vendredi 15 novembre 2013

LE DERNIER SAUT DE CRAPAUD



À partir de maintenant


- 15 novembre 2013 -


LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON

logera à une nouvelle adresse


http://lecrapaud.info



Je vous y attends.




samedi 9 novembre 2013

Les nouvelles chroniques du Café Riverside

Police et tempêtes

Le patron du Café Riverside, si facile à distinguer des autres Vietnamiens en raison de l’horrible coloration noire de ses cheveux coupés comme à l’époque où le bol de soupe servait de gabarit, fume, assis au même endroit, tout à côté de la pièce qui lui sert d’appartement.

La surprise du serveur d’après-midi – il achèvera son quart de travail vers 16 heures – alors que je lui tends la main et qu’un gigantesque sourire démontre bien qu’il me reconnaît.

Les lieux: un copier-coller de l'an dernier (il faut lire, depuis mai 2013) . À cette heure de l’après-midi, l’eau de la rivière remonte vers la mer. Les bateaux, comme l’Indochine, tout doucement se préparent pour l’excursion de ce soir. Quelques motorisés rentrent de leur promenade autour du port. La musique, identique. Toujours ce petit vent rafraîchissant qui t’assaille de partout à la fois. Et le cà phê sûa da.

C’est ainsi que débute cette nouvelle chronique des nouvelles chroniques du Café Riverside.

Saïgon, novembre 2013.



Il devait être entre 19 heures, 19 heures 30. Lisa nous attendait, assise à une table de ce restaurant extérieur situé à quelques pas de chez elle. Toute radieuse et combien merveilleuse, Lisa, qui à n’en pas douter, venait de mériter le titre de gagnante de notre défi lancé en mai dernier alors que je rentrais au Québec : à celui ou celle qui allait garder sa forme, son poids identique ou un peu réduit. She is the winner. Congratulations.

Quelques minutes plus tard, on se retrouve au poste de police du District 5: le Chinatown de Saïgon. Je venais de me faire voler mon sac dans lequel j’avais déposé IPad, caméra Kodak et mon portefeuille anti-scan… Mes réflexes vietnamiens n’étaient sans doute pas complètement aiguisés : il ne faut jamais, mais alors là jamais tenter le yâbe où qu’il se cache sur la planète. 

Je venais tout juste de déposer mon sac sur la table, en plus il est rouge comme l’enfer, afin qu’on le mette en sécurité dans le compartiment sous le siège de la motocyclette. Une fraction de seconde plus tard, une moto pétarade derrière moi, une main aussi vive que l’éclair s’empare du sac et file comme épouvantée par son propre geste.

Stupéfaction. Mille et un flashes illuminèrent mon cerveau étourdi. Autour, l’ahurissement, celui qui ankylose les réactions. La main plus rapide que l’œil, j’en avais une autre fois la preuve évidente.

Au poste de police, trois officiers sont de faction. Un fume sous un écriteau l’interdisant. Un autre achève son dîner en suivant je ne sais trop quoi à la télévision. Le troisième est avec nous. On parle vietnamien. En quelques occasions, l’officier me regarde : sans doute de se demande-t-il pourquoi je n’interviens pas. Parfois je suis ici, parfois à la table du restaurant. Heureux toutefois que personne n’ait été blessé dans cette action conduite par un professionnel. Ça me rappelle le pickpocket de Paris sauf que cette fois-ci je m’en rends compte immédiatement.

Un policier, son chauffeur à motocyclette accompagnent un des amis présents lors de l’événement pour se rendre sur les lieux de l'incident afin d'y mener une courte enquête. À leur retour, on confirme qu’il y a bel et bien eu agression. Le vol est maintenant officialisé. On peut démarrer toute la paperasse administrative, alors que le voleur s’enfuit sans être nullement importuné, traversant la ville qui se prépare à s’endormir.

Un premier rapport. Puis un second. Je ne pourrai toutefois en conserver une copie, ce n’est pas dans les procédures habituelles des policiers de Saïgon. Pas de numéro de rapport. 

