vendredi 10 octobre 2008

SAUT: 235


Le crapaud a senti que vous vous ennuyez de ses citations. De ses notes de lecture.
Pour combler ce vide et nourrir votre attente des résultats électoraux (il semble qu'un vent libéral souffle sur un Canada bleu et conservateur...) en voici quelques-unes.


. On ne trouve pas la solitude, on la fait. La solitude elle se fait seule. Marguerite Duras

. Il ne faut jamais faire de confidences, cela abîme les sentiments.
Raymond Queneau

. c'est la lumière vivante que chacun porte en soi et que tout le monde étouffe pour faire comme tout le monde Jacques Prévert

. Le bonheur est égoïste. Raymond Radiguet

. Les chats trop menacés par le feu finissent tout de même par aller se jeter dans l'eau. Céline

. Tout livre est l'image d'une solitude. Paul Auster

. La mélancolie n'est que de la ferveur retombée. André Gide

. En fait, l'humanité ayant appris à compter sur ses dix doigts, cette préférence quasi générale pour les groupements par dix a été commandée par cet «accident de la nature» qu'est l'anatomie de nos deux mains. Et le problème n'est même pas de nature linguistique. Georges Ifrah

. Ne fais rien de ce qui n'est pas bon pour toi. Ernest Hemingway

. Qui ne sait pas tirer les leçons de 3000 ans vit seulement au jour le jour. Goethe

. Là où on fait le premier effort, le reste vous est toujours donné par surcroît. Hermann Hesse

. Tu vois comme c'est facile, la mort? On n'a qu'à se laisser aller. Tu t'y feras, toi aussi.
Yves Beauchemin

. ... les lieux sont des miroirs poreux qui gardent les traces de tout ce que nous sommes.
Monique Proulx

. Là où règnent le mensonge et la fausseté il ne peut naître rien de bon que des voleurs et des tricheurs. Jan Trefulka

. Mais il n'y a pas que l'ennui, la solitude aussi amène à faire des choses étranges. Jean Rouaud

. Quand les gens s'intéressent aux phénomènes «surnaturels», ils le font par aveuglement. Ils passent à côté de la chose la plus extraordinaire qui soit, à savoir que le monde existe.
Jostein Gaarder

. L'homme qui lit à haute voix nous élève à hauteur du livre. Daniel Pennac

. Au fond de l'âme de chaque être éperdu d'amour couve une haine pour l'objet aimé, désormais détenteur de l'unique clé de son bonheur. Peter Hoeg

. Il est important de bien regarder les choses quand on les quitte sans quoi ce sont elles qui nous quittent. Howard Buten


Voilà pour aujourd'hui. Il ne faut tout de même pas en donner plus que le client en demande.

Au prochain saut

lundi 6 octobre 2008

SAUT: 234



Une semaine, encore. Et ce sera demain la journée de l'élection fédérale.

Journée importante car les Canadiens auront dans leurs mains le véritable pouvoir, celui de le donner à qui leur semble être en meilleure position pour gérer leur pays...

Quelles belles paroles «téteuses»! Comme si une journée d'élections, à date fixe ou pas, pouvait vraiment devenir un grand moment de vérité! Comme si on pouvait, à l'avance, être assuré que le gouvernement nouvellement formé sera au service de la population qui l'aura élu! Naïf plus que téteux.

Mais ne soyons pas sacartisque.

Combien de Canadiens ne croient plus à cet exercie et n'iront pas voter?
Combien de Canadiens iront voter, mais annuleront leur vote, c'est-à-dire qu'ils ne marqueront pas de manière absolument convaincante pour qui ils souhaitent exprimer leur choix?
Combien voteront pour gagner l'élection?
Combien se déplaceront plus d'une fois?
Combien profiteront de cette exemption de travail de l'ordre de 3 ou 4 heures sans se rendre au bureau du vote pour manifester clairement leur préférence?
Combien ne feront rien et verront dans ce 14 octobre 2008 qu'une journée ordinaire?
Le cynisme atteindra-t-il autant d'électeurs que le nombre de politiciens qui le pratiquent avec professionnalisme?

Au fond, la véritable question peut se résumer à ceci: une journée d'élections, suite à une campagne électorale d'à peine un mois, est-ce vraiment cela la démocratie?

La démocratie, est-ce d'écouter le conservateur Stephen Harper travaillant fort pour démontrer qu'être de droite n'est pas si dangereux que cela?

Est-ce réussir à saisir toutes les nuances que le libéral Stéphane Dion s'efforce de nous faire entrer dans la tête en disant oui et non et leur contraire dans la même phrase?

Est-ce croire qu'un véritable changement, style Obama, ne peut arriver au Canada qu'en appuyant le jovial néo-démocrate Jack Layton?

Oui bien, pour les Québécois et Québécoises seulement, voter Bloc et Gilles Duceppe, c'est voter stratégique, voter anti-Harper, se rappeler l'hyper-fédéraliste Dion et se dire que le NPD c'est aussi un parti fédéralisant et voter Bloc, c'est faire avancer la cause indépendantiste/souverainiste au Québec?

Ou bien voter Vert, le seul parti ayant à sa tête «une chef», Élisabeth May, une monoparentale qui parle aussi bien français que Pauline Marois parle anglais mais qui a l'énorme avantage de sembler être la seule à inspirer le renouveau?

