lundi 19 janvier 2015

Souvenir imagé de Birmanie




La poussière. Certainement l'image qui reste collée à mon esprit lorsque je pense à la Birmanie. Cette poussière, partout. Et peu de vent pour la charrier d'est en ouest.

La poussière de Birmanie, je la comprends mieux le soir alors qu'on ne la voit plus, qu'on ne fait que la sentir, la ressentir. Et le soir, la nuit, il fait obscur. Peu de lumière ni dans les rues de Rangoun ni sur les routes qui mènent vers l'intérieur ou vers le nord. Sans doute le sud n'y échappe pas non plus.

Poussière et obscurité. Cela forge le caractère des gens. Les amène à voir dans le noir, dans le brouillard que devient cette poussière. Voir dans le noir ou dans le brouillard, cette vision déformée de la réalité que mille watts et plus éclabousseraient en plein visage, doit sans doute en résulter au moins deux choses: une vue détériorée en raison des efforts faits pour saisir l'autour de soi; la certitude que la lumière du jour, celle qui s'éclate sous des cieux d'un bleu inouï, de rouille sur les temples, de blanc qui attend un soleil plus bas pour se bleuter un peu, la certitude que le jour et la nuit ne sont pas frère et soeur. 

Ce doute dans la dualité, cette hésitation à choisir entre l'un ou l'autre en essayant plutôt de s'y accommoder, s'y adapter ou s'y conformer vit dans la poussière, dans la noirceur ou l'absence de clarté. Et dans un silence qui convient assez bien aux splendeurs bouddhistes.

Tout cela - et certainement plus alors que j'approfondirai ce souvenir imagé de Birmanie - a fait naître ce poème. Y voir Aung San Suu Kyi ne serait pas fortuit mais y voir aussi le peu de Birmanie qu'entre poussière et obscurité, les deux devenant des brouillards hallucinants, j'ai vu, là aussi niche ce souvenir imagé de Birmanie.



poussière
si elle parlait,
bouche poussière
on verrait, fine pellicule grenue
l’inquiétude du soleil levant
feuille piquée de rouge au cœur

mais
elle ne parle pas
baîllonnée par tant de silences
illuminant l’avenir
dans la noirceur du matin

si elle chantait,
veines offertes traînées
par un cheval obscur
dont les sabots sur la pierre
pilonneraient les nuages

mais
elle ne chante pas
les cordes dans sa gorge
usent au fur et à mesure
des mots sans harmonie

la poussière
brouillard de sécheresse
qui étouffe sa voix
philtre filtrant tout
gangrène sa réalité


vint un grand vent
et disparut la poussière
dans un matin sans macule 



À la prochaine

vendredi 16 janvier 2015

Quelques photos vietnamiennes puis on en arrivera aux thaïlandaises et birmanes.


Une recette de YoYo 
          Voici quelques photos vietnamiennes, m'excusant au départ si jamais elles figurent sur d'autres sauts. Cette publication permettra de passer à celles prises lors du séjour à Bangkok et en Birmanie, entre le 30 décembre 2014 et le 10 janvier 2015. 
Je vous rappelle que plusieurs vidéos ont été déposées sur You Tube à l'adresse habituelle de ma chaîne.
Vue de l'appartement dans Nhà Bhè
Chien pour la consommation (1)

Chien pour la consommation (2)

Père Noël dans D8

Marché de Cholon (D5)

Mon nouveau café dans D7 (1)

Café (2)

Café (3)

Café (4)

Lieu de brocante le dimanche (1)

(Brocante dans Binh Thanh)

Brocante

Brocante





                                                           Souvenirs du Noël avec la famille de Lisa et Phat

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Pour Lisa et le bébé à venir




À la prochaine

dimanche 11 janvier 2015

AUNG SAN SU KYI 4 janvier 2015


Ligue Nationale pour la Démocratie



Rangoun, 4 janvier 2015

Journée de l’Indépendance de la Birmanie (Myanmar). 7 heures le matin. N'absolument pas rater cette journée. Je suis en Birmanie en grande partie pour assister à la conférence de Aung San Su Kyi (Prix Nobel de la Paix 1991) entreprenant cette entreprise muni de bien peu d’informations : une seule, en fait. Fera beau, peu humide. Rangoun est calme, pas d’activités officielles prévues. ''Lady'' ne se rendra pas dans la capitale (Naypyidaw) pour assister aux activités à caractère militaire organisées par le gouvernement de Thein Sein, Président de la Birmanie.

