dimanche 25 janvier 2009

Saut: 258

André Gide

Nous avons fait une légère mais combien merveilleuse pose dans ce passage chez André Gide afin de signaler l'arrivée d'Éthan. Nous revenons maintenant à cet auteur hors du commun qui s'adresse à Nathanaël mais avant de plonger dans Les nouvelles nourritures, cet envoi tiré des Nourritures terrestres :

. Elle tourna les yeux vers les naissantes étoiles : « Je connais tous leurs noms, dit-elle; chacune en a plusieurs; elles ont des vertus différentes. Leur marche, qui nous paraît calme, est rapide et les rend brûlantes. Leur inquiète ardeur est cause de la violence de leur course, et leur splendeur en est l’effet. Une intime volonté les pousse et les dirige, un zèle exquis les brûle et les consume; c’est pour cela qu’elles sont radieuses et belles.
Elles se tiennent l’une à l’autre toutes attachées, par des liens qui sont des vertus et des forces, de sorte que l’une dépend de l’autre et que l’autre dépend de toutes. La route de chacune est tracée et chacune trouve sa route. Elle ne saurait en changer sans en distraire aucune autre, chacune étant de chaque autre occupée. Et chacune choisit sa route selon qu’elle devait la suivre; ce qu’elle doit, il faut qu’elle le veuille, et cette route, qui nous paraît fatale, est à chacune la route préférée, chacune étant de volonté parfaite. Un amour ébloui les guide; leur choix fixe les lois, et nous dépendons d’elles; nous ne pouvons pas nous sauver.»

Nathanaël, à présent, jette mon livre. Émancipe-t’en. Quitte-moi. Quitte-moi; maintenant tu m’importunes; tu me retiens; l’amour que je me suis surfait pour toi m’occupe trop. Je suis las de feindre d’éduquer quelqu’un. Quand ai-je dit que je te voulais pareil à moi? - C’est parce que tu diffères de moi que je t’aime; je n’aime en toi que ce qui diffère de moi. Éduquer! – Qui donc éduquerais-je, que moi-même? Nathanaël, te le dirai-je? je me suis interminablement éduqué. Je continue. Je ne m’estime jamais que dans ce que je pourrais faire.

Nathanaël, jette mon livre; ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre; plus que de tout, aie honte de cela. Si je cherchais tes aliments, tu n’aurais pas de faim pour les manger; si je te préparais ton lit, tu n’aurais pas sommeil pour y dormir.

Jette mon livre; dis-toi que ce n’est là qu’une des mille postures possibles en face de la vie. Cherche la tienne. Ce qu’un autre aurait aussi bien fait que toi, ne le fais pas. Ce qu’un autre aurait aussi bien dit que toi, ne le dis pas, - aussi bien écrit que toi, ne l’écris pas. Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est, nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres.




Admettez avec moi qu’il est rare de trouver une écriture aussi pure, aussi élégante, aussi… tant.

Je vous propose maintenant, tirées des Nouvelles nourritures, quelques bijoux inestimables. Bonne lecture.

. Que l’homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l’enseigne.

. J’écris pour qu’un adolescent, plus tard, pareil à celui que j’étais à seize ans, mais plus libre, plus accompli, trouve ici réponse à son interrogation palpitante. Mais quelle sera sa question?
Je n’ai pas grand contact avec l’époque et les jeux de mes contemporains ne m’ont jamais beaucoup diverti. Je me penche par-delà le présent. Je passe outre. Je pressens un temps où l’on ne comprendra plus qu’à peine ce qui nous paraît vital aujourd’hui.
Je rêve à de nouvelles harmonies. Un art des mots, plus subtil et plus franc; sans rhétorique; et qui ne cherche à rien prouver.
Ah! qui délivrera mon esprit des lourdes chaînes de la logique? Ma plus sincère émotion, dès que je l’exprime, est fausse.

. La vie peut être plus belle que ne le consentent les hommes. La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour. Ah! j’ai vécu trop prudemment jusqu’à ce jour. Il faut être sans lois pour écarter la loi nouvelle. Ô délivrance! Ô liberté! Jusqu’où mon désir peut s’étendre, là j’irai. Ô toi que j’aime, viens avec moi; je te porterai jusque-là; que tu puisses plus loin encore.

. Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l’impérieuse obligation d’être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui et par des possessions dont on le prive.

. Je sens bien, à travers ma diversité, une constance; ce que je sens divers c’est toujours moi. Mais précisément parce que je suis et sens qu’elle existe, cette constance, pourquoi chercher à l’obtenir? Je me suis, tout le long de ma vie, refusé de chercher à me connaître; c’est-à-dire : refusé de me chercher. Il m’a paru que cette recherche, ou plus exactement sa réussite, entraînait quelque limitation et appauvrissement de l’être, ou que seuls arrivaient à se trouver et à se comprendre quelques personnalités assez pauvres et limitées; ou plutôt encore : que cette connaissance que l’on prenait de soi limitait l’être, son développement; car tel qu’on s’était trouvé l’on restait, soucieux de ressembler ensuite à soi-même, et que mieux valait protéger sans cesse l’expectative, un perpétuel insaisissable devenir. L’inconséquence me déplaît moins que certaine conséquence résolue, que certaine volonté de demeurer fidèle à soi-même et que la crainte de se couper. Je crois du reste que cette inconséquence n’est qu’apparente et qu’elle répond à quelque continuité plus cachée. Je crois aussi qu’ici, comme partout, les phrases nous trompent, car le langage nous impose plus de logique qu’il n’en est souvent dans la vie, et que le plus précieux de nous-même est ce qui reste informulé.

. La peur du ridicule obtient de nous les pires lâchetés. Combien de jeunes velléités qui se croyaient pleines de vaillance et qu’a dégonflées tout à coup ce seul mot d’«utopie» appliqué à leurs convictions, et la crainte de passer pour chimériques aux yeux des gens sensés. Comme si tout grand progrès de l’humanité n’était pas dû à de l’utopie réalisée! Comme si la réalité de demain ne devait pas être faite de l’utopie d’hier et d’aujourd’hui – si l’avenir consent à n’être point la seule répétition du passé, ce qui serait la considération la mieux capable de m’enlever toute joie de vivre. Oui, sans l’idée d’un progrès possible, la vie ne m’est plus d’aucun prix. -

. Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons. Monstres enfantés par la peur – peur de la nuit et peur de la clarté; peur de la mort et peur de la vie; peur des autres et peur de soi; peur du diable et peur de Dieu – vous ne vous en imposerez plus. Mais nous vivons encore sous le règne des croquemitaines. Qui donc a dit que la crainte de Dieu était le commencement de la Sagesse. Imprudente sagesse, la vraie, tu commences où finit la crainte, et tu nous enseignes la vie.