L'opération achevée - deux heures plus tard - un policier, celui qui ne cessait de reluquer le corsage de Lisa, copies en main, quitte le poste, toujours accompagné de son chauffeur privé. Aucune idée où ils s'en vont. Un nouvel officier sorti de je ne sais trop quel coin du poste de police me dira, de manière péremptoire, que si je souhaite recevoir un document décrivant l’incident officialisé par un tampon, je devrai en rédiger un  troisième, en faire vérifier l’exactitude par un avocat sachant parler et écrire l'anglais, après quoi le sceau pourra y être apposé.

22 heures, et nous n’avons toujours pas dîné. D'ailleurs, personne n’est tellement en appétit. Je sens planer au-dessus du groupe un étrange sentiment, comme une certaine honte. On ne peut pas faire une chose pareille. Quelle mauvaise presse pour le Vietnam! Je répète: ce ne sont que des objets, on peut facilement les remplacer alors qu’un membre brisé ou tout autre blessure, c’est plus gênant. J’en apprendrai bien tous les jours sur la mentalité vietnamienne...

... et davantage alors que les rumeurs annoncent une tempête devant s’abattre sur le Vietnam jeudi… nous sommes, lors de ces événements, ceux du vol, le lundi 4 novembre. Lors du prochain épisode, on discutera tempêtes : la no. 13 et Haiyan!

À la prochaine

vendredi 1 novembre 2013

À 24 heures du départ!


À 24 heures du départ vers Saïgon, la nuit transformée en jour et le jour en nuit, il ne me reste plus qu'à boucler les valises. Elles ne sont pas très lourdes puisque j'ai tout laissé à l'appartement vietnamien, le même que l'an passé et pour les deux prochaines années.

C'est journée d'Halloween, dernière journée officielle avec les enfants déguisés en ourson, en zombie, en Dupont et Dupond se promenant dans les rues humides de Saint-Pie. Nous nous retrouverons en mai prochain, sans doute auront-ils beaucoup changés. Lohan parlera, Émile en sera à ses dernières semaines à l'école primaire, Léa aura complété une autre année au programme d'éducation internationale alors qu'Arthur devra se résigner à quitter son école pour une autre située à Saint-Hyacinthe. Éthan se préparera à la maternelle. Puis le retour de Papy... Puis l'été.

Comme tout cela passe vite! Trop parfois. Mais il faut vivre avec ce rythme et savoir profiter de chaque instant.

LE CRAPAUD reprendra de façon plus assidue ses sauts, quelques petites nouveautés s'ajoutant aux chroniques habituelles. 

À suivre.




mardi 22 octobre 2013

DERNIÈRE SEMAINE







Ma KIA (Soul 2011), si elle ne trouve pas acheteur d'ici le 27 octobre prochain, ne sera plus en vente.





Je vous rappelle qu'elle:

. n'a pas été sur la route l'hiver;
. vient avec 4 pneus d'hiver sur jantes;
. n'a qu'à peine 20 000 kilomètres;
. n'a connu qu'un seul chauffeur;
. est dotée d'une conduite manuelle;
. n'a pas l'air climatisé;
. suivra avec une garantie de 5 ans ou 100 000 kilomètres;
. possède des sièges chauffants et sacs gonflables;
. a été traitée à l'antirouille de Kia;
. a une pellicule protectrice sur le capot.

Le tout pour 11 500$

Vous pouvez me rejoindre au (450) 513-4232


DERNIÈRE SEMAINE DE VENTE
AVANT QU'ELLE SOIT REMISÉE 
JUSQU'AU PRINTEMPS 2014

samedi 21 septembre 2013


À VENDRE  À VENDRE  À VENDRE  À VENDRE  À VENDRE  À VENDRE

KIA 2011

(Soul)








·       20 00Km
·       Un seul propriétaire  (450 513-4232)

·       N’a jamais connu l’hiver
·       + 4 pneus d’hiver neufs

·       11 500$ / négociable

mercredi 14 août 2013

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE-DEUX (52)



Vous remarquerez 
(1) que chacune des citations que LE CRAPAUD vous offre aujourd'hui contient le mot «homme»;
(2) qu'une seule provient d'une femme;
(3) que les deux images  peuvent très bien convenir à cette bête tout à fait spéciale qu'est l'homme.





