samedi 6 septembre 2014

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-SEPT (57)



La guerre. Dans toute son horreur et sa formidable faculté à se répandre un peu partout - souvent en périphérie des endroits où règnent la tyrannie, l'obscurantisme, le despotisme, l'oppression - la guerre est devenue une caractéristique, une marque de l'homme.

La guerre. Ce jouet des hommes despotes, autoritaires et persécuteurs devient leur langage absolu ayant comme références des logiques à la fois différentes et semblables.

La guerre. 

Je la regarde dans ce poème à partir de la lunette de celui qui se situe loin de ses champs de bataille mais proches de la souffrance qu'elle engendre; auprès des enfants.

Des enfants de la guerre, non pas seulement des enfants-soldats ou guerriers. De ceux qui ne jouent plus à la guerre, de ceux qui en sont les victimes et les pantins.



ils jouent

missiles, roquettes et bombes pour musique ambiante
on a équipé les enfants d'arcs, de flèches
ni complainte ni berceuse dans la bouche des mères veuves
que des étoiles le jour, des soleils la nuit

les enfants ont armé les arcs, acéré leurs flèches
de leurs bras, de leurs mains bleuies d’ecchymoses
virevoltent des pluies froides de poussière
au-dessus du caducée des linceuls

ils jouent

les enfants portent des maillots rouges numérotés
comme les footballeurs à la télé
un concerto de Mendelsshon enserre le terrain vague
de la nostalgie des couchers de soleil

les enfants épicènes jouent

des machines de guerre, d’acier et de rouille
tachent l’horizon de leurs longues épées fumantes
alors que roule un ballon antipersonnel
sur le cimetière bouillonnant des derniers coups de pelle

ils jouent ces enfants épicènes

sans casque, tête offerte aux tirs, aux corners
sur cet espace que limite le crachat des tyrans
les enfants courent derrière d’autres enfants
qui, eux, savent déjà le résultat de ce manège

la sirène annonce la fin d’une partie jouée d’avance
et les enfants qui restent, ballon de chair sous le bras,
aveuglés, minés et inquiets marchent au bout du champ
que le jour semblable à hier a rapetissé


à la prochaine


dimanche 3 août 2014

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-SIX (56)


Félix Leclerc
100 ans cette année



J'ai entrepris, à la demande expresse des amis vietnamiens, de déposer sur ma page Facebook des chansons québécoises. Je me suis mis à la tâche il y a quelques mois maintenant. Au début, ne sachant trop exactement ce qu'ils (elles) souhaitaient entendre - du récent... du représentatif... du folklore... - j'ai donc commencé par les chansonniers, et non les moindres: Hervé Brousseau, Germaine Dugas, Félix Leclerc, Jacques Blanchet, etc. Il m'apparaissait primordial de leur faire entendre ce qui, d'après moi, s'avère être le germe de la chanson québécoise. 

Les premiers commentaires allaient dans le sens suivant: ''on ne comprend pas la langue'', ''la musique est d'une autre époque'', et j'en passe. J'ajoutai les interprètes connus qui ont permis à la chanson québécoise de s'établir outre-frontière: Monique Leyrac, Pauline Julien, Lucille Dumont, etc.

Plus j'avançais, plus je remarquais que ma ligne de tir ne déviait pas beaucoup, que j'escamotais plusieurs aspects importants des composantes de cet art qu'est la chanson. Je me suis alors mis à piocher à gauche et à droite, puisant à tous les styles - sauf l'opéra que bientôt je vais aborder - ce qui, à mon avis, illustrait ou met encore en valeur la chanson québécoise.

La démarche m'a permis de découvrir ou redécouvrir des artistes ayant marqué leur époque, ceux qui ont créé des ponts entre les générations ou nous ont renseignés sur divers courants sociaux de l'histoire du Québec.

Il n'y a pas unanimité sur les origines de la chanson québécoise. À quel moment précis s'est-elle solidement installée, s'est-elle ancrée dans nos oreilles, à quel moment peut-on dire qu'elle possède une pérennité et qu'elle assure sa continuité?