. Leur sagesse? … Ah! leur sagesse, mieux vaut n’en pas faire grand cas.
Elle consiste à vivre le moins possible, se méfiant de tout, se garant.
Il y a toujours, dans leurs conseils, je ne sais quoi de rassis, de stagnant.
Ils sont comparables à certaines mères de familles qui abrutissent de recommandations leurs enfants :
- « Ne te balance pas si fort, la corde va craquer; ne te mets pas sous cet arbre, il va tonner; ne marche pas où c’est mouillé, tu vas glisser; ne t’assieds pas sur l’herbe, tu vas te tacher; à ton âge, tu devrais être plus raisonnable; combien de fois faudra-t-il te le répéter : on ne met pas ses coudes sur la table. Cet enfant est insupportable!»
- Ah! Madame, pas tant que vous.

. Mais cette certitude : que l’homme n’a pas toujours été ce qu’il est, permet aussitôt cet espoir : il ne le sera pas toujours.

. L’appétit de savoir naît du doute.

. J’ai vécu; maintenant c’est ton tour. C’est en toi désormais que se prolongera ma jeunesse. Je te passe pouvoir. Si je te sens me succéder, j’accepterai mieux de mourir. Je reporte sur toi mon espoir.

. Tu remarqueras que toute plante propulse au loin ses graines; ou bien que celles-ci tout enveloppées de saveur, invitant l’appétit de l’oiseau, sont emportées par lui où sinon elles ne pourraient atteindre; ou douées d’hélices, d’aigrettes, s’abandonnent aux vents voyageurs. Car, à nourrir trop longtemps la même sorte de plantes, le sol s’appauvrit, s’empoisonne, et la nouvelle génération ne saurait trouver aliment au même lieu que la première. Ne cherche pas à remanger ce qu’ont digéré tes ancêtres. Vois s’envoler les grains ailés du platane ou du sycomore, comme s’ils comprenaient que l’ombre paternelle ne leur promet qu’étiolement et qu’atrophie.
Et tu remarqueras de même que tout l’élan de la sève gonfle de préférence les bourgeons de la fine extrémité des branches et les plus éloignés du tronc. Sache comprendre et t’éloigner le plus possible du passé.
Sache comprendre la fable grecque : Elle nous enseigne qu’Achille était invulnérable, sauf en cet endroit de son corps qu’attendrissait le souvenir du contact des doigts maternels.

. Camarade, n’accepte pas la vie telle que te la proposent les hommes. Ne cesse point de te persuader qu’elle pourrait être plus belle, la vie; la tienne et celle des autres hommes; non point une autre, future, qui nous consolerait de celle-ci et qui nous aiderait à accepter sa misère. N’accepte pas. Du jour où tu commenceras à comprendre que le responsable de presque tous les maux de la vie, ce n’est pas Dieu, ce sont les hommes, tu ne prendras plus ton parti de ces maux. Ne sacrifie pas aux idoles.


Au prochain saut

mercredi 21 janvier 2009

Saut: 257


Vous comprendrez qu'il allait de soi que le saut 257 devant être la suite des propos sur André Gide, cède sa place à celui-ci, tout à fait unique et spécial.

La naissance du fils de ma fille Odile et de son conjoint Sébastien, le petit Éthan, survenue le dimanche 18 janvier 2009 à 20 heures 15.

Toute la magie de l'arrivée d'un enfant, que ce soit le premier ou le quatrième, nous ramène au merveilleux de la vie. À la force de la vie.

Je souhaite aux parents qu'ils demeurent aussi émerveillés qu'ils le sont actuellement auprès d'Éthan; aux oncles et aux tantes, de savourer la venue de cet être que je qualifierais d'ange, savourer cette venue en se remémorant ceux et celles qui sont venus avant lui et qui nous remplissent de si grands bonheurs; aux cousins et cousines, de réussir à retenir son prénom et le recevoir comme s'il était un des leurs; aux grands-parents, de continuer à remercier la vie de leur offrir d'aussi beaux cadeaux.



Bienvenue mon très doux et très charmant Éthan!


Le prénom Éthan est d'origine hébraïque et signifie «fort» et «ferme»: cela lui convient à merveille.


Et il sent tellement bon... comme le grand-père les aime.

Au prochain saut



jeudi 15 janvier 2009

Saut: 256

André Gide, jeune


Il y a déjà un bon moment que nous ne nous sommes pas arrêtés à l'enseigne d'un écrivain qui fut pour le crapaud un personnage signifiant. Aujourd'hui, saut 256 ainsi que le suivant, le 257, nous irons chez André Gide.

J'ai lu Gide, je devais avoir moins de 20 ans, et, à cette époque, lire un auteur mis à l'Index par l'Église... eh! bien ça représentait un exploit et exigeait une certaine audace. C'était la première fois qu'une aussi belle, aussi parfaite écriture bouleversait des idées ancrées dans mon cerveau des années... '60, un cerveau de pas encore 20 ans!

Le voici.

André Gide naît à Paris le 22 novembre 1869 et y meurt le 19 février 1951. Ses parents, originaires d’Uzès dans le Midi pour le père et de Rouen en Normandie pour la mère, sont (du côté paternel) d’austères protestants depuis toujours, et (du côté maternel) d’anciens catholiques devenus protestants et qui adoptèrent une ligne puritaine disons... pure et dure. Ces contradictions (le Midi et la Normandie, l’austérité protestante et le protestantisme issu de la libre-pensée) auront beaucoup marqué André Gide.

Dès son jeune âge, il apprend le piano - il en fera un compagnon de vie - mais ses mauvaises habitudes à caractère sexuel, qu’il appellera son «vice», lui occasionneront plusieurs renvois scolaires.

