mardi 26 mars 2019

5 (CINQ) (CENT-CINQUANTE-SEPT) 57






Suite aux attentats du 11 septembre 2001, il semble que le monde occidental ait basculé en même temps que s’effondraient les tours du WTC à New York. S’en suivirent les guerres de représailles contre l’Irak, la poursuite de Omar Ben Laden, la radicalisation des rapports avec les communautés autres que les nôtres, principalement sur le terrain des religions, le tout accompagné d’un règne de terreur quasi institutionalisé.

Rapidement, nous  Occidentaux qui avions cru que le monde ne pouvait s'imaginer autrement qu'être une duplication de nos façons de vivre, fûmes interpellés par d’autres absolus souvent incompréhensibles du point de vue de nos références culturelles, de nos croyances. Nous découvrions qu’un autre paradigme alimentait le quotidien de millions de gens vivant sur la planète Terre.

Suspendu au-dessus de cela, le concept de mondialisation que nous définissions comme étant un objectif strictement économique, même s’il devait élargir les frontières géographiques sans en altérer les structures politiques et culturelles. Force est de constater que le monde devient un immense centre d’achat dans lequel se retrouvent les produits occidentaux souvent fabriqués à partir des matières premières de pays dits en développement ou du Tiers-Monde; qu’il se dirige vers un nouvel esperanto, l’anglais, porteur d'une supra culture émanant des pays de l’ouest, ceux du nord principalement. Ne reste alors qu’aux millions d’autres individus, que rapidement nous surnommerons les étrangers, le choix entre s’adapter ou disparaître.

Le concept de "barbare" revient dès lors à la mode tout comme celui du colonialisme qui lui est subtilement imbriqué, selon certains analystes sceptiques face à la montée de ce néo-libéralisme. Il y aurait donc, selon cette nouvelle vision du monde, les NOUS et les AUTRES, les BONS et les MÉCHANTS. Les médias occidentaux à la remorque des grands conglomérats et de multinationales affamées de pouvoir et d’argent,  auraient pour tâche de démontrer le bien-fondé de ce nouvel ordre mondial alors que, inexorablement, la poussière retombait dans les rues de la ville synonyme de modernisme, de toutes les avancées humaines.

Ils profitèrent de l’extraordinaire rapidité, de l’instantanéité de l’information et du peu d'enclin des gens honnêtes à approfondir la portée de concepts abstraits enrubannés dans une langue obsconse, pour illustrer que cette méthode far west d’envisager et tenter de comprendre que ce qui s’ensuivrait ne pourra que leur être salutaire.

Sauf que des tours intouchables devenues des legos s’écrasant au sol... des avions les percutant, à leur commande des "étrangers", des kamikazes ne craignant pas de sacrifier leurs vies pour une cause qu'encore nous ne pouvions en saisir les ténébreuses raisons, surgie de nulle part... des milliers de morts presque sous nos yeux horrifiés, tout cela un matin de septembre ensoleillé et devant être aussi tranquille que la routine... Tout allait maintenant changer, devoir s’analyser à partir du filet de la terreur étendu par des incultes sur ceux qui, confortablement installés dans leurs habitudes de consommation rapide, chercheraient à comprendre ce qui arrive, s’interrogeant sur la forme et le fond de tout cela.

Maintenant, certains AUTRES brandissent un nouvel étendard, celui de la religion entre autres, ce refuge pour les âmes insécures. Le réflexe naturel devient celui de déployer le nôtre. Ces divergences de perception théologique illustrent, accentuent et différencient tout à la fois le sens que chacune des religions fournit aux interrogations intrinsèques des hommes: la vie, la mort, la bonté, le pourquoi être, le lieu que nous habitons et celui que nous habiterons une fois le voyage terrestre achevé.

