mardi 7 mai 2019

Voile et féminisme

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Se lancer dans un débat aussi émotif que celui qu’induit le texte du projet de loi 21 sur la laïcité au Québec, c’est écouter, lire les différentes opinions, les placer dans leur contexte et tenter de les apprécier à partir de leur crédibilité objective. Je l’écrivais dans le premier billet consacré à ce sujet - le 555 du CRAPAUD GÉANT DE FORILLON - Facebook, devenu un des véhicules importants auquel on réfère pour émettre et recevoir des commentaires sur tout (et parfois sur rien), de par son immédiateté, recèle une montagne de "posts" relatifs à cette question. Adopter la ligne du doute m’apparaît celle que l’on doit suivre.

Ce débat suscite l’apparition d'opinions qui, parfois, reposent davantage sur des émotions; il en existerait huit associées par paires opposées: la joie et la tristesse, la peur et la colère, l’espoir et la surprise, le dégoût et la confiance. Les émotions sont des réactions spontanées à des situations. Force est d’admettre que nous les avons toutes vues passer dans les différentes prises de position et cela à des niveaux variables d’intensité.

Aux émotions primaires, ce sont ajoutés les positionnements autant individuelles que corporatives. Il aura été aisé de voir sur cette palette, les tendances gravitant actuellement dans notre société qui, selon plusieurs, vivrait un clivage, une polarisation aussi nettes que lors des référendums sur la souveraineté du Québec en 1980 et en 1995.

De la sphère politique cette polémique (débat par écrit vif ou agressif) se cristallise maintenant autour d'un domaine plus intime, celui du port ou non de signes religieux chez certains employés de l’État québécois, en insistant sur l'aspect vestimentaire. Élargissant la question, il porte sur notre rapport à la religion davantage qu’à celui de la spiritualité.

On a réduit la portée de ce projet de loi - en tournant les coins ronds - en disant qu’il vise strictement les femmes musulmanes portant le voile. Il y a du vrai, mais son étendue me semble plus vaste encore.

J’aimerais apporter mon point de vue en réponse à l’opinion que défende ceux et celles qui avancent l’idée que cela serait une attaque personnelle faite aux femmes et qu’à titre de féministe, il faudrait résolument s’y opposer.

Je veux dire, d’entrée de jeu, que mon analyse de la situation repose sur deux piliers: le premier, la menace islamiste fondamentaliste, le second la menace lié aux changements climatiques. Ces deux éléments, me semble-t-il, jouent un rôle essentiel dans l’imaginaire de l’humain du XXIe siècle, un humain qui vit sous un parapluie réussissant à peine à le mettre à l’abri de conséquences que même nos gouvernements dans leur mouture actuelle ne parviennent pas à éradiquer.

Je soutiens également que les droits collectifs doivent primer sur les droits individuels, car il m’apparaît de l’ordre de l’utopie d’en arriver à satisfaire les attentes de tous et cela dans les différentes sphères des activités usuelles.

Également, et cela me semble central, vivre en société ce n’est pas vivre isolément, c’est s’adapter à la culture ambiante. Comparer la situation en Occident à celle qui prévaut en Orient ne tient pas la route. Tout comme l’idée d’institutionnaliser le multiculturalisme. Ce concept en est un qui doit, selon moi, davantage être compris comme une acceptation de l’autre dans ses différences, non comme une base idéologique pour instrumentaliser notre vivre-ensemble, ce qui relève de l’impossible. Prenons un  exemple qui n’est pas rien en lui-même: doit-on modifier notre système de justice afin d'autoriser la charria afin de régler les conflits entre les individus à la lumière de la doctrine musulmane ? ... de formaliser la loi du Tallion ?...

Qu’en est-il du féminisme comme outil d’analyse du projet de loi 21 ?

Vous savez comme je raffole des définitions. En donner une ici risque d’en froisser plus d’un, mais je m’aventure à proposer celle là: le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun: définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.

Vous me permettrez de focuser sur cette question: interdire le port de signes religieux aux femmes employées par l’État québécois - toujours dans l’optique que le 21 ait force de loi - est-il une attaque envers ces femmes, contrevenant avec une certaine perception du féminisme.

J’admets que l'interrogation pose problème si on la réduit strictement à une affaire vestimentaire, ce que malheureusement on voit et entend actuellement. Il faut, selon moi, élargir la question et ne pas citer celle-ci ou celle-là portant le voile en exemple, à l’effet que cela brime une liberté individuelle. On ne parle pas du droit de se vêtir ou se dévêtir comme bon nous semble, la véritable question étant: le voile musulman est-il ou pas un signe religieux.