La rencontre avec sa cousine Madeleine (vers 1882) sera l’occasion d’une relation tortueuse mais débouchera sur une correspondance fort importante, des débats intimes et des questionnements fondamentaux. Suivront d'autres rencontres plus intellectuelles (Oscar Wilde, Pierre Louÿs, Stéphane Mallarmé) mais celle avec l’auteur anglais le marquera alors qu’il deviendra pour André Gide le modèle d’une autre voie.

En 1892, il part en voyage (initiatique, si l’on peut dire) avec le peintre Paul Laurens et voyagera malgré la maladie en Tunisie, en Algérie et en Italie.

Au retour d’un second voyage, en 1895 celui-là, et du décès de sa mère qui le surprotégea une bonne partie de sa vie, il se fiance avec sa cousine Madeleine, se marie mais sans jamais consommer l’union, son homosexualité en étant la raison.

Pendant tout ce temps il écrit en rappelant que «ses œuvres sont comme des jalons sur son chemin, écrites par réaction les unes aux autres et qu’on ne peut comprendre que dans une vue d’ensemble».

«Les Nourritures Terrestres» paraîtront en 1897 et recevront un accueil chaleureux.

En 1911, la NRF (Nouvelle Revue Française) dont il est le chef de file sans en être le directeur, s’associe à Gaston Gallimard afin d’adosser une maison d’édition à la revue.

L’influence que Gide exerce sur la jeunesse de son époque est immense.

Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1947 et en 1952, son œuvre est mise à l’Index par le Vatican.

Ses œuvres maîtresses sont :
Les Nourritures terrestres; Les Nouvelles nourritures; L’Immoraliste; Si grain ne meurt; La Porte étroite; La Symphonie pastorale; Les Faux-monnayeurs.

C’est André Gide qui aura écrit, selon moi, la plus belle phrase de la langue française… du moins parmi celles que j’ai lues :
« Je ne saisirai plus les mots que par les ailes. »

Voici quelques citations tirées de ce livre essentiellement essentiel : Les nourritures terrestres. Et de cet autre essentiel : Les nouvelles nourritures. Vous comprendrez que cela exigera deux sauts (les 256 et 257) pour arriver à tout vous les présenter.

. Et quand tu m’auras lu, jette ce livre – et sors. Je voudrais qu’il t’eût donné le désir de sortir – sortir de n’importe où, de ta ville, de ta famille, de ta chambre, de ta pensée. N’emporte pas mon livre avec toi. Si j’étais Ménalque, pour te conduire j’aurais pris ta main droite, mais ta main gauche l’eût ignoré, et cette main serrée, au plus tôt je l’eusse lâchée, dès qu’on eût été loin des villes, et que je t’eusse dit : oublie-moi.
Que mon livre t’enseigne à t’intéresser plus à toi qu’à lui-même, - puis à tout le reste qu’à toi.

. Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout.

. Que l’importance soit, dans ton regard, non dans la chose regardée.

. Il y a d’étranges possibilités dans chaque homme. Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire.

. … chaque instant de notre vie est essentiellement irremplaçable…

. Nathanaël, que chaque attente, en toi, ne soit même pas un désir, mais simplement une disposition à l’accueil. Attends tout ce qui vient à toi; mais ne désire que ce qui vient à toi. Ne désire que ce que tu as. Comprends qu’à chaque instant du jour tu peux posséder Dieu dans sa totalité. Que ton désir soit de l’amour, et que ta possession soit amoureuse. Car qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas efficace?

. Il ne me suffit pas de lire que les sables des plages sont doux; je veux que mes pieds nus le sentent… Toute connaissance que n’a pas précéder une sensation m’est inutile.

. Chaque action parfaite s’accompagne de volupté. À cela tu connais que tu devais le faire. Je n’aime point ceux qui se font un mérite d’avoir péniblement œuvré. Car si c’était pénible, ils auraient mieux fait de faire autre chose. La joie que l’on y trouve est signe de l’appropriation du travail et la sincérité de mon plaisir, Nathanaël, m’est le plus important des guides.

. Il y a des maladies extravagantes qui consistent à vouloir ce que l’on a pas.

. L’ivresse n’est jamais qu’une substitution du bonheur.

. Nos actes s’attachent à nous comme sa lueur au phosphore; ils font notre splendeur, il est vrai, mais ce n’est que notre usure.

. Ah! jeunesse – l’homme ne la possède qu’un temps et le reste du temps la rappelle.

. De quel tombeau me suis-je évadé ce matin? – (Les oiseaux de la mer se baignent en étendant leurs ailes.) Et l’image de la vie, ah! Nathanaël, est pour moi : un fruit plein de saveur sur des lèvres pleines de désir.


Au prochain

dimanche 11 janvier 2009

Saut: 255

En février dernier, celui de 2008, au saut 195, le crapaud vous faisait la nomenclature des livres qu’il avait lus en 2007 et promettait de répéter l’exercice à la fin de chaque année. Et si vous avez bonne mémoire, cela venait en réponse à la question posée à l'occasion du Salon du Livre de Montréal-2007 : est-ce possible de lire plus de 1 000 livres? Pour 2007, le nombre s’arrêtait à 40: un peu moins d’un par semaine, un peu moins aussi que les sauts déposés annuellement sur le blogue.

Je refais mes devoirs pour 2008 et cette fois j’arrive à 35 livres. Légère diminution qui peut s’expliquer par une foule de raisons que je n’aborderai pas ici. C’est, encore cette année, moins qu’un livre par semaine et le nombre de sauts. Il y a, au moins, une certaine constante…

Voici la liste. Cette année je la dépose en suivant un ordre chronologique (celui du moment où ils furent lus) sauf pour les recueils de poèmes qui sont toujours le deuxième livre en marche.



