lundi 7 juillet 2008

SAUT: 219

Est-ce un début de sénilité? Ou tout simplement, l'immense plaisir de vous faire partager les premiers poèmes - mis à part ceux de Marie Noël que je lisais pour faire plaisir à cette adorable vieille cousine-germaine - qui m'ont amené à la poésie. Je vous en reparle plus loin...

La femme

Mais maintenant vient une femme,
Et lors voici qu'on va aimer,
Mais maintenant vient une femme
Et lors voici qu'on va pleurer,

Et puis qu'on va tout lui donner
De sa maison et de son âme,
Et puis qu'on va tout lui donner
Et lors après qu'on va pleurer

Car à présent vient une femme,
Avec ses livres pour aimer,
Car à présent vient une femme
Avec sa chair tout en beauté,

Et des robes pour la montrer
Sur des balcons, sur des terrasses,
Et des robes pour la montrer
À ceux qui vont, à ceux qui passent,

Car maintenant vient une femme
Suivant sa vie pour des baisers,
Car maintenant vient une femme,
Pour s'y complaire et s'en aller.


Max Elskamp (Poète belge né en 1862, décédé en 1931. Parmi les poètes symbolistes belges, un des plus originaux.)





Poème flou

Où va la pluie, le vent la mène
En tintant sur le toit
Et je me serrais contre toi,
Pour te cacher ma peine.

Le jardin noir aux arbres nus,
Ta petite lampe en veilleuse,
Tes soupirs heureux d'amoureuse
Que sont-ils devenus?

J'écoute encore tomber la pluie:
Elle n'a plus le même bruit...

Francis Carco (Ce poète, ce peintre de la bohême, est né en 1886 et décède en 1958. Il sera le chef de l'École fantaisiste. Je vous signale qu'au saut 186, se retrouve l'extraordinaire poème de Carco, L'OMBRE.)





Si j'ai parlé

Si j'ai parlé
De mon amour, c'est à l'eau lente
Qui m'écoute quand je me penche
Sur elle; si j'ai parlé
De mon amour, c'est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches.;
Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent;
Si j'ai parlé
C'est à l'écho.

Si j'ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches,
Et c'est ton ombre que je cherche.

Henri de Régnier (Grand parnassien puis symboliste né en 1864, mort en 1936. Poète des nuances, on sent chez lui l'influence de l'art poétique de Verlaine.)






Il n'y a pas de poètes québécois?

Alors que j'arrivais à la poésie, d'abord par la lecture, puis l'humble acceptation qu'un poème ne se doit pas dêtre nécessairement «compris» mais «ingéré» dans cet espace de soi où le créatif s'amuse, que «l'éternité d'un poème» comme le disait si bien Federico Garcia Lorca « dépend de la qualité et de la texture de ses images », ce fut à la poésie française. Les poètes québécois, c'est vraiment à partie de Gaston Miron que j'y suis arrivé.

À ceux d'aujourd'hui, poèmes et poètes, je pourrais ajouter tout Rimbaud, une bonne partie de Verlaine, si cela était possible du Baudelaire et encore du Baudelaire...

Je lisais, à l'époque, de manière compulsive; observateur de ces alchimistes des mots, comment ils se les appropriaient et surtout, au-delà de la sonorité, comment ils parvenaient à leur faire dire autre chose. À une première lecture, c'était ceci, puis encore autre chose à la suivante et ainsi de suite pour chacune des relectures.

Je ne lisais pas pour ensuite imiter. Non. Je lisais parce que le monde des images qui surgissent parfois de manière bizarre, inouïe et imprévue, - mallarméenne - ce monde devenait un autre monde; celui que j'aimais, que j'aime toujours.

Je reviendrai, bientôt, avec d'autres poèmes, des phares dans ma vie. Garcia Lorca, pour sûr, et tous ces poètes québécois immenses que sont Saint-Denys-Garneau, Nelligan, Anne Hébert, Gatien Lapointe, l'unique Roland Giguère, Gaston Miron... pour ne nommer qu'eux.


Au prochain saut




jeudi 3 juillet 2008

SAUT: 218



Pourquoi ne pas commencer juillet avec André Breton, le fondateur du surréalisme, mouvement qu'il a animé dès 1924 - il est né en 1896 - et dont le propos est de «changer la vie, transformer le monde, refaire de toutes pièces l'entendement humain.»

Les citations que je vous offre aujourd'hui sont tirées de NADJA.

(« Dis-moi qui tu hantes... », telle est la question que se pose, au départ, l'auteur de ce livre pour tenter d'en déduire qui IL est. Pour le théoricien du surréalisme qu'est André Breton - écrivain en quête d'une réalité supérieure résultant de la fusion du réel avec le rêve - le mystère du MOI ne s'élucide qu'en marge de la vie banale soumise à la contrainte du travail quotidien, grâce à ces rencontres que l'on dit fortuites.

Tel jour de 1926, quelque part dans Paris, il croise une inconnue dont la fragilité, le sourire imperceptible et le curieux maquillage inachevé retiennent l'attention. Nadja vient d'entrer dans son existence pour le temps bref où la jeune femme se joue pour lui des énigmes, « toujours inspirée et inspirante », avant de s'enfoncer dans la nuit.

Cette oeuvre datant de 1928 et revue en 1963 par l'auteur, est un témoignage capital sur l'état d'esprit originel et plus que jamais vivant du surréalisme.» ) - Tiré de la présentation du livre aux éditions Livre de Poche. -



. Qui étions-nous devant la réalité?

. J'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin sur un monde où les battements d'ailes de l'espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n'avais vu encore que des yeux se fermer.

. Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme. Des escaliers secrets, des cadres dont les tableaux glissent rapidement et disparaissent pour faire place à un archange potant une épée ou pour faire place à ceux qui doivent avancer toujours, des boutons sur lesquels on fait très indirectement pression et qui provoquent le déplacement en hauteur, en longueur, de toute une salle et le plus rapide changement de décor: Il est permis de concevoir la plus grande aventure de l'esprit comme un voyage de ce genre au paradis des pièges.

. Je ne sais quel sentiment d'absolue irrémédiabilité le récit assez narquois de cette horrible aventure me fit éprouver, mais j'ai pleuré longtemps après l'avoir entendu, comme je ne me croyais guère capable de pleurer.