Ce à quoi je réponds "oui" tout de go. Alors, suivant mon raisonnement, il a sa place seulement dans les lieux de culte.

Empêcher une musulmane de le porter n’est aucunement une atteinte voire une attaque à fond de train envers le féminisme. Absolument pas ! Il s’agit, dit bien simplement, d’exiger de toutes le respect inconditionnel de déposer chaque chose au bon endroit. Mener une lutte contre la laïcité (terme auquel je préfère neutralité) en arguant ce type de dialectique m’apparaît faux et sans fondement.

Je ne prendrai pas le temps de répondre aux sous-questions issues du problème, celles qui vont dans le sens suivant: "c’est mon choix"... "je ne me sens pas contrainte à le porter"... "je ne suis pas la messagère de quoi que ce soit"... "je le fais car c’est prescrit par ma religion"... "j’y vois un respect et une affirmation de ma culture propre"... et j’en oublie...

Tout problème, quel qu’en soit son niveau de complexité, ne peut d’aucune manière se résoudre par une réponse simpliste. Il s’agit, selon mon avis, de le situer à la bonne place, le confronter au contexte qui le fait apparaître et y apporter une réponse la plus adéquate possible.

Je conclus en disant que tout signe religieux n’a de place que dans les lieux de culte, qu’il faut le respecter pour ce qu’il est en soi et ne pas servir d’objet prosélytique.

mercredi 24 avril 2019

À la menace islamiste fondamentaliste... une réaction identitaire.

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Ça n’allait certainement pas en demeurer là. À la suite de ma réponse (publiée sur mon blogue LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON) en lien avec la question de la menace islamiste - je précise qu’il s’agit de l’islamisme fondamentaliste, intégriste - une autre interrogation a surgi. Je la formule sous cette forme et souhaite qu’elle circonscrive exactement l’idée que ce lecteur voulait émettre.                                                                                                                                                  

Croyez-vous, qu’en réponse à cette menace, si menace réelle il y a , la surgescence de mouvements prônant la radicalisation ne puisse qu’activer la polarisation ?

Intéressant, mais d’abord je dois dire que le mot "surgescence", un néologisme signifiant apparition, surgissement, eh bien je ne le connaissais pas. Le suffixe -escence ajoute au mot une notion de qualité, de fonction, de propriété. Il s’incorpore très bien avec "surgir' afin de nommer cette réalité, celle de l’arrivée, et cela un peu partout dans le monde, de coalitions qui, ayant identifié les musulmans en général et les groupes terroristes en particulier, comme faisant partie d’une même entité qu’il faut combattre, éradiquer. Ils se qualifient eux-mêmes d’identitaires, s'identifiant avec ceux qui acceptent d’emblée d’appliquer le concept de nation, de patrie strictement à ceux qui sont "de souche", c’est-à-dire pour prendre un mot anglais les "natives".

La troisième (3e) loi de Newton s’énonce ainsi: à toute action, une réaction égale et opposée. Cela stipule que les forces se produisent toujours par paires. A exerce une force F sur l’objet B, alors que exerce une force égale et opposée.

Ici se situera le support sur lequel reposera ma réponse .

Le menace islamiste fondamentaliste, apparue au grand jour en 1993 pour vraiment éclater en 2001, ne cesse de s’affirmer par ses actes d’éclats revendiqués par des organisations telles Al Qaïda puis l’EI, frappant inexorablement à gauche et à droite. Comme je l’expliquais dans un billet précédent, le problème pour les contrer est d’ordre logistique. En rien ne ressemblent leurs moyens d’action, aucune diplomatie ne peut installer des ponts permettant des discussions, même des rencontres sont impossibles. Le dialogue n’est pas rompu, il n’a jamais existé et je crains qu’il soit impensable de l’envisager un jour. Dire que nous sommes aux antipodes serait proche de la réalité.

Les gouvernements occidentaux ou d’obédience capitaliste ne peuvent, d’une part, accepter de mettre la table en vue de tels échanges et en contrepartie, les islamistes fondamentalistes, extrémistes ne croient pas à ce type de pourparlers, stériles à leurs yeux et combien éloignés de leur version de l’islamisme fondamental, doctrine qu’ils ont, eux-mêmes, et sur aucune base crédible, placée comme un sacerdoce devant régner sur le monde.

L’humain du XXIe siècle comprend cette incapacité et ne peut s’en remettre qu’à la recherche d’autres moyens, davantage à sa portée immédiate, afin de se protéger. On doit se protéger de toute menace, cela est tout à fait sensé. Alors, que faire ? Comment réagir ?