Depuis mon arrivée à Rangoun, discrètement, fort discrètement devrais-je dire, j’essaie de glaner ici et là des informations sur le lieu de la conférence tenu secret. Si je me fais discret, les Birmans le sont davantage : gens croisés au marché, le concierge de l’hôtel, un vendeur de calendriers et l’autre, de journaux, tous ne peuvent me répondre prétextant ne pas bien comprendre la demande. Il est vrai qu’à Rangoun la langue anglaise n’est pas très utilisée et ceux qui l’emploient en arrachent.

Taxi, direction le 54 University Avenue

Adresse de la résidence de Aung San Su Kyi qui fut aussi sa prison pour plus de 15 années de sa vie. Le chauffeur de taxi connaît l’endroit, c’est évident, mais rien d’autre qu’un hochement affirmatif de la tête dans lequel je lis ''bonne chance''. 

– Une vidéo tournée à ce moment est déposée sur ma chaîne You Tube –

Je frappe innocemment à la porte d’entrée. Je vous évite les quatre ou cinq ''in and out'' de la part du gardien partant se renseigner revenant chaque fois avec des ''non, c’est impossible'', ''on ne sait pas''. Je n’obtiendrai de lui, écrite sur un bout de papier, que l’adresse du bureau officiel de la NLD (National League for Democracy). Je suis fort conscient que je ne pourrai rien faire avec ce détail, surtout un dimanche.

Il est 8 heures 30, toujours rien de concret. Mon ami photographe malaysien voyage en Russie, il ne peut donc me pister et comme un imbécile, j’ai perdu le nom qu'il m'avait donné, celui du responsable des communications et relations publiques de la NLD.

Je rôde autour des longs et hauts murs en ciment de la maison. Dans la rue qui mène à l’Université de Rangoun, des taxis passent. Personne ne s’arrête. Ça devient évident que la conférence n’aura pas lieu ici; ne reste qu’une possibilité: me poster devant la maison, installé dans un taxi et suivre la voiture de Aung San Su Kyi lorsqu’elle franchira la grille en route vers ce fameux endroit mystère. J’apprendrai plus tard qu’on aura modifié le lieu de la réunion à cinq reprises pour des raisons de sécurité.

Adjacente au 54 University Avenue...

... une maison qui ne paie pas de mine semble habitée. Je m’y rends, utilisant le subterfuge employé pour tenter de convaincre le gardien de me donner des informations, à savoir que je suis journaliste canadien spécialement envoyé pour couvrir l’allocution de Aung San Su Kyi.

Le type qui me reçoit semble sympathique. Un vieil homme, assis par terre au milieu d’une grande pièce, me jette un coup d’œil interrogateur. Il demeure à son téléphone portable alors que je m’explique. Le type, tout sourire, dit connaître l’endroit, qu’il me l’écrira sur un bout de papier. Je lui tends celui que le gardien m’a donné. Je tiens peut-être la clé ou suis complètement perdu, suivant une piste menant nulle part. Je dois jouer le tout pour le tout. Avant de le quitter, je lui demande l'autorisation de grimper à l’étage prendre quelques photos de sa voisine. Il refuse car tout est délabré – il ne précise pas pour quelle raison – seulement l’endroit où nous nous trouvons actuellement est sûr.

Revenant vers l’entrée du 54, une voiture taxi arrêtée dans laquelle le chauffeur examine une carte routière; deux autres personnes sont à l’intérieur. Je m’approche, accueilli par un couple de Danois, eux aussi à la recherche du lieu de la conférence. Ils n’ont que cette adresse pour information malgré le fait que leur gendre et leur fille vivent à Rangoun, y travaillant pour un organisme communautaire de l’ONU.

Nous décidons de poursuivre ensemble munis d’un petit bout de papier sur lequel on peut lire : (112/Golden Hill Power near Pauswin Nizi Hall).

10 heures, heure de Rangoun

Nous trouvons, finalement, le Royal Rose. Les décorations aux couleurs de la NLD nous encouragent tout comme la présence de plusieurs Birmans arborant la cocarde de la ligue. Les Danois sont discrets, me laissent tenter d’obtenir le maximum tout en souhaitant pouvoir assister à quelque chose de concret, ils quittent Rangoun en milieu d’après-midi.