André Malraux écrivait, “Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas.” En fait, il a plutôt dit - “ C’est très rare qu’une civilisation ne se fonde pas sur des valeurs spirituelles.” Le qualificatif qu’il utilise n’a aucune connotation avec religieux ou mythique, il réfère plutôt à ce qu’il a découvert au Japon et en Chine lors de ses voyages - devenus à la fin, des pélerinages - la quête de sens.

Tant et aussi longtemps que nous n’accepterons pas l’idée que la raison d’être de la religion, institution créée par les hommes, se situe à des lieux et des lieux de celui, celle ou ceux qui l’ont inspirée, les guerres saintes, les croisades, lejihad ou tout autre ne pourront cesser. Une institution humaine, parce qu'imparfaite, serait donc perfectible. Il faut voir dans les multiples traductions et interprétations des livres religeux, une volonté de clarification du message, ce qui peut aussi entraîner dans son sillon, des altérations, des exagérations, et à la limite des perversions des textes originaux. De là, certains intégrismes* s'avèrent quasi inévitables.

* Doctrine qui consiste à adopter une attitude de conservatisme intransigeant dans une religion, un parti, un mouvement.


 La politique n’en fut pas exempte. Ce très vieux mot, peut-on encore l’utiliser pour définir sa pratique actuelle ? Ce qui est en lien avec les affaires d’un état et son administration. Pour nous, Occidentaux, il réfère à la démocratie, pour d’autres dans le monde, au vivre-ensemble ou encore à l’utilisation du pouvoir collectif afin de réprimer les trop puissants. Un certain dénomimateur commun s’insinue et semble faire l’unanimité partout: politique = corruption, ce mélange infect d’égoïsme et d’orgueil qui pousse certains individus à s’accaparer des parts de nos acquis à des fins personnelles. Cela semble être quasi universel.

Ces considérations que je pose en prémisses à ce que je souhaite dire, éclatent en l’année 2001, mais tout concourt à penser que ces événements  furent latents et que leur arrivée, sans être annoncée, devait se réaliser. 20 ans ne suffisent pas afin de permettre de les considérer assez solides, assez ancrés pour qu’on les utiliser comme modèle aux années à venir. Beaucoup de divergences se soulèvent
ici et là. L’état de la planète nous oblige à revoir certains fondements même de l’économie mondiale, de grands mouvements de protestation réunissent des gens que rien ne pouvait rassembler auparavant, des institutions jusqu’ici intouchables, à l'abri de tout soupçon se voient éclaboussées par des scandales, de multiples pratiques prônant le "small is beautiful" d’Ernst Friedrich Schumaker (1973), le retour à certaines pratiques de vie plus saine et plus globale, des politiciens moins "politicailleurs" et plus idéalistes prennent la parole et sa portée se fait plus universelle qu'indigène. 

En colloraire, des mouvements extrémistes, identitaires, chauvins et imbus de faux nationalisme voient le jour, des climatosceptiques mettent en doute l’existence d’un phénomène pourtant évident, celui que nous courons inévitablement à notre perte si rien ne change, un certain pessimisme gagne du terrain. Je ne prétends pas que cette manière de saisir le présent, et un peu l’avenir, soit la bonne, sauf qu’elles m’apparaissent déterminantes et intéressantes à regarder de près.

La mondialisation* aurait donc ouvert les portes de certains ailleurs que plusieurs d’entre nous ne connaissions que par les livres de géographie ou d’histoire. Toute idée, aussi nouvelle que révolutionnaire soit-elle, traîne dans son sillon ce que j’appellerai des "génériques". Souvent associé à des médicaments, ce mot porte d’autres sens. Qu’est-ce qu’un mot générique ? Celui qui désigne une catégorie de notions, d’objets. Exemple: peur est le terme générique pour la crainte, la frayeur, l’angoisse, l’anxiété, la panique... Qu’est-ce qu’un verbe générique ? Un mot au sens suffisamment général pour englober une classe naturelle d’objets dont chacun, pris séparément, reçoit une dénomination spécifique. Aristote lui donnait la valeur de "genre".