Mais au-delà de tout cela, et sachant qu'au 14 octobre suivra les 15/16/17 etc octobre, il faut se convaincre d'une chose: le véritable pouvoir en politique c'est celui que le peuple conserve. Et pour cela, une seule avenue s'impose: élire un gouvernement minoritaire. Ce qui implique son corollaire, une opposition majoritaire.

Je sais que vous vous dites: le crapaud nous avait démontré lors des dernières élections québécoises, l'importance de voter pour qu'un parti politique soit porté au pouvoir mais sans pouvoir véritable. Je ne vous referai pas la démonstration mais vous convie à retourner « au saut inhabituel du 19 mars 2007 », là où vous trouverez cette fort habile... argumentation.

Relisez.
Méditez.
Plus, actualisez-la dans votre geste d'électeur de mardi prochain.

Le crapaud, pour sa part, vit dans un comté surnommé «château-fort» du Bloc Québécois. Il serait bien étonnant, presque surprenant, que le soir des élections alors que l'on dévoilera les résultats, le comté d'Hochelaga passe dans des mains autres.




Le crapaud exercera son droit de vote et (même si cela doit se faire en secret) je vous l'annonce, je voterai pour le Parti Vert. Non pas parce qu'un crapaud c'est vert, ça serait beaucoup trop simpliste et superficiel. Non. Le crapaud votera pour le Parti Vert parce qu'il croit que le véritable changement dans la manière de faire la politique, c'est de laisser au peuple non pas l'illusion mais le pouvoir de se projeter vers l'avenir.

L'avenir, c'est de redonner une chance à la Terre. Redonner à nos enfants et nos petits-enfants, l'espoir de respirer sans masque à gaz. Opter pour l'avenir, c'est prendre immédiatement une police d'assurance verte.

Je suis à peu près convaincu que le Parti Vert est le seul - surtout qu'il n'a aucune chance de faire élire une masse de députés - vraiment le seul à encore croire en cette forme de démocratie de tous les jours et non pas celle de la journée des élections.

Voici maintenant mes prédictions:

1) Élection d'un GOUVERNEMENT MINORITAIRE dirigé par le Parti Conservateur;
2) Une opposition dirigée par le NPD;
3) Une déconfiture du Parti Libéral;
4) L'élection d'une forte députation du Bloc Québécois au Québec (+ de 50 députés);
5) L'élection de tout au plus 5 députés au Parti Vert dont Élisabeth May.

Un petit surplus:

Suite à ces élections, Stéphane Dion quittera son poste de chef du PLC alors que Gilles Duceppe annoncera son départ de la politique fédérale.

On verra tout cela le 15 octobre alors que la vie normale reprendra ses droits...

samedi 27 septembre 2008

SAUT: 233



Voici le dernier saut de septembre.

Il nous faudra bien, avec les élections fédérales canadiennes qui auront lieu dans la deuxième semaine d'octobre, le 14 plus précisément, il faudra bien en jaser... un petit peu. Le crapaud ressortira-t-il sa combien brillante et désormais illustre démonstration sur l'art de voter afin d'obtenir un gouvernement minoritaire? On verra... Toutefois, un fait s'impose: la nécessité de conserver cette intéressante manière de faire, autant à Ottawa qu'à Québec, celle de se donner un gouvernement minoritaire.

D'ici là, je vous offre le dernier poème que le crapaud a déposé sur le site Oasis. Il n'est pas tout à fait évident, enfin je vous laisse le recevoir et le juger. Il traite d'une problématique qui m'interpelle depuis plusieurs années: la personnalité des junkies. Et comme dans mes nombreuses promenades montréalaises je remarque que cette clientèle semble se multiplier en plus de sensiblement rajeunir, il m'est apparu essentiel pour la mise à niveau de ma réflexion sur le phénomène, de traduire en poème où j'en étais... où j'en suis...

Je crois que j'aurai beaucoup de difficulté à trouver les bonnes photos pour l'accompagner.






ils sont…


ils sont (des transgresseurs) de clôtures tubulaires… à bout de bras…
nouant à leurs ailes des gestes individuels

ils sont (des inutiles) ingurgitant l’oxygène alcoolisée des rues… à bout de souffle…
les eux et les autres ne font pas long feu au bout de vous

ils sont (des chandelles) brûlant par les deux bouts… au bout du tunnel…
les on qui les nomment ont des noms de démons

ils sont (d’impuissants) poètes aiguillés par la poussière… à bout de siècle…
les qui que ce soit sont des quiproquos iroquois

ils sont (des manipulateurs) de fausses équations quantiques… au bout du rouleau…
les toi/soi/moi se singularisent au pluriel

ils sont (des répondants) aux appels lancinant de leurs corps… au bout du fil du bout du monde…
ceux qui ne comptent plus sur quiconque

ils sont… à tirer à bout portant… par les bien-pensants en trois-pièces cramoisis
aucun n’étant plus ou moins l’autre

ils sont (des graffitis délavés) pour études doctrinaires… à bout de forces, au bout de leurs peines…
le/la/les écrits en lettres sanguines aux bras

ils sont (des ils personnels) de bout en bout et d’un bout à l’autre…pour un bout de temps…
des plusieurs (ignorés) de plusieurs