Dans le groupuscule de gens qui fourmillent sur la place extérieure, des organisateurs sans doute, je cherche un dirigeant pouvant confirmer, officialiser notre information. Celui à qui je parle - je me présente à lui comme journaliste canadien - fait un appel, me demande d’attendre et surtout de ne pas entrer dans la salle car on est à la sécuriser. Cette information me réjouit et m’angoisse à la fois. C’est ici pour le moment et espère que ça ne changera pas. Se présente alors un type dont le visage m’est familier, le voyant souvent sur la page de la NLD de Facebook tout près de Aung San Su Kyi. J’ose un nom, Oo Thian Uu. Il me parlera dans un anglais meilleur que le mien alors que dans ses yeux qui me transpercent carrément, se lit la détermination à ne rien permettre qui puisse gêner quoi que ce soit au déroulement de cette importante journée.

Le journaliste canadien aura une entrevue avec la ''Lady''

Après une courte conversation téléphonique, il m’annonce que je serai le seul journaliste étranger présent et qu’il m’organisera une rencontre avec Aung San Su Kyi, accompagné d'un traducteur. Je n’en demandais pas tant mais j’imprimai dans mon cerveau la photo de celui que j’allais dorénavant nommer ''mon contact''. Je pouvais quitter pour revenir vers 12h puisqu’elle ne parlera qu'à 13h. J’aurai aussi une place à l’intérieur du Royal Rose.

Les Danois s’excusent, ça sera trop tard pour eux et on se quitte. J’en profite pour me promener autour du quartier et suis de retour vers 11h30.

Midi, tout se bouscule

On entre et on sort de la salle du Royal Rose. À une heure de la cérémonie, je suis rassuré, on ne changera pas d’endroit. La seule inquiétude demeure qu’une menace (une autre) parvienne et que Aung San Su Kyi ne se présente pas. Tout me semble sous contrôle, les mesures de sécurité qui se déploient sous mes yeux laissent présager que plus rien n’entravera ce moment tant attendu.

Dans l’attente, j’organise le possible déroulement d’une entrevue mais je suis déjà sur un nuage; y installer près de moi la ''Lady'' risquerait de voir tout s’écrouler sous le poids de l'intensité de mes émotions. D’ailleurs, ce responsable des relations publiques, ''mon contact'', en  a certainement vu d’autres avant moi et le subterfuge derrière lequel j’ai mis toute ma confiance et misé mes dernières billes, il me tient sous surveillance – par moi-même-  sachant que je ne voulais surtout pas être exclu de la salle. Mon objectif : y être. Et ça allait bientôt devenir réalité.

Midi. Mon contact m'invite à entrer – YoYo me suit, je l’ai présenté comme mon assistant – nous conduit à la troisième rangée, environ 5 m du siège qu’occupera la conférencière. Le nuage devient de plus en plus confortable. Je jure sur ce qui est le plus précieux dans ma vie qu’aucun être vivant sur terre n’aurait pu me déloger de l’endroit où j'étais.

13h00, Aung San Su Kyi arrive

Il doit y avoir minimalement une trentaine de photographes – je ne sais trop s’il y a quelques journalistes parmi ce groupe placé du côté gauche de l’estrade – faisant le pied de grue. Un caméraman de la télévision birmane m’avait informé à l’extérieur que Aung San Su Kyi ne donnerait pas de conférence de presse suite à son discours : ça n’est pas dans ses habitudes, a-t-il dit. Vers 13h00, 300 personnes se massent dans cette salle hyper climatisée, toute décorée aux couleurs de la NLD (fond rouge sur lequel un immense paon jaune s’envole vers l’étoile blanche, la même que celle que l’on retrouve au centre du drapeau de la Birmanie).

Il y a quelques instants à peine, après l’avoir fouillé jusqu’en ses racines, on a déposé un immense bouquet de fleurs. Je vois de mon siège qu’il provient de la Chine. Il sera de l’autre côté des deux micros qu’un technicien tapote depuis plus d’une heure.

Le plus remarquable jusqu’à maintenant, alors que les dignitaires, des hommes âgés pour la plupart, prennent place sur des chaises qu’on leur a réservées, c’est ce murmure qui monte de manière égale et continue de la salle. On sent une fébrilité contenue. Le service d’ordre et de sécurité s’avère d’une rare efficacité.