Chaque homme recèle la possibilité d’être, ou plus exactement, d’être à nouveau, un autre homme.
-      Octavio Paz

Plus sa vie est infâme, plus l’homme y tient; elle est alors une protestation, une vengeance de tous les instants.
-      Balzac

L’homme est partout, partout ses cris, sa douleur et ses menaces. Entre tant de créatures assemblées, il n’y a plus de place pour les grillons.
-      Albert Camus

Aucun homme n’est suffisamment intéressant pour qu’il consacre à lui-même chaque heure de sa vie.
-      Jean-François Beauchemin




Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu’il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés.
-      J.M. Coetzee

Qu’est-ce que l’homme, ce demi-dieu si vanté? Les forces ne lui manquent-elles pas précisément à l’heure où elles lui seraient le plus nécessaires? Et lorsqu’il prend l’essor dans la joie, ou qu’il s’enfonce dans la tristesse, n’est-il pas alors même retenu, et toujours ramené à la morne et froide conscience de sa petitesse, alors qu’il espérait se perdre dans l’infini?
-      Goethe

Je crois que les hommes ne seraient pas si méchants s’ils n’étaient pas animés, d’abord, d’une peur foncière, incoercible, animale.
-      Bernard-Henri Lévy

Ce qui différencie l’homme de la nature tient à ceci : il est sale et engendre la saleté.
-      Jan Trefulka

Le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe.
-      Primo Levi

Notre haine pour les hommes que nous avions essayé de tromper passait dans les coups que nous nous donnions.
-      Richard Wright

Que fait un homme qui a perdu son passé? Il erre à la recherche de son identité.
-      Bertrand Gervais

Pourquoi lui affliger un affront aussi infâme qu’inutile? Peut-être existe-t-il de par le monde un homme auquel on a lu sa condamnation, de manière à lui imposer cette torture, pour lui dire ensuite : Va, tu es gracié!  Cet homme-là pourrait peut-être raconter ce qu’il a ressenti. C’est de ce tourment et de cette angoisse que le Christ a parlé. Non! On n’a pas le droit de traiter ainsi la personne humaine.
-      Dostoïevski

Les hommes n’ont inventé Dieu que pour distraire les démons.
-      Yamina Khadra

Laisse tomber, j’ai fait. Inutile de discuter avec les rustres, les culs-terreux et les imbéciles. L’homme intelligent choisit avec discernement ses auditeurs.
-      John Fante

Quand un homme perd sa famille dans un drame de l’existence, il ne pense plus qu’à en reformer une nouvelle, même l’individu le moins grégaire a besoin de repères familiaux.
-      Hélène Grémillon

Car, au fond, le principal problème de l’homme noir n’a-t-il pas été le fardeau des préjugés des Blancs?
-      Lilian Thuran

Il n’est pas de tout repos d’être un homme libre et responsable, partout dans le monde.
-      Gaston Miron

J’avancerai douloureux dans l’homme que je deviens.
-      André Frénaud

Quoi qu’il ébauche ou qu’il espère,
L’homme ne vit pas un moment
Sans subir l’avertissement
De l’insupportable Vipère.
-      Beaudelaire

Dès lors, l’homme réapprend sa véritable taille au-dessus des choses. Il est roi par son regard et son large front où viennent mourir, comme des vagues, les approches du mal. Domination pour vivre et force patiente de l’intelligence.
-      Jean-Guy Pilon

L’homme, qu’était-il donc?  Dans quelle phrase de sa conversation entamée au milieu des entrepôts et des sifflets, dans quel geste parmi ses gestes métalliques vivait l’indestructible, l’immortel? Vivait la vie?
-      Pablo Neruda


Au prochain saut

dimanche 4 août 2013

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE ET UN (51)


François Weyergans

Ce matin est indécis. Nuageux et frisquet. Ensoleillé puis chaud. Il varie selon des humeurs qui lui sont toutes personnelles. Il oublie sans doute, ce matin du début du mois d’août, que nous sommes en été et qu’en été, la saison la plus estivale des quatres… on s’attend à autre chose que le cycle canicule/froideur.

À un moment je peux aller tondre le gazon puis les nuages grisonnent l’espace, chamboulant mon horaire. Légère pluie suivie d’un bon coup de vent. Même les chats errants semblent hésiter entre la haie clairsemée et la galerie sur laquelle le bol de nourriture vide les désespère.