Au départ, je ne me posais pas ces questions. Par la suite, alors qu'il m'arrivait de dire, ''cette chanson, je me rappelle que ma mère la chantait'', ''celle-ci date du temps de mes grands-parents'', j'arrivais à constater que ses sources furent multiples, puis qu'à une époque encore toute proche, elle devint... disons, autochtone.

Et les ami(e)s vietnamiens dans tout cela? Mise à part la barrière linguistique, ce qui passe le mieux là-bas ce sont les chanteuses: Céline Dion dont on ne connaissait pas ses origines québécoise, Mitsou pour son côté provocateur, Ariane Moffat pour ses excellents rythmes, Stéphanie Lapointe pour son allure adolescente.

En second lieu, les groupes des années 1970, dont Offenbach, retinrent l'attention. Quelques chanteurs du type ''crooner'' car là-bas on a l'impression que ce qu'ils interprètent est triste, mélancolique et nostalgique un peu à l'image de ce que l'on entend beaucoup au Vietnam.

Le folklore et le country ne font pas du tout fureur ce qui me fait dire que l'opéra ne devrait pas trouver preneur.

J'en suis maintenant à me demander ce que je pourrais faire avec toute cette banque d'informations et de chansons recueillies principalement sur You Tube?
Déposer le tout sur ma chaîne You Tube? Chose certaine, plus j'avance, plus je découvre l'importance de la chanson dans nos vies, qu'elle s'avère être un important pivot de la culture, qu'elle soit locale ou mondiale. 

À la prochaine

dimanche 20 juillet 2014

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-CINQ (55)

                             

22 000 kilomètres plus tard, ma voiture SOUL de Kia entreprendra demain sa dernière expédition: Saint-Pie vers Québec s'arrêtant à Gentilly pour saluer Madeleine, cette chère tante maintenant âgée de 83 ans. Comme je n'ai pas encore récupéré mon permis de conduire - ça se fera en mai 2015 au retour du Vietnam, voyage numéro 4 - mon ami Jean Choquette pilotera. Jeudi, la SOUL aura un nouveau propriétaire.

Je vis depuis un an sans voiture tout comme je l'ai fait, sept années durant, alors que je résidais à Montréal. Ce n'est donc ni nouveau ni pénible pour moi. Au retour, en mai prochain, je verrai pour la suite des choses. Une voiture électrique, la SOUL EV qui doit faire son arrivée sur le marché québécois cet automne m'intéresse.



SOUL EV 2015




À suivre...




lundi 7 juillet 2014

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-QUATRE (54)


Sigle photographié sur le trottoir d'une importante rue de Saïgon



Une semaine après la labyrinthite et la commotion cérébrale qui l'a accompagnée, alors qu'autour de moi et pour un peu plus de deux minutes, la réalité reprend des airs que je connaissais il n'y a pas si longtemps, je réussis à pouvoir écrire une phrase complète ayant du sens.

En deux mots, la labyrinthite - en fait il faut parler de neuronite vestibulaire - 
se caractérise par l’apparition soudaine de vertiges intenses. La personne qui en souffre a la sensation qu’elle tourne sur elle-même ou que l'environnement extérieur tourne autour d'elle. Les vertiges s’accompagnent de nausées et parfois de vomissements.

Voilà ce qui m'est arrivé dans la nuit du 29 au 30 juin. Pour la commotion cérébrale que j'appelle la George Parros - du nom de ce célèbre hockeyeur du Canadiens de Montréal qui surprit tout le monde et lui-même sans doute, lors d'un combat qui dura quelques secondes au cours duquel il s'effondra sur la glace, s'assomma et perdit conscience - elle survint alors que ne pouvant demeurer sur mes jambes, j'allai aussi allègrement que rapidement échoir sur le plancher de la cuisine à quelques pas de la chambre à coucher. Tête en sang et ecchymoses sont les reliques de cette chute.

Depuis ces événements je vis entre repos et repos. Il faudra quelques semaines pour le tout revienne à la normale. Donc, peu de lecture et beaucoup d'écoute de musique à volume minimal de préférence.

Aujourd'hui, je vous offre quelques citations de mes lectures hivernales.