D’emblée, il a identifié l’agresseur et sa sournoiserie. Comme il lui est quasi impossible de rejoindre le noyau dur du problème, sa réaction est une forme de repli sur soi, définir ou redéfinir le NOUS et L’AUTRE... l’appellation "de souche", souvent réduite aux limites exiguës de ses propres frontières qu’elle soient linguistiques, géographiques, religieuses, politiques. Ceci lui permet de mieux cerner la problématique et de programmer sa réponse.

Il me semble que c’est là que la surgescence des mouvements dits identitaires s'organise. Le tout saupoudré d’un profond mépris pour tous ceux et toutes celles qui ne correspondent pas à cette description. On peut dès lors mieux comprendre la hantise que ces coteries promeuvent à l’endroit de l’immigration et voir dans le flux de réfugiés fuyant la guerre et ses inévitables conséquences, un germe imminent d’une formidable invasion dont il faut urgemment se prémunir.

On utilise le mot "normalité" à toutes les sauces. Donc, je ne dirai pas que c’est tout à fait normal d'assister à l’explosion de tels mouvements. Non, mais c’est compréhensible et fait intrinsèquement partie des dommages collatéraux que la menace islamiste fondamentaliste, extrémiste traîne dans ses sillons. Il nous faudra s’habituer, ils sont là pour rester.

Voici donc ma réponse à ce fort intéressant point.

N’hésitez pas, continuons à creuser la question.

mardi 23 avril 2019

La menace islamiste ?

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Dans ce court billet, je veux répondre à une question qui m'est posé depuis la parution de mon analyse en lien avec ce qui pourrait être nommé "l'affaire de la laïcité" au Québec à la suite du dépôt du projet de loi 21 à l'Assemblée nationale.

La voici: vous parlez de deux menaces aussi importantes l'une que l'autre qui seraient suspendues au-dessus de nos têtes d'Occidentaux; une première reliée à l'islamisme fondamentaliste, la seconde, la précarité de notre survie sur la planète Terre aux prises avec des changements climatiques dramatiques. Pourriez-vous mieux étayer votre opinion quant à la première affirmation ?

J'ai parlé de menace islamiste fondamentaliste, extrêmiste, la faisant naître à la suite des événements du 11 septembre 2001, alors qu'un commando s'attaquant aux deux tours du WTC les faisait s'effondrer comme un château de cartes. Je rappelais qu'il s'agissait là d'une deuxième tentative de s'en prendre au monopole capitaliste américain et ses icônes, la première remontant à 1993. 

Il ne fallut peu de temps pour y voir un complot fort bien organisé, longuement préparé et qui nous amenait inévitablement dans une période au cours de laquelle nous aurions à revoir certains paradigmes bien implantés dans nos vies quotidiennes et dans notre imaginaire.

On réfute cette assertion, principalement chez ceux qui croient qu'associer l'islam et le terrorisme relève d'une erreur de l'esprit, d'une incompréhension totale de cette religion pratiquée par des millions d'individus.

Il est exact d'avancer:

que l'Occidental moyen n'a que trop peu de connaissances au sujet de cette spiritualité;
qu'il ne faut pas voir en tout musulman un terroriste en devenir;
qu'il est ridicule de penser que les objectifs non avoués des musulmans soient de l'ordre d'une invasion du monde entier afin d'y imposer la charria ou tout autre rite lui étant relié.

Mon point de vue rejoint les énoncés précédents, mais ils ne représentent aucunement des éléments pertinents à ma vision des choses.

Il serait insensé de dire que l'Allemagne, sous Hitler, était entièrement composée de nazis souhaitant la mort des Juifs. C'était une politique idéologique guidant le IIIe Reich dans les exactions qui en découlèrent. D'ailleurs, l'Allemand moyen de l'époque n'en était pas informé et jamais nous ne saurons comment il aurait réagi, l'ayant su, face à cette doctrine génocidaire.

J'utilise cet exemple afin d'illustrer mon propos et émettre cette hypothèse: si l'affaire Dreyfus, que l'écrivain Émile Zola a monté en épingle afin de dénoncer un antisémitisme de plus en plus présent en France (nous sommes à la fin du XIXe siècle), a mené à la pensée nazie en Allemagne quelques années plus tard, est-il possible de penser que l'attaque du WTC puisse s'être avéré le déclencheur pour tous ces mouvements islamophobes à travers le monde d'aujourd'hui ?