JUSQU’AU MATIN
(Han Suyin)

L’ANNÉE DE LA PENSÉE MAGIQUE
(Joan Didion)

LA TRAVERSÉE DU CONTINENT
(Michel Tremblay)

LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL
(Khaled Hosseini)

JÉSUS-LA-CAILLE
(Francis Carco)

MILLE SOLEILS SPLENDIDES
(Khaled Hosseini)

L’HIVER DE MIRA CHRISTOPHE
(Pierre Nepveu)

MONSIEUR ASHENDEN AGENT SECRET
(Somerset Maughan)

DES MONDES PEU HABITÉS
(Pierre Nepveu)

L’ÉQUIPE
(Francis Carco)

LE PROCÈS
(Kafka)

LA COLONIE PÉNITENCIAIRE
(Kafka)

L’ÉVANGILE DE JIMMY
(Didier van Cauwerlaert)

VINGT ANS ET DES POUSSIÈRES
(Didier van Cauwerlaert)

L’ATTENTAT
(Yasmina Khadra)

LA MÈRE
(Maxime Gorki)

LA PANIQUE
(Fernando Arrabal)

CONTREPOINT
(Aldous Huxley)

PERSONNE N’EST UNE ÎLE
(Yvon Rivard)

MRS. DALLOWAY
(Virginia Wolf)

MICHEL STROGOFF
(Jules Verne)

SYNGUÉ SABOUR, PIERRE DE PATIENCE
(Atiq Rahimi)

GRANDE PLAINE
(Alexandre Bourbaki)

LA TERRE PATERNELLE
(Patrice Lacombe)

L’ASTRAGALE
(Albertine Sarazin)

TERRE ET CENDRES
(Atiq Rahimi)

NIKOLSKI
(Nicolas Dickner)

PROCHAIN ÉPISODE
(Hubert Aquin)

LES MILLE MAISONS DU RÊVE ET DE LA TERREUR
(Atiq Rahimi)

CHANSONS GITANES ET POÈMES
(Federico Garcia Lorca)

LORCA
(André Belamich)

ROMANCERO GITAN, POÈME DU CHANT PROFOND
(Federico Garcia Lorca)

L’HOMME RAPAILLÉ
(Gaston Miron)

LES ROIS MAGES suivi de L’ÉTAPE DANS LA CLAIRIÈRE
(André Frénaud)

POÈMES
(Guillaume Apollinaire)


J’aimerais vous signaler deux auteurs, dont un est présent dans cette liste, l'autre pas; le deuxième se retrouvera l'an prochain mais comme j'ai débuté la lecture de son livre en 2008 et l'ai achevée en 2009, il fait charnière... Deux auteurs donc, qui selon moi, sont absolument à découvrir :
Atiq Rahimi (le Goncourt 2008)



et le génial auteur tchèque Bohumil Hrabal.
Je vous glisse à l'oreille le titre du chef-d'oeuvre de Hrabal (Une trop bruyante solitude). Deux écrivains fascinants sachant allier poésie et réalisme avec une plume hors du commun. C’est à rougir de honte de ne pas comprendre le persan, d’une part, et le tchèque, d’autre part.


Retournons maintenant vers notre « carnet d’ivoire avec des mots pâles», ceux des mots-dits:

A C C O R T (adjectif)
. habile
. gracieux et vif

- (agréable, aimable, avenant)


B A L A D I N ( I N E ) (nom)
. danseur de ballets, ballerine;
. bouffon de comédie, comédien ambulant


- (histrion; paillasse; saltimbanque)

Au prochain saut

mercredi 7 janvier 2009

Saut: 254



Jean Bédard publiait en 1998, un roman dont le héros, si je puis dire, était Maître Eckhart qui vécut de 1260 à 1328. Dominicain et théologien allemand, il marqua son époque et l'écrivain québécois nous le fait découvrir de manière extraordinaire.

Je vous présente ce que Bédard met dans la bouche de Maître Eckhart relativement au temps et à l'espace, un peu comme un épilogue aux citations sur le temps ainsi qu'au poème du saut 253.


En fait, Eckhart répond à une question, celle-ci:
«Mais l'univers, l'espace, le mouvement ne sont pas que du temps!»


« Bien sûr que l'espace est un des résultats du temps. Imagine un bourgeon qui devient une feuille, puis la feuille rougit, tombe et meurt. Tu imagines bien cela. Maintenant imagine que cela se passe de plus en plus vite. Il arrive un temps où le bourgeon meurt exactement en même temps qu'il s'ouvre; en d'autres termes, il n'existe pas parce qu'il n'a pas le temps d'exister. Chaque chose n'est que le temps qu'elle prend à croître et à disparaître. Sans le temps, elle n'existe pas, elle n'a pas le temps d'exister. Maintenant imagine les distances, imagine par exemple le monastère d'Erfurt, celui de Strasbourg et celui de Cologne. Ils forment un triangle et l'espace est ce qui les sépare. Un jour tu décides de les visiter, mais par un miracle de Dieu, tu marches de plus en plus vite. Par ce miracle de Dieu, il arrive un temps où passer d'un monastère à l'autre se fait si rapidement que tu arrives au deuxième et au troisième exactement en même temps que tu pars du premier. Cela voudrait dire que tout l'espace aurait entièrement disparu. Les trois monastères seraient le même, l'espace qui les séparait ne serait plus. L'espace n'est que le temps, le temps que l'on met à passer d'un endroit à un autre. Si cela ne prenait aucun temps d'aller de la terre au soleil, il n'y aurait pas d'espace entre le soleil et la terre. L'espace n'est que du temps. C'est pour cela que je dis que l'Homme est le temps que prend Dieu à se connaître, à s'aimer, à se défier, à se dépasser, à se faire vraiment Dieu, Dieu de bonté, de compassion, de courage, de miséricordre, de connaissance... Pour faire l'Homme, Dieu s'est retiré de la connaissance qu'il avait de lui-même, il s'est retiré dans le mystère, laissant du temps et de la nuit. Ensuite, il s'est mis à faire danser la nuit pour qu'elle rayonne de la lumière, et il s'est mis à faire danser la lumière pour qu'elle rayonne la vie. Et moi et toi, nous sommes le retard que Dieu a décidé de prendre sur lui-même pour se faire éclater les entrailles.»

Il ne faudrait pas l'oublier ce Maître Eckhart, il reviendra assez régulièrement, sous la plume de Jean Bédard, alimenter notre réflexion.

Revenons, maintenant, à ce « carnet d'ivoire avec des mots pâles»,
celui de nos mots-dits...