Un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir, outre son âge, tous les âges.
VICTOR HUGO

C’est une pensée triste qui se danse.
(Le tango selon SANTOS DISCÉPOLO)

Tout est présent, tu comprends? Aujourd’hui ne finira que demain, et hier a commencé il y a dix mille ans.
FAULKNER

. Le révolutionnaire doit être capable d’entendre pousser l’herbe.
KARL MARX

. Vous voulez les pauvres secourus
  Je veux la misère abolie.
VICTOR HUGO

. Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs
  Mais jamais ils ne seront les maîtres du printemps!
PABLO NERUDA

. Si l’on ouvrait la marmite du monde, sa clameur ferait reculer le ciel et la terre. Car ni la terre ni le ciel ni aucun d’entre nous n’a vraiment mesuré l’envergure terrifiante du malheur des enfants ni le poids des pouvoirs qui les broient.
EDMOND KAISER

. La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche, par son monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution s’opère, de jour en jour, par le prix des denrées, auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes.
JACQUES ROUX (Les Enragés)

. Au moment de sa mort, chacun d’entre nous aurait besoin de beaucoup plus de vie encore pour en terminer avec la vie.
ERNST BLOCH

. L’utopie c’est ce qu’il y a au-delà de l’horizon.
HENRIE LEFEBVRE

. Un bulletin de vote ne nourrit pas l’affamé.
BERTHOLT BRECHT

. Malheur au peuple qui a besoin de héros!
BERTHOLT BRECHT

À la prochaine

jeudi 12 juin 2014

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-TROIS (53)



C'est devenu une tradition, du moins une habitude que celle de dresser le bilan de mes lectures d'une année à l'autre. Je vous en faisais part en début d'année mais comme je suis au Vietnam à cette époque, le bilan est reporté à ce temps-ci, à la porte de l'été. De mai en mai.

Voici celui de 2013/2014


. LES CENT PLUS BEAUX POÈMES QUÉBÉCOIS
Pierre Graveline

. LA CONJURATION DES IMBÉCILES
John Kennedy Toole

. MÂN
Kim Thûy

. AMPHIBIEN
Carla Gunn

. LE JOUR DES CORNEILLES
Jean-François Beauchemin

. LES HIRONDELLES DE KABOUL
Yasmina Khadra

. LE FOU DE BOSCH
Sergio Kokis

. FICTIONS
Jorge Luis Borges

. LE PIGEON
Patrick Süskind

. LA NEIGE DE SAINT-PIERRE
Léo Perutz

. L’ÉQUATION AFRICAINE
Yasmina Khadra

. L’ENFANT DE SABLE
Tahar Ben Jelloum

.TENIR TÊTE
Gabriel Nadeau-Dubois

. UNE ENFANCE DE JÉSUS
J.M Coetzee

. FEMMES EN FLAMMES
Rick DeMarinis

. VUE DE LA TERRE PROMISE
Georges Duhamel

. LES HOMMES PROTÉGÉS
Robert Merle

. SUR LA PLAGE DE CHESIL
Ian McEwan

. L’ÉTÉ DU SECRET
Michèle Gazier

. TRENTE MILLE JOURS
Maurice Genevoix

. CE QUE JE CROIS
Carlos Fuentes

. LA TRISTESSE DU CERF-VOLANT
Françoise Mollet-Joris

. MANHATTAN TERMINUS
Michel Rio

. EN CAS DE BONHEUR
David Foenkinos

. L’ÉTOILE DU MATIN
André Schwarz-Bart

. LOU  - HISTOIRE D’UNE FEMME LIBRE
Françoise Giroud

. BIG
Valérie Tong Cuong

. L’EMPIRE DE LA HONTE
Jean Zeigler

. PASSAGE DE L’ODÉON (SYLVIA BEACH, ADRIENNE MONNIER ET LA VIE LITTÉRAIRE À PARIS DANS L’ENTRE-DEUX GUERRES)
Laure Murat

. L’EXCEPTION
Audur Ava Olafdottir


30 livres. 