Je m’en remets donc à la musique, moi qui me suis réveillé avec en tête Orfeo Negro (à la guitare). Croyant que Baden Powell jouait cette samba tirée du film du même nom, je ne l’ai pas trouvée sur you tube, je me suis donc contenté d’une autre version, au saxophone cette fois.

Les oreilles à l’écoute, les yeux sur l’extérieur, je me suis souvenu de cette note gentiment glissée sous un saut du CRAPAUD : «vous n’avez pas indiqué vos lectures pour 2012.» Exact. Je me reprends donc ce matin alors que la musique qui m’accompagne est celle du film OUT OF AFRICA, elle est de Mozart.

Voici donc la liste 2012 et, comme LE CRAPAUD en a l’habitude, suivront les coups de foudre de l’année.

Amos Oz
-(Il pleut maintenant, c’en est donc fini pour la tondeuse et je m’offre l’intégrale des NOCTURNES de Chopin.)-


L’IDIOT  (Dostoïevski)

KIM-VÂN-KIEÛ (Nguyen Du)

TERRE DES OUBLIS (Duong Thu Huong)

DÉMON (Christophe Dallot)

LES CHAUSSURES ITALIENNES (Henning Mankell)

LA NUIT DU DRAGON (Norman Lewis)

L’AMANT (Marguerite Duras)

LA PISTE HO CHI MINH (Van Geirt)

AU-DELÀ DES ILLUSIONS (Duong Thu Huong)

SANS SANG (Alessandro Barico)

HOMÈRE, ILLIADE (Alessandro Barico)

CONTES DU LUNDI (Alphonse Daudet)

LA LISTE DE MES ENVIES (Grégoire Delacourt)

ÉLISABETH COSTELLO (J.M. Coetzee)

TERRES DE CRÉPUSCULE (J.M. Coetzee)


Cela vous semblera bizarre, mais il m’est désormais impossible de faire la liste de mes lectures en terme d’année; plus facile de l’établir en indiquant les livres lus ici, à la campagne, au Québec et ceux lus en ville, à Saïgon.

Pour entreprendre cette nouvelle façon de faire, je vous laisse dès maintenant ceux que j’ai lus au Vietnam entre le début janvier et le 1er mai 2013. Ceux qui précèdent ayant nourris mon imaginaire entre deux escales vietnamiennes.


L’ENFANT QUI DEVINT FOU D’AMOUR (Edouardo Barrios)

LA DÉMENCE DU BOXEUR (François Weyergans)

SEULE LA MER (Amos Oz)

NOS SÉPARATIONS (David Foenkinos)

LA NUIT SACRÉE (Tahar Ben Jalloum)

VASTE RECUEIL DE LÉGENDES MERVEILLEUSES (Nguyen Du)

LE LAC NÉ EN UNE NUIT ET AUTRES LÉGENDES DU VIETNAM (Minh Tran Huy)

AU REZ-DE-CHAUSSÉE DU PARADIS - Récits vietnamiens de 1991-2003-
(Collectif d’auteurs)

UNE VIE DE CHIEN (Bui Ngoc Tan)

QUAND ON EST JEUNE (Phan Thi Vang Anh)

UN PEDIGREE (Patrick Modiano)

PESTE ET CHOLÉRA (Patrick Deville)

HOMO ERECTUS (Tonino Benacquista)

LE GARDIEN DE L’ORCHIDÉE (Camilla Gibb)

CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT (Yasmina Khadra)

JE M’EN VAIS (Jean Échenoz)

LA ROUTE DE LOS ANGELES (John Fante)

MES ÉTOILES NOIRES (Lilian Thuran)

LE CONFIDENT (Hélène Grémillon)

3096 JOURS (Natacha Kampusch)

INTRIGUE À VENISE (Adrien Goetz)


Première observation suite à cette nomemclature : les livres lus au Vietnam ne ressemblent en rien à ceux lus en campagne;
deuxième : les livres lus au Vietnam, plus éclectiques que ceux lus à la campagne;
troisième et dernière observation : aucun recueil de poésie si je fais exception des 3000 vers qui composent le KIM-VÂN-KIEÛ, livre-culte s’il en est un pour les Vietnamiens.