A U T O D A F É (nom masculin)

. cérémonie au cours de laquelle les hérétiques condamnés au supplice du feu par l’Inquisition étaient conviés à faire acte de foi pour mériter leur rachat dans l’autre monde. –Supplice du feu


. action de détruire par le feu

B R I M B O R I O N (nom masculin)

. petit objet de peu de valeur
. babiole; bricole


Au prochain saut

jeudi 1 janvier 2009

Saut: 253



Une nouvelle année!
Une deux mille... neuve!

Je vous la souhaite douce, comme cela peut l'être lorsque c'est doux... je vous la souhaite heureuse, tous les jours, trois cent-soixante fois... mais surtout je voudrais qu'elle vous permette ainsi qu'à chacun de ceux et celles qui font partie de vos indispensables, qu'elle vous permette de prendre le temps.

Vous avez entendu parler de cette mystérieuse seconde supplémentaire... alors utilisez-la quand bon vous semblera, quand vous aurez besoin de temps et que vous vous dites ne pas en avoir... cette seconde, cette précieuse seconde, utilisez-la à ce moment précis, pour vous donner du temps. Temps que vous rendrez utile ou inutile, comme bon vous semblera.

Bonne année 2009!
Heureuse année 2009!

Nous entreprenons la nouvelle année avec un poème. Pas de surprise, me direz-vous! Je vous lance en ce 1er janvier 2009, à quelques jours, peut-être quelques heures de la naissance du fils de ma fille Odile, le quatrième petit-enfant du crapaud (les garçons mènent 3 à 1), ce poème sur le temps.

Je l'ai coiffé du titre suivant:

tempus / chronos


temps - police de l’univers -
police l’univers

temps - arrêt au chronomètre -

chronomètre les arrêts

temps - espace entre deux
ins(temps) -
l’instant d’un espace

temps - courte étendue sur toute sa longueur -

s’allonge et s’é(temps)

temps – au fur et à mesure -
éloigne les continents

temps - ce bus que l’on manque -

quand on manque un bus

temps accroché à ses chevilles et la chevillette cherra

temps d’une pluie fine qui pleut finement sur la pluie

temps derrière comme un fantôme

devant comme une marionnette
à côté d’un temps qu’à soi
il se tient derrière et devant

temps perdu à prendre repaire,

que l’on reperd

temps en temps et puis après

temps d’un autre temps

comme l’ancien et le nouveau

temps que l’on pourchasse,

nous pourchassant

temps vert-de-gris au bracelet de la montre qui s’arrête

temps fondu confondu dans l’espace quantique

temps de l’infiniment éloigné retrouvé sur Mars

temps - le trop, l’assez -

placé aléatoirement sur la ligne du temps

temps universel remis en doute

par les poètes du nouveau Moyen-Âge

temps était le temps qu’il sera ce qu’il est

le temps se calcule en secondes minutées à toute heure du jour
en semaines mensuelles ou annuelles

décennies séculaires ou millénaires
en passé en avenir qui ne se calculent plus

le temps cette date de péremption de la vie


Bon début d'année et au prochain saut


samedi 27 décembre 2008

Saut: 252

Le 27 décembre 2007, il y a un an exactememt, au dernier saut de l'année (le 190), je vous offrais un texte intituté «La Marche» et signé par France Théorêt.

Aujourd'hui, pour clore 2008, c'est de Yann Martel dans «L'histoire de Pi» que j'ai puisé celui-ci, sur la peur.


« Je dois dire un mot sur la peur. C'est le seul adversaire réel de la vie. Il n'y a que la peur qui puisse vaincre la vie. C'est une ennemie habile et perfide, et je le sais bien. Elle n'a aucune décence, ne respecte ni lois ni conventions, ne manifeste aucune clémence. Elle attaque votre point le plus faible, qu'elle trouve avec une facilité déconcertante. Elle naît d'abord et invariablement dans votre esprit. Un moment vous vous sentez calme, en plein contrôle, heureux. Puis la peur, déguisée en léger doute, s'immisce dans votre pensée comme un espion. Ce léger doute rencontre l'incrédulité et celle-ci tente de le repousser. Mais l'incrédulité est un simple fantassin. Le doute s'en débarasse sans se donner de mal. Vous devenez inquiet. La raison vient à votre rescousse. Vous êtes rassuré. La raison dispose de tous les instruments de pointe de la technologie moderne. Mais, à votre surprise et malgré des tactiques supérieures et un nombre impressionnant de victoires, la raison est mise K.-O. Vous sentez que vous vous affaiblissez, que vous hésitez. Votre inquiétude devient frayeur.


Ensuite, la peur se tourne vers votre corps, qui sent déjà que quelque chose de terrible et de mauvais est en train de survenir. Déjà, votre souffle s'est envolé comme un oiseau et votre cran a fui en rampant comme un serpent. Maintenant, vous avez la langue qui s'affale comme un opossum, tandis que votre mâchoire commence à galoper sur place. Vos oreilles n'entendent plus. Vos muscles se mettent à trembler comme si vous aviez la malaria et vos genoux à frémir comme si vous dansiez. Votre coeur pompe follement, tandis que votre sphincter se relâche. Il en va ainsi de tout le reste de votre corps. Chaque partie de vous, à sa manière, perd ses moyens. Il n'y a que vos yeux à bien fonctionner. Ils prêtent toujours attention à la peur.


Vous prenez rapidement des décisions irréfléchies. Vous abandonnez vos derniers alliés: l'espoir et la confiance. Voilà que vous vous êtes défait vous-même. La peur, qui n'est qu'une impression, a triomphé de vous.


Cette expérience est difficile à exprimer. Car la peur, la véritable peur, celle qui vous ébranle jusqu'au plus profond de vous, celle que vous ressentez au moment où vous faites face à votre destin final, se blottit insidieusement dans votre mémoire, comme une gangrène: elle cherche à tout pourrir, même les mots pour parler d'elle. Vous devez donc vous battre très fort pour l'appeler par son nom. Il faut que vous luttiez durement pour braquer la lumière des mots sur elle. Car si vous ne le faites pas, si la peur devient une noirceur indicible que vous évitez, que vous parvenez peut-être même à oublier, vous vous exposez à d'autres attaques de peur parce que vous n'aurez jamais réellement bataillé contre l'ennemi qui vous a défait.»