Par les années passées, j'élisais deux coups de foudre, deux livres ou deux auteurs qui m'avaient réellement touché. Étrangement, je ne puis pas dire que je fus foudroyé, cette année, par un livre si ce n'est le Carlos Fuentes (Ce que je crois). En raison sans doute du fait qu'au Vietnam, fidèle à la Librairie Française où je découvre dans les boites à bouquins seconds-yeux quelques trouvailles répondant à ces deux critères: soit un auteur inconnu, soit un auteur connu mais dont je n'ai jamais rien lu auparavant. Cela m'aura permis plusieurs découvertes intéressantes. Cette fois-ci, d'apprécier le style à la fois ancien et combien précis des Georges Duhamel et Maurice Genevoix de même que des histoires incroyables comme celle de ''Big'' et ''L'enfant de sable''.

Je vous offre tout de même quelques citations recueillies:


. …le dialogue tend à devenir monologue, et le soliloque dégénère en réquisitoire.
Robert MERLE

 . Qu’il est donc dru et serré, ce tissu de la mémoire! On le touche, on l’effleure à peine, et le voici tout entier qui tremble.
Maurice GENEVOIX

. Nous entrons dans le monde que Max Weber avait annoncé comme un « polythéisme de valeurs ». C’est le monde, certes, des communications, de l’économie globale, de la science et des technologies, mais aussi des revendications techniques, du regain des nationalismes, du retour des tribus avec leurs idoles, de la coexistence d’un progrès vertigineux avec le renouveau de réalités que nous pensions disparues. La variété, non la monotonie, la diversité plus que l’unité, le conflit plus que la tranquillité, définiront la culture du nouveau siècle.
Carlos FUENTES

. Nous pensions connaître le monde; maintenant, nous devons l’imaginer.
Carlos FUENTES


. Il y a toujours un commencement, une période où le pouvoir n’est pas encore légitime.
Françoise MALLET-JORIS

. Il y a toujours un commencement, un parti à prendre, où le pouvoir qui naît se mesure avec ce couple ami-ennemi, qu’il lui faut intégrer avec soin : l’injustice et la beauté.
Françoise MALLET-JORIS


. Se taire est insuffisant et parler est excessif : il faudrait trouver des cris, des borborygmes appropriés, ou entonner un chant qui engloberait toutes les paroles, tous les silences et tous les cris.
André SCHWARZ-BART  (au sujet de Auschwitz)

. Si mémoire de vous s’achève
  terre azur me sont à noyer
  et me sont algue toute lèvre
  et morsure tous les baisers
  si mémoire de vous s’achève
André SCHWARTZ-BART   
         

. L’anorexie selon Françoise Giroud alors qu’elle tente de définir par cette maladie une facette de la personnalité de Lou Andréas-Salomé :
.  … ce refus qu’oppose le corps à l’envie d’avaler le monde parce qu’il a « faim d’autre chose » est chez elle (Lou Andréas-Salomé) perceptible en cela qu’elle sera toujours excessivement mince – Neitschze dit : maigre. Les filles anorexiques sont aujourd’hui réputées particulièrement brillantes sur le plan intellectuel, mais, à l’époque, on connaît mal cette maladie, bin qu’elle ait été dès 1873, et Lou ne cherche d’ailleurs pas à en guérir. Elle a un appétit d’oiseau.
Françoise GIROUD

. Je suis l’autre, l’autre est moi. L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi.
Jean ZEIGLER


. L’utopie est le désir du tout autre. Elle désigne ce qui nous manque dans notre courte vie sur terre. Elle embrasse la justice exigible. Elle exprime la liberté, la solidarité, le bonheur partagé dont la conscience humaine anticipe l’avènement et les contours. Ce manque, ce désir, cette utopie constituent la source la plus intime de toute action humaine en faveur de la justice sociale planétaire. Sans cette justice, aucun bonheur n’est possible pour aucun d’entre nous.
Jean ZIEGLER


. L’utopie n’est visible qu’à l’œil intérieur.
Jorge Luis BORGES

. Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis ce fleuve.
Jorge Luis BORGES

À la prochaine



jeudi 5 juin 2014

Poème en solidarité avec le Vietnam agressé par la Chine



Le Vietnam, son histoire l'illustre amplement, est un pays où la solidarité règne en maîtresse ainsi que l'attachement indéfectible à son sol, son histoire et sa résistance. Un pays remarquable pour sa résilience, son inébranlable volonté d'être et de continuer à être une terre respectueuse de ses traditions, de sa culture. Ce pays qui a connu maintes invasions que ce soit celle des Chinois, des Japonais, des Français, des Américains, qui s'est farouchement défendu afin de conserver et d'afficher sa spécificité, est maintenant aux prises avec une nouvelle agression, celle d'une Chine avide de maîtriser, de contrôler l'espace vietnamien de la Mer Orientale. Le Vietnam est pacifique, non seulement dans ses paroles mais dans la pratique de cette vertu que représente le respect du sol, le sien et celui des autres.