Allons maintenant vers nos coups de foudre (2012 au 1er mai 2013), mais au préalable, je vous rafraîchis la mémoire. En 2007, première année de classement des lectures annuelles par ordre chronologique, il n’y a pas eu de coup de foudre, du moins formellement identifié. Toutefois, il semble que s’il en eut eu un, la palme aurait été remise au poète québécois Danny Plourde.

2008, Atiq Rahimi (le Goncourt 2007) et Bohumil Hrabal;
2009, Jean-François Beauchemin et J.M. Coetzee (Nobel de littérature 2003);
2010, Tino Benacquista et Leo Perutz;
2011, un seul coup de foudre, Alessandro Barico.


AMOS OZ et FRANÇOIS WEYERGANS, les voici mes coups de foudre.

Pour ceux qui ne les connaissent pas, voici une trop courte présentation.

AMOS OZ

… est son nom hébreu. AMOS KLAUSNER, né en 1939, est professeur de littérature à l’Université Ben-Gourion de Beer-Sheva. Fondateur du mouvement La Paix maintenant, son engagement politique va dans le sens de la théorie des deux états (Israël et Palestine). Surtout connu pour son roman autobiographie Une histoire d’amour et de ténèbres, il est lauréat de nombreux prix dont le Prix Kafka 2013.
Seule la mer, magnifique roman sur les destins croisés d’un père et d’un fils suite au décès de la mère.


FRANÇOIS WEYERGANS

Belge, il est en 1941. Réalisateur, critique de cinéma, il a également écrit dans la revue Cahiers du cinéma. Weyergans est le seul auteur francophone à s’être vu décerner le Prix Renaudot (il l’obtient en 1992 pour La démence du boxeur) et le Prix Goncourt pour Trois jours chez ma mère en 2005. En mars 2009 il est élu à l’Académie française.
La démence du boxeur raconte la vie d’un cinéaste qui vient de racheter le château où il a passé son enfance.


Au prochain saut

-J’oubliais de dire en terminant qu’il pleut encore, assez pour que j’écoute de la musique de relaxation... vous savez, celle qui tombe sur le gros nerf après trois ou quatre minutes.-

samedi 13 juillet 2013

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE (50)



En vrac
Et
Échevelé

Secoué depuis un bon moment par un problème qu’il imagine être unique au monde - la corruption dans le monde politique – le Québec navigue entre le sarcasme et une forme de psychose caractérisée par l’acceptation évidente du vieil adage suivant : «de toute manière, ça toujours été comme ça et ça ne changera pas».

Depuis les révélations faites à la Commission Charbonneau par celui-ci ou celui-là (très peu de femmes ont comparu devant la juge responsable de cette enquête qui prend maintenant des allures de démolition) il semble que toute personne liée de près ou de loin au monde de la politique en général, toute personne associée au monde des firmes de génie-conseil et de la haute construction, tout ce beau monde soit illico étiqueté de suspect de quelque chose de pas correct à quelque part.

On affirme sans aucun sentiment de gêne que la corruption des hommes politiques, de leur entourage et des fonctionnaires est une invention purement québécoise, un peu plus même, une caractéristique de notre société, peut-être une création de chez nous. Entendons-nous bien : croire à cela c’est vraiment vouloir se prendre pour le nombril du monde.

Pour renforcer le psycho-drame, à la corruption on ajoute la collusion, c’est-à-dire pour parler sans langue de bois, que tout ce beau monde en plus de très bien se connaître et se reconnaître dans les 5 à 7, semble s’entendre afin que tout se passe correctement, de manière civilisée, presque par ordre alphabétique.

À écouter ce qui s’est dit et redit, notre bon vieux Québec catholique si détaché des biens de ce monde serait tombé bien bas, plus creux que l’enfer lui-même qui, on le sait depuis la page 34 du «petit catéchisme» à couverture grise, se trouve enfoui très profond dans la terre, tout juste au milieu, en fait.  Alors qu’à l’époque, faire de la politique à quelque niveau que ce soit, c’était répondre à un appel missionnaire, celui de la bonne gestion du bien commun, maintenant c’est posséder le $en$ des affaires. LE CRAPAUD va vous démêler tout cela.

Première question : qu’est-ce que ça prend pour que l’on puisse parler de corruption?