Je vous souhaite une bonne fin d'année 2008 et une belle entrée en 2009. Nous nous reverrons pour les voeux de circonstance.


Au prochain saut

lundi 22 décembre 2008

Saut: 251



À quelques jours de Noël, le crapaud vous présente ses étrennes. Vous vous en doutez, il s'agit un poème. Non, pas celui sur le temps... faut lui laisser le temps.

À ceux qui me demandent si je vais déposer un conte de Noël sur le blogue - les plus anciens lecteurs se rappelleront celui du 23 décembre 2005, le seul d'ailleurs - le crapaud répond que non, malheureusement non. Pourquoi malheureusement? Cette semaine, au cours d'une marche quotidienne dans les grands froids montréalais, les trottoirs glacés et glissants, une idée m'est venue. Cette idée aurait très bien pu devenir un conte. Mais, va savoir pourquoi! , ça ne s'est pas concrétisé. Je crois être trop pris actuellement avec mes histoires de temps...

Je repars dans quelques minutes, marcher, alors je promets que si cette veine d'idée revient me hanter, j'irai plus loin et peut-être en ferai un conte du jour de l'an...

Voici ce poème, il sera le dernier à paraître sur le blogue en 2008 et porte le titre suivant:
un astronaute, des corbeaux... au loin


Suivra la petite chronique, mais je vous en parle après ce poème. Bonne lecture!



un astronaute, des corbeaux… au loin

un astronaute marche dans la ruelle
il parle tout seul
dans sa main asséchée, une bouteille d’eau de l’au-delà,
il bat la mesure militaire,
un pas appelant l’autre


au loin… deux corbeaux le suivent


l’apesanteur pèse lourd aux talons astronautes
se colle au bitume automnal
comme de la glue martienne
du sable rouge accroché à sa ceinture scaphandre
il aspire les trous de l’univers comme des aimants dépolarisés


au loin… deux corbeaux le poursuivent


au bruit qui taraude une clôture, sursaute l’astronaute,
de muettes comètes s’y pendent, accrochées à l’envers,
radieuses de promesses aériennes
elles charrient des vents stellaires étourdissants
alors que s’enfuient deux oiseaux d’acétylène


de loin… deux corbeaux lui survivent


un télescope inversé dans son bagage inutile
tintinnabule aux talons de l’astronaute
au fond de la ruelle hébétée, il fixe des yeux
ces hordes désaccordées de corbeaux accumulés
qui embrouillent son chemin, azimut perdu


deux corbeaux, pierres de lune, s’immobilisent
deux corbeaux solaires s’éclipsent de la bande…

et de loin… s’approchent de l’astronaute



Je vous parlais, au saut 250, d'une nouveauté. Au fil de mes lectures, certains mots se sont accroché à mes yeux, à mes oreilles. Soit que leur sens m'était tout à fait inconnu ou encore leur sonorité, leur architecture m'amenaient à des images aussi inattendues que saugrenues. J'en ai fait un cachier. Je dirais, un florilège. Dans ce cahier (noir à rebords rigides) ils sont en désordre comme ils me sont arrivés. Ici, je les ai «ordre-alphabéthisés». Voici un A et un B.

Oh! oui. Je souhaitais nommer cette chronique le «mot-dit». En lisant le poète français André Frénaud, j'y ai découvert ce petit vers tout simplement génial et fort approprié à cette entreprise: «un carnet d'ivoire avec des mots pâles».


Alors les «mots-dits» iront échouer dans ce carnet d'ivoire...

(A)

A B S C O N S (adjectif)

. difficile à comprendre
- (abstrus)

(B)

B A G U E N A U D E R (verbe intransitif)

. s’amuser à des choses vaines et frivoles (comme les enfants qui font éclater des baguenaudes : petites gousses remplies d’air qui éclatent avec bruit lorsqu’on les pressent);
- muser

. baguenauder ou se baguenauder : se promener en flânant.
- se balader; flâner; musarder; se promener.


Joyeux Noël et au prochain saut

jeudi 18 décembre 2008

Saut: 250



Nous poursuivons, aujourd'hui, les citations au sujet du temps.

Le crapaud veut vous signaler qu'à partir du prochain saut (le 251) il ajoutera une nouveauté. En effet, depuis un bon moment déjà, j'épure mes cahiers de lecture et glisse ici les petits bijoux récoltés sur plusieurs années de lecture.

J'ajouterai le fruit d'un autre cahier. celui des mots qui ont frappé mon imagination depuis ce jour où je me suis mis à lire en compagnie de mon ami Robert. Robert, il est petit mais il sait tout, ou presque. Ce dictionnaire aux feuilles d'oignon m'est certainement l'ami le plus fidèle. Lorsqu'un mot m'est, me fut inconnu, je me retournais vers lui. Parfois, souvent même, il admettait son incapacité à le décrypter mais dans le grande majorité des cas, il me renseigne (gnait)...

Je vous offrirai donc, dès le prochain saut et les autres qui suivront, ces mots qui m'ont ébloui et que malheureusement nous n'utilisons trop peu. Ce sera un peu mes « mots dits»...

D'ici là, revenons au temps...



. Cette mobile image
De l'immobile éternité. Jean-Jacques Rousseau

. Le temps est une pensée ou une mesure, non une réalité. Antiphone

. Le temps et la mémoire sont de véritables artistes; ils corrigent la réalité et la ramènent plus près du désir du coeur. John Dewey

. Le plus de sable s'est écoulé du sablier de la vie, le plus clair nous devrions être capables d'y voir au travers. Jean-Paul Sartre

. La vie bourgeonne, une accélération de la vague pulsion primordiale, dans le ténébreux gaspillage du temps. W.V.O. Quine

. Il faut toujours semer derrière soi un prétexte pour revenir, quand on part.
Alessandro Bariccoo

. Hâtons-nous; le temps fuit, et nous traîne avec soi: le moment où je parle est déjà loin de moi. Boileau

. Oui, le temps qui coule, inépuisable, inexorable, le temps bouleverse toute chose. Il dévoile ce qui restait caché, il cache ce qui s'était montré, il rend possible l'impossible, il ébranle l'inébranlable. Sophocle

. Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer. Vassilis Alexakis

. Qu'est-ce que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais. Si je veux l'expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. Saint Augustin

. L'Homme est Éternité...
le temps est comme l'Éternité,
l'Éternité comme le temps. Angelus Silesius

. Il est grand temps de rallumer les étoiles. Guillaume Apollinaire

. ... j'ai compris que je ne vivrais pas éternellement. Il faut longtemps pour apprendre ça, mais, une fois qu'on le découvre, le changement intérieur est complet, on ne peut plus jamais redevenir tel qu'on était. Paul Auster


Et j'achèverai par les mots de deux illustres chansons.