Personnellement j'y vois une certaine ressemblance sans qu'elle soit totalement une similitude. Il suffit, parfois, d'un immense coup d'éclat pour imprégner chez les humains un sentiment de peur qui empêche sa raison de fonctionner normalement et le fait pencher vers des opinions qui défient l'analyse.

Oui, il y a menace de la part des islamistes fondamentalistes, les événements récents le démontrent. Le Sri Lanka s'ajoute à la liste. Il y a eu complot (dessein secret, concerté entre plusieurs personnes, avec l'intention de nuire à l'autorité d'un personnage public ou d'une institution, éventuellement d'attenter à sa vie ou sa sûreté). Il y a eu conspiration (entente secrète entre plusieurs personnes ou choses personnifiées, contre quelqu'un ou quelque chose).

Voici donc ma réponse à cette question. 
N'hésitez pas à manifester votre opinion afin d'élargir le débat.

jeudi 11 avril 2019

LA THÉORIE DU " cé pas "



Vous avez bien compris que ce "cé pas" phonétique signifie "c’est pas"
Cé pas grave; Cé pas beau ça; Cé pa bien; Cé pas possible; Cé pas vrai; Cé pas une affaire à faire; Cé pas rien; 
Cé pas ça qu’il faut faire; Cé pas ce que je t’ai demandé; etc.      Il est dit en français mais peut se traduire par aussi castrant "it’s not that" en anglais.

On serait porté à dire que le ‘"cé pas" relève du concept psychanalytique SURMOI, de l’allemand Überich, terme créé par Freud et introduit dans LE MOI ET LE ÇA en 1923. Le SURMOI est l’une des instances de la personnalité, telle que Freud l’a décrite dans le cadre de sa seconde théorie de l’appareil psychique et souvent assimilé, à tort, à la conscience morale. C’est en fait une instance inconsciente née de l’intériorisation des interdits familiaux. Pour Freud, il est "l'héritier du complexe d’Œdipe".

J’ajouterai avant de poursuivre ma théorie du "cé pas", une autre notion, grammaticale celle-ci : l'ellipse, c'est l’omission d’un ou de plusieurs éléments (que l’on peut néanmoins déduire). Selon les cas, ce procédé permet d’alléger l’expression (par exemple en évitant une répétition) ou la renforcer. C'est un procédé fréquent dans les proverbes ou les petites annonces.

Je pense aussi au négativisme, cette attitude de rejet passif de toute sollicitation extérieure, de résistance au contact ou à la collaboration, sans raison apparente. Le négativisme est symptomatique de la catatonie (schizophrénie) en tant que trouble de l'activité motrice volontaire, mais se rencontre également sous forme de trait de personnalité associant un pessimisme et un refus de l'action.

La négation est également un frein - système permettant de ralentir, voire d'immobiliser, les pièces en mouvement d'une machine ou d'un véhicule en cours de déplacement.

Un système nerveux pour agir, un système social pour empêcher d’agir ? selon Henri Laborit irait dans le sens que je souhaite interpréter le "cé pas".

Derniers éléments référentiels:
la peur, cette émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d'un danger ou d'une menace. En d'autres termes, la peur est une conséquence de l'analyse du danger et permet au sujet de le fuir ou de le combattre, également connue sous le terme « réponse combat-fuite » pourrait être le carburant du “cé pas” alors que
le pouvoir, cette capacité dévolue à une autorité ou à une personne, d'utiliser les moyens propres à exercer la compétence qui lui est attribuée,
son outil 
et sa caution morale,
l'autorité qui correspond au droit de pouvoir commander, d'être obéi. Elle implique les notions de légitimité, de pouvoir (sans pour autant être confondue avec celui-ci), de commandement et d'obéissance, et ne doit pas être confondue avec l'autoritarisme. La forme de sa légitimité peut varier, et elle peut enfin s'exprimer selon un rapport de force ou un rapport de compétence.

Puis, l’éducation qui est une intention, suivie d’actions, d’un éducateur sur un éduqué.
Deux acteurs:
être éduqué, c’est donc une violence que je me fais, afin de correspondre au modèle attendu, afin d’être conforme à ce modèle;
être éducateur, c’est aussi une violence que je fais en cherchant à obtenir de l’autre qu’il fasse ce que, moi, j’attends de lui.


Admis – privilège unique au Vietnam – dans la chambre à coucher d’une amie qui vient d’accoucher, une chose me saute aux yeux: les Vietnamiennes, primipares ou non, doivent être isolées de tout le monde durant le premier mois suivant la naissance de l’enfant. Seule la mère ou un substitut, peuvent l'approcher.