tout est au bout de tout sur une même ligne centripète
et ils sont… (ces êtres sans avoirs) criant des mensonges aux planètes urbaines
(ces écrasés) dans des parcs sales, dans des rues sans fin,
dans d’étroits couloirs de mosaïques saisons,
dans des regards éberlués retournés vers leurs chiens
(ces riens) immenses de leur tout…


ils sont… (des salmigondis) sur pelouse jaunie


et s’ils entendaient ceci,
ils n’en seraient pas moins ce qu’ils étaient
à peine plus loin que leurs paroles atrophiées
quotidiennement appauvries de l’indispensable essentiel
(ces quidams tatoués) au goût d’éther
qui les pousse encore plus haut que ce qu’ils visaient

et s’ils entendaient cela,
ils ne seraient pas surpris de ce qu’on leur impute
(sourds) et (muets) et (aveugles) aux slogans hygiéniques
promenant dans leurs mains coupées des tranches de jour et de nuit
s’effilochant sous leurs pieds ampoulés
puis s’en iraient d’où ils venaient…

ils sont… seront…
ils étaient… seront…
(de vitreux regards) sur l’intempérie de la vie





Au prochain saut

lundi 22 septembre 2008

SAUT: 232

Carte postale



De retour de Cuba.


Odile et son crapaud de père ont vécu une semaine de rêve. Nous croyons sincèrement que le fiston dans le ventre de la maman aimera beaucoup le soleil, la plage et la mer. Toute la semaine, il a été gentil et a manifesté son enthousiasme par des mouvements qui pouvaient rappeler ceux des vagues.

Rien de IKE sur la plage de Varadero.

Température variant entre 33 et 36 degrés.

Quelques nuages sont venus à petits pas timides le vendredi seulement, nous servir de parasol.

Les couleurs furent joyeuses dans leur vert, leur bleu et leur turquoise.


Les Cubains, toujours aussi affables et positifs se sont relevés des ouragans avec autant de rapidité que d'énergie.

Excellente organisation.

Un peu comme au lendemain d'une tempête de neige sur le Québec.

Le retour à Montréal, ce fut de passer de 33 à 6 degrés... Il faut être bâti solide...

On reprend donc nos petits sauts.

mercredi 10 septembre 2008

SAUT: 231





Partirons-nous ou ne partirons-nous pas?

L'ouragan IKE a semé la terreur sur l'île de Cuba mais comme les informations sont parfois fragmentaiures ou encore excessives, connaître l'exacte situation est difficile.

Tout cela pour dire que le crapaud et sa fille Odile (enceinte de cinq mois) doivent se retrouver sur les plages de Varadero dimanche prochain. Certains nous diront que c'est un peu malvenu d'aller profiter de la mer alors qu'à quelques kilomètrees à peine des gens ont tout perdu et manquent de l'essentiel. D'autres ajouteront que c'est une fort mauvaise idée que celle d'aller se prélasser sur les plages cubaines en pleine saison des ouragans!

Sans doute vraies ces deux affirmations. Que voulez-vous, nous aimons cette île, elle nous accueille agréablement à chaque fois et nous souffrons beaucoup de la situation peu ordinaire qui l'afflige actuellement. On ne doit pas, toutefois, cesser de vivre pour autant. Alors nous suivons de près l'évolution de la situation et prendrons une décision au tout dernier moment.

D'ici là, c'est septembre depuis 10 jours maintenant. Il se fait tout doucement sentir par ses nuits plus fraîches, son soleil un peu différent et ses couleurs lorsqu'il s'enfonce à l'ouest. Un peu de pluie aussi, mais comme l'été nous en a largement fait profiter, elle devient moins un critère qui nous incite à croire que l'automne se profile au coeur des journées qui raccourcissent.


Je vous offre, ce matin, un poème de cet été.


Il s'intitule LA NUDITÉ DE L'OISEAU



la nudité de l’oiseau
sur l’asphalte des rues
dévisage le ciel à rebours des arbres


un oiseau nu
une plume à la patte
marque sa dissidence


et le lit mourait de chaleur
la canicule comme draps
l’oiseau pour messager




la nudité de l’oiseau
sur l’asphalte des rues
habille de cliquetis les feuilles immobiles


un oiseau nu
un jonc rond de pigeon à la patte
voyage sur les mensonges de la lune


et le lit mouillé
sur lui-même se retourne
comme un serpent prisonnier



pendant que la tête nue de l’oiseau atténue le vent




Au plaisir de se retrouver après Cuba si le voyage a lieu, ce sera alors vers le 22 septembre, donc l'automne aura déclaré «présent» ou avant, si jamais le voyage est annulé.

Au prochain saut

dimanche 7 septembre 2008

SAUT: 230



Il faudrait bien que s'achève ici, en ce deux cent trentième saut, les lignes consacrées à Hector de Saint-Denys-Garneau, certainement le poète que j'affectionne le plus; celui qui, encore maintenant, plus de quarante ans après l'avoir découvert, lu, relu, visité jusqu'à sa tombe de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier le 2 août 1995, dans le comté de Portneuf, sait par la magie de ses mots, leurs jeux dans l'espace et leur manière de retomber à l'intérieur de soi avec cette douce facilité des choses difficiles à rendre, par leur sobriété et leur force, sait donner à une expérience individuelle, la sienne, une dimension universelle.