La première, Avec le temps de Léo Ferré...


Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage et l'on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'a un' de ces gueules
À la Gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort
Le samedi soir quand la tendresse s'en va tout' seule
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
L'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid
Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l'on se sent floué par les années perdues

Alors vraiment
Avec le temps on n'aime plus.



...la seconde, Dis, quand reviendras-tu? de Barbara.



Voilà combien de jours, voilà combien de nuits
Voilà combien de temps que tu es reparti?
Tu m'as dit cette fois c'est le dernier voyage
Pour nos coeurs déchirés c'est le dernier naufrage
Au printemps tu verras, je serai de retour,
Le printemps c'est joli pour se parler d'amour
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris
Et déambulerons dans les rues de Paris.

Dis, quand reviendras-tu
Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus.

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois
À voir Paris si beau dans cette fin d'automne
Soudain, je m'alanguis, je rêve, je frisonne
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine
Je vais, je viens, je vire, je tourne et me traîne
Ton image me hante et je te parle tout bas
Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de toi

Dis, quand reviendras-tu
Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs
Je reprendrai ma route, le monde m'émerveille
J'irai me réchauffer à un autre soleil
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin
Je n'ai pas la vertu des femmes de marin

Dis, quand reviendras-tu
Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus.

Au prochain saut

samedi 13 décembre 2008

SAUT: 249




Suite au poème sur la mort (saut 247), le crapaud se dirige maintenant vers un thème que l'on peut placer parmi les «classiques»: le temps. Le poème qui devrait en sortir - d'ici quelques... ou plus ou moins... - abordera la question du temps comme étant cet espace entre la vie et la mort, espace inexorablement en marche.

Voici l'état de mes recherches à ce jour. Ce sont, vous vous en souvenez, des citations, des réflexions puisées à même mes cahiers de lecture. Bon temps!


. Il y a des minutes où l'avenir se présente à un homme sous des couleurs si sombres qu'il craint d'arrêter sur lui le regard de son esprit, qu'il interrompt toute activité cérébrale et s'efforce de se convaincre qu'il n'aura pas d'avenir et qu'il n'eut pas de passé. Léon Tolstoï

. Mais le temps se fout des retardataires, il court sur son cheval, et les impulsions qui arrivent trop tard retombent derrière lui dans leur néant.
Jean Bédard

. Le temps s'occupera d'égaliser, c'est sa plus noble fonction. Jean Bédard

. Mais aujourd'hui, je sais que ni le temps ni l'espace ne parviennent jamais à dissiper nos doutes. Il est inutile de remettre au lendemain ce qui demain me sera toujours aussi difficile ou aussi impossible à réaliser. Fernando Savater

. Prendre conscience de son présent, c'est ne plus rien attendre. Albert Camus

. Passons passons puisque tout passe. Guillaume Apollinaire

. L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
il coule et nous passons. Lamartine

. Ce temps qui est un dieu, le seul qui nous reste. Il ne se laisse ni fléchir, ni allonger, ni rapetisser. Éternel pour certains, morts depuis très longtemps pour d'autres, c'est peut-être lui, le temps, cet ange aux bras ouverts, qui nous attend, là-bas. Robert Lalonde

. Le temps humain ne tourne pas en cercle mais avance en ligne droite. C'est pourquoi l'homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de répétition. Milan Kundera

. Les strates successives de notre vie sont si étroitement superposées que dans l'ultérieur nous trouvons toujours de l'antérieur, non pas aboli et réglé, mais présent et vivant. Bernard Schlink

. Longtemps, on rampe sur cette terre comme une chenille, dans l'attente du papillon splendide et diaphane que l'on porte en soi. Jonathan Little

. C'est toujours une tentation irrésistible pour les gens qui n'ont pas de passé d'essayer d'acheter celui des autres. Han Suyin

. Le temps est l'école où nous apprenons. Joan Didion

. Comment ce qui ne va pas durer peut-il avoir tant de réalité? Pierre Nepveu

. L'homme, dont le berceau est si voisin de la tombe, gaspille son temps en futilités.
Somerset Maughan

. La plupart des vieilles gens ont quelque chose de trompeur, de menteur dans leur façon d'être avec les gens plus jeunes qu'eux; on vit sans crainte à leurs côtés sur la foi de relations sûres, on sait leurs idées favorites, on reçoit incessamment confirmation de la paix, on trouve tout parfaitement naturel, mais qu'il se produise soudain un événement décisif, c'est à ce moment, où l'on devrait récolter les fruits d'une tranquillité si longtemps préparée, qu'on voit les vieillards se dresser comme des étrangers, révéler des idées plus cachées, plus fortes que les précédentes, et déployer enfin au vent leur vrai drapeau, sur lequel on lit avec effroi une devise inattendue. Cet effroi vient surtout du fait qu'ils disent alors des choses beaucoup mieux fondées qu'auparavant, beaucoup plus judicieuses, beaucoup plus évidentes - si l'évidence est susceptible de degrés. L'insurpassable duperie est qu'ils avaient au fond toujours dit la même chose. Kafka

. L'homme n'est pas, il est en train d'être... Alexandro Jodorowsky

. Ceux qu'on appelle les inadaptés, les déchets de la société (les clochards, les drogués, les dépressifs, etc.), sont sûrement des êtres qui n'ont pas eu la grâce ou la culture permettant de survivre à la folie qui menace l'être conscient de l'étrangeté de la vie. Ce sont, en un sens, les êtres les plus conscients et qu'on envoie au front sans armes, un peu comme les Aztèques nourrissaient le temps avec des sacrifices humains pour ne pas qu'il s'épuise. J'ai lu quelque part que la conscience des héroïnomanes, par exemple, est pleine de tmps, que le temps est leur unique objet de pensée. Yvon Rivard