Je jette régulièrement un regard du côté de mon contact bien installé parmi les photographes. Alors que je lui expliquais travailler à partir de seulement ma caméra vidéo Kodak, ses yeux plissent, mais comprend que pour passer des vidéos c’est bien, le tout ressemblant à un bien simple appareil téléphonique portable. À ce moment-là, je suis encore certain que mon hameçon tient un bon poisson.

Puis, ça bouge. On applaudit. On lance des interpellations en birman qui semblent s’adresser à la ''Lady''. À la multitude de flashes, je sais même si je ne vois rien encore, qu’elle est entrée. Devant elle, comme un train qui toussote on fait quelques pas, on s’immobilise, on repart. Enfin, je peux la voir. Vêtue de vert, fleurs blanches dans les cheveux, elle s’arrête à la hauteur d’une dame âgée. Elles se parlent et en signe d’au revoir, leurs deux fronts se touchent.

D’un pas décidé, Aung San Su Kyi s’avance vers l’estrade. Les applaudissements la précèdent et la suivent. Elle s’arrête. On lui indique une place devant la petite table à thé. Aveuglée par tous ces flashes, elle n’en tient pas compte. Elle s’assoit après avoir salué à la manière bouddhiste les personnes autour d’elle.

Le moment des discours

Avant que Aung San Su Kyi prenne la parole, deux autres dirigeants de la NLD auront parlé, en birman il va sans dire. Puis c’est à son tour. Pendant une vingtaine de minutes, de cette voix que je n’avais entendue qu’à partir d’enregistrements sonores, de cette voix en accord parfait avec le regard qui balaie la salle. Je conserverai longtemps en mémoire la qualité de ce regard duquel aucune frayeur, aucune crainte ne transpirent. Pendant une vingtaine de minutes j’enregistre, voix et regard. J’apprendrai par la suite que ce discours avait une teneur électorale; 2015 sera année d’élections. Elle parle aussi de sagesse dans le développement de son parti.

Je n’y comprends absolument rien mais je suis là, caméra en main avec cette espèce d’orgueil ou d’attitude de groupie que parfois, lorsque sa tête se tourne du côté où je me trouve, elle m’aurait peut-être vu…

À la fin des allocutions, on lui remet un petit éléphant tout décoré de rouge et de jaune, il a la forme d’une piniata.  Son sourire illumine autour d’elle ceux qui ont l’honneur de faire la présentation de ce cadeau qu’elle semble beaucoup apprécier.

Comme Aung San Su Kyi s’est levée, je tente de m’approcher. Derrière elle, 2 m environ, j’ai toujours mon contact en vue. Je peux prendre une photo alors qu’elle se dirige vers quelques moines bouddhistes (tunique safran) qu’elle salue religieusement. Puis un cordon de jeunes hommes l’encercle. Délicatement mais avec assurance, on la fait se diriger vers la salle adjacente puis une sortie. Je me faufile tout comme la meute de photographes surpris par ce mouvement spontané des forces de la sécurité. Deux minutes plus tard, elle aura disparu, mon contact aussi et moi, penaud mais combien heureux, ma caméra dans les mains devenue l’objet le plus précieux de Birmanie, je me retrouve à l’extérieur où une musique de fête donne le ton à une immense marionnette en forme d’éléphant qui y va, sous une chaleur torride et un soleil aveuglant, d’une danse que la foule accompagne par ses applaudissements.

Tout est fini

Il est bientôt 15h00. La foule, bras dessus bras dessous, le sourire aux lèvres, celui si caractéristique et si gratuit des Birmans, retrouve la rue, me semble-t-il le cœur gonflé d’un souffle qui ressemble à une inspiration.


À la prochaine

Voici le lien YOU TUBE pour les deux vidéos prises lors de l'événement:



mardi 16 décembre 2014

Les chroniques de Saïgon ( 2 )





Ça y est, je crois bien avoir trouvé ce café qui remplacera le Riverside. Son nom: Song Trang - ce qui pourrait signifier en français, morceau de page - Situé dans le District 7 à quelques coups de pédales de l’appartement, il a pignon sur les berges de la rivière Saïgon, ce qui lui donne une longueur d’avance sur ceux visités auparavant. Détail fascinant, le café Song Trang possède un mobilier similaire à celui qui meublait le Riverside. Les propriétaires l’ont-ils acheté là suite à la fermeture de mon bon vieux café habituel devenu un parking grande surface?