. Qui suis-je? Si par exception je m'en rapportais à un vieil adage: en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je «hante»? Je dois avouer que ce dernier mot m'égare, tendant à établir entre certains êtres et moi des rapports plus singuliers, moins évitables, plus troublants que je ne pensais. Il dit beaucoup plus qu'il ne veut dire, il me fait jouer de mon vivant le rôle d'un fantôme, évidemment il fait allusion à ce qu'il a fallu que je cessasse d'être, pour être qui je suis. Pris d'une manière à peine abusive dans cette acception, il me donne à entendre que ce que je tiens pour les manifestations objectives de mon existence, manifestations plus ou moins délibérées, n'est que ce qui passe, dans les limites de cette vie, d'une activité dont le champ véritable m'est tout à fait inconnue. La représentation que j'ai du « fantôme » avec ce qu'il offre de conventionnel aussi bien dans son aspect que dans son aveugle soumission à certaines contingences d'heure et de lieu, vaut tout autant, pour moi, comme image finie d'un tourment qui peut être éternel. Il se peut que ma vie ne soit qu'une image de ce genre, et que je sois condamné à revenir sur mes pas tout en croyant que j'explore, à essayer de connaître ce que je devrais fort bien reconnaître, à apprendre une faible partie de ce que j'ai oublié. Cette vue sur moi-même ne me paraît fausse qu'autant qu'elle me présuppose à moi-même, qu'elle situe arbitrairement sur un plan d'antériorité une figure achevée de ma pensée qui n'a aucune raison de composer avec le temps, qu'elle implique dans ce même temps une idée de perte irréparable, de pénitence ou de chute dont le manque de fondement moral ne saurait, à mon sens, souffrir aucune discussion. L'important est que les aptitudes particulières que je me découvre lentement ici-bas ne me distraient en rien de la recherche d'un aptitude générale qui me serait propre et ne m'est pas donnée. Par-delà toutes sortes de goûts que je me connais, d'affinités que je me sens, d'attirances que je subis, d'événements qui m'arrivent et n'arrivent qu'à moi, par-delà quantité de mouvements que je me vois faire, d'émotions que je suis seul à éprouver, je m'efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. N'est-ce pas dans la mesure exacte où je prendrai conscience de cette différenciation que je me révélerai ce qu'entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur pour ne pouvoir répondre de son sort que sur ma tête?

. Tout ce qui fait qu'on peut vivre de la vie d'un être, sans jamais désirer obtenir de lui plus que ce qu'il donne, qu'il est amplement suffisant de le voir bouger ou se tenir immobile, parler ou se taire, veiller ou dormir, de ma part n'existait pas non plus, n'avait jamais existé: ce n'était que trop sûr.

. Elle était forte, enfin, et très faible, comme on peut l'être, de cette idée qui toujours avait été la sienne, mais dans laquelle je ne l'avais que trop entretenue, à laquelle je ne l'avais que trop aidée à donner le pas sur les autres: à savoir que la liberté, acquise ici-bas au prix de mille et des plus difficiles renoncements, demande à ce qu'on jouisse d'elle sans restrictions dans le temps où elle est donnée, sans considération pragmatique d'aucune sorte et cela parce que l'émancipation humaine, conçue en définitve sous sa forme révolutionnaire la plus simple, qui n'en est pas moins l'émancipation humaine à tous égards, entendons-nous bien, selon les moyens dont chacun dispose, demeure la seule cause qu'il soit digne de servir. Nadja était faite pour la servir, ne fût-ce qu'en démontrant qu'il doit se fomenter autour de chaque être un complot très particulier qui n'existe pas seulement dans son imagination, dont il conviendrait, au simple point de vue de la connaissance, de tenir compte, et aussi, mais beaucoup plus dangeureusement, en passant la tête, puis un bras entre les barreaux ainsi écartés de la logique, c'est-à-dire de la plus haïssable des prisons. C'est dans la voie de cette dernière entreprise, peut-être, que j'eusse dû la retenir, mais il m'eut fallu tout d'abord prendre conscience du péril qu'elle courrait.

. ... tinte à mon oreille un nom qui n'est plus le sien.

. Mais ainsi en va, n'est-ce-pas, du monde extérieur, cette histoire à dormir debout. Ainsi fait le temps, un temps à ne pas mettre un chien dehors.

. En dépit de ce prolongement et de tous les autres qui me servent à planter une étoile au coeur même du fini. Je devine et cela n'est pas plus tôt établi que j'ai déjà deviné. N'empêche que s'il faut attendre, s'il faut vouloir être sûr, s'il faut prendre des précautions, s'il faut faire au feu la part du feu, et seulement la part, je m'y refuse absolument. Que la grande inconscience vive et sonore qui m'inspire mes seuls actes probants dispose à tout jamais de tout ce qui est moi. Je m'ôte à plaisir toute chance de lui reprendre ce qu'ici à nouveau je lui donne. Je ne veux encore une fois reconnaître qu'elle, je veux ne compter que sur elle et presque à loisir parcourir ses jetées immenses, fixant moi-même un point brillant que je sais être dans mon oeil et qui m'épargne de me heurter à ses ballots de nuit.

. La beauté sera convulsive ou ne sera pas.



En octobre 2004, alors que j'étais à Paris, j'ai visité une exposition consacrée à André Breton, à la Mairie du 9ième Arrondissement (rue Drouot). Cette photo de mon amie Carole fut prise à la sortie de l'exposition.

Pour les véritables amateurs de Breton et du surréalisme, voici un lien immensément intéressant.

www.atelierandrebreton.com

Au prochain saut

lundi 30 juin 2008

SAUT: 217


Le SAUT :217 est offert à mon frère Pierre qui célèbre aujourd’hui ses 60 ans. Nous avons signalé l’événement le dimanche 22 juin dernier et à cette occasion, Jacques, mon autre frère, a lu avec brio et beaucoup d’émotion ce poème.

Le voici. Il devient, depuis, symbolique : symbole des Trois Mousquetaires (c’est ainsi qu’on nous surnommait Pierre, Jacques et moi à Sherbrooke, sur la 10ième avenue); symbole de la fraternité si essentiellement importante et cela à tous les âges de Pierre, à toutes les occasions où il est ou sera question de sommet.


Bon anniversaire Pierre et hommage à toi, Jacques!