. (BIG BEN sonne) Les cercles de plomb se dissolvent dans l'air. Virginia Wolf

. Quel sens pourrait avoir pour nous un événement qui ne nous écraserait pas? Le futur est fait pour nous immoler. Cioran

. (Yerma- la femme stérile)
- Je ne pense pas à demain, je pense à aujourd'hui. Tu es vieille et tu vois tout comme dans un livre déjà lu. Moi, je pense que j'ai soif et que je n'ai pas de liberté. Je veux avoir un fils dans les bras pour m'endormir tranquille, et écoute-moi bien et ne t'effraye pas de ce que je te dis: même si je savais que mon fils me martyrisera, qu'il me haïra, qu'il me traînera par les cheveux dans les rues, je recevrais sa naissance avec joie, parce qu'il vaut beaucoup mieux pleurer un homme vivant qui nous poignarde que pleurer pour ce fantôme assis, depuis des années, sur mon coeur.
Federico Garcia Lorca


Au prochain saut

mardi 9 décembre 2008

SAUT: 248

Règlons immédiatement la question des prédictions, ensuite on jasera.

1) Le Québec élira un GOUVERNEMENT MAJORITAIRE;
( 1/1, tout va bien jusqu'ici).

2) Le GOUVERNEMENT MAJORITAIRE sera sous la responsabilité du Parti Libéral;
(2/2, mais c'était facile).

3) L'opposition officielle sera confiée au PARTI QUÉBÉCOIS;
(3/3, rien de bien malin).

4) Il n'y aura pas de deuxième opposition et le parti de MARIO DUMONT disparaîtra de la carte politique québécoise;
(3.5/4, pas entièrement mais le chef disparaît).

5) Aucun autre parti politique n'enverra de député à l'Assemblée nationale du Québec.
(3.5/5, Québec Solidaire m'a fait mentir).

Mais il y avait aussi les deux coups fumants. Le premier étant que le crapaud ne voterait pas Vert mais plutôt Serge Mongeau dans Hochelaga-Maisonneuve. Ça s'est fait et le candidat solidaire y a récolté près de 13% du vote.

Le deuxième prévoyait la défaite de Mario Dumont dans Rivière-du-Loup: vrai à moitié; élu, il annonce qu'il quitte son parti.

Bon! Le scénario apocalyptique que le crapaud avait annoncé advenant le vote contre les velléités conservatrices idéologiques du premier ministre ( à quelque 35%) Harper, et le fait que le Québec soit sans gouvernement, cela ne s'est pas produit et la combien....etc. Mikaëlle Jean n'est pas devenue la maîtresse suprême du Canada pendant au moins une soirée. On l'a échappé belle mais avouez que c'était de la très haute voltige politique.

Que s'est-il vraiment passé au Québec le lundi 8 décembre 2008? D'abord, le froid. Voter la «guédille au nez» c'est pas évident. Difficile de dire combien de Québécois(es) ont préféré demeurer à la maison ou au travail ou ailleurs au lieu de se présenter au bureau de vote, d'y recevoir leur bulletin, s'isoler et le colorer à l'endroit de leur choix démocratique et risquer de le voir annulé lors du comptage des votes parce que la «guédille au nez» serait tombée sur le bulletin, le détériorant d'une certaine manière... Lorsqu'on ne connaît pas parfaitement bien la loi électorale on pourrait être porté à croire qu'en salissant un bulletin on risque des représailles de la part du Directeur des Élections.

Donc le froid. Deuxièmement, et ce facteur devrait je crois être pris en considération par le gouvernement: voter le jour de l'Immaculée Conception c'est un peu, beaucoup pour d'autres, une forme de profanation. Pensez aux deux termes: immaculée et conception. Pas évident. Le bulletin (sur fond noir) présentait quelques petits trous blancs (à colorer en noir). Rien d'immaculé et combien profanateur que ce geste, surtout de la part de gens qui sont de moins en moins des profanes dans l'art de voter, l'exercice se répétant assez régulièrement. Cherchons et nous trouverons certainement une journée neutre, sans pluie, sans soleil, sans froid, sans chaleur, sans vent, sans rien... et rendons-là, institutionnalisons-la, journée du vote. Comme dans le village de Babine, le 43 novembre ou le 0 avril à chaque quatre ans bissextiles.

Troisième élément et celui-là, il est de taille. Obligeons les gens à voter. Sinon? Sinon, je ne sais pas: coupons les allocations familiales, les pensions de vieillesse, les rentes et les chèques du bien-être; retenons sur le chèque de paye des travailleurs une journée de salaire; ou encore, pour faire plus moderne, donnons une prime au vote. Un vote = une prime.

Mais afin d'accélérer le processus - si on ne souhaite pas entrer dans mes propositions qui sont un peu des mesures de droite - installons un système qui permettrait à chacun des partis politiques (reconnus , officiels, déclarés, financés, accrédités) de connaître ( par leurs noms, prénoms, surnoms, initiales) tous ceux et toutes celles qui voteront pour eux, ainsi les résultats nous parviendraient beaucoup plus rapidement et dans certains comtés, les électeurs pourraient être dispensés de voter si la majorité est évidente. On téléphone au parti de son choix, on donne son nip personnel et son mot de passe, et vlan! c'est fait. Finis les attentes inutiles. Terminée la course aux pancartes sur chaque poteau de chaque coin de rue. Les partis compareraient leurs listes et le député s'imposerait de lui-même. Comme ça serait simple! Il ne s'agirait que d'ajouter le concept de justice dans la loi électorale pour achever le tout, exigeant qu'à tour de rôle et cela pendant quatre ans, les partis politiques se succèdent au pouvoir. Avouez que cela abrègerait les viles campagnes électorales...

Mais cette prospective politique n'est pas pour demain. D'ici là, réjouissons-nous de l'entrée d'Amir Khadir à l'Assemblée nationale, de la sortie de Mario Dumont, de l'arrivée d'une chef de l'opposition officielle et de l'élection d'un même parti politique formant un gouvernement pour une troisième fois d'affilée.

Tout en cela en attendant les élections fédérales... prévues pour ce printemps!

Au prochain saut

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...