* Le terme de mondialisation qu’en anglais on traduit par globalisation correspond à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et de l’information. Selon Olivier Dollfus “ c’est l’échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l’espace mondial étant alors l’espace de transaction de l’humanité.”


Serait-il exact de dire que l’économie devenue économie de marché s’étend à l’infini sans obligatoirement tenir compte des caractéristiques intinsèques des endroits, des lieux qu’elle infiltre ?

Que la politique ne se définit plus à partir du mot démocratie, alors que nous savons qu’il existe plein de régimes dictatoriaux, que le communisme et le socialisme s’éloignent sensiblement de leur sens initial. La Chine, la Russie, pour ne citer que ces deux pays, ont revu la doctrine de Marx et de Lénine  lui donnant une saveur disons plus moderne, mieux adaptée à notre siècle ?

Qu’une certaine culture cherche à régner en maîtresse absolue et monolithique, choquant du même coup  diverses perceptions du monde ?

Que NOUS, cela définit les "de souche" et que les AUTRES, les étrangers, qu’ils demeurent dans leur pays ou cherchent par leur migration volontaire ou involontaire à s’installer ailleurs, voire chez nous ?

Que la Terre soit une planète que l’on cherche à sauver d’une main puis à détruire de l’autre. ?

Que la religion profère un credo évacuant la communion avec l’autre ?

Que la guerre demeure bien ancrée chez l’individu, tout comme dans la collectivité, comme étant une stratégie basée sur la croyance que l’offensive demeure toujours la meilleure défensive, que l’autre est fondamentalement un ennemi en devenir et que l’abattre est question de survie ?

Notre conception du monde aurait donc été secouée en septembre 2001. Voir s’effondrer le symbole même du capitalisme à outrance fut comme si un miroir enfumé et déformant affichait une réalité bousculée...

On verra pour la suite.

samedi 23 mars 2019

5 (CINQ) (CENT-CINQUANTE-SIX) 56

Voilà donc pour Facebook, alors même que tout n'est certainement pas écrit à son sujet. Je continue, dans ce deuxième billet consacré au même thème, à présenter un court résumé de ce qui m'a amené à faire fi de ma principale résolution pour l'année 2019.  

LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON, le blogue que j'alimente depuis maintenant plus de 14 années, me surprend quotidiennement. Du fait qu'il se retrouve sur Google (Blogger), l'amène à crapahuter dans plusieurs parties du monde. Lors d'un dernier recensement, les résultats m'ont quelque peu effrayé. En effet, des internautes de plus de 50 pays différents s'y sont arrêté à un moment ou à un autre. Au-delà de 170 000 vus affichés, auxquels des commentaires - parfois élogieux - s'ajoutent, la plupart d'entre eux en lien avec mes récits de voyages, les photos que je greffe à mes textes éclectiques ou, rarement toutefois, une appréciation suite à la lecture d'un poème.

Ce blogue me sert surtout comme outil de travail ? Non, comme discipline quotidienne d'écriture. S'arrêter d'écrire c'est comme stopper la pratique d'une activité physique, on s'ankylose.

Voilà la raison pour laquelle je déposerai ici les billets qui expliqueront le pourquoi de la brisure à ma résolution de ne pas parler de... ça.

Ça ?

C'est-à-dire mon entrée dans le débat faisant rage actuellement au Québec et ailleurs dans le monde. Le sujet, je le nommerai "les intégrismes". Vaste et complexe, il nous amène à lire, à entendre tout et nimporte quoi, souvent vide de sens.

Ici, Facebook servira de véhicule tout comme ses confrères et consoeurs qui s'affichent sur le Web avec la même intention. Je ne discuterai pas de la pertinence ou non de ces supports médiatiques, mais argumenterai sur le fond des choses qu'ils soutiennent.

Une définition n'est jamais neutre. Tout comme le fait un carrefour giratoire, elle propose des avenues possibles afin de nous diriger vers la route que l'on souhaite emprunter. Afin de bien circonscrire mes propos, je m'engage à citer mes référentiels pour que vous puissiez discriminer les tenants et les aboutissants de ce que je veux dire. 