Mon bras au sommet de ton épaule


Je revois les planches brûlées
Deux gamins y sont grimpés
Mains noires, les yeux au loin

Je m’apeure du sang qui tache le chandail jaune
Deux errants loin de la maison
Défrichant un parc Victoria

J’entends les odeurs de l’automne
Derrière la fenêtre ouverte
Deux enfants attendent le chat en allé

Je remarche la route vers l’école
Petits sentiers de bitume et de graviers
Que deux «jean-de-brébeuf» empruntaient

Je défonce les bancs de neige
Hauts comme deux fois trois pommes
On s’en éloignait armés de nos sacs en cuir

Je regarde un enfant blessé
Paralysé aux jambes, coupé aux yeux
Il part dans une noirceur étranglée

Je retrouve, grêle et faible, un frère
Que l’on dépose, livide, dans un lit double
Main gauche à son épaule, il fait grincer les ressorts

Je découvre un camarade malade
Anémié, silencieux, inquiet
Immobilisé devant un mur froid qu’il observe

Il est loin… plus loin que les planches brûlées…
Perdu dans un parc Victoria pharmaceutique…
La fenêtre fermée… sans chat pour revenir…

Et cela dure, perdure, trop et encore…
Lui, engouffré dans sa camisole de médicaments,
Moi qui fouille un regard en exil

Je le sens s’isoler, noctambule de jour
Fantôme obscur de nuit… j’entends ses rêves
Ceux qui cauchemardent un appel à la vie

Sa claustration l’enclave, m’éloigne…
Sa solitude demande à être respectée…
Déjà, je m’ennuie dans ce désert qu’il construit

On parle peu dans les moments d’entre-vie
On ne sait quoi écouter pour entendre, à mi-voix,
Ces mots lourds qui camouflent la peur

Il est à gauche sur le lit
On nous demande des silences d’adulte
Nous refoule dans des champs stériles

Tu sais mettre du temps… comme un chat
À te recomposer dans ton corps
Tu sais jeter ce regard complice que j’attends

Tu as su comme un chat recroquevillé
Te déplier quand il le fallut
Te lever… nous regarder… et partir

Tu as quitté ce lit double, à gauche,
Pour ouvrir les portes blindées à double tour
Et respirer… l’air des sommets…


(Une fois arrivé au sommet, que l’on regarde derrière soi, en bas…
qu’est-ce ce que l’on voit?
les difficultés de la montée, du voyage,
les bons moments,les silences et les cris, les pleurs et les rires…
toute une vie déployée sur le brouillard du temps…)


«Quand vous cherchez votre frère, vous cherchez tout le monde!»Jacques Poulin


Ta main jeta les streptocoques de groupe A
Les rhumatismes articulatoires cherchant un cœur
Puis tu t’avanças… différent mais tellement le même…

Nous, on se croyait Bob Morane au visage osseux
Aux cheveux coupés en brosse et aux yeux gris
Ballantine, Bill, le géant roux, l’infatigable ami

Les ombres jaunes nous éclairaient placidement
Nous projetaient tellement loin
Nous, à nouveau, l’un près de l’autre

Elles déployaient héroïquement les aventures
Que nos imaginations à la fois prudentes et insouciantes
Avaient déposées dans nos gestes d’enfants téméraires

Et tu passas, la santé résolument ancrée
À ce qui fut, d’abord, de la non-maladie
Vers une entreprise exceptionnelle

Tu revivrais, fier Herzog, un Annapurna scout
Où l’originalité, l’exemplarité, la visibilité, la difficulté
Allaient arracher ce carcan enroulé en toi

De la loi à la promesse scoute, tu fixas ta vie
Aux principes d’ouverture à l’autre qui allaient
Pour longtemps façonner ta silhouette

Jusqu’au théâtre… Arlequin et Peer Gynt…
Jusqu’En Lutte!... au Kampuchea…
Jusqu’à Edgar Morin… la Sorbonne et Paris…

Puis cette Afrique, potière de complexité,
De relations humaines, de bonheurs et de souffrances
Prit des allures de soleil couchant se levant sur l’avenir

«les si froids janviers de la vie sont des chemins dans les plaines enneigées…»
Arriva Claire, âme infatigable que l’Univers cueillit
Pour te l’offrir comme un azimut fixé vers les sommets

Alors, comme deux mains du côté du cœur
Comme deux mains du côté gauche
Le fils suivit, un 29 si près du 30

Mon bras au sommet de ton épaule
Ton bras au sommet de mon épaule
Allait se déposer sur des cous d’hommes

Hommes au regard hébété, hommes coupés d’eux-mêmes
Comme des générations de sans-papiers,
De sans-mots, de sans-habits, de blessés au coeur

Hommes fêlés en leur centre, en leur milieu
Hommes de poings et de sang aux tempes
Ces hommes que tu allais choisir de nommer

Ton bras au sommet de leurs épaules
Comme une médecine de l’âme
Tu le poses, pour qu’ils puissent se reposer

Mon frère de soixante fois la fin de juin
Mon frère de six jours après, de l’éternel chemin…
Reçois et garde mon bras au sommet de ton épaule



(Les photos prises le 22 juin le furent par notre beau-frère Roger Mongeau.)

mardi 24 juin 2008

SAUT: 216


En ce jour du 24 juin, Fête nationale des Québécois/es - et plus humblement celle du crapaud - je vous offre Gaston Miron.

Né à Saint-Agathe-des-Monts en 1928, Gaston Miron a été, sans aucun risque de se tromper, celui qui a dominé la poésie québécoise contemporaine. Arrivé à Montréal, en 1947 - l'année de naissance du crapaud - ce n'est qu'en 1953 qu'il fonde avec un groupe d'amis les Éditions de l'Hexagone. Lui à qui on a toujours reproché de ne pas publier, il dépose là Deux sangs avec Olivier Marchand.

Après cela, Miron organise de nombreux récitals de poésie, principalement avec Jean-Guy Pilon et c'est en 1957 que l'ancêtre de la Rencontre des Écrivains a lieu, sous le nom de la Rencontre des poètes.

Il part, pour deux ans à Paris, de 1959 à 1961: un voyage d'études pourrait-on dire au cours duquel il approfondit ses techniques de l'édition mais surtout fait la rencontre des plusieurs écrivains français. Militant du RIN (Rassemblement pour l'Indépendance Nationale) à son retour, il fera également partie du Mouvement Québec Français.