Il le faudrait bien. Surtout que nous voilà aux dernières années de sa vie, celles allant de 1940 à 1943.

Les derniers mots écrits par le poète, deux mois avant sa mort le 23 octobre 1943 sont très révélateurs: «Ne venez pas me voir.» Les adressaient-ils à ses amis de l'époque, à ses lecteurs, si peu nombreux, à sa famille ou les adressaient-ils à la postérité? Voulait-il, désirait-il que cette oeuvre fut détruite avec lui?

Et pourtant sa mort, autour de laquelle plusieurs hypothèses furent émises, allant de la crise cardiaque au suicide, fut l'occasion pour je ne sais trop combien de gens de découvrir chez Saint-Denys-Garneau, tout comme ils le firent pour Alain Grandbois, une poésie nouvelle, rafraîchissante, artistique car elle allie plusieurs éléments provenant de la peinture à la musique en passant par la littérature et la philosophie. La lumière et la nuit. La spiritualité également vers laquelle il tendait, ayant été fondamentalement insatisfait par le christianisme des années entre les deux guerres. Les années de la grande crise économique, également

Alain Grandbois dit de la poésie de Saint-Denys-Garneau qu'elle est « insaisissable... comme le vent, l'eau, la lumière, la nuit...» L'être aussi, mais le poète le dépasse et c'est certainement ce qu'il souhaitait nous indiquer en demandant de ne pas venir le voir, lui, mais le poète, certainement.



Sa cousine, Anne Hébert a écrit: « Le paysage d'eau et de feuillages avait fait un pacte avec lui. Le plus profond, et le plus cruel pour nous. Le paysage a accepté l'offrande consommée sur cette grève de glaise, près des sapins noirs. Nous sommes dépouillés du visage particulier de lumière qu'il avait et que la grande lumière a reconquis. Il s'était offert à la lumière et la lumière l'a repris. La nuit s'est faite sur le monde et sur notre coeur.»



Pour sa part, Robert Élie dans sa présentation des Poèmes Choisis (Fides) exprime le fait que Saint-Denys-Garneau « nous décrit les états multiples d'une solitude qui grandit. Au thème de l'accompagnement des choses se succède celui de l'absence: le temps et l'ombre nous poursuivent et nous prennent «au piège d'une solitude définitive»; l'ombre, aussi menaçante à midi qu'à minuit, l'emporte toujours sur la lumière; les chemins que l'on suit au fond de la vallée se rompent comme un mauvais fil...»

Dans un texté publié par la revue Liberté en 1982, Yvon Rivard parle de la poésie de Saint-Denys-Garneau en ces termes: « Poésie qui ne célèbre ni les dieux ni les hommes, poésie qui renonce au chant au profit d'une parole neutre, impersonnelle, qui ne dit plus que le désir de s'effacer dans le premier et le dernier mot, ce mot qui nous permettrait de tout dire, de tout voir, mais qu'on ne peut prononcer qu'en se taisant.»

De son côté, Jacques Blais ajoute: « Des choses apparaissent qui, subitement, s'occultent. Un mouvement s'arrête pour aussitôt reprendre, sitôt passé l'intervalle.»

Dans la postface de REGARDS ET JEUX DANS L'ESPACE (Boréal 1993) Réjean Beaudoin écrit: « Le mélange d'étrangeté et de proximité qu'on sent à le lire est neuf. Le don qu'il nous fait, on ne saurait jamais assez le désirer pour le mériter et on l'attendra toujours trop pour savoir y renoncer.»

Avant de vous offrir deux poèmes de Saint-Denys-Garneau et le saluer, voici ce que j'écrivais le 2 août 1995:

- Visite à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. Impossible de monter au manoir qui appartient maintenant à un monsieur anglophone. Le manoir est situé au 4, Saint-Denys-Garneau. Nous voyons sa plaque collée à la croix en plein centre du cimetière face à l'église. Rien de spécial dans cette petite localité ne signale la présence de SDG. Un bonhomme nous raconte que le manoir a été vendu à un médecin qui l'a dépouillé de tous ses meubles d'époque. La maison de Anne Hébert tenue par son frère serait tout à côté du manoir. C'est derrière une masse d'arbres et surélevé par rapport à la route (chemin de Fossembault) que se cache le manoir Juchereau-Duchesnay qui appartenait aux Garneau. La rivière Jacques-Cartier coule au pied du manoir. En face de l'église, une grande croix de fer est installée. Il y a déjà plus de 50 ans que SDG est mort et son souvenir semble ne pas être exploité pour le jeu de touristes curieux qui y viennent. Voilà.