EXEMPLE: 
le mot "intégrisme" sera pris dans un sens plus large que celui que l'on associe aux religions. Il fera référence à tout ce qui de près ou de loin incite à la pensée unique, culpabilise voire diabolise ce qui s'éloigne de son dogmatisme. Le racisme, l'islamophobie, le rejet ou la négation de la différence en font partie, ainsi que plusieurs autres qui s'ajouteront alors que le texte se développera.

Le droit de parole, de prise de la parole oserais-je dire, tout comme les autres droits, s'accompagne d'un devoir de responsabilité. "Toute parole n'est pas bonne à dire."... "Le silence est d'or, la parole est d'argent."... Il me semble que nous voici bien éloigné de cela. Tout un chacun (à utiliser en lieu et place de tout à chacun, selon l'Académie française) se donne la permission de commenter, de critiquer, d'apporter son point de vue sur les sujets qui font l'actualité sans avoir nécessairement pris le temps de lire la nouvelle, l'information dans son entier et pire encore, sans l'avoir située dans son contexte particulier ou général. Il suffit simplement de consulter leurs écrits pour s'apercevoir qu'ils sont hors sujet.

Il existe sans doute un terme français pour nommer ce type d'individus, je ne le connais pas, mais cela ressemble davantage à une carence au niveau de l'argumentation alors que l'on s'en remet qu'à de bêtes "copier/coller" de déjà vu, déjà entendu.

"Like" chez Facebook peut signifier deux choses: "aimer" et "comme"... "j'aime" et "je pense comme cela". Ce n'est sans pas sans raison qu'une foule importante d'internautes exigent de Facebook l'ajout d'autres boutons pouvant mieux exprimer leur opinion.

Si je me résume une fois arrivé à cette étape, je conclurai ainsi:
1) ça sera sur mon blogue publié chez Blogger et reproduit sur Facebook que ma résolution frappera son mur;
2) un texte produit et publié par l'entremise de quelques billets me plongeant tête première dans les  eaux troubles de débats qui déchirent les gens, le tout sous le chapeau que j'appellerai "les intégrismes";
3) voici un aperçu de quelques questions auxquelles j'apporterai mon grain de sel, conscient qu'elles risquent de m'attirer quelques réponses salées:
- NOUS et les AUTRES,
- la gauche et la droite,
- l'identitaire et l'interculturalisme,
- le populisme ambiant,
- les effets de la mondialisation,
- la peur et la sécurité comme armes politiques,
- la démocratie, sauce XXIe siècle,
- les religions;
- la remise en question d'évidences reconnues,
- la cohérence de la pensée.

On verra bien ce qui en adviendra.

mercredi 20 mars 2019

5 (CINQ) (CENT-CINQUANTE-CINQ) 55



Je m’étais pourtant juré de ne pas aborder ce sujet, en faisant même une résolution officielle pour l’année 2019. Et me voici tout près à m’y lancer. Quel en fut l’élément déclencheur? Beaucoup de choses, en fait. Court résumé avant de plonger...

Je parcours régulièrement le réseau social Facebook qui m’apparaît une des belles créations modernes afin de favoriser la communication, créer des liens entre des individus que l’on nomme "amis" et recevoir, souvent en temps réel, la température du monde. Sans entrer dans le sempiternel débat, sans réponse, à savoir que ce véhicule éloigne les gens de contacts plus personnels, plus intimes voire plus vrais, je qualifierai Facebook de la nouvelle ONU.

Il est exact de dire que l’on y trouve de tout et de rien. La nomenclature deviendrait exaspérante à citer, mais admettons que l’utilisation de ce medium sait s’adapter à chacun de ses membres.