Silencieux, il se cache tout au fond d’une rue secondaire, pas tout à fait ruelle. Son charme réside dans le fait qu’on y entend, de ce côté de l’embranchement de la rivière, jaser les oiseaux et de l’autre, chanter les coqs. Deux cages retiennent captives des tourterelles qui roucoulent à chaque tintement répété des mobiles en bambou. Les tables disposées tout près d’une longue série de hamacs offerts pour une sieste, allongent l’espace qu’une bâche deux teintes recouvre. Plus en longueur qu'en largeur, le café a laissé intacts quelques arbres dont le pied s’enfonce dans un ciment gris humide.

Le café froid (cà phê sữa đá) y est excellent et la tenancière, tout à fait sympathique, ne sait dire en anglais que bonjour, encore faille-t-il le deviner. Un petit chien la suit constamment; un chat nerveux, de la même couleur que le chien ne se laisse pas approcher.

Il s’agit de ma seconde visite au café Song Trang, l’ayant découvert auparavant alors que je me rendais au bureau de la poste du District 7. Tôt le matin, celui-ci n’était pas encore ouvert, je me suis alors promené dans ce coin que je ne connaissais pas encore. Après un café et une inspection superficielle des lieux, j’avais dit à la dame que je reviendrais. Cette fois c’est vraiment pour mesurer mon intérêt à bloguer que je vérifie. Positif, pour le moment.

 

C’est mi-décembre et suite à trois semaines plein régime avec les amis français, je me permets quelques jours de repos. Les préparatifs pour le Myanmar sont achevés : premier arrêt à Bangkok du 30 au 2 janvier, le temps de vivre la folie du premier de l’an. Puis, Rangoun et Bagan avant de rentrer à Saïgon le 10 janvier.

Au sujet du premier de l’année, Lisa – la cousine de YoYo et mon organisatrice de voyages à l’intérieur du Vietnam – me dit que ça doit se vivre à l’extérieur de son pays; il faut être ailleurs pour entreprendre une autre année puis revenir chez soi. Pour moi, pas besoin de bouger, la condition ne s’appliquant pas.

Ce fut quand même au Cambodge que j’ai franchi 2012 pour entrer dans 2013 puis Bangkok l’an dernier. Ne pouvant arriver directement à Rangoun pour le 1er janvier 2015, la Thaïlande servira de nouveau de terre d'accueil pour ouvrir la brèche sur l’année de la Chèvre.


Il y a quelques mois, on me demandait les raisons qui m’amènent au Vietnam année après année. Cette question revient souvent, périodiquement. Parfois je réponds par une série d’automatismes mais cette fois-ci, j’ai l’impression qu’elle m’oblige à une réflexion plus profonde. En raison sans doute du fait que ce voyage porte le numéro quatre et qu’après quatre, ça devient plus sérieux, plus ancré; ça mérite donc de s’éloigner des clichés, des lieux communs.

Je ne suis ni anthropologue ni sociologue. Hédoniste plutôt. Wouèreux serait certainement le qualificatif me définissant le mieux. Ne possédant suffisamment pas assez d’informations historiques et culturelles, celles qui ont façonné ce Vietnam aux multiples contrastes, je me suis rapidement résigné à mettre dans chacun des ''il'' ou ''elle'' que je prononçais ou écrivais, la signification suivante : ces pronoms personnels employés au singulier ou au pluriel définiront strictement des individus, des comportements, des situations que j’aurai vus, vécus. Éviter surtout les généralisations faciles. 

Deux concepts me sont utiles afin de mieux circonscrire la question et y répondre avec davantage de précision : la gestalt et la coalescence. Je m’explique un peu sur ces deux grands mots.

La gestalt (on présente souvent cette psychologie à partir de l’illustration en noir et blanc de deux profils se faisant face et d’une coupe; on peut très bien voir les deux ou encore l’une ou l’autre des deux composantes de l’illustration) c’est le domaine de la perception.

En voyage, percevoir ce qui accroche notre regard ou notre conscience est quasi un réflexe. On tente par l’intermédiaire de nos sens de saisir ce qui se passe. On s’en fait rapidement une idée, on l’intériorise et ça sert pour expliquer la nouvelle ou les nouvelles réalités s’offrant à nous.

Dans mon cas, c’est évident que la première venue en territoire vietnamien fut teintée par cette approche perceptive. Je réalise, après quatre fois, que l’on peut regarder la même chose et y voir autre chose. Ça bouscule les impressions qui étaient, nous semblait-il, acquises et classées comme des références, des ponts entre divers éléments de la réalité.