GLISSEMENT


Qu'est-ce que je machine à ce fil pendu
À ce fil une étoile à la lumière
Vais-je mourir là pendu
Ou mourir un noyé fatigué de l'épave

Glissement dans la mer qui vous enveloppe
Une véritable soeur enveloppante

Et qui transpose la lumière en descendant
La conserve à vos yeux pour les emplir

Souviens-toi de la mer qui t'a bercé
Vieux mort bercé au glissement de ce parcours
Accompagné de lumière verte
Qui trouble d'un remous l'ordonnance de ses réseaux
À travers les couches de l'onde innombrable
Et maintenant dans les fonds calmes caressé d'algues
Souviens-toi des vagues et leurs bercements
Vieux mort enfoui dans les silences sous-marins



Et j'achève avec UN POÈME A CHANTONNÉ TOUT LE JOUR

Un poème a chantonné tout le jour
Et n'est pas venu
On a senti sa présence tout le jour
Soulevante
Comme une eau qui se gonfle
Et cherche une issue
Mais cela s'est perdu dans la terre
Il n'y a plus rien

On a marché tout le jour comme des fous
Dans un pressentiment d'équilibre
Dans une prévoyance de lumière possible
Comme des fous tout à coup attentifs
À un démêlement qui se fait dans le cerveau
À une sorte de lumière qui veut se taire
Comme s'ils allaient retrouver
ce qui leur manque
La clef du jour et la clef de la nuit
Mais ils s'affolent de la lenteur
du jour à naître

Et voilà que la lueur s'en re-va
S'en retourne dans le soleil hors de vue
Et une porte d'ombre se referme
Sur la solitude plus abrupte et plus incompréhensible.

Le silence strident comme une note de musique
qui annihile le monde entier
La clef de lumière qui manque
au coffre de tous les trésors.

Le poète nous demande de ne pas venir le voir. Respectons son voeu. Mais ne cessons pas de revenir à son oeuvre qui aujourd'hui encore fait partie de ce qui aura été fait de mieux dans l'univers de la poésie québécoise.



Au prochain saut

dimanche 31 août 2008

SAUT: 229



Une dizaine de jours plus tard et nous retrouvons Hector de Saint-Denys-Garneau consacrant beaucoup de son temps des années 1935 et 1936 à des écrits pour LA RELÈVE qui regroupe plusieurs confrères et amis. Il rédige un journal, écrit des poèmes, esquisse des contes et des récits.

En 1937, Saint-Denys-Garneau dirige l'édition et la publication de REGARDS ET JEUX DANS L'ESPACE qu'il retirera du commerce assez rapidement, déçu par l'accueil que l'on réserve à son oeuvre.
Il expose ses toiles pour une seconde fois à la Galerie des Arts de Montréal, de même qu'au Musée des Beaux-Arts. Cette même année, en fait il partira le 2 juillet, en bateau, en direction de la France après un arrêt à Southhampton, en Angleterre. Il visitera Toulouse, Lourdes, Paris et Chartres dans ce qu'il appellera des jours tourmentés. Au point qu'il précipite son retour pour Québec, le 23 juillet.

En février 1938, on assiste à la publication dans la revue l'Action nationale d'une critique de livres intitulée «Les cahiers des poètes catholiques». Il s'agira de son dernier article alors que dans une lettre il confie à un ami ne plus avoir le goût d'écrire.

Durant les années 1939 et 1940, il voyage aux États-Unis de même qu'entre Québec et Saguenay, mais ses séjours au manoir familial se font de plus en plus nombreux. C'est l'époque au cours de laquelle il rompt avec ses amis et se plonge dans le silence.
Il tente également de s'enrôler dans l'armée canadienne afin de rejoindre son frère Paul au front. On le refuse en raison de l'état fragile de son coeur.


Les deux poèmes que je vous offre ce matin, avant d'aborder les dernières années de la vie de ce gigantesque poète - dans le prochain saut - sont tirés de REGARDS ET JEUX DANS L'ESPACE. Le premier s'intitule...


Le Jeu.


Ne me dérangez pas je suis profondément occupé

Un enfant est en train de bâtir un village
C'est une ville, un comté
Et qui sait
Tantôt l'univers.

Il joue

Ces cubes de bois sont des maisons qu'il déplace
et des châteaux
Cette planche fait signe d'un toit qui penche
ce n'est pas mal à voir
Ce n'est pas peu de savoir où va tourner la route
de cartes
Ce pourrait changer complètement
le cours de la rivière
À cause du pont qui fait un si beau mirage
dans l'eau du tapis
C'est facile d'avoir un grand arbre
Et de mettre au-dessus une montagne
pour qu'il soit en haut.


REGARDS ET JEUX DANS L'ESPACE est construit à partir de sept branches. Les voici en ordre:
1.- Jeux (5 poèmes)
2.- Enfants (2 poèmes)
3.- Esquisses en plein air (7 poèmes)
4.- Deux paysages (2 poèmes)
5.- De gris en plus noir ( 3 poèmes)
6.- Faction (3 poèmes)
7.- Sans titre (5 poèmes)


Il s'achève finalement sur le deuxième poème que je vous présente; il s'intitule ACCOMPAGNEMENT.

Je marche à côté d'une joie
D'une joie qui n'est pas à moi
D'une joie à moi que je ne puis pas prendre

Je marche à côté de moi en joie
J'entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
et dire voilà c'est moi

Je me contente pour le moment de cettte compagnie
Mais je machine en secret des échanges
Par toutes sortes d'opérations, des alchimies,
Par des transfusions de sang
Des déménagements d'atomes
par des jeux d'équilibre

Afin qu'un jour, transposé,
Je sois porté par la danse de ces pas de joie
Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi
Avec la perte de mon pas perdu
s'étiolant à ma gauche
Sous les pieds d'un étranger
qui prend une rue transversale.