Ce poème, je le veux solidaire de mon deuxième pays.


ils ne pourront oublier tes yeux…

... ceux qui maintiennent ta gorge immobile
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux de mer, tes yeux de soleil

... ceux qui violent ta route
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux de sol, tes yeux de pluie

... ceux qui pétrolent tes rives
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux d’hier, tes yeux de maintenant

savent-ils, ceux qui marchent sur tes îles,
que ton sable couleur sang
emplira le gouffre creusé par leur ingérence

ils ne savent pas
mais ils ne pourront oublier tes yeux
que tu as plantés au cœur de ton courage

sauront-ils, ceux qui enceignent tes rives
que tes yeux ouverts sur les vagues du temps
ne seront dupes des pirates mariés aux sirènes

ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux couleur de mer
et s’y embabouineront 


À la prochaine

dimanche 11 mai 2014

Tension au Vietnam


Il faut absolument consulter les médias vietnamiens pour se tenir à jour dans le conflit qui se joue actuellement entre la Chine et le Vietnam. 

En résumé: une flotte de navires chinois accompagnent et protègent les installateurs d'une plate-forme de forage (HD-981) dans les eaux territoriales vietnamiennes, plus précisément sur les côtes des archipels Paracels (Hoàng Sa et Truong Sa) en Mer Orientale (certains la nomment la Mer de Chine Méridionale).

Je n'ai vu aucune information dans les médias d'ici relatant la situation. Aucun mot, pourtant, le danger est réel. L'AP et l'AFP ont diffusé les explications de la Chine qui insiste sur le fait que cette plate-forme ne se trouve nullement en territoire vietnamien mais elles n'ont pas été relayées en terre canadienne. 


Rappelons que les Paracels et les Spartly sont au centre du litige sino-vietnamien depuis fort longtemps. En 1974, le Vietnam du Sud d'alors y subit une attaque chinoise - elle fait plusieurs morts et blessés - et doit quitter les lieux. En 1975, le Vietnam du Nord envahit le Sud, naît le Vietnam actuel qui ne reconnaît pas l'invasion de la Chine.

Selon les lois internationales - entre autres la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 - ces archipels font partie intégrante du territoire vietnamien, ce que plusieurs pays dont les USA, le Japon, Singapour et l'Italie pour ne nommer que ceux-là rappellent actuellement à la Chine.

Quels sont les intérêts de la Chine dans ce conflit? Semble-t-il, et tout comme notre île d'Anticosti, le sous-sol maritime contiendrait d'importances réserves de pétrole. Également, ces endroits regorgent de poissons. Serait-ce seulement cela qui pousse les Chinois à s'y présenter de manière cavalière?

La question semble devenir un problème complexe de géo-politique. La violation du droit souverain d'un pays est un geste grave qui ne peut mener qu'à l'escalade. Les manifestations actuelles autant à Hanoï qu'à Ho Chi Minh City le prouvent. Un élan patriotique sans précédent se répand partout dans le pays et les internautes vietnamiens sur Facebook souhaitent informer la planète entière de la situation qui risque de s'aggraver de jour en jour.


Je fais le tour des amis vietnamiens. Certains craignent le pire alors que d'autres, me rappelant que nous sommes dans une année CHEVAL, c'est-à-dire celle de la diplomatie, croient que tout rentrera dans l'ordre. 

À suivre


lundi 28 avril 2014

"Venez me chercher demain!"