Je ne vois plus Saïgon comme je la voyais – oui, Saïgon je la définis au féminin; c’est une ville féminine dans tout ce qu’elle offre ou déploie -  Dans un billet datant de janvier 2012 je crois, j’écrivais que la première nuit ici j’avais l’impression, plus même, je croyais entendre des hélicoptères circuler dans le ciel, des hélicoptères à la Coppola. J’aurais juré que cela était réel.

Maintenant, Saïgon est devenue pour moi une femme chaude, froufroutante, indépendante dans ses allures à la fois asiatiques, européennes et américaines. Ses odeurs m’enivrent; le matin - je roule en vélo dans mon quartier, je salue les gens qui semblent habitués à me voir circuler - les effluves se mêlent les unes aux autres; le midi alors que le soleil brûle tout ce qui reste du matin, des odeurs plastiques, mécaniques prennent le relais; le soir, un peu avant la nuit, un vent typique, venu du nord, cet acrobate sémillant a cueilli au-dessus de la rivière des exhalaisons vives combinant poissons et pétrole, algues et rayons de lune, soupirs des amoureux et pétarades des motos. Ses odeurs m’enivrent.

Je pourrais écrire sur les Vietnamiens, ceux que je connais, ceux que l’on me présente, ceux que je croise et dire combien ma vision s’est modifiée, voire transformée. Et elle continuera de changer car tout change, à partir de nos perceptions, mais également de notre engagement à mieux saisir les motivations et les rêves des gens.


Le deuxième concept, la coalescence, m’est apparu alors que bien installé sur ma terrasse dans la campagne de Saint-Pie, j’y allais de cette interrogation : à l’âge que tu as, mon cher ami, où souhaiterais-tu finir tes jours? Ici ou là-bas?

De la coalescence, la meilleure définition que j’ai trouvée est la suivante :

- Réunion, dans une unité nouvelle, d'éléments compatibles quoique de soi disjoints.

Il me semble que cela spécifie assez fidèlement le fait que je sois la moitié de l’année en terre québécoise et l’autre en terre vietnamienne. Que j’y aie une famille québécoise, la mienne, celle de ma chair et mon amour et une autre, d’adoption, vietnamienne celle-là. Que, pendant six mois, à Saint-Pie, je ne songe pas à regretter Saïgon et pour l’autre six mois, vivre entièrement, complètement ici.

Cette unité nouvelle, je l’appelle le meilleur de deux mondes.


Une amie du CRAPAUD me qualifiait de snowbird asiatique. Cette perception vient sans doute du fait que je quitte l’hiver et reviens au printemps. Comme tous ceux qui ont choisi ailleurs pour y vivre ou choisi de s’éloigner de leur hantise pour la saison froide, que ce soit vers la Floride ou toute autre destination tropicale, je crois que ce choix permet certaines réflexions, une certaine distance également. Les yeux s’éloignent et tout devient plus relatif. Ne reste qu’à répondre à l’angoissante question : où mourir?


À la prochaine


lundi 15 décembre 2014

Le séjour de Gilles et Madeleine vu par YoYo

Intéressant de voir des événements à partir d'un autre point de vue.                   
Voici celui de YoYo (guide et traducteur) sur les trois semaines vietnamiennes des amis Gilles Madeleine.


S   A   Ï   G   O   N


Conférence près du marché Ben Thanh






Dodo dans l'autobus nous menant à Vung Tau

Vung Tau

Plage de Vung Tau

Café Bet à Saîgon

Notre-Dame

Notre-Dame

Notre-Dame

Visite du centre-ville de Saïgon






Cu Chi (tunnels)




L'ÎLE DE PHU QUOC





Noc mam













M   É   K   O   N   G



Can Tho





Sur le Mékong




Vers H O Ï       A   N

Un peu de fatigue Gilles?



Bus vers l'aéroport de Saïgon



H   O   Ï      A   N














Madeleine et la carte postale


Hoî An


H   A   N   O   Ï














s  a   p   a

sous la pluie

sous le brouillard


Où est Gilles?

Phan Si Pan... au loin





face au Bamboo

Promenade sous pluie, brouillard et froid...


Retour à Hanoï

Sortie du train...

... de nuit

Petit caé à Hanoï...

... alors que sommeille le chien



Extérieur de l'église


Intérieur de l'église



Votre choix

Cyclo-pousse à Hanoï




Merci YoYo

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...