Pour ceux qui y voient une atteinte sournoise à la vie privée, une utilisation perverse de données à des fins commerciales ou autres, il suffit de rappeler que l’on y vient librement et en s’abonnant, on se doit d’accepter les algorithmes qui le régissent.

Comme toute activité humaine, Facebook recèle des travers indéniables, mais lorsque l’on s’y adonne, un fait demeure, une forme de communication s’installe entre les amis et les différents groupes qui s’y créent.

L’essor de cette forme de mass-media est spectaculaire, tout comme ceux qui logent à la même enseigne. Facebook aura été, sans le vouloir ou même le souhaiter, le fossoyeur de bien des journaux publiés sur support papier, de bien des radios, des télévisions qui durent contaster à leur grand dam, le fait qu’ils ne pouvaient plus suivre le rythme effréné de la nouvelle publiée sur Facebook et reliée de façon exponentielle. Nous sommes entrés dans le monde de l’instant, de l’immédiat, du fugace.
  
Facebook est là pour rester alors que de plus en plus on cherche à en diminuer la portée prétextant la multitude de "fake news" (en français on utilise le mot "infox") qui y sont publiées, que des échanges parfois virulents sinon violents s'y retrouvent, des appels à la haine jouxtent la gentille image d’un chaton en train de s’amuser avec un immense doberman.

Ce que l’on reprochait à Internet se voit attribuer à Facebook: tout ne peut être vrai, exact, vérifiable. Il y a là une évidence, la même que lors d’une conversation entre deux amis confortablement installés dans un café. L’expression “j’ai lu ça sur Facebook’’ devient la jumelle de ‘’j’ai vu ça sur Internet”. Il faut souhaiter y voir un grand pas vers un certain scepticisme, essentiel dans la recherche de ce qui se rapproche le plus de la vérité... si la vérité existe !

On fait l’apologie de Facebook tout autant que l’on se livre à son improbation. Force est de constater qu’autant la génération des "boomers" fut celle de la télévision, celle qui avance dans le monde actuellement est celle de la technologie numérique. Si on écoute ce qui se répand quant à la surutilisation des portables, de tous ces appareils mûs par l’électronique, et cela en provenance de tout un chacun, on frise l’exagération, la démesure. On prophétise la fin de la communication alors qu’au contraire, à mon point de vue, cela la favorise. Il m'apparait faux de prétendre qu’en optant pour les échanges sociaux à partir de Facebook cela nous dirige droit vers un repli sur soi, croyant que pianoter sur un clavier coupe court à toute autre forme d’échanges.

Pour sûr, s’en remettre à Facebook comme seul et unique outil pour la fréquentation avec les autres peut s’avérer néfaste à long terme, même à moyen terme. Toutefois, les avantages me semblent plus importants que les dangers inhérents à cette pratique. J’admets que la qualité de la langue se détériore, que les raccourcis linguistiques possèdent leur propre grammaire et que le vocabulaire s’amenuise, mais quelle est la base même de la communication, sinon ce processus par lequel une personne (ou un groupe de personnes) émet un message et le transmet à une autre personne (ou groupe de personnes) qui le reçoit avec une marge d’erreurs possibles (due d’une part, au codage de la langue parlée ou écrite, langage gestuel ou autres signes et symboles par un émetteur, puis au décodage du message par un récepteur, d’autre part au véhicule ou canal de communication emprunté).

J’annonçais au début de ce billet m’être imposé un moratoire, mais que j’allais m’y soustraire; s’agissait-il de ne pas argumenter sur l’utilisation de Facebook ? Absolument pas. Je compte  approfondir, dans le second article, un sujet plus vaste, celui reposant sur les questions suivantes: que se passe-t-il dans notre monde, tout comme au Québec, depuis le 11 septembre 2011 ? Sommes-nous entrés dans plus de rigidité au niveau de la pensée ? Le clivage idéologique serait-il devenu une disposition générale ? Revenons-nous à l’époque de la gauche intransigeante, de la droite bêtement identitaire ? Doit-il exister une morale unique ? Le monde se rétrécie-t-il tout en s’élargissant ?