C'est en 1970 qu'enfin... paraîtra L'Homme Rapaillé, publié aux Presses de l'Université de Montréal, une oeuvre essentielle réunissant le travail de Miron en gestation depuis plus de vingt ans. L'impact de ce livre sur la poésie québécoise est inimaginable. Il sera reconnu et couronné par des nombreuses distinctions autant au Québec qu'en France. Il sera également traduit en plusieurs langues.

Miron, porte-parole du Québec, porte-voix de cette nation qu'il aime tant, qu'il écrit si bien, Miron fera de nombreux voyages pour en parler, le chanter de cette voix unique qui retentit encore et toujours aux oreilles du crapaud.

J'ai eu le privilège de le côtoyer à plusieurs reprises. Certaines de ces rencontres résonnent encore en moi de leurs échos inoubliables. Je vous offre aujourd'hui l'entrevue que j'ai réalisée avec lui à l'automne 1969 et publiée (le 10 décembre 1969) dans le journal LE CLAIRON de Saint-Hyacinthe. L'article portait le titre suivant: RENCONTRE AVEC GASTON MIRON, POÈTE.


Qui est Gaston Miron?
Le Livre d'Or de la Poésie Française (Pierre Seghers) dit de lui: « Il est chaleureux et fraternel, de peu l'aîné des jeunes poètes du Québec qui l'aiment et le respectent. Il collabore aux mouvements, les anime surtout, et de lui ne s'occupe guère: il n'a publié que DEUX SANGS, en 1953, alors que nombre de ses poèmes, hautes voiles du langage sur le Saint-Laurent, ont été dispersés dans les journaux et les revues.»

Pierre de Boisdeffre dans Littérature d'Aujourd'hui (Tome II) consacre ces quelques lignes à Miron: «Avec un unique recueil, Gaston Miron a dessiné une des lignes de force de la nouvelle poésie canadienne; il a su peindre, mieux que personne, «les siècles de l'hiver canadien». Boisdeffre place Gaston Miron immédiatement après Saint-Denys-Garneau, Anne Hébert, Alain Grandbois et Rina Lasnier au point de vue de importance.

Jacques Brault a présenté dans Miron le Magnifique, une étude poussée de l'oeuvre du poète.

Jean-Éthier Blais nous décrit peut-être le mieux ce curieux personnage qu'est Gaston Miron, dans Signets II: « Jamais homme ne fut aussi près de son peuple et les phrases douloureuses se succèdent les unes aux autres dans sa bouche lorsqu'il parle de ses frères, les Canadiens français meurtris dans leur langage et leur chair. Il crie leur désespoir, comme s'il voulait assumer par ses paroles toute leur révolte inaudible, alléger le poids de leurs douleurs.»

Gaston Miron fait partie de cette génération de poètes qui ont inventé une thématique de la libération de l'esprit. Il n'y aurait qu'à dire que l'Hexagone se situe entre deux manifestes: Refus Global (1948) et le Manifeste subsiste (1965), pour remarquer les influences qui peuvent jouer.

Parmi les poèmes de Miron, LA VIE AGONIQUE est à signaler parce que c'est là que l'on retrouve les phases importantes de sa démarche. Poésie toujours en mouvement, jamais ininterrompue qui commence et finit par l'amour. Tout se situe entre deux pôles: le pays et la femme.

Déjà se dessine autour du personnage, qui chaque jour est cité comme une des voix les plus importantes de la conscience québécoise, une espèce de légende. Ce grand bonhomme au regard énigmatique et troublé se définirait, à la suite de quelques rencontres, comme une présence envoûtante.

Le premier point qui nous intéressait, c'était l'Hexagone. Cette maison d'édition fondée en 1953 ne voulut jamais être soit une chapelle, soit une école littéraire mais s'efforçait de respecter l'individualité de chacun des poètes qui s'y trouvaient. La première tâche fut de trouver un public qui sortirait le poète de son isolement où la société le reléguait ou lui-même il s'installait..

L'Hexagone a également posé une thématique: l'identité. Ayant pour principe, et Miron insiste beaucoup là-dessus, qu'on ne peut passer à l'universel sans conquérir globalement le spécifique (le particulier), on en est donc arrivé à poser le problème d'une littérature nationale. Miron dit du spécifique que c'est «une expression différenciée de l'humanité» et il continue sur ce sujet.


MIRON: Au début c'était analogique. Mais après, à partir de nous, on ne peut être l'un et l'autre séparément. On ne peut être universel sans être spécifique. Quand je lis Goethe, je suis Allemand. Quand je lis Shakespeare, je suis Anglais. Je voudrais que les autres en arrivent quand ils lisent une oeuvre québécoise de calibre à se dire, moi aussi, je participe à une expression de l'humanité qui est québécoise. Je ne peux pas être complètement moi comme individu et personne si la structure globale m'empêche de l'être. Je nais dans une culture donnée qui est une version de l'humanité. Pour que le «je» puisse s'épanouir il faut que la culture soit libre. Et nous n'avons pas le plein exercice de notre culture. Nous vivons dans la déstructuration permanente.

LE CLAIRON: Que faire alors?

MIRON: Une culture doit opérer un choix fondamental. Elle doit poser le problème de son destin de façon globale. C'est notre situation politique et historique qui forme un empêchement à régler globalement le problème.

LE CLAIRON: L'Hexagone a surtout édité de la poésie. Pourriez-vous nous donner votre définition de la poésie?

MIRON: La poésie étant essentiellement dynamique, elle ne se laisse pas définir. On pourrait dire que c'est l'histoire du fondamental humain, d'une rupture à l'autre dans l'histoire de ce fondamental. Et c'est ainsi que l'homme avance, l'homme-espèce et l'homme-historique, de rupture en rupture. La rupture est toujours un maillon évolutif, qu'elle soit lente évolution ou brusque mutation. Elle commence toujours par un chaos initial depuis lequel se reconstitue une nouvelle totalité de l'homme et de ses formes, et ainsi de suite. La poésie est en quelque sorte la matrice ou l'âme de cette histoire. Elle est à la fois, si on la considère dans l'ensemble de ses moments, enveloppante et débordante, placenta et éclatement.

LE CLAIRON: Et vous, pourquoi a-t-on de la difficulté à rejoindre vos textes, à vous suivre directement comme poète?