À suivre

jeudi 21 août 2008

SAUT: 228



Nous revenons à Saint-Denys-Garneau que nous avions laissé au tout début de son écriture, lors des années 1925-27.

En 1927, momentanément, il revient au Collège Sainte-Marie qu'il quittera bientôt pour les Jésuites du Collège Brébeuf. Il renoncera aux Beaux-Arts cette même année. Sa santé commence à vraiment l'affaiblir et on lui offre un professeur privé avec lequel il achèvera ses Éléments Latins et sa Syntaxe. En septembre 1927, c'en est fait des Beaux-Arts et il semble qu'il devra avoir recours à un autre professeur privé afin de poursuivre ses études classiques, santé oblige...

Le 6 octobre 1928, Saint-Denys-Garneau gagne, avec le poème L'Automne, le Premier Prix du concours de poésie de l'Association des Auteurs Canadiens. Je vous le présentais au saut 227.

Il est intéressant de noter qu'à cette époque, le poète écrivait et ajoutait un dessin relié au thème. Cela lui permet d'aller plus loin sur le chemin de son inspiration. En 2002, Les Éditions Nota Bene/ Éditions de l'Outarde ont publié Recueil de poésies, Inédit de 1928, afin de souligner le 90ième anniversaire de naissance de Saint-Denys-Garneau. On y retrouve des poèmes calligraphiés ainsi que quelques dessins.

Jusqu'en 1934, année au cours de laquelle il apprend d'un médecin qu'il a un souffle au coeur, ce qui expliquerait ses problèmes de santé, le poète étudie au Collège Sainte-Marie et collabora à diverses publications étudiantes. Nous le retrouverons, lors du prochain saut, à cette époque, mais pour le moment je vous offre deux magnifiques poèmes de celui qui écrivait: « Je me suis réveillé en face du monde des mots. J'ai entendu l'appel des mots, j'ai senti la terrible exigence des mots qui ont soif de substance. Il m'a fallu les combler, les nourrir de moi-même.»

Vous ai-je dit que lors de ma première lecture d'un poème de Saint-Denys-Garneau ( c'était CAGE D'OISEAU), pour ce poète seulement, je me suis lancé dans un cahier de lecture et d'écriture... En effet, je transcrivais tout ce que je lisais de lui, même si déjà je possédais l'oeuvre imprimée!

Voici cette Cage d'oiseau:

Je suis une cage d'oiseau
Un cage d'os
Avec un oiseau

L'oiseau dans ma cage d'or
C'est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n'arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l'on cesse tout à coup
On l'entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C'est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d'or

Voudrait-il pas s'envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu'est-ce que c'est

Il ne pourra s'en aller
Qu'après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.



Et je découvrais la poésie libre, sans ponctuation, tentant de me convaincre que cela ne pouvait pas être aussi «bon» que Nelligan, car écrire sans rimes, rejeter alexandrin et césure, ça ne pouvait qu'être facile, simple, moins... poétique. Pourtant! Je pénétrais dans ce que réellement je recherchais en poésie. C'est-à-dire ce qui se cache derrière et sous les mots, des images à la fois colorées, interprétables différemment selon les moments de lecture.

Je ne veux pas aborder cette période au cours de laquelle l'analyse des poèmes de Saint-Denys-Garneau, j'oserais dire son passage au crible ou pire encore, l'obligation de les lire affublé de lunettes psychanalytiques, devait obligatoirement partir de la clef de la spiritualité. Je ne voulais pas comprendre mais respecter ce que j'avais sous les yeux, l'oeuvre d'un homme troublé et émouvant, oui, déchiré et attaché, également, mais d'abord un artiste que je souhaitais mieux connaître strictement pour ce qu'il me disait.


Voici le deuxième poème que je vous offre aujourd'hui. Moins connu mais non moins génial, il s'intitule SILENCE:

Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre
qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor,
ses paroles
Hors l'atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l'éternel,
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d'évidences de l'éternité qui passe ici,

Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu'elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs.


À suivre...






lundi 11 août 2008

SAUT: 227


Les derniers poètes qui eurent (ont encore et toujours) de l'influence sur le crapaud étaient de la grande francophonie. En fait, France et Belgique.

Aujourd'hui, il s'agit d'un Québécois. Un très grand parmi les grands. Certainement celui qui m'aura ouvert les yeux sur la couleur, les odeurs, les deux associés, et sur cette prise de conscience que la vie d'un véritable poète n'est pas seulement ordinaire et quotidienne. Elle possède un sens dramatique, parfois tragique.

Hector de Saint-Denys-Garneau, car il s'agit de lui.

Il faudra plus d'un saut pour tout présenter ce que le crapaud a ramassé sur le cousin d'Anne Hébert, et cela depuis plus de quarante ans...

Voici comment, en août 1936, Saint-Denys-Garneau définissait le poète:
«Le poète est un homme qui appelle les choses par leur nom.
Il sonne l'appel des choses à l'esprit
Par lui les choses viennent se ranger à l'ordre de l'esprit,
faites intelligibles,
appelées intelligemment par leur nom.»

Hector de Saint-Denys-Garneau est né le 13 juin 1912, à Montréal. L'arrière-petit-fils de l'historien François-Xavier Garneau et petit-fils du poète Alfred Garneau habite avec ses parents, de 1916 à 1923, au manoir ancestral des Juchereau-Duchesnay, à Sainte-Catherine de Fossembault.