On verra...

vendredi 15 mars 2019

16 mars 2016 - 16 mars 2019


Trois ans depuis le décès de frérot Jacques.




Un psychologue américain désireux de bien expliquer à une de ses clientes les raisons pour lesquelles le deuil, même après des années, occasionne toujours de la souffrance, lui dessina une boîte dans laquelle il avait tracé deux choses: un bouton-poussoir et un ballon. Puis, d’autres images dans lesquelles on voit la boîte demeurer identique en terme de dimension, alors que le ballon, lui, tout doucement se dégonfle. Le bouton reste exactement au même endroit. Devant sa cliente pantoise et perplexe, il lui expliqua le sens de ses grabouillis.

Lorsque apparaît une souffrance, c’est comme si un ballon pris dans une boîte y prenait toute la place. Il lui est impossible de ne pas se frotter au bouton-poussoir, ce qui déclenche un mal-être, un sentiment général de malaise. Puis, avec le temps, alors que le ballon rapetisse, la pression sur l’interrupteur ne se produit qu’occasionnellement.

Le psychologue lui précisa que le ballon prisonnier de la boîte ne réussira pas à s’en échapper, ce qui explique qu’une souffrance puisse rejaillir sans crier gare alors qu’une image, un souvenir, une date ou un événement le dirigent vers le bouton-poussoir.

Cette explication me semble tout à fait plausible et le modèle développé par ce psychologue, en plus de bien répondre au phénomène du deuil, peut s’appliquer à tout traumatisme.




Trois ans suite au décès de frérot Jacques, je sens que le ballon enfermé dans sa boîte se dégonfle, mais, occasionnellementil atteint l’interupteur ramenant à la surface une espèce de manque, me faisant encore souffrir . Je sais pertinemment que cette souffrance ne me quittera jamais et, sans aucun masochisme de ma part, je suis ouvert à l’assumer.



On peut souffrir de bien des manières, dans son corps ou son esprit. Moi, ça se situe dans l’âme. Perdre un frère s’avère fichûment plus difficile que j’aurais pu l’imaginer. C’est une partie de soi qui s’est envolée. Voilà certainement la raison pour laquelle tous les jours, devant cette photo encadrée par Pierre et Claire, je fais brûler des bâtonnets d’encens avant d’aller jaser un peu avec lui qui vit à travers le bougainvillier trônant sur mon balcon.


 Frérot Jacques, je t’aime.

                                                       



vendredi 1 mars 2019

humeur vietnamienne

Casquette du groupe VIETNAM '19


Lorsque je ferme les yeux, j’entends encore le roulement inégal du mini-bus cahotant sur les routes birmanes, puis celles du Vietnam. Le silence aussi, celui de mes compagnons de voyage qui roupillent ou parcourent un Routard ou un guide de la National Geographic.

Une question surgit derrière ou devant moi, me ramène à la réalité, celle de ce groupe hétéroclite parti à la découverte de terres asiatiques. Nous étions six, accompagnés par un guide fantastique, un chauffeur prudent et expérimenté, avalant des centaines de kilomètres au pays de Aung San Suu Kyi, entre Rangoun, Bagan et le Lac Inle.

         

La Birmanie, appellée également Myanmar, s’ouvre au monde suite à de nombreuses années sous le joug des militaires qui y font toujours la pluie et le beau temps. Dire combien cette contrée hautement spirituelle est belle relève de l’impossible ! Les images que nous en ramenons effleurent à peine la quintessence de tous ces endroits parfois sauvages mais toujours jolis. De cette pureté des couleurs, nos yeux en sont encore émerveillés !


         

Sans tomber dans le descriptif de l'itinéraire, je m’en tiendrai surtout à l’atmosphère qui régna pendant plus de cinq semaines, entre nous, Occidentaux, uniment surpris par ce pays de pagodes, de sable et de poussière... sur un réseau routier pas encore idéal. Les constants soubresauts que notre chauffeur essayaient tant bien que mal de réduire au minimum, nous tenaient continuellement en alerte. Il aura fallu quelques jours avant de nous y habituer.