Réagissant au son de la voix de sa maman, cette enfant nouvellement née me mettait en présence d’une âme à l’état pur, d’un être entièrement à faire, à parachever tout comme ses fontanelles. Quelle merveille! Cette enfant pourra être ceci ou cela selon les messages transmis consciemment ou inconsciemment qui, inévitablement, lui parviendront.

La force de tout système est de s'autogérer. Une fois intégré dans le comportement conscient ou inconscient de l'individu, le système installe des stéréotypes qui ont rapidement force de loi, des habitudes qui évitent les oscillations et donnent du sens à la vie collective. Il faudra alors une forme de jugement, de sens critique pour dire que tel ou tel système ne puisse résister à l'analyse.

Élever un enfant, au sens de l’aider à grandir physiquement, la nature s'en charge, mais lui inculquer des valeurs souvent issues de traditions millénaires, grégaires, c'est le faire entrer dans un système, s'y plier et agir selon les règles induites par celui-ci.

Le langage, l'élément sans doute le plus puissant que possède un être humain afin de se soustraire à la solitude et à l'isolement, se manifeste par des signes oraux ou non qui permettent la communication entre nous. Communication teintée par le système en place, véhiculée par les diverses croyances et acceptée par le fait que nous participons selon nos ressources individuelles à la poursuite de notre cheminement dans l'espace et dans le temps où le hasard nous a placés.

Le phénomène humain qu'encore maintenant et sans doute dans mille ans nous tenterons de mieux saisir, repose donc sur la qualité des messages transmis, leur aptitude à se perpétuer d'une génération à l'autre et une certaine ouverture à les modifier selon le rythme et l'évolution du temps.

Il me semble partir d'assez loin pour exprimer mon idée sur cette théorie du "cé pas", mais elle repose sur des faits décryptables. J'utiliserai, pour se faire, l'exemple de cette enfant nouvellement née en terre vietnamienne, de parents vietnamiens dont l'un des deux est d'origine chinoise.

Sans qu'elle ne le sache encore, cette enfant intègre des comportements qui lui permettent d'entrer en relation avec sa famille. Comportements intergénérationnels qui remontent à la naissance de l'être humain doté d'intelligence.

Ils sont, ils seront vietnamiens puisqu'elle naît vietnamienne. Mais, fondamentalement, ils sont et seront humains. Les différences entre les deux se manifesteront au quotidien de sa vie et seront déterminantes pour son avenir. En contact avec d'autres différences, certaines distances se réduiront, de nouvelles attitudes se créeront au fil du temps.

Les civilisations qui nous ont précédés - et celles qui nous suivront - ne peuvent être les mêmes en raison des contacts que le hasard aura permis. Si cette enfant ne rencontre que des Vietnamiens, ne vit qu'en fonction de ce qu'elle reçoit consciemment ou inconsciemment, sans être, toutefois, entièrement isolée des autres mouvements humains qui circulent sur la planète, elle ninduira que jusqu'au bout de sa rue, ne connaîtra et n’apprendra pas des agirs n'ayant rien à voir avec les siens.

Alors que, par le hasard de la bonne fortune ou encore par l'évolution des moyens de communication qui favorisent les échanges et parfois les rapprochements, elle soit mise en contact plus ou moins directement avec d'autres individus, elle découvrira que son bout de chemin peut être un ailleurs qu'elle pourra explorer, analyser et juger s'il lui convient ou pas.

La théorie du "cé pas" apparaît donc comme une machination du conservatisme. Une manière de couper des ponts en construction. Si on l'applique dès le plus jeune âge, tout le "méchant/le mauvais" que représente le repli sur soi, la certitude que ce que l'on fait est la vérité pure, que rien ne doit être explorer car tout l'a été auparavant et que les réponses sont déjà toutes faites, comme des recettes à appliquer pour un savoir-bien-vivre, sans se poser de questions, nous intégrons dans le conscient et dans l’inconscient les germes d’un problème en puissance.

L'éducateur - que ce soit un parent, une école, une religion, un système politique, un système social - a donc le devoir, s'il souhaite que cette enfant devienne autre chose qu’un copier/coller de son environnement immédiat, le devoir de ne pas se référer à l'approche théorique du "cé pas" qui suppose un éducateur imbu de la vérité, un éduqué n'ayant qu'à recourir à sa mémoire et sa docilité pour devenir plus grand.