MIRON: Je disparais dans la marée brumeuse de ce peuple au regard épaillé sur ce qu'il voit. Je suis un poète en morceaux, un poète épaillé, dans ma vie individuelle et dans ma vie sociale. Dans ce sens-là, je suis à l'image de la collectivité qui a été atomisée, fragmentée. À l'image de l'homme séparé de lui-même. Mais nous sommes en train de nous rapailler, de refaire l'unité de l'homme québécois; en lui et dans sa structure globale.

LE CLAIRON: Tout le monde sait à quel point vous êtes engagé dans la lutte politique au Québec. Votre activité au Front du Québec Français en est un témoignage. J'aimerais que vous nous dégagiez un tableau de la situation politique actuelle.

MIRON: J'aimerais signaler au départ que nous vivons actuellement l'aventure qui relève de la naissance d'une conscience nationale en train de se former, d'un vouloir-vivre collectif. Nous sommes à nous reposséder. Depuis la prise du pouvoir par l'Union Nationale en 1966, nous sommes en face d'une situation inédite qui se dégage aujourd'hui. Nous assistons à un vacuum du pouvoir chez les deux partis traditionnels. Également, à un vacuum idéologique par le fait que les anciennes idéologies ne répondent plus à la situation actuelle. Il y a aussi un élément important et c'est que les générations intermédiaires tiennent le coup en tant que générations et non plus comme cas isolés. Et la jeunesse de plus en plus considérable, de plus en plus instruite qui n'est pas marquée par les traumatismes de pauvreté et de peur. À partir de ça tout est possible pour la construction d'un Québec nouveau. On est en train d'esquisser un modèle québécois. On assiste aussi à un affrontement préléminaire qui est à la fois un affrontement final quant au choix que l'on doit poser. Examinons la situation actuelle à partir d'événements tels le Bill 63, le règlement municipal Drapeau-Saulnier.
D'un côté nous avons le gouvernement qui impose des mesures appuyées par le Conseil du Patronnat, la Chambre de Commerce et Clubs Sociaux et de l'autre les syndicats et une forte partie de l'opinion publique.
Nous sommes devant un parlement monolithique - sauf quelques individus - schizophrène, dépassé par les événements, coupé du peuple, loufoque, incohérent, qui ne se maintient que par la force, qui glisse vers l'arbitraire et la répression. Un gouvernement à comportement aberrant, en queue de veau. Le maintien du statu-quo devient la raison d'état de ce gouvernement à la remorque des fédéralistes d'Ottawa. Il est évident que cela peut nous mener à une forme de facisme qui se manifeste lorsque les rapports entre les humains sont faussés par l'envahissement de l'appareil politique et policier dans la vie individuelle de chacun. À ce moment-là, tout le monde devient suspect à tout le monde; chacun est présumé coupable de quelque chose. C'est le climat de suspicion qui abolit la liberté.
J'aimerais ajouter qu'il y a actuellement une exploitation éhontée de l'aliénation d'un peuple au service des mystifications et des privilèges. Tout ça touche à l'anthropologie québécoise. Comme exemple citons le fait de propager des épouvantails, d'induire les gens à des raisonnements sophistes qui nous empêchent de voir la réalité, de s'ingénier au chantage comme M. Bertrand qui dit que le peuple québécois ne veut pas choisir entre son appartenance linguistique et son appartenance économique. Je voudrais dire que parler de la langue en terme quantitatif c'est vrai et c'est pas vrai. On compare les 5 millions de francophones aux 200 millions d'anglophones du continent. Cette comparaison est justifiable dans le statu-quo. Dans une perspective de l'indépendance le rapport devient d'une entité face à une autre entité. Une entité juridique, politique, économique et culturelle face à une autre entité. D'accord, le Québec ne sera jamais une entité de même grandeur que les États-Unis, mais on cessera de minimiser les 5 millions de Québécois par rapport à 200 millions d'Américains. On ne dit jamais 40 millions de Français contre 100 millions d'Allemands. Nous sommes un petit peuple et nous nous devons d'assumer notre destin. Quel que soit l'ordre de grandeur, il faut l'assumer parce que c'est une forme différenciée de l'humanité et cela c'est important. Je trouve que c'est un défi plus exaltant que celui de Trudeau et les autres fédéralistes parce qu'il débouche sur l'universel alors que l'autre ne débouche que sur une plus ou moins grande participation à la Confédération canadienne. Mieux vaut se tailler une place comme identité au même titre que toutes celles de la terre.
Il y a un dernier point que je voudrais soulever sur cette question et c'est le mépris dans lequel on tient l'homme québécois chez les tenants du statu-quo. Mépris que l'on retrouve chez les peuples infériorisés collectivement, ce qui ne veut pas dire inférieurs. Si cette infériorisation se prolonge, elle engendre toutes sortes de ravages: honte de soi, mépris de soi. Signalons que ce mépris se manifeste chez la classe-écran, c'est-à-dire celle qui collabore avec la majorité dominante. Ils ont pour tâche de dire que le Québécois est incapable par lui-même, qu'il ne peut trouver des idées originales et doit les importer de l'étranger, qu'il est inapte à la démocratie.

LE CLAIRON: Peut-on dire que vous êtes un poète engagé?

MIRON: Il n'y a pas de poésie engagée. Tout texte engage. J'ai essayé d'aggrandir ma poésie à l'échelon de tout l'homme et même d'exprimer la dimension politique de l'homme. Ma poésie est un engagement culturel global vis-à-vis le fait canadien-français.

Lorsqu'on laisse Gaston Miron, il semble que tout commence et non pas que quelque chose vient de se terminer.
En partant, il laisse pour notre chronique un poème inédit appelé: L'homme ressoudé.

J'ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m'étais pas revu
et me voici comme un homme dans une maison
qui s'est faite en son absence
je te salue silence

je ne suis plus revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence





(30)




Cet homme ressoudé allait devenir L'Homme rapaillé.

Le crapaud ne saurait oublier les trois séances de travail (une au restaurant du Club Canadien, la deuxième dans les bureaux de l'Hexagone situés à l'époque autour du Carré Saint-Louis et la troisième, dans les rues de Montréal). Elles me permirent d'entreprendre et de finaliser cette entrevue. Miron ne voulait pas que les mots qui allaient être publiés ne soient pas exactement ce qu'il souhaitait transmettre. C'est ensemble que nous l'avons peaufiner mais je ne saurais oublier, marchant tout près de ce géant, cette façon si intensément personnelle de parler, rire et chanter comme s'il lançait un «call» à la nation québécoise, à tous les humains québécois.