En 1923, il commence des études classiques chez les Jésuistes à Montréal et s'inscrit, en 1924, à l'École des Beaux-Arts de Montréal.

Changement de collège en 1924; il se retrouve, toujours chez les Jésuites, mais au Collège Loyola de Westmount. C'est à ce moment qu'il croit profondément que la peinture sera sa vocation.

Il recevra en 1925 un deuxième prix et une médaille de bronze à l'École des Beaux-Arts où il étudie d'abord de jour puis de soir.

Il remporte, en 1926, le concours de poésie de l'Association des Auteurs Canadiens avec le poème qui suit. Il s'agit du concours Henry Morgan auquel plus de 1500 enfants participèrent.




Le Dinosaure



Il était gigantesque
Et son nom je vous dis
Était presque
Aussi grand que lui

Il s'appelait Dinosaurus
Et puis ce n'est pas tout
Il s'appelait aussi Brontosaurus
Et Amphibie. Qu'en pensez-vous?

Et savez-vous comment
Il a de ce monde disparu
Et que depuis ce temps
On ne l'a pas revu?

C'est ce que de vous dire
Il m'est venu l'idée,
Et j'espère qu'à me lire
Vous vous amuserez.

Il était bien méchant
Et vous pourrez vous-mêmes
En juger, et peut-être plus méchant
Que je ne le trouve, vous le trouverez même.

Une fois, dans un jardin,
Ce méchant animal
Était entré, où le chien
Était à son travail.

Ce chien était le maître de la maison,
Et lui dit d'une manière bien polie:
« Monsieur, dont je ne connais pas le nom,
Vous n'avez pas d'affaires ici. »

Mais l'autre se mit à rire
Et l'assomma;
Et même il fit bien pire,
Il le mangea!

Lorsque du chien la femme
Et les enfants virent cela,
Ils prièrent Notre-Dame
De punir ce meurtrier-là.

Aussi leur prière
Fut exaucée, et l'Éternel
Le jeta dans la mer
Et le changea en sel.

Maintenant que j'ai satisfait
Votre curiosité,
Je vais vous dire ce qui arriverait
S'il n'avait cessé d'exister.

Si en ce monde
Il était aujourd'hui
Nous serions de ce monde
Tous à jamais partis.

Car s'il avait
De vivre continué
Il nous aurait
Comme moucherons gobés!

(C'est signé: de St-Denys-Garneau, décembre 1925 - 13 ans -)


On retrouve ce poème dans un cahier (que l'on reconnaît aujourd'hui comme étant le premier cahier de son journal ), qu'il appela LE CULTE DU BEAU.

En introduction il écrivait:
« Je mettrai dans ce petit recueil les essais de poésie que j'ai fait (s) et ceux que je ferai désormais. Mon premier essai, Le Dinosaure, qui m'a valu le premier prix de 25.00$, au concours littéraire ouvert par Henry Morgan, le 12 janvier 1926, inaugure ce recueil. »
C'est signé par lui le 6 décembre 1927.

Je vous offre un deuxième poème tiré du même recueil - novembre 1926 - et qui s'intitule L'AUTOMNE.

Entre les feuilles aux vives couleurs,
Le Soleil, aux rayons ardents,
Se mire dans le ruisseau qui pleure,
Y fait danser mille diamants.

Le moindre souffle de Borée
Produit une superbe envolée
D'or, de pourpre, de vermillon
Comme un nuage de papillons.

Et les feuilles, ainsi emportées,
Tombent sur la verte mousse,
La couvrent d'un tapis coloré
Des teintes vertes jusques aux rousses.

Sous ce tapis le petit sentier
Disparaît presque tout entier,
Comme le tapis disparaîtra
Sous la neige, dans quelques mois.

Et les oiseaux, transis de froid,
Quittent nos ramiers et nos bois
Et partent par la voie des airs,
Vont se chauffer dans les déserts.

À suivre...

vendredi 1 août 2008

SAUT: 226



Nous avons débuté le mois de juillet avec André Breton. Le Surréalisme.

Sans doute vous attendez-vous à ce que le mois d'août s'enclenche avec... soit le Romantisme de Victor Hugo? ... le Réalisme de Zola? ... le Parnasse de Théophile Gautier? ... le Symbolisme de Rimbaud? ... l'Absurde d'Ionesco? ... le Nouveau Roman de Robbe-Grillet? ... ou encore le Panique de Fernando Arrabal?

Eh! bien non... À votre grande et combien agréable surprise, je vous offre deux poèmes, cru printemps/été 2008, jamais placé en fût de chêne et non prévu pour un certain vieillissement.

Le premier a été déposé sur un site (Oasis) qui proposait un concours dont le thème était la lune et le deuxième, sur le même site, porte sur le thème de l'inspiration.






marcher à reculons, sur la lune…


… quel d(és)astre!

Au clair de la lune, mon ami Pierrot s’endort.
Sur terre, il chantait à la lune
là, entre ces cratères trouant la Lumineuse
à reculons, il marche…

… Lune et Terre par l’arc-en-ciel réunies …

De son sommeil, Frère Jacques s’éveille
surpris par les traces de poussière
que laissèrent les plumes et les chandelles
et à reculons, il marche…

… Spoutnik et Apollo, artéfacts d’acier …

Frère Jacques et mon ami Pierrot,
tels deux frères lunatiques ne reculant devant rien,
à contrepied dessinent pour les enfants terriens
des couchers de soleil sur l’arc-en-ciel…

… à moins que ce ne soit des songes
desquels, lunaires parents marchant à reculons…
les yeux tournés vers la terre
leur lancent de lointaines comptines.