Si on dit "cé pas ça" à cette enfant, elle saisit ce qu'intrinsèquement elle pense, souhaite agir n'a pas de sens, qu'il lui faut modifier son comportement afin de demeurer dans la zone de compréhension des autres, ces autres qui lui sont essentiels à sa survie. Elle développe une faculté d'obéissance conditionnée qui obstrue sa faculté à saisir différemment le sens des choses perçues et ressenties par sa propre expérience. Multiplier les "cé pas" et nous obtenons l'automate que tout système cherche à construire.

Elle devient le jouet de la peur, de l'autorité, du négativisme et sans tout à fait en être consciente, remet entre les mains du pouvoir, sa possibilité d'être entièrement elle-même.

Le cerveau possède, dans toute sa complexité, une grande crainte: l'insécurité. Il ne faut pas se surprendre que tous les systèmes s'appuient sur cette donnée afin que règne l'inanimité qui rend l'être humain membre servile d'un groupe et non autonome, à la recherche de l'autre pouvant lui servir de tremplin vers un meilleur apprentissage de qui il est et des raisons pour lesquelles le hasard a semé en lui afin qu'il aspire au bonheur.

La théorie du "cé pas" est tristement fort répandue. Un raccourci, alors que la route est longue, semée de problèmes à résoudre; elle nous invite à se doter de stratégies afin de vivre dans un monde en perpétuelle mutation. Les outils que le "cé pas" fournit sont des clés qui ouvrent des portes ouvertes.

Cette enfant nouvellement née a des besoins primaires qu'il lui faut assouvir. Mais pour les besoins plus universels, on ne peut pas recourir aux  stratagèmes du besoin-réponse pour les réguler, il faut plutôt qu'elle soit placée en situation de résolution de problèmes qui sache la rendre plus libre.

On me dira qu'il n'est pas nécessaire qu’elle se brûle la main pour apprendre que le feu est chaud. C'est exact. Tout comme il ne lui est pas nécessaire de recourir au suicide pour connaître la mort. Connaître, c'est d'abord et avant tout savoir qu'un problème existe et que diverses solutions s'avèrent possibles.

Les personnes âgées, du moins à ce que je perçois autant dans la culture occidentale qu’orientale, arrivent un jour à se poser l’ultime question: qu'ai-je fait de ma vie? À l'approche du départ vers une forme de néant, d’inconnu, est-ce que tout ce que j'ai appris, vu, est-ce que tout cela m'est utile à l'heure de la mort? Ai-je assez vieilli dans mon corps et dans mon âme pour pouvoir affronter calmement, sereinement ce dernier pas ? Ici la théorie du "cé pas" prend du sens: la mort "cé pas" ce que l'on croit, la mort "cé pas" possible de la définir sans être intrinsèquement parvenu à son contact. On y aboutit comme on arrive à la vie: sans y avoir été forcément invité... le résultat d'un hasard.

Un jour cette enfant fera face à la mort. Elle se retournera vers ce qu'elle a reçu, aura appris et, sans doute qu’à son tour, elle ne pourra conclure qu’à leur inutilité. Difficile de sublimer la mort, on ne nous pas injecté l’antidote contre cette peur... mortelle.

Avec la théorie du "cé pas" la mort ne nous appartient pas, ne s’explique qu'à l'aide de concepts reliés à la vie, souvent sybillins mais toujours obsolètes alors que tout doucement, inexorablement le dernier souffle nous étouffera.

Je souhaite à cette enfant de reprendre contact avec le néant, cet endroit d’elle vient à peine d’arriver, là  nage le hasard, son premier lieu d’apprentissage. Je lui souhaite de pouvoir le nommer comme elle le percevra. Je souhaite que sa vie, unique, puisse être l’occasion de donner au monde, qui ne retiendra d'elle que des cendres et poussières, de construire une marche de plus à cet escalier que chacun d'entre nous devons grimper pour permettre aux autres d'aller plus haut.

dimanche 7 avril 2019

5 (CINQ( (CENT SOIXANTE-DEUX) 62

     
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En toute logique, la réponse est reliée à une question provenant d’un problème, encore faille-t-il bien le définir pour que la logique fonctionne.

Le projet de loi 21 que l’Assemblée nationale du Québec est appelée à débattre puis à adopter porte le titre suivant: LOI SUR LA LAÏCITÉ DE L’ÉTAT.

- Ce projet de loi vise à affirmer la laïcité de lÉtat et à préciser les exigences qui en découlent. À cette fin, le projet de loi indique que la laïcité de l’État repose sur quatre principes, soit la séparation de l’État et des religions, la neutralité religieuse de l’État, l’égalité de tous les citoyens et citoyennes ainsi que la liberté de conscience et la liberté de religion.