(Les photos originales sont de Paul Labelle, photographe de Saint-Hyacinthe)

Bonne Saint-Jean-Baptiste.

lundi 16 juin 2008

SAUT: 215


Alors le voici ce poème que l'on m'avait demandé d'écrire, il y a maintenant de cela 13 ans, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de l'ouverture de la Polyvalente Osisas-Leduc, devenue aujourd'hui, l'École secondaire Osias-Leduc, située à Mont-Saint-Hilaire, au pied de la montagne.

Je m'y suis retrouvé à l'automne 1992, j'y ai enseigné puis assumé le poste de directeur adjoint.

Je remercie cette anonyme personne qui a rappelé ce moment en me postant par courriel, ce poème.


Retrouvailles

REVENIR
- L'autobus scolaire ne m'attend plus
Après toutes ces années
Cette odeur - celle de la craie peut-être -
qui se glisse dans les corridors
Se répand... me rappelle

RETROUVER
- Ce professeur qui citait Napoléon
Celle qui parlait de Pythagore
La dictée hebdomadaire au local...
... je ne me souviens plus...
mais j'y retournerais les yeux fermés

RECONNAÎTRE
- La couleur des couleurs des saisons
L'endroit du premier regard
Du coeur qui flancha
Des mains se rejoignant...
Se dénouant à la porte de la classe

RAPPELER
- Les heures heureuses, les heures passées
Les travaux rapidement faits
Remis... Espérant!
Les examens cousus de nuits blanches
Les matins sous la montagne

RÉAGIR
- Vingt-cinq fois plus qu'une
À toutes ces années
qui fondaient mon adolescence
En morceaux fragiles
En taches de souvenir

RETROUVAILLES
- L'espace entre les cours - Récréations
L'espace entre les années - Vacances
L'espace entre ici et ailleurs - La vie
Je reviens
et je me retrouve



(Polyvalente Osias-Leduc,
Mont-Saint-Hilaire, 1995)

Au prochain saut

jeudi 12 juin 2008

SAUT: 214



Le crapaud a reçu, au cours des dernières semaines, quelques courriels le grondant... Oui, oui, vous avez bien lu: le grondant. Ceux et celles qui en sont les instigateurs/trices, eh! bien ils/elles ont tout parfaitement raison. Ils/elles me disent que dans toutes mes belles citations dont certaines datent certainement de l'âge où je commençais à pré-apprendre à lire, où à l'âge des grands élans philosophiques kantiens ou nietzschiens de l'adolescence, où à l'âge du «déplumage» de mes premiers livres de pédagogie, où... et on en ajoute, en rajoute... que j'oublie de leur offrir quelques poèmes. Ce à quoi je réponds dans un élan aussi subi qu'inattendu: revisitez le 211, le 207, le 203, le 201... mais je ne veux pas relancer ou revamper certains sauts... Au fond, ils/elles ont raison. Il y a un petit relâchement. Cessons de cacher la tête dans l'étang!


Mais ce qui m'a le plus surpris, fut ce courriel en provenance d'un(e) ancien(ne) élève (avec hotmail, c'est parfois confus) me rappelant ce poème écrit en 1995 afin de souligner le 25ième anniversaire d'une école secondaire où je travaillais. Je vous promets d'en faire un saut très bientôt.


On me dit aussi que du côté photos, c'est toujours bon. Je vous cache ma source... mais je me la souhaite intarissable.


Pour corriger un tant soit peu ce manque de poèmes, en voici trois (3): vous aurez un peu de difficulté à les retrouver car celui de Grandbois est caché dans Les Îles de la Nuit, celui de Roland Giguère est un original publié dans le journal LE DEVOIR en 1995 alors que celui de Gilbert Langevin, comme tout ce qu'il a si génialement écrit, doit sans doute avoir été ramassé par un col bleu de la ville de Montréal alors qu'il nettoyait le parc du Carré Saint-Louis.


Les voici donc, un peu pour me faire pardonner auprès des fidèles que je remercie d'être présents au rythme parfois décousu du crapaud... qui s'ennuie de Forillon.

Parmi tous et toutes ou seul avec moi-même
Nous lèverons nos bras dans des appels durs comme les astres
Cherchant en vain au bout de nos doigts crispés
Ce mortel instant d'une fuyante éternité
(Alain Grandbois)




la nuit hurle

un bruit de vitre
une seule et
profonde soirée
de miel
un bruit de veines
qui geignent
et qui saignent

un long cri d'amour
la pointe tournée vers
l'intérieur de la nuit
et le silence
qui se fait jour
la pointe tournée vers
celui qui
ne se lèvera plus
le front couvert
d'étoiles encore
chaudes.
(Roland Giguère)



Années de malheur où la peur était reine
On trompait son courage dans un baquet de haine
Des épines couronnaient le désir dénoncé
L'amour avait des gants pour ne pas se blesser
Tous les matins portaient masques de carême
Le plaisir se cachait dans un danger suprême
Ces années me reviennent avec leurs bruits de chaîne
Avec leurs mornes traînes et leurs laizes de peine
Qu'à cela ne vache, qu'à cela ne chienne
Ce fleuve de douleurs apporta la révolte.
(Gilbert Langevin)

Voilà. Je me sens un peu réconcilié mais combien ému à la lecture de ces trois immenses poètes québécois.

Au prochain saut




mardi 10 juin 2008

SAUT: 213



Nous allons franchir bientôt la première moitié de juin... et voici le saut de crapaud qui se laissait attendre.
Il aura ceci de particulier qu'il a épuisé le premier cahier de lecture... Il en reste d'autres, faut pas s'inquiéter.
Bonne lecture.