À rebours de la Terre, au rebord de la Lune,
comme accrochés au bout de l’arc-en-ciel,
mon ami Pierrot et Frère Jacques
attendent depuis tant de siècles
le doux sommeil des enfants
rêvant aux astres lointains
à un petit Spoutnik
ou à un Apollo
d’acier…




le mec de chez MacDonald’s



le mec de chez MacDonald’s
entoure sa tête d’un capuchon noir
poète du plastique
il écrit au crayon de plomb sur des sacs blancs et rouges,
tambourinant sur des ustensiles immaculées,
il écrit un poème entre deux coups de dents dans une boulette de viande


le mec de chez MacDonald’s
dévisage sa silhouette noire
que lui rejette l’immense fenêtre salie
sur laquelle s’écrase une neige éclaboussée en millions de graviers blancs


le mec de chez MacDonald’s
recule au fond de la banquette râpée par l’usure des clients
et derrière le miroir à deux faces qu’il fixe impertinemment
il est minuit alors que l’horloge indique cinq heures
que la rue est vide
et que le dernier métro n’est pas celui qui partira dans six minutes


les mains du mec de chez MacDonald’s
rougies par le froid
écrivent le mot sang
au bas d’une serviette en papier recyclé


au verso
indéchiffrable
un dessin hectique





Au prochain saut

dimanche 27 juillet 2008

SAUT: 225

Agota Kristof

Qui n'a pas lu Agota Kristof? Vous savez cette extraordinaire trilogie: Le grand Cahier, La preuve et finalement Le troisième mensonge. Trilogie à facettes multiples où se mêlent sans qu'on puisse toujours les distinguer, fiction, réalité et mensonge à travers l'histoire pathétique de deux frères jumeaux.

Parlons un peu de l 'auteure.

Agota Kristof est née en 1935 à Csikvand / Hongrie et vit depuis 1956 en Suisse romande. Elle a d'abord travaillé dans une usine où elle a appris la langue de sa patrie d'élection, avant de se faire un nom comme écrivaine de langue française.


Les livres, maintenant.

LE GRAND CAHIER (Éditions du Seuil, 1986): dans un pays ravagé par la guerre, deux enfants (des jumeaux) abandonnés à eux-mêmes, font seuls l'apprentissage de la vie, de l'écriture et de la cruauté.

Suivra en 1988, LA PREUVE: les jumeaux sont séparés, Lucas demeurant dans son pays où sévit un régime totalitaire. Puis revient l'autre qui découvre qu'il n'y a pas toujours de générosité sans crime.

Finalement en 1991, LE TROISIÈME MENSONGE: après la guerre et le régime de plomb, il faut affronter la vérité. Mais ne serait-elle finalement qu'un mensonge?



Voici quelques phrases de ces trois livres, retenues et transcrites dans mon cahier de lecture:

. À force d'être répétés, les mots perdent peu à peu de leur signification et la douleur qu'ils portent en eux s'atténue.

. Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace.

. On s'embarque n'importe où, n'importe quand, avec qui on veut, si on le veut vraiment.

. Chacun d'entre nous commet dans sa vie une erreur mortelle, et quand nous nous en rendons compte, l'irréparable s'est déjà produit.

. Il disait que le lieu idéal pour dormir, c'était la tombe de quelqu'un qu'on avait aimé.

. - Mes enfants ne jouent pas.
- Que font-ils?
- Ils se préparent à traverser la vie.
Je dis:
- J'ai traversé la vie et je n'ai rien trouvé.
Mon frère dit:
- Il n'y a rien à trouver. Que cherchais-tu?
- Toi. C'est pour toi que je suis revenu.
Mon frère rit:
- Pour moi? Tu le sais bien, je ne suis qu'un rêve. Il faut accepter cela. Il n'y a rien, nulle part.

. ... un livre, si triste soit-il, ne peut être aussi triste qu'une vie.

Trois mots me restent de ces lectures. Du premier livre, la cruauté. Du deuxième, la générosité. Le mensonge, pour le troisième. Je me suis permis d'aller chercher chez des philosophes une définition pour chacun des mots.

Nietzsche parle ainsi de la cruauté: « De tous les animaux, l'homme est le plus cruel. C'est dans les tragédies, les combats de taureaux et les crucifixions qu'il s'est trouvé le mieux sur la terre. Et lorsqu'il inventa pour lui l'enfer, voyez, ce fut pour lui le ciel sur la terre.»

«La générosité est le plus dangereux visage de l'erreur», C'est ce qu'en pense Robert d'Harcourt.

Et finalement, pour le mensonge, on a le choix. J'aime bien ce qu'Eugène Rey dit: «Un mensonge souvent n'est qu'une vérité qui se trompe de date. Et cela peut se dire aussi bien de la science que de l'amour.»


La trilogie a été adaptée pour le théâtre. Voici un lien très intéressant qui en parle:




Au prochain saut

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...