Prenez une minute pour y réfléchir… je vous attends.

J’image que mille et une réponses, spontanément, vous sont venues à l’esprit. Sans doute même que cet avalanche de solutions a-t-elle corrompu votre jugement. Ça nous arrive souvent, dans ce processus éminemment humain que je résumerais ainsi -  vouloir trouver la bonne réponse à la question – de complexifier ou du moins de compliquer ladite question.

Dans la situation qui nous intéresse aujourd’hui et nous préoccupe depuis quelques mois, à savoir la corruption du monde politique, LE CRAPAUD  vous accompagnera afin de bien comprendre, mieux saisir l'étendue de cet épiphénomène, s'il s’agit bien de cela, en plus de clarifier le fait qu'il n'est peut-être pas  un produit québécois de la génération spontanée. Vous remarquerez que cela n'est pas si simple à circonscrire.

Pour qu’il y ait corruption (dans le monde politique, ne l’oublions pas) cela exige un corrupteur et un corrompu. Simpliste direz-vous! Parfois les choses les plus simples échappent à notre esprit frivole continuellement en quête de raisonnements sophistiqués, ceux qui nous apparaissent cohérents  puisqu’ils échappent à notre habituel entendement.

Le corrupteur, celui qui sollicite;
le corrompu (pour être précis, il le deviendra après avoir cédé aux dons ou aux promesses du premier) celui qui se détourne de son devoir ou de sa conscience.

NB: Le masculin et le féminin se confondent dans ce billet en souhaitant que ce ne soit pas le cas dans la réalité de tous les jours.


Deuxième question : qu’est-ce que ça prend pour que l’on puisse parler de collusion?

Si vous avez besoin d’une autre petite minute de réflexion, ne pas vous gêner. Je sais attendre mais sachez que la lumière et la vérité, elles, ne le peuvent pas.

Nous avons donc défini, certains diront reconnu, le corrupteur et le corrompu. Maintenant pour qu’il y ait collusion, cela exige du mouvement: mouvement bilatéral, de chaque côté si on veut être plus clair. Le corrupteur bouge en passant aux actes (le plus souvent il s’agira de remettre une ou plusieurs enveloppes brunes contenant des billets bruns) et le corrompu - il ne peut plus maintenant se draper dans le voile pur et dur de l’honnêteté - reçoit ladite enveloppe avec un sourire circonspect et, sans surprise dira une fois qu’il l’aura ouverte : «Pas si difficile qu’on le croit!». L’acte est posé. La corruption est consommée et la collusion devient la suite logique des choses.

Il est aussi difficile de vivre en corrupteur qu’en corrompu : c’est un vieux principe de philosophie post-sofiste tout à fait élémentaire. Suivant cette règle, l’un et l’autre de ce duo indiscipliné n’auront pour choix que d’élargir leur conscience en y greffant un élastique. L’intérêt de cet élastique c’est qu’il permet d’aller toujours plus haut, plus loin sur l’Olympe de la malhonnêté et savoir revenir au point de départ en un coup de pouce. L’élastique est silencieux en soi alors que le mouvement des corps qu’il supporte peut s’agiter déclenchant un tollé de décibels. Alors, il faudra à nos deux compères s’entendre avec d’autres gens qui d’eux-mêmes se classeront dans l’une des deux catégories ci-haut mentionnées. Vous voyez là une machine qui s’emballe à très haute vitesse.

Très facile pour les amateurs de jeux de mots de dire : quand la collusion s’emballe, elle risque la collision. En effet, surtout qu’avec tous ces trains qui déraillent en raison d’un emballement incontrôlé, la référence ferroviaire est intéressante. Mais revenons à nos moutons et à nos loups. Posons la dernière question qui exigera, je l’avoue bien humblement, un certain moment de réflexion intense : la voici.

Troisième question : quelle différence existe-t-il entre pot-de-vin et retour d’ascenceur?