. Mais à partir de l'instant où nous nous attachons à un être, nous nous accommodons de tout, tant nous craignons de porter atteinte à cette illusion aveugle qu'est l'amour. Cette illusion aveugle nous est parfois si nécessaire que nous la laissons corrompre notre véritable identité.
Shirley MacClaine

. ... le comment des choses n'importe pas, c'est le pourquoi qui compte.
Shirley MacClaine

. L'homme a besoin d'abord d'être reconnu pour se reconnaître.
Colette Portelance

. Attends que j'aie trouvé mon rythme, et tu verras que je passerai plus de temps avec toi que partout ailleurs. Seulement, accepte-moi tel que je suis et laisse-moi le temps.
Robert Louis Stevenson

. L'espace est la première chose que je trouve hors de moi avant de vous rejoindre par la voix ou le geste.
Jean O'Neil

. L'espace me permet de respirer et de vous aimer sans m'abîmer en vous et sans vous abîmer en moi.
Jean O'Neil

. Mais elle était du monde où les plus belles roses
Ont le pire matin
Et chose elle a vécu ce que vivent les choses
L'espace d'un destin
JeanO'Neil

. Il n'y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent.
Saint-Just

. Mon âme dans tes mains n'est pas un vain jouet,
Et ta prudence est infinie...
Baudelaire

. Rien ne m'était plus sûr que la chose incertaine.
François Villon

. Tu fuis comme un faon qui tremble...
Pierre de Ronsard

. Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
François de Malherbe

. J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir!
Victor Hugo

. Et n'être qu'un homme qui passe
Tenant son enfant par la main...
Victor Hugo

. La poésie veut quelque chose d'énorme, de barbare et de sauvage.
Diderot

Au prochain saut

mercredi 28 mai 2008

SAUT: 212


Pour ce dernier saut de mai, quelques citations qui tournent, contournent et retournent au concept de liberté...

. Retrouver soudain sa liberté ne va pas sans souffrance et sans responsabilités nouvelles.
Shirley MacLaine

. La liberté, c'est l'aptitude à arrêter des choix et à prendre des décisions, et la capacité d'en assumer les conséquences.
Colette Portelance

. C'était un rêve, et ce n'était pas un rêve. C'était la vérité sous les habits du rêve.
Yann Queffélec

. Rien n'est vrai, rien n'est faux, tout est songe et mensonge.
Lamartine

. Un ange en enfer vole dans son propre petit nuage de Paradis.
Maître Eckart

. Je crains moins l'austérité ou le délice des uns que la souplesse des autres.
Saint-Just

. Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité.
Jean Cocteau

. Il faut du temps pour manoeuvrer un bateau une fois qu'il est parti.
Justin Gaarder

. Le monde entier est une scène
Hommes et femmes, tous, n'y sont que des acteurs,
Chacun fait ses entrées, chacun fait ses sorties,
Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles.
Shakespeare

. What if you slept? And what if, in your sleep, you dreamed? And what if, in your dream, you went to heaven and there plucked a strange and beautiful flower? And what if, when you awake, you had the flower in your hand? Ah!, what then?
Coleridge

. Les outils de l'esprit deviennent des fardeaux quand l'environnement qui les a rendus nécessaires n'existe plus.
Henri Bergson

. Il apparaît qu'un type étrange de chaos peut se cacher derrière une façade d'ordre, et pourtant, au plus profond du chaos se cache un type d'ordre encore plus étrange.
Douglas Hofstadler (pionnier de l'intelligence artificielle)

. Le courage ne dissipe pas l'anxiété. Puisque l'anxiété est existentielle, elle ne peut être dissipée. Mais le courage absorbe en lui l'anxiété de ne pas être... Celui qui ne réussit pas à assumer courageusement son anxiété ne peut réussir à éviter le désespoir qu'en s'évadant dans la névrose. La névrose, c'est le moyen d'éviter de ne pas être en évitant d'être.
Paul Tillich

. Je peux m'accomoder du doute et de l'incertitude. Je crois qu'il est beaucoup plus intéressant de vivre sans savoir que d'avoir des réponses qui risquent d'être fausses.
Richard Feynman

. Être libre, c'est répondre de nos actes, et l'on répond toujours devant les autres, avec les autres comme victimes, comme témoins et comme juges.
Fernando Savater

. ... lorsqu'on nage dans le méthane, on craint les étincelles...
Jean Bédard

. Plus la nuit est noire, plus on peut voir de soleils dans le ciel. Pendant le jour, on ne peut voir que le sien.
Justin Gaarder

. Les pensées déposées sur le papier ne sont rien de plus que la trace d'un passant sur le sable. On voit bien la route qu'il a prise; mais pour savoir ce qu'il a vu sur la route, on doit se servir de ses propres yeux.
Schopenhauer

. Nul n'a jamais écrit ou peint ou sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer.
Antonin Artaud

. La liberté n'est pas une philosophie, pas même une idée: c'est un mouvement de la conscience qui nous pousse, à certains moments, à prononcer deux monosyllabes, Oui ou Non. Dans leur brièveté instantanée, comme dans la clarté de l'éclair, c'est le signe contradictoire de la nature humaine qui se dessine.
Octavio Paz

. ... personne ne peut être libre à ta place.
Fernando Savater

Au prochain saut

vendredi 23 mai 2008

SAUT: 211



Un mois de mai en dents de froid et de pluie, exactement ce que nous aurions souhaité pour avril mais qui a choisi d'arriver au moment où notre corps et notre âme exigent davantage de soleil et de chaleur. Un mai désiré comme une suite à la plage cubaine, aux couleurs sur la mer, à cette si douce température qu'elle nous pousse à croire que ça pourrait être ainsi tout au long de l'année.

Un mois de mai... trois lettres seulement pour dire le printemps et ses nécessaires retours, éclosions, ses magnolias puis ses lilas qui regardent de haut les tulipes, les crocus et les jacinthes qui osent pointer leur tête hors de la terre encore froide. Des jardins à refleurir, des potagers à bêcher, à nourrir, en qui croire.

Un mois de mai qui cherche une lune plus chaude, plus maternelle, une lune marine.

Un mois de mai...

Les feuilles du bouleau qui s'accaparent de la moitié de ma fenêtre et se confondent à celles de l'érable planté dans le trottoir face à la maison, comme un grand urbain qu'il est, les feuilles du bouleau me rappellent nos messages de l'automne dernier. Les arbres cultivent la mémoire et savent nous chatouiller les yeux afin que le souvenir demeure, collé aux verts des feuilles.

Lui, ce bouleau blanc qui n'a jamais vu la forêt, n'a jamais rêvé d'autre chose qu'à ce soleil derrière la maison venant doucement à sa rencontre en milieu d'après-midi, ce bouleau sait comment attiser les souvenirs. Il n'a qu'à bouger un peu, frétiller je dirais, pour que les couleurs de maintenant rejoignent celles de l'hiver puis celles de l'automne.