La route entre Rangoun et Bagan, tout comme celle qui nous mena par la suite au Lac Inle, ne nous permit que des arrêts nécessaires afin de délier des jambes et des fessiers rudement mis à l’épreuve. On nous attendait au bout du chemin...

Près de 3000 pagodes, temples, stupas sur le site archéologique bouddhique de Bagan - ville qui interdit les plastiques - secouaient littéralement notre admiration. Les tremblements de terre, celui de 1975 et le dernier survenu en août 2016, n’ont en rien détruit le calme, je dirais la spitiualité des lieux. Que dire des merveilleux couchers de soleil que nous pûmes admirer sur les eaux de l’Irrawady, puis de la pagode Shwesandaw ! Beauté et poésie réunies...

Dans l’organisation d’un périple de cette envergure, sachant que l’on ne peut tout voir, tout visiter, des choix parfois cruels s’imposent, que ce soit au niveau des endroits à ne pas manquer ou le temps qu’on doit leur consacrer. Par chance, nous avions remis entre les mains de notre guide Oo le soin d’orienter nos déplacements. Il va sans dire que Bagan nous a éblouis, mais le Lac Inle nous attendait.

Retour sur la route avec les inconvénients qu’elle présente pour les joyeux lurons qui, tout doucement, s’adaptait à l’heure asiatique, un décalage de douze heures. Une de nos toquades, sans doute celle qui s’est installée à demeure dans le groupe, se manifestait par nos profondes et philosophiques questions sur le temps et l’espace. S’il fallait en résumer la juteuse substance, je dirais que nous n’avons point épuiser le sujet, mais en sommes arrivés à la conclusion que... tout est courbe.

Le Lac Inle se situe au centre de la Birmanie, dans les montagnes Shan - Bagan, pour sa part, se retrouve dans la plaine centrale du pays, sur la rive gauche de l’Irrawaddy. Cette vaste étendue d’eau claire est peu creuse (4 mètres en saison de la mousson) et offre aux visiteurs des paysages magnifiques: les jacinthes d’eau flottant sur une eau tranquille, les graminées qui s’amusent à modifier leur couleur selon les inclinaisons du soleil, une foule d’oiseaux tropicaux vivant dans la Réserve de biospère reconnue par l’UNESCO en 2015, et encore et encore...

Une journée passée à le sillonner avec différents arrêts ici et là afin de rencontrer des tisseuses de fil de lotus, des joalliers spécialisés dans les bijoux en argent et tout au bout, une pagode (In Dien) qui vaut le détour.

Lors de ma dernière escapade en Birmanie, je n’avais pu apprécier à mon goût la cuisine locale. Ce fut tout à fait le contraire cette fois. Les plats régionaux et les spécialités du pays enchantèrent les architectes que nous devenions... En effet, alors que le débat autour de la lubie du Président Trump semble piétiner, nous avons discuté... mur à mur... de ce problème, pour en arriver à la conclusion que ce mur isolant le Mexique des USA devait être agrémenté de bougainvilliers grafignant l’austère ciment qui le composerait. Entrecoupé par la plantation de magnifiques flamboyants, leurs rouges superbes verraient à camoufler la honte qui s'en dégagerait. Tout au long du voyage, nous avons peaufiné ce projet qui devrait se retrouver sur le bureau de la Maison Blanche d’ici peu.


Le Lac Inle signifiait aussi notre retour sur Rangoun puis le départ vers Hanoi, au Vietnam.

Ce voyage à deux volets (Birmanie et Vietnam) s’annonçait exigeant en raison des kilomètres à parcourir. 10 jours en terre birmane, sous un soleil continuellement présent, permirent au groupe VIETNAM '19, de constater que le tourisme aisatique n’a rien à voir avec d’autres. Le temps prend une autre dimension.

