que tu prônes
Sont des chaînes d’acier, étrangleuses de nations.
Tu parles de démocratie, mais ton langage
Est celui des bombes et des balles.
Tu imposes ta vision, non par la persuasion,
Mais par la destruction et la peur.

Oh, Mỹ Lai, ton nom s’élève dans l’éther,
Comme un spectre vengeur.
Les voix des 504 martyrs résonnent encore,
Hurlant aux vivants la vérité de leur sort :
Qu’un homme sans âme peut tuer sans raison,
Et qu’un empire sans conscience peut massacrer sans fin.

Ce massacre, dissimulé, étouffé,
Émergea finalement sous la lumière froide de la presse.
Les images insoutenables firent trembler le monde,
Non par leur nouveauté, mais par leur brutalité mise à nu.
L’Amérique fut exposée,
Non en héroïne, mais en déesse de la guerre,
Ornée de crânes et d’illusions brisées.

Et que dire des morts ? Ces centaines de milliers,
Ces millions, réduits à des chiffres,
Éclipsés par la gloire illusoire d’un drapeau souillé.
Chaque vie perdue, chaque rêve brisé,
Crie à l’horreur de cette vision impériale.
Et dans cette « Sale Guerre »,
Qui donc fut sauvé, sinon l’orgueil aveugle
D’un empire construit sur des montagnes d’ossements ?

Honte aux hommes qui, au nom d’un pouvoir dévoyé,
Ont fauché les innocents comme du blé mûr.
Honte à l’Amérique, cette main sanguinaire,
Qui étreint le monde et l’étouffe sous le poids de ses crimes.

Mais dans l’obscurité de cette tragédie,
Se dresse une lueur, fragile et vacillante :
Que Mỹ Lai ne soit pas oublié,
Que ce nom, gravé dans l’ébène du temps,
Rappelle à jamais ce que l’homme est capable de détruire
Quand il choisit le pouvoir plutôt que l’humanité.

Oh, que la justice résonne un jour,
Non comme une promesse vaine,
Mais comme une sentence véritable,
Pour que jamais un autre Mỹ Lai ne s’élève
Des cendres d’une démocratie faussement glorifiée.

Daniel Cyr



Arrivé à Da Nang, j'ai pu voir les lieux où les G.I's américains débarquaient à leur arrivée en sol vietnamien. Y subsistent toujours des barricades près la mer de l'Est. Des barraques militaires aussi. 

Les survivants, si peu nombreux maintenant, et leurs descendants peuvent nous parler de ces événements que les médias ont relatés avec force détails et photos, surtout à Mỹ Lai alors que plusieurs Vietnamiens de différentes régions du pays furent témoins d'horreurs similaires. 

La souffrance, transmise de génération en génération, s'est transformée en résilience, mais profondément inextirpable dans leur âme. Plusieurs de ces témoignages m'auront nourri lorsque j'ai écrit mon deuxième roman LES ANCIENS COLONELS.

Merci de tout coeur Daniel pour ce poignant témoignage.



                                          

jeudi 26 décembre 2024

Jeu de mots

         

                                                              
Ce poème, je l'offre à mes ami(e)s Jean Duguay, Réjean Céré, Dominique Chouinard, Daniel Cyr qui partagent le même amour, le même respect, j'ajouterais l'humilité, la circonspection devant notre matière première indispensable à nos écritures, les MOTS.


                                                           Jeu de mots

Nonchalamment, déambule un mot; on le voit de dos.
Négligemment, s’en approchent des quidams; le voient de face.
Si on lui enlève les voyelles ou l’ampute de ses consonnes,
Quel mot nous reste-t-il ? Est-il devenu sourd
Mimant le langage des signes
Ou aveugle pianotant du braille.
 
Dans ta majuscule démarche syllabique
Ralentie par une minuscule cadence boiteuse
Tu transportes, parfois à bout de phrases,
Autant l’amour éphémère que la haine délétère;
Tu charries tant de logiques, tant d’incohérences
Enfouies dans ton lourd baluchon dictionnaire.
                                                                                                       
 
Tu te fais, au gré de mille et une fantaisies,
Coureur de noms sans jupons ni crinolines  
Souhaitant ranimer leurs sens engourdis,
Exalter leur  envergure, louer leur beauté
Qui, depuis mille ans et plus encore,
Sans ton placide secours n’y parviennent.
 
De tes efforts soutenus, hardis, créatifs
Tu deviens cet étonnant adverbe rigoureux
Qui délicatement chatouille l’imprécis d’un verbe,
Fertilisant ses racines d’une nouvelle genèse,
Celle conservée au plus profond de ton grimoire
Et que, telle une chrysalide gigoteuse, tu libères.
 
Entre virgule et interrogation, tu t’exclames,
Toi, joyeux adjectif au contact d’un nom fade,
Masculin, féminin, ou invariable épicène
Hurlant impétueusement sur tous les pluriels
Complexes dans leurs multiples exceptions,
Emprisonnés, captifs de sévères règles.
 
Mot, tu nourris la vitale recherche de sens
Qu’au cours des siècles, d’intenses effeuillages
Toi, revampé ou brutalement relégué aux oubliettes
Tu n’auras cessé d’attiser nos abstraites papilles
Par tes couleurs, tes odeurs, timbres et sons
Qui grouillent en nous comme de juteux caprices.
 
Parfois, estropié ou infirme, tu titubes, te relèves
Tu chancelles et vacilles, tu tangues et zigzagues
Ne cessant de t’exposer devant toute situation
Qu’une certaine normalité académique exige,
Toi, au nom de l’immense confrérie polyglotte,
Arbores, en tout honneur, la banderole langagière.
 
Seul ou composé, invariablement variable,
Tu forges d’innombrables ensembles familiaux,
Cachés croisés fléchés ou mots de passe,
De la flexibilité de tes verticales, cercles et horizontales,
Tu voyages prudemment entre l’infime et l’infini
Conscient qu’un synonyme espion peut tout éclipser.
 
Et tu poursuis ton inépuisable marche vers les inconnus
Vers tout ce qui reste à dire ou à répéter ou à taire
Objectif créant le subjectif, ombres et lumières,
L’éternel duel entre jeux ludiques et corvées sévères
Tu traces le chemin bien avant que nos pas solitaires
Ne puissent, consciemment, s’installer dans le réel.


SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

                                                                        La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...