Sans entrer dans toutes ses technicalités, comprenons que pour atteindre les objectifs qu’il vise, l’interdiction de signes religieux sera imposée à certaines catégories d’employés de l’État québécois notamment aux enseignant(e)s des écoles primaires et secondaires, leurs directeurs/trices, ainsi qu’à toute personne en autorité, cela dans l’exercice de leurs fonctions. Il imposera aussi l’obligation de recevoir et de donner des services d’ordre public à visage découvert. Finalement, s’il est adopté - ce qui ne semble faire aucun doute - la désormais Loi 21 amendera les chartes des droits et libertés canadienne et québécoise afin qu’elles puissent être en concordance avec elle.

Voici donc déposée la réponse à la question issue, selon ses auteurs, du problème suivant: l’État doit-il être laïc et cela dans toutes les spères de ses activités ?

Jettons sur papier la nuance entre deux termes qui peuvent, par raccourci, être perçues comme synonymes.
. La laïcité, caractère de ce qui est laïc, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes; en droit, la laïcité est une conception, une organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de tout pouvoir politique ou administratif.

. La neutralité, situation d’un État qui se tient à l’écart d’un conflit international; état de quelqu’un ou d’un groupe qui ne se prononce pour aucun parti, caractère de leurs oeuvres, de leur attitude.

Le Québec, une fois adopté le projet de loi 21, deviendra officiellement laïc tout comme il est devenu unilingue français par l’adoption de la loi 101 au mois d’août 1977. C’est le choix que propose le gouvernement légitimement élu. Il faut, je crois, quelques informations supplémentaires afin de comprendre ce qui, pour plusieurs, semble être l’évidence voire un état de fait depuis la Révolution tranquille des années ‘60 soit la laïcité de l'État québécois.

Le monde a changé depuis 50 ans, le Québec aussi. Inutile de le démontrer. De tutélaire, en grandissant il devient de plus en plus autonome. Ce qu’il conserve dans ses gênes comme étant une valeur première, sans trop erré, est sa capacité d’accueil, autant aux personnes qu’aux idées. Le Québécois n’achète pas tout, mais il magasine. Certains diront que sa propension à ne pas décider de son destin provient de son histoire comme peuple colonisé par le conquérant anglais, de son pragmatisme l’invitant à ne pas déposer tous ses oeufs dans le même panier et d’être absolument convaincu que ses choix doivent reposer sur la réalité d’un passé estropié par des attaques soutenues afin de le voir disparaître ou assimiler et d’un avenir à la hauteur de ses nobles aspirations. Le Québécois est un libéral conservateur. La théorie des petits pas cadencés au rythme du temps lui sied à merveille.

Des deux périls qui ont servi de base à mon analyse (l’islamisme fondamentaliste et les changements climatiques), est-ce que le premier peut être perçu comme étant la raison d’être du projet de loi 21 ? Je le crois. On n’a qu’à remonter jusqu’à Hérouxville, passer par Bouchard-Taylor et s’arrêter sur les agressions contre quelques musulman(e)s sur la rue, dans la vie publique et l’horreur de la fusillade contre la Grande Mosquée de Québec pour y voir l'essence de son existence. On note une progression alarmante de gestes islamophobes, même si le terme répugne à plusieurs.

Des tentatives pour résoudre ce qui semblait être une escalade entre deux types de citoyens - qu’elles proviennent du PQ et sa charte des valeurs ou encore l’espèce de piétinement du Parti libéral du Québec sur cette question - auront eu pour effet de radicaliser le débat. Soulignons que du côté du gouvernement fédéral, toujours le même discours multiculturaliste, donc, rien à attendre là.

Le citoyen québécois veut que cette discussion cesse, qu’on y mette un point final et que nous passions à autre chose. Il y a quasi unanimité autour de la solution que propose le gouvernement même si l’étendue de ses interdictions chatoillent des consciences.

Examinons la cible. 

Les points cardinaux sont immobiles; croire qu’en pivotant sur nous-mêmes ils se déplacent n’a aucun sens. Alors, il m’apparaît illogique de ne pas penser que ce qui est visé est bel et bien le port de signes religieux de tout acabit dans l’espace public. Et cette visée, je l’adopte d’emblée. Tout ce qui est du domaine religieux doit se restreindre et se pratiquer dans son espace propre. Les prêtres catholiques revêtent les ornements sacerdotaux à l’occasion de célébrations qui se tiennent dans des lieux de culte, et c’est bien ainsi, je n’ai pas à m’insurger contre une telle chose. Il doit en être de même pour tout autre communauté religieuse.