Le Vietnam nous ouvrit ses bras le 22 janvier 2019. Sa capitale, Hanoi, contrairement à ses habitudes resplendissait dans ses habits estivaux. 

Impossible de ne pas relater l’extraordinaire journée du 23: notre rencontre avec l’illustre chercheur et écrivain 

vietnamien Hữu Ngọc qui a bien voulu accepter de participer à une entrevue originale. Un moment inoubliable pour l’ensemble du groupe qui put apprécier les propos vifs et intelligents du plus important écrivain du Vietnam, connu dans le monde entier. Âgé de 100 ans, il fut très proche du Président Ho Chi Minh.

Quelle entrée dans le pays pour 6 Québécois se préparant à sillonner les routes qui les menèrent de Sapa jusqu’au Nord du Vietnam, puis vers l’ïle de Cat Ba dans la Baie d’Halong, avant de se diriger vers Ninh Binh: c’est là que nous avons fêter le Têt, la Nouvelle Année Lunaire!

 

Il est tout à fait normal que la fatigue physique s’abatte sur nous après tant et tant de merveilles qui doucement s’emmagasinaient dans nos mémoires: les montagnes de Ha Giang, les ethnies de Meow Vac, les chutes de Cao Bang, les silences de la jungle sur l’ïle de Cat Ba, la réunion des montagnes et de la mer une fois arrivés à Ninh Binh...

                                    

  




                         


    

Ce fut, par la suite, la ville impériale de Hué - il ne pleuvait pas, chose plutôt inhabituelle - Hoi An, la magnifique, pour nous retrouver à Saigon; du Nord vers le Centre puis le Sud.

                                      

Les voyages organisés par les agences concentrent leurs allées et venues sur les principaux attraits touristiques, alors que ce sont les gens qui nous ont attirés, les petits coins secrets de ce pays aux mille contrastes et ce que je pourrais nommer “l’inside”.

De Saigon que certains craignaient en raison de son immensité, nous prîmes du repos sur les plages de Vung Tau avant de découvrir le majestueux Mékong et son delta.

     



38 nuitées et 39 jours plus tard, à l’aube du retour vers la froidure québécoise, de son hiver rigoureux, 5 Québécois s’apprêtaient à repartir me laissant avec ma belle Saigon.

Ce fut une expérience touristique, oui, mais également un profond apprentissage. Vivre 24 heures sur 24 ensemble, se respecter mutuellement, partager nos extases, nos fatigues aussi, nous mène inévitablement à des conclusions sur nos capacités d’adaptation; il en faut pour accepter de vivre dans un monde si différent, parfois si complexe.

Je disais aux membres de VIETNAM '19 lors de la préparation à ce voyage, que l’Asie n’a rien à voir avec l’Amérique ou l’Europe. Nous nous en sommes aperçus rapidement.

On ne peut revenir d’une telle aventure sans quelques égratignures dans nos croyances, parfois dans nos préjugés. J’entends par là, la nécessaire ouverture vers autre chose, d’autres mentalités et surtout, oui surtout, recevoir tout un florilège d’impressions qui souvent défient notre manière de voir le monde.

La Birmanie et le Vietnam ne sont pas l’Asie dans son ensemble, cela est exact, mais ils nous présentent une autre façon de vivre, de concevoir le temps et l’espace. Être zen prend un sens différent lorsque l’on s’approche de la pauvreté, parfois à un niveau que l’on ne peut soupçonner... lorsque l'on se met en contact avec certains cultes... lorsque l'on se laisse pénétrer par des sensibilités nouvelles.

Il y a une chose que je continue quotidiennement de remarquer et que j’espère avoir su offrir aux yeux de mes compagnons de voyage, c’est que l’Homme, qu’il soit occidental ou oriental, cherche un chemin pouvant l’amener vers ailleurs, un ailleurs qui se trouve peut-être à l’intérieur de lui-même!





















































Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...