Je lui ai donné un nom. Nous sommes les seuls, lui et moi, à le connaître. Il le porte pour deux raisons: la première, parce qu'il est un spécialiste de la couleur et la deuxième, parce qu'il possède la forme d'un glaive tendu vers le ciel. Ce bouleau reflète la couleur, en fait toutes les couleurs autour de lui et il le fait avec une simplicité tellement pure que chacune d'elles conserve son originalité puis s'ouvre aux autres avec grâce et tendresse. Ce bouleau blanc a la forme d'un glaive tendu lorsque sa silhouette court vers le ciel, on n'a qu'à bien regarder pour s'en apercevoir. Voilà pourquoi je lui ai prêté le nom de Federico Garcia Lorca.

Le poète espagnol qui écrivait
«Sur la plage la mer danse
un poème de balcons.»
me permettra sans doute de modifier ses mots
«Sur la vitre le bouleau danse
un poème de balcons.»

Un mois de mai... espagnol et urbain... à travers lequel j'entends cet écho souterrain...




l’écho souterrain


l’écho insolite troue l’espace
une plume d’ange s’enfuit

la rame du métro s’arrête
- personne ne descend -
repart dans le même bruit
celui d’un insolite écho troublant l’espace

le noir souterrain remue
bousculant les murs que la publicité salit
alors que le train, étourdi à suivre des lumières bleues,
se dirige vers le prochain arrêt

rien

que l’écho stationnaire
collé aux portillons qui s’ouvrent
puis se referment dans le silence de cinq heures
un silence bondé de solitudes lasses

rien et un peu moins

un écho qui étourdit les oreilles
qui chiffonne un journal recyclé
qui cherche dans si peu d’espace
celui qu’il empruntera pour se cacher

à nouveau le train s’arrête
retenu par une panne de courant inattendue
l’écho souterrain se dissipe dans l’espace insolite
et sort… underground...
dans un grand soleil d’ange


Au prochain saut

samedi 17 mai 2008

SAUT: 210



C'est entre magnolias et lilas, chère Alice, que vous avez choisi de partir.

C'est entre vos deux filles, debout l'une près de l'autre et près de vous, dans cette douceur d'un printemps arrivant, dans la chaleur d'un jour de mai, que vous avez ouvert les yeux, et les avez, chère Alice, refermés.

Au printemps.

À l'heure du silence.

À cette heure, chère Alice, où tout a lieu entre nous et soi et l'autre, un peu comme si nous savions que ce serait ainsi que cela devait se faire.

Chère Alice, je vous dis au revoir, retenant l'espace d'un instant votre main pour y glisser quelques peines que vous saurez transporter avec vous vers ceux qui savent qu'on ne les oublie pas.

Adieu, chère Alice.

Entre lilas et magnolias.


Le crapaud

samedi 10 mai 2008

SAUT: 209


Aucune idée pouvant expliquer le fait que le crapaud se soit remis à la re-lecture de Kafka. Bon! passer au travers de l'oeuvre de Francis Carco, un auteur qui m'intéressait à une certaine époque (surtout par sa poésie) mais le temps, cet injuste organisateur, m'avait toujours ralenti m'empêchant de me rendre jusqu'au bout, ça peut se comprendre. Mais Kafka? Pour ses images tellement... j'ose dire effrayantes mais je préfère «hyperréalistes» et ce merveilleux don de la question menant à une autre puis une troisième sur des sujets décrits comme un procès-verbal... Pour... je ne sais trop...

Voici quelques citations qui n'ont rien à voir avec ni l'un ni l'autre de ces deux auteurs mais qui feront certainement votre bonheur. Bonne lecture.

. Je crois que nous ne devrions entrer en compétition qu'avec ce que nous avons de meilleur en nous. Shirley MacLaine

. Pour certaines personnes, il est tellement important de faire comme les autres qu'elles se trouvent totalement coupées d'elles-mêmes. Colette Portelance

. D'étape en étape, où le plaisir, où la gêne se combinent et grandissent, ils peuvent lire chacun dans les yeux de l'autre l'expression de leur propre émotion. Point n'est besoin de déclaration. Robert Louis Stevenson

. L'espace est la pause qui rétablit les êtres dans les perspectives que leur a assignées l'univers. Jean O'Neil

. Il ne faut jamais faire de mal aux gens qu'on aime. On le regrette après, quand ils s'en vont. On le regrette toute sa vie. Yann Queffélec

. ... j'ai eu une intuition. C'est dangeureux, les intuitions, c'est pire que du napalm, ça brûle en profondeur, ça se rend jusqu'aux électrodes qu'ils piquent dans l'âme. Jacques Godbout

. On est tous au même niveau, on sert tous à foutre le bordel dans la vie des autres. Stéphane Bourguignon

. Vous n'avez jamais eu besoin de quelqu'un qui puisse enfin vous assurer dans vos propres bottes; et souffert d'attendre, souffert d'avoir, souffert de perdre! Jean Giono

. Dans l'espace de la mémoire, toute chose est à la fois elle-même et une autre. Paul Auster

. Mais en attendant, toute la vie que tu as, que tu auras jamais, c'est aujourd'hui, ce soir, demain, aujourd'hui, ce soir, demain, et ainsi de suite indéfiniment (espérons-le). Tu ferais donc mieux de prendre le temps qui vient et d'en remercier le sort. Ernest Hemingway

. Le temps consolide parfois les choses, mais la plupart du temps, il les use. Yves Beauchemin

. L'inquiétude attire les reproches qui éloignent l'amour, l'inquiétude fronce de rides les passions les plus jeunes. M'aimes-tu encore, à quoi tu penses, pourquoi tu ne téléphones pas, les pauvres questions de l'inquiétude créent, à partir de rien, des monstres qui deviennent réels. Monique Proulx

. Les expériences d'autrui ne sont jamais que des mots et en tant que mots viennent se mêler au flot quotidien de toutes les autres paroles qui, à peine prononcées, perdent aussitôt leur signification. Jan Trefulka

. Il voulait extérioriser son monde intérieur, rien d'autre, son monde intérieur, qu'il trouvait plus merveilleux que tout ce qu'avait à lui offrir le monde extérieur. Patrick Süskind

. Les droits imprescriptibles du lecteur:
1) Le droit de ne pas lire.
2) Le droit de sauter des pages.
3) Le droitde ne pas finir un livre.
4) Le droit de relire.
5) Le droit de lire n'importe quoi.
6) Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7) Le droit de lire n'importe quoi.
8) Le droit de grappiller.
9) Le droit de lire à haute voix.
10) Le droit de nous taire.
Daniel Pennac


Au prochain saut

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...