Combien de fois l'ai-je dit "Venez me chercher demain!" alors que je souhaitais que ce merveilleux vent déguisé en attaque tranquille et douce, jamais ne s'éloigne... alors que je souhaitais voir le temps se coucher dans l'éternité... alors que je souhaitais que plus rien de bouge autour de moi... alors je répétais cette déclaration: Venez me chercher demain! 

À un dodo du départ, en guise de transition entre Saïgon et Saint-Pie, voici ce poème... inachevé.


les bougainvilliers

toit de tôle brûlant, toit de tôle rouillé,
rougissent au soleil les bougainvilliers
un soleil qui écrase l'étouffante journée

ce matin, lentement couraient les enfants
figé au ciel qu'immobilisaient les nuages, un cerf-volant
chromatisé, nacré, blanc

les bougainvilliers du toit brûlant
les mêmes qu'hier, les nuages aussi
demain courront encore les enfants
leurs yeux au ciel sur un cerf-volant havi

ces fleurs de papier
ce cerf-volant de carton
ces enfants, les yeux à pied
et ce toit, toit sans maison
sur lequel se mire le ciel
pleure des bougainvilliers...


À la prochaine

samedi 26 avril 2014

Les nouvelles chroniques du Café Riverside - 13 -




Photos et dodos...


Le soleil se couche entre les buildings D et E

Il fait un temps paradisiaque sur Saïgon. À en faire  rougir les bougainvilliers. Demander mieux ou davantage serait fracasser les limites de l'abus. La météo, horrible en novembre et décembre 2013, se réajuste, nous servant ce qu'elle a de plus beau dans sa besace. C'est à croire qu'elle souhaite laisser une dernière impression plus que favorable à celui qui maintenant compte les dodos avant de monter dans le Qatar Airways du 29 avril prochain.


Les dîners de salutations se seront étendus sur toute cette semaine. L'intéressant, c'est que l'on prépare l'automne prochain.

Il y a toutes sortes de projets qui s'installent comme si maintenant on pouvait en échafauder sachant que la suite des choses ira dans le sens de la continuité.
BBQ 
BBQ

BBQ



BBQ

BBQ

BBQ
BBQ

Reprendre l'initiative du BBQ dans la cour du building, y invitant tout le monde. 

Se préparer pour le Beaujolais Nouveau qui, à ma grande surprise, eut un effet "boeuf" et des suites sur l'ensemble des rencontres à l'appartement. Mon ami Phat est celui avec qui je partage le goût du "rouge" de manière fort conviviale.

Souhaiter la venue d'autres Québécois car le passage de François et Danielle en a charmé plusieurs.  

Élargir notre groupe de voyageurs autant pour le passage à l'année nouvelle que pour des sauts à l'intérieur du Vietnam. Les nouvelles rencontres ouvrent des possibilités intéressantes vers des horizons nouveaux.

Mao, la petite amie de Lao Coï
Accentuer les efforts dans l'apprentissage de la langue vietnamienne.

Continuer d'apprendre sur la culture du pays.

Réévaluer ma participation à l'AFV (Association des francophones au Vietnam). J'y ai peut-être trop rencontré d'adeptes de Sarkozy.

Me fixer des objectifs un peu moins élevés et facilement atteignables. Je pense à ma volonté d'aider des familles afin de leur permettre d'envoyer les enfants à l'école. Il existe des ONG et des oeuvres caritatives dont le dynamisme ne demande qu'à être encouragé. Vrai que ce que j'ai vu jusqu'à présent ressemble beaucoup à des activités missionnaires. Au Vietnam, il faut savoir mettre le temps, faire ses preuves et démontrer que nous ne sommes pas une étoile filante.

Tenir compte que la majorité des membres de mon réseau, il y a deux ans encore étaient aux études, maintenant ils sont au travail, donc moins disponibles.
 
Lao Coï et Mao sur leur moto

(2)

Je suis parfaitement bien dans Nha Bè, il y est facile de faire du vélo, la piscine est toujours attirante mais comme j'aimerais vivre dans une maison du type vietnamien dans un quartier (district) plus autochtone et avec balcon. Tout se passe à l'extérieur au Vietnam. Le balcon me manque...

Voilà donc pour le dernier billet écrit au Café Riverside. Nous nous retrouverons bientôt dans un tout autre lieu.