Avant d’aborder l’écart assez mince mais tout de même perceptible à un œil attentif muni d’une loupe, je voudrais m’excuser auprès des lecteurs de ce billet pamphlétaire de n’y avoir pas associé – c’eut été si facile, trop même – le sort à la fois triste et funeste de certains maires de villes célèbres dont je tairai le nom afin de ne pas nuire aux enquêtes en cours. L’avoir fait – c’eut été si facile, trop même – aurait sans aucun doute fait fondre mon capital de sympathie auprès des lecteurs qui sont, et je me le rappelle continuellement, des citoyens ayant pour la très grande majorité d’entre eux, le droit de vote et que munis de cette arme de destruction massive pourront, mieux que n’importe laquelle des commissions ou lequel tribunal du même acabit, régler définitivement le sort des corrupteurs et des corrompus. Notez que LE CRAPAUD, dans l’entièreté du billet, a toujours respecté une certaine neutralité plaçant sur la même ligne et par ordre alphabétique inversé les deux catégories en présence dans la corruption/collusion. Je dois affirmer que cela me réjouit.

Abordons donc la question trois. Pot-de-vin et retour d’ascenceur! Différence ou similitude?

Vous pouvez les numéroter si vous souhaitez y répondre: choix 1 / A ou encore choix 2 / B ou toutes ces réponses. Soyez sans crainte, il ne s’agit pas d’un sondage et encore moins d’un recensement à la canadienne!

Voilà, c’est fait. Merci. Continuons.

Je vous suggère de conserver bien présent à votre esprit la réponse que vous avez donnée et user de votre libre arbitre (cf. Traité du libre arbitre de Bossuet pour approfondir le sujet) vous permettant de la modifier en cours de route, si vous le jugez à propos.  Votre CRAPAUD-GPS  vous dirige maintenant vers l’apothéose de sa réflexion chevronnée.

J’ai dit «l’écart assez mince» afin de spécifier la nuance entre les deux termes. Je crois avoir raison et voici pourquoi. Qui utilise le mot «pot-de-vin»? Qui utilise l’expression «retour d’ascenceur»? Vous? Moi? Je ne peux répondre pour vous, mais personnellement je dis «verre de vin», «bouteille de vin», très rarement, occasionnellement «pot-de-vin». Même chose pour «retour d’ascenceur», je dis plutôt «chez mon ami Gérard, il n’y a pas d’ascenceur». Vous voyez tout de suite et sans l’aide de quelques supplémentaires informations que nous voilà dans un monde utilisant un langage codé, presque ésotérique, j’oserais dire abscons.

Je comprends très bien que les enveloppes brunes soient remises de main à main lors de dîners secrets dans quelque chic restaurant où à flot coule le vin. Je comprends parfaitement bien que pour monter vers les hautes sphères de la corruption et de la collusion, il faille s’y rendre par l’ascenceur, ce qui prouve hors de tout doute l’innocence de mon ami Géard dans cette gamique corruptrice.

De l’un à l’autre, vin et ascenceur, la démarcation est mince, une fine ligne de communication réservée aux initiés. Et vous allez continuer de croire que cet épiphénomène est strictement québécois? Je vous rappelle cette phrase lapidaire de Prosper Mérimée, qu’on ne lit plus tellement aujourd’hui malgré le fait qu’il se soit imbu de la pensée voltairienne et lié d’amitié avec Stendhal, phrase qui se lit ainsi :
«Les Grands d’Espagne ont tous reçu de l’argent de lui (le duc de Montpensier) mais pas assez. En matière de corruption, il ne faut pas avoir de repentir.»

Comme ce propos nous interpelle! D’abord – et nous n’allons pas douter de Mérimée, c’est Mérimée quand même et non  Marie-mai –  c’est criant d’actualité, patent d’universalité et combien éclairant sur le propos qui s’achève.

En conclusion, je dirai :
ce que vous croyiez être un épiphénomène purement québécois s’avère être un phénomène universel, donc notre esprit de clocher en prend un bon coup sur la gueule;
que corruption et collusion sont deux aspects amalgamés du même problème;
qu’un corrupteur ne peut vivre sans corrompu et vice versa;
qu’une enveloppe brune ne peut contenir de vin et voyager par ascenceur;
que Gérard n’a rien à voir à tout cela;
que la collusion est élastique;
que tout est maintenant assez clair et mis à jour pour que puissiez démasquer ceux qui, à l’échelle de votre municipalité, province ou pays, profitent de votre confiance pour en abuser.

Au prochain saut

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...