Les personnes en autorité, celles qui ont un pouvoir légal d’intervenir sur les limites de notre liberté individuelle lorsqu’elle déroge aux libertés collectives, ces personnes doivent aussi le faire sans prosélytisme et sans aucun attribut - comme la toge portée par les juges et les avocats. Ne nous cachons pas le visage en protestant que voici un costume les distinguant des autres, comme c’est aussi le cas pour les policiers, les gardiens de prison, etc. Cela peut nous amener tellement loin et dans des quiproquos hallucinants.

Je suis donc tout à fait opposé au voile porté par les femmes musulmanes en-dehors des lieux de culte. Je ne reviendrai plus là-dessus. Cela suppose, m’appuyant sur le même argument, que je m'oppose à tout signe extérieur porté par des individus, identifiant des groupes sectaires. Oui, mais cela fait-il de moi un intransigeant, un opposé aux droits et libertés individuelles ? J’assume entièrement le fait que les libertés collectives m’apparaissent immensément plus importantes que les premières. Une société cohérente est davantage que la somme de ses parties individuelles. De toute manière, il sera éternellement impossible, dans quelque société que ce soit, de répondre affirmativement aux exigences personnelles de chacun et la justice m’apparaît être le meilleur rempart afin de bloquer les initiatives allant dans le sens d’une destruction des consensus collectifs.

Le fondamental de ce projet de loi, avec ces imperfections qui, je le souhaite, seront corrigées lors des discussions à l’Assemblée nationale du Québec, m’apparaît acceptable. La question qui surgit à l’esprit me semble être la suivante: à quoi ressemblera le Québec suite à son adoption ?

Le même, fondamentalement. Ses valeurs primeront. Le Québec a été, est et sera une terre d’accueil privilégiée pour tout humain désireux de vivre en harmonie avec tout autre humain de quelque croyance qu’il soit et qui en acceptera ses lois, la plus importante demeurant pour moi celle d’y vivre en français. Cette règle prime partout dans le monde; être d'accord ou pas ne change rien à sa réalité.

J’achèverai cette série de billets qui m’auront permis de clairifer ma position sur la laïcité, terme auquel je préfère celui de "neutralité" car il s’éloigne de l’opposition entre religion et non religion, par une question difficile exigeant des recherches approfondies: y a-t-il ou n’y a-t-il pas menace de la part des islamistes fondamentalites ?

Elle relève de la géo-politique, domaine qui n’est pas ma tasse de thé. Ce que je puis dire, toutefois, c’est que depuis 2001, aucun canal diplomatique entre le monde occidental et le monde oriental associé à l’islamisme intégriste n’existe. J’y vois là un danger certain. De plus, la situation qui prévaut et fait du sur place au Moyen-Orient, ne présage rien de bon.

Les moyens utilisés par les islamistes intégristes ne ressemblent en rien, en terme militaire, à ceux des Occidentaux ou encore aux principes de guérilla développés dans certains pays asiatiques ou d’Amérique latine. Une poignée de kamikazes anonymes ont réussi à réduire en cendres deux buildings fortement symboliques du capitalisme et cela directement sur leur terrain, New York.

Il n’y a qu’un seul et unique intérêt du côté islamiste extrêmiste: la destruction des mécréants que représentent les Occidentaux, et c’est proclamé. Toutes les astuces basées sur la terreur sont et continueront d’être utilisées. Sans nommer ceci un complot, certains voient dans l’immigration massive de musulmans de toute obédience une stratégie d’infiltration sur le territoire ennemi. Des nuances importantes doivent être apportées, mais on peut tout de même songer à vérifier cette hypothèse. Si l’on souhaite frapper son ennemi, encore faut-il se trouver face à lui.

Le symbolisme, qu’il soit illustré par le port de signes religieux ou tout autre attribut, revient à la mode chez diverses couches de nos sociétés. On n’a qu’à penser combien un simple tissu soulève des antipathies pour s’en convaincre. Je ne pense pas que l’on doive interpréter toute forme de symbolisme comme mauvaise en soi, ce qui ne nous empêche pas d’y lire le message - parfois subliminal - qu’il induit.


Voilà terminée ma réflexion quant au premier péril, le second étant suffisamment documenté qu’il m’apparaît superflu d’y ajouter quoi que ce soit.

Merci d’avoir suivi ma démarche et je nous invite à demeurer conscients et vigilants face aux événements à venir.

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

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