À la prochaine

mercredi 16 avril 2014

Les nouvelles chroniques du Café Riverside - 12 -

Un petit bonheur!




Je ne sais trop ce qui affole les petits poissons blancs - ceux qui sont légion à Vung Tau - alors qu’ils font comme un amoncellement de gouttes de pluie sur la rivière Saïgon. De ma table, au fond du Café Riverside, je les vois claquer la surface de l’eau dans un cliquetis continuel qui arrondit la surface de l’eau.
À l’horizon - cela s’installe depuis deux jours - des nuages gris couvrant une bonne partie du ciel. Le 15 avril est arrivé, on doit donc s’attendre à un peu plus d’humidité, des averses impromptues, quelques bons coups de vent : les Vietnamiens parlent du début de la mousson. Moi, ça m’indique que dans moins de deux semaines je devrai m’envoler vers le pays.

Je ne tiens pas particulièrement à jaser météo, sachant qu’au Québec elle s’amuse à jouer sur les nerfs. Ici, on ne peut pas demander mieux. Je voudrais plutôt vous entretenir de mes dernières lectures, vous rappelant qu’au Vietnam mes choix sont tout à fait différents que ceux du Québec. Ici, je fréquente des auteurs qui m’étaient inconnus auparavant ou encore ceux que depuis longtemps je me promettais d’approcher.

C’est beaucoup avec mon frère Pierre que je discute lecture. Lecteur avide, il s’intéresse à tout. Magique lorsque l’on souhaite partager des coups de cœur ou des coups d’esprit. Sylvie, ma sœur, également grande et passionnée lectrice qui me surprend toujours avec ses découvertes éclectiques.

Je suis actuellement à lire L’EMPIRE DE LA HONTE de Jean Ziegler. Je me le suis procuré à la Libraire française de Saïgon, récupéré dans la section des livres seconds yeux vendus au kilo. On les dépose sur une balance, on multiplie le nombre de kilos par 2000 Dongs… et voilà. Même chose lorsque l’on vient les vendre et, un peu comme le taux de change, le prix que l’on vous donne est différent.

Je reviens donc à ce livre qui a su se faire aimer dès l’instant où je l’ai vu en raison d’une griffure indiquant sa provenance : RANDY’S BOOKS XCHANGE, HOÏ AN. Le chemin qu’un livre peut emprunter... hallucinant. Imaginons un instant que le rapportant au Québec, je le laisse dans une quelconque bouquinerie de Montréal ou Québec; il en aurait vu des kilomètres…

Sérieusement, revenons au contenu du livre. Je ne connaissais pas du tout son auteur avant de tomber tout à fait par hasard sur ce livre publié chez Fayard puis en Livre de Poche en 2007. Ce Ziegler (docteur en droit et sociologie, professeur à l'Université de Genève puis à la Sorbonne, ayant occupé plusieurs postes à l'ONU) possède une feuille de route impressionnante. Il a entre autre reçu la collaboration de Régis Debray en 1994 pour un livre portant le titre IL NE S’AGIT PAS DE SE RENDRE.

Celui que je déguste actuellement, porte sur ce qu’il nomme la « reféodalisation du monde » et sur les deux armes de destruction massive que sont la faim et la dette. Il enrobe ses propos du concept de la honte emprunté à Benjamin Franklin, un des deux scripteurs de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis. Il appuie ses arguments à partir de certains faits tirés de la Révolution française et des grands mouvements socio-économiques actuels. Ses références ne sont pas petites : Marx, Ernst Bloch, Jacques Roux du mouvement Les Enragés lors de la RV, pour ne citer que ceux-là.



Ce livre suit deux autres qui m’ont profondément touché. Par ordre chronologique : ÉTOILE DU MATIN de André Schwarz-Bart, puis LOU, HISTOIRE D'UNE FEMME LIBRE de Françoise Giroud.


André Schwarz-Bart
André Schwarz-Bart a reçu le Goncourt 1959 pour son roman LE DERNIER DES JUSTES. Écrivain d’origine juive, son projet d’écriture est de raconter l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe, comprendre l’héroïsme des Juifs du ghetto de Varsovie – c’est l’essentiel du roman ÉTOILE DU MATIN – et celui des soldats juifs de Palestine, tentant de démontrer, à partir de son point de vue sioniste, que cela ne dépasse pas en valeur tout ce que les Juifs des générations précédentes ont subi et comment elles ont réagi.


*** Courte parenthèse : il est mercredi 16 avril, 15h28, la pluie tombe à plein torrents… la rivière Saïgon frémit et les petits poissons blancs ont regagné le fond… J’image la ville quand il pleut comme maintenant mais pendant des heures et des heures… Quelque chose comme un blizzard québécois… ***


Revenons à ce roman tout à fait envoûtant, écrit majestueusement, qui évolue entre récit historique et style poétique. Schwarz-Bart nous a créé des personnages plus vrais que réels au point que l’on cesse de se demander s’ils ont existé. Ils auront connu, avant de se retrouver d’abord dans le ghetto de Varsovie puis à Auschwitz s’ils n’avaient pas accru le nombre de cadavres enfouis dans les rudimentaires fosses communes près de leurs villages, connu la tranquillité, la quiétude de la vie dans une Pologne d’abord accueillante puis affamée de chair juive lorsque les Allemands y débarquèrent avec leurs bottes dévastatrices.

Combien de livres, d’essais, d’études, combien d’auteurs, de spécialistes, de victimes ont tenté de nous faire comprendre – si c’est possible de comprendre cette barbarie sanguinaire que fut la Shoah – ou tout au moins nous sensibiliser à cette tache aussi indélébile qu’indicible de l’histoire de l’humanité.

Scharwz-Bart qui, rappelons-le, a un point de vue sioniste sur la question juive, ne souhaitait pas publier ce livre. Il paraîtra à titre posthume alors que sa femme achèvera ce qu’il aura continuellement remis à plus tard.



Le deuxième est l’œuvre de Françoise Giroud, LOU, HISTOIRE D'UNE FEMME LIBRE. Journaliste, politicienne – Françoise Giroud sera Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée de la Condition féminine de 1974 à 1976 – puis suite à ce saut en politique retournera à l’écriture.

Lou, Paul Rée et Nietszche

Roman biographique, LOU, HISTOIRE D’UNE FEMME LIBRE, paraît en 2002 chez Fayard, il raconte l’histoire peu commune de Lou Andréas-Salomé, russe d’origine, ayant vécu une bonne partie de sa vie en Allemagne. Tout un personnage! Elle sera proche, très proche même, de Nietszche, ce déprimé chronique en sera follement amoureux; de l'écrivain et philosophe Paul Rée qui se suicidera pour elle; de Rilke dont elle fera modifier le prénom de René en Rainer; de Freud qui n’aura que de bons mots à l'endroit de cette femme au charme fou et complètement déconnectée de sa sexualité – on dira qu’elle aura été vierge jusqu'à très tard dans sa vie, que son contrat de mariage avec un certain Andréas comprenait une cause selon laquelle jamais le mariage ne devra être consommé -.

Lou a écrit mais peu de choses seront traduites en français. Elle s’est vivement intéressé à la psychanalyse et sa présence auprès de Freud aurait, selon certains dires, permis à celui-ci de mieux faire connaître sa pensée et ses méthodes thérapeutiques qui en étaient à leur début. Elle a beaucoup fait d'analyses pour des patients à la fois attirés par cette nouvelle méthode et une thérapeute qui obtenait d'intéressants résultats.

Françoise Giroud s’intéresse à Lou car, le croit-elle avec beaucoup d’assurance, cette femme est la première femme véritablement libre et moderne de l'histoire. Tout le roman va d’ailleurs dans ce sens. On en arrive à être séduit, se disant toutefois qu’il y a dans cette femme un côté diabolique qu’elle semble cultiver par des attitudes pernicieuses dans ses relations avec les hommes qui croulent devant elle.

La liste des femmes qui citent Lou comme modèle, celles qui se veulent son émule est vaste. Ce roman nous la présente comme telle.

Voilà donc ce qui alimente mes heures vietnamiennes en plus du vélo matinal, de la piscine d’après-midi et des promenades de moto en soirée alors que la fraîcheur est quasi un aphrodisiaque!


